JOB XLII
Après que rÉternel eut adressé ces discours à Job, il dit à Ëlifaz le T^manite : Je suis irrité contre toi et contre tes deux amis, de ce qae vous n^avez pas parlé de moi selon la vérité \ comme mon serviteur Job. Et maintenant prenez sept taureaux et sept béliers, et offrez-les en holocauste pour vous-mêmes, et mon serviteur Job priera pour vous. Car ce n'est que par égard pour lui que je ne tiendrai pas compte de votre folie * ; car vous n'avez pas parlé de moi selon la vérité, comme Ta fait mon serviteur Job. Et Ëlifaz le Témanite, Bildad le S'ou^ite et Çofar le Na*amatite allèrent faire comme rÉternel le leur avait ordonné, et rÉternel eut égard a Job. Et il rétablit la fortune de Job^ parce qu'il pria pour son prochain, et lui rendit au double tout ce qu'il avait possédé.
Et tous ses frères, et toutes ses sœurs, et tous ceux qui l'avaient connu auparavant, vinrent chez lui et s'assirent à la table de sa maison, et lui firent leurs condoléances, et le consolèrent au sujet de tous les malheurs que l'Éternel avait amenés sur lui, et ils lui donnèrent chacun une pièce d'argent et un anneau d'or. Et l'Éternel bénit la fin de Job plus que son commencement, et il eut quatorze mille brebis, et six mille chameaux, et mille paires de bœufs, et mille ânesses. Et il eut sept fils et trois filles. Et il appela la première Colombe, et la seconde Cassie, et la troisième Cornet à fard'. Et l'on ne trouvait pas dans tout le pays des femmes plus belles que les filles de Job. Et leur père leur assigna un héritage comme à leurs frères. Et Job vécut après cela cent quarante ans^ et vit des fils et des petits-fils, et il mourut vieux et rassasié de jours.
1 D'autres traduisent : avec sincérité. Le fait est que des deux côtés on était tombé dans Terreur, en exagérant les principes ; cependant comme l'auteur maintient, lui aussi, l'innocence de Job, il a raison de parler conmie il le fait.
^ Ou impiété ; c'est-à-dire de votre fausse argumentation, qui était contraire à l'honneur de Dieu.
S Le premier nom est douteux ; la cassie est une plante dont l'écorce sert comme parfum. Le fard (noir}, que les femmes mettaient sur les sourcils, se conservait dans des bouts de cornes. Les trois noms sont destinés à relever les grftces de ces filles^ et pas le moins du monde leur coquetterie.
LES DISCOURS D'ÉLIHOU'.
Lorsque ces trois hommes eurent cessé de répondre à Job, celui-ci persistant à se dire innocent^ Élihoû le fils de Barakeèly le Bouzite, de la tribu de Ram^, en fut irrité. Il était irrité contre Job parce qu'il se déclarait innocent, en opposition avec Dieu^ et il était irrité contre les trois autres^ parce qu'ils n'avaient pas trouvé de réplique afin de convaincre Job de son tort*. Cependant Élîhoû avait attendUy avant de parler à Job^ parce qu'ils étaient tous plus âgés que lui. Mais ayant vu qu'il n'y aurait plus de réplique de la part de ces trois hommes^ il fut irrité.
Et Élihoû, le fils de Barakeél^ le Bouzite^ prit la parole et dit :
Je suis jeune d'années^ Et vous êtes des vieillards; C'est pourquoi j'ai craint dans ma timidité De vous exposer mon avis.
Je me disais: que les années parlent^ Que l'âge plus avancé fasse voir sa sagesse! Mais c'est l'esprit dans l'homme^ C'est le souffle du Tout- Puissant qui lui donne l'intelligence *.
1 Voir rintroducUon.
2 Bouz était le nom d'ane tribu de Naborides (ou Mésopotamiens), parente des *0uçite8, auxquels appartient Job (Geo. XXII, 21). Jérémie aussi (chap. XXV, 23) les place en Arabie, comme notre auteur. Le nom de Ram ne se rencontre pas ailleurs.
3 Afin de convaincre, etc. Changement de voyelle dans la conjonction {w» pour tva). Avec le texte reçu^ il faudrait traduire : et çu*ils lui avaient pourtant donné tort.
^ L'esprit dans l'homme et le souffle de Dieu sont une seule et même chose. Au point de vue de l'Ancien Testament, tout ce qu'il y a dans l'homme de facultés vitales et spirituelles, dérive directement de Dieu. L'auteur veut dire que la sagesse ne vient pas de l'ftge, mais de Dieu, qui peut la donner à qui il veut.
