‹ La Bible (volume 3)Chapitre 47 sur 84 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

De grandes et belles cboses nous ayant été données par la loi et les prophètes, ainsi que par ceux qui les ont suivis \ à propos desquelles il y a lieu de vanter Israël pour son instruction et sa sagesse, il ne faut pas seulement que ceux qui peuvent les lire ^ s'y instruisent, mais ceux qui s'appliquent aux études peuvent se rendre utiles aux gens du dehors, tant par la parole que par TÉcriture ^ Mon grandpère Jésus^ qui s'était beaucoup adonné à la lecture de la loi et des prophètes et des autres livres de nos pères, et qui s'y était acquis une assez grande habileté, fut amené à composer lui-même quelque chose qui se rapportât à Tinstruction et à la sagesse, pour que des personnes désireuses d'apprendre^ en s'en occupant à leur tour, pussent faire des progrès dans une vie conforme à la loi.

^ Ce passage prouve que les deux premières parties du recueil canonique étaient déjà complètes et désignées par les termes qui leur sont restés. Il y avait bien d'autres livres encore, qui dataient d'une époque antérieure, et qui étaient estimés pour cela (voir plus bas), mais ils ne formaient pas encore une collection close, sous un nom officiel.

^ Dans l'original hébreu.

S Ces phrases sont obscures dans le texte grec par suite de leur longueur ; elles se rapportent évidemment à deux choses : elles parlent du livre hébreu de Jésus et du travail de son traducteur qui veut se rendre utile aux Juifs du dehors (hellénistes] . Nous avons cherché a les rendre intelligibles en retranchant une conjonction.

350 l'ecclésiastique .

Je vous prie donc de lire cet ouvrage avec bienveillance et attention, et d'user d'indulgence si par hasard il vous devait sembler que^ tout en m'clTorçant de bien traduire , j'ai quelquefois imparfaitement rendu le sens du texte. Car un texte hébreu, traduit dans une autre langue, conserve difQcilement sa couleur native. Et ce n'est pas seulement le cas pour un écrit comme celui-ci ; la loi ellemême et les prophètes et les autres livres ne sont pas peu différents quand on les lit dans l'originaP. Car étant arrivé en Egypte, dans la trente-huitième année, sous le roi Ëvergète^ et y ayant séjourné quelque temps, je constatai une différence notable quant à rinstruction ^, et je crus très-nécessaire de mettre quelque zèle et quelque peine à traduire le présent livre. J'y ai donc consacré beaucoup de veilles et de soins, dans l'espace d'un certain temps, à l'effet d'achever mon travail et de publier ce livre, au profit de ceux qui, établis à l'étranger, aiment les études et désirent régler leur vie sur les préceptes moraux de la loi.

I On voit par co passage que du temps du traducteur on possédait déjà une tradactioD, non seulement des deux recueils canoniques, loi et prophètes, mais encore de quelques autres ouvrages qui devinrent le noyau du troisième. Le petit-fils de rauteuri pendant son séjour en Egypte, s'était familiarisé avec cette traduction, et avait pa se convaincre de son imperfection.

^ L'auteur parle d'une différence entre l'Egypte helléniste et la Palestine hébralsante; mais on ne voit pas clairement s'il veut parler de la culture intellectuelle, oa dei tendances de l'enseignement.

* Toute sagesse vient du Seigneur ;

et est avec lui à tout jamais *.

Qui compterait le sable de la mer^

les gouttes de la pluie ou les jours passés ? Qui mesurerait la hauteur du ciel, l'étendue de la terre ?

qui sonderait Tabime et la sagesse ^ ? La sagesse a été créée avant toutes choses,

La raison intelligente a existé de tout temps'. [La parole du Dieu Très-Haut est la source de toute sagesse^

et les commandements éternels en indiquent les voies*,] La racine de la sagesse, à qui a-t-elle été révélée,

et qui a compris ses desseins cachés ^ ?

^ Elle a toujours été avec lui, avant le monde. [Vulg,]

d Le sens est clair. Tout aussi peu qu'un mortel pourrait faire les différentes choses mentionnées comme impossibles, tout aussi peu il arrivera à avoir la mesure de la Mgesse de Dieu. Pour meturer et sonder, il n^ a qu'un seul verbe dans le texte. A la sagesse, la Vulgate ajoute cette qualification : laquelle précède toutes cboses.

' La raison intelligente, litt. : la raison de Tintelligence, ou : Tintelligence de la

raison. Il s'agit en tout cas de celle de Dieu. Elle est personnifiée ici^ comme dans le

passage des Proverbes, Vlll, 22 ; et parce que son existence est constatée déjà

par l'œuvre de la création, elle est nommée la première créature de Dieu, Tinstrument de la création de toutes les autres.

^ Addition de quelques manuscrits et de la traduction latine. La parole de Dieu, ce sont ses commandements révélés, comme le dit le parallélisme, et non pas le Verbe de la métaphysique chrétienne. Ce verset interrompt le contexte de Toriginal, car il parle de la sagesse de l'homme .

^ La racine^ la source, l'origine de la sagesse, c'est Dieu lui-même, d'après ce qui précède, et l'auteur a voulu dire qu'il ne se donne ni ne se révèle pas entièrement, que personne n'épuisera le trésor de sa sagesse. Les desseins cachés , litt. : les artifices (dans le bon sens du mot), les conseils et les moyens de Dieu (Rom. XI, 83). Dans le texte latin, il suit ici une seconde traduction du même verset, qui ne se distingue de la première que par le choix des expressions.

352 l'ecclésiastique i, 6-12. (7-i6).

Un seul est sage et infiniment redoutable,

celui qui siégu sur le trône^ le Seigneur'.

C'est lui qui la créa, la vit et la* dénombra, et qui la répandit sur toutes ses œuvres ,

Sur tous les mortels^ selon sa libéralité^ et la départit à ceux qui Taiment'.

^La crainte du Seigneur est une gloire et un hoDDenr,

un sujet de joie, une couronne d'allégresse. La crainte du Seigneur réjouit le cœur,

elle procure la joie, le contentement et une longue vie. Qui craint Dieu sera finalement heureux,

au jour de sa mort il sera béni '.

[L'amour de Dieu est une sagesse louable;

ceux à qui elle est apparue Paimenl,

aussitôt quHls Vont vue

et qu'ils ont eu connaissance de ses merveilles*.]

*^ Le commencement de la sagesse c^est de craindre Dieu ; avec les fidèles elle est créée dans le sein materneP.

1 Cette phrase a été surchargée d'épithètes dans les traductions. L'auteur j signile un autre attribut do la divinité, en l'appelant redoutable : elle allie la puissance k It sagesse.

2 Dans le premier de ces quatre vers, Tauteur a évidemment copié le panege dn livre de Job XXVIII, 27, et le traducteur a mal à propos traduit par déMmknr, le verbe hébreu qui devait se rendre par : annoncer, faire connaître, manifester. Bn efielf la divine sagesse se révèle dans toute la création, et les hommes pouvaient bien êfen nommés ici à part ; mais elle se communique essentiellement a ceux qui ont reça une révélation spéciale, les hommes pieux, le peuple de Dieu. La Vulgate ajoute : (il k créa] pur le Saint-Esprit.

3 Après avoir exalté la sagesse comme attribut de Dieu, l'auteur passe à l'éloga de la sagesse comme qualité de l'homme. La transition se fait d'autant plus naturellement que la vraie sagesse humaine est religieuse. Le texte n'a pas besoin de commentaire après les nombreux passages parallèles des Proverbes, Il faut seulement se garder d^ chercher plus que Tauteur n'a voulu y mettre, notamment il ne s'agit pas de l'immortalité de Tûme, ni de la résurrection des corps. Une vie longue et heureuse, UM mort tranquille et sans regrets, voilà tout ce qu'il demande et ce qu'il ose espérer et promettre .

^ Ces lignes ne se trouvent quo dans le texte latin et représentent un texte grec probablement mal compris. Dans la promicro ligne, le sujet est l'amour de Dieu ; dans les autres, les sujets changent et le tout semble bien décousu.

^ Il faut mettre l'accent sur les fidèles ; c'est chez eux qu'on trouvera toujours cette vraie sagesse ; c'est comme si c'était leur nature.

l'ecclésiastique I, 13-19 (17-27). 353

Elle s'est fait un nid chez les hommes, une demeure éternelle,

avec leur race elle reste d'une manière durable*. \La crainte du Seigneur est la sanctification de la science ;

cette sanctification garde le cœur et le rend juste ;

elle donne la satisfaction et la joie.

Qui craint le Seigneur sera heureux^

et au jour de sa mort il sera béni^.] C'est le comble de la sagesse que de craindre Dieu,

elle rassasie' les hommes de ses fruits. Elle remplit sa maison de choses désirables

et ses greniers de ses produits*.

La crainte du Seigneur est la couronne de la sagesse ;

elle fait fleurir le bonheur et la santé. Il la vit et la dénombra \

[tous les deux sont des dons de Dieu,] Elle * répand en abondance la science et l'intelligence,

elle exalte la gloire de ceux qui s'y attachent. La racine de la sagesse, c'est de craindre le Seigneur :

ses rejetons, c'est une longue vie ^.

[L'intelligence est dans les trésors de la sagesse;

ainsi que la sanctification de la science. Les méchants l'ont en exécration^

mais la crainte du Seigneur chasse le péché ^.]

1 Les hommes sont ici naturellement les pieux, les adorateurs du vrai Dieu. Il serait possible que l'image du nid fût le résultat d'uue méprise du traducteur ou d'une variante de l'hébreu (çinnén pour konén). Il faudrait traduire alors : elle a fondé. — Le texte letin dit, au lieu de ce distique : Elle marche avec les femmes élues, elle se fait connaître chez les justes et les fidèles. Il est difficile de dire d*où vient une traduction •iiBsi étrangère à notre texte grec. On est tenté de croire qu'il y a là (en partie du moins) une ridicule bévue {feminis pour seminis).

