‹ La Bible (volume 3)Chapitre 10 sur 84 · JOB V · texte numérisé non relu

JOB V

Il y a doDC une espérance pour le malheureux Et riuiquité est obligée de fermer la bouche.

Heureux donc Thomme que Dieu châtie M Ne repousse point la correction du Tout-Puissant I Car lui, quand il blesse, il panse la plaie ; Quand il frappe^ ses mains guérissent aussi. Six fois de la détresse il te délivrera, Et la septième le malheur ne t'atteindra point. Pendant la famine il te sauvera de la mort, Dans le combat^ des griffes de Tépée.

Tu seras à Fabri des coups de fouet de la langue ', Des calamités qui peuvent survenir tu n'auras rien à craindre. Tu riras de la dévastation et de la disette ; Tu ne redouteras pas les bêtes féroces. Avec les pierres des champs tu auras un pacte % Une trêve avec les bêtes sauvages.

Tu verras ta tente en parfaite sécurité, Et quand tu visiteras ta demeure, rien nV manquera. Tu verras ta progéniture se multiplier.

Tes rejetons pareils à Therbe des champs. Tu descendras au tombeau en pleine maturité. Comme la gerbe qu'on emporte dans sa saison.

Voilà ce que nous avons trouvé en réfléchissant : n en est ainsi!

Écoute cela, et le médite !

soit d'une punition du ciel. — Dans le distiipie suivant, le texte paraît fautif. Le parallélisme semble exiger ({ue les mots de Vépée, qui sont très-oiseux à côté de la gueule et de la main, soient remplacés par un mot qui corresponde avec le faible.

1 L'idée que le malheur peut ôtre, entre les mains de Dieu, un moyen d'éducation pour l'homme, cette idée si féconde et si juste, n'est pas reprise dans le poâme. C'est l'auteur des discours d'âlihoû qui s'en est emparé pour donner une autre solution au problème. Ici Élifaz se contente d'avoir énoncé le principe, il n'en fait pas autrement l'appUcation à Job. Cela est si vrai, que plus has il parle de ses rejetons, à un homme qui vient de perdre tous ses enfants, et parmi toutes les afflictions qui peuvent accabler on mortel, il oublie tout juste celles qui ont jeté le désespoir dans l'flme de son interlocuteur. Aussi peut-on dire que ce discours, rempli de vérités incontestables, loin de satisfaire celui-ci, ne fait que provoquer la réplique.

^ De k calonmie.

S Tes champs sont fertiles, les pierres s'en tiendront éloignées. Le sol de la Palestina est pierreux.

42 JOB VI, i-10.

Alors Job reprit et dit :

Plût à Dieu que mon chagrin fût pesé, Et qu'on mit dans la balance mon malheur en même temps I Car déjà il est plus lourd que le sable de Tocéan — Aussi mes discours divaguent-ils*.

Car les traits du Tout-Puissant me poursuivent, Et mon esprit s'abreuve de leur venin : Les terreurs de Dieu m'assiègent.

L'onagre braira-t-il en face de l'herbe? Le bœuf mugit-il en face de sa pâture * ? Peut-on manger un mets insipide et non salé ? Trouver de la saveur au blanc de l'œuf? Mon âme refuse d'y toucher; C'est pour moi une nourriture dégoûtante*. Ah, que ma demande fût exaucée.

Et que Dieu voulut m'accorder ce que j'attends I Ah, qu'il lui plût de m'écraser.

Qu'il étendit sa main pour trancher mes jours I Ce serait là encore ma consolation,

Et je tressaillerais malgré la douleur qu'il ne m'épargne pas Car je n'ai point renié les commandements du Saint ^.

^ Les réflexions d'Élifaz n'étaient point faites pour consoler Job, car ses plaintes à lai sont justifiées par l'excès de ses malheurs, dont ce consolateur mal avisé ne s'était pas préoccupé. Si ces malheurs étaient mis dans la balance avec les plaintes ^'ils provoquent, on verrait bien que celles-ci ne sont pas exagérées ; on comprendrait pourquoi les discours de Job divaguent^ litt. : balbutient^ c'est-à-dire paraissent n'être pas ceux d'un homme sensé. — Plus lourd que le sable, est une comparaison inusitée, mais amenée par l'image de la balance. Il s'agit proprement de la quantité.