JOB xxxii, 9-18. 123
Ce n'est pas rage qui donne la sagesse \
Et les vieux ne discernent pas toujours ce qui est juste.
Je vous prie donc^ écoutez -moi ^ f
Moi aussi j'exposerai mon avis.
Voyez^ à vos paroles je faisais attention, Je prêtais roreille à vos arguments, Tant que vous discutiez ces choses.
Sur vous je fixais mon regard^ Et voilà^ personne n'a réfuté Job^ Nul d'entre vous n'a répondu à ses discours. Ne dites donc pas : ciVbus avons trouvé la sagesse!» C'est Dieu qui le battra et non un homme*. Ce n'est pas contre moi qu'il a dressé ses discours^ El ce n'est pas avec vos paroles que je lui répondrai.
Les voilà déconcertés ! ils ne savent plus que dire; On leur a coupé la parole ♦ /
Et j'attendrais encore ^ tandis qu'ils ne parlent plus^ Qu'ils sont là sans savoir que dire?
Je répondrai, moi aussi^ pour ma part; J'exposerai^ moi aussi^ mon avis.
Car moi je suis tout plein de discours^ Et l'esprit dans mon sein me presse.
^ Litt.: Ce im sont pas les grands qui sont (toujours les plus) sages. Les grands, comme tout à l'heure le petit (jeune), se dit ici de l'ftge. Eabt grande est devenu ainsi un titre honorifique, comme senior (seigneur, sieur, rabbi).
^ Le texte dit : écoute-moi, comme sHl s'adressait à Job seul. Mais voyez la suite.
* Beaucoup dlnterprMes voient dans cet hémistiche la suite des paroles mises dans la bouche des trois, qui d'après cela diraient : Nous reconnaissons avoir trouvé dans Job la sagesse (c'est-à-dire la vérité), il faudrait être Dieu pour le réfuter. Mais cela nous semble assez singulier ; si Job a raison, c'est que Dieu ne le réfutera pas. Voici notre explication : Jâlihoû, plein de suffisance, dit : n'allez pas prétendre que tous avez trouvé (en vous-mdmes) la sagesse (c'est-à-dire les vrais arguments) ; moi^ Je vais les donner, c'eat-i-dire Dieu par ma bouche (v. 8). La suite confirme cette interprétation. Ce que Job a dit n'a pas de valeur contre les nouveau» arguments que va produire ÉlihoÛ.
4 Élihoû se détourne avec dédain de ces pauvres raisonneurs, qui n'ont pas su prouver leur thèse, ou dont la thèse était fausse.
124 JOB XXXII, 19-22. xxxiii, 1-8.
En moi — • c^est comme du vin privé d'air ^ Comme une outre neuve prête à éclater *. Je veux donc parler pour me soulager ^ Je veux ouvrir ma bouche et répondre, Puissé'je n'avoir de préjugé pour personne^ Ni flatter qui que ce soit!
Mais je ne saurais flatter — Autrement mon créateur m'enlèverait aussitôt^.
Mais toiy Job^ écoute mes discours; Prête V oreille à toutes mes paroles!
VoiS'tu^ j'ouvre la bouche^ Ma langue dans mon palais s'apprête à pa/rler, La droiture de mon cœur sera dans mes paroles^ Et mes lèvres diront sincèrement ma pensée '. C'est l'esprit de Dieu qui m'a /"aï/, C'est le souffle du Tout-Puissant qui me donne la vie*. Réponds-moi^ si tu peux ; Place-toi en face de moi, prends position! Vois! Je suis ton semblable devant Dieu; Moi aussi je suis formé de limon.
Donc la peur de moi ne doit pas te troubler ^ Ni mon autorité sur toi s'appesantir^.
Hé bien! devant moi tu as dit — {J'ai entendu le son de tes paroles) :
I Le vin nouveau dont la fennentation est gênée par le manque d'air et de liberté, et l'esprit qui est impatient de se manifester, offrent une certaine analogie. Il faut que je parle, dit Élihoû ; je ne saurais me retenir plus longtemps. Il va donc éclater lui-même. (Comp. Malth. IX, 17.)
^ La cause est si sérieuse, si sacrée, le moment si solennel, que si je voulais faire prévaloir des considérations personnelles, Dieu me punirait sur-le-champ.
S Litt.: la pensée de mes lèvres, elles le diront sincèrement. — Élihoû, négHgeent les discours des trois amis qui ne l'ont pas satisfait, se tourne vers Job, avec un nooval exorde, aussi verbeux que le premier.
