‹ La Bible (volume 3)Chapitre 33 sur 84 · XXXI · texte numérisé non relu

XXXI

Qu'il me pèse dans une juste balance,

Et il reconnaîtra mon intégrité I —

Si mon pas a dévié du chemin^

Si mon cœur a suivi mes yeux,

Et qu'à mes mains il s'attache une souillure :

Je veux avoir semé pour qu'un autre jouisse,

Et que mes plants soient déracinés I

Si mon cœur s'est laissé séduire pour une femme S Et que j'aie fait le guet à la porte de mon voisin, Que la mienne devienne Tesclave d'un autre, Et que des étrangers se ruent sur elle ! Car c'est là un forfait.

Un crime puni par les juges', C'est un feu qui dévore jusque dans le S'eôl, Et qui aurait dû déraciner ma fortune!

Si j'ai méconnu le droit de mon esclave ou de ma servante'.

Quand ils étaient en contestation avec moi

Et qu'aurais-je fait si Dieu se fût levé?

S'il eût demandé compte, qu'aurais-je répondu?

Celui qui m'a formé l'a formé aussi;

Un même Dieu nous a créés dans le sein maternel.

Si je me suis refusé au désir des indigents. Si j'ai laissé languir les yeux de la veuve ; Si j'ai mangé mon morceau tout seul.

Sans que l'orphelin en ait eu sa part

1 Ici il ne s'agit plus^ comme d'abord, de la séduction d'une vierge^ mais d'un adultère, crime des plus odieux, et méritant la plus sévère punition, la revanche la plus déshonorante. Nous traduisons un peu librement, en mettant Vesehve pour l'expression hébraïque qui signifie proprement tourner la meule, moudre (travail dur et réservé aux infimes servantes}, mais qu'on peut aussi expliquer d'après le parallélisme avec le second vers dont nous n'avons pas cru devoir voiler le sens.

2 A plus forte raison par Dieu. — Le distique suivant renchérit encore sur cette assertion : la vengeance [du ciel et des hommes} ne lâche plus le coupable Jusqu'à sa mort — la théologie grecque y ajoutait : et pas même après.

S Dans les strophes qui suivent. Job affirme plus particulièrement qu'il ne s'est Jamais rendu coupable d'aucune injustice ou dureté contre ses inférieurs ou les pauvres. Quant à la forme, cette affirmation est encore énoncée hypothétiquement (jSif je l'ai fait...}, mais généralement, l'imprécation qui devait suivre chaque fois, est omise, et remplacée, de manière ou d'autre, par des réflexions mises en parenthèse. Le péché supposé, mais non commis, il le juge lui-môme tellement grave, qu'il assure ne pas savoir l'excuser. — Tout ce morceau est très-beau, en ce qu'il proclame, mieux qu'aucun autre passage de l'Ancien Testament, la fraternité universelle.

JOB XXXI, i8-2'7. 105

Mais dès ma jeunesse il a grandi près de moi comme chez un père, Et d'elle j'ai pris soin depuis ma naissance*.

Si j'ai vu périr quelqu'un faute de vêtement, Et le pauvre manquer de couverture ; Si ses membres ne m'ont point béni, Réchauffés qu'ils étaient par la toison de mes brebis; Si j'ai levé ma main contre l'orphelin.

Parce que je me voyais bien assisté à la porte'

Que mon épaule se détache de mon corps.

Et que mou bras soit arraché de son os ' !

Mais j'aurais tremblé devant le châtiment de Dieu,

Et contre son emportement je n'aurais pas prévalu^.

Si j'ai mis ma confiance dans l'or, Si j'ai dit à l'argent : tu es mon espoir ; Si je me suis réjoui de ce que mon bien était grand, Et de ce que ma main en avait amassé beaucoup^.... Si en contemplant le soleil dans son éclat Et la lune dans sa course brillante^ Mon cœur s'est laissé séduire en secret, Et que ma main leur ait envoyé un baiser^

1 Depuis ma Jeunesse, depuis ma naissance : expression hyperbolique, qu'il faut niliener à ce sens : de tout temps, depuis qu'il m'en soutient.

^ Un homme puissant ou influent pouvait être tenté de se permettre des injustices Contre les faibles, parce qu'il était sûr qu'à la porUy c'est-à-dire dans l'assemblée de 8es concitoyens, où se jugeaient les affaires en litige, il serait assista, il trouverait des partisans, ou du moins personne qui voulût lui donner tort.

