JOB XXXIV, 29-87. XXXV
Quand il met ordre aux choseSy qui le blâmerait f
Qui osera le regarder^ s'il cache sa face
Aux peuples ou aux individus *,
Pour que les impies ne régnent pas^
Ceux qui conduisent les peuples à leur perte^
Est-ce à Dieu qu'ion osera dire :
€ Je porte la peine^ sans avoir péché :
•Ce que je ne vois pas^ montre- le moi^
€ Alors, si fai fait ma/, je ne le ferai plus*f*
Est-ce bien selon ton gré qu'il doit rémunérer,
Puisque tu protestes contre son jugement?
Est-ce à toi de choisir y et non à lui^f
Dis donc ce que tu sais!
Des gens raisonnables me diront^
Ainsi que tout homme sage qui m'écoute :
€job ne parle pas sagement^
€Et dans ses discours il ne montre pas de bon sens.*
Hé bien! que Job continue à être éprouvé^
A cause de ses réponses perverses.
Car à sa faute il ajoute le crime^
Il s'applaudit en face de nous^
Et ne cesse de parler contre Dieu.
Puis Élihoû reprit et dit:
Penses- tu être dans ton droite Appelles- tu cela ta justice * devant Dieu^ Quand tu demandes ce que tu y gagnes, Quel profit il y aurait à ne pas pécher * ? Moi je vais te donner la réponse Et à tes amis en même temps.
1 Traduction plus ou moins hasardée d'un passage assez obscur. Les phrMM d 'Élihoû étant le plus souvent sans couleur, il est difficile d'en saisir toujours le sens. Mettre ordre aux choses (litt.: faire reposer)^ doit se rapporter aux plaintes àm opprimés.
^ Ces paroles qu'Élîhoû, selon nous, met dans la bouche de Job, donnent liea à la même réserve que celles dont il est question dans la note précédente.
S Le texte porte : et non à moi, comme si Dieu parlait. Mais la phrase entière ne peut pas être mise dans sa bouche, et le changement brusque des personnes ne va paa à la traduction. C'est Élîhoû qui se pose ici comme interprète de la vérité.
^ Le texte dit proprement: ^Ma justice....», la syntaxe hébraïque préférant le discours direct. De même plus loin : Quel profit ai-je ?
•"i Comp. chap. XXII, 2.
Contemple le ciel et regarde^
Vois les nuéeSy elles sont plus hautes que toi * /
Si tu pèches^ qu'est-ce que cela lui fait?
Si tes méfaits sont nombreux^ que, lui importe ?
Si tu es innocent^ quel avantage lui fais- tu ^
Ou qu'est-ce qui lui en revient ' ?
C'est Vhomme^ ton semblable^ que ton péché regarde^
Et ta justice^ c'est l'affaire du mortel '.
On se récrie au sujet de nombreuses vexations^ On se plaint de la violence des grands^ Mais on ne dit pas: ^Où est Dieu^ mon créateur^ Qui provoque des cantiques en pleine nuit, Qui nous instruit mieux que les bêtes de la terre^ Et nous dote de sagesse de préférence aux oiseaux * ?» De pareils cris^ il ne les exauce point^^ A cause de l'orgueil des impies.
iVbfi, Dieu n'écoute pas de vaines plaintes^ Et le Tout-Puissant n'y a pas égard,
A plus forte raison^ quand toi tu dis que tu ne le vois pas^ Que la cause est devant lui, que tu l'attends ! Mais maintenant que sa colère n'intervient pas^ Et qu'il ne se préoccupe pas trop de l'iniquité. Job se répand en vains discours.
Et fait de grandes phrases sans intelligence.
1 Comp. chap. XI, 7 et suiv.; XXII, 12. Ici le sens est : Dieu est trop élevé pour ^Ue les actes des hommes puissent le toucher personnellement. Il peut y avoir égard <H>nime juge, mais non comme partie.
«Chap. VII, 20; XXII, 2.
S C'est-à-dire celle de Tauteur même de l'acte, ou de ses semblables : qu'il soit «H>n ou mauvais, les conséquences en reviennent aux hommes, et non à Dieu.
4 Les hommes S6 plaignent, a tort ou à raison, de ce qui les gêne ou les rend malbeareux, mais ces plaintes sont-elles toujours réglées par la piété ? sont-elles l'exprès- Wion de l'humilité, de la résignation, de la confiance? Plus souvent ce sont des accusations, des murmures — Les cantiques sont ici des actions de grâces, et la nuit ftymboiise le malheur ; en d'autres termes : c'est Dieu qui console et qui sauve, et qui ^onne à l'homme tant de prérogatives.
