‹ La Bible (volume 3)Chapitre 42 sur 84 · LE LIVRE DES PROVERBES · texte numérisé non relu

LE LIVRE DES PROVERBES

Le livre dont nous allons nous occuper, porte dans nos Bibles françaises un titre qui n'est pas de nature à donner d'avance aux lecteurs une idée bien juste de son contenu. Par le terme dcproverbây on désigne généralement l'énoncé d'une vérité banale, exprimée d'une manière figurée. Ainsi, quand nous disons : Tant va la cruche à Teau qu'enfin elle se casse ; ou : Une main lave l'autre, — tout le monde sait que ce n'est pas du sort commun d'un vase qu'on veut parler, et que sous l'autre image se caclie un fait souvent observé dans les relations sociales des hommes. Le même terme de proverbe s'applique encore à l'expression brève et frappante d'un principe, ou d'un fait constaté par l'expérience et dont chacun peut et doit faire son profit ; par exemple : L'homme propose, Dieu dispose ; ou : Noblesse oblige. Des proverbes dans ce sens là se trouvent chez tous les peuples ; il y en a môme un grand nombre qui sont communs à plusieurs nations. On en trouve aussi dans le recueil qui fera l'objet de la présente étude, mais dans une proportion assez restreinte, en comparaison des nombreuses sentences qui «e rentrent pas dans les catégories indiquées. Il convient donc, avant tout, de nous rendre compte

de la valeur du terme hébreu qui a été inscrit en tête de notre livre et pour lequel la langue française ne fournit pas d'équivalent parfait.

Le sens étymologique qui s'attache au mol Mas'al, est celui d'une comparaison. En littérature, c'est donc proprement une manifestation de la pensée, qui ne se borne pas au simple énoncé de l'idée présentée à la réflexion ou à la conscience, mais qui, pour atteindre plus sûrement son but, s'adresse aussi à l'imagination, en mettant en regard du principe moral à inculquer, ou du fait matériel à constater, un fait analogue emprunté à une sphère toute difl'érente et hétérogène. Quelquefois même, comme nous l'avons vu dans les premiers exemples cités plus haut, on substitue purement et simplement cette dernière forme à la première, et l'on abandonne à l'auditeur ou au lecteur la tâche de découvrir, par sa propre sagacité, ce qu'il s'agit de reconnaître ou de s'approprier. Outre le proverbe proprement dit (dont on pourra voir des exemples 1 Sam. X, 12. Ézéch. XVIII, 2, etc.), le terme de mas' al désigne donc très-convenablement la fable ou l'apologue, dans lequel on prête aux animaux et aux plantes des paroles et des actes qui oflrent une ressemblance plus ou moins frappante avec les procédés des hommes. On veut que ceux-ci se mirent dans ces tableaux, et en soient d'autant plus touchés, que le plaisir intellectuel, résultant du travail à faire pour les besoins de l'application, remplace très-utilement la sécheresse, quelquefois rebutante, de l'enseignement direct. L'Ancien Testament fournit plusieurs exemples du genre (Juges IX, 7 s. 2 Rois XIV, 9 s.). De la fable, il n'y a pas loin à la parabole, c'est-à-dire au récil fictif qui évite de mettre en scène des personnages impossibles, comme le fait la fable, et qui se fonde sur le fait psychologique, que nous reconnaissons plus facilement les défauts des autres que les nôtres propres, et que le bon exemple est pour nous un stimulant généralement plus énergique que les conseils et les préceptes. (Exemples : Ésaïe V. 2 Sam. XII.) Les paraboles de l'Évangile sont de vrais modèles du genre et n'ont pas besoin d'être rappelées ici. Après la parabole, nous signalerons encore l'allégorie, qui poursuit un but analogue, mais en ae contentant de mettre à la place des faits concrets des images ou des symboles, sans y faire toujours entrer le mouvement et l'action. Les évangiles en offrent également des exemples assez nombreux ; surtout le quatrième, qui ne rapporte point de parabole. Pour l'Ancien

Testament, voyez Ézéch. XVII; XXIV, et d'autres passages en très-grand nombre. Sans nous arrêter à l'énigme, dont la pointe repose également sur une comparaison, nous citerons encore la satire, dont les traits les plus acérés impliquent ordinairement des rapprochements injurieux (par ex. Ésaïe XIV, 4. Hab. II, 6 s.), ce qui a donné lieu à une locution très-fréquente dans la littérature hébraïque, d'après laquelle les gens deviennent la fable (le mas'al) de leur endroit ou du public ; c'est-à-dire que leurs noms servent de sujets à des quolibets d'une portée plus générale, de terme de comparaison pour des situations analogues.

Comme au fond de toutes ces formes littéraires, il y a un élément didactique, un but sérieux, l'intention d'instruire ou de corriger, il arriva naturellement que le mot mas'al finit par être employé dans ce sens plus large, et que la présence d'une comparaison n'était plus la chose essentielle pour motiver l'application du terme. Le mas'al devint ce que les Grecs ont appelé la ffnome, les Latins la sentence, les Allemands le jSprucA, les Français la maspime ; et c'est bien dans ce sens plus large que la collection de dictons populaires, de préceptes moraux et de règles de prudence, que nous allons voir passer sous nos yeux, a reçu le nom de Massais (chap. X, 1 ; XXV, 1, et surtout chap. 1, 1). Gela a pu se faire d'autant plus facilement, que la forme du distique, laquelle est partout prépondérante dans la poésie hébraïque, y est observée avec plus de régularité, et que ce parallélisme rappelle encore en quelque sorte la comparaison qui, dans le principe, était le trait caractéristique du genre. Cependant on ne s'est pas arrêté à cette forme simple et qui se prêtait volontiers à des tournures spirituelles et frappantes. Le poëme didactique, même d'une dimension beaucoup plus grande, se décore également de ce nom de Mas'al (Psaume LXXVIII, 2; XLIX, 5), et beaucoup de psaumes, destinés plutôt à la méditation instructive qu'à l'emploi musical, sont, dans ce sens, de véritables mas'als, sans en porler le nom. Tels sont ceux qui rappellent à la communauté l'histoire de ses pères, avec ses enseignements tantôt sévères et terribles, tantôt encourageants par le souvenir des anciens bienfaits ou châtiments de Jéhova. D'autres, non moins nombreux, exposent des vérités morales et religieuses, et prêchent l'obéissance à la loi divine, et la foi en la direction providentielle des destinées de la nation. Ainsi encore les discours de Job sont appelés, au même titre, des mas'als (chap. XXVII, 1 ; XXIX, 1), comme aussi ceux

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du prophète Balaam (Nomb. XXIII; XXIV). Enfin, comme rinstruction donnée sous Tune ou Tautre de ces formes diverses ne produit son effet qu'autant qu'on se l'assimile par la réflexion, elle est aussi appelée hidah, c'est-à-dire un nœud, une énigme à résoudre (par ex. Prov. 1,6. Psaume XLIX, 5; LXXVIII, 2).

Après nous être ainsi rendu compte de la signification propre du terme technique que les rédacteurs du livre dit des Proverbes ont mis en tête de cet ouvrage, nous aborderons ce livre luimême, pour voir dans quel sens il justifie son litre, et ce qu'il nous révèle sur son origine.

La première question, et non la moins intéressante qui se présente ici, est celle de la composition même de ce petit volume. Il ne faut pas beaucoup de sagacité critique pour découvrir qu'il ne forme pas un tout rédigé d'après un plan bien conçu et dont toutes les parties se tiennent ; qu'il se compose, au contrairCt d'éléments très -divers, que l'inspection la plus superficielle apprend à distinguer les uns des autres. Qu'on ne s'étonne pas que nous parlions de plan, à propos d'un recueil de sentences isolées. Gomme la tradition attribue l'ouvrage à un seul auteur, au roi Salomon, nous sommes en droit de demander d'après quelle méthode il aurait réuni ou classé les idées dont il voulait faire part à ses lecteurs. Il existe chez différents peuples plus d'un livre pareil, dû à la plume d'un seul auteur ; soit qu'il ait puisé dans son propre fonds les trésors de sagesse dont il voulait doter ses contemporains ou les générations futures ; soit qu'il ait seulement relié en faisceau ce que l'expérience de tout le monde, ou la réflexion de penseurs inconnus, lui fournissaient de maximes utiles à conserver. Dans Tun et dans l'autre cas, on pouvait grouper celles-ci d'après l'analogie des matières, ou d'après la forme qu'on leur donnait. On en connaît même qui suivent tout simplement l'ordre de l'alphabet. Ici, il n'y a absolument rien de pareil. Tout au contraire, nous nous convaincrons sans peine que la première chose à faire, c'est de décomposer Touvroge dans ses éléments et de passer en revue, Tune après l'autre, les parties à peu près incohénMilos que le hasard seul seml)le avoir ici juxtaposées.

I. Les chapitres I à IX ne justifient pas le titre par lequel nous désignons habituellement le livre entier. On ne trouve pas là des sentences ou maximes détachées, mais une série d'exhortations tantôt plus générales, tantôt plus spéciales, et adressées par un père à son fils ou, si l'on veut, par im pédagogue à son disciple. Le plus souvent on y rencontre l'éloge de la sagesse elle-même, Tassertion du bonheur qui attend ceux qui s'attachent à elle et qui obtempèrent à ses préceptes, et la menace de la ruine de ceux qui suivent les errements ojmosés. Le discours, sans trop changer de ton ou de sujet, se scinoe facilement en sections, lesquelles commencent invariablement par ces mots : Mon fils, écoute, n'oublie pas, sois attentif, garde mes paroles, ne perds pas de vue, ou par quelque phrase analogue. Quand l'auteur, plus rarement, au lieu de s'arrêter à ces généralités, vient à s'occuper d'un devoir particulier à remplir, ou d'un conseil spécial à donner, il s'applique de préférence à prémunir la jeunesse contre les égarements de l'amour et les séductions des femmes légères. Vers la fin, après une description très-pittoresque des embûches que ces femmes dressent aux jeunes gens, et les avertissements pressants qui s'y rattachent, la sagesse personnifiée paraît ellemême sur la scène, et leur adresse un discours éloquent, destiné à contrebalancer les funestes efiets de ceux de la folie. Cette prosopopée forme une espèce de péroraison de toute la première partie; elle ne laisse pas d'être poétique, et rachète ainsi les redites assez difiuses et souvent oiseuses des chapitres précédents. Ceux-ci contrastent sensiblement avec la vigueur de la plupart des brèves maximes contenues dans les autres parties, et qui sont presque de nature à faire penser au lecteur que la force productive du génie national était épuisée à l'époque où cette première composition a dû être écrite.

n. Suit une première collection de sentences et proverbes, composée de 376 distiques (chap. X, 1 - XXII, 16). Elle est distinguée de ce qui précède par une nouvelle inscription : Mas'als de Salomon. Les distiques sont absolument indépendants les uns des autres et ne se suivent nullement d'après un ordre systématique, de manière que ceux qui ont quelque affinité entre eux seraient groupés ensemble, et offriraient ainsi les traces d'une classification logique. Cette observation s'applique également aux collections suivantes, et nous la faisons ici une fois pour toutes, sauf à y revenir quand nous aurons à parler de la nature et de la

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composition du volume entier et que nous essayerons de nous rendre compte de son origine.

III. A cette collection se joint un premier appendice, précédé d'une courte allocution, dans le genre de celles qui forment la matière de la première partie de Touvrage (chap. XXII, 17-21). L'appendice lui-môme comprend 32 sentences, presque exclusivement morales, mais très-diverses quant à la forme (chap. XXII, 22- XXIV, 22). Il n'y a là que six distiques, presque trois fois autant de quatrains, quelques-unes sont de six vers ou de forme irrégulière, et il y a même un morceau assez étendu contre l'ivrognerie (chap. XXIII, 29-35), lequel, à cause de sa longueur, ne peut guère être appelé une maxime.