^ Les cris de l'animal indiquent la faim, la privation, la douleur, jamais le contente* ment. Se plaindre dans le malheur est chose naturelle.

S Ces deux distiques ne sont ni bien transparents, ni bien poétiques. Job exprime l'idée que ses malheurs sont insupportables et les compare à cet effet à une nourrttiire fade ou môme dégoûtante, contre laquelle le palais et l'estomac se révoltent. Au lieu du blanc de l'œuf, d'autres metteat la sauce d'un légume non assaisonné. I^e sens de la dernière ligne est plus que douteux. Elle contient un mot dont les dictionnaires ne savent que faire. Le contexte ne permet pas qu'on rapporte la fadeur au discours d'Élifaz que Job aurait voulu critiquer. Il parle de son propre état, il en éprouve du dégoût.

4 Job exprime de nouveau (comme au chap. IIT) le désir d'dtre délivré de ses maux par la mort. Il mourrait avec plaisir, car il mourrait innocent. Cependant les commentateurs ne sont pas d'accord sur le sens de la dernière ligne.

JOB VI, il -20. 43

Quelle est donc ma force, pour que j'espère encore? Quelle est ma perspective, pour que je prenne patience ? Ha force est-elle celle du roc?

Ma chair est-elle d'airain?

N'est-ce pas que tout secours me fait défaut? Que tout salut est éloigné de moi * ?

À celui qui désespère son ami doit de la pitié, Dut-il s'être écarté de la crainte du Tout- Puissant^. Mes frères me manquent de foi comme un torrent, Comme le lit d'un ruisseau qui disparait'. Son eau est troublée par les glaçons,

La neige vient s'y fondre ; Au moment des chaleurs il tarit. Dès qu'il fait chaud il se dessèche sur place. Les caravanes qui passent là se détournent de leur route ^, Remontent le désert et périssent.

Les caravanes de Jèmk le cherchaient des yeux, Les voyageurs de S'ebâ y mettaient leur espoir — Ils sont déçus dans leur attente.

Ils arrivent jusqu'au bord et restent confondus.

^ Le désir de mourir est justifié par deux raisons. La force de Job ne suffit plus pour résister aux maux qm l'accablent, et en même temps il n'en prévoit pas la fin.

^ CSe qui aggrave les chagrins de Job^ c'est que ses amis lui montrent si peu de sympathie. Ils devraient le consoler et le soutenir^ lors même qu'il j aurait des torts de son cdté> torts que pourtant il ne confesse pas^ en les introduisant ici comme une pore hypothèse. Mais au lieu de cela, que font-ils? — D'autres traduisent ce distique : quand l'ami même fait des reproches au malheureux^ celui-ci risque de s'écarter, etc.

S Ce dernier mot traduit d'après chap. XI, 16; XXX, 15. D'autres traduisent : déborde. — Lldée est amplifiée dans le beau tableau qui va suivre : Au printemps, à la fonte des neiges, les ravins et les vallons sont traversés par des cours d'eau bien nourris, aux ondes troubles et bourbeuses coulant avec impétuosité et promettant au voyageur crédule un moyen permanent de se rafraîchir ; mais en été tout a disparu, et malheur à celui qui y aurait compté.

4 Le texte imprimé dit : les caravanes de son chemin se détournent ; à moins que les docteurs juifs n'aient trouvé à ce passage un tout autre sens, en l'appliquant au ruisseau même : les sentiers de son chemin se tournent, c'est-à-dire qu'il se perd eu serpentant dans le sable ardent. Mais il est peu probable que dans deux distiques consécutifs, le même mot (caravanes) ait été employé dans deux sens si différents. Le tableau des caravanes qui vont chercher l'eau et qui, faute d'en trouver, périssent dans le désert, est encore vivifié par les noms propres des deux tribus de Bédouins (Gen. XXV, 15. Job 1,15).

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