' Ces lignes sont étrangères au texte grec^ et en partie la simple reproduction d'un passage précédent.

' Litt. : elle enivre.

^ La maison de la sagesse^ c'est bien celle de l'homme sage.

^ Voyez la note 2 de la page précédente. Comme ce vers est isolé, et de plus une répétition tout à fait oiseuse, on est tenté de le biffer comme non authentique. Le vers suivant manque dans le grec et ne se rattache pas bien au contexte (tous les deux : le bonheur et la santé f ou la sagesse et ses fruits ?) ; autrement on pourrait y voir ce qui manque au grec.

0 En mettant S lie, nous rattachons ce distique à l'avant-demier, en supposant que le précédent doit être bififé entièrement. Autrement il faudrait mettre : Il répand, etc., ce qui va moins bien.

'^ Ci-dessus v. 5. 10,12 (grec).

9 Addition du latin.

A. T. 6« part. 23

354 l'ecclésiastique i , 20-30 (28-38).

'® L'eiûportement injuste est coupable * ;

rémotion de la colère conduit à la ruiue. L'homme patient se résigne pour un temps ;

à la fin il lui en revient de la joie. Pour un temps il contient ses paroles,

et la bouche de plusieurs louera sa prudence.

^^Dans les trésors de la sagesse il y a une règle de conduite', mais le méchant a la piété en exécration.

Si tu désires la sagesse, observe les commandements, et le Seigneur te la départira.

La crainte du Seigneur, voilà la sagesse et Vinstruction ; ce qui lui plait, c'est la fidélité et l'humilité.'

^^Nc sois pas rebelle à la crainte du Seigneur,

et ne t'approche pas de lui avec un cœur indécis ^, Ne sois pas hypocrite devant les hommes',

et prends garde à tes lèvres.

Ne t'élève pas toi-même *, de peur de tomber,

et d'amener sur toi le déshonneur; Quand le Seigneur révélerait tes secrets,

et te confondrait publiquement ', Parce que tu ne te seras pas appliqué à la crainte du Seigneur,

et que ton cœur aura .été plein de fraude.

^ Litt. : ne peut être absous (par le juge) ; en d'autres termes : rhomme qui s'emporte a tort et prouve qu'il n'est pas sage. Ces distiques sont destinés à introduire vn exemple spécial de sagesse pratique.

^ Litt. : Une parabole de science. La parabole (massai) est mise en hébrea pour l'instruction en général, quand elle est formulée d'une manière brève, pittoresque et incisive. Les tnfsors, sont la place où Ton conserve soit des valeurs, soit des pro* visions.

3 La Vulgate ajoute : et il remplira ses trésors ; ce qui doit signifier probtUenMiit que Dieu donnera amplement à qui est fidèle et bumble. Mais le seul fait que oetto ligne est isolée fait voir déjà qu'elle doit être retranchée.

^ Litt. : double, partagé entre la crainte de Dieu et les désirs mondains.

^ Le grec dît : dans la bouche des hommes, comme s'il s'agissait da jugement des

autres. La Vulgate dit : en présence des hommes. Cette leçon {bpnj pour bpj) nous semble de tout point préférable.

^ Le latin dit : Sois attentif ù tes paroles. Mais il est évidemment question jusqu'au bout do Thypocrisic, c'est-à-dire du désir des hommes de paraître meilleurs qu'ils ne le sont.

'' Litt. : en présence de la communauté.

l'ecclésiastique II, 1-9 (1-11). 355

* Mon fils, si tu veux l'appliquer à servir Dieu,

[persiste dans la jus lice et dans la crainte *]

prépare-toi à subir des épreuves '.

Dirige bien* ton cœur et persévère,

[incline ton oreille et accepte les paroles sensées]

et ne te laisse pas effrayer* au moment du malheur.

[supporte patiemment les dispensations de Dieu.] Attache-toi à lui et ne t'en sépare point;

afin de grandir^ finalement.

Accepte tout ce qui pourra t'arriver,

[patiente- toi dans la douleur]

et prends patience dans les vicissitudes qui t'affligent. Car c'est dans le feu qu'est éprouvé l'or [et l'argent],

et les hommes que Dieu agrée le sont dans la fournaise Confie-toi en lui et il te soutiendra, [de l'affliction.

dirige-bien tes voies et espère en lui. [Dans la maladie et dans la pauvreté mets en lui ta confiance,

ne cesse de le craindre ta vie durant^,]

^Vous qui craignez le Seigneur^ attendez sa miséricorde,

et ne déviez pas^, de peur de tomber.

Vous qui craignez le Seigneur, confiez-vous en lui,

et votre récompense ne vous fera pas défaut. Vous qui craignez le Seigneur, espérez le bien-être,

et une joie durable, et sa miséricorde. [Vous qui craignez le Seigneur, aimez-le,

et vos cœurs seront illuminés.]

1 Ce morceau est fortement interpolé dans la rédaction latine. Il se sépare d'ailleurs de ce qui le précède et de ce qui le suit par l'interpellation du fils, c'est-à-dire du disciple, et traite le sujet spécial des épreuves qui attendent l'homme vertueux.

^ Dans le Nouveau Testament aussi, le môme mot est employé pour Tépreuve et pour la tentation. C'est le contexte qui doit décider du sens de chaque passage où le terme se rencontre.

S Humilie. {Vulg.]

^ Le grec dit : Ne te hâte point. Fausse traduction de l'hébreu {nbhl), qui a les deux sens.

^ C'est-à-dire d'être heureux, d'obtenir compensation.

8 De ces deux lignes, la première ne se trouve que dans quelques manuscrits grecs, la seconde appartient au texte latin.

'^ De la bonne voie. — Dans ce nouveau paragraphe le discours change de forme. L'allocution est faite au pluriel. Le sens est on ne peut plus clair.

356 L ECCLÉSIASTIQUE II, 10-19 (12-22)

*° Regardez les générations anciennes et voyez : [Seigneur?

qui donc a été déçu en mettant sa confiance dans le Ou qui, persévérant dans sa crainte, a été abandonné?

qui Ta invoqué et a été négligé ?

C'est que le Seigneur est débonnaire et miséricordieux,

il pardonne les fautes et sauve au jour du malheur.

[il est le proleclpur de tous ceux qui le cherchent fidèle-

menL]

^^ Malheur aux cœurs craintifs et aux mains relâchées, au pécheur qui marche par deux sentiers I

Malheur au cœur lâche et sans confiance; car il ne sera pas protégé.

Malheur à vous qui perdez patience :

[qui quillez la bonne voie pour la tnauvaisey] que ferez- vous quand le Seigneur vous visitera* ?

^^ Ceux qui craignent le Seigneur ne désobéissent pas à sa parole,

et ceux qui Taiment gardent ses voies.

Ceux qui craignent le Seigneur recherchent sa faveur,

et ceux qui Taimcnt se rassasient de sa loi. Ceux qui craignent le Seigneur afi'ermissent leur cœur %

et humilient leur âme devant lui.

[Ceux qui craignent le Seigneur gardent ses commandements,

et se patientent jusqu^à ce quUl les visite.] «Nous tomberons entre les mains de Dieu

et non dans celle des hommes ' ;

1 Si^ comme il vient d'Être dit, les hommes qui craignent Dieu et se confient en bi sont Tobjet de ses faveurs et de sa protection, ceux qui sont dans les sentiments opposés, seront malheureux. Les mains relâchées sont une figure usitée en liébica pour le découragement. Los deus sentiers marquent soit la duplicité, soit phitôki d'après le contexte, l'indécision à l'égard du parti à prendre (en religion et en monlt). Prov. XXVIII, 18. 1 Rois XVIII, 21. Dans le premier de ces trois distiqaes le ieitt latin ajoute : aux lèvres criminelles et aux mains pécheresses.

^ Litt. : préparent leur cœur ; ce serait peut-être : ils se résignent d'avance à tout e8 qu'il leur enverra. En hébreu il y a sans doute eu hékfn.

3 Paroles mises dans la bouche des hommes pieux et résignés. Quoi qu'il arrifei nous savons que cela vient de Dieu, do la part duquel il ne peut nous arriver da mal, si nous avons fait notre devoir. (Pour la phrase figurée, voyez Ilébr. X, 31.) Il n*yt que l'homme qui soit mécliaut et do la part duquel on puisse s'attendre à des avanies. Il est inutile d'y mettre au commencement le mot : disant, comme faille texte latin, qui ajoute : si nous no faisons p(''nitencc, nous tomberons, etc. Ce qui est tout à fait étranger au contexte.

l'ecclésiastique 11, 20(28). III, 1-10 (1-12). 357

Car telle qu'est sa grandeur,

telle aussî|est sa miséricorde.»

[Les enfants de la sagesse sont Véglise des justes^

leur nation est toute obéissance et amour ^.]

'Mes iils^ écoutez-moi, votre père,

et agissez ainsi*, afîn d'être sauvés.

Car le Seigneur veut que le père soit honoré par ses enfants^

et il a établi sur eux les droits ^ de leur mère. Qui honore son père obtient le pardon de ses péchés*,

[i7 s* en abstiendra et sa prière journalière sera exaucée]

et qui révère sa mère amasse des trésors. Qui honore son père aura de la joie par ses enfants,

et sera exaucé au jour de sa prière.

Qui révère son père vivra longtemps %

et qui obéit au Seigneur^ rendra sa mère heureuse". [Qui craint le Seigneur honore ses parents^]

et servira comme ses maîtres ceux qui lui ont donné la vie. Par actes et par paroles honore ton père,

[et ta- mère en toute patience]

pour que sa bénédiction vienne sur toi.