^ Tout ce qui suit, jusqu'à la fin du chapitre, est extrêmement obscur, surtout en tant qu'il s'agit de la liaison logique des phrases et des idées. Le texte nous parait fautif à l'avant-demier distique, où nous empruntons le mot iniquité aux Septante, l'original ne donnant pas de sens du tout. Notre traduction exprime l'idée qu'Ëllhoû reproche à Job son impatience irrespectueuse envers Dieu. Mais nous ne la donnons que faute de mieux .
132 JOB \xxvi, 1-11.
Puia Klihoù t'Ontinua en ces (cnnes :
PalicnlC'loi un pctt^ pour que je Hnslruise^ Car fai encore à parler pour Dieu.
Je reprendrai ma science de plus haut, Pour justifier mon créateur.
Certes le mensonge est étranger à mes paroles; C'est un homme d'une science accomplie * qui te parle.
Vois^ Dieu est puissant^ mais non dédaigneux-, Il est puissant et de grande intelligence. Il ne laisse point vivre le méchant., Et fait droit aux humbles.
Il ne détourne point ses yeux des justes. Mais avec les rois^ sur le trône, Il les place pour toujours et les exalte. S* ils sont liés par des chaînes.
Détenus par les liens de r affliction, Et qu'il leur représente leurs œuvres, Et les méfaits de leur insolence,
Et qu'ainsi il leur ouvre Voreille pour la réprimande^ Et les exhorte à se repentir du vial^ — Alors, s'ils écoutent et se soumettent, Ils finissent leurs jours dans le bonheur, Et leurs années dans les plaisirs;
1 II attribue la même science à Dieu [chap. XXXVII, 16J, dont il s est posé comme l'organe à plusieurs reprises déjà.
S II ne dédaigne pas de s'occuper des hommes, il ne néglige pas de surveiller leurs actes. Sa justice atteint les méchants et protège les hommes pieux, dont les malheurs et les souffrances tendent à leur bien, tandis que les autres, loin d'en profiter, y trouvent leur ruine.
3 La pensée de l'auteur, dans ces trois derniers distiques, n'est pas trop clairement exprimée, en ce sens qu on ne comprend pus immédiatement quel en est le sujet. Cependant en lisant la suite, on voit qu'il veut développer l'idée que le malheur est, entre les mains de Dieu, un moyen d'éducation et de correction pour tous les hommes^ qu'il atteint iadislinclement. La valeur morale d'un chacun se recounaît par TelFet que cette correction produit en lui. (Les chaîii s sont le symbole do toute espt>ce d'adversité.) Le sujet n'est donc pas détermine; Élîhoù ne parle pas des bons seuls, encore moins des méchants seuls. Il faut plutôt dire qu'il a en vue Job^ auquel il conteste son innocence absolue, mais (ju'll L'i/iuTalise ensuite su ]>ensôe.
.lun XXXVI, 12-iî). 13I>
Mais s'ils refusent ci'ëcoufei\
Ils sont atteints par ses traits
El périssent par leur aveuglement^ .
Les impies s'obstinent dans leur colère ^,
Et ne Vimplorenl point quand il les enchaîne :
Aussi meurent-ils à la fleur de ràge^
Et leur vie s'épuise comme celle des ribauds^.
Mais r homme humble^ il le sauve par son affliction^
Et par la souffrance il lui ouvre Voreille.
Toi * aussi^ il veut te faire sortir des griffes de la tribulalion^ Il veut te mettre au large^ exempt d'angoisse^ Couvrir ta table de mets abondants — Mais si tu abondes dans le sens du méchant y Le crime et Varrcl se suivront de près.
Mais que V emportement ne te pousse pas à la récrimination , Et que la grandeur de tes moyens d'expiation ne te séduise point! Ta richesse suffirait-elle? Certes non^ dans le moment suprême! Pas plus que tous les efforts do ta puissance.
Ellhofl plaide aussi pour la thèse que le malheur suppose une culpabilité relative ; il n'y voit pas un châtiment ahsolu : le sort déiinitif do chacun dépend do la Oro dont il reçoit ce premier avertissement. Pour les traits de Dieu, voyez . XXXIII, 18.
Traduction conjecturale, d'après le contexte. On pourrait aussi mettre : Ils opposent 1ère, c'est-à-dire ils s'irritent de 1 épreuve à la<{uellc Dieu les soumet.
L assertion est un peu téméraire en face de l'expérience constatée dans ce poëme e. La dernière expressifui peut paraître trop crue; elle lest bien davantage dans ;:inal.
