‹ La Bible (volume 3)Chapitre 26 sur 84 · JOB XX, 1Ô · texte numérisé non relu

JOB XX, 1Ô

Car il tourmentait, il délaissait le pauvre^ .

Lui ravissait sa maison, sans la bâtir*.

Comme il ne savait pas modérer sa convoitise,

Il ne sauve point ce qu'il a aimé;

Rien n'échappait à sa voracité,

C'est pour cela que son aisance ne dure point ^.

Au comble de Tabondance il se trouve dans la gêne,

La main du malheur' le saisit de toutes parts.

Pour remplir son ventre^ qu'il lui lance le feu de sa colère,

Qu'il la fasse pleuvoir sur lai pour sa nourriture * I

S'il fuit le fer de l'épée,

La flèche d'airain le percera;

S'il l'arrache, elle sortira de son dos^

Mais la pointe a passé par son cœur.

Et les terreurs de la mort l'enveloppent^.

Une nuit profonde est réservée à ses trésors.

Un feu inextinguible^ les consumera.

Et en dévorera le dernier reste dans sa tente;

Le ciel révélera ses crimes,

Et la terre s'élèvera contre lui^.

1 D'après le contexte, bâtir doit signifier ici consolider la propriété entre ses propres mains.

^ Ces deux distiques contiennent la même antithèse entre l'avidité criminelle du riche accapareur des biens d'autrui, et Tinévitable et prochaine ruine qui l'attend. Le texte dit proprement : Comme il ne savait pas être tranquille dans son ventre^ l'avidité des richesses étant comparée à la gloutonnerie.

' Changement de voyelle, d'après les Septante. Le texte hébreu met le malheurenw, comme s 11 s'agissait d'une vengeance privée.

^ La forme du discours change tout à coup. De l'assertion simple» l'orateur passe à l'optatif, à l'imprécation. S'animant de plus en plus, il ne nomme pas même la personne du vengeur qu'il invoque. C'est nécessairement Dieu. Puisque le criminel est insatiable. Dieu lui fera analer ses foudres vengeresses ; il versera sur lui la pluie de feu de sa colère, pour étancher sa soif,

^ La vengeance de Dieu ne manquera pas son but ; de manière ou d'autre le coupable périra. Cela est exprimé d'une manière figurée : s'il échappe à l'épée, il sera atteint par la flèche ; s'il parvient à arracher la flèche, ce sera après avoir été blessé à mort. (Au lieu à^épée, le texte dit : armure ; au lieu de flèche, il y a arc ; au lieu de cœur, bile.) Nous avons changé ces expressions d'après les usages modernes. Pour le sens, c'est absolument la même chose.

® Litt. : qu^on n*attise pas, ce que d'autres prennent dans le sens de : allumé par Dieu même.

*? Comme accusateur et témoin.

80 JOB XX, 28, 29. XXI, i-iO.

Il s'en ira, le revenu de sa maison, Emporté au jour de la colère.

Telle est la part que Dieu fait au méchant, Et rhéritage que lui octroie le Tout-Puissant.

Alors Job reprit et dit :

Veuillez donc écouter mon discours.

Et que ce soit là de votre part ma consolation ^ I Souffrez que moi je parle aussi; Et quand j'aurai parle, toi tu pourras t'en moquer ' ! Ma plainte à moi^ s'adresse-t-elle donc à un homme? Et si cela est, pourquoi ne m'impatienterais-je pas ' ? Regardez-moi, et restez muets.

Et mettez la main sur la bouche!

Quand j'y pense, je m'en efiFraie, Et un frisson saisit mon corps ^

Pourquoi les méchants conservent-ils la vie, En vieillissant dans l'opulence * ?

Leur race subsiste devant eux, avec eux; Leurs rejetons restent sous leurs yeux.

Leurs maisons sont en paix, à l'abri du trouble, La verge de Dieu ne les frappe pas.

Leur taureau en saillissant ne manque pas, Leur vache n'avorte pas en vêlant.