IV. Le reste du chap. XXIV (v. 23-34) forme un second appendice. Il porte une inscription spéciale : Ce qui suit vient aussi des saçes, c'est-à-dire une série de maximes analogues à celles qui précèdent, et recueillies comme elles de la bouche d'hommes sages. Il n'y en a ici que six, et l'on peut dire, sans faire tort au texte, que c'est de la prose pure quant à la forme.

V. Après cela \aent la seconde grande collection de sentences ou proverbes (chap. XXV-XXIX), avec cette inscription nouvelle: Suivent encore des proverbes de Salomon, reaueiïlis par les ffens de Hizqiyah, roi de Jnda, Il y en a ici 127, dont 114 distiques et 6 quatrains ; les autres sont de forme irrégulière. Cette collection se distingue fort avantageusement par la verve d'un grand nombre de ses maximes, par la couleur plus vive de ses images et par des pointes et des saillies spirituelles, plus fréquentes ici qu'ailleurs.

Suivent encore trois pièces que nous nous contenterons de signaler ici provisoirement, parce que ce sera le cas d'y revenir plus bas d'une manière spéciale. C'est d'abord (VI) le chapitre XXX, qui a pour titre : Paroles d'Agour, fils de laqeh le Massaïte. Il comprend une douzaine de petits groupes de vers, dont quelquesuns sont assez énigmatiques, du moins quant à leur but, mais dont la plupart pourraient presque être appelés des énigmes dans le sens moderne du mot, c'est-à-dire des propositions figurées qui provoquent la réflexion, mais dont le texte fournit immédiatement lui-même la solution. Ce sont des jeux d'esprit assez amusants, mais en partie trop légers pour im recueil généralement si sérieux. Puis vient (VII) ime courte allocution d'une reine à son fils, pour le mettre en garde contre les femm(\s et la boisson, et

pour lui recommander la justice (chap. XXXI, 1-9), avec ce litre : Paroles de Lemouêl, roi de Massât que sa nière lui a enseignées. Enfin, un dernier morceau (VIII), et non le moins intéressant, sans inscription particulière (chap. XXXI, 10-31), comprend 22 distiques, dont chacun commence par une autre lettre de Talphabet, dans Tordre accoutumé. Il est composé à Téloge d'une bonne et brave mère de famille, à laquelle nos traductions françaises ont donné le titre absurde de la Femme forte.

Après cette rapide analyse du Uvre, il conviendra de voir quelles conséquences nous aurons à tirer du résultat de cet examen préalable.

Tout d'abord nous serons autorisés à détacher de l'ensemble les trois dernières pièces, que leurs titres mêmes nous empêchent de considérer comme formant une partie intégrante de l'ouvrage primitif et comme provenant du même auteur que celles qui précèdent. Mais encore dans le corps du livre, qui reste après cette défalcation, il y a évidemment une distinction à faire entre les neuf premiers chapitres et les vingt qui suivent. Il n'y a que ces derniers qui justifient le titre de Proverbes, dans le sens général qxie nous avons constaté, et c'est d'eux seuls que nous voulons ici parler d'abord. Nous tâcherons d'établir que ce sont plusieurs collections de sentences, originairement étrangères l'une à l'autre, formées par des littérateurs difiérents et indépendants, et que Tunité de l'ouvrage n'existe qu'autant que ces collections ont fini par être comprises dans un seul volume, à une époque trèsrécente, mais non pas en tant qu'un même homme en aurait conçu les éléments, disposé les matériaux et façonné l'enseignement d'après son génie individuel. Nous prouverons de plus que, même en prenant à part chacune des diverses sections que nous aTons distinguées, nous ne saurions y reconnaître des productions littéraires primitives et personnelles, mais seulement le résultat de divers travaux d'assemblage faits par des mains postérieures, qui recueillirent, de manière ou d'autre, dans la tradition, les lambeaux épars de la sagesse populaire et des règles formulées et consacrées par Texpérience des générations.

C'est un fait incontestable que les mêmes sentences se reproduisent fréquemment dans divers endroits du livre, tantôt de manière qu'une seule et môme idée revêt des formes peu variées, tantôt aussi, et assez souvent, de façon que la forme même est identique, c'est-à-dire qu'un distique est purement et simplement inséré une seconde fois à une autre place. De ce fait on conclura sans peine et sans crainte de se tromper :

1** Que, si la reproduction a lieu dans deux collections différentes, l'auteur de l'une de ces collections n'a pas travaillé dans le but de compléter la collection antérieure, mais plutôt qu'il ne Ta pas même connue. Car s'il avait eu le but indiqué, il n'aurait admis que des maximes non encore comprises dans le premier recueil ; et s'il avait voulu faire un travail nouveau, pour la composition duquel il se serait servi entre autres d'un recueil plus ancien, on ne comprendrait point pourquoi, tout en insérant dans le sien une série de maximes peu intéressantes, il aurait négligé un grand nombre d'autres très-spirituelles et très-bien conçues, qu'il pouvait y prendre également.

2° Que, si la reproduction a lieu dans le corps d'une même collection, nous pouvons y voir la preuve que l'auteur de la collection n'est pas en même temps l'inventeur de la maxime. Car il se serait copié lui-même, et l'on ne verrait pas pourquoi, à quelques lignes de distance, il serait revenu à une idée déjà parfaitement formulée ; tandis qu'on s'explique facilement qu'en ramassant de côté et d'autre, et un peu au basard, des dictons populaires, il lui soit arrivé de faire des doubles emplois.

Tout cela se comprend aisément dès qu'on reconnaît, dans le livre que nous possédons, le fruit d'un travail fait avec bien peu de soin et de méthode, et qu'on se gardera de confondre avec le travail intellectuel auquel nous devons les maximes elles-mêmes, qui auront été le patrimoine commun d'une partie plus ou moins grande du peuple, peut-être longtemps avant d'avoir été mises par écrit. Et de plus, il y a eu en dernier lieu le travail d'assemblage des huit parties que nous avons distinguées.

Voici maintenant des données positives qui serviront de base au jugement que nous venons de porter :

Il convient de comparer surtout les deux grandes collections que nous avons rangées plus haut sous les n""' II et V. On y trouve un certain nombre de répétitions textuelles, et de plus une série d'autres sentences parallèles dans lesquelles la forme

seule est un peu variée, mais sans constituer pour cela un sens différent. En voici quelques exemples, qu'on pourrait à la rigueur multiplier : n® 417 reprend n** 196 ; n** 421 correspond à n** 174 ; n* 433 à n* 338 ; n« 450 à n^ 373 ; n^ 452 à n^ 294; n« 456 à n^ 212 ; nM58 à n^ 253 ; n^ 476 à n^ 363 ; n« 477 à n« 315 ; n* 479 à n* 283 ; n« 492 à n'» 270 ; n*» 505 à n'» 74 ; n« 517 à nM ; n«527 à n« 362; n^529 à nM15; n'» 536 à n^ 169, etc. Dans celte catégorie on peut aussi ranger le n** 529 de la V® partie, qui reproduit le n** 388 de la IIP. Il n'y a pas jusqu'aux deux petits recueils n® III et IV, auxquels nous avons donné le nom d'appendices, à l'égard desquels on ne puisse faire des observations semblables. Ainsi le n** 379 peut être mis en regard des n** 47, 235 et 315 ; le n« 397 de nM17 ; le n^ 398 de b? 46 et 173 ; le n^ 409 de n*^ 250 ; le n^ 413 de n^ 321 , etc.

Maïs ce qui est bien plus significatif, et ce qui achèvera de prouver que le livre des Proverbes n'est pas l'œuvre d'un moraliste qui se serait mis à l'écrire au courant de la plume d'un bout à l'autre, et en puisant dans son propre fonds, ce sont les innombrables répétitions que l'on peut constater dans une seule et même collection. Elles sont bien rares dans ce qui est appelé le Recueil des gens du roi IJizqiyah, lequel est, sans contredit, la meilleure partie du livre, et dont le titre même confirme explicitement notre manière de voir à l'égard du volume entier. Nous n'aurons guère à signaler ici que les n**' 498, 514 et 516, et les n** 449 et 534, qui rendent à peu près les mêmes pensées. Mais c'est bien autre chose quand nous examinons le grand recueil qui précède (n** II). Qu'on veuille comparer les groupes suivants : N~ 10 et 8. — N«» 11, 6, 105, 143 et 206. — N«« 36 et 2. — N~ 39 et 28. — N" 66 et 25. — N«« 70, 25 et 95. — N*»* 85, 52 et 159. — N«» 87 et 4. — N^^ 93, 77 et 205. — N~ 94, 14 et 119.

— N^ 97 et 37. — N«» 107, 80 et 149. — N~ 116 et 3. — N^ 121, 80, 141, 274 et 279. — N*>« 171, 1, 238 et 242. — N« 173, 46 et 317. — N*»" 180 et 159. — N*» 192 et 167. — N« 195 et 33. — N*» 209 et 128. — N^ 218, 167 et 168. — N" 222 et 147. — N*^ 226, 212 et 12. — N«» 235, 47 et 315. — N" 239 et 164. — N^* 244 et 19. — N**« 250 et 243. — N*» 284, 257 et 184. — N*» 273 et 136. — N«» 291 et 193. — N«» 301, 282 et 198. — N~ 309, 33 et 322. — N°' 318 et 45. — N^ 331 et 186.

— N°* 348 et 338. — N^ 352 et 94. — N^ 371 et 197. Et dans tout ceci nous ne comptons pas encore les nombreuses répétitions

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dans les formes. Eiitin. jusque daus le petit recueil qui suit (V III), on trouve à glaner des exemples du même genre : comparez n' 380 avec n^ 3S6, et n^ 407 avec n' 3l>0. En étudiant attentivement les textes, on s*apercevra que nous nous sommes borné, dans cette éuuméralion, à ce qu'il y a de plus saillant, et que nous aurions pu dresser sans peine un catalogue bien autrement riche de passages parallèles ou analogues.

Par ces observations, nous nous sommes préparé le terrain pour Texamen de la question de l'auteur du livre. Que le roi Salomon n'est pour rien dans la composition de Tonvrage tel qu'il existe aujourd'hui, cela résulte clairement des faits que nous venons de constater, et qui démontrent, sans réplique, qu'il y a là plusieurs écrits distincts l'un de l'autre, et dont les rédacteurs ne doivent pas être confondus avec les personnes, ou, si Ion veut, la personne, dont les pensées s'y trouvent consignées. Mais cette démonstration préalable n'est pas le seul allument i produire dans cette partie de notre étude.

