‹ La Bible (volume 3)Chapitre 29 sur 84 · JOB XXIV, 24, 25. XXV · texte numérisé non relu

JOB XXIV, 24, 25. XXV

Au faite de leur grandeur, ils disparaissent en peu de temps, Ils s^afTaissent, ils sont emportés comme tout le monde, Moissonnés comme la tête des épis ^

S'il n'en est pas ainsi^ qui me démentira. Et mettra mon discours à néant?

Puis Bildad le S'ouhite prit la parole et dit' :

L'empire et la majesté sont auprès de lui; Il fait régner la paix dans ses hauteurs. Peut-on compter ses bataillons?

Et sur qui sa lumière ne se lève-t-elle pas'? Comment l'homme se dirait-il innocent devant Dieu? Comment le fils de la femme serait-il pur^? Vois donc ! la lune même manque de clarté^ Et les étoiles sont sans éclat devant ses yeux, Combien moins en a l'homme, cet insecte. Le mortel qui n'est qu'un vermisseau!

1 II va sans dire que les méchants finissent par mourir, puisque c'est la commune destinée des hommes. Mais leur mort n'est pas plus terrible que celle des autres, et eouvent elle Test moins (chap. XXI, 13).

' Après tout ce qui a été dit, il ne reste plus aux adversaires de Job que de se retrancher derrière la majesté de Dieu. Qui est-ce qui oserait le contredire, et le critiquer, ou s'opposer à sa volonté? Mais la prétention d'être parfaitement innocent, est elle-même un signe de rébellion.

8 Les bataillons de Dieu sont ordinairement les astres et les anges. Ce qui précède semble favoriser cette interprétation. Le sens devient plus poétique, si nous retendons à U totalité de ses innombrables créatures, qui sont toutes éclairées par sa lumière, c'est-à-dire reçoivent de lui la vie et dépendent de sa volonté.

^ La liaison des idées est masquée par une ellipse. La grandeur de Dieu implique la petitesse de l'homme. Dieu ayant agi et jugé, comment l'homme serait-il d'un avis contraire? Mais cette idée en amène immédiatement une autre. Il ne s'agit pas seulement de reconnaître la justice de Dieu dans le cas spécial de Job , mais encore la culpabilité générale de tous. Comp. chap. XV, 14, 15.

Alors Job reprit et dit :

Comme tu as bien soutenu Timpuissance ! Que tu es venu au secours du bras sans force ! Que tu as bien conseillé Tignorance, Et montré de la sagesse à foison!

Avec le secours de qui as-tu débité ton discours? Et de qui Tesprit a-t-il parlé par ta bouche * ?

Les ombres s'agitent en tremblant, Au-dessous des eaux et de leurs habitants^. Le S'eôl est découvert devant lui, Et rien ne lui voile le séjour des morts. Il étend le septentrion au-dessus du vide, Il suspend la terre sur le néant ^.

Il enferme les eaux dans ses nuages.

Et les nuages n'éclatent pas sous leur poids. Il voile la face de son trône, Et Tenveloppe de ses nuées *.

Il trace un cercle sur la surface des eaux, Aux confins du jour et de la nuit^.

^ Tout cet exorde n'est qu'une amère ironie. Vraiment, dit Job, tu as fait un gigantesque effort pour établir la vérité ! En effet, tout ce que Bildad vient de dire, est banal et n'a besoin ni de tant de rbétorique, ni surtout d'une illumination d'en haut, pour se produire.

^ La transition est bien brusque , et l'on comprend que quelques critiques aient soupçonné l'existence d'une lacune dans le texte, ou qu'ils aient proposé de rattacher la tirade qui suit au discours de Bildad. Tel que le texte nous est parvenu, il faut admettre que Job renchérit sur les assertions de son adversaire. Oui, Dieu est grand ; il n'y a pas Jusqu'aux habitants du S'eâl qui ne soient saisis de crainte devant lui, etc. Il veut dire : Je n'ai pas besoin de tes avis sur un pareil sujet.

3 Une seconde preuve de la grandeur de Dieu, c'est le fait de l'assiette de U terre dans l'espace, fait que l'intelligence humaine ne comprend pas. D'après le parallélisme, le nord est ici une partie de la terre ; la partie et le tout étant souvent Juxtaposés dans la poésie.

4 Troisième miracle : la suspension des nuages remplis d'eau dans les régions supérieures. A cela se joint l'idée que le trône de Dieu est placé sur ces nuages et y tient ferme malgré leur mobilité. Sa face est le côté tourné vers la terre. En lisant késeh au lieu de kisseh, on obtient le sens : il voile la face de la pleine lune.