4 En apparence, ce distique ne tient à rien, à moins qu'on y veuille voir la ïepioduction de l'idée exprimée plus haut (chap. XXXII, 8], où Élihoû revendiquait une espèce d'inspiration. Mais les mots : il m'a fait, il me donne la vie, ne se prêtent pas bien à cette explication. Nous croyons plutôt qu'il veut rassurer Job en se disant son égal, un homme comme lui, de manière que la discussion se fera avec des chances égales et que la vérité seule décide de la victoire. Voir la suite.
^ Allusion à chap. IX, 34 ; XIII, 21 , où Job exprimait la crainte d'être troublé par la présence de Dieu.
€Moi je suis innocent et sans péché,
Pur et exempt d'iniquité.
Voyez, c'est lui qui me cherche querelle^
Qui me traite comme son ennemi.
Il a mis mes pieds dans les ceps;
Il épie tous mes mouvements ' . »
Vois-tu {te répondrai- je), en ceci tu as tort; Car Dieu est au-dessus du mortel^.
Pourquoi le prends- tu à partie, Comme s'il ne te répondait pas un mot ^ ? Mais Dieu parle^ une fois, Deux fois*^ sans qu'on y regarde.
En songe^ dans la vision de la nuit^ Alors qu'un profond sommeil pèse sur les mortels^ ^ Qu'ils sont endormis sur leur couche.
Alors il leur ouvre l'oreille Et met le sceau à ses instructions^
1 Éllhoû commence naturellement par poser en deux mots la question à débattre. A cet effet, il résume les discours de Job et les ramène à trois points : i** Job se dit innocent (chap. IX, 21; X, 7; XVI, 17; XXIII, 10; XXVII, 5). 2" Il prétend que Dieu lui en veut injustement (chap. X, 13 suiv.; XIII, 24; XIX, 11 ; XXX, 21). 3** et que ses maux actuels sont un effet de cette disgrâce non méritée (reproduction littérale de chap. XIII, 27}. — Il s'agit d'examiner si ces assertions sont fondées. Mais Élîhoû, se plaçant à un autre point de vue que les trois, ne discute pas la question de l'innocence de Job.
^ Au-dessus des sentiments de jalousie ou d'injustice que Job lui suppose, et qui peuvent se trouver chez les mortels.
' Généralement on traduit : car il ne te répond pas. La suite nous fait écarter cette interprétation. Dieu parle à lliomme, mais c'est l'homme qui ne l'entend pas.
4 Et non de deux manières différentes. Les nombres n'ont pas ici de valeur déterminée. C'est la loi du parallélisme qui en amène la variété. L'auteur ne veut pas énumérer f • le songe, 2** la maladie ; il veut dire que c'est en songe, pendant la nuit, que Dieu glisse à l'homme cette grande vérité, que la maladie, ou le malheur en général, doit être pour lui un moyen d'instruction.
^ Chap. IV; 13. — Le songe est placé ici, d'après les conceptions religieuses de l'antiquité, pour ce que nous appelons la révélation : une forme spéciale de la communication céleste, pour celle-ci en général. Qu'on se garde bien de croire que l'auteur veut dire que Dieu se révèle 1° par des songes, 2** par la maladie qu'il inflige aux hommes. La vraie pensée est : C'est en soumettant l'homme à (l'épreuve dej la maladie, qu'il se révèle à lui, qu'il se fait connaître, qu'il fait l'éducation de l'homme. C'est là la grande vérité qu'Élîhoû veut démontrer. — Scjller l'instruction, veut dire : la confirmer.
Pour éloigner Vhomme de sa manière d*agir,
El pour lui faire passer sa présomption \
Pour préserver son àtne de la fosse^
Sa vie de V atteinte du trait fatal ^,
Quand ^ il est averti par la douleur sur sa couche^
Qu'il sent dans ses os un combat incessant * ;
Que sa bouche est dégoûtée de toute nourriture^
Son appétit du mets le plus friand;
Que sa chair se consume et s'affaisse,
Que ses os amaigris sont mis à nu^^
Que son âme s'approche de la fosse^
Sa vie des exterminateurs^ —
Alors, s'il y a près de lui un ange^
Un interprète^ un seul d'entre les milliers^
Pour enseigner au mortel sofi devoir^
Dieu prend pitié de lui et dit :
€ Délivre-le^ qu'il ne descende pas dans la fosse :
J'ai obtenu satisfaction'^ ,i^
1 Liti.: pour la couvrir (faire disparaître). Le texte pourrait bien être fautif.
^ Le trait fatal^ est également une expression figurée pour désigner la mort, peut^ être plus particulièrement la mort violente, en tout cas une mort considérée comme on châtiment divin (chap. VI, 4).