Vovons d'abord les titres des différentes collections, et laissons de cOté le dernier morceau Mil), qui est anonyme, et les deux précédents \'I et VII , qui portent des noms autrement inconnus. La première grande collection (II) est intitulée: Proverbes de Sahmon ; la seconde (A) parle aussi de proverbes de Salomon, recueillis par les gens du roi Ilizqiyah. L'un des appendices annonce des ifaxiôies des sages IV). Ainsi ces titres mêmes, à un seul près, excluent la possibilité de regarder le fils de David comme le rédacteur soit du volume entier, soit des différents recueils partiels qu'il contient. Mais à y regarder de près, la note relative aux gens du roi Hizqiyah nous permettra d*aller ]^ds loin et de concevoir des doutes, même relativement à la première collrction de proverbes. A la vérité, on pourrait admettre que S?ilomon rût puljli*!' une pareille collection, et que du temps de I.Iizqivfih, c'est-à-<i:re trois siècles après, il ait circulé dans le pu.S-ic f\':^. z?.H\\::\^i^ -Ai ^rand nombre qu'on attribuait Tulgairem'::.t rj .S^.^r.'i'j::. rt <\ak des hommes lettrés auraient tenu à ne \A%r. W.\\r.: Vj.TiÎHrr iîirn l'oubli. Mais alors comment se fait-il que >:■; ':.•■.;.• : : : ..:: ■;.'/.: <V\ TOI aient inséré dans leur recueil suppléa ;;.':;. :^.;:r '.;:'/. ;- :! .\';;:-.: qui se trouvaient déjà dans la coUect.^;. </...-.■.';. !: \"\.\^\-\v<i monarque, collection qui certes *\':\h.\ . ,' :■ ',..;..-: ;j •■■;:>: »-t ïi bien d'autres? Et comment

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ouvrage, ail laissé de côté tant de sentences et de proverbes, qui font aujourd'hui l'ornement du second recueil ? Car nous l'avons déjà dit et nous le répétons à ce propos, ce second recueil, quoique moins riche et moins étendu que le premier, qui comprend presque trois fois autant de distiques, est positivement supérieur à celui-ci, dans un grand nombre de ses éléments, tant par ses qualités littéraires, qu'à raison de l'esprit qui les a dictés. Ainsi l'existence même du recueil postérieur, avec son titre spécial, ses fréquentes répétitions et les qualités qui le distinguent, rend fort peu probable celle d'une collection antérieure faite par le sage roi lui-même, lequel, dans ce cas, aurait donné une preuve assez équivoque de son savoir-faire, en revenant à chaque pas à des idées déjà exprimées et en se copiant lui-même.

Mais voici un autre fait qui doit donner à réfléchir au sujet des droits d'auteur de Salomon. On lit au V Uvre des Rois, chap. V, 12, que le sage roi prononça trois mille mas'als. Cette note a assez l'air d'être l'écho d'ime tradilion sujette à caution, et qui dès lors s'ingéniait à rehausser la gloire du dernier grand roi d'Israël, et nous ne risquerons guère de nous tromper, en pensant qu'en l'écrivant le chroniqueur n'aura pas eu ces trois mille sentences sous les yeux. Mais qu'il les ait eues ou non, le fait est qu'il ne peut pas avoir connu le livre qui est aujourd'hui entre nos mains, comme l'ouvrage authentique de Salomon : car celui-ci n'en contient que cinq cent quarante, en comptant toutes les redites et tous les doubles emplois. Notre livre des Proverbes, dans sa forme actuelle, est donc, selon toute apparence et pour cette raison déjà, une composition plus récente que l'époque à laquelle fut écrit le Livre des Rois, c'est-à-dire que la fin de l'exil.

Cependant avant de chercher à déterminer plus exactement l'époque de son origine, tâchons de nous rendre compte de la manière dont un pareil livre a pu et dû se former. Nous ne ferons pas la moindre difficulté d'admettre que Salomon ait prononcé des mas'als ; qu'il circulait sous son nom dans le public des principes de prudence et de morale, des règles dictées par l'expérience et fondées sur la connaissance des hommes et des choses, sous une forme spirituelle et facile à retenir. La réputation de sa sagesse paraît avoir été si grande dès Torigine, qu'on finit par

mettre à son compte une bonne partie de ce qui faisait le fonds commun de la sagesse nationale. Chaque peuple a son trésor de règles et de vérités utiles, de proverbes et de sentences, de principes et de dictons, formulés d'une manière brève, frappante et souvent poétique, aimant les pointes et les comparaisons piquantes. Ce genre de littérature remonte partout dans ses éléments à la plus haute antiquité, et est généralement un des derniers à se fixer par l'écriture. Mais il n'est pas rare que dans le cours des temps il se trouve un nom propre, qui par suite d'un caprice de l'esprit public finit par confisquer à son profit tout ce que le bon sens ou l'expérience des générations qui se succèdent produit d'apophthegmes spirituels ou de réflexions utiles et tombant immédiatement dans le domaine public en vue de leur valeur même. Nous avons de cela plusieurs exemples chez diflFérents peuples : celui de Pythagore chez les Grecs, celui du calife Ali chez les Arabes, et dans d'autres sphères les noms de David, d'Orphée, d'Ésope, d'Homère, qui représentent plutôt des genres de littérature que des titres littéraires authentiques.

Pour dire toute notre pensée, nous estimons que le titre de la seconde collection comprise dans notre livre, celle des gens de Hizqiyah, contient une notice historique que nous ne devons pas négliger, et que nous n'avons même aucun motif de suspecter, bien qu'elle ne puisse pas se prévaloir d'une garantie irréfragable. Rien ne nous empêche de croire que les savants de la cour d'un roi, qui était lui-même poëte, aient mis quelque soin à recueillir, non certes dans des manuscrits ou dans des bibliothèques, mais dans la bouche du peuple, dans leurs propres souvenirs, dans le fonds que leur avait légué à eux-mêmes l'éducation qu'ils pouvaient avoir reçue, les éléments variés de leur collection, et qu'aujourd'hui il nous est tout aussi impossible à nous, que cela l'a été pour eux, de distinguer dans cette collection ce qui pouvait à juste titre appartenir au roi philosophe, et ce que lui attribuait à tout hasard le caprice de la tradition. Une première collection ainsi composée et publiée, d'autres pouvaient la suivre. L'exemple, le nom, le cadre étaient donnés, et moins l'esprit national était porté à rédiger de longues élucubrations méthodiques, plus il pouvait se plaire à propager une salutaire instruction, par ce moyen si simple, si approprié aux besoins des masses et surtout si universellement répandu en Orient. Seulement nous n'entendons pas aflSrmer que le recueil qui peut avoir

été fait du temps de IJizqiyah nous soit parvenu dans sa primitive intégrité.

Il y a plus ! La nature de ces collections de sentences facilitait à ceux qui en possédaient des exemplaires les moyens de les enrichir par des additions. D'abord c'était évidemment la propriété littéraire, non d'un auteur particulier, mais de tout le monde. Le véritable auteur, qu'il fût tout à fait inconnu ou désigné seulement par l'opinion, avait donné l'idée, la tendance, l'esprit du contenu, considéré soit dans son ensemble, soit dans ses détails ; il n'avait pas de droits à faire valoir sur la forme et l'étendue du recueil, lequel ne pouvait que gagner en grandissant, sans changer de nature. Outre les additions, de pareils recueils étaient exposés à des remaniements, à des retranchements qui variaient la forme sans changer le fond, et sans dénaturer un ouvrage qui n*était pas le produit ou l'expression d'un raisonnement suivi, mais la simple juxta-position plus ou moins fortuite de pensées éparses.

Que ce ne soit pas là une simple supposition de notre part, cela résulte de la manière la plus certaine d'un autre fait que nous devons signaler ici. Nous possédons le livre des Proverbes dans deux recensions très-diflFérentes l'une de l'autre ; l'original hébreu et la traduction grecque dite des Septante. Nous ne voulons pas parier ici des innombrables divergences dans le sens des deux textes. Celles-ci prouvent simplement que les traducteurs, ou bien n'ont pas compris celui qu'ils voulaient interpréter, et qui ne laisse pas que de présenter des difficultés très-sérieuses en maint endroit, ou bien qu'ils avaient sous les yeux ime rédaction souvent fort diflférente de celle qui nous est parvenue. Dans ce dernier cas on serait déjà autorisé à dire que le texte primitif a été l'objet de retouches arbitraires telles, qu'elles mériteraient le nom de corruptions si elles se rencontraient dans des ouvrages d'un autre genre, mais qui ici n'ont rien de choquant, puisque des sentences populaires sont à vrai dire la propriété de tous ceux qui veulent les accepter pour leur compte, en s'arrogeant éventuellement le droit de les modifier à leur guise. Mais la comparaison des deux textes, hébreu et grec, nous fait découvrir des choses bien autrement importantes. Ils diffèrent l'un de l'autre par leur richesse relative. Le grec présente par ci par là des omissions ou des lacunes qui, à la rigueur, pourraient être attribuées à des inadvertances de copistes ; mais il oflFre bien plus

souvent des additions ; il s'y rencontre une quantité très-considérable de distiques absolument étrangers à Toriginal que nous avons sous les yeux et qui pourtant ont Tair d'être également traduits de l'hébreu. On en conclura qu'il a existé dans cette langue des éditions diSérentes, et que la traduction grecque qui nous est parvenue, et qui, pour le dire en passant, est un travail assez mal fait, se fonde sur une édition autre que ceUe qui est comprise dans le volume sacré reçu définitivement dans la synagogue. Nous prendrons soin de signaler partout dans les notes jointes à notre traduction, les additions et les lacunes dont nous venons de parler. Nous nous en faisons même un devoir, parce que plusieurs de ces additions et changements ont été conservés dans la Vulgate et ont passé ainsi dans les versions catholiques, aujourd'hui encore en usage.

Nous saisissons cette occasion pour appeler l'attention de nos lecteurs sur une autre différence du grec. Les traducteurs ont placé la première partie des Paroles d'Agour (VI) après ce que nous avons appelé le premier appendice du premier recueil (III), et la seconde moitié, ainsi que les paroles de Lemouël (VII) , après le second appendice (IV) ; cette transposition a eu lieu, dans les deux cas, en supprimant les titres spéciaux qui distinguent ces pièces des proverbes dits de Salomon.

D'après tout ce qui vient d'être dit, on entrevoit déjà que nous ne saurions assigner une bien haute antiquité au livre des Proverbes, tel qu'il nous est parvenu, et que sa rédaction par Salomon lui-même est définitivement hors de question. Mais il y a d'autres considérations encore que nous pouvons faire valoir pour arriver au même résultat. Nous n'insisterons pas sur la forme du langage, qui ne porte pas précisément le cachet d'une époque très-reculée. Le texte , comme nous avons déjà eu l'occasion de le dire, présente de nombreuses difficultés, mais cela tient plutôt à la nature même du genre proverbial, dont la brièveté affectée et les tournures piquantes forment un trait caractéristique et souvent un charme particulier. D'ailleurs les proverbes les plus anciens mêmes, en passant de bouche en bouche à travers les siècles, peuvent très-bien au besoin changer un peu de forme et remplacer des expressions vieillies et hors

d*usage par d*aulres devenues plus familières. On ne peut donc rien conclure de bien sûr des données linguistiques qu'il y aurait moyen de mettre en relief au profit de la critique. Nous ferons seulement observer que la première partie du livre, celle qui ne contient pas de proverbes, mais des instructions générales et des exhortations de longue haleine, est écrite dans un style tellement facile et transparent, et porte si peu la couleur de l'antiquité, qu'on pourrait la faire servir à exercer les commençants à Tinterprétation des textes hébreux, et que par cela déjà elle se fait reconnaître comme la partie la moins ancienne de l'ouvrage.

Nous signalerons ensuite ce fait très-remarquable, que surtout dans cette première partie, mais encore dans les proverbes proprement dits, il y a de nombreux passages contenant, à l'adresse des jeunes gens, des exhortations très-pressantes à se mettre en garde contre les séductions de l'autre sexe. Ces exhortations, d'ailleurs très-éloquentes et très-sensées, seraient assez singulières dans la bouche d'un prince fameux pour le luxe de son harem, dont il resta l'esclave jusque dans ses vieux jours. Nous pourrions faire ime observation analogue au sujet des passages non moins nombreux qui sont relatifs aux rois, et qui, tout en exprimant des vérités incontestables, ne semblent pas précisément provenir d'un monarque dont le despotisme insensé causa la ruine de sa dynastie.