^ Ici la pensée du poète n'est pas bien transparente. Quelques interprètes pensent aux eaux amassées au-dessus de la voûte du ciel (Gen. I, 4}, et voient dans le texte les deux faits distincts de la délimitation de ces eaux et de la séparation de la lumière et des ténèbres. D'autres, avec plus de probabilité, rappellent que les anciens se

Les colonnes du ciel* s'ébranlent, Et sont atterrées par ses menaces.

Avec sa puissance il effraie la mer, Il sait écraser le monstre mugissant*.

Par son souffle le ciel devient serein, Sa main transperce le dragon fugitif.

Vois-tu I ce ne sont là que les contours de ses voies. Quel faible murmure en entendons-nous!

Ah ! qui connaîtrait le tonnerre de sa puissance ' I

Puis Job continua à débiter son discours en ces termes ^ :

Par la vie de Dieu qui me refuse mon droit, Par le Tout-Puissant qui a affligé mon âme, Tant que ma vie sera encore en moi.

Et le souffle de Dieu dans mes narines. Mes lèvres ne diront rien d'injuste.

Et ma langue ne proférera pas de mensonge. Loin de moi, de vous donner gain de cause. Jusqu'à ma mort je maintiendrai mon innocence. Je tiens ferme à ma justice, sans m'en dessaisir; Ma conscience ne blâme aucun de mes jours \ Que mon ennemi soit pareil au méchant.

Mon adversaire semblable au criminel * I Car quel est l'espoir de Timpie, Quand Dieu lui coupe^ lui arrache la vie?

lepi^sentaieot la terre comme un disque entouré de l'Océan, lequel en forme ainsi les limites, là où le jour et la nuit se séparent, c'est-à-dire où le soleil se lève et se couche ; ou bien peut-être faut-il y voir Tidée que la voûte du ciel (du firmament) est appuyée sur cet océan, de manière que la lumière (des astres] est en dedans, et les ténèbres en dehors.

1 Les montagnes.

^ Le monstre mugissant est nécessairement ici la mer ; mais nous avons vu plus haut (chap. IX, 13], qu'il faudra prendre le mot dans un sens mythologique, et non comme une simple épithète poétique. Cela est surtout évident par le distique suivant, où le serpent est positivement celui qui est censé causer les éclipses (chap. III, 8J.

' L'homme ne sait que peu de chose de Dieu, et ce peu déjà, quelle grandeur ne révèle- t-il pas ? Le rapport entre ce qu'il sait et l'incommensurable réalité, est comme celui d'un léger murmure comparé au tonnerre.

^ Les adversaires se taisant et ne répliquant plus. Job résume.

^ Cela ne veut pas dire : Je continuerai à être juste ; mais bien : à me dire tel.

^ Job affirme qu'il déteste l'injustice et qu'il croit, lui aussi, que le sort du criminel n'est pas digne d'envie. Il donne à cette idée la forme d'une imprécation.

Ses cris, Dieu les écoutera-t-il, Quand Tangoisse viendra fondre sur lui?

Aura-t-il du plaisir à penser au Tout-Puissant? Invoquera-t-il Dieu en tout temps * ?

Je vous montrerai les procédés de Dieu, Je ne vous cacherai pas les conseils du Tout-Puissant*. Voyez! vous-mêmes vous l'avez reconnu tous. Pourquoi donc débitez-vous des opinions si mal fondées?

Voici quelle est du méchant la part auprès de Dieu, Et rhéritage que les criminels obtiennent du Tout-Puissant. Si ses fils sont nombreux, c'est pour le glaive. Et ses rejetons n'ont pas de quoi se rassasier. Les survivants sont enterrés par la peste, Et il n'y aura pas de veuves pour pleurer. Dût-il amasser de l'argent comme de la poussière, Dût-il faire provision d'habits comme de sable. Il l'aurait faite, mais le juste s'en revêtirait. Et son argent tomberait en partage à l'innocent. Il bâtit sa maison comme la teigne.

Comme la cabane que construit le gardien ^ Riche il se couche — mais c'est pour la dernière fois*, Il ouvre les yeux et il n'y est plus.

I II veut dire: Si j'étais le coupable que vous supposez, ferais-Je ce que Je fais? invoquerais-je Dieu comme mon juge et vengeur? Couper, arracher la yie, est une image empruntée à la vie nomade, où l'on lève le camp en détachant la tente.