[et que sa bénédiction te reste jusqu'à la fin,] Car la bénédiction du père consolide la maison des enfants,

et la malédiction de la mère en détruit les fondements. Ne te vante pas du déshonneur de ton père,

car sa honte n'est pas ton honneur.

C'est l'honneur du père qui fait la gloire d'un homme,

et une mère '-^ méprisée est une honte pour ses enfants.

1 Ce distique se trouve daus le texte latin en tdte du chap. III où il n'a que faire ; mais il ne se rattache guère mieux à ce qui précède. ^ Dans le sens des préceptes qui suivent. ' Le grec et le latin disent : le jugement. Il faut le retraduire en hébreu {mWpat).

4 L'accomplissement du devoir filial fait oublier mainte autre faute. Au lieu àupèrei le texte latin met Dieu.

fi Interprétation littérale du Décalogue.

0 En remplissant son devoir à l'égard des parents. Ici le texte latin met le père à la place de Dieu,

'^ Litt. : lui donnera du repos.

8 Cette ligne manque dans les éditions grecques, mais non dans tous les manuscrits. Elle est dans la Vulgate et sans elle le distique serait incomplet. » Un père. (Vulg.)

358 l'ecclésiastique m, 11-21 (18-24).

Mon fils, soutiens ton père dans sa vieillesse,

et ne Tafilige pas sa vie durant.

Si sou esprit s'affaiblit, supporte-le,

et ne le méprise pas dans la plénitude de ta force*. La charité faite à un père ne sera pas oubliée^,

et te procurera le bonheur' malgré tes péchés. Au jour du malheur on * se souviendra de toi ;

comme la glace au soleil tes péchés disparaîtront. Pareil au blasphémateur^ est celui qui abandonne son père,

et celui qui irrite sa mère est maudit de Dieu.

*^Mon fils, conduis tes affaires avec douceur,

et tu seras aimé de tout homme de bien. Plus tu es grande plus tu dois être humble,

et tu trouveras grâce devant le Seigneur. [Plusieurs sont élevés et honorés^

mais c'est aux humbles que les mystères sont révélés.] Car de Dieu seul la puissance est grande,

et c'est par les humbles qu'il est glorifié.

'^Ne cherche pas ce qui est trop difficile pour toi, et ne scrute pas ce qui dépasse tes forces.

Ce qui t'est commandé, voilà a quoi tu dois songer ; [tu n'as pas à scruter toutes ses oeuvres] tu n'as pas besoin de t'enquérir de ce qui est caché, [pas ;

Ne dépense pas une peine superflue pour ce qui ne te regarde car il t'a été révélé plus que les hommes ne comprennent*.

^ Tant et parce que toi tu jouis encore de toutes tes facultés.

* Par le Dieu rémunérateur.

8 Pour le sens, voyez la note 4 do la page précédente. Littéralement le texte dit: Il te sera bâti (une maison) ; figure assez usitée en hébreu. La Vnlgate a tout entre chose : Pour le péché do ta mère il te sera rendu du bien et il te sera bftti en Jostice. Cela a dû dire sans doute dans Toriginal : Si tu supportes charitablement lea défiuits de ta mère, etc.

4 Dieu.

^ Que la loi punit de mort.

6 Le but de ces distiques est do conseiller à chacun de concentrer ses pensées et tes

efforts sur ses devoirs personnels^ et surtout de ne pas perdre son temps et ses forces à faire de la métaphysique. Il y a bien assez de choses à méditer, qui sont à la portée des hommes (et encore scmhlc-l-il qu'ils ont de la peine à les comprendre toutes) ; il est superflu d'aller au-delà. La ligne imprimée en italique n'est qu'une double traduction de celle qui suit. La Vuîgato la reproduit une seconde fois dans le distique suivant. Evidemment les copistes n'ont pas vu que c'était une glose marginale et l'ont insérée ù diverses places.

l'ecclésiastique m, 22-28 (25-34). 359

Plusieurs se sont laissé égarer par leur présomption

et leurs fausses idées les ont fait glisser hors du boa sens. [Faute d'yeux tu ne verras pas la lumière^

et ne te vante pas (Tune science que tu n*as pas^,] Un cœur obstiné * finit par être malheureux ;

qui aime le péril y succombera.

[Un cœur qui marche par deux voies ' ne réussira pas

et le méchant s'expose à y faire une chute,] Un cœur obstiné est accablé de peines,

et le pécheur entasse faute sur faute*. Le malheur de Torgueilleux n'est point une guérison^,

car la plante de la méchanceté a pris racine en lui. Le cœur de Thomme sensé médite des maximes,

et le désir du sage, c'est d'avoir Toreille attentive. [Un cœur sage et intelligent s'abstient de pécher,

et prospérera en œuvres de justice.]

'^ L'eau éteint un feu flamboyant,

la charité^ fait pardonner les péchés.

Celui qui rémunère les bienfaits^ s'en souvient après,

et au jour du malheur il trouvera un appui.

I Addition de quelques manuscrits grecs.

5 Si nous maintenons la liaison des idées, le cœur obstiné est ici celui qui persiste dans la voie signalée comme dangereuse dans les vers précédents.

8 Voyez la note 1 de la page 356. La comparaison ne va pas bien avec le contexte, et il est peu probable que ce distique appartienne à la rédaction primitive.

4 Au lieu de réussir dans ses efforts^ de pénétrer les secrets de Dieu, il risque de faire des chutes (même morales] de plus en plus en plus nombreuses.

^ Car l'homme qui est dans la bonne voie» humble et pieux, sait profiter de l'adversité ; celui qui se croit sage ne sait pas la mettre à profit.

6 Aumône, pitié, bienfait. Les deux lignes, prises ensemble, constituent une companiflon.

"^ La première ligne semble clairement indiquer que le sujet est Dieu. Aussi la Vulgâte met-elle Dieu dans le texte. Mais le sujet de la seconde ligne est certainement l'homme qui est récompensé des bonnes œuvres qu'il a faites, quand il a lui-même besoin qu'on vienne à son aide. Le brusque changement du sujet est choquant. Il conviendrait peut-être de mettre le bienfaiteur comme sujet de la première phrase aussi : Celui qui rend le bien pour le bien qu'il a reçu, songe à l'avenir, etc. Il est probable que l'original a été mal rendu. Le traducteur aurait-il voulu dire : on se souvient de lui f

360 l'ecclésiastique iv, i-io (i-n).

* Mon fils, ne prive pas le pauvre de ce qu'il lui faut pour vivre,

et De laisse pas languir des yeux qui t'implorent ^ N'afflige pas celui qui a faim,

et n'aigris pas l'homme qui est dans la détresse. Ne rebute pas un cœur déjà aigri,

et ne difTcre pas de donner au nécessiteux. Ne repousse pas le suppliant malheureux

et ne détourne pas ta face du pauvre.

Ne détourne pas les yeux de celui qui t'implore,

et ne donne à personne l'occasion de te maudire. Car s'il te maudit dans l'amertume de son âme,

son créateur écoutera sa prière.

^Rends-toi agréable à la communauté,

et incline la tête devant un supérieur^. Prête ton oreille au pauvre',

[rends ce que tu dois]

et réponds lui amicalement, avec douceur. Arrache l'opprimé aux mains de l'oppresseur*,

et ne manque pas de courage en jugeant^. Sois le père des orphelins,

et comme un second mari à leur mère.

Et tu seras le fils du Très-Haut,

et il t'aimera plus que ta mère.

^ Toarnore très-touchante : une demande de secours qui s'exprime par le simple regard, sans paroles ! Le latin dit simplement : Ne détourne pas tes yeux du pwme.

^ On a pu croire que ce distique ne se trouve pas ici à sa vraie place, ea ce qn^ semble interrompre la liaison des idées. Mais dans ce qui suit il n'est plus qneslkm d'aumônes et de bienfaits. L'auteur a en vue les relations sociales en général, sariont celle d'un citoyen jouissant d*une certaine considération dans la communauté et appelé comme tel à exercer des fonctions judiciaires. Il doit être bien avec tout le monde, professer le respect pour les autorités, avoir de la condescendance pour les infériaut, etc. La Vulgate met : la communauté dos pauvres, et traduit deux fois la seconde ligne.

3 La Vulgate ajoute : sans chagrin. Il est difficile de dire d'où vient et ce que veot la ligne intercalée.

^ Litt. : Celui auquel on veut faire tort ù celui qui veut lui faire tort. Il S'agit d'un procès injuste.

^ Le tcxto latin, au lieu do cette ligne qui recommande au juge Timpartialité en face des puissants, dit: Et ne ressens pas d'uigrcur dans ton ôme. En jugeant, sois le pore, etc.

l'ecclésiastique IV, 11-20 (12-23). 361

**La sagesse exalte* ses enfants,

et soutient ceux qui la cherchent.

[et marche devant eux dans la voie de la justice.] Celui qui Taime^ aime la vie * ;

ceux qui se lèvent tôt pour elle, seront remplis de joie. Celui qui s'attache à elle acquerra de Thonneur;

là où elle entre' il y a la bénédiction du Seigneur. Ceux qui la servent* rendent hommage au Saint,

et ceux qui Taiment, le Seigneur les aime aussi. Celui qui Técoute jugera les nations S

celui qui vient à elle demeurera eu sécurité. Celui qui se confie en elle la possédera,

et ses neveux^ eu retiendront Théritage. D'abord elle le conduit par des chemins tortus^,

elle amène sur lui la crainte et l'angoisse,

elle le tourmente par sa discipline; Jusqu'à ce qu'elle se fie à lui,

et qu'elle Tait éprouvé par ses lois.