Cependant nous n'avons déjà plus besoin d'amasser des preuves négatives pour combattre l'opinion traditionnelle relative à l'auteur de notre livre. Nous irons plus loin. Nous ferons remarquer que dans tout l'ouvrage il n'y a pas la moindre trace de l'existence de la polygamie ni du polythéisme. Partout où il est question de mariage, de relations domestiques, le texte suppose implicitement la monogamie. Le seul passage qui fasse ici exception (chap. XXX, 23), n'infirmera pas cette assertion, comme nous le ferons voir plus bas. Or, nous savons que, dans le sein du peuple juif, les progrès de la civilisation, et peut-être aussi un peu les malheurs publics et personnels, ont fini par faire tomber en désuétude les antiques usages attestés par la Genèse et les livres historiques de l'Ancien Testament. Mais en tout cas cela n'arriva qu'après l'exil. Ceci s'applique aussi à rhistoire religieuse. Tous les prophètes attestent l'irrémédiable propension des Israélites au polythéisme ; tous ils reconnaissent comme leur premier devoir de protester contre cette tendance,

de châtier cet égarement. Ce n'est qu'après l'exil que nous n'en trouvons plus de trace dans la communauté restaurée de Jérusalem. Gomment s'expliquer qu'un livre, qui prend à tâche de prêcher tous les devoirs, d'inculquer toutes les vertus, de combattre tous les travers et toutes les mauvaises passions du cœur humain, ait pu oublier ou négliger cette aberration capitale, cette source de tant de vices, si elle existait encore à l'époque où il fut rédigé ? Cette lacune (mais qui pour nous n'en est plus une maintenant) nous semble prouver de la manière la plus évidente, que le livre des Proverbes, dans sa forme actuelle, et d'après le choix des matériaux dont il se compose, ne date que d'une époque où les raisons qui provoquèrent la courageuse activité des prophètes n'existaient plus, où Israël ne reconnaissait plus d'autre Dieu que Jéhova, et où par conséquent il était parfaitement superflu de lui enseigner que le culte des idoles était une folie.

Un autre argiunent encore peut être tiré d'un passage fameux de la première partie du livre, de celle-là précisément que nous estimons être l'une des moins anciennes. Nous voulons parler du discours du huitième chapitre, mis dans la bouche de la Sagesse, et où celle-ci non seulement est introduite comme un être personnel, ce qui au bout du compte pourrait être envisagé comme une figure de rhétorique ou de poésie, mais où elle s'annonce elle-même comme la première créature de Dieu, destinée à devenir, sous ses auspices, l'ouvrière de l'univers. Ici il semble que la philosophie a pris la place de la poésie, ou du moins que nous sommes arrivés au point où elle va la prendre. Déjà les Pères de l'Église grecque ont reconnu dans ce passage un élément du dogme trinitaire. On s'est même cru autorisé, dans cette sphère, à corriger le texte grec (le seul que l'on consultât généralement) pour faire disparaître la notion gênante d'une personne divine créée. Mais déjà avant la naissance du christianisme, la philosophie, ou, si Ton veut, la théologie juive» avait transformé en termes d'école, en locutions dogmatiques, les phrases ou figures dont s'était autrefois servie la poésie des Hébreux quand elle parlait de Dieu et de son action dans le monde. Ces expressions poétiques, changées en formules de théorie, devinrent le point de départ de la métaphysique, soit palestinienne, soit alexandrine, qui fut fort en vogue dans les écoles des deux pays dès avant Tépoquo des opôtres. Seulement

cette hypostase de la Sagesse créatrice, que nous rencontrons aussi dans le livre connu sous le nom de la Sapience de Salomon, finit par être remplacée par la notion du Verbe créateur qui domine dans le système du philosophe juif alexandrin Philon et dans quelques-uns des plus anciens documents de la liltératiu^e chrétienne.

Nous pensons que l'auteur de cette première section de Touvrage qui nous occupe a déjà connu les différentes collections de proverbes dont se compose la majeure partie du volume, et que peut-être c'est à lui qu'il faut attribuer le travail d'assemblage qui lui a donné sa forme actuelle. Quoi qu'il en çoit, les six premiers versets du livre sont évidemment destinés à servir en quelque sorte de préface ou de programme à l'ensemble, tel que nous l'avons aujourd'hui entre les mains. Le dernier distique de ce préambule annonce, à ne pas pouvoir s'y méprendre, ces mêmes collections, attribuées explicitement, et malgré le nom de Salomon mis en tête, à des sages d'autrefois, au nombre pluriel.

Un mot encore sur les deux morceaux VI et VII, qui se distinguent du reste, non seulement par leur contenu et leur forme, mais encore par les titres particuliers qu'ils portent. Ces titres sont de véritables énigmes poiu* les érudits et ont donné lieu à des interprétations très-diverses et surtout très-hasardées. Les Rabbins qui ont pourvu le texte de voyelles et d'accents ont exprimé le sens que voici : Paroles d'Agour fils de laqeh ; T oracle. Déclaration de T homme [adressée] à Ithiël^ à Ithiël et à Oukal. — Paroles de Lemouël roi ; oracle que lui enseigna sa mère, U est bien difficile de dire ce que nous veulent les noms propres de la seconde moitié du premier titre ; sans compter que cette triple répétition : Paroles, oracle, déclaration, qui se reproduit en partie dans le second titre, est passablement singulière. Les traducteurs grecs ont remplacé le premier titre, après la désignation de l'auteur, par ces mots : Voici ce que dit Vhomme à ceux qui croient en Dieu, et je cesse. Nous citons cette phrase, qui n'offre guère de sens intelligible, poiu* faire voir qu'ils n'y comprenaient rien, ou que le texte était déjà en désordre. On voudra bien aussi remarquer que la collection de dictons et de jeux d'esprit, en partie assez profanes, contenue dans ce

chapitre XXX, mérite bien peu le nom (ïoracle (au singulier)^ terme réservé généralement pour les discours des prophètes. Dans le second titre il convient de relever ce fait, que la construction : Lejnouël roi, exigée par les accents, est contraire à toutes les règles de la syntaxe hébraïque, d'après laquelle il faudrait ou bien mettre l'article, le roi, ou bien faire suivre ce mot d'un génitif: roi de.... Cette nécessité grammaticale a fait revenir les exégètes contemporains à une interprétation déjà tentée par Fauteur inconnu d'une traduction grecque peu étudiée, conservée dans un manuscrit de Venise, et imprimée pour la première fois au siècle passé, laquelle prend ici le mot de Massa (oracle) pour un nom propre. Or, nous savons par les passages Genèse XXV, 14 et 1 Chron. I, 30, que Massa était le nom d'une tribu ou d'une contrée dans l'Arabie septentrionale, probablement au sud-est de la Palestine, et par le passage 1 Chron. IV, 38suiv., nous sommes autorisés à supposer que cette contrée était habitée par une colonie israélite. D'après cela, nous obtiendrions im Lemouël roi de Massa, et le second titre n'offrirait plus aucune difficulté. Quant au premier, l'addition d'ime seule lettre ferait de Yoracïe un Massaïte, habitant (chef, sage, roi) de Massa. Que dans ce pays on ait pu parler hébreu, et que les idées religieuses et morales exprimées dans le texte, aient pu être reçues, surtout à une époque plus ou moins avancée de l'histoire, cela se comprendra, si l'on veut s'en tenir à la parenté indiquée plus haut. On sait d'ailleurs que les Juifs, dans les derniers siècles qui ont précédé l'ère chrétienne, étaient répandus au loin, de sorte que l'on n'aurait pas même besoin d'avoir recours à une donnée des Chroniques pour se rendre compte de cette particularité. Le reste de l'inscription , simplifiée par ce léger changement, se fait reconnaître comme le commencement même du texte, les prétendus noms propres disparaissent, et le commentaire fera voir que le sens est naturel et ne laisse rien à désirer. Il sera impossible de déterminer le degré d'antiquité de ces deux pièces.

n y aura encore une remarque à faire sur le dernier morceau qui seul n'a point de titre spécial. L'inspection la plus superficielle fait voir que c'est une pièce à part, aussi nettement circonscrite par sa forme, que jolie et intéressante à Tëgard de

son contenu. C'est le portrait d'une mère de famille, qui dirige son ménage avec entente et sagesse ; elle donne l'exemple de l'activité à l'intérieur, elle pourvoit aux besoins de tout son monde, elle est l'ouvrière de la prospérité de la maison, par Tordre maintenu au dedans, et par les relations qu'elle se crée au dehors moyennant le menu trafic qui sert à augmenter ses ressources. Ce petit tableau se distingue fort à son avantage de celui que nous présente soit notre imagination, soit l'histoire des mœurs, quand il est question d'un ménage oriental. Ce qui nous surprend, c'est que le maître de la maison s'y eflFace complètement et paraît presque un hors-d'œuvre dans la communauté. En tout cas les traits qui se dessinent ici nous représentent on tout autre siècle que celui où les filles de Sara menaient les brebis à l'abreuvoir, et l'époque où ce morceau a été ajouté aux autres n'est certes pas celle de Salomon.

Après avoir fait la part de la critique historique et littéraire, jetons encore un coup d'œil rapide sur le contenu du livre des Proverbes, pour en caractériser l'esprit et la valeur morale. A tout prendre, il ne laisse pas, à ce point de vue, d'être l'un des plus beaux monuments de la littérature du judaïsme de la restauration, et parmi tout ce que cette époque a produit nous ne saurions nommer que le seul Livre de Cantiques (nous voulons dire des Psaumes) qui lui soil positivement supérieur. On y rencontre bien par ci par là certaines règles de prudence qui n'accusent pas précisément un sentiment bien généreux, un cœur noble et dévoué, mais qui prennent le monde tel qu'il est, et se bornent à mettre les gens, qui ont besoin de conseils, en garde contre les déboires qui peuvent résulter pour eux de leur inexpérience. Ailleurs et plus souvent encore, l'enseignement s'arrête à constater les faits tels qu'ils se produisent dans le cours ordinaire des choses, surtout ceux qui sont la conséquence des défauts moraux ou intellectuels des hommes, et laisse au lecteur le soin d'en tirer telle leçon qu'il voudra. Mais la grande majorité de ces sentences sont des maximes immédiatement applicables et. profitables pour la conduite de la vie, saines, sérieuses et dignes de tout éloge. Partout la crainte de Dieu est recommandée comme

le commencement et la base de toute sagesse. La sagesse ellemême est moins l'exercice des facultés intellectuelles appliqué aux choses abstraites ou transcendantes, que la direction pratique de la vie individuelle et sociale, qui nous apprend à éviter les écueils dont nous menacent, soit nos propres passions, soit le mauvais exemple de notre entourage, et à arriver ainsi au vrai bonheur. La foi ferme et inébranlable en la justice du gouvernement du monde, la certitude de la récompense assurée à la vertu et du châtiment réservé au vice et au crime, font encore le fond de la philosophie nationale comme du temps des prophètes. Et pas plus que leurs glorieux devanciers, les sages qui nous parlent dans ces divers recueils ne portent leur regard au delà des limites de leur horizon terrestre ; ils n*ont pas encore besoin d'une perspective plus lointaine et plus rassurante pour affirmer le devoir, et dans le fidèle accomplissement de la volonté de Dieu ils savent trouver une satisfaction qui ne connaît pas la crainte de la mort.

