JOB XIII, 26-28. XIV
Puisque tu dictes contre moi des arrêts si amers,
Que tu me fais expier les fautes de ma jeunesse \
Que tu as mis mes pieds dans les ceps.
Que tu épies tous mes mouvements.
Et creuses un fossé autour * de mes pas ' !
Et lui ' — il se consume comme du bois vermoulu, Comme un vêtement rongé par la teigne.
Le mortel, enfanté par la femme.
Si bref de jours, si rassasié d'ennuis ! Comme la fleur il pousse et est coupé. Il fuit comme Tombre et ne s'arrête pas. Et c'est sur un tel être que tu as Tœil ouvert! C'est moi que tu traduis en justice^!
Ah! qu'il put naître un pur de l'impur!
Pas un!
Si ses jours sont comptés. Si le nombre de ses années est arrêté par toi, Si tu lui as posé un terme qu'il ne peut franchir — Laisse-le donc, sans j regarder, pour qu'il ait quelque relâche. Qu'il jouisse de sa journée comme le mercenaire' ! Pour l'arbre du moins il y a de l'espoir : S'il est coupé, il peut reverdir encore. Ses rejetons ne lui feront pas défaut.
Quand sa racine a vieilli dans la terre, Et que son tronc dépérit dans le sol.
1 Depuis qu'il est arrivé i l'ftge de raison, Job ne croit pas s'ôtre rendu coupable d'un péohé digne d'un châtiment si sévère. Ce seraient donc les fautes de Tâge de Tinsouciance (chap. I, 5} qui sont ainsi punies, litt. : dont il institue héritier lliomme mûr. Pourtant ces fautes sont bien pardonnables (Ps. XXV, 7).
^ L'état de Job, circonvenu par toutes sortes de malheurs, est comparé à la situation d'ua captif qui ne peut se mouvoir. Les ceps sont une machine composée de deux bois entre laequals on fiait passer les pieds du prisonnier et qu'on attache ensuite l'une k l'autre. Le sens de la dernière ligne est douteux. Au lieu du fossé, un met un cercle^ etc.
^ La coiDpe des chapitres (superflue en tout état de cause, puisque le discours contînae) est podtiyemèat fausse ici. Job va maintenant parler de l'humanité en généraL
* Tu surveilles en Juge jaloux et sévère un être qui ne mériterait que de la pitié. C*tst moi, ne veut pas dûre^ moi l'innocent, mais le (aible mortel. Tous les hommes sont liéobears, leurs pères l'ont été; la faiblesse physique est l'héritage de tous. Mais alors pourquoi s'en prendre à un seul qui n'est pas plus coupable que les autres I II y a là, au gré de Job, un motif d'excuse, et rien moins que le dogme du péché originel. Élifas {chap. IV. 17 suiv.) y avait vu la cause des souffrances de Job.
^ Qui peut se reposer le soir.