1 Puisque vous ne savez pas me consoler autrement. S II s'adresse plus spécialement au dernier interlocuteur.

3 Le discours qu'on va lire contient moins une réplique à Çofar qu'une critique de la Providence. L'autre avait affirmé que les méchants sont toujours punis. Job affinne avec la mGme énergie que c'est tout juste le contraire qui arrive. Ils sont absolus Taii et l'autre dans leurs affirmations. On pourrait donc traduire : Est-ce que je me plains d*\iJi homme? (Non, c'est de Dieu même}.

4 Ce qui va être dit est un fait accablant, bouleversant l'intelligence humaine. Car il ne s'agit pas de la situation individuelle de Job« mais d'une expérience générale et joarnalière. Rtstez muets, litt. : soyez dans la stupeur.

^ L'orateur va faire passer sous nos yeux une série de petits tableaux, pour illustrer sa thèse. Le bonheur de voir ses enfants grandir autour de soi, et se livrer aux plaisirs de la jeunesse ; la prospérité de la maison, jamais troublée par l'incendie, la guerre ou la famine; l'agrandissement du troupeau dont le propriétaire n'est exposé à aucun mécompte; enfm une vie de santé et de jouissances, terminée par une mort rapide et facile — voilà ce que l'expérience nous montre souvent chez les plus pervers.

Ils promènent leurs enfants comme un troupeau,

Et leurs garçons s'élancent en bondissant.

Ils chantent en s'accompagnant du tambourin et de la guitare,

Ils s'égaient au son du chalumeau.

Ils passent leurs jours dans les plaisirs,

Et en un clin d'œil ils descendent au S'eôl.

Et pourtant ils disent à Dieu : «Laisse-nous !

Connaître tes voies, n'est point notre affaire.

Qu'est-ce que le Tout-Puissant, pour que nous l'adorions ?

Quel profit aurions-nous à l'importuner ' ?»

Voyez donc! Ne tiennent-ils pas leur bonheur en main?

Et moi — la pensée des méchants m'est étrangère ^ I

Combien de fois donc le flambeau des méchants est-il éteint, Et leur ruine fond-elle sur eux.

De manière qu'il leur départirait leur lot dans sa colère ? Quand donc sont-ils comme le chaume livré au vent. Comme le brin de paille emporté par le tourbillon ' ? «Mais Dieu réserve son châtiment à leurs enfants*!» Ce sont eux-mêmes qu'il devrait punir, pour qu'ils le sussent! De leurs yeux ils devraient voir leur ruine, Boire eux-mêmes la colère du Tout-Puissant! Car que leur importe leur famille après eux. Quand le nombre de leurs années est accompli?

Est-ce à Dieu qu'on prétend enseigner la sagesse, A lui qui juge ceux de là-haut ^ ?

1 Par DOS prières.

s La construction syntactique de ce distique sans parallélisme laisse beaucoup à désirer et le sens n'est pas clair. Nous l'avons compris comme s'il devait exprimer une antithèse entre le bonheur des méchants et le malheur de Job, bien que celui-ci ne partage pas les sentiments impies de ceux-là. Ils sont heureux malgré tout, et moi, qui suis innocent^ je suis malheureux. D'autres traduisent sans question : Ils ne tiennent pas leur bonheur en main, ce qui doit signifier : c'est bien Dieu qui le leur accorde.

9 Rétorsion opposée aux affirmations précédentes [chap. XVIII, 5, il ; XX, 8, 9). Oui, tel devrait être leur sort : mais combien de fois cela arrive-t-il en effet ?

^ Objection : Le châtiment est assuré, dût-il n'atteindre que la seconde génération! Chap. V, 4; XX, 10. — Mais, dit Job, ceci n'est pas de la justice. Comp. Jér. XXXI, 29. Éïéch. XVIII.