Proverbes de Salomon, fils de David, roi d*Isracl :

Pour faire connaître la sagesse et Tinstruction,

et comprendre les discours sensés; Pour faire accepter une instruction raisonnable,

le devoir, la règle de conduite et la probité; Pour donner aux simples du discernement,

aux jeunes gens Tintelligence et la réflexion. Le sage qui y est attentif augmentera son savoir^

et rhommc sensé acquerra Tart de se gouverner * Pour faire comprendre proverbes et allégories,

les paroles des sages et leurs énigmes^.

La crainte de rÉternel est le principe de la science;

Ce sont les impies qui méprisent la sagesse et riustructiou ^

^ Les cinq premiers distiques l'ont partie intégrante du titre^ et ont nécessairement pour auteur la personne à laquelle nous devons la collection ou l'assemblage des différentes^ ou du moins des principales parties du livre actuel. La traduction en est difficile en ce sens que la plupart des termes qui y sont employés ont une signiGcation assez Tague^ et malgré leur différence étymologique on peut les regarder comme synonymes. On voit du reste que cet exposé accentue essentiellement celui des éléments du livre qui y occupe la plus large place, savoir l'enseignement pratique et moral. Nous nous sommes permis, pour plus de clarté, d'exprimer le sens certain de l'original par des expressions plus usitées aujourd'hui (par ex. au second distique nous avons mis: devoir, pour : justice). — Nous ferons remarquer que le vocabulaire philosophique do nos auteurs n'est pas très-riche et que le traducteur est quelquefois obligé d'employer des expressions diiFérentes pour un seul et même mot.

^Ce dernier distique qui ne se lie pas bien au précédent, pourrait bien avoir été ajouté par une autre main, qui désirait compléter l'énumération des éléments du recueil.

3 Ce distique est comme une espèce d'épigraphe, ou d'adage, mis en tôto de tout le livre, pour en signaler la pensée dominante : c'est qu'il n'y a pas do vraie sagesse, de savoir utile, sans un fond religieux. Aussi dans un bon nombre de passages, les

A. T. 6* part. 11

•Écoute, mon fils, l'instruction de ton père, et ne néglige pas les leçons de ta mëre.

Car elles sont à ta tête une belle couronne, un collier précieux autour de ton cou * .

Mon fils, si les méchants veulent te séduire,

ne consens pas à les suivre.

S'ils disent : «Viens avec nous, pour nous mettre en embuscade ;

guettons l'innocent pour le faire mourir! Nous le croquerons tout vif comme le S'eôl,

et l'honnête homme sera comme un mort ordinaire ^ ; Nous trouverons toutes sortes de choses précieuses,

nous remplirons nos maisons de ses dépouilles ; Tu partageras avec nous au sort,

nous aurons bourse commune entre nous tous....» Mon fils, ne marche pas dans leurs voies,

détourne ton pied de leurs sentiers !

[Car leurs pieds courent au crime,

et ils sont pressés de répandre le sang^J Car c'est en vain qu*on étend le filet

devant les yeux de la gent ailée :

Tandis qu eux complotent contre leur propre sang,

et dressent des embûches à eux-mêmes.

Tel est le sort de celui qui convoite le gain;

celui-ci ôte la vie à qui le saisit.

mots qui expriment rabsence de la sagesse (tou, stupide, insensé, déraisonnable, etc.) ont-ils en même temps le sens que nous avons préféré exprimer ici directement , en y substituant les impics. La sagesse^ au sens hébreu, n'est pas la philosophie abstraite ou spéculative, et la science n'est pas l'érudition. (Les Septante insèrent entre ces deux lignes cette phrase : Elle est la meilleure intelligence pour ceux qui la pratiquent, la piété à l'égard de Dieu est le début de l'entendement.

^ Le plus bel ornement qu'un homme puisse porter.

2 Si les méchants nomment leur victime Y innocent, et V honnête homme, c'est que l'auteur leur met dans la bouche ce qu'il veut insinuer à la conscience du jeune homme sollicité par eux. — Nous ne sommes pas bien sur d'avoir saisi le sens de la dernière ligne qui est très- diversement traduite. Notre traduction exprime l'idée que le meurtre n'aura pas de mauvaise conséquence. L'homme aura disparu, et voilà !

3 Ce distique manque dans le grec : il est littéralement copié dans Ésaïe LIX, 7, et gêne la suite logique du discours. Après ce qui précède on n'avait pas besoin de dire encore une fois, que ces gens méditent uu meurtre. On veut dire qu'ils courent à leur perte, qu'ils tombent dans la fosse creusée pour d autres. Le jeune homme sage doit faire comme l'oiseau qui s'envole en voyant le filet.

^^ La sagesse crie par les rues,

dans les places elle fait entendre sa voix.

Au coin des carrefours elle fait son appel,

à l'entrée des portes de la ville elle débite ses discours * :

cJusques à quand, gens ignorants, aimerez- vous à Têtre? les moqueurs se plairont-ils toujours à la moquerie? et les insensés haïront-ils la science * ?

Revenez à mes remontrances!

voyez, je ferai jaillir sur vous mon esprit, je vous ferai connaître mes enseignements.

Mais puisque, quand j'appelais, vous refusiez de venir, que personne n'écoutait quand je tendais la main, que vous ne teniez nul compte de tous mes conseils et que vous ne vouliez point de mes remontrances,

Moi aussi je rirai, quand vous serez malheureux;

je m'en moquerai, quand l'épouvante vous saisira; quand l'épouvante vous saisira comme un orage, quand le malheur fondra sur vous comme l'ouragan, et que la détresse et l'angoisse viendront sur vous'.

Alors ils m'appelleront, mais je ne répondrai pas;

ils me rechercheront, mais ils ne me trouveront plus.

Puisqu'ils ont haï la science,

et n'ont pas pris plaisir h la crainte de Dieu; qu'ils n'ont pas voulu de mes conseils, mais ont repoussé toutes mes remontrances,

Ils se repaîtront du fruit de leur conduite

et se rassasieront des effets de leurs errements,

1 La sagesse [pcrsonniGée] est introduite comme parlant en public, tandis que les séducteurs, dans les vers précédents, intriguaient en secret. La sagesse ne représente donc pas la conscience individuelle, mais l'esprit de vérité et de droiture qui est censé être à la portée de toutes les intelligences, et qui prêche par l'expérience et lexemple. Cependant il est évident qu'il s'y joint ici l'idée d'une révélation, qu'il est d'autant plus dangereux de méconnaître que son autorité est plus sacrée. — Les portes de la ville sont, comme on sait, les places du rendez-vous des citoyens.

' Dans un certain sens on pourrait prendre les simples, les moqueurs et les insensés comme synonymes, ou plutôt le sons propre de chacun de ces mots est passablement vague (voyez la première note du chapitre). Nous avons voulu exprimer une espèce de gradation. Chez les premiers il y aura absence d'intelligence, les seconds seront les frivoles et les indiflérents en matière de morale et de prudence, les derniers seront ceux qui font opposition active à tout ce qui est bon et vrai.

8 En un mot : Ce sera trop tard ! Si l'on pressait la lettre, la sagesse divine (qui parle ici le langage ^es hommes] jouerait un rôle assez peu édifiant.

Car rindocilité des ignorants les conduira à la mort, et la sécurité fera périr les insensés. .

Mais celui qui m'écoute demeurera en paix> et sera à Tabri des terreurs de l'adversité.

^ Mon fils, si tu accueilles mes paroles,

si tu gardes fidèlement mes préceptes, De manière à prêter Toreille à la sagesse

et à soumettre ton cœur à la raison; Oui, si tu appelles toi-même rintelligence,

et qu'à la raison tu adresses la parole; Si tu la recherches comme de l'argent,

en fouillant comme après un trésor — Alors tu comprendras la crainte de l'Éternel,

et tu trouveras la connaissance de Dieu ' ; (Car c'est l'Étemel qui donne la sagesse;

c'est de sa bouche que vient la science et la raison. Aux hommes droits il réserve le bonheur,

il est le bouclier des innocents * ; Protégeant les voies de la justice ^

il veille sur le chemin de ses fidèles.) Alors tu comprendras le devoir et la règle de conduite,

la probité et tout ce qui est dans l'ornière du bien *. Si la sagesse entre dans ton cœur,

et que la science te soit chose agréable,

la réflexion veillera sur toi

et la raison te protégera*,

^ La sagesse conduit à la connaissance et ùi la crainte de Dieu, et celle-ci conduit à la connaissance du devoir et du bonheur. Ce n'est pas lu un cercle vicieux, mais la preuve que pour Tauteur la crainte de Dieu et la sagesse sont inséparables et le bonheur la conséquence assurée de leur présence. Nous avons mis en parenthèse les V. 6-8, pour mieux faire sentir la cohésion logique des v. 5 et 9.

^ Litt. : de ceux qui marchent dans l'intégrité.

3 Les voies de la justice sont ici les destinées des justes, comme le prouve la ligne suivante qui a le môme sens.

^ Comp. chap. I, 3.

•'* Les bons cfTets de la soumission à la sagesse sont signalés dans trois longues phrases parallèles, dont nous avons exprès reproduit dans l'impression le rapport logique, au lieu de marquer les distiques comme a l'ordinaire.

Pour te préserver du mauvais chemin,

des hommes aux discours pervers;

qui quittent le sentier de la droiture,

pour suivre la voie des ténèbres;

qui se plaisent à faire le mal,

et s'égaient dans les détours de la malice,

dont les voies sont tortueuses,

et qui se sont fourvoyés dans leur course ; Pour te préserver de la femme adultère*,

de rinfidèle aux paroles flatteuses,

qui abandonne Tassocié de sa jeunesse,

et oublie la loi de son Dieu;

(car sa maison s'enfonce dans la mort,

et sa route aboutit aux ombres :

ceux qui la hantent n'en reviennent plus,

et ne retrouvent plus le chemin de la vie ') ; Pour que tu marches dans la voie des gens de bien

et que tu gardes les sentiers des justes. Car ce sont les hommes droits qui demeureront dans le pays,

et les honnêtes gens y resteront; Hais les méchants en seront exterminés,

et les perfides en seront arrachés.

*Mon fils, n'oublie pas mon instruction^

et que ton cœur garde mes préceptes !

Car ils prolongeront tes jours et tes années,

et te donneront le bonheur.

Que la charité et la bonne foi ne te quittent point!

attache-les à ton cou ^

inscris-les sur les tablettes de ton cœur.

1 Le texte dit deux fois : la femme étrangère, ce qui veut dire : celle d 'autrui. Il nî^est pas question de nationalité, ni de prostitution. Car Tassocié de la jeunesse^ c'est le mari légitime. Il est à remarquer que c'est la femme qui est représentée comme la séductrice du jeune homme. Les Septante ont exprimé une tout autre leçon. Ils ne parlent pas d'une femme adultère, ils disent : Pour t'écarter du droit chemin, et t'éloigner du bon sentiment. Mon ûls, ne te laisse pas entraîner par un mauvais dessein qui abandonnerait l'enseignement de ta jeunesse et oublierait le pacte divin.

S Les vers mis par nous en parenthèse doivent motiver l'expression de préserver employée plus haut. En effet, il y a péril à se laisser séduire ainsi. Ce péché conduit à la mort^ représentée ici comme un gouffre où se trouvent les ombres des défunts.

3 Soit comme le plus bel ornement, soit peut-être comme une amulette.

Et tu trouveras le bon sens et la faveur

aux yeux de Dieu et des hommes \ Confie-toi en TÉternel de tout ton cœur,

et ne t'en rapporte pas à ta propre intelligence. Dans tout ce que tu fais, songe à lui^

et il aplanira tes sentiers.

Ne te crois pas sage toi-même :

crains Dieu et évite le mal.

Ce sera la meilleure médecine de ton corps,

cela fortifiera tes membres*.