S Le passage qui suit sera parfaitement clair, dès qu'on maintient: !<* Que les v. 19-22 forment Tantécédent d^une phrase, dont le conséquent commence au v. 23. — 2" Que ce qui a été nommé plus haut une instruction, une révélation, est désigné plus bas par la formule : un ange interprète. Dieu parle à Thomme par la douleur, la maladie, qui est un moyen d'éducation. Et ce nwyen est personnifié ici et devient un être vivant, placé entre Dieu et l'homme, chargé de faire connaître à celui-ci la volonté de celui-là. Sans figure, nous dirons : Ah, si sur le lit de douleur, au lieu de se livrer au désespoir, l'ftme est touchée par la grâce et reconnaît la direction paternelle du Seigneur Jusque dans la plus cruelle épreuve, qu'elle s'explique, selon la vérité et selon son devoir, ce qui paraissait d'abord n'être qu'un acte de cruauté gratuite, alors Dieu fait cesser l'épreuve , etc. Dieu a mille intermédiaires [de cette espèce , c'est-à-dire , mille moyens d'instruire l'homme) à sa disposition ; mais un seul suffit. Cette seule phrase prouve qu'il est absurde de voir là le Fils de Dieu de la théologie chrétiennet la seconde personne de la trinité : et cela dans la bouche d'un Bédouin 1
4 La fièvre. — La maladie n'est citée qu'à titre d'exemple, car tons les malhears sont salutaires daus ces conditions.
^ Traduction très-libre ; le sens est proprement : la calvitie (nudité) des os, qui n'avaient pas été vus (auparavant).
0 Anges de la mort.
'^ Je suis satisfait par les dispositions de repentir et de résignation. Je ne venx pas le laisser mourir.
JOB XXXII, 25-33. XXXÏV, 1-3. 127
Son corps reverdit de jeunesse^ Il revient aux jours de son adolescence. Il implore Dieu^ qui lui rend sa faveur^ Et lui fait voir sa face avec allégresse^
Et lui rend sa justice ^ Il s^ adresse en chantant aux hommes et dit ' : €f avais péché^ fai fait fléchir le droite Il ne m'a pas été rendu la pareille.
Il a préservé mon âme de la fosse^ Et je jouis encore de la vie et de la lumière
Vois-tu^ tout cela Dieu le fait^ Deux^ trois fois avec le mortel^ Pour retirer son âme de la fosse^ Pour qu'il soit éclairé de la lumière de la vie. Sois attentifs 6 Job! écoute-moi^ Garde le silence, et laisse-moi parler.
Si tu y trouves à redire, réponds-moi^ Car je voudrais que tu eusses raison.
Si non^ veuille m' écouter à ton tour; Garde le silence, pour que je t'instruise *.
Puis Elihoû reprit et dit :
Hommes sages^ écoutez mes paroles^ Vous qui avez V intelligence^ prêtez-moi V oreille^ Car Voreille apprécie les discours, Comme le palais goûte les mets ^,
1 II lui pardonne ses fautes et l'accepte par grftce comme exempt de péchés. C'est la notion chrétienne de la justification.
8 Lliomme ramené à Dieu par l'épreuve, reconnaît avec gratitude l'amour paternel qui l'a dirigé. Son sentiment est si vif qu'il a hftte de le professer joyeusement à la face du monde.
S J'avais mérité la mort ; la peine m'a été remise.
4 ÉUhoû s'arrfite un moment pour voir si Joh a quelque chose k répliquer ; celui-ci gardant le silence, il reprend. L'auteur veut insinuer que contre les opinions d'Ëlihoû il n'y a rien à dire. Celui-ci affecte en même temps une grande modération : il voudrait que Job eût raison ; mais il est convaincu au fond qu'il a tort.
^ On dirait que le poôte s'adresse plutôt aux lecteurs en général ; en tout cas, si les sages doivent être Job et les trois amis^ il faudrait admettre une dédaigneuse ironie, ou ronbli complet de ce qui a précédé.
«Chap.XII, ii.
Tâchons de choisir ce qui est juste^
De reconnaître entre nous ce qui est bon.
Job a dit : ^Je suis innocent % C*est Dieu qui me refuse mon droit.