' D'après son sens prochain, ce dernier distique ne se rapporte qu'à ce qui précède immédiatement : Si j'ai péché par violence, que ma main périsse! D'après la forme ^nérale du discours, cette même phrase peut servir de conséquent à toutes les suppositions précédentes. — La traduction est un peu libre, parce que nous voulions éviter les détails anatomiques qui ne vont guère à la poésie. Kaief est l'épaule, ou la partie supérieure du bras ; s'ekém est la partie supérieure du dos entre les épaules ; teroa* «et l'avant-bras; ganah (le tuyau] est la partie comprise entre l'épaule et le coude.

^ Supposé que j'eusse voulu lever le bras contre l'orphelin, l'aurai- je osé? La mau- 'vaise intention même est retenue par la crainte du châtiment, auquel il est impossible d'échapper.

^ Job énumère ici, parmi les péchés qu'un homme peut commettre, mais dont lui se sait innocent, l'amour du gain et des richesses, même sans qu'il s'y attache l'idée ou le soupçon d'une injustice. Il parait considérer une préoccupation de ce genre du point de vue de l'Évangile, qui déclare qu'il faut choisir entre le monde et Dieu.

^ Au nombre des péchés possibles, Job ne pouvait manquer de compter l'adoration des faux dieux. Il nomme donc le soleil et la lune, objets du culte de la plupart des

Cela aussi anrait été un crime puni par le juge, Car j'aurais renié le Dieu du ciel*.

Si je me suis réjoui de la ruine de mon ennemi^

Et que j'aie applaudi à sou malheur

Mais je n'ai point permis à ma langue de pécher, De demander sa vie par une malédiction.

Si les gens de ma tente ne disaient pas : Où trouver quelqu'un qui ne fût pas rassasié do sa viande?. Jamais l'étranger ne passait la nuit dehors. Je tenais mes portes ouvertes pour le voyageur*.

Si, à la manière des hommes, j'ai caché mes fautes, Renfermant mon péché dans mon sein, Parce que je craignais la foule bruyante, Et que le mépris des tribus me faisait peur. De sorte que je me taisais sans oser sortir'

Âh! si quelqu'un voulait m'écouterl Voici ma signature — que le Tout-Puissant me réponde 1

peuples sémites. Il indique en môme temps l'origine de ce culte, né d'un sentiment d'admiration et de reconnaissance. U adoration (d'après le sens étymologique, ad os) consistait primitivement en ce qu'on étendait la main vers l'objet vénéré^ après l'avoir portée à la bouche. Il manque encore l'imprécation, qui doit former le complément de toutes les phrases hypothétiques du texte. Le distique qui suit n'est qu'une parenthèse exprimant l'idée : car je sais bien que c'est un péché,

1 Le sheikh arabe Job et ses amis sont monothéistes.

^ Job a aussi rempli largement les devoirs de l'hospitalité. Le premier distique est très-ingénieusement tourné. Job veut affiirmer que jamais mendiant n'a passé devant sa tente sans être rassasié par lui, et il met cette affirmation dans la bouche de ses gens, qui étaient dans le cas de servir ses intentions bienfaisantes. Ils sont censés s'étonner de cette inépuisable libéralité. Le second distique^ par forme de parenthèse, déclare que la supposition précédente est inadmissible.

3 La dernière supposition, rejetée hautement par Job, c'est qu'il n'aurait été qu'un hypocrite, sachant cacher ses défauts et ses méfaits, et se tenant à l'écart pour échapper au contrôle public. C'est, dit-il, un expédient familier auw hommes (nos traductions mettent ici naïvement le nom d'Adam], mais ce n'était pas ma manière d'agir. Je vivais au grand jour, parce que je n'avais rien à cacher.

Si j'avais la cédule écrite par mon adversaire * !

Oui, sur mon épaule je la porterai,

Je la ceindrais comme un diadème!

De tous mes pas je pourrais lui rendre compte.

Fier comme un émir je m'approcherais de lui '.

Si mon champ crie contre moi, Et que ses sillons se lamentent ensemble; Si j'ai mangé son fruit sans le payer. Et que j'aie arraché l'âme à ses maîtres — Qu'au lieu de blé il eu sorte des ronces. Et l'ivraie au lieu de l'orge'!

