‹ La Bible (volume 3)Chapitre 21 sur 84 · JOB XIV · texte numérisé non relu

JOB XIV

S'il sent * l'eau il peut refleurir^

Il repousse, comme uouyellement planté.

Mais rhomme, venant à mourir, reste étendu;

Le mortel qui a expiré, où est-il?

Les eaux s'écoulent du lac,

La rivière se dessèche et tarit —

Ainsi rhoromc se couche pour ne plus se relever.

Jusqu'à ce que le ciel périsse, il ne se réveille plus.

Il ne sortira pas de son sommeil ^.

Âhl si tu voulais me plonger dans le S'eôl,

M'y renfermer jusqu'à ce que ta colère fut apaisée,

Me fixer un terme, et puis te souvenir de moi!

Si l'homme meurt, peut-il donc revivre?

Ah ! j'attendrais patiemment tous les jours de ma corvée^

Jusqu'à ce qu'on vint me relever I

Tu m'appellerais, et moi je répondrais;

Ta créature serait l'objet de tes regrets*!

Bien qu'aujourd'hui tu comptes tous mes pas.

Tu ne me garderais pas mon péché;

Mes fautes seraient scellées dans le sac.

Et tu le fermerais sur mon iniquité^.

Hélas! la montagne même s'écroule et disparaît^

Le roc est entraîné loin de sa place.

Les pierres sont minées par les eaux^

Les ondes débordées emportent la glèbe.

Et l'espoir du mortel, tu le ruines aussi !

^ Traduction littérale. La même métaphore se retrouve daus d'autres langues.

^ La mort est donc étemelle, car le ciel ne périra pas (Jér. XXXI, 35 suiv. Psaume LXXII, 5, 7, 17; XXXIX, 80, 87 ; CXLVIII, 6). La seconde vie est l'objet d'un vœu, d'un ardent désir, nullement d'un espoir. Et le vœu môme est vain et ne repose sur aucun fondement solide, comme cela est dit dans les lignée suivantes.

3 Dans le cas qu'il y eût une seconde vie, comme Je porterais facilement le fardeau decelle-«i! Il l'appeUe une corvée, (litt. : un service militaire chap. Vil, 1], mais limage n'est pas soutenue, car en parlant d'être relevé (comme une sentinelle], il ne songé pas à la mort, mais à la résurrection, de sorte qu'on est amené à penser que limage du service militaire s'applique ici plutôt au séjour temporaire dans le S'eôl.

4 Ces deux distiques sont très-obscurs et très-diversement expliqués. On a donné aux figures les sens les plus opposés. Généralement on croit que Job décrit ici son présent malbeur. Les fautes sceUées dans le sac fermé (à l'aide de l'aiguille) seraient l'image du refus du pardon, (Os. XIII, 12). Nous avons eu égard à ce que l'antitbèse ne vient qu'avec la suite (v. 18), de sorte que ces quatre lignes paraissent devoir continuer la pensée précédente, c'e?t-à-dire exprimer l'espoir qu'il viendrait un moment où le pardon obtenu, le mortel serait rappelé à une vie plus heureuse que la présente.

JOB XIV, 20-22. XV, 1-6. Cm

Tu ne cesses de le pousser^ il faut qu'il s'en aille;

Tu changes sa figure et le fais partir*.

Que ses enfants soient honorés, il n'en saura rien I

Qu'ils viennent a baisser, il n'y fera pas attention!

C'est pour lui seul que souffire son corps,

Ce n'est que sur lui que s'attriste son âme * !

Puis Ëlifaz le Témanite prit la parole et dit :

Un homme sage débite-t-il des raisonnements en l'air? Sa poitrine est-elle pleine de vent', Pour arguer en propos qui ne servent de rien. En paroles qui ne lui profitent pas?

Mais encore, tu sapes la piété.

Tu manques de respect à Dieu. Car c'est ton iniquité qui te dicte tes paroles Et tu adoptes le langage de la ruse ^, C'est ta bouche même qui te condamne, et non pas moi. Et tes propres lèvres rendent témoignage contre toi.

1 De même que les choses les plus capables de résistance finissent par périr sous l'action de causes délétères, de môme l'homme, poussé par Dieu, s'enva aussi. On peut observer sur sa face môme les progrès de la mort. Donc, point d'espoir!

