JOB* X
Est-ce bien à toi de m'accabler^
De rejeter Tœuvre de tes mains^
Tandis que tu favorises ' les desseins des méchants ?
As-tu les yeux d'un martel? . . . '
Vois-tu comme voient les hnmaius?
Tes jours sont-ils comme eenx de nous autresy .
Tes années comme la Tie d'un bomme, t
Pour que ta recherches ainsi ma faute,
Et que tu fasses une enquête au sujet de mon péché^
Bien que tu saches que je ne suis pas coupable.
Et que personne ne peut m'arracher à ta main * ?
Tes mains m^ont façonné et formé, De toutes pièces, entièrement — et tu me détruirais ! Songe donc que tu m'as pétri comme de l'argile — Et tu me réduirais en poussière !
Tu m'as coulé comme du lait.
Laissé condenser comme la crème qui se caille ; De peau et de chair tu m'as revêtu.
D'os et de nerfs tu m'as .tissé; La vie^ tes bontés, tu me les a accordées, Ta providence a conservé mon souille — Et c'est là ce que tu cachais dans ton cœur'! Oui, je reconnais que telle était ta pensée.
1 Lîtt. : tu hfiê sur... Les deux membres du distique ne forment pas une antithèse régulière, h'csuvre des mains de Dieu est une créature quelconque, et non pas nécessairement l'honnête homme ou Job seul. Mais celui-ci fait ressortir ce titre à la bienveillance de son créateur, tandis que pour les autres il signale une tout autre qualité.
* Dieu parait en agir à l'égard de Job comme en agirait un simple mortel, dont la «vie et la science sont circonscrites dans d'étroites limites, et qui est conduit ainsi k rechercher les fautes des autres avec la curiosité d'un inquisiteur, en partant toujours de l'idée préconçue qull a un coupable devant lui, tandis que Dieu, qui sait tout, et qui de son regard embrasse l'éternité, devrait savoir qu'il a affaire à un fdble mortel et non à un scélérat, et que ce mortel, s'il a pu avoir mérité la déplaisir de Dieu, ne saurait lui échapper : par conséquent, il ne serait pas nécessaire de s'achatner ■après lui avec tant d'animosité.
'Les y. 8-14 ne forment qu'une seule proposition. Job dit à Dieu: C'est toi qui m'as donné la vie, le corps et tant d'autres biens, et ce n'aurait été que pour me les reprendre ? Quelle contradiction I Malheureusement les faits parlent trop haut pour .permettre encore un doute à cet égard. — Les images employées pour peindre la formation de l'embryon dans le sein maternel, sont en partie d'un gotit douteux, mais il est hors de propos de les rendre inacceptables au ndtre par un littéralisme trop rigoureux (par ex. en disant: tu m'as coagulé comme un fromage). Comp. d'ailleurs Sapience VII, 1 suiv. Psaume CXXXIX, 13 suiv.