Hais après elle vient à lui par le droit chemin,

elle le réjouit et lui révèle ses secrets. [Elle lui amassera un trésor de science

et d'intelligence de la justice.] S'il s'égare, elle l'abandonne,

et le délaisse dans sa chute ^.

*® Observe le temps et garde-toi du mal, et n'aie point honte de dire la vérité*'.

1 Inspire la vie. {Vuly.)

« Chap. I, 19, etc.

' La plupart des commentateurs traduisent au masculin : Là oîi il entre (le sage), etc. , c'est-à-dire, tout ce qu^il entreprend sera béni.

^ Terme bien faible ; les deux verbes grecs expriment l'idée d'un culte religieux.

& Expression hyperbolique, pour dire qu'il jouira d'un grand privilège, qu'il exercera de l'influence, qu'il ne dépendra de personne. Si la phrase se trouvait dans une apocalypse elle serait à prendre à la lettre.

^ Ses créatures (de la sagesse?) seront en confirmation. {Vuîg.)

'^ Ce passage, qui peint les difficultés du commencement dans l'apprentissage de la sagesse, a été bien mal rendu en latin : Parce qu'elle marche avec lui dans la tentation et qu'elle le choisit parmi les premiers, etc.

8 Litt. : et le livre entre les mains de sa chute (de son ennemi. Vulg.).

9 Tradaction sujette à caution et faite sur le latin ; le grec est ici plus qu'obscur. Il semble dire : N'aie point honte à cause de ta vie. Il s'agit en tout cas d'une fausse honte, d'un manquement au devoir et à la conscience. On a peur de certaines personnes et on pèche par manque de fermeté et sans le vouloir.

362 l'ecclésiastique iv, i- 81 (24-86).

Car il est une houtc qui amène le péché,

et il en est une qui procure honneur et faveur. Ne sois pas partial contre ta conscience,

et n'aie point honte de manière à te perdre.

[ne respecte pas Ion prochain dans sa chute ^,] Ne retiens pas la parole quand elle peut être utile,

[ne cache point la sagesse qui fait ta gloire '.] Car c'est à la parole qu'on reconnaît la sagesse^

et le savoir' à ce que débite la langue.

[et il se confirme par les œuvres de la justice,] Ne contredis jamais la vérité,

mais aie honte de ton ignorance *, N'aie pas honte de confesser tes péchés

et ne force pas le cours de la rivière ; Ne te subordonne pas à un sot

et n'aie pas égard à la personne d'un puissant^. Jusqu'à la mort combats pour la vérité *,

et le Seigneur Dieu combattra pour toi.

^'^Ne mets point de l'àpreté^ dans ton langage,

ni de la paresse et du relâchement dans tes actes. Ne fais pas le lion dans ta maison,

ne sois pas soupçonneux à l'égard de tes serviteurs.

[ni oppresseur de tes sujets,] Que ta main ne soit point tendue pour prendre,

ni retirée quand il s'agit de donner.

^ C'est là évidemment une glose explicative. Le prochain est ici la personne da distique, le respect est la peur qui vous empoche d af^r selon votre conscience, l'égard que vous avez pour l'autre. En disant chute, on insinue que c'est l'autre qui a tort et que vous voulez le ménager.

2 Complément indispensable du distique, emprunté aux manuscrits grecs et latins, mais omis dans les imprimés.

3 L'éducation et ses fruits, la culture intellectuelle, etc.

-^ L'antithèse consiste en ce que tel ne dit pas la vérité parce qu'il ne la sait pas. Or, il s'agit ici non d'un fait accidentel qu'on peut ignorer, mais de ce que chacan doit savoir.

^ Ces deux distiques semblent mieux arrangés dans le texte latin, mais au prix d'une maxime de valeur équivoque : Ne to soumets pas au premier venu pour pécher, ne résiste pus au puissant et no to roidis pas contro le torrent. Dans le grec l'image de la rivière ù laquelle on prétend résister, serait à prendre dans le sens de Timpossibilité de cacher ses fautes, d'où se déduirait le conseil do les avouer spontanément.

0 Le texte latin olFre une double traduction de cette ligue.

"^ Autres leçons : promptitude, témérité [trachySy tachys, thrasysj.

l'ecclésiastique V, 1-8 (1-10). 363

* Ne t'en tiens pas à tes richesses

et ne dis point : J'ai assez '.

[car cela ne servira de rien au jour de la vengeance,] N'obéis point à tes désirs, ni à tes forces ',

de manière à suivre les convoitises de ton cœur. Ne dis point : Qui me maîtrisera ' ?

le Seigneur te jugera et te punira.

♦ Ne dis point : J'ai péché, et que m'en est-il advenu ?

car le Seigneur est lent à punir*.

 l'égard de l'expiation ne sois pas sans crainte,

de manière à entasser péché sur péché ^. Et ne dis point: Sa miséricorde est grande;

il pardonnera bien mes nombreux péchés.

Car chez lui il y a miséricorde et colère,

et son courroux s'arrête sur les coupables ^. Ne tarde pas à te convertir au Seigneur,

et ne remets pas la chose d'un jour à l'autre. Car sa colère survient inopinément,

et au moment de la vengeance tu périras.

'Ne t'en tiens pas aux richesses mal acquises,

car cela ne te servira de rien au jour du malheur'.

1 Cette parole implique l'idée que la richesse suffit à tout. Le texte latin parle de richesses mal acquises. (Comp. plus bas, v. 8 (10). Cela explique aussi la mention do la vengeance (divine).

^ On peut avoir la force (les moyens) de satisfaire ses désirs, mdme mauvais : raison de plus d'être sur ses gardes. L'absence de la force est quelquefois un préservatif.

' Qui m'empêchera de faire ce que je veux? Je suis bien le maître de mes actions . Le texte latin intercale un mot qui exprime précisément ce sens.

4 Cette dernière ligne est la réponse du moraliste. Il ne faut pas prendre la longanimité de Dieu pour de rindilTérence.

^ En te flattant que la responsabilité ne sera pas trop terrible, et que tu pourra s continuer à vivre à ta guise.

6 L'accent est à mettre sur le mot s'arrête: sa patience n'est pas inépuisable, et quand enfin il se décide à frapper, c'est pour tout de bon. La Vulgate change le sens en disant : sa colère vient promptement.

'^ Ce distique isolé peut paraître suspect. Il reproduit en partie le premier de ce chapitre, surtout si l'on compare le texte latin. Pourtant il énonce une idée différente et Ton est tenté de lui faire changer de place pour le rapprocher de l'autre ; car il se combinerait fort bien avec les deux qui suivent celui-ci.

364 l'ecclésiastique v, 9-15 (ii). vi, i (i).

" Ne vanne pas par tout vent, ne marche pas dans tout sentier,

c'est la coutume du méchant dans sa duplicité*. Sois ferme dans ta conviction ',

et que ta parole soit une.

Sois prompt à écouter,

et donne ta réponse sans trop te presser'. Si tu as de Tintelligenco, réponds à ton prochain,

si non, mets la main sur la bouche*.

[Pour que tu ne sois pas surpris à la honte

en disant un mot malencontreux.] Il y a honneur et déshonneur dans le parler,

et la langue d'un homme peut causer sa ruine'. Ne te fais pas appeler rapporteur •,

et ne te sers pas de ta langue pour ourdir un complot. Car c'est une honte que de commettre un vol,

mais la duplicité est condamnée comme un crime ^.

[le rapporteur s*attire la haine, Vinimitié et Finfamie.] Ne commets pas de faute, grande ou petite,

* et d'ami ne deviens pas ennemi.

La mauvaise réputation t'attire la honte et l'opprobre;

c'est la part du méchant pour sa duplicité ".

1 Les maximes qui suivent se rapportent à l'usage qu'on peut faire de la langue, surtout en mauvaise part. L'auteur signale surtout la double langue, la calomnie, les rapports malveillants semés en secret, etc. La première image s'explique par la coatome de vanner les grains en plein air, oii il convient de prendre le vent propice.

2 Litt. : dans ton intelligence^ dans ta manière de voir. L'unité est opposée id à la duplicité. On doit parler comme on pense et non point faire servir la parole à caclier sa pensée. Le latin a un tout autre- texte : Sois ferme dans la voie du Seigneur, dans la vérité de tes sentiments et dans ta science, et que la parole de paix et de jostica t'accompagne.

8 Vulg.i Écoute avec douceur la parole (de Dieu) afin de comprendre, et donna sagement une réponse vraie.

4 Tais-toi (Prov. XXX, 32).

^ Vulg.i II y a honneur et gloire dans le discours d'un homme sensé ; la langue dNm imprudent est sa ruine.

0 lâtt. : quelqu'un qui murmurtf c'est-à-dire qui parle à l'oreille d'un antre pour nuire à un tiers.

"^ Il paraît que lauteur a voulu insinuer que la duplicité est plus criminelle encore que le vol. Daus ce cas, la honte serait à considérer comme moindre que la condamH4ttio». Le traducteur latin paraît l'avoir compris ainsi, car il ajoute à la honte le repentir, tandis qu'il renchérit sur les termes dans la seconde phrase.

^ Nous rétablissons ici la vraie coupe des distiques et des chapitres qui est bien défigurée dans les Bibles anciennes et modernes. Il est toujours question du m£me

l'ecclésiastique VI, 2-10 (2-10). 365

^Ne te laisse pas emporter par ta volonté,

de peur que ta vie ue soit déchirée comme un taureau ^ Tu dévorerais tes feuilles, tu perdrais tes fruits,

et tu resterais comme un arbre desséché ^. Un cœur pervers ruine son maître,

et en fait la risée de ses ennemis.

[ei lui ménage le sort des impies.]