Honore TÉternel avec ta richesse,

avec les prémices de ta récolte.

Et tes granges se rempliront d'abondance

et tes cuves déborderont de moût.

^' Mon fils, ne méprise pas Tinstruction de TÉternel

et ne rejette pas sa discipline.

Car rÉternel châtie celui qu'il aime,

comme un père le fils qu'il chérit.

Heureux l'homme qui trouve la sagesse,

le mortel qui arrive à la raison!

La gagner vaut mieux que gagner de l'argent \

elle rapporte plus d'intérêts que l'or.

Elle est plus précieuse que les perles*,

et tous tes bijoux ne la valent point. Dans sa droite elle tient la longévité,

dans sa gauche, la richesse et l'honneur \

1 La traduction est exacte, mais non suffisamment transparente. Au lieu du bon gens, d'autres mettent le succès, ou la bonne opinion. Mais l'usage constant de ce livre nous a fait préférer la première version. L'auteur veut dire : tu auras acquis ce qui aux yeux de Dieu et du monde constitue la vraie sagesse. «-

2 Traduction très-libre. Le texte dit littéralement : ce sera une guérison (un cataplasme) pour ton nombril, et un breuvage pour tes os. L'auteur emprunte à la médecine du corps des images facilement applicables à la médecine de l'âme.

3 Pour ce passage, comparez Job XXVIII.

^ Entre les deux vers de co distique, les Septante intercalent ces lignes : Rien de mauvais ne lui résiste, elle est coimue de tous ceux qui l'approchent. Ces vers sont évidemment ici un hors d'œuvre qui interrompt la suite naturelle des idées.

5 Ici les Grecs ajoutent : De sa bouche sort la justice, elle porte sur sa langue la loi et la charité.

Son chemin est le chemiu de la joie,

ses sentiers conduisent tous au bonheur. Kilo est Tarbrc de vie poiur ceux qui la saisissent,

et qui s\y tient est heureux.

C'est avec la sagesse que rÉternel a fondé la terre S

c'est avec la raison qu'il a affermi 'le ciel; C'est par sa science que l'océan s'est creusé*,

et que les nuages distillent la rosée.

^* Mou tib« ne les' perds pas de vue,

ganle le bon sens et la réflexion.

Ce sera la vie do ton àme,

une i^arure à ton cou*.

.\lors tu poursuivras ta route avec assurance,

et ton pied ne bronchera point.

Quand tu te coucheras tu seras sans crainte.

et couchée ton sommeil sera doux^.

Ne redoute ni une terreur soudaine,

ni Torage qui viendra frapper le méchant * Ta mettras ta confiance en l'Éternel^

il prèiservera ton pied du piège*.

Le chemin des justes est comme le soleil du matin, sa clarté va en croissant jusqu'en plein jour*.

La route des méchants est comme dans les ténèbres; ils ne voient pas a quoi ils se heurtent.

*^Mon fils, sois attentif à mes paroles,

prête Toreille à mes discours !

Qu'ils ne se soustraient pas à tes yeux,

garde-les au fond de ton cœur!

Car ils donnent la vie à qui les saisit,

et la sauté à tout son corps ^.

Garde ton cœur plus que toute autre chose,

car c'est de là que jaillit la vie ^. Loin de toi la fausseté de la bouche!

loin de toi l'hypocrisie des lèvres !

Dirige tes regards droit devant toi,

et que tes paupières soient franchement ouvertes * ! Considère bien l'ornière que tu vas suivre,

pour que ta route soit toujours assurée. Ne dévie ni a droite ni à gauche,

et garde ton pied d'un mauvais pas\

1 Le texte ne parle pas proprement du soleil, mais en général de la lumière ; il est cependant évident qu'une traduction plus précise rend la pensée de lauteur.

2 Comp. cliap. III, 8, 18. Au lieu de santé, le texte donne le mot: remède. Le corfs est certainement placé ici pour la personne^ et le sens doit 6tre détenniné comme diiis le passage parallèle.

3 Dans le sens spirituel : le vrui bonheur.

** Litt. : que tes paupières se dirigent droit devant toi, ce qui dans la traduction formerait une tautologie insupportable. Si l'on rattache ce vers à celui qui précède, il parle du devoir de la franchise et de la sincérité. Nous croyons plutôt qu'il est question do prudence et de circonspection.

^ Le texte grec ajoute ici deux distiques qui s'accordent assez mal avec le dernier :

Car Dieu connaît (approuve) la route de droite,

celle de gauche est la mauvaise.

Il aplanira tes sentiers

et to dirifrera dans la voie de la paix (du bonheur).

* Mon fils, sois attentif à ma sagesse,

à ma raison prête l'oreille.

Pour que tu gardes des avis sensés,

et que tes lèvres retiennent un bon conseiP.

^ Des lèvres de la femme adultère il découle du miel,

et sa bouche est plus onctueuse que l'huile. Mais à la fin elle est amèrc comme Tabsinthc,

aiguë comme une épée à deux tranchants'. Ses pieds se précipitent vers la mort,

sa route aboutit au séjour des ombres'. Au lieu de prendre à cœur le sentier de la vie,

ses pas s'ép:arent, elle ne sait où!

' Or donc, mon fils *, écoute-moi,

et ne t'écarte pas des paroles de ma bouche! Dirige tes pas loin d'elle,

et ne t'approche pas de la porte de sa maison. De peur de livrer ta jeunesse à d'autres,

et 'tes années à un cruel vengeur; De peur que des étrangers ne jouissent de ton bien,

et que tes peines ne profitent à la maison d'autrui. Et que, te lamentant lors de ta fin,

quand ton corps et ta chair seront consumés ^,

1 Les lèvres sont censées le répéter à voix basse pour ne pas l'oublier.

^ Comparez le passage chap. 11^ 1(5 suiv. Ici encore il s'agit d'adultère et non du

ertinage en général^ et la femme est encore une fois représentée comme la séduc-

:e. L'avertissement adressé au jeune homme insiste avant tout sur les dangers

iquels ils s'expose, la loi condamnant à mort les doux coupables. — Les Septante

nmencent la tirade par cette introduction générale : Ne t'attache pas à une mauvaise

nme.

3 En grec : les pieds de ceux qui conversent avec la sottise courent à l'enfer et ses s ne sont pas affermis ; et ainsi de suite, do sorte que le but spécial de l'instruction ; plus ou moins effacé.

^ L'original met tout au pluriel dans ce seul distique, tandis que le grec s'en tient singulier. Dans une traduction moderne il faut bien en faire autant, bien qu'il ne t pas nécessaire de suspecter le texte.

^ En thèse générale on peut bien dire que ce ne sont pas des motifs moraux que iteur met en avant pour appuyer ses recommandations. Il parle des conséquences fsiques de la débauche, des dommages et intérêts que le mari outragé peut lamer, ou si l'on veut, des dépenses ruineuses auxquelles des relations criminelles ivent entraîner. Quant à la jeunesse (litt. : splendeur] et aux années qu'on livrerait l'autres, à des hommes cruels, cela peut être rapporté a la peine capitale encourue, au risque qu'on court d'Otre découvert par le premier venu.

Tu (lises : Comment ai-je pu haïr F avertissement ?

comment mon cœur a-t-il pu mépriser les conseils. De sorte que je n'ai point écoute mes maîtres,

ni prêté Toreille à ceux qui m'instruisaient? Peu s'en est fallu que je fusse au comble du malheur,

en face du tribunal et de l'assemblée M

♦■^Bois l'eau de ta citerne à toi',

et la fraîche onde de ton propre puits. Tes fontaines doivent-elles se répandre au dehors?

tes ruisseaux à travers les rues ^ ?

Qu'ils appartiennent à toi tout seul,

et non en même temps à des étrangers.

Puisse ta source être bénie !

Sois heureux avec ta jeune épouse!

Biche aimable, gracieuse gazelle * ,

que ses caresses t'enivrent en tout temps,

que de son amour tu sois toujours épris * ! Pourquoi, mon fils, serais-tu épris de l'étrangère,

et embrasserais-tu le sein de l'infidèle? Car l'Éternel a sous les yeux les voies de Thomme,

il observe toutes ses démarches " :

^ La pensée seule d'une pareille éventualité (Lév. XX, 10. Deut. XXII» 22) remplit l'âme de terreur, et aurait dû prémunir contre la tentation.

^ Les images sont transparentes (comp. Cant. IV, 12, 15). Le chaste amour conjugal est opposé à l'amour adultère. La comparaison porte sur la jouissance ^'on éprouve en se désaltérant dans une source fraîche el limpide.

^ Distique passablement obscur. C'est nous qui le mettons à l'interrogatif ; les Grecs ont mis la négation. Dans les deux cas, et en vertu de ce qui suit, on obtient le sens que le mari ne doit pas courir après la femme d'un autre, de peur que la sienne ne Fe dérange à son tour. L'image du ruisseau reste ainsi la môme d'un bout À raatre, sans aucune allusion obscène. D'autres cependant expliquent le v. 16 du mari^ et le détachent ainsi du reste.

"^ Ces animaux agiles, sveltes et gracieux, avec leurs beaux yeux, servent fréquemment d'images aux poOtes erotiques de l'Orient. Les Septante disent : Un cerf d'amitié et un poulain de tes grûces s'unisse à toi ; la tienne te conduise et soit toujours avec . toi, car en conversant dans son amitié^ tu seras distingué [!). — En disant careuts, nous changeons une voyelle. L'hébreu met : les mamelles.

^ Les images de l'original ne peuvent se rendre à la lettre. Nous nous servons bien du mot enivrée au figuré, mais nous n'oserions continuer et dire aussi : chanceler comme un homme ivre, quand il s agit de la passion.

^» Litt. : il pèse toutes ses ornit'^res.

Le criminel se prend dans les filets de ses fautes, et dans les lacs de son péché il est retenu.

Il périt, lui, faute de discipline, il se perd par excès de folie*.

* Mon lils, si tu as cautionné ton ami,

si tu as répondu pour un autre ', T' engageant par les paroles de ta bouche,

te laissant prendre par les paroles de sa bouche — Fais ceci, mon fils, et te dégage :

car tu t'es livré à l'autre.

Va, trépigne', et le presse,

ne donne point de sommeil à tes yeux,

ni de repos à tes paupières !

Dégage-toi, comme la gazelle du piégc,

comme l'oiseau de la main de l'oiseieur !

* Va voir la fourmi, paresseux I

regarde ses allures et deviens sage !

Elle n'a point de chef,

point de prévôt ni de gouverneur; Et elle prépare en été son pain,

lors de la moisson elle amasse sa pâture^. Jusqu'à quand, paresseux, resteras -tu couché?

quand te lèveras-tu de ton assoupissement ?

^ Les Septante : Il meurt avec les indisciplinés, il est arraché à ses grands biens et périt à cause de sa folie.

^Litt. : si tu as frappé de ta main dans celle d'un autre. — Le conseil très-prudent, mais peu charitable, de ne jamais se porter caution pour un autre, revient plus d'une fois dans ce livre. D'après le contexte. Vautre doit être le même que Vamt, le véritable débiteur, et non le créancier, que d'autres y trouvent en traduisant : à un étranger.

8 Sens douteux. D'autres traduisent : jette-toi à ses pieds (avec instance] pour qu'il paie et te libère ainsi. D'autres encore pensent que l'auteur donne le conseil de payer soi-même au plus vite, pour en finir, et que ce qui est dit du manque de sommeil, s'applique au travail qu'on aurait à entreprendre pour avoir de quoi satisfaire le créancier !