L'alinéa qui suit est le plus obscur do tout le livre, et avec le texte reçu il ne sera is possible d'arriver ù un sens généralement satisfaisant. Notre traduction n'est 1 essai de plus, après vingt autres, d'y jeter quelque jour. Voici l'analyse des . qu'elle exprime : La thèse précédemment développée est appliquée à Job. Tu es eureux, lui «lit Élîhoîi ; soit., mais par cette épreuve Dieu veut t'amener au repentir, T suite au bonheur. (La table abondamment garnie e>t l'image du bien-Otre. Pour /'i/Tcs, l'orifMnal met la tjucul''.) Si, au lieu de suivre cotte invitation salutaire, tu stes dans ton jugement pervers [à la lettre : si tu es rempli du jugement du mét), l'épreuve deviendra un châtiment mortel. On peut aussi traduire : si tu t'apics lo jugement des méchants (sur les \ oies de Dieu}, lo jugement et l'arrôt de te sai.<iront. — Aprôs cela. Kiihofl exhorte Job à profili?r de son malheur pour )roprc salut, au lieu d'eu faire lo sujet de récriminations contre Dieu, ce qui le :oit irréparablement. La gi'ihnh'itr des nioi/etts (litt.: la masse) d'expiation, ce serait ce que Job pourrait faire valoir, soit de biens, soit de vertus, soit de souffrances endurées, pour oser faire pencher la balance eu .sa faveur, dans sa plaidoirie contre . L'ho:nme qui a cnrouru la colère irrémédiable «lu Très- Haut, n'a rien qui puisse i.«er.
N'appelle point de les vœux la nuit\ Qui emporte les nations de leur place!
Garde- toi de te tourner vers la perversité. Car c'est elle que tu préfères à V affliction.
Vois donc combien Dieu est grand en sa puissance ! Quel maître est son égal^'t Qui est-ce qui lui prescrit la voie à suivre? Qui lui dirait : Tu as eu tort f Songe donc à glorifier ses œuvres^ Que tous les mortels doivent chanter.
Tout le monde les contemple, Les hommes les admirent de loin \
Vois^ Dieu est plus grand que 7ious ne savons; Le nombre de ses années nest point à compter. Quand il attire à lui les gouttes d'eau^ Elles distillent la pluie de son brouillard^. Les nuages en dégouttent., Et la versent sur V homme en grandes ondées. Et comprend-on comment les nuées s* étendent? Le fracas qui éclate dans son pavillon? Vois-tu comme il étend sa lumière autour de lui.. Et se couvre d'un océan impénétrable * ? Cest ainsi qu'il châtie les peuples., Et qu'il leur donne la nourriture en abondance^.
^ La Duit du malheur et de la mort qui engloutit des nations et qui ne respectera pas des individus. L'appeler de ses vœux, peut se dire du désir de Job de mourir; mais le contexte demande plutôt l'idée d'une provocation du châtiment divin ; Job devrait préférer l'affliction, c'est-à-dire en faire son profit, au lieu de la prendre pour texte de ses incriminations.
^ Le mot maître a deux sens en français ; dans l'Ancien Testament le terme hébreu signifie Tinstructeur, en araméen^ le dominateur. Il est difficile de dire laquelle des deux significations doit prévaloir ici.
3 Ce dernier mot est ajouté pour faire mieux comprendre la nécessité de la modeftie dans le jugement (comp. chap. XXVI, 14).
4 L'auteur de ce morceau a une notion plus juste de la formation de la pluie, etc., que celui qui a écrit chap. XXXVIII, 22 suiv.
^ Dans cette description de l'orage, l'océan ne peut être que la masse des nuages amoncelés, qui renferment la pluio. Le texte parle de racines de l'océan^ c'est-à-dire d'une profondeur jusqu'à laquelle l'homme ne pénètre pas.
G Double effet de l'orage, ù la fois terrible et bienfaisant.
// enveloppé ses mains de flammes*^
El leur prescrit de frapper les rebelles.
Le bruit de son tonnerre l'annonce^
Il fait éclater sa jalouse colère contre le crime ^,
Otti, mon cœur frémit à ce spectacle;
Il palpite et tressaille.
Ecoutez^ écoutez le grondement de sa voix\ Et le bruit sourd qui sort de sa bouche! Il le fait rouler sous toute la vottte du ciel^ Et son éclair luit jusqu^aux extrémités de la terre^ Après la foudre rugit la voix du tonnerre, Il en fait retentir le son majestueux, Quand sa voix éclate^ le trait part*.
Dieu tonne de sa voix merveilleuse; Il fait de grandes choses que nou^ ne comprenons point. A la neige il dit : tombe à terre !