^ La parole gracieuse rend nombreux les amis

[et gagne les ennemis]

et une langue qui parle bien se ménage une réponse aimable '. Sois en bons termes avec beaucoup de gens,

mais n'aie pour confident qu'un seul sur mille. Si tu veux avoir un ami, gagne-le en l'éprouvant^

et ne te hâta pas trop de te fier à lui. Car tel est un ami à son temps ^,

et ne le reste pas au jour de ton malheur. Tel ami peut se changer en ennemi^

et révéler* vos différends à ta honte*. Tel est ton ami pour se mettre à ta table,

et ne le reste pas au jour de ton malheur.

vice ; et les fautes contre lesquelles l'auteur veut mettre ses lecteurs en garde sont bien celles qu'on commet avec la langue. Le traducteur latin s'est trompé positivement en mettant : Rends justice aux petits et aux grands. La mauvaise langue ruine l'amitié ; et celui qui a la réputation de mésuser de sa langue, sera bientôt évité et flétri dans la société.

I Essai de traduction plus que sujet à caution. Texte probablement corrompu, ou original mal compris par le premier traducteur. Vulg.i Ne te laisse pas emporter comme un taureau par tes pensées, de peur que ta force se brise par la folie. Si le distique suivant, dans la pensée du philosophe, se liait intimement à celui-ci, U y avait peut-être à la place de ce malencontreux taureau du traducteur grec le nom de quelque arbre.

^ La conséquence d'un fol emportement est la ruine de celui qui s'y laisse aller. Il eai comparé à un arbre qui se dépouillerait lui-même de ce qui le rend beau.

8 Une longue série de maximes relatives à l'amitié commence par poser en fait qu'on gagne les cœurs par la manière dont on parle. Le texte dit litt. : Un doux laryna, etc. Quand vous avez pris l'initiative pour vous concilier l'amitié des autres, ils vous rendront la pareille. Il y a association d'idées, par antithèse, avec ce qui a été dit de l'emportement.

4 Tant qu'il y trouve son avantage.

^ En rompant avec toi pour n'importe quel motif, il se hfttera de représenter le fait à ton désavantage.

366 L ECCLÉSIASTIQUE VI, 11-21 (11-22)

Tant que tu seras heureux, il sera de ton avis^

et parlera en maître à tes domestiques*; Si tu viens à être abaissé, il sera contre toi,

et se cachera devant toi'^.

De tes ennemis sépare-toi,

avec tes amis sois sur tes gardes.

Un fidèle ami est un puissant abri;

celui qui en trouve un a trouvé un trésor. Rien n'équivaut à un fidèle ami,

et son dévouement est hors de prix'.

Un ami fidèle est une médecine qui donne la vie^;

ceux qui craignent le Seigneur le trouveront. Celui qui craint le Seigneur rend l'amitié bonne ^,

car son ami lui sera semblable.

•"Mon fils, accepte '^ Tinstruction dès ta jeunesse,

et tu seras sage encore avec des cheveux blancs. Pareil au laboureur et au semeur occupe-toi d'elle,

et tu pourras t'attendre à ses bons fruits. Cîir ta peine à la cultiver sera de courte durée,

et bientôt tu jouiras de ses fruits.

Qu'elle semble dure à ceux qui la dédaignent!

l'insensé n'y persiste pas.

Elle lui pèse comme une grosse pierre d'épreuve^;

il ne tarde pas à la jeter loin de lui.

I II s'insinuera si bien dans tes bonnes grâces qu'il finira par jouer le rôle du maître dans ta maison.

' Il disparaîtra. — Au lieu de ces quatre lignes, la Vulgate exprime un tout autre texte : Si Tami demeure constant il sera comme ton ^gal^ et il agira avec bonne fd dans tes affaires domestiques ; s'il sliumilie devant toi et s'il se cache, tu auras ooe bonne amitié et l'union des cœurs. — Évidemment c'est là un sens absolument étranger au contexte^ et inintelligible par-dessus le marché.

3 Traduction libre. Â la lettre : Il n'y a pas do poids (de balance] pour sa beémti; ou d'après la paraphrase latine : Nul poids d'or et d'argent n'est digne (l'équivalent] de l'excellence de sa fidélité.

4 Et l'immortalité. (Vulff.)

•'* La crainte de Dieu sanctifie, aiîermit Tamitié et la rend féconde en bons résultats.

G Litt. : choisis.

" Allusion à l'usage des jeunes gens d'c^prouver leurs forces en soulevant des pierres. Au dire de S. JérOmc, cet usage existait encore de son temps en Palestine.

l'ecclésiastique VI, 22-33 (28-34). 367

Car la sagesse est ce que dit son nom * ; elle ne se révèle pas au grand nombre. [à ceux qui la connaissent elle reste jusqu'à ce qu'ils

voient Dieu,]

'^^ Écoute, mon fils, et accepte mon avis,

et ne méprise pas mon conseil.

Engage tes pieds dans ses ceps^

et ton cou dans son collier^.

Courbe ton dos et porte-la

et ne regimbe pas contre ses liens ^ De toute ton âme approche-toi d'elle,

et de toutes tes forces garde ses voies. Suis sa trace, recherche-la, et tu la connaîtras,

et quand tu Tauras saisie, ne la lâche plus. Car à la lin tu y trouveras le repos,

à son tour elle deviendra ta joie ♦.

Ses ceps deviendront pour toi un fort abri,

et ses colliers un vêtement brillant.

Car sur sa tête elle porte une parure d'or,

et ses liens sont tressés de fils de pourpre. Tu t'en revêtiras comme d'une robe brillante,

et sur ta tête tu la poseras comme une couronne de joie *•

'^ Mon fils, si tu le veux, tu seras instruit.

Si tu t'y appliques, tu deviendras intelligent*.

Si tu aimes à écouter, tu apprendras ;

si tu prêtes l'oreille, tu deviendras sage.

I II paraît que l'auteur a ramené le terme dont il s'est servi pour désigner la sagesse à une racine ou étymologie qui la faisait connaître comme étant quelque chose de caché oa de difficile. Cependant les mots hébreux usités pour cette notion ne nous rappellent rien de pareil.

^ Le pronom se rapporte ici, et dans ce qui suit, à la sagesse, qui est représentée comme une maîtresse dont on serait l'esclave. C'est à dessein que l'auteur charge ses eoolears, en parlant de ceps et de collier (litt.: carcan). Le service de la sagesse est dur et astreignant.

' Images du fardeau et de la bride.

4 Après le dur apprentissage, le contentement et le bonheur d'être arrivé au but.

^ La métaphore qui considère les qualités morales comme des vêtements ou des armes, se rencontre très-fréquemment dans l'Ancien Testament et a passé de là au Nouveau.

^ Le terme grec signifie l'intelligence pratique, le savoir-faire, la prudence, la connaissance des moyens.

368 l'ecclésiastique vi, 84-87 (35-89). vn, i-6 (i-6).

Tiens-toi dans la compagnie des vieillards *.

et s'il y a un sage, attache-toi à lui', Écoute tout propos relatif aux choses divines,

et que les maximes de la raison ne t'échappent pas. Si tu vois quelque homme sensé, va chez lui dès le matin,

et laisse ton pied user son seuil.

Médite les commandements du Seigneur,

et préoccupe-toi toujours de ses préceptes : Alors il fortifiera ton cœur,

et la sagesse que tu désires te sera donnée.

* Ne fais point de mal,

et il ne t'en adviendra point.

Abstiens-toi de Tinjustice^

et elle aussi se tiendra loin de toi.

Mon fils, ne sème point sur les sillons de Tiniquité,

et tu n'en récolteras pas le septuple*.

^Ne demande pas au Seigneur un gouvernement,

ni au roi un siège d'honneur *.

Ne vante pas ta justice devant le Seigneur,

[car il connaît bien les cœurs]^

ni ta sagesse en présence du roi^.

Ne demande pas à devenir juge,

de peur d'être incapable d'extirper l'injustice ; Tu risquerais de craindre la personne d'un puissant,

et de mettre en danger ton intégrité**.

1 Qui sont censés avoir pu profiter dune longue expérience^ tandis qae la J( est légère et étourdie.

2 Ce vers est ainsi tourné dans le latin : Et rattache-toi de cœur à leur sagease.

S On sème le bien ou le mal^ on en récolte le septuple, c'est-à-dire des deux Miê h rémunération est abondante.

^ Contre l'ambition. A l'époque de l'auteur^ les Juifs pouvaient être souvent tenlél de rechercher des fonctions publiques.

^ Le premier est impossible^ le second imprudent. On pourrait te prendre au mot et te mettre à une place que tu ne saurais remplir.

C Nul ne peut mettre fin ù toute injustice ; tous peuvent risquer de faiblir dans une circonstance donnée : il vaut donc mieux ne pas s'en mêler du tout. C'est fort prudent Mais doit-on abandonner la chose à ceux qui ont moins de .-scrupules?

l'ecclésiastique VII, 7-15 (7-16). 369

Ne commets pas de faute contre les habitants de la ville, et ne te jette pas parmi la populace ^

•Ne prétends pas lier deux fois le pécbé,

car même la première ne restera pas impunie^.

Ne dis point : Il regardera à mes nombreuses offrandes, et quand je sacrifie au Très-Haut, il m'agréera.

Ne sois pas sans confiance lorsque tu pries, et ne néglige pas de faire des aumônes.

''Ne te moque pas d'un homme affligé,

car il est quelqu'un qui abaisse et qui élève ^. [c'est Dieu qui surveille louL]

" Ne fabrique * pas de mensonge contre ton frère ;

et ne le fais pas non plus à Tégard de ton ami^. Ne dis pas de mensonge du tout,

car Thabitude de mentir ne mène à rien de bon. Ne sois pas jaseur dans la compagnie des vieillards,

et ne répète pas tes paroles en priant.

** Ne hais point le labeur pénible,

ni le travail des champs créé par le Très-Haut.

