‹ La Bible (volume 3)Chapitre 15 sur 84 · JOB IX · texte numérisé non relu

JOB IX

Il me saisit — qui le fera reculer ?

Qai osera lai -dire : Qne fais-tu là * ?

Dieu ne retire point son courroux '.

Sous lui se sont courbés les alliés du dragon ' :

Et moi j'oserais lui répondre ?

Choisir mes paroles pour lui répliquer ?

Moi qui, eussé-je raison, n'oserais lui répondre.

Mais de mon adversaire implorerais la grâce !

Si je rappelais et qu'il me répondit.

Je ne croirais pourtant pas qu'il m'écoute ^,

Lui, qui fondrait sur moi dans l'ouragan.

Multipliant mes plaies gratuitement ^ ;

Qui ne me laisserait pas reprendre haleine.

Mais me rassasierait d'amertame.

S'agit-il de force et de puissance ^ : « Me voici ! >

S'agit-il de droit : « Qui osera m'assigner ? »

1 Si la nature entière se plie à sa volonté, qui sois-je, faible mortel, poor loi résister? Les verbes de l'original sont plus pittoresques encore que ceux que nous avons employés. n sejeltê, il arrke — il y a plutôt : il passe (chap. IV, 15}, ce qui exprime mieux le peu d'efforts quil faut à Dieu pour écraser sa créature. Contre un pareil antagoniste, comment se défendre ?

* Lequel est personnifié ici, comme son messager. Une fois l&cbé, il faut qu'il, accomplisse sa mission.

3 Bûk^è est un nom symbolique de l'Egypte dans un certain nombre de passages (£s. XXX, 7; LI, 9. Ps. LXXXVII. 4; LXXXIX, 11). D'après ces textes, on est en droit de penser qu'il s'agit au fond d'un animal monstre (comp. Ps. LXXIV, 13, 14. Ézécb. XXIX, 3]. Selon toutes les apparences, c'est à cette dernière signification (qui sera la primitive) qu'il faut s'en tenir ici, et songer en mCme temps à quelque mythe [astronomique?] comme celui d'Orion ou du dragon [chap. III, 8). Mais nos connaissances de l'Orient ne nous fournissent rien de précis à cet égard, et vu l'époque probable de la composition de notre livre, il serait téméraire d'en aller chercher l'explication en Perse ou dans l'Inde.

4 Le verbe répondre est pris ici dans divers sens. Job ne saurait répondre à Dieu, c'est-à-dire s'engager avec lui dans une dispute ; et si Dieu voulait répondre a Job, c'est-à-dire descendre dans l'arène, accepter le débat, la chose en resterait là, car sa majesté divine couperait la parole au mortel, et celui-ci ne parviendrait pas à plaider sa cause. Si le texte dit plutôt : lui ne m'écouterait pas, cela revient à dire : il m'accablerait par sa présence même, il ne m'aborderait pas avec bénignité.

^Je suis déjà assez accablé; et sans motif nouveau, ma ruine serait plus grande encore si Je me trouvais en présence de ce terrible plaideur.

^ Litt. : de la force d'an fort. Les mots placés entre guillemets sont à mettre dans la bouche de Dieu. Le débat est donc impossible. On ne lutte que contre son égal.

52 JOB IX, âO-2T.

Enssé-je raison, ma propre bouche me condamnerait S^ Je serais innocent, que lui me déclarerait coupable.

Innocent, je le suis ^ ! que m'importe la vie ! Je ne tiens pas à mon existence.

C'est tout un ' I Aussi dis^je franchement : L'innocent et le coupable, il les ruine tous deux. Quand sa verge soudain donne la mort^ Il se rit du malheur des justes ^.

Un pays est livré aux mains d'un scélérat. Il voile les yeux de ses gouverneurs — S'il n'en est pas ainsi ^, à qui donc la faute?

Et mes jours à moi s^en vont plus vite qu'Hun courrier. Ils s'enfuient sans avoir vu le bonheur. Ils passent comme des barques de joncs^ Comme l'aigle qui fond sur sa proie".

Si je dis : Je veux oublier mes plaintes. Changer de mine et me dérider -^

1 Parce qu'elle se tairait d'effroi.

' Il faut bien faire attention à la tournure que prend ici le discours. Jusqu'ici Job avait raisonné du point de vue de Thomme^ toujours imparfait, qui ne supporterait pas la présence (l'examen direct] de Dieu. Maintenant û insiste arecr la vigueur du désespoir sur oe qu'il n'a point mérité son malheur, il proclame énergiquement s» justice (relative).

3 La déclaration que Job vient de faire, est un défi Lien téméraire à l'adresse de Dieu. Il le sait, il en veut supporter les conséquences. II fait fi de la vie. Cela lui est égal. Cependant ces derniers mots pourraient être rattachés à ce qur suit: Le sort des hommes est le même, qu'ils soient bons ou méchants. La verge de D^eu, le» fléaux de la peste et de la famine, les frappent indistinctement, et même les hijustiee» qui se commettent par la main des hommes ne se font pas sans sa permission.

^ Le sort des hommes ne le touche pas, il reste impassible.

^ Traduction littérale, mais qui revient, pour le fond, à celle qu'on préfère ordinairement: Si ce n'est pas lui. Car le mot ainsi, résume les exemples, produits tout à l'heure, des injustices tolérées par la Providence.

0 Job applique sa thèse générale a sa destinée personnelle. Lui aussi se plaint de cette injustice qui ne distingue pas llionnête homme (qui peut avoir commis quelque faute légère) du grand coupable digne de punition. — S'il parle ici d'un bonheur qu'il n'a pas vu, c'est qu'il songe peut-être à celui qu*il espérait encore, ou bien iî faudra dire que sa vie passée ne lui apparaît plus que comme un court rêve. Les barques de joncs (Es. XVIII, 2) nous ramènent encore en Egypte.

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