^ Le dernier distique peut donner lieu à diverses interprétations. On y a vu l'assertion que dans le séjour des morts le corps éprouve encore des douleurs, ce qui n'était pas la croyance générale ; ou bien la pensée que le corps rongé par les vers est Tobjet des peines de l'homme. Il nous semble que ces deux vers forment une antithèse avec ceux qui précèdent. Une fois mort, l'homme est séparé du monde pour toujours, ses intérêts les plus chers lui sont devenus étrangers. Il ne s'occupe plus que de sa propre personne. Cette notion de la personne est exprimée par les deux mots do cof^pt et d'âme, saus qu'il faille en déduire une théorie psychologique sur les ombres du S'eôl. Le poète ne songe pas à ces subtilités, il ne pèse pas ses paroles, il veut dire simplement qu'après la mort il n'y a plus de joie — pourquoi donc tant de misère en deçà du tombeau?!

S Le texte dit proprement : remplit-il son ventre du vent d'est? Lèvent, en général, représente ce qui est vain et n*a pas do valeur intrinsèque. Le vent d'est était fameux par son impétuosité malfaisante . Éllfaz veut donc dire que tout ce que Job vient d'exposer est saus valeur et n'aboutit dos à sa justiûcation. Et de plus, ses discours ne sont pas seulement vains, ils sont aussi impies.

4 Elifaz formule contre Job une accusation directe : ses protestations sont de l'hypocrisie, et la manière doat il affirme son innocence est elle-même criminelle, parce qu'elle se fonde sur un reproche adressé à la justice divine.

A. T. 6« part. 5

Es-ta né le premier d'entre les hommes r

As-tn vu le jour avant les montagnes * ?

As-tu été aux écoutes dans le conseil de Dien^

Pour accaparer la sagesse à toi seul?

Que sais-tu, que nous ne sachions?

Que connais-tu, qui nous soit inconnu?

Parmi nous aussi il y a un vieillard, une tête grise.

Plus riche en années que ton père '.

Fais-tu si peu de cas des consolations de Dieu,

Et de la parole de douceur qui t'est adressée'?

Qu'est-ce à dire que ton cœur t'emporte?

Que tu roules ainsi les yeux?

Que tu tournes contre Dieu ta rage

Et que ta bouche profère de tels discours?

Qu'est-ce donc que l'homme pour se dire pur?

Le fils de la femme, pour se croire innocent^?

Vois donc ! de ses anges mêmes il se défie,

Et les cieux ne sont pas purs à ses yeux —

Combien moins cet être détestable et corrompu.

L'homme, qui fait le mal comme on boit de l'eau ^1

^ De quel droit Job prétendrait-il avoir seul raison contre tous, contre ses amis, contre Topinion publique, contre Dieu même? A-t-il le privilège de TAge qui donne Tintelligence ? Est-il entré aux conseils (litt. : au divan, c'est-à-dire proprement à la salle meublée d'ottomanes, à la chambre de l'assemblée délibérante, au caiim$t) de Dieu ? — Les montagnes représentent ce qu'il y a de plus ancien et de plus immuable sur la terre.

s Elifaz veut parler de lui-même ; car plus loin il fait allusion à ses discours ultérieurs. Du reste, dans ce qu'il dit de son fige, il y a évidenunent une hyperbole. (Çofrr, par contre, paraît être un jeune homme.) C'est l'un des passages du livre oU les discours ne s^accordent pas bien avec les données du cadre historique.

' Il avait introduit ses premières déclarations comme une révélation divine (chap. IV» 12), et établi la thèse que le malheur doit servir au pécheur d'avis salutaire pour le faire revenir à Dieu et à sa grflce.

4 On traduit communément : pour être pur, etc. Au fond, cela revient au même : Aucun homme n'est sans péché. Mais le point de vue du texte est celui d*im indîvida placé en présence du juge. Être pur, c'est donc être acquitté. Quel hoomie, dit AUfti, peut espérer qu'il sortira triomphant de l'épreuve & subir devant celui qui sait tout?

5 Comp. chap. IV, 18. Les deux pourraient représenter ici les anges qui sont c«niéf les habiter. Ce serait alors une simple répétition. Cependant il est difficile de dire où finit (pour le poète] la nature inanimée et où commence la sphère de Tintelligenee (comp. chap. XXXVIII, 7). — L'eau étant pour l*homme un objet de première nécesaitéy k dernière phrase parle du péché comme d une qualité inhérente à la nature humaine.

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