^ Si c'est à dessein que Tauteur distingue deux catégories de personnes, le second membre sera dirigé contre les démagogues. Se mettre bien avec les gens sans compromettre sa dignité. — D'autres ont pensé qu'il s'agit plutôt d'éviter les rixes de la me ; ou bien ils traduisent : ne t'expose pas aux récriminations de la foule, ce qui serait la reproduction de la première ligne sous la forme négative.

^ L'expression : lier le péché, est assez singulière. Cependant la suite fait trèsbien voir ce que l'auteur a voulu dire. Il insiste sur ce que les sacrifices n'apaisent pas le jage céleste ; lier le péché sera donc l'expier par une offrande. Cela ne suffit pas même pour un premier cas, encore moins pour plusieurs. Il serait cependant possible que le mot lier fût dû à une fausse interprétation de l'original. La phrase lier et délier (Mattb. XVIII, 18] a un tout autre sens.

' Les destinées de l'homme sont chanceuses et ton tour pourrait venir.

^ Le grec dit : Ne laboure pas. C'est que le verbe hébreu (Ar»') a les deux significatiops.

^ La répétition est on ne peut plus froide, mais les conjectures qu'on a faites pour changer cela sont hors de propos.

A. T. 6« part. 24

370 l'ecclésiastique vu, 16-27 (t7-29).

*^Ne te compte pas parmi la masse des pécheurs* ;

souviens-toi que la colère ne tarde pas. Humilie-toi profondément :

l'impie est puni par le feu et le ver*.

*^ N'échange pas ton ami contre un vain trésor,

ni ton vrai frère contre Tor d'Ophir'.

Ne néglige pas une épouse sage et bonne

[que tu as obtemm dans la crainte du Seigneur*]

car sa grâce vaut plus que de Tor.

Ne maltraite pas Tesclave qui travaille avec fidélité ;

ni le mercenaire qui se dévoue de cœur. Tu dois aimer T esclave intelligent,

et ne pas lui refuser sa liberté.

[ni le laisser tomber dans l'indigence,]

" As-tu du bétail ? prends-en soin,

et s'il t'est utile, garde-le. As-tu des fils? élève-les bien,

et apprends-leur à obéir \ des leur jeunesse. As-tu des filles, prends garde à leur corps ®,

et ne leur montre pas un visage gai '. Marie ta fille, et tu auras fait une grosse afiaire ;

donne-la à un mari intelligent.

Si tu as une femme selon ton cœur, ne la répudie pas,

[mais ne te donne pas à quelqu'une qui est haïssable] *, De tout ton cœur honore ton père,

oi n'oublie pas les douleurs de ta mère.

^ Ne sois pas pareil uu grand nombre.

^ Es. LXVI, 24. Marc IX, 43 suiv. — L'humilité ost ici l'obéissance absolue commandements do Dieu.

3 Vain trésor^ litt. : une cbose inditrérentc. Le latin porte : N'agis pas mal areevi ami qui diffère de te payer.

4 Par cette phrase, le glosateura sans doute voulu dire qu'il est question d'une feraine légitime.

^ Litt. : Plie leur cou.

'» A leur chasteté .

" L'uutour est d'avis que lo meilleur moyen de prévenir les écarts de la légèreté, c'est de tenir ou sérieux et à la sévérité austère même dans l'intimité domestique.

^ Cette ligne (jui manque <lans les éditions, est rétablie ici d'après quelques maoascrits et les nnrionnos versions.

l'ecclésiastique VII, 28-86 (30-89). 371

Souviens-toi qu'ils Vont donné la vie ;

et comment leur rendrais-tu ce que tu leur dois?

''De toute ton âme crains le Seigneur,

et respecte ses prêtres.

De toutes tes forces aime ton créateur,

et n'abandonne point ses ministres.

Crains le Seigneur et honore le prêtre,

donne-lui sa part, comme cela t'est commandé : Prémices, offrandes d'expiation, oblation de l'épaule,

sacrifices de sanctification et prémices des choses consacrées*.

'^Au pauvre tends la main,

pour que ta bénédiction soit complète.

Un don gracieux à tout vivant ^,

et aux morts mêmes ne refuse pas ta grâce. Ne délaisse pas ceux qui pleurent,

et prends part à l'aflliction des affligés. Ne dédaigne pas de visiter les malades;

car tu seras aimé pour cela.

^*En toutes choses songe à la fin*, et tu ne pécheras jamais.

I II ne faut pas trop presser les termes ici, qui ne répondent pas tout à fait exactement à ceux de la Loi. Pour les otFrandes d'expiation [Utt. : de négligence), voyez Lév. IV. L'épaule (ou plutôt la cuisse) droite do la victime immolée appartenait de droit au sacrificateur, lequel cependant recevait encore d'autres parties de l'animal ; quant aux deux dernières redevances, il est difficile de dire à quoi Tauteur a songé plus particulièrement. On peut songer à diverses prescriptions du code. Le texte de la Yulgate est ici plus long et plus détaillé, mais, à vrai dire, c'est plutôt une traduction double de certains éléments du grec et de plus une traduction passablement obscure. (Bntre autres on y lit : Purifie-toi avec les bras (les épaules ?) ; purifie-toi de ta négligence avec peu de cbose, etc.)

^ Cela veut dire : la libéralité doit s'exercer envers tout le monde. Cependant on pourrait aussi traduire : Un don est agréable à tous les vivants (ce qui ne doit pas empêcher de songer aussi aux morts). A l'égard de ceux-ci, on songera à la sépulture honorable.

8 En toutes choses (cela doit être ici la signification do l'hébreu dabar)^ et non : dans tout ce que tu dis. La fin, c'est l'issue ou l'effet définitif de tous nos actes, d'après la conception de la justice de Dieu. Il ne s'agit pas de la vie future.

372 l'ecclésiastique VIII, t-it (t-i4).

' Ne dispute pas avec un bomme puissant,

de peur de tomber en son pouvoir.

Ne te querelle pas avec un bomme ricbe,

de peur qu'il ne fasse pencher la balance contre toi ; Car Tor a perdu beaucoup de gens,

et a même fourvoyé le cœur des rois*.

Ne dispute pas avec un grand parleur,

et n'entasse pas du bois dans son feu*.

^Ne plaisante pas avec un bomme sans culture,

de peur que tes ancêtres ne soient déshonorés'. Ne dis pas de mal d'un homme qui se détourne du péché :

souviens-toi que nous sommes tous coupables. N'outrage pas un bomme dans sa vieillesse :

d'entre nous aussi il y en a qui vieilliront. Ne te réjouis pas quand quelqu'un meurt*;

souviens7toi que nous mourons tous.

^Ne néglige pas ce que débitent les sages,

et occupe-toi de leurs maximes ; Car c'est d'eux que tu apprendras à te conduire

et à servir les grands.

Ne perds pas les avis des vieillards,

car eux aussi ont été instruits par leurs pères. C'est d'eux que tu apprendras à réfléchir,

et à savoir répondre au besoin.

^^ N'allume pas les charbons du méchant,

de peur que sa flamme ne te consume'.

Ne t' élève pas contre un insolent,

de peur qu'il ne se mette à guetter tes paroles*.

1 II s'agit de la corruptibilité des juges.

2 Le grand parleur est ici rhomme qui a la langue bien pendue, qu'on ne ptrvieot pas à faire taire et qui aura toujours le dernier mot.

S Plaisanter signifie sans doute ici : devenir familier (s'encanailler] ; c'est une espèee de dégradation, par conséquent un déshonneur pour la famille. Le latin dit : depear qu'il ne dise du mal do tes enfants.

*^ Le latin met : quand ton ennemi meurt.

^ Le charbon non encore allumé, c'est le mauvais instinct ou caractère, auquel il ne faut pas donner l'occasion de se manifester.

^ Sens obscur, et peut-ûtre traJuclion inexacte de l'original. Telle que la phrase est énoncée ici, on doit supposer que l'auteur veut dire qu'avec des insolents il vaut mieux se taire que de répliquer, parce qu'ils profitent do toute parole pour envenimer la dispute.

l'ecclésiastique VUI, 12-19 (15-22). IX, 1-4 (1-4). 373

Ne prête pas à ua plus paissant que toi^

et si tu le fais, regarde ton argent comme perdu. Ne te porte pas garant au-delà de tes moyens,

et si tu le fais, mets-toi dans la tète que tu payeras*. Ne plaide pas contre un jtige,

car on prononcera par considération pour lui*. Ne voyage pas avec un bomme téméraire,

de peur qu'il ne te soit à charge'; Car il agira selon sa passion,

et tu périras par sa folie.

Ne te querelle pas avec un homme colère,

et ne va pas avec lui dans un lieu solitaire, Car le sang n'a pas de prix à ses yeux

et il te terrassera là où il n'y a pas de secours.

*'Ne délibère pas avec un sot,

car il ne sait rien taire ^.

Devant un étranger ne traite rien de secret,

c ar tu ne sais pas ce qu'il enfantera'. Ne découvre ton cœur à personne,

afin qu'on ne t'en sache mauvais gré**.

[et qu'on ne médise pas de toi,]

VNe sois pas jaloux de la femme que tu as épousée,

de peur de lui enseigner à se conduire maP. Ne donne pas ton âme à ta femme,

au point qu'elle s'empare de ta volonté.

[ce qui Serait une honte pour toi.] Ne va pas au-devant d'une femme coquette,

de peur de tomber dans ses pièges.

Ne reste pas longtemps avec une chanteuse",

de peur d'être captivé pas ses intrigues.

1 D'autres traduisent : Songe que tu t'engages à payer. ^ C'est-à-dire : en sa faveur ; et non : selon son avis. ' Que les excès qu'il peut faire ne retombent sur toi.