S Job a son tour veut parler, et mieux que ses amis, sur les voies (litt. : la «un», la manière d'agir] de la Providence. Si ce qui va suivre est réellement un discours de Job [voir l'Introduction], voici comment il faudra en comprendre la disposition logique : Il accorde d'abord (cbap. XXVII, 27] que le coupable reçoit son chfttiment, tandis que dans son désespoir il avait nié le fait antérieurement (chap. XXI et XXIV}. Mais cela ne prouve pas que tout malheureux soit coupable. Les voies de Dieu ne sont pas tellement simples qu'on puisse les comprendre au moyen d'une thèse absolue. L'homme peut pénétrer dans les profondeurs de la terre, il ne sonde pas pour cela les profondeurs de Dieu (chap. XXVIII).

3 Rien de plus périssable que le nid d un chétif insecte, on y touche et il tombe en poussière. Telle est la hutte d'osier ou de branches que se fait le garde du vignoble à Tépoque de la maturité des raisins. Elle dure quelques jours ; puis on la laisse tomber en ruines.

^ Litt. : il ne continuera pas. [Texte des Septante : tost/', au lieu de iéàsef.) La leçon reçue ne donne pas de sens acceptable (il n'est pas ramassé]. La seconde ligne exprime, d'une façon un peu singulière, une idée très-simple : Du noir au matin, tout est fini.

JOB xxvn, :20-23. xxviii, i-7. 95

La terreur le surprend comme un déluge ,

De nuit Touragan l'emporte.

Le Samoûm Tenlëve et il disparait;

Il Tentraine dans le tourbillon loin de sa place.

Dieu lance sur lui ses traits sans pitié;

De sa main il veut fuir, il veut fuir —

On bat des mains sur sa destinée,

On le poursuit en siiBant loin de sa demeure *.

Certes, il y a pour Vargenl une issue^ Un lieu pour Vor qu'on veut affiner.

Le fer est extrait de la terre^ Et le roc est changé en airain par la fonte*. On dissipe Vobscurité et les ombres^ On fouille à fond la roche ténébreuse '. On creuse un puits ^ loin des lieux habités. On est oublié^ loin des passants^ Suspendu on balance loin des hommes *.

De la terre^ d'où sort la nourriture^ Les entrailles sont bouleversées comme par le feu *. Ses roches sont le gîte du saphir; Là sont aussi les paillettes d'or, Vaigle n'en connaît point le sentier^ Vœil du vautour n'y pénètre pas^;

1 La raine est représentée sons l'image d'une fuite, déclarée d'avance impossible.

^ Les travaux des mines devaient d'autant mieux servir au but du pofite, que selon tonte vraisemblance les Israélites ne s'y adonnaient guère eux-mêmes. La description présentait donc un intérêt de curiosité. Le sens est simplement celui-ci : L'bomme parvient à tirer les métaux du fond de la terre, bien qu'ils soient enveloppés de masses d'où il semble difficile de les dégager.

3 La roche de ta nuit n'est pas, comme les anciens le croyaient, une certaine pierre précieuse, mais l'intérieur même de la mine où aucun rayon du soleil ne pénètre. Là on met fin aux ténèbres, on arrive à voir ce qui s'y trouve.

^ Il suffit de cette traduction littérale pour écarter toutes les absurdités des versions reçues. Le pofite décrit, conmie une merveille, la manière dont les mineurs se font descendre dans les profondeurs, dans des paniers ou des cuves.

^ L'auteur ne veut sans doute pas dire qu'on travaille à l'aide du feu ; mais il compare l'action des bommes à celle du feu qui détruit ce qu'il atteint et ne laisse que des ruines.

^ £t pourtant les oiseaux de proie sont fameux pour leur vue perçante. — Du reste, D0Q8 disons ici Vaigle et le vautour ^ sans garantir l'exactitude du choix des termes pour les mots douteux de l'original.

Les superbes enfants^ du désert rCy ont pas mis le pied.

Jamais le lion rugissant n'y a passé.

On met la main sur le roc massifs

Dans leur base on bouleverse les montagnes.

A travers les pierres on creuse des galeries*^

Et Vœil y contemple tous les trésors.

On bouche les sources qui suintent^,

Et tout ce qu'il y a de plus caché est mis au jour.

