‹ La Bible (volume 3)Chapitre 22 sur 84 · JOB XV · texte numérisé non relu

JOB XV

Je veax t'instruire — éconte moi I Ce que j'ai vu, je te l'exposerai ; Ce que les sages rapportent.

Sans le cacher^ de la part de leurs pères. Auxquels seuls ce pays appartenait^ Sans qu'un étranger passât au milieu d'eux'.

Toute sa vie le méchant est tourmenté, Autant d'années qu'il en est réservé au crimineP. Le cri d'alarme est dans ses oreilles, Au sein de la paix le dévastateur le surprend. Il n'ose sortir de l'obscurité^ Ëpié qu'il est pour tomber sous l'épée. Il rôde après du pain — où en trouver? n voit, fixe à son côté, le jour des ténèbres. L'angobse et les soucis l'épouvantent, * L'attaquent comme un roi marchant à Tassant'. Car il a étendu sa main contre Dieu, Il a bravé le Tout-Puissant; n s'est fièrement élancé contre lui, Avec la masse de ses boucliers bombés *;

1 La teconde partie du discours développe la yérité que le pécheur (et Job est reconnu comme tel) périra immanquablement. C'est déjà un arrdt de condamnation qu^Élifax prononce id. Or, dit-il, cette vérité est vieille et positive ; je Vai vu4 constatée par ma propre expérience ; tous les bommes sages la connaissent^ par une tradition d'autant plus eftre et plus limpide, qu'elle n'a point été altérée par le mélange des populations qni change le cours des idées et fait perdre à un peuple le trésor de ses ancêtres.

* C'est la tbèse môme qu'ÉIîfaz va exposer. La vie du mécbant est un tourment continuel, soit intérieur (v. 21-24], par le fait de la conscience, soit extérieur [v. 29 ioiT.) par les malheurs destinés à le punir. La seconde ligne du distique est mal tra^^ doite quand on met : un petit nombre d'années lui est réservé. L'auteur veut dire : il est tourmenté pendant toutes les années qu'il passe sur la terre.

* Nous prenons toute cette tirade dans un sens figuré. C*est une magnifique description des tourments de la conscience^ comparés à des attaques du dehors purement imaginaires. Il n'est pas plus question de pénurie réelle, que d'invasion ennemie ; mais la conscience troublée est tourmentée, soit par des appréhensions toutes gratuites, soit par des remords qui équivalent à des angoisses motivées par n'importe quel danger.

^ Après les tourments de la conscience viennent les châtiments ; l'auteur les motive (▼. 25-28) par l'énumération des crimes conmiis. Le premier, c'est la révolte contre IMea, représentée ici poétiquement comme ayant eu lieu à main armée. La puute deê banditrs peint tout un bataillon montant à l'assaut, et formant ce que les anciens appelaient une tortue.

08 JOB XV, s^-sa.

Il a recouvert sa face de graisse,

Il a les reins rebondis par rembonpoint',

Il s'est établi dans des habitations maudites^

Dans des maisons qui devaient rester désertes,

Et destinées à être des monceaux de ruines* —

Il ne prospère pas, sa fortune n'est point durable,

Et SCS épis ne s'inclinent pas à terre.

Il n'échappe pas aux ténèbres.

Le feu du jour dessèche ses rejetons.

Il est emporté par le souffle de sa bouche*.

Qu'il ne se fie point au néant — il se trompe!

Car le néant sera sa récompense *.

Avant le temps* c'en sera fait.

Et ses branches ne reverdiront plus.

Pareil à la vigne il laisse tomber son verjus.

Et jette sa fleur éomme l'olivier*.

1 Le second crime, c'est rinsolence avec laquelle le méchant jouit des biens matériels pour s'engraisser comme la brute.

^ Ces trois lignes sont diversement traduites. On y voit quelquefois la description d'un conquérant farouche qui détruit les villes, ou en déloge les habitants ; une version plus exacte nous représente un homme qui au mépris de la défense divine s'établit dans des localités maudites (Jos. VI, 26. 1 Rois XVI, 34).

