AVANT-PROPOS. O
qui, en outre, enrichirent cette littérature de quelques autres pièces encore, grecques d'origine. Dans cette seconde patrie, tous ces livres jouirent d'une faveur assez grande pour passer ultérieurement des mains des Juifs à celles des chrétiens. Dans les premiers siècles de l'Église on faisait assez généralement une distinction entre cette littérature hellénistique et le code officiel qu'on avait reçu de la synagogue, quoique ce dernier aussi ne fftt connu et lu que sous sa forme grecque^. Mais comme on s'en servait également en partie pour l'instruction publique et populaire, cette distinction, faîte par les gens d'école, s'effaça dans l'esprit des masses, et peu à peu, dans l'Église latine plus anciennement encore qu'en Orient, elle disparut complètement. Elle disparut si bien, que le concile de Trente, élevant un usage séculaire à la dignité d'un dogme, la condanma comme une hérésie, et consacra l'admission au canon, à titre égal, de tous les livres compris dans la traduction usuelle, la Vulgate. Ainsi dans les Bibles catholiques, grecques et latines, et dans les versions qui en dérivent, ces divers éléments se trouvent entremêlés. Tobie et Judith sont mis parmi les livres historiques et précèdent Esther; l'Ecclésiastique et la Sapience arrivent à la suite des écrits dits de Salomon et précèdent les Prophètes; Daniel et Baruch sont intercalés dans le recueil de ces derniers.
Les réformateurs en revinrent au code hébreu. Cependant Luther, sur la version duquel se réglèrent, en ce qui concerne la forme, toutes celles faites pour des églises protestantes, avait le coup d'oeil assez juste et le jugement assez indépendant pour s'apercevoir que parmi ces livres grecs il y en avait plus d'un qu'il pouvait être plus utile de mettre entre les mains du peuple que tel autre légitimé par la synagogue. Il ne voulut donc point les éliminer absolument, mais il les réunit sous un titre spécial, à la suite de l'Ancien Testament canonique, avec un avertissement préliminaire qui expliquait cette distinction, faite autrefois déjà par les Pères.
C'est dans ces deux formes que la Bible existe aujourd'hui. De notre temps cependant, et sur l'initiative de l'Angleterre, les
^ Gela Teot dire, non seulement qu'on ne lisait plus les originaux, mais que les livres de Jérémie, de Daniel, d'Esdras et d'Esther, dont la rédaction grecque différait beaucoup du texte primitif, surtout par l'addition de nouvelles parties, n'étaient connus que soQS cette forme secondaire et amplifiée.