[Fin des discours d'Iob]*,

1 Job interrompt la série de ses assertions^ comme si tout à coup il s'apercevait qu'il parle à des adversaires qui refusent de l'écouter. La cédule^ le libelle^ est la requête écrite du demandeur ou accusateur. Plusieurs fois déjà Job a déclaré qu'il ne sait ce que Dieu lui reproche^ et ce dernier discours reproduit cette idée de la manière la plus explicite par sa série de suppositions [si j'ai fait cela, je veux être puni]. Va signature, litt.: le signe, la marque, représente ici la déclaration du défendeur qui affirme sa non-culpabilité. Ce signe [iatc] doit avoir eu la forme [primitive) de la dernière lettre de l'alphabet sémitique, c'est-à dire celle d'une croix. L'auteur doit avoir eu en vue les formes de la procédure par écrit ; s'il n'a pas pu les connaître dans sa patrie, c'est en Egypte qu'il les aura vues employées.

2 II craint si peu l'acte d'accusation, sa conscience étant tranquille, qu'il déclare Touloir l'exposer aux regards de tout le monde et s'en faire gloire, En supposant la cédule écrite sur une bandelette de papyrus ou sur une feuille de palmier, l'idée de s'en faire on diadème n'a rien de singulier.

^ Les trois derniers distiques reprennent la série des suppositions qui ont rempli le chapitre tout entier. Cela a fait penser à quelques interprètes qu'ils ne se trouvent pas ici à leur véritable place. Sans doute, d'après les règles de notre rbétorique, ils seraient placés plus convenablement à la suite des vers analogues, et ce qui précède immédiate^ ment formerait une péroraison plus naturelle. Mais la poésie orientale ne reconnaît pas cette loi suprdme, qu'une pièce, longue ou brève, doit avoir sa fin logique, et conduire la pensée à un point de repos et de satisfaction intellectuelle. Le goût des formes, le besoin de rondeur, l'art plastique appliqué au développement du discours, s'ils ne lui sont pas tout à fait inconnus, ne lui sont pas nécessaires. — Le champ qui crû, c'est le champ injustement acquis, ravi à son propriétaire. La phrase : arracher (litt. : souffler) V^hne au (véritable) maître, implique l'idée d'un acte criminel, soit d'un meurtre, soit d'une extorsion par voie judiciaire, ou par des intrigues, au moyen desquelles on aurait, pour ainsi dire, serré la gorge à quelqu'un jusqu'à ce qu'il se fût rendu.

4 A la rigueur, ces mots peuvent avoir été écrits par l'auteur. Ils nous font cependant l'effet d'une note de copiste. En tout cas, l'addition s'explique plus facilement que la sottise des rabbins, qui l'ont accentuée comme si c'était une partie intégrante du texte même du discours.

108 JOB XXXVIII, 1-to.

Alors rËternel répondit à Job du sein de la tempête et dit ^ :

Qai est-ce qui obscurcit mes desseins, Par des paroles sans intelligence?

Va ceindre tes reins comme un homme, Pour que je t'interroge, et que tu m'instruises ' !

Où étais-tu quand je fondais la terre ? Raconte cela, si tu eu as connaissance. Qui en a réglé les dimensions, si tu le sais, Ou qui a tendu sur elle le cordeau?

Sur quoi ses bases sont-elles fondées.

Ou qui en a posé la pierre angulaire.

Au concert d'allégresse des étoiles du matin, Aux cris de joie de tous les fils de Dieu ' ?

Qui a enfermé la mer avec des portes.

Lorsqu'elle vint jaillir du sein maternel? Quand je lui donnai les nuages pour manteau, Et pour langes les sombres brouillards? Et que, lui traçant ma loi.

Je lui posai des portes à verrous?

I Maintes fois Job avait exprimé le désir de discuter sa cause directement avec Dieu (chap. IX, 35; XIII, 22; XIV, 15; XXXI, 3*7). Son impatience svait mdme pris un ton provocateur. Jéhova descend donc enfin sur la scène, enveloppé des nuages de la tempdte, et sa voix de tonnerre, intelligible à la conscience du mortel, adresse à celui-ci une série de questions, auxquelles il ne sait que répondre. Il avait demandé la solution de l'énigme de sa destinée. Il lui est proposé une série d'autres énigmes plus grandes, plus admirables, et surtout plus insolubles pour la raison humaine. Comment, en présence des merveilles de la toute-puissance et de la sagesse du Très-Haut, osera-t-il encore faire valoir ses doutes mesquins à l'égard des voies de la Providence, en ce qui concerne sa chétive personne?