8 La description du châtiment qui attend le méchant emprunte ime partie de ses images au règne végétal. Le pécheur est comparé à une plante (comme l'homme en général l'est fréquemment] : sa croissance est arrêtée, ou elle périt complètement, soit par le froid de la nuit, soit par l'ardeur du soleil, soit par le vent brûlant (qui sort de la bouche de Dieu]. Une plante qui réussit, s'incline à terre, chargée de fruits. Du moins, c'est ce qu'exprime notre traduction du second hémistiche. Mais il est très- Tiaisemblable que le texte est ici irrémédiablement corrompu, les anciennes traductions déjà n'ayant plus su qu'en faire. Le mot que nous avons rendu au hasard par set fpii, est totalement inconnu au dictionnaire.

4 II y a un jeu de mots dans la répétition du terme de néant, La première fois, ce sont les choses vaines que le méchant a recherchées par des moyens criminels, et qui ne peuvent lui être d'aucun secours ; il recueillera, en fin de compte, le néant, c'esl-Adire la ruine, la mort.

fi C'est-à-dire qu'il mourra d'une mort hâtive, prématurée (litt. : avant son jour, le jour lointain qui lui aurait été assigné sans cela] .

^ L'auteur revient à l'image de la plante. En parlant de branches qui se dessèchent, il a eu sans doute en vue le palmier ; l'olivier fleurit tous les ans, mais ne porte des fruits que tous les deux ans ; et beaucoup de grappes de raisin périssent avant la maturité.

Oui, la bande des impies est stérile; Et le feu dévore les tentes de l'injustice*. Gros de misère et enfantant la ruine.

Leur ventre couve rillusion'.

Alors Job reprit et dit :

J'ai entendu bien des choses semblables. Vous êtes tous de fâcheux consolateurs I Y aura-t-il une fin à ces paroles en Tair, Ou qu'est-ce qui t'aigrit, pour que tu répondes ainsi ? Moi aussi je pourrais parler comme vous. Si vous étiez à ma place; Je pourrais contre vous compiler des discours, Hocher la tête sur vous — Je vous donnerais du courage avec ma bouche, Et la condoléance de mes lèvres vous soutiendrait ' I

Si je parle, ma douleur ne sera pas apaisée; Si je m'abstiens, me quittera-t-elle * ?

1 Résumé. La hatide, tous taat qu'ils sont. Le feu est ici celui de la colère divine . Le terme (jue nous avons rendu par injustice, signifie proprement le cadeau qu'on offre au juge pour le corrompre. Les tentes du cadeau, sont naturellement celles où ce genre de plaider une cause est agréé.

^Locution proverbiale qui se rencontre dans différentes applications (Ps. VII, 15. Es. LIX, 4, etc.). Ici il s'agit évidemment du résultat final d'une vie criminelle. La mine est la réalité, l'illusion est celle du méchant qui se trompe (v. 31) dans ses calculs.

S Le nouveau discours d'Élîfaz n'a point fait avancer la discussion. On en est toujours aux assertions gratuites, aux reproches mal fondés. Pour mieux faire sentir la vanité d'une pareille manière d'argumenter. Job invite ses amis & intervertir les rôles, à se mettre à sa place» et à éprouver par eux-mêmes le degré de satisfaction qu'un malheureux peut recevoir de discours tels que les leurs. L'ironie est manifeste. Quand le cœur n'est pas de la partie, la bouche seule ne saurait consoler.

4 Job se demande si, dans une pareille situation, il doit parler encore ou se taire. S'il continue à se défendre, convaincra-t-il ses adversaires? S'il se tait, s'en trouverat-il mieux ? Cependant il se décide a parler, et sa douleur s'exhale dans de nouvelles plaintes sur son sort non mérité. Il est épuisé (litt. : Il (Dieu) m'a épuisé). Dieu l'a mis dans une position cruelle et désespérée. Il la déplore surtout en tant qu'on l'invoque contre lui comme un témoignage accusateur. On s'en prévaut, non pour le plaindre, mais pour le calomnier. Le texte passe brusquement d'une personne a l'autre, bien que le sujet soit partout le même (Dieu). Cela trahit Tagitation de lorateur.

Je suis à bout de forces.

Tu as ruiné tout ce qui tenait à moi!

Tu m'as empoigné — cela sert de témoignage;

Ma maigreur s'élève contre moi pour^m' accuser 1

Sa colère me déchire et me poursuit;

Il grince des dents contre moi,

Mon ennemi me lance des regards perçants.

On ouvre contre moi la bouche en ricanant,

Ignominieusement on me frappe les joues^

En masse on s'attroupe con^e moi.