^ On prend cette phrase pour une objection censée faite par les autres et que Job aurait à réfuter. Mais on pourrait aussi l'entendre de manière que ce serait lui qui leur reprocherait de vouloir réglementer les lois de la Providence. Non, dit-il, la loi des destinées humaines n'est pas celle que vous établissez. La voici, ajoute-t-il 11 faut

A. T. 6« part. 6

Tel meurt au sein du bien-être, Tout à son aise et sans souci; Ses baquets * sont remplis de lait ; Ses os trempés de moelle. Tel meurt, Tàme attristée, Sans avoir goûté le bonheur.

Ensemble ils sont couchés dans la poussière. Et la vermine leur sert de couverture.

Voyez, je sais vos sentiments.

Et ce que vous pensez de moi pour m' accabler'. Quand vous dites : cOù est la maison du puissant? Où est la tente qu'habitaient les scélérats ?» N'avez-vous donc point interrogé les voyageurs? Voulez-vous méconnaître leurs rapports^?

C'est qu'au jour du malheur le méchant est préservé, Au jour des colères il y est soustrait ^ ? Qui donc ose lui reprocher en face sa conduite? Quoi qu'il fasse, qui est-ce qui lui rend la pareille? Et quand il est emporté au tombeau.

On veille encore sur son sépulcre*.

avouer que celle qu'il met à la place ressemble assez à la satire du scepticisme. — > (Ceux de là-haut, comp. chap. IV, 18; XV, 15). — Il est le juge suprême, mais comment juge-t-il ? La fin est la même pour tous.

1 Mot hébreu inconnu. D'autres traduisent, en changeant les voyelles : Ses flancs sont garnis de graisse (héleh pour halah), chap. XV« 2*7.

^ Jusqu'ici les interlocuteurs n'avaient point encore ouvertement appliqué à Job leur principe que le méchant est toujours malheureux, et que le malheureux Test toujours parce qu'il l'a mérité. Job cependant devine cette conclusion nécessaire. Selon eux, le cas de Job n'était pas, comme pour lui, une instance à produire contre leur thèse.

^ La question mise dans la bouche des adversaires doit exprimer la pensée que le méchant est immanquablement puni ; sa maison disparait ; il périt avec les siens. (Le puissant, litt.: le noble, est pris ici dans le mauvais sens.) Eh bien, cette assertion est matériellement fausse ; on n'a qu'à consulter les voyageurs, les gens qui ont va le monde, qui ont l'expérience des hommes et des choses : ils vous diront ce qui en est. Leurs rapports (litt.: leurs signes, ou indices] vous diront que dans la réalité les choses se passent autrement.

4 Nous mettons ce distique dans la bouche des voyageurs ou, ce qui revient au même, dans celle de Job. Mais d'après une autre interprétation (le méchant est réservé pour le malheur, emporté au jour de la colère), c'est une objection des amis, à mettre entre guillemets. Dans ce cas il serait plus simple de mettre ce distique avant le précédent.

^ Litt. : sur le tas qui recouvre son corps, pour en écarter les bêtes du désert qui déterrent les cadavres. D'autres traduisent: Il veille, c'est-à-dire sa mémoire subsiste parce qu'on lui érige un monument.

Les mottes de la vallée lui sont légères * ;

Tout le inonde marche après lui,

Devant lui une multitude sans nombre '

Comment donc m'offrez-vous des consolations si vaines? De vos réponses il ne reste que la mauvaise foi I

Puis Élifaz le fémanite prit la parole et dit :

Est-ce donc à Dieu que Thomme peut être utile? Non, c'est à lui-même que le sage le devient. Est-ce un avantage pour le Tout-Puissant que tu sois juste? Est-ce son profit, si ta conduite est parfaite? Sera-ce pour ta piété ' qu'il te châtie, Qu'il entre en jugement avec toi?

Ton iniquité n'est-elle pas assez grande?

Tes méfaits innombrables * ?

Tu saisissais pour un rien le gage de tes frères, Tu dépouillais les misérables de leurs vêtements * ;

^ La terre lui est Uffère (locution des Latins].