Il le dit aux ondées de la pluie^ à ses violentes averses. Il enchaîne la main des hommes^
Pour que tous les mortels^ ses créatures^ le reconnaissent*. Les bêtes sauvages rentrent dans leurs tanières^ Et se tiennent renfermées dans leurs antres. Iai tempête sort de sa retraite^ y Vaquilon amène le froid.
Le souffle de Dieu produit la glace^ Et la nappe des eaux se contracte.
Puis d'humidité il charge les nuages, Il les lance chargés de ses feux *,
1 11 prend la foudre en main.
^ Distique désespérant; texte évidemment fautif. Notre traduction le change d'après )g anciennes versions. Ordinairement on y voit des troupeaux effarés, etc.
' Dans toute cette description de l'orage, il ne faut pas être trop rigoureux à Tégard 6 la succession naturelle des phénomènes. La poésie se permet ici quelques libertés.
4 Litt.: Il met les scellés sur la main des hommes. Dans certaines saisons, par xemple dans celle des grandes pluies, le travail des hommes est interrompu ; et ainsi la reconnaissent qu'ils dépendent de Dieu. On peut expliquer tout ce passage de liiver.
^ Bn comparant le passage ehap. IX, 9, on a substitué au mot de retraite (litt.: hambre), celui du sud, qui n'est pas demandé par le parallélisme. Car le nord n'y est tas non plus, au fond. Le texte dit : les (vents) dissipants, c'est-à-dire qai dissipent as nuages.
^ Phénomènes printaniers, qui suivent fort à propos la description de l'hiver. L'orage innonce le printemps.
A son (jrë il les fait tournoyer à l'horizon^
Pour exécuter ses ordres sur la terre^
Soit qu'il les y envoie comme im fléau^
Soit quil les fasse arriver pour montrer sa grâce.
Ecoute cela, ô Job * / Arrète-toi à contempler les merveilles de Dieu! Sais- tu comment Dieu les dispose ^ Comment il fait jaillir la lumière de son nuu'je ? Comprends-tu des nuées le balancement^ Les merveilles de sa science parfaite?
Comment tes vêtements s^échau/fent^ Quand la terre s'assoupit sous le souffle du sud? Peux-tu^ comme lui, faire de Véther un firmament. Solide comme un miroir de fonte ^ ?
Apprends-nous ce que nous pouvons lui dire ! Nous n'avons rien à lui opposer dans notre ignorance Doit-on lui dire que je veux parler?
Un homme peut-il vouloir sa propre perte * f Mais qui donc regarderait le soleil, Eblouissant dans r atmosphère.
Quand le vent y a passé et Va purificv''? Pareille à Vor qui vient de Vaqailon •^, Une admirable majesté entoure Dieu.
^ Applicatiou pratique. Si nous somiûes iucupaLles de comprendre seulement les merveilles que nous voyons, comment oserions-nous, dans notre ignorance, disputer avec Dieu sur le gouvernement du mondt*. £t si on ne le peut, on ne le doit pas faire.
^ Les anciens se servaient de disques de métal poli, comme de miroirs. Le firmament, la voûte céleste, solide et brillante, est comparée à un pareil miroir.
^ Litt.: dans nos ténèbres.
^ Élihoû parle ici à la première personne, en se posant comme exemple. Certes, il aurait été le dernier à désirer qu'on dît à Dieu qu'il nourrissait la pensée de lui faire des représentations. Car c'est lu une témérité par trop coupable et digne de châtiment.
^ La traduction est un peu libre, mais le sens est bien celui-ci : aussi peu que l'œil supporte l'éclat du soleil quand le ciel est parfaitement i^erein, tout aussi peu rhomme osera ou pourra regarder Dieu en face (pour se permettre uu jugement téméraire]4
^ Cette ligne est d'une portée très-douteuse. Si le texte n'était pas si simple, nous aimerions beaucoup le rattacher à ce qui vient d'Ctre dit du soleil : Les nuages étant chassés par le vent du nord, il brille de tout son éclat doré ; telle est la majes'té de Dieu. D'autres font dire à l'auteur : Ou peut faire venir de l'or du nord, mais on no peut pas voir la majesté de Dieu. — Il est de fait que les anciens signalaient les pays du nord comme particulièrement riches en or.
JOn XXXVII, 23, 24. 137
Le Tout- Puissant, que nous ne pouvons comprendre,
Est riche en puissance^ Mais il ne fait pas fléchir le droit et la justice, Craiijnez-le donc^ ù mortels!
Il n'a point égard aux sayes^
1 Naturellement daus le sens dédaigneux de la saïresse mondaine.