Dieu me livre aux méchants,

Il me jette entre les mains des scélérats'.

Je vivais en paix^ et il m'a brisé; Il m'a saisi par la nuque et m'a mis en pièces ; J'ai dû lui servir de point de mire.

Ses traits m'atteignent de toutes parts ; Il me fend les reins sans pitié; Il répand mon sang par terre '.

Il m'ébrèche, brèche sur brèche, Il me court sus comme un guerrier'.

J'ai cousu le cilice sur ma peau; J'ai caché mon front ^ dans la poussière. Ma face est toute rouge de pleurs, Et les ténèbres voilent mes paupières.

1 L'effet de mes malhears est de me rendre Tobjet, non de la pitié des hommes, mais de leurs manvaises passions. C'est à cpii m'accablera davantage. On profite de ma position pour me tomber dessus. Les expressions sont trop fortes pour 6tre appliquées aux trois interlocuteurs, à moins qu'on ne veuille dire que le désespoir pousse Job à une pareille exagération. Mais on s'aperçoit aussi que ces paroles ne sont pas en rapport avec les données du cadre historique.

2 Autre image. Dieu est comparé à un guerrier puissant et irrésistible, qui surprend le faible et le terrasse, ou qui le crible de ses flèches. Les reins sont, pour le podte, les parties intérieures et vitales ; le sang remplace ici la bile dont parle l'original, mais qui ne va pas à notre goût rhétorique, ni à notre psychologie figurée, où eUe a une tout autre signification. Il s'agissait de nommer une substance nécessaire à la vie, et dont la perte est mortelle.

3 Images de la forteresse prise d'assaut après que les murs ont été enfoncés. Le jeu de mots est imité de l'hébreu.

^ Litt. : ma corne, métaphore usitée pour la force, la puissance. A la rigueur on pourrait aussi le traduire par : mon rayon, c'est-à-dire la face autrefois radieuse ; mais l'autre trope est trop familier aux poètes pour qu'on dût le négliger ici.

JOB XVI, 17-22. XVII, i, 2. 71

Et pourtant' ma main est sans crime, Et ma prière est pure !

0 terre ! ne cache point mon sang I Qu'il n'y ait point de repos pour mes cris ' ! Et maintenant encore, voyez, j'ai un témoin au ciel. Un répondant dans les régions suprêmes.

Puisque mes amis se moquent de moi, C'est vers Dieu que s'élève mon œil en pleurs, Afin qu'il plaide lui-même pour l'homme auprès de Dieu, Pour le mortel contre son semblable^.

Car il ne viendra plus que peu d'années, Et je m'en irai là d'où l'on ne revient pas. Ma vie est consumée^ mes jours s'éteignent. Ce qui me reste, c'est le tombeau ^.

Quand la raillerie ne m'attaque point.

Mon regard est arrêté par leurs récriminations ^.

I Litt. : Sur ee que, malgré, bien que. — Après le tableau de ses malheurs. Job eo vient naturellement & une nouvelle affirmation de son innocence. Sa prière est pure, il peut s'adresser à Dieu comme un homme auquel sa conscience ne reproche rien.

^ On disait que le sang répandu par une main criminrile n'est pas absorbé par la (erre, mais crie vengeance (Gen. IV, 10). La phrase du texte, en tout cas sjmbi^que, puisque Job n'a pas été tué, signifie donc qu'il continue à protester de son innocence, et à prendre Dieu lui-même à témoin pour attester la vérité de son dire.

3 Dieu, dans cette série d'idées, représente deux rôles, celui de juge et celui d'avocat. Job invoque le témoignage de Dieu, tant contre son semblable, c'est4-dire ses amis (et plus particulièrement ÉUfaz], qui l'accusaient de péchés imaginaires, que contre Dieu lui-mdme, en tant qu'il est l'auteur de ses malheurs. Au lieu de : afin çu*il plaide eonire, etc., on peut aussi traduire : afin qu*il décide entre, etc. Le sens reste le mfime.