^ Provocation préalable et ironique à une lutte qui doit tourner à la confusion du mortel téméraire qui ose l'engager. Obscurcir (jeter l'ombre sur] les desseins de Dieu, c'est les représenter sous un faux jour, les méconnaître, les interpréter faussement. Les desseins de Dieu, c'est ici ce que nous appelons la Providence.

S La première série de questions est relative à la création du monde, comparée à la construction d'un édifice. L'espace est mesuré, les contours sont alignés au cordeau, les fondements sont creusés. Qu'est-ce que l'homme sait de tout ceci? Conaait-il les dimensions de la terre? Comprend-il sur quelle base eUe est assise? Les astres, supposés créés d'abord, assistent au spectacle de la naissance de la terre, et la célèbrent par des chants. Ils sont appelés les étoiles du matin, la grande aurore du monde commençant à cette heure solennelle. La personnification qui en fait des êtres vivants, appartient à la poésie. Ils sont ainsi rangés sur la même ligne que les fils de Dieu, les anges (chap. I, 6) .

Jusqu'ici, disais-je, ta viendras et pas plus loin I Ici s'arrêtera Tinsolence de tes flots * !

As-tu jamais ^ commandé au matin.

Ou assigné sa place à Taurore, Pour qu'elle saisisse les bords de la terre, Et que les méchants en soient chassés?

Elle' change de forme comme l'argile moulée, Et tout se range comme pour la draper^ Pour qu'aux méchants leur jour soit refusé Et que leur bras déjà levé soit brisé ^.

Âs-tu pénétré jusqu'aux sources de la mer ? Au fond de l'océan as-tu porté tes pas? Les portes de la mort se sont-elles ouvertes devant toi? Les as-tu vues, les portes des ténèbres ? De ton regard embrasses-tu l'étendue de la terre? Parle, si tu sais tout cela ! ^

^ La seconde scène de la création, moins inaccessible peut-être à l'imagination, mais plus terrible, c'est la formation de l'océan, dont la circonscription dans des bornes infrancbissables est bien faite pour donner à l'homme la mesure de la puissance de Dieu. — Du reste, notre traduction est un peu libre, relativement à la disposition Byntactique des diverses phrases, dont le sens n est pas douteux. Lespories de la mer, les barrières, sont amenées par l'idée d'un emprisonnement. Le sein maternel, d'où rocéan sort, est le profond bassin creusé dans la terre, et cpii le contient ; l'idée est que les eaux sortaient de sources existant au fond de ce bassin, avec une grande impétuosité, et menaçant d'envahir la terre entière.

^ Litt. : depuis tes jours, depuis que tu vis.

* La terre.

^ Au sombre tableau de la mer orageuse, le poète fait succéder le riant spectacle du Jour, à l'appariiion duquel le cœur de l'homme s'épanouit de joie. Le matin, l'aurore, sont appelés comme des serviteurs chargés d'une certaine besogne. Ils arrivent, et aussitôt la lumière brille aux deux extrémités de l'horizon. Le crépuscule dure peu dans les latitudes inférieures. Le rayon brille ; aussitôt la terre s'anime, se colore, dessine ses formes, comme l'argile à laquelle on imprime facilement toutes sortes de figures. La société humaine aussi subit l'influence de ce changement. La nuit appartenait aux méchants (chap. XXIV, 14 suiv.], elle était leur^oi^r; elle cesse, et aussitôt ils sont obligés de rentrer dans leurs antres et de faire trêve à leurs violences. (Notre traduction a dû effacer une partie de l'image. L'auteur dit : l'aurore saisit les pans de la terre et secoue les méchants, comme on secoue la poussière d'un manteau.)

^ Une autre série de questions entraine l'imagination aux extrémités de l'espace oîi la pensée môme de l'homme se perd et s'égare, et où sa science ne saurait pénétrer. La rapidité môme avec laquelle l'attention de Job est obligée de se porter à des distances incommensurables, du S'eôl au ciel, a de quoi lui donner le vertige.

Quel chemin conduit au séjour de la lumière, Et la nuit, où a-t-elle sa résidence?