' S'agit-il d'un convoi funèbre, que l'orateur citerait pour prouver que le méchant est honoré jusqu'au bout^ ou veut-il parler, au sens moral, de ses imitateurs et de ses prédécesseurs, pour dire qu'il en a toujours été ainsi ? Ou bien encore le texte dit-il simplement : Tout le monde meurt, après comme avant ? Mais ce dernier sens nous semble exclu, parce que Job veut relever le sort heureux des méchants.

3 II y a antithèse entre la pi^té et Viniquité du distique suivant. Si tu es châtié, dit-il, certes, ce n'est pas pour ta piété. Il serait absurde de le penser. Toute autre traduction méconnaît la logique de l'argumentation.

^ Les amis de Job, étant à bout d'arguments à opposer à ses principes, finissent par se retrancher derrière les faits. Ëlîfaz va déclarer crûment à Job qu'il est sous le coup d'un châtiment mille fois mérité, et que son état est la preuve directe de la justesse du point de vue où eux se sont placés. Car Dieu est impartial, donc le sort des hommes est le critère de leur vertu. Dieu ne retire aucun profit de la justice des mortels, il ne perd rien à leur méchanceté, ce n'est donc point l'intérêt personnel qui' lui dicte ses actes. La sagesse (la bonne conduite) de l'homme, n'est un profit que pour lui-même. Maintenant Élifaz va reprocher à Job toute une série de crimes et de méchancetés, telles que le riche puissant et égoïste peut les commettre chaque jour, lorsque la justice publique s'incline devant son influence. L'orateur parle d'un ton décidé ; le lecteur aurait tort de croire que le poète veut représenter ces reproches comme fondés. Au contraire, il veut faire voir où l'on en vient avec des principes absolus et des inductions gratuites.

& Ces deux lignes expriment la même idée : pour un prêt de valeur minime, et par conséquent sans raison suffisante, on saisit comme gage ce qu'il y a de plus indispensable.

Tu ne versais pas de Teau aux hommes fatigués,

Aux affamés tu refusais du pain.

Au puissant seul appartenait le sol,

Et rhomme considéré devait s'y établir * .

Les veuves — tu les renvoyais les mains vides,

Et de Torphelin les soutiens étaient brisés.

C'est pour cela que des pièges t'environnent ',

Qu'une terreur soudaine t'épouvante.

Ou ne vois-tu pas les ténèbres.

Le déluge des eaux qui te couvrent^?

Dieu n'est-il pas dans les hauteurs des cieux ? Regarde les étoiles là-haut, comme elles sont élevées! Et toi tu dis : Dieu, que saitril?

Piîut-il juger à travers les ténèbres ? Les nuées le cachent, il ne voit rien, 11 ne sort pas de la voûte des cieux ^ ! Tu veux donc suivre la vieille ornière, Dans laquelle ont marché les hommes de péché, Qui furent emportés avant le temps.

Dont la base se fondit comme un torrent * ; Qui disaient à Dieu : «Éloigne-toi de nous I Qu'est-ce que le Tout-Puissant nous ferait donc * ? »

1 On pourrait supposer qu'il s'agit ici d'arrêts de faveur prononcés par Job en sa qualité de Juge. Mais Ëlifaz peut vouloir l'accuser lui-mêmô d'avoir été l'accapareur, aux dépens des veuves et des orphelins.

2 Les pièges, c'est précisément le châtiment qui l'a surpris, le malheur qui ne le Iftche plus.

3 XjOS ténëhres et le déluge sont toujours le symbole du malheur. Mais ce n'est pas le fait de son malheur que Job est censé ne pas connaître ; c'est la cause de ce fait .

4 Après les autres repro(;hes adressés à Joh, Élifaz l'accuse encore de nier le Providence. Du fait de la hauteur des cieux^ qu 'Élifaz ne conteste pas. Job est censé dériver une conséquence fausse, savoir que Dieu ne se soucie pas de ce qui se passe sur la terre, qu'il ne peut pas même le voir. Il se promène dans le ciel et pas au delà.