^ La coupe des chapitres est faite ici par une main bien malhabile. Job parle de sa mort prochaine, soit en vue de sa maladie , soit à cause de son âge. Nous préférerions la première version, la maladie étant supposée incurable. Mais le contexte ne décide pas s'il insiste sur une justification préalable, et s'il veut la hâter avant qull ne soit trop tard, ou bien s'il l'attend seulement après sa mort, comparativement prochaine. La première interprétation peut s'appuyer sur ce qu'il parle à.*années qui lui restent encore, la seconde sur ce qui est dit du sang que la terre ne doit point cacher.

^Traduction faite presque au hasard, d'un passage à peu près inintelligible. La raillerie et la récrimination formeraient une antithèse, et Job implorerait l'intervention de Dieu à propos de cette double injustice. On pourrait aussi traduire : Ah certes, la raillerie m'attaque et mon regard, etc. Ou bien : Si la raillerie me laissait en repos, je verrais sans souci leurs incriminations.

72 JOB XVII, 8-1 i.

Engage-toi ! Sois mon garant auprès de toi !

Qui autrement mettrait sa main dans la mienne * ?

Tn as fermé leur cœur au bon sens,

Aussi bien tu ne les laisseras pas triompher.

On fait bon marché de ses amis,

Tandis que les yeux de leurs enfants se consument '.

Je suis devenu la fable des gens,

C'est à qui me crachera au visage.

Mon œil s'éteint de chagrin;

Tous mes membres ne sont plus qu'une ombre.

Les honnêtes gens en sont frappés de stupeur,

Et l'innocent s'irrite contre l'impie;

Mais le juste reste fidèle à sa voie.

Et celui qui a les mains pures redouble de courage '.

Mais eux tous — revenez toujours à la charge! Je ne trouve point de sage parmi vous M Mes jours sont passés, mes projets sont détruits. Tout ce qui faisait le patrimoine de mon cœur^.

I Image d'un acte de caution, où une personne répond pour une autre, auprès d'une troisième. Dieu représente encore ici, comme plus haut, à la fois celui qui reçoit le gage et celui qui le donne. Les amis ne jugeant pas équitablement la cause. Job prie Dieu d'être son patron auprès de Dieu , de frapper dans sa main, pour lui promettre cette assistance, et de déposer [un gage) pour lui faire obtenir quittance.

^ Encore un distique qui confond la sagacité des commentateurs. On le traduit aussi : celui qui parle mensongèrement de ses amis, les jeux de ses enfants se fermeront (en le prenant pour une malédiction). La plupart des versions n'offrent pas de sens du tout. A la lettre, c'est : Au partage on (il) dénonce (annonce, déclare) les amis, et (tandis que) les jeux de tes enfants se consument. Le contexte nous reccommande de songer encore à une action judiciaire. Le partage pourrait 6tre celui des biens qu'on enlève à quelqu'un par un procès injuste, et qui réduit une famille à la misère. 11 ne faut pas s'arrêter à ce qui est dit des enfants. Job n'en ajant plus. Il parle d'une manière abstraite et générale. Ou bien Von dira encore que le poète ne s'en tient pas à son cadre historique.

S Les malheurs du juste, le bonheur de l'impie, sont un sujet d'étonnement pour les honnêtes gens qui méditent sur les voies de la Providence. Cependant ils ne se laissent pas ébranler par l'apparence ; au contraire. eUe est pour eux un stimulant de plus pour marcher dans la voie de la vertu. Il est facile de voir que Job, en énonçant ce fait général, songe avant tout à lui-même.

'^ A ce même égard, les amis sont opposés ù lui-môme. Eux tous ils méconnaissent ces principes ; ils ne veulent pas voir que Job resta vertueux malgré son malheur, à plus forte raison, qu'il Ta été antérieurement. La vivacité du sentiment le fait passer de la troisième personne à la seconde.

^ Donc, la perspective d'un retour de fortune, dont les amis l'avaient bercé [chap. V, 18 suiv. ; VIII, 6, etc.) est illusoire. Quoi qu'ils disent, pour moi les ténèbres sont plus près que la lumière. L'espérance d une heureuse vieillesse, et les projets qui pouvaient s'j rattacher, formaient ce qu'il appelle l'héritage de son cœur, son bien le plus cher.

La nuit, ils ont beau la changer en jour,

Mettre la lumière plus près que les ténèbres * —

Si je n'ai plus à espérer que le S'eôl pour demeure,

Et que je vais étendre ma couche dans les ténèbres,

Si je dois dire au sépulcre : tu es mon père,

Ma mère et ma sœur, à la vermine.