Mais la sagesse^ d'oii la retirera- t-on ? Oit est le gisement de rintelligence * ? Nul mortel n'en connaît le prix; Elle ne se trouve point dans la terre des vivants. V océan dit : Elle n'est pas en mon sein-, La mer dit : Elle n'est point chez moi. On ne donne pas pour elle de l'or affiné, On n'en paie pas la valeur avec de l'argent. On ne l'échange pas contre l'or d'Ofir^ Contre le saphir ou le précieux onyx.

L'or n'est point son équivalent^ ni le verre, Elle ne se vend pas pour un vase de vermeil. De corail^ de cristal^ il ne saurait être question, Et posséder la sagesse vaut mieux que des perles. La topaze d'Ethiopie ne lui est pas comparable^ On ne la met pas en balance avec l'or le plus pur.

Mais la sagesse^ d'oii vient-elle donc?

Et oii est la demeure de l'intelligence f Elle est dérobée aux yeux de tout ce qui vit^ Elle est cachée aux oiseaux du ciel.

^ Litt. : lêê enfants de Vorgueil. Nous avons ajouté du disert, pour faire voir ^H s'agit de bêtes sauvages. Les hommes n'osent vivre où vivent les bêtes fauves^ et celles-ci ne mettent pas le pied dans le domaine réservé aux hommes. .

2 On traduit : des canauœ (yôr^ est dans l'Ancien Testament le nom du Nil). Disons plutôt que c'était un terme technique, comme plus haut le mot nahal (ravin), que naoB avons rendu par puits.

8 Litt. : On panse les cours d'eau pour qu'ils ne pleurent pas.

^ Il s'agit naturellement do l'intelligence des choses divines, des décrets de Dieu. Dans ce qui suit, il n'est pas question de la valeur (intrinsèque) de cette intelligence, mais de son prix (de sa valeur vénale), ce qui revient à dire qu'elle ne peut être achetée, qu'elle n'est pas mise en vente.

Uenfer et la mort disent :

Le bruit seul en est venu à nos oreilles K

C^est Dieu qui en sait le chemin;

Lui seul en cannait la demeure^.

Car il voit^ /ui, jusqu'aux extrémités de la terre^

Il aperçoit tout ce qui est sous les deux.

Quand il régla le poids du vent^

Et qu'il fixa la mesure des eaux;

Quand il donna une loi à la pluie^

Et qu'il traça le chemin de la foudre qui tonne^

C'est alors qu'il la vit et la révéla^

Qu'il l'établit et l'approfondit^ ;

Mais à l'homme il dit : Vois !

Craindre le Seigneur, c'est la sagesse^

Éviter lemal^ voilà l'intelligence* !

Pais Job continua à débiter son discours en ces termes' :

Âh, si j'étais encore comme dans les temps passés, Comme aux jours où Dieu veillait sur moi I Où son flambeau brillait au-dessus de ma tête*, Où à sa clarté je traversais les ténèbres I Tel que j'étais dans les jours de mon abondance ^,

Quand la Providence^ planait sur ma tente,

^ L'enfer et les oiseaux du ciel (le plus bas et le plus haut}, représentent l'univers. Le bruit j c'est ici un savoir obscur et confus. Du reste^ la sagesse est ici personnifiée, quoique moins nettement que dans le passage parallèle Prov. VIII, 22 soiv.

^ La sagesse est hors de la portée de l'homme.

' Dieu seul possède l'intelligence de ce qu'il veut et fait. Il l'a, pour ainsi dire^ trouvée, rencontrée, lors de la création. Car c'est par la création qu'elle se révèle. I>è8 lors elle est avec lui^ sa compagne inséparable, préposée au gouvernement du monde. L'attribut divin existe^ pour le poôte, à côté de Dieu, comme une personne associée à lui. D'autres traduisent : il la mit à l'épreuve (et la reconnut parfaite (Gen. I, 31. Prov., 1. c).

4 La part de sagesse qui revient à l'homme, c'est la sagesse religieuse et morale (et non la métaphysique) .

^ Ce dernier discours (ou second monologue) de Job se compose de trois parties (ohapitres). La première jette un regard de regret sur cette période de sa vie, où il jouissait de son bonheur et de la considération du monde. Le ton y est devenu plus calme, par suite du sentiment de satisfaction qu'il éprouve en vue du silence des adversaires.

^ Le flambeau de Dieu est le symbole poétique du bonheur et de la protection pro- Tidentielle.

^ Litt. : mon automne, ma récolte ou vendange.

^Litt. : le divAn, c'est-à-dire le conseil (de Dieu].

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