4 Vulg.x Car ils ne peuvent aimer que ce qui leur plaît.

^ Ce qui pourra en résulter pour toi. Ne te confie pas au premier venu.

^ La confiance mériterait de la reconnaissance ; c'est de l'ingratitude que d'en abuser. La syntaxe hébraïque ne permet pas qu'on traduise : Ne découvre pas ton cœur à tout le monde.

'7 Le soupçon injuste peut mener à de mauvaises pensées.

5 Une danseuse, (^tf/^)

374 l'ecclésiastique IX, 5-18 (5-19).

N'arrête pas tes regards sur une jeune fille,

do peur d'ctre surpris par Tamende à cause d*elle '. Ne donne pas ton cœur aux courtisanes,

de peur de perdre ta fortune.

Ne regarde pas autour de toi dans les rues de la ville^

et ne vas pas flâner dans ses lieux solitaires'. Détourne tes yeux d'une belle femme,

et n'arrête point tes regards sur une beauté étrangère. Plusieurs ont été séduits par la beauté d'une femme ;

l'amour s'y allume comme un feu.

[Toute femme débauchée est comme V ordure dans le chemin^

elle est foulée aux pieds des passants. Plusieurs ont péché pour avoir admiré la beauté d*une étrangère^

la conversation avec une telle brûle comme un feu.] Ne t'assieds pas auprès d'une femme mariée,

[et ne te couche pas avec elle à table]

et ne festoie^ pas avec elle en buvant du vin^ De peur que ton cœur ne s'attache à elle,

et que dans ta passion tu ne glisses dans la perdition.

*^ N'abandonne point un vieil ami,

car un nouveau ne le vaut pas.

Nouvel ami, vin nouveau :

c'est quand il est devenu vieux qu'on le boit avec plaisir.

** N'envie point les honneurs d'un méchant,

car tu ne sais pas quelle sera sa fin. Ne prends pas plaisir à ce qui plait aux impies,

songe qu'ils ne resteront pas impunis jusqu'à la mort.

*^ Reste à distance de celui qui a le pouvoir de tuer,

et tu n'auras pas à craindre la mort.

Si tu l'approches, garde-toi de commettre une faute,

pour qu'il ne t'ôtc pas la vie.

^ C'est là le seul sens qui peut ôlro tin5 du texte grec. Il doit signifier que le regnd peut conduire plus loin cl que finalement il y a certains articles du code qui pourraient Ctre invoqués contre celui qui s'est laissil entraîner (Deut. XXII, 19). Il serait cependant possible que l'original hébreu ait dit tout autre chose. Le latin dit : De penr d'être attrapé par ses charmes.

2 Pour chercher aventure.

3 Traduction ordinaire : Ne dispute pas avec elle.

l'ecclésiastique IX, l3-i8 (20-25). X, !-5 (1-6). 375

SoDge que tu marches au milieu des pièges

et que tu te promènes sur les créneaux de la ville ^

'^Autant que tu le peux^ sonde les autres.

et prends conseil des sages.

Que ta conversation soit avec les intelligents,

et que tes entretiens portent sur la loi du Très-Haut. Que les gens honnêtes soient tes commmensaux,

et dans la crainte du Seigneur cherche ta gloire.

*' C'est par la main de Tartiste que l'œuvre est louée,

le chef d'un peuple montre sa sagesse pas ses discours. [et la parole des vieillards est estimée d'après son bon sens,]

Un grand parleur se fait craindre dans la ville,

et rhomme inconsidéré dans ses discours est haï'.

* Un sage magistrat ^ sait diriger sou peuple,

et le gouvernement d'un homme intelligent est bien ordonné. Tel le magistrat, tels ses serviteurs ;

tel le gouverneur de la ville, tels ses habitants. Un roi sans instruction ruine son peuple,

une ville est édifiée par Tintelligence des puissants. C'est la main du Seigneur qui donne le pouvoir sur le pays,

il suscite en son temps celui qui le gouvernera bien. De la main du Seigneur dépend le bonheur de l'homme,

c'est lui qui donne l'honneur à la personne de l'administrateur*.

1 Ces trois distiques ont évidemment pour but de recommander la prudence et la circonspection. Partout dans le monde on est exposé à des dangers^ et il est aussi difficile de les éviter toujours, si Ton n'y prend bien garde, que de marcher tranquiUement et sans encombre à travers des pièges ou sur un mur crénelé.

^ Ici l'auteur recommande la prudence dans les discours. Généralement celui qui parle beaucoup ne prend pas garde à ce qu'il dit et il ne se fait pas des amis avec son babil. Plus on est haut placé, plus on doit surveiller ses paroles, car elles sont plus porticolièrement remarquées. C'est aux paroles qu'on reconnaît le sage^ comme l'œuvre est estimée si l'on y reconnaît la main de l'artiste.

' Il ne faut pas restreindre la notion à celle do juge. Le mot hébreu s'ofei a un sens beaucoup plus large.

4 Dans tout ce passage il est question du gouvernement civil et politique. Il ne s'agit ni de juges^ ni de scribes. L'auteur insiste sur deux choses : le bonheur des subordonnés dépend surtout de la sagesse des chefs^ mais c'est de Dieu que vient en dernier lieu l'an et l'autre. C'est lui qui distribue les charges et y attache l'honneur et l'autorité. L'administrateur (en hébreu s^oter) est mal traduit déjà par le rédacteur grec.

376 l'ecclésiastiqub X, 6-l3 (7-l6).

^Ne t'irrite jamais contre ton prochain à propos d*nnc injustice^

et n'entreprends rien quand on te fait violence. L'insolence est haïe de Dieu et des hommes^

et contre tous les deux elle commet un forfait. La royauté passe d'un peuple- à l'autre,

par suite de l'injustice, de la violence et de Tavidité^. Comment donc la terre, la poussière est-elle si fière?

de son vivant je lui arrache les intestins. La maladie se prolonge^ le médecin en rit :

aujourd'hui roi, demain il mourra.

Et quand l'homme est mort^

son héritage, ce sont les bêtes, les reptiles, la vermine*.

[// n'y a rien de plus méchant qu'un avare^ rien de plus injuste que d*aimer l'argent.

Un tel homme vendrait son ame,

car tout viva/nt il a jeté ses propres entrailles.

Toute puissance a peu de durée^

une maladie prolongée fatigue le médecin*.]

*' L'insolence commence quand on se détourne du Seigneur et quand le cœur s'éloigne de son créateur.

Le péché est le commencement de l'insolence,

celui qui y persiste répand des horreurs à foison *.

Voilà pourquoi le Seigneur envoie des calamités extraordinaires et ruine entièrement les coupables^.

^ Tout ce qui est dit ici se rapporte encore au gouvernement. Il s'agit plus spécialement de ce qui mérite le blâme. On ne doit pas se faire justice à soi-même, mais laisser à Dieu le soin de punir. Les crimes ne consolident point un gouvernement, et Disa épouse les querelles des opprimés.

2 Nous n'avons pas voulu disloquer ces trois distiques qui sont misérablement dtfgurés par les anciens traducteurs. Le sens est clair : Les rois sont mortels, eux aussi : ils sont terre et poussière (litt. : cendre ; hébr. : *afar confondu avec éfer) ; ranteur, dans un moment d'entraînement poétique^ fait parler Dieu lui-môme. Arracher les intestins, est une expression énergique pour dire : frapper à mort. Le ">^^in croira pouvoir aisément se rendre maître do la maladie — il n'en est rien, son art ne pent rien contre la main de Dieu. — Au lieu de ce texte, la Vulgate en présente on tout autre que nous insérons entre crochets.

3 Ce n'est qu'après ces trois distiques quo viennent dans le latin les devx derniers de rautro texte.

** Litt. : fait pleuvoir comme une averse des choses horribles.

5 Le régime n'est exprimé en grec que par le pronom les, tjui ne peut se rapporter, d'après le contexte, qu'aux criminels insolents.

l'ecclésiastique X, 14-28 (17-27). 377

Le Seigneur renverse les trônes des princes [superbes*]

et y place les débonnaires.

Le Seigneur arrache les racines des peuples [superbes]

et plante des humbles à leur place '.

Le Seigneur ravage les terres des nations,

et les ruine de fond en comble.

Il les dessèche, il anéantit les hommes,

et efface leur mémoire de la terre.

[Dieu abolit la mémoire des orgueilleux^

et laisse subsister celle des humbles.] L'insolence n'est pas créée pour les hommes,

ni la colère pour ceux qui sont nés de femmes'.

** Quelle race est honorée ? C'est celle des hommes.

quelle race est honorée? Ceux qui craignent Dieu. Quelle race est méprisée? C'est celle des hommes.

quelle race est méprisée f Ceux qui transgressent les com- Parmi des frères, c'est leur chef qui est honoré ; [mandements ^.

ceux qui craignent le Seigneur^ le sont à ses yeux'. Riche, noble ou pauvre —

la crainte du Seigneur est leur gloire. Il n'est pas juste de mépriser un pauvre intelligent,

il n'est pas convenable d'honorer un méchant [riche]. Un dignitaire, un magistrat^ un prince sont honorés,

aucun d'eux n'est plus grand que celui qui craint Dieu.

I Glose du latin très-convenablo.

S II ne sera peut-ôtre pas hors de propos de se rappeler ici que dans la littérature hébraïque, surtout dans ceUe des derniers temps, les peuples ou nations {goytm] sont les païens, et les humbles fantylm} les Israélites.

S L'insolence est ici représentée comme une créature ; (elle existe] mais elle n'a pas été destinée à l'homme, comme tant d'autres choses. Luther a traduit : L'homme n'a pas été créé méchant.