Où donc est encore mon espérance?

Cette espérance^ qui la verra jamais?

Elle va descendre aux portes du S'eôl,

Lorsque moi aussi j'aurai mon repos dans la ponssière!

Puis Bildad le S'oull^ite prit la parole et dit :

Jusqu'à quand poursuivrez-vous de tels discours ? Réfléchissez I ensuite nous parlerons '^ Pourquoi sommes-nous estimés comme des brutes, Comme hébétés, à vos yeux?

Toi, qui te déchires toi-même dans ta fureur^ Est-ce qu'à cause de toi la terre sera déserte. Le roc entraîné loin de sa place ^ ?

Non! la lumière du méchant doit s'éteindre, Et la flamme de son fover cessera de briller. La lumière s'éclipse dans sa tente.

Et son flambeau s'éteint au-dessus de lui. Ses pas, pleins de vigueur, sont arrêtés. Et ses propres desseins le perdent.

n s'engage dans le filet avec ses pieds. Et c'est sur des rets qu'il chemine.

Le piège lui saisit le talon.

Les lacs s'emparent de lui; A terre, sous ses pas, la corde est cachée, Et sur son sentier la trappe l'attend.

I C'est-à-dire, me promettre le bonheur, quand tout est perdu.

^ En apparence, Bildad s'adresse à tous les interlocuteurs et se pose ainsi comme le seul homme sensé de la compagnie. Mais il ne fait que reproduire ce qu'ont dit les autres, on yoit qu'il parle plutôt à tous ceux qui partageraient l'opinion de Job.

3 L'ordre moral dans le monde sera changé tout aussi peu que l'ordre matériel, sa colère désespérée n'y changera rien. La terre restera la demeure des créatures, le rocher restera i sa place, et le méchant périra. Cette dernière idée est énoncée de différentes manières : le feu de son âtre, la lumière de la lampe suspendue dans sa tente, s'éteignent ; partout sur son chemin il trouve des obstacles et des dangers, etc.

74 JOB XVIII, 11-2i. XTX, i-3.

De toutes parts des terreurs Tassiégent,

Et le poursuivent en s'attachant à ses pas.

Sa force s'épuise par la faim ',

La ruine s'établit à ses côtés.

Les membres de son corps sont dévorés,

Hs sont dévorés par le fils aîné de la mort ^.

Il est arraché à la sécurité de sa tente,

Et on Tentraine vers le roi des terreurs.

L'étranger va habiter sa tente.

Sur ses champs on répand du soufre'.

Par en bas ses racines se dessèchent,

Par en haut ses rameaux sont coupés.

Sa mémoire s'efface de la terre.

Son nom n'est plus prononcé dans les campagnes.

De la lumière il est repoussé dans les ténèbres.

Il est expulsé du monde entier.

Il ne reste de lui ni race ni lignée dans sa tribu.

Il ne laisse pas de survivant dans son habitation.

A l'Occident on est stupéfait de sa fin,

A l'Orient on est saisi d'horreur^.

Voilà quelle sera la demeure du criminel,

Voilà la place réservée à qui ne connaît pas Dieu.

Alors Job reprit et dit :

Jusques à quand aOligerez-vous mon âme, Et m'assommerez-vous avec vos discours ? Voilà dix fois que vous m'insultez, Que vous me maltraitez sans pudeur!

1 Sens douteux. Oq a proposé de traduire : son malheur est affamé après lui.

2 Le fils aîné de la mort, c'est en tout cas la mort elle-même, dans une de ses formes réelles et concrètes, par ex. une maladie cruelle, peut-être par allusion à celle de Job. Le distique suivant contient une figure analogue. Car le roi des épouTantements (terme consacré] c'est aussi la mort représentée comme un souverain cruel.

S Deux issues différentes, mais également terribles. Le second tableau est emprunté à lliistoire de Sodome. La construction de la première phrase est très-obscure, et diversement expliquée. Au lieu de l'étranger (celui auquel elle n'est pas] on a songé à mettre la mauvaise herbe.

^ Litt. : ceux de derrière — ceux de devant ; ce qui ne peut pas signifier ici, comme ailleurs, la postérité et les ancêtres, puisque ces derniers n'en savent rien. Il s'agit, non du temps, mais du lieu, et l'antithèse exprime la totalité.

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