. ^ Cette façon de parler, dit Élifaz, n'est pas nouvelle. De tout temps il y a eu des impies qui ont tenu ce langage provocateur, et qui^ tout en se croyant en sûreté, ont été soudain saisis par le bras vengeur do Dieu. S'il doit y avoir ici une allusion à un fait historique (le déluge?}, elle est très-peu accusée. Il vaut mieux rester dans les généralités. La base représente ce sur quoi ils avaient établi leur fortune. Le distique suivant est une rétorsion d'un mot de Job, chap. XXI, 14, 15.

6 Conjecture : lanou, à nous, pour laino, à eux. La leçon du texte signiGe : Qu*est-ce que le Tout- Puissant leur faisait donc? Ce qui est bien froid, à moins qu'on ne lo joigne intimement à la ligne suivante, comme ù une réponse ironique.

Pourtant, il avait rempli leurs maisons de biens ! A moi, la pensée des méchant-s est étrangère* ! Les justes voient cela et s'en réjouissent, Et rinnocent se moque d'eux :

cNotre adversaire n'est-il pas anéanti?

Le feu n'a-t-il pas consumé son bien * ?>

Attache-toi donc à lui et sois heureux I Par là te viendra la prospérité '.

Accepte l'instruction de sa bouche, Et mets ses paroles dans ton cœur.

Si tu reviens au Tout-Puissant, tu seras rétabli; Éloigne l'iniquité de tes tentes.

Jette par terre ton argent, Et l'or d'Ofir parmi les cailloux du ruisseau. Et que le Tout-Puissant soit ton trésor. Qu'il soit pour toi comme de l'argent en monceaux ^ Alors tu feras du Tout-Puissant tes délices. Vers Dieu tu oseras élever ta face.

Quand tu l'imploreras, il t'exaucera.

Et tu pourras t' acquitter de tes vœux\ Quand tu te proposeras une chose, elle te réussira; La lumière luira sur tes chemins.

1 Rétorsion, chap. XXI, 16. Moi seul, dit-il, j'ai le droit de parler ainsi.

^ Oui, il en est toujours encore comme autrefois ; toujours les justes finissent par avoir le dessus, par éprouver c:e sentiment de satisfaction que doit leur donner le triomphe du bien, le châtiment des méchants. Le sentiment exprimé n'est pas chrétien, tant s'en faut. C'est le dicton vulgaire : Rira bien qui rira le dernier, élevé à la hauteur d'un axicme de philosophie religieuse.

3 A ses reproches si durs et si accablants, Ëlîfaz joint maintenant une exhortation ; pour retrouver le bonheur. Job doit se réconcilier avec Dieu.

** Ce dernier mot est de signification douteuse. Mais le sens général est clair. Toute la richesse du monde ne vaut pas la paix avec Dieu. Élifaz parle ici comme si Job possédait encore ses richesses, comp. chap. XVII, 5; XIX, 17. A la rigueur on pourrait dire qu'il veut seulement lui conseiller de ne plus regretter ce qu'il a perdu. En tout cas, sa pensée est très-énergiquement exprimée par ces mots : jette Tofîr parmi les cailloux du ruisseau — 1 ofir, pour l'or d'Ofir, comme nous disons le moca pour le café venant de Moca, ou le nanking, pour une certaine étoffe de Chine.

^ Tu seras dans le cas de faire les sacrifices d'action de grâces que tu auras promis ; car il t'aura accordé ce que tu demandais.

S'ils allaient en descendant, tu dirais : En haut ! Et il aiderait Thomme au regard humble ^ Dieu sauvera même celui qui n'est pas pur ; Il sera sauvé par la pureté de tes mains '.

Alors Job reprit et dit :

Maintenant encore ma plainte passe pour une révolte. Tandis que sa main pèse sur mes soupirs'! Ah, si je savais le trouver !

Si je pouvais arriver jusqu'à son tribunal! J'exposerais ma cause devant lui, Je remplirais ma bouche d'arguments; Je saurais les choses qu'il me répondrait, Et je comprendrais ce qu'il pourrait me dirc^

' Les chemins qui vont en descendant représentent ici les revers, les mauvaises chances. On ne voit pas aussi bien ce que l'autear a voulu dire par l'exclamation : eH haut ! Ce peut être une prière confiante, im appel à Dieu ; ou bien l'expression du courage qui ne se laisse pas rebuter.

