‹ La Bible (volume 3)Chapitre 24 sur 84 · JOB XIX · texte numérisé non relu

JOB XIX

De petits gamins me montrent du mépris,

Et si je me lève^ ils me honnissent.

Mes intimes amis m'ont en horreur,

Et ceux que j'ai aimés se tournent contre moi.

A ma peau, à mes chairs, mes os sont collés.

Je me suis échappé avec la peau de mes dents *.

Ayez pitié de moi, vous, mes amis,, ayez pitié ! Car la main de Dieu m'a frappé.

Que me poursuivez- vous, à Texemple de Dieu, Insatiables à déchirer ma personne?

Ah I que mes paroles fussent écrites ! Ah ! qu'elles fussent consignées dans un livre ! Qu'avec un burin de fer, et du plomb.

Elles fussent gravées dans le roc pour toujours'!

Mais je sais que mon défenseur vit.

Et qu'à la fin il se lèvera sur ma .poussière : Dépouillé de ma peau qui tombe en lambeaux^ Privé de ma chair — je vois Dieu, Oui, je le vois, prenant mon parti.

Mes yeux le voient, et non en ennemi

Mon cœur se consume de désir dans mon sein ' !

I C'est peut-être là une façon de parler pour dire une maigreur ou un dépouillement absolus.

^ Job n'espérant pas de voir son innocence reconnue de son vivant^ désire que ses protestations soient écrites d'une manière indélébile^ pour qu'on puisse encore les lire après sa mort.

^ C'est ici le passage le plus fameux de tout le livre et en même temps l'un des plus obscurs. Jérôme l'a rendu de la manière suivante : Je sais que mon rédempteur vit, et qu'au dernier jour je ressusciterai àe la terre, et je serai de nouveau revêtu de ma peau, et je verrai mon Dieu dans ma chair. Luther a suivi la Vulgate, en changeant seulement une phrase : après cela il me ressuscitera. Ces traductions devenues normales dans les deux églises, catholique et protestante, ont accrédité l'idée que Job a cru en Jésus-Christ et à la résurrection de la chair ; cela lui a valu son auréole de sainteté, et une grande autorité prophétique & tout le livre. Mais tout cela repose sur des illusions. Plusieurs mots sont mal interprétés et ceux que nous avons soulignés ne se trouvent pas même dans le texte. Le Ooël des Hébreux n'est pas le rédempteur de l'Évangile, et Job, qui prétend être innocent, n'a pas besoin de rédempteur dans ce sens. Qoel est le personnage qui défend les droits d'un autre, en revendiquant (c'est là le sens propre, vindew), ou en faisant valoir ce qui lui revient, ou ce qui lui est injustement refusé. Le Goêl de Job ne peut être que celui qui prend fait et cause pour lui, son avocat, contre ses accusateurs. Job est convaincu que malgré les apparences Dieu Unira par reconnaître publiquement son innocence, et s'il ne le fait pas avant sa mort, il le fera du moins après. Telle est l'énergie de sa foi. Celte foi va miîme au-delà du simple vœu d'être

JOB XIX, 28. 29. XX, i-8. 77

Si vous dites : cComme nous allons le poursuivre, Puisque la raison de la cause est découverte en lui » — Craignez Tépée pour vous-mêmes,

(Car votre emportement est une iniquité digne de Tépée) — Et apprenez à connaître le Tout-Puissant * !

Puis Çofar le Na'amaiite prit la parole et dit :

A cela mes pensées me dictent la réponse^ Et pour cette raison un transport m'agite. J'entends une censure qui m'outrage.

Mais l'esprit me suggère une réplique intelligente. Sais-tu bien^ que de tout temps^ Depuis qu'il j a des hommes sur la terre, Le triomphe des pervers a été court.

Et que la joie de l'impie ne dure qu'un instant? Lors même que son faîte s'élèverait aux cieux, Et que son chef touchât aux nues.

Pareil à la boue ', à jamais il périt ; Ceux qui l'ont vu se disent: où est-il? Comme un songe il s'envole et n'est plus retrouvé; Il s'évanouit comme un fantôme de la nuit.

justifié aux yeux de la postérité par cette inscription taillée dans le roc^ dont il parlait tout & llieure. On voit que même dans ce moment suprême le sentiment religieux l'emporte encore sur le désespoir. Il voit d'avance cette revendication, son cœur tressaille d'agitation en face de cette perspective. Ainsi compris, le passage s'explique parfaitement dans le contexte. «Le Ooêl se lève, se met debout (expression juridique : il eêtê), sur ma poussière, ou sur la poussière [sur la terre, ou le tombeau], pour parler en ma faveur. > L'interprétation de quelques mots accessoires peut rester douteuse, mais l'ensemble est parfaitement clair. Ni dans les réponses des amis, ni dans les discours ultérieurs de Job, ni dans la décision de Dieu [de l'auteur], il n'y a un mot de la vie d'outre-tombe ; et pourtant avec cette espérance nettement formulée au milieu du livre, tout le reste devenait superflu. La pensée que nous constatons dans notre texte était déjà exprimée cbap. XVI, 19.

1 Ces dernières lignes sont très-peu claires. On voit bien que Job, dans un moment d'assurance et pour ainsi dire sûr de sa justification, veut donner un sérieux avertissement À ses amis. Les détails sont très-incertains, et le texte, que les anciens déjà traduisent très-diversement, doit être corrompu. La raison de la cause, le motif du procès intenté à Job par Dieu, ce serait son impiété provocatrice, sa témérité blasphématoire.

^ L'original est plus cru, au point qu'on a voulu changer le texte. A la rigueur on pourrait rappeler qu'au désert on se sert de la bouse de vache comme combustible.

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