** Les Grecs ajoutent : Ou va chez l'abeille, apprends comme elle est ouvrière, comment elle fait sa besogne comme chose noble. Hois et particuliers utilisent ses travaux pour leur santé ; tout le monde l'aime et la loue ; toute faible qu'elle est, elle est estimée pour sa sagesse.

«Un pea dormir, un peu sommeiller, un peu croiser les bras au lit!»

Et la pauvreté va t' arriver comme un vagabond, et la misère comme un homme armé'.

** C'est un homme vil, un scélérat,

celui qui a la fausseté dans la bouche,

clignant des yeux, parlant des pieds, faisant signe des doigts. La fourberie est dans son cœur,

il médite le mal en tout temps

et sème la discorde.

Aussi sa ruine viendra-t-elle soudain,

dans un instant il sera brisé sans guérison possible ^

*^11 y a six choses que TÉternel déteste, et sept lui sont en abomination^ :

Des yeux hautains, une langue mensongère, des mains qui versent le sang innocent, un cœur qui forge des desseins criminels, des pieds qui se hâtent de courir au mal, un faux témoin qui débite des mensonges, et Thomme qui jette la discorde parmi des frères*.

^ Lo vagabond est le drôle qui, n'ayant pas de moyen d'existence, devient voleur d'occasion ; Thommo armé est celui qui peut prendre de force. L'un et l'autre sont ici les représentants d'une puissance hostile. — Les Grecs ajoutent : si ta étais actif, ta récolte serait abondante comme une source, et l'indigence te fuirait comme on lâche.

^ Ce passage est dirigé contre la duplicité et la méchanceté cachée et hargneuse qui trouble la paix sociale sans s'exposer directement. Parler des pieds, est une métaphore très-hardie qui rappelle des gestes presque imperceptibles au moyen desquels des gens mal intentionnés se font signe pour tromper un tiers. Au lieu de semer la discorde, l'original dit : jeter.

3 Sur cette forme particulière du parallélisme, qui ajotite une unité au premi^ nombre, ou plutôt qui, dans une première ligne, ôtc une unité du nombre qu'on veut réellement exprimer, voyez Araos, cliap. I, 11. — D'autres exemples se trouvent au chap. XXX.

■* C'est ce dernier méfait qui, aux yeux de l'autour, doit Ctre signalé comme aussi détestable que les autres, bien que d'ordiuaire on le tolère facilemout. Le septième et dernier est ainsi l'objet de la pointe de cette épigrammc.

*® Garde, mon fils, les précoptes de ton père,

et ne néglige pas les leçons de ta mëre. Attache-les sur ton cœur perpétuellement,

suspends-les à ton cou^ Quand tu te promènes, qu'ils te conduisent,

quand tu te couches, qu'ils te gardent,

quand tu te réveilles, qu'ils causent avec toi ^ ! Car le précepte est un flambeau,

et rinstructiou une lumière,

et les remontrances conduisent à la vie. Elles servent à te préserver de la séductrice,

de la langue doucereuse de la femme adultère^. Ne convoite pas sa beauté dans ton cœur,

et ne te laisse pas captiver par ses clignements *. Car pour une coquette on finit par arriver à la miche de pain,

et la femme d'autrui guette une vie précieuse *. Peut-on mettre du feu dans son sein

sans que les habits soient consumés?

Peut-on marcher sur la braise

sans que les pieds soient brûlés ?

C'est le cas de celui qui court après la femme d'un autre :

quiconque y touche en portera la peine. On ne laisse pas impuni^ le voleur quand il dérobe,

pour assouvir son appétit quand il a faim;

^ Chap. III^ 3. — En hébreu, les pronoms sont au pluriel comme dans notre traduction, tandis qu'au v. 22 le sujet est au singulier. Cela pourrait bien faire penser que le verset est d'origine étrangère et emprunté au passage cité. Pour effacer cet inconvénient, nous continuons au pluriel.

^ Le commandement du père et Tinstruction de la mère sont une espèce de société dont le fib ne doit jamais se séparer.

3 Comp. les passages chap. II. 16 et V, 3 ss. — Le fait que notre livre signale toujours le danger du côté du jeune homme risquant d'être séduit, s'explique par les moBurs orientales, où les hommes ne trouvent d'accès auprès des femmes mariées qu'autant que celles-ci font le premier pas.

^ Litt. : ses paupières.

^ On a voulu voir ici une antithèse entre la ûllc publique qui se contente d'un faible salaire, et la femme mariée pour laquelle on expose sa vie. Ce serait la morale de la satyre d'Horace. Mais ici, il est tout aussi peu question de la prostitution vulgaire que dans les textes précédents. Il n'y a pas d'antithèse. La miche de pain, c'est la misère. En disant une coquette^ nous affaiblissons le sens de l'original.

0 Sens douteux. Le verbe signiGe ordinairement : mépriser. Il parait que l'auteur veut dire : l'adultère est un crime plus grand que le vol, pour lequel il peut y avoir des circonstances atténuantes.

176 PROVERBES VI, 31-35. VU, i-*;*

S'il est attrapé, il paie le septuple',

d lit-il y mettre tout l'avoir de sa famille. Celui qui commet un adultère est un insensé;

s'il veut se perdre, il fera cela'*.

11 trouve des coups et l'ignominie,

et sa honte ne s'efface plus.

Quand la colère du mari est enflammée %

il n'aura pas de pitié au moment de la vengeance. Il n'aura égard à aucune rançon :

dusses-tu offrir maint cadeau, il n'en voudra point.

' Mon fils, garde mes paroles,

et retiens mes préceptes par devers toi * I Observe mes préceptes et tu vivras,

garde mon enseignement comme la prunelle de tes yeux! Attache-les à tes doigts^

inscris-les sur les tablettes de ton cœur I Dis à la sagesse : Tu es ma sœur !

et appelle la prudence ta bonne amie ^ : Pour te mettre en garde contre la femme adultère,

contre l'infidèle aux paroles doucereuses. Car à la fenêtre de ma maison ^,

à travers mes pcrsienncs je regardais.

Et je vis, parmis les étourdis,

je remarquai purmi les jeunes gens un gar<;on imprudent.

' La loi n'en demandait pas autant (Exod. XXI, 37; XXII, 1 soiv.). L'auteur exagère à dessein, pour dire que le voleur peut toujours se tirer d'affaire, môme au prix d un grand sacrifice ; l'adultère , au contraire, ne se rançonne pas à si bon marché : on dirait qu'il veut se suicider.

^ Il n'est pas question ici de motifs religieux ou moraux, comme la suite le prouve. Il s'agit de périls tout matériels, dans le cas de la découverte.

3 Le texte, tel qu'il est ponctué, se traduit ordinairement : la jalousie est la fureur du mari. Notre traduction s'accorde mieux avec le grec et rien n empêche de prendre le premier mot du vers pour un verbe.

"^ Les Grecs ajoutent : Mon fils honore le Seigneur et tu seras fort ; ne crams nul autre que lui.

*"' Ces tendres noms doivent ùtrc réservés pour des liaisons et des passions plus nobles que celles qui perdent la jeunesse. Pour la suite, comp. les chapitres précédents.

^ Pour rendre ses conseils plus pressants, l'auteur les revêt des formes de la narration. Il en a ru des excm])les !

Il passait dans la rue près de son coin,

il s'avançait dans la direction de sa maison S Dans le crépuscule, au déclin du jour,

au fort de la nuit, dans Tobscurité.

Voilà qu'une femme vient à sa rencontre,

costume de courtisane, et le cœur en garde ^ Elle est bruyante et effrénée;

ses pieds refusent de rester à la maison. Tantôt dans la rue^ tantôt sur les places,

elle était aux aguets a chaque coin'.

Et elle le saisit et Tembrasse,

D'un visage effronté elle lui dit :

Je devais un sacrifice d'actions de grâces :

aujourd'hui même j'ai payé mes vœux^.

C'est pourquoi je suis sortie à ta rencontre,

pour chercher ta face, et je t'ai trouvé. De coussins j'ai fait mon lit^,

de tapis de fil d'Egypte; J'ai parfqmé ma couche

de myrrhe, d'aloës et de canelle.

Viens I enivrons-nous de caresses jusqu'au matin,

égayons-nous des joies de l'amour I Car mon mari n'est pas à la maison,

il est allé en voyage, fort loin ;

1 Son coin, sa maison, est équivoque en français, le genre du pronom se réglant sur celui de la chose ; en hébreu, il est déterminé par la personne, et nous savons donc qu'on veut parler de la maison de la femme. L'intelligence entre les deux est supposée antérieure et il s'agit d'un rendez- vous dont le spectateur est témoin. Le crépuscule et le fort de la nuit, ne sont pas la même chose. Cela prouve qu'il ne s'agit pas d'un fait, mais d'un tableau.

^Ces derniers mots sont fort incertains. Les Grecs mettent: elle fait sauter le cœur des jeunes gens. Les modernes essaient toutes sortes de traductions. La nôtre exprime l'idée qu'elle est maîtresse d'elle-même (tandis que le Jeune homme ne l'est plus).

3 Encore ici le point de vue de la parabole est un peu changé. Il ne s'agit plus d'un rendez- vous donné, mais d'une femme qui cherche aventure.

^En stjle moderne, ce serait tout simplement : j'ai préparé un festin.

& Il ne faut pas traduire : de couvertures j'ai couvert, etc. Le lit ne consistait qu en tapis et matelas, sans bois. Elle le vante pour sa mollesse. Il est également faux de prendre ce qui est dit des parfums dans le sens de notre eau de Cologne qu'on répandrait sur un linge. Il s'agit de substances brûlées sur un brasier au-dessus duquel on agite ou passe un drap.

N. T. 3* part. 'l2

Il a pris avec lui la bourse avec l'argent,

il ne rentrera au logis qu'il la pleine lune. Elle le séduisit par son babil prolongé,

par les flatteries de ses lèvres elle T entraîna. II va la suivre tout à coup,

comme le bœuf qui va à la boucherie.

Mais rimprudent s'irrite contre le bon conseil \

jusqu'à ce qu'une flèche lui perce le cœur. Tel l'oiseau court aux lacets^

sans savoir qu'il y va de sa vie.

Or donc, jeunes gens, écoutez-moi,

et prêtez l'oreille aux paroles de ma bouche. Que votre cœur n'incline pas vers ses voies;

ne vous égarez pas sur ses sentiers.

Car il y en a beaucoup qu'elle a blessés à mort,

et elle a fait une masse de victimes^. Sa maison est le chemin du S'eôl,

qui conduit aux chambres de la mort.

* Voyez, la Sagesse vous appelle ',

la Raison fait entendre sa voix.

Elle se place le plus haut qu'elle peut,

sur la route où les sentiers se croisent. A côté des portes, devant la ville,

à l'entrée des avenues clic s'écrie :

«C'est à vous, hommes, que je prêche,

et ma voix s'adresse aux mortels.

^ Cette ligne fait le désespoir des interprètes. Ceux qui s'obstinent à conserver le texte reçu, traduisent, tout en changeant quelques voyelles : et comme le fou va aux ceps ; ou quelque chose d'analogue. D'autres y voient un cerf qui est enchaîné ; les Grecs ont un chien et un cerf, ce dernier frappé au cœur. Tout cela prouve <{ue le texte est corrompu et que chacun le lisait autrement. Nous no supprimons qu'une seule lettre et les distiques sont parfaits : au v. 23, au lieu de ce mot : ick'ks [ouke'éket, et comme une chaînette), nous lisons : ick's {icckaas, et il s'irrite}. Avec ce seul changement tout est clair.

^ Slle,.., , évidemment ce n'est plus l'individualité de la précédente parabole, c'est le ffenre du v. 5.