S Le dernier distique peut être interprété de deux manières différentes^ et notre traduction, très-littérale ici, laisse la chose indécise. Un grand nombre de commentateurs veulent voir ici Tidéo que la vertu de Job ferait [éventuellement) pardonner la faute d'autrui, et ils y trouvent une allusion à la fin du livre [cbap. XLII, 8J. L'apparence est pour cette explication. La pbrase : // sera sauvé par la pureté de tes mains, semble distinguer deux sujets. Job et un autre, un coupable. Cependant il n'est pas du tout impossible d'y trouver ce sens, qu'un péché commis accidentellement (par Job lui-mdme}, pourra être pardonné en vue de sa conduite généralement vertueuse. Car Élifai se met au point de vue de la culpabilité passée de son ami, désormais remplacée par une conduite tout opposée. Seulement la transition d'une personne à l'autre (ou, si l'on veut, le dédoublement apparent de la personne de Job), est gênante pour Tintelligence du texte.

8 Les deux premières lignes sont très-obscures et le texte est probablement fautif; du moins les Grecs déjà en avaient un autre. Voici ce que nous croyons y voir, en nous permettant un seul petit changement. Job désespère de convaincre ses adversaires de son innocence ; il revient donc au désir de s'adresser directement à Dieu (chap. IX, 32 ss. ; XIII, 15 6S.). Aux yeux des amis, sa plainte est une révolte ; (d'autres traduisent : ma plainte est amère, mar pour »i0/*/, comp. chap. X, 1); tout de même elle est bien excusable, car sa main, la main do Dieu {iado pour iadt], chap. XIII, 21 ; XIX, 21 , pèse sur mes soupirs, c'est-à-dire me les arrache. Avec la leçon du texte : ma main, il faudrait admettre que cette phrase équivaut à : mon sort, ce dont il n'y a pas d'exemple.

^ Les causes de son malheur lui sont inconnues ; ses interlocuteurs en tout cas ne les lui ont pas révélées. De la bouche de Dieu il espère apprendre la vérité^ mais d'abord il désirerait préparer le débat, litt. : mettre la cause en ordre de bataiUo (chap. XIII, 18).

JOB xxm, 6-16. 87

Dans sa tonte-puissance plaiderait-il contre moi?

Non ! qu'il m'écoute seulement, lui ^ I

Là un innocent discuterait devant lui,

Et je serais absous pour toujours par mon juge.

Hélas! si je vais à Torient il n'y est points

A l'occident — je ne l'aperçois pas ;

Le nord l'occupe — je ne le découvre point.

Au sud il se cache — je ne puis le voir '.

Hais il connaît la voie qui est la mienne;

S'il m'éprouvait, je sortirais pur comme l'or.

C'est à ses pas que s'est attaché mon pied;

C'est sa voie que j'ai suivie sans dévier.

Le commandement de ses lèvres — je ne m'en suis pas écarté ;

Plus qu'à ma volonté j'ai tenu à la parole de sa bouche '.

Mais quand il a pris son parti ^, qui le fera revenir?

Quand il s'est décidé, c'est qu'il le fait!

Oui, il accomplira son décret à mon égard;

Telles sont toujours ses voies*.

Voilà pourquoi devant lui je recule efirayé,

En 7 songeant, j'ai peur de lui.

Dieu a brisé mon cœur.

Le Tout-Puissant m'a troublé.

1 Job sent bien qu'il y a de la témérité a en appeler à un pareil juge, qui pourrait ▼ouloir se poser en plaideur, en partie adverse, avec toute sa grandeur accablante (chap. IX, 84; XIII, 21). Mais il se rassure: absous par sa conscience, il le sera •usai par son Juge. Cependant un autre doute surgit : Dieu voudra-t-il se laisser troaver?