Malgré mon bon droite je serai un menteur ', Ma plaie ^ est mortelle^ et je suis sans péché,*
Quel est Vhomme^ pareil à Job^ Qui proférerait le blasphème comme on boit de Veau*? Qui marcherait avec les malfaiteurs^ De compagnie avec les scélérats?
Car il a dit : L'homme n'a pas de profit A se trouver en bons termes avec Dieu^,
Or donc^ écoutez-moi^ gens raisonnables:
Loin de Dieu le mal^ loin du Tout-Puissant l'iniquité! Mais il rend à l'homme selon ses œuvres^ Et il laisse aboutir chacun là oii il a marché^. Non certes, Dieu n'agit pas mal^ Le Tout-Puissant ne fait pas fléchir le droit. Qui lui a commis le soin de la terre? Qui a établi tout Vunivers ' ?
S'il ne pensait quà lui seul, Et qu'il retirât à lui son souffle et son esprit., Toutes les créatures périraient ensemble, Et Vhomme retournerait à la poussière.
^ Ou : j'ai raison. Nous avons trouvé la phrase dans les deux sens. Au fond^ la différence n'est pas grande. En disant qu'il est innocent, Job affirme que Dieu a tort de TaHliger. Le second hémistiche est copié de chap. XXVII, 2.
^ Je passerai pour tel.
' Litt.: Ma flèche, c'est-à-dire celle dont Dieu m'a frappé (chap. VI, 4).
4 Litt.: Qui boit le blasphème comme l'eau (chap. XV, 16).
^ Job n'a pas dit cela. Ëllhoû l'affirme comme une conséquence naturelle du point de vue auquel Job s'est placé avec ses plaintes.
0 La marche est la conduite ; au bout de chaque route il j a un terme. Au moral, ce terme est la destinée qu'où s est créée par la voie qu'on a suivie.
'^ Le sens de ce distique n'est pas bien établi. Cependant il est assez probable que l'auteur veut prouver la fausseté de la thèse de Job (savoir que Dieu puisse mal faire)^ par le fait de sa providence paternelle, qui est son aiïaire à lui, spontanée, libre, et non octroyée par quelqu'un d'autre.
jou XXXIV. 16-28. 129
Si lu as de l'intelligence, écoule ceci, El prêle Voreille au son de mes paroles. Celui qui haïrail la justice^ serail-il le mailrc * ? Veux- lu condamner le juste ^ le puissant ? Lui qui dit aux rois : Misérables *,
Et aux grands: Scélérats; Qui ne prend pas parti pour les princes^ Et ne regarde pas le riche plus que le pauvre. Parce qu'ils sont tous l'œuvre de ses mains. En un clin d*œil ils meurent^ au milieu de la nuily Ils passent, et les peuples sont troublés ', Les puissants s'en vont, sans la main de lliomme. Car il a les yeux ouverts sur les voies des mortels^ Il voit toutes leurs démarches.
Il n'y a ni ténèbres^ ni obscurité Où puissent se cacher les malfaiteurs.
Car il n'a pas besoin de surveiller longtemps Celui qui doit paraître devant son tribunal. Il abat les puissants sans enquête *, Et en met d'autres à leur place.
C'est que, connaissant leurs actes^ Il les renverse de nuit^ et ils sont écrasés. Comme les criminels qu'ils sont^ il les frappe, A la face du monde qui jouit du spectacle, Parce qu'ils se sont écartés de lui.
Et n'ont point suivi ses voies.
En faisant arriver jusqu'à lui les cris du pauvre. Et en lui faisant entendre les soupirs du malheureux.
1 Lilt.: Lierait-il? Sans droit, point de gouvernement.
* Dans le sens moral, vaurien, homme de rien, etc. Dieu est à la fois puissant et impartial. Il dit aux plus puissants de la terre (sïls le méritent) ce qu'ils valent, et ce que toi tu le gardes de dire trop haut, môme à des inférieurs. Il est juste (dans le sens du châtiment) envers les rois, et il ne le serait pas envers toi? L'auteur s'arrOle ù cette idée, que la justice de Dieu ne respecte pas la puissance humaine, et cette puissance est représentée (dans une tirade aussi froide que longue, et surtout superflue après tout ce qui a déjà été dit) comme violente, oppressive et criminelle.
3 D'autres traduisent de manière ù dire que les peuples périssent tout aussi hien que leurs maîtres.
4 Parce qu'il sait tout.
^ A l'improviste.
A. T. ()' part. 9