Sais-tu les emporter vers leur domaine, Et marquer les sentiers de leur demeure ? Tu le sais^ car tu es né dès lors, Et de tes jours la somme est grande * !

Es-tu entré aux réservoirs de la neige? Les greniers de la grêle, les as-tu vus? Eux que je réserve pour le temps du châtiment, Pour le jour de la guerre et du comhat^? Quel est le chemin par où la lumière se répartit. Par où Touragan fond sur la terre'?

Qui est-ce qui ouvre des rigoles à Taverse*, Un chemin à la foudre qui tonne.

Pour arroser des terres inhabitées.

Le steppe où nul mortel ne demeure; Pour abreuver la solitude inculte.

Et faire germer le gazon verdoyant?

I Dans les régions impénétrables du firmament il y a d'autres mystères encora devant lesquels la science humaine doit avouer sa faiblesse. D'où viennent, à point nommé^ la lumière et l'obscurité ? Elles sont représentées ici comme des éléments indé* pendants l'un de l'autre; la lumière n'est point envisagée comme venant du soleil^ et les ténèbres ne sont pas considérées comme l'absence de la lumière. Elles ont toutes les deux leur résidence quelque part: mais où? voilà la question. L'homme saura-t-il en trouver le chemiu^ pour les amener tour à tour dans leur domaine, c'est-à-dire leur faire occuper dans le monde visible l'espace qui leur revient, et les faire rentrer ensuite par le sentier qui conduit à leur demeure? {Dès lors, dès la création. L'ironie est plus amère ici que dans les strophes précédentes.)

' Série de questions relatives aux phénomènes atmosphériques. Le ciel^ d'après la cosmologie poétique des Hébreux, contenait d'immenses réservoirs de neige^ de pluie, de grêle; l'imagination s'arrêtait confondue devant l'énormité de ces provisions de l'économie céleste. La grêle est l'une des armes de Dieu pour faire la guerre aux honunes qu'il veut châtier. La tradition parlait encore de batailles décidées par la grêle (Jos. X, 11, etc.).

S L'antithèse entre la lumière et l'ouragan a pu faire croire que le poète a voulu parler de l'éclair qui rayonne. Mais il peut avoir voulu opposer un phénomène bienfaisant, à un autre qui est terrible, pour dire que l'un et l'autre dépendent de la volonté de Dieu.

"^ La rigole est mise pour la ligne à parcourir par la pluie pour parvenir du ciel à la terre. Le texte nonmie de préférence les terres inhabitées, pour faire voir que le travail des hommes n'y est pour rien.

La plnie a-t-elle un père * ?

Oa qui a engendré les gouttes de la rosée?

Du sein de qui la glace sort-elle?

Et le givre du ciel, qui donc Tenfante?

Les eaux se cachent comme pétrifiées,

Et la surface de Tonde est retenue captive * !

Est-ce toi qui noues les liens des Pléiades, On qui délies les chaînes d'Orion ?

Toi, qui fais lever les constellations en leur temps, Et qui conduis TOurse avec ses petits'? Connais-tu bien les lois du ciel.

Et règles-tu son empire sur la terre * ?

Élëveras-tu ta voix vers la nue, Pour qu'elle te verse une abondante ondée? Enverras-tu les foudres pour qu'elles partent? A ton appel répondront-elles : nous voici? Qai a mis la sagesse dans ces phénomènes ? Au météore qui a donné Fintelligence ^ ?

1 Un père, sans doute : mais pas un mortel. — C'est dans le même sens, qu'immédiatement après le parallélisme amène les termes de maternité et d'enfantement.

2 La glace est un phénomène si curieux pour les habitants des pays chauds que l'auteur s'y arrête un moment pour le décrire.

S Le poète passe aux merveilles du ciel étoile. L'homme ne peut pas expliquer comment les étoiles (fixes) restent constamment dans la même position les unes à regard des autres ; tout aussi peu lui est-il donné de faire cesser ce rapport, ou de dire comment il se fait que les constellations se lèvent et se couchent dans le même ordre perpétuellement. Les constellations des Pléiades, d'Orion et de TOurse (dont les petits ou filles^ sont les trois placées à côté du grand carré), ont déjà été nommées plus haut, chap. IX, 9. Quant au mot hébreu que nous avons rendu à tout hasard par constellations t il n'apparaît nulle part ailleurs et le sens en est douteux ; on a voulu j voir les signes du zodiaque (matzalot, 2 Rois XXIII, 5), la couronne ou les planètes.

