JOB XLI
L^une à Tautre elles sont attachées^
Soudées ensemble^ et ne se séparant pas.
Son éternuement fait éclater la lumière,
Ses yeux sont pareils aux paupières de ^aurore^
De sa bouche il sort des torches ardentes,
Il fait jaillir des étincelles de feu.
Ses narines exhalent la fumée,
Comme un vase chauffé, une chaudière bouillante,
Son soufQe allume la braise,
La flamme sort de sa gueule'.
Dans son cou réside la force ;
La peur frissonne devant lui.
Les muscles de sa chair sont fermes,
ils sont raides^ et ne se relâchent pas.
Son cœur est dur comme la pierre.
Solide comme la meule inférieure '.
Quand il s'élance, les plus vaillants ont peur.
Saisis d'effroi ils se troublent.
Le frappe-t-on de Tépée, elle n'y peut rien,
Ni la lance, ni la flèche^ ni la cuirasse^.
Pour lui le fer est comme de la paille,
L'airain comme du bois vermoulu.
Le trait décoché par Tarc^ ue le met pas en fuite,
Les pierres de la fronde lui paraissent un brin de paille.
Il estime la massue comme du chaume^
Il se moque du sifQement du javelot.
1 Le crocodile n'étemue'pas, dans le sens propre du mot ; mais il fait jaillir de Teau, et cette eau briUe au soleil. Ses yeux sont la première partie de son corps qu'on aperçoit à travers l'eau. Dans l'écriture hiéroglyphique ils représentent Taurore. Le distique suivant continue la description de ces mêmes particularités.
^ Noos prenons ceci dans le sens poétique des vers précédents. Car l'haleine du crocodile n'est pas chaude^ et l'auteur ne peut pas vouloir dire qu'eUe l'est au point de mettre le feu au charbon. Il s'agit toujours de ce spectacle des rayons du soleil se mirant dans l'eau jetée par l'animal.
' La raideur des mouvements du crocodile, la dureté vraie ou apparente de ses parties molles^ sont signalées comme des symptômes de force irrésistible. Ce qui est dit du cœur, n'est pas à prendre dans le sens propre. Le poète veut dire qu'il est inaccessible, inattaquable. La meule inférieure (dans l'appareil qui se trouvait dans chaque ménage) est fixée, grosse et immobile.
4 Comme la cuirasse n'est qu'une arme défensive, elle semble déplacée ici ; mais dans ce cas il faudrait donner à un mot assez fréquent un sens difficile à établir.
^ Litt.: Le fils de l'arc. En hébreu, la flèche est un substantif masculin.