•* La sagesse c^;t ici personnifiée et par cehi mOmc opposée ù lu personne décrite dans le chapitre précédent. C'est entre ces doux nioitrcsses que le jeuno homme doit choisir. La forme interrogutivo de l'original est un idiotisme très-fréquent, destiné ù exprimer ruilinnution poremptoire. — Lu Huito du tuhicau représente la Sagesse comme prêchant partout où elle peut tjc faire LMitendrc par beaucoup de monde.

PROVERBES Vin, 5-17. 179

Vous, gens simples, apprenez la prudence,

et vous, insensés, apprenez le bon sens! Écoutez ! car ce que je dis, c'est chose excellente ;

ce qui tombe de mes lèvres est honnête. C'est la vérité que prononce ma bouche,

et mes lèvres ont horreur du mal.

Toutes mes paroles sont dictées par la justice,

rien en elles n'est faux ni trompeur.

Toutes elles sont sincères pour qui les comprend,

et droites pour ceux qui sont arrivés à la science ^ Prenez mes avis plutôt que de l'argent,

et le savoir plutôt que l'or fin.

Car la sagesse vaut mieux que des perles,

et ce qu'il y a de plus précieux ne la vaut point.

"Moi, la Sagesse, je demeure avec la prudence*,

et je sais trouver les bons conseils.

Craindre l'Étemel I haïr le mal !

orgueil, arrogance, méchanceté, tromperie, je les déteste ^. A moi appartient le conseil et la réflexion;

moi j'ai l'intelligence, à moi est la force. C'est par moi que régnent les rois,

et que les chefs décident avec justice*. C'est par moi que les princes gouvernent,

les nobles, et tous ceux qui ont pouvoir sur la terre. J'aime ceux qui m'aiment^,

et ceux qui me recherchent me trouvent.

1 Par toutes ces phrases, un peu traînantes et décolorées sans doute^ on voit qu'il s'agit toujours de la sagesse pratique qui se manifeste dans la conduite morale. — Le savoir, la science, n'est pas l'érudition, mais l'art de se diriger.

2 Ou : dans la prudence, comme si celle-ci était le milieu dans lequel demeure la sagesse. Cependant on peut s'en tenir à l'idée générale du voisinage. La prudence est Tane des qualités par lesquelles se manifeste le principe de la sagesse.

3 Ce distique est autrement rendu dans les versions vulgaires. On joint ensemble les deux éléments du premier vers : Craindre Dieu, c^est haïr le mal. Nous n'y voyons que l'énoncé d'un principe par voie d'exclamation impérative.

4 Sans sagesse, point de gouvernement qui mérite ce nom. Comp. le premier chapitre du livre de la Sapience.

^ Le texte hébreu dit : ceux qui /'aiment ; la sagesse personnifiée parle de la sagesse, qualité humaine, comme d'une chose distincte.

180 PROVERBES Vlll, 18-27.

Auprès de moi sont la richesse et l'honneur^

i^abondance durable et la justice ^ Ce que je rapporte vaut mieux qu'or et bijoux,

ce que je procure vaut plus que l'argent le plus lin. Je marche dans la voie de la justice,

au milieu des sentiers du droit.

J'ai de quoi enrichir ceux qui m'aiment,

et je sais remplir leurs greniers*.

" L'Éternel me créa comme début de ses actes,

avant ses œuvres, autrefois ^ J'ai été formée avant les siècles,

dès le commencement, dès les origines de la terre. Il n'y avait point d'océan quand je naquis,

point de sources aux eaux abondantes.

Avant que les montagnes fussent fondées,

avant les collines, je suis née, Avant qu'il eut fait la terre et les steppes,

et le commencement des mottes du sol.

J'étais là quand il disposa les cieux,

quand il traça un cercle sur l'océan *,

' La justice pourrait bien être ici uuu celle qu ou exerce, mais celle qu'on reçoit (chap. XXI, 21).

^ On traduit aussi : afin d'enrichir ceux qui m'aiment, de biens, etc. Après ce distique les Septante intercalent le suivant : En vous annonçant ce qui arrive chaque Jour, je pense aussi h conter le passé. Cela doit faire la transition à ce qui va être dit de la part que la Sagesse prit à la création.

^ Le morceau qu'on va lire est célèbre, parce que la personnification de la sagesse, telle qu'elle se présente dans ce texte, a été considérée par la théologie comme une thèse dogmatique. On y a vu autre chose qu'une forme poétique ; savoir, un être réellement distinct de Dieu, mais participant à sa nature, On a été amené à combiner cette idée avec celle du Verbe, nommé ailleurs, et surtout dans le Nouveau Testament, et notre passage est devenu ainsi un argument en faveur du dogme trinitaire. Quelle qu'ait été l'intention propre de l'auteur, il est certain que déjà avant l'ère chrétienne lu spéculation juive s'est emparée de cette idée et en a fait la base d'un système qui n'a pas été sans influence sur les conceptions des théologiens de l'Église. On remarquera cependant qu'il ne s'agit pas ici do co-éternité, mais do création. Avant la création du monde, Dieu crt^a son instrument. Une variante, qui a été sans doute introduite dans le texte grec par un lecteur chrétien, a changé le mot créa en posséda.

** Ce vers est diversement compris. On a proposé de traduire : au-dessus de l'océan, comme s'il s'agissait dos eaux supérieures, contenues dans les réservoirs du ciel au-dessus du lirmamcnt. Vovez notre commentaire sur le passage parallèle Job XXVI, 10. Les Septante mcltoiit : lorsqu'il établit sou trône sur les vents.

Quand il condensa les nuages en haut,

quand les sources de l'océan s'y précipitèrent,

Qua/id il posa ses bornes à la mer^

pour que les eaux n'en pussent franchir le bord, quand il traça les fondements de la terre ' —

Moi, j'étais à ses côtés comme son ouvrière ', j'étais toute joyeuse jour par jour, je m'égayais devant lui en tout temps.

Je jouais sur le sol fertile de sa terre, et ma joie, c'étaient les hommes '.

^^ Et maintenant, mes fils, écoutez-moi !

Heureux ceux qui gardent mes voies !

Écoutez mes avis, soyez sages,

et ne les rejetez pas * !

Heureux l'homme qui m'écoute,

veillant à mes portes jour pour jour,

gardant le seuil de ma maison^.

Car quiconque me trouve, a trouvé la vie,

et obtient la faveur de l'Éternel ; Et celui qui me manque' fait tort à lui-même;

ceux qui me haïssent aiment la mort^.»

1 Le vers paraît incomplet, la d"* ligne est sans parallèle. Dans la plupart des éditions des Septante ce sont au contraire les deux premières qui manquent.

* Traduction des anciens. La sagesse est l'architecte de l'univers, le démiurge de la philosophie. Les modernes, égarés par ce qui suit, en ont fait un nourrisson, l'enfant chéri de Dieu.

3 L'auteur ne veut vas dire que la sagesse faisait les délices de Dieu, comme on le lui fait dire quelquefois. Le parallélisme fait voir que c'est la Sagesse elle-même qui est joyeuse ; elle est contente de son œuvre (Gen. I, 31). C'est une manière poétique de dire que celle-ci était parfaite.

4 Ce distique manque dans le grec.

^ Litt. : les poteaux de mes portes. La sagesse est censée habiter une maison où les hommes qui la recherchent font antichambre.

^ C'est-à-dire qui ne sait me trouver. On traduit à tort : Celui qui m'offense.

"^ Aimer la mort, est chose contraire à la nature ; haîr la sagesse, est donc l'extrême sottise.

^ La Sagesse a bâti sa maison,

elle a taillé ses sept colonnes.

Elle a préparé ses viandes, mélangé son vin ;

déjà elle a dressé sa table.

Elle envoie ses servantes et fait proclamer

sur les places élevées de la ville * : cQue celui qui est ignorant se rende ici!»

A celui qui manque d'esprit, elle dit : «Venez manger de mon pain

et boire du vin que j'ai mélangé !

Quittez la sottise pour que vous viviez,

et marchez droit dans la voie de Tintelligencc ! >

Qui reprend un moqueur n'en retire que la honte, et qui réprimande un méchant, risque un aiïront.

Ne réprimande pas le moqueur, de peur qu'il ne te haïsse, réprimande l'homme sensé et il t'aimera.

Donne à qui est sensé, il le sera davantage; instruis le juste, il augmentera son savoir ^

*®Le commencement de la sagesse, c'est la crainte de l'Étemel, et la connaissance du Très-Saint^ voilà rintelligcncc ^.

Car c'est par moi que tes jours se multiplient, et que des années s'ajoutent à ta vie *,

^ La Sagesse est encore personnifiée. Ses exhortations sont données ici sous la figure allégorique de Tinvitation à un festin. Elle est riche (chap. VIII, 18), elle habite une belle maison, construite à la façon orientale, avec une cour intérieure et des galeries au premier étage, donnant sur cotte cour et supportées par 7 colonnes, dont 4 aux angles et 3 entre celles-ci, la 8" place étant occupée par la porte d'entrée.

^ Ces trois distiques (ainsi que celui qui suit immédiatement) ne se lient pas bien à ce qui précède et paraissent interrompre le discours de la Sagesse, lequel se continue plus loin au y. 11. Mais le décousu en lui-même n'est pas une preuve incontestable d'inauthenticité, et l'on pourrait dire que l'auteur, oubliant un moment qu'il veut faire parler la Sagesse, prend la parole à son tour pour dire incidemment qu'il ne s'adresse qu'aux gens sensés, la peine qu'on prendrait avec les autres étant perdue et mal payée. Après tout, ces paroles peuvent à la rigueur ôtre également mises dans la bouche de la Sagesse. Le woqunir et Yignorant sont deux sortes de gens qu*il ne faut pas confondre.

3 Chap. I, 7. — La traduction vulgaire : La science des saints, c'est la prudence, méconnaît complètement le parallélisme. — Les Septante ajoutent encore : Connaître lu loi, est bonne inU'Uigeuce. Cependant cela paraît simplement ôlre une seconde version du deuxième vers.

** La prolongation de la vie est la somme do toute espèce de bonheur. C'est donc l'amour de soi-même qui devrait porter les hommes vers la sagesse.

Si ta es sage, tu Tes à ton profit,

si tu es moqueur^ toi seul tu en pâtiras *

" Dame Folie est turbulente * ;

elle est sotte et ne sait rien.

Elle s'assied à la porte de sa maison,

sur un siége^ au haut de la ville, Pour faire appel aux passants,

à ceux qui suivent le droit chemin.

cQue celui qui est ignorant se rende ici ' !»

et à celui qui manque d'esprit elle dit : cL'eau dérobée est bien douce,

et le pain mangé en cachette est délicieux^!» Et il ne voit pas que c'est le lieu des morts>

et que ses invités sont déjà au fond du S'eôP.

1 Ici les Grecs ajoutent : Celui qui se fie au mensonge se nourrit de vent, il court après des oiseaux qui s'envolent; il quitte le chemin de son vignoble, et s'égare loin de son champ, traverse un désert aride, une terre desséchée, et récolte la stérilité.

^ Tableau qui fait pendant au précédent. Il y a quelques traits de ressemblance entre ce portrait et celui de la femme adultère. Elles sont séductrices toutes les deux.

8 Le discours est le même que celui de la Sagesse ; ce sont les mêmes promesses, mais la suite fait voir la différence des intentions, des principes et des résultats.

*ARien n'empêche* de voir ici avant tout une allusion à ce qui a fait le sujet du chap. V, etc.

^ Chap. II, 18. La demeure de la Folie est à vrai dire le vestibule du tombeau. La mort peut être prise ici à la fois dans le sens physique et moral.

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