^ On peut très-bien joindre ce distique à ce qui précède, l'opinion générale de l'antiquité ayant été que les étoiles exercent une influence sur la terre.

^ Distique diversement expliqué. Nous écartons l'interprétation traditionnelle : Qui a mis l'intelligence dans les reins (de l'homme)? L'homme n'a rien à faire dans cette énumération des phénomènes naturels, et d'autant moins que dans tout ce morceau on lui conteste l'intelligence. L'étymologie de touhot (qu'on a proposé tour à tour de rendre par brillants et par sombres) et de sekwt (image ? forme?), est très-douteuse. La sagesse dont il est question pourrait bien être mentionnée en tant que certains phénomènes sont censés prédire l'avenir et servent à la divination. Du reste, nous ne tenons pas aux météores ; on pourrait aussi songer aux diverses formes de nuages.

112 JOB XXXVIIT, 37-41. XXXIX, 1-4.

Qui sait compter les nuages,

Et vider les outres du ciel,

Quand la poussière est coulée en fonte

Et que les mottes se pétrissent ' ?

Est-ce toi qui chasses la proie pour la lionne'. Qui assouvis la faim des lionceaux, Quand ils se blottissent dans leurs tanières Et que dans le taillis ils se mettent h. TaSut?

Qui est-ce qui apprête au corbeau sa pâture, Quand ses petits crient vers Dieu, Errant au hasard sans avoir de quoi manger ^ ?

Sais-tu répoque où les chamois enfantent? Observes-tu les biches quand elles faonnent? Comptes-tu les mois de leur grossesse?

Sais-tu le temps où elles sont délivrées? Elles se baissent, elles mettent bas leurs petits. Elles sont quittes de leurs douleurs.

Les faons deviennent grands et forts dans la campagne, Us partent et ne reviennent plus*.

1 Description des effets d'une forte pluie : la poussière est emportée, elle coule avec Teau, elle forme avec celle-ci une masse plus dense, comme le métal en fonte ; finalement elle se durcit et forme des glèbes ; Dieu préside à ces phénomènes, et iet gouverne : il compte les nuages et en détermine l'action.

2 Autre série de questions^ relatives aux animaux du désert (de l'Arabie), dont li Providence prend soin sans l'intervention de l'homme. La sphère de ce dernier eet bien restreinte a cet égard^ et des myriades d'êtres existent et sont heureux sens qu'il les connaisse seulement et sans qu'ils aient besoin de lui. — La coupe des chapitres est faite ici sans égard au contenu du texte.

S Les cris des animaux sont poétiquement représentés comme des prières : Psaume CI V, 21 ; CXLVII, 9.

^ Ce troisième exemple n'est pas destiné à rappeler à l'homme que ses observations sur la vie des animaux sauvages sont incomplètes ; car il est peu probable qu'au temps de l'auteur on n'ait pas connu les détails mentionnés ici. Aussi bien ne s'agit-il pas id du savoir du naturaliste, mais de celui de la Providence, qui rèt^le les choses selon les conditions d'existence assignées à chaque espèce d'êtres et dont les dispositions sagement prises sont la seule assistance donnée dans un moment important, où l'homme, par exemple, a besoin de tant de secours, et plus tard encore, où les peines des parents humains vont en augmentant, tandis que l'animal, après un laps de temps très-court^ est capable de pourvoir à ses besoins.

Qui a laissé l'onagre aller en liberté? Qui a délié les liens de ce sauvage?

Je loi ai assigné le steppe pour demeure, Le désert inculte pour habitation.

Il se rit du bruit de la ville.

Il n'entend pas les cris du maître; Il rôde dans la montagne, où il trouve sa pâture. Et y cherche tout ce qu'il y a de vert*.

Le buffle' voudra-t-il se mettre à ton service, Passer la nuit auprès de ta crèche?

L'attacheras-tu au sillon avec la corde? Hersera-t-il les vallons à ta suite?

Te fieras-tu à lui, parce que sa force est grande. Pour lui laisser faire ta besogne?

Crois-tu qu'il fera rentrer ta récolte.

Et qu'il videra ton aire ?

L'autruche ' bat joyeusement des ailes — Son duvet, son plumage, connaissent-ils l'amour?