^ Au lieu des quatre points cardinaux, le texte porte : devant, derrière, à gauche, à droite. Mais tout le monde sait que ces expressions ont la valeur que notre traduction leur donne, les Hébreux s^orieniant en se tournant du côté de l'est. {Le nord Voceupe, litt. : dans son travail au nord. Mais le texte est-il bien sûr?)

8 Par quatre formules différentes, Job affirme que sa conscience l'absout. Donc si Dieu daignait V^ouver, l'examiner, il serait sûr de son triomphe. Mais il connaît ma canse. Cette phrase de transition peut être entendue de deux manières. Job peut vouloir dire : Mais pourquoi le chercher au loin? ou bien : Mais c'est précisément parce qu'il veut me condamner, qu'il ne se laisse pas trouver. Dans les deux cas, il y a cette arrière-pensée qu'il y a là une énigme qui tourmente le malheureux.

4 D'autres traduisent : quand il est contre quelqu'un. Ou bien encore : Mais il est fM, c'est-à-dire persistant, invariable. En tout cas, Job exprime une crainte. La volonté de Dieu est absolue.

^ Litt. : il y a chez lui beaucoup de choses pareiUes, c'est-à-dire, ce n'est pas le seul mystère de son gouvernement, ou : Je ne suis pas le seul dont la destinée soit inexplicable.

88 JOB xxiii, 17. XIV, 1-10.

Car ce n'est pas à cause des ténèbres que je me tais, Bien que Tobscurité voile mon regard*.

Pourquoi par le Tout-Puissant les temps ne sont-ils pas réservés?

Et ceux qui le reconnaissent, que ne voient-ils ses jours ' ?

On déplace les bornes,

On ravit un troupeau et on le fait paître comme sien.

On enlève Tâne de Torphelin.

On prend pour gage le bœuf de la veuve.

On pousse les pauvres hors du chemin,

Et les malheureux tous ensemble sont forcés de se cachera

Voyez! pareils aux onagres du désert.

Ils sortent pour leur besogne, cherchant de la nourriture;

Le steppe doit leur donner le pain de leurs enfants.

Dans les champs ils ramassent leur pâture,

Ils vont glaner dans le verger du scélérat.

Nus ils se couchent, sans vêtement,

Rien ne les couvre contre le froid.

Trempés par Taverse des montagnes,

Sans abri, ils se blottissent sous le rocher^.

L'orphelin est arraché à la mamelle,

Le pauvre pillé au moyen de gages ^.

Ils vont tout nus, sans vêtement.

Affamés ils portent la gerbe;

^ Ce dernier distique est lui-môme d'une désespérante obscuritéi et le texte reçu n'offre pas les moyens d'y porter quelque lumière. Les ténèbres pourraient être le malheur qu'Ëlîfaz reprochait à Job de ne pas voir (chap. XXII, 11). Je ne. le vois ^e trop, dit-il ici, mais ce n'est pas là ce qui me coupe la parole ; c'est une autre obscurité, celle des voies de Dieu, qui me trouble. Nous donnons cette explication pour ce qu'elle peut valoir.

2 Les jours de Dieu, ses temps r^ervéà^ ne peuvent être que ceux de la juste rémunération. Déjà plus baut (chap. XXIII, 14), Job avait insinué que les voies de U Providence sont inexplicables. Il va amplifier cette idée, en faisant le tableau le plus sombre de l'actualité.

3 De toute façon les puissants oppriment les faibles, par l'empiétement, le pillage, l'usure. Les malheureux n'ont plus môme la place libre, ils sont refoulés dans les coins, exposés à l'abandon et au dénûment.

^ Le sujet de cette partie du tableau ce sont positivement les malheureux eux-mêmes, et non les méchants oppresseurs. Les parias de la société sont obligés de vivre comme des botes sauvages, manquant du nécessaire et cherchant une misérable nourriture dans les parties les plus incultes du pays.

^ Ici le sujet (actif) ce sont les usuriers, qui prennent jusqu'à l'enfant pour le vendre conune esclave. Nous avons mis le passif, le brusque changement du sujet, non autrement indiqué, étant trop choquant dans une traduction.

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