!• L'onagre est un exemple frappant de cet état de séparation d'avec les hommes et d'indépendance; auquel les animaux trouvent leur compte^ en dédaignant les avantages qui pourraient résulter du contact avec la civilisation. L'homme est humilié par la considération que la bête préfère sa rude et noble liberté à ce que lui estime être un fruit de sa sagesse. Il y a en même temps une antithèse très-marquée entre l'onagre «t l'ftne domestique.

2 Sur la signification du mot rim, voyez la note sur Deut. XXXIII, 17. — Entre

le buffle et le bœuf domestique, même antithèse que tout à l'heure entre les deux espèces d'ânes. Mais si entre l'homme et l'onagre il n'y a pas de rapport du tout, pour le buffle c'est autre chose ; l'homme peut essayer de l'utiliser, mais il trouvera une résistance directe, qui doit lui causer du dépit. {Â ta suite, veut dire simplement sous tes ordres, car en labourant, c'est l'homme qui suit l'animal. — L'aire où le blé est battu se trouve aux champs ; c'est de là que les grains sont enlevés pour être mis m grenier.)

' Il ne reste plus aujourd'hui de doute sur la justesse de cette interprétation. Ratum, la chanteuse ou la criarde, est l'autruche femelle. Autrefois on songeait au coq de bruyère ou au paon. La Yulgate et les modernes qui l'ont suivie ont même trouvé trois oiseaux divers dans ce distique, en remplaçant le duvet par l'épervier, et /'Mio«r par la cigogne. L'idée principale du tableau est de signaler (d'après l'opinion aujourd'hui encore répandue, mais sujette à caution) l'insouciance de l'autruche à l'égard de ses œufs, qu'elle est censée abandonner pour les faire éclore par la chaleur natureUe du soleil et du sable. Preuve nouvelle de ce que la Providence veille partout, même là où l'instinct naturel semble faire défaut.

A. T. 6« part. 8

M&ds à la terre elle abandonne ses œufs,

Et sur le sable elle les laisse chauffer,

Elle oublie que les pieds les fouleront.

Qu'ils seront écrasés par les bètes sauvages.

Dure pour ses petits, comme s'ils n'étaient pas les siens.

Elle aura perdu sa peine et ne s'en soucie pas.

Car Dieu l'a privée de sagesse,

Et ne lui a pas donné l'intelligence,

Mais quand elle s'élance en sursaut,

Elle se moque du cheval et de son cavalier ' .

Est-ce toi qui donnes la vigueur au cheval. Qui revêts son cou d'une crinière frémissante? Et qui le fais bondir comme la sauterelle. Avec son fier et terrible hennissement*? Bouillant de force, il creuse le sol.

Il s'élance au-devant des armes.

Il se rit de la peur et ne tremble pas, Et ne recule point devant l'épce.

Sur lui résonne le carquois, La lance, le javelot étincelient.

Il bondit, il frémit, il dévore la terre. Il ne se contient plus au bruit de la trompette. Tant qu'elle sonne, il crie : oui-dà I De loin il flaire le combat, La voix tonnante des chefs et le cri de bataille'.

1 L'homme pourrait croire qu'un animal si peu intelligent serait pour lai une prol facile. Le créateur, sur ce point aussi, lui réserve une honte. Un oiseau qui ne penfl pas même voler, défie le coursier.

2 Le tableau du cheval, le plus célèbre de toute cette galerie, est natureUement amené par ce qui a été dit dons la ligne qui termine la description précédente. En apparence il ne rentre pas dans la catégorie des autres, car le cheval est au flervice de l'homme. Mais les qualités qui le distinguent, ce n'est pas lui qui les lui a données. — Pour la crinière, le texte dit simplement le frémissement, le frisson, pour rappela le mouvement musculaire qui, chez les chevaux de race noble, se communique à la crinière. — La comparaison avec la sauterelle se trouve aussi chez Joël (chap. U), en sens inverse.

3 C'est le cheval de bataille, le coursier du bédouin, que le poëte veut décrire et non la bête patiente et résignée que nous attelons à la charrue, mais qui est inconnue en Arabie. Il n'y a dans ce tableau qu'un seul trait douteux. Nous avons tradait : t7 creuse le sol ; le cheval frappe la terre d'impatience avec son pied de devant. Pour cela, il faut mettre le verbe au singulier. La signification de la racine hafar, creuser, est certaine. Mais il y en a une autre, fréquemment employée dans le livre de Job,

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