4 On voit tout de suite que l'auteur veut dire que l'homme est honoré ou méprisé (qu'il mérite l'honneur ou le mépris], selon qu'il craint Dieu ou qu'il lui désobéit. Quelques manuscrits grecs offrent une autre leçon : Ceux qui craignent Dieu sont une race durable, ceux qui l'aiment sont une plante honorée ; ceux qui ne s'en tiennent pas à le loi sont une race vile, ceux qui transgressent les commandements sont une race égarée.

^ Comparaison : Entre hommes, l'honneur est au chef; devant Dieu, l'honneur est au fidèle. — Quelques manuscrits ajoutent : Le commencement de la faveur est la crainte de Dieu, le commencement de la ruine est l'insolence.

378 L ECCLÉSIASTIQUE X, 24-30 (28-35). XI, 1-3 (1-3)

D'un esclave sage les hommes libres sont les serviteurs ; et un homme sensé n'y trouvera pas à redire. [quand il est réprimandé; et un ignorant ne sera pas honoré *.]

^^ Ne cherche pas des prétextes quand il s'agit de ta besogne,

et ne te vante pas dans l'adversité'.

Mieux vaut celui qui travaille toujours [et prospère]

que le vantard qui se promène et manque de pain.

*' Mon fils, honore-toi toi-même par la modestie, et tu te ménageras l'estime selon ton mérite'.

Qui estimerait homme de bien celui qui pèche contre lui-même ? qui honorerait celui qui deshonore sa vie*?

" Le pauvre peut être honoré pour son savoir,

le riche l'est pour sa richesse*.

Celui qui est honoré dans sa pauvreté,

combien plus le sera-t-il s'il devient riche? Et celui qui est méprisé avec sa richesse,

combien plus le sera-t-il s'il devient pauvre? *La sagesse relève la tête de Thomme modeste,

et lui assigne sa place parmi les grands.

' Ne loue jamais un homme pour sa beauté,

et n'aie pas de l'aversion pour lui h. cause de sa mine.

L'abeille est un bien petit volatile

et ce qu'elle produit est ce qu'il y a de plus doux*.

^ Cette addition du latin change complètement le sons du texte.

2 Maxime très-diversement comprise : la suite fait voir qu'il s'agit d'application et de paresse. Les prétextes sont ceux qui doivent vous dispenser du trayail, et la vantent dans l'adversité (amenée par la paresse) consiste à dire qu'on n'en est pas U cause soi-même.

3 L'impératif de la seconde ligne (dans l'original) énonce une conséquence immanquable.

4 Ce distique comporte doux appb'cations : Qui honorera celui qui ne s'honora pas lui-môme? cela serait: Il no faut pas se faire trop petit, trop humble, il faut se faire valoir. Ou bien : Qui honorerait celui qui se rend méprisable ? cela sera : On est toujours soi-mAme l'auteur de la considération dont on jouit. Cette dernière interprétation nous semble mieux s'accorder avec ce qui précède.

^ Évidemment il n'y a pas de mérite dans ce dernier cas. U y a donc antithèse.

0 11 ne faut pas juger sur les apparences. La comparaison avec Tabeille fait pendant avec la maxime qui précède.

l'ecclésiastique XI, 4-18 (4-15). 379

Ne sois pas fier de tes beaux habits,

et ne t'élève pas trop aux jours de ton éclat : Car les œuvres du Seigneur sont étonnantes,

et ses desseins à l'égard des hommes sont cachés *. Beaucoup de princes ont fini par s'asseoir à terre^

et tel auquel on ne songeait pas a ceint le diadème. Beaucoup de puissants ont été couverts d'opprobre,

et les plus glorieux ont été livrés à d'autres.

' Ne critique pas avant d'avoir examiné,

considère d*abord, et puis blâme.

Ne réponds pas avant d'avoir écouté,

et n'interromps point le discours d'un autre. Ne te querelle pas pour une chose qui ne t'appartient pas',

et ne va pas siéger comme juge avec les méchants'.

*^ Mon fils, ne t'occupe pas de trop de choses : [fautes ;

si tu entreprends trop, tu ne manqueras pas de faire des Si tu les poursuis avec ardeur, tu n'atteindras pas ton but;

si tu veux t'en retirer, tu n'échapperas point*. Tel travaille, se donne de la peine et se hâte,

et d'autant plus il reste en arrière \ Tel est lent et a besoin d'aide,

il manque d'énergie et n'abonde qu'en pauvreté, Mais l'œil du Seigneur veille sur lui pour son bien,

et le relève de son humble condition.

Il lui relève la tète,

à l'étonnemcnt de tout le monde.

1 Cela Yentdire: Les beaux jours, la richesse, etc., peuvent disparaître inopinément. L'homme n'est pas sûr du lendemain. Le traducteur latin a très-mal compris le texte en disant : Les œuvres do Dieu seul (et non pas tes habits !] sont admirables. La suite fait voir clairement la pensée de l'auteur.

2 D'après les manuscrits. Le texte grec reçu dit : dont tu n'as pas besoin. Le texte latin : qui ne te chagrine pas. ^

8 Ce sont les méchants qui, par des querelles et des jugements iniques, songent à s'approprier ce qui ne leur appartient pas.

4 On n'est pas toujours le maître de se dégager quand on s'est engagé trop imprudemment ; plus on commence, moins on finit ; plus on entreprend, plus on a des risques à courir.

^ On n'a pas besoin de songer ici exclusivement aux méchants, comme fait le traducteur latin. L'auteur veut reproduire l'idée du Ps. 127. La peine de l'homme n'est rien sans la bénédiction de Dieu.

380 l'ecclésiastique xi, 14-22 (16-28).

*♦ Bonheur et malheur^ vie et mort,

pauvreté et richesse, tout vient de Dieu. [De Dieu^ la sagesse^ l'instruction, la connaissance fie la loi;

de Dieu^ la charité et les bonnes œuvres. Erreur et ténèbres sont créées avec les pécheurs;

ceux qui se plaisent au mal y vieillissent^,] Ce que le Seigneur donne, reste assuré aux hommes pieux,

et sa faveur les fait prospérer toujours. Tel s'enrichit par ses soins et sa lésinerie^

et c'est là sa part de profit.

Quand il dit : Je me suis procuré le repos,

maintenant je veux Jouir de mes biens •— Et il ignore combien de temps passera encore,

jusqu'à ce qu'il les laisse à d'autres et meure*!

*® Tiens ferme à ton pacte' et vis en conséquence,

et vieillis dans la pratique [de ton devoir^] Ne t' étonne pas des affaires^ du pécheur;

aie confiance en Dieu et reste à ta besogne : C'est chose fecile aux yeux de Dieu

d'enrichir le pauvVe inopinément.

La récompense de l'homme pieux, c'est la bénédiction du Seigneur^

dans un bref délai il la fait apparaître*,

'*Ne dis point: quel sera mon profit?

quel bien ai -je encore à attendre?

Ne dis point: J'ai bien assez;

quel malheur ai-je encore à craindre'?

1 Cette dernière phrase montre que l'auteur des gloses additionnelles, que reproduit aussi le rédacteur latin^ a compris tout le passage du point de vue de la prédestinatûn absolue. Le texte reçu à lui seul no nécessite pas une pareille interprétation.

2 II y a ici une antithèse entre les biens acquis par la faveur de Dieu (jm les donne et les conserve aux hommes pieux, et ceux qu'on amasse au moyen de soins. mondaioii et uniquement dans le but de jouir. Ces derniers ne sont pas Msurét, car le moniBil de les quitter arrive sans qu'on le prévoie (Luc. XII, 16 suiv.).

8 Avec Dieu.

4 La glose explicative du traducteur latin nous parait juste.

5 Et non des œuvres. L'auteur veut parler de ce fait fréquemment relevé dans l'Ânden Testament, que les méchants sont souvent heureux. Ne te laisse pas égarer par l'apparence du bonheur des méchants — il n'est pas durable.

^ Lilt. : éclore, fleurir.

"^ Ces deux distiques forment une anthithùse que l'auteur va expliquer lui-même dans un troisième : Ne pas désespérer dans le malheur, ne pas Otre trop confiant dans le bonheur. Il faut cependant convenir que le traducteur grec parait ne pas avoir compris le texte hébreu, en disant à la première ligne : Qu 'ai-je besoint Le contexte nous autorise à dire : profit.

l'ecclésiastique XI, 28-32 (29-38). 381

Au jour du bouheur on oublie le malheur,

au jour du malheur on ne se souvient pas du bonheur*. C'est chose facile au Seigneur, au jour de la mort,

de rendre à chacun selon ses œuvres.

L'affliction d'une seule heure fait oublier tout plaisir,

et lors de la fin de Thomme ses actes sont révélés^. Ne félicite personne avant sa mort :

c'est par ses enfants qu'on connaîtra l'homme'.

'^Ne laisse pas entrer tout le monde dans ta maison,

car les embûches des intrigants sont nombreuses. Le cœur de l'égoïste est comme l'appeau dans la cage,

pareil à l'espion il épie ta chute.

Astucieusement il change le bien en mal,

et attache un blâme à ce qu'il y a de plus excellent. Une étincelle suffît pour mettre le feu au charbon,

et le méchant tend des pièges jusqu'à verser du sang^ Sois en garde contre le méchant (il ourdit le mal),

de peur qu'il ne t'applique une tache ineffaçable. Reçois un étranger dans ta maison, il y portera le trouble,

et te rendra étranger aux tiens*.

I Le texte latin traduit à tort: N'oublie pas. — Le texte grec énonce un lieu commun^ l'expérience de tous les jours. Mais il importe de ne pas perdre de vue que tout dépend finalement de la volonté du Juge.

^ Par la rémunération qui ne manque pas d'intervenir avant la mort (Ps. XXXVII, LXXIII, etc.f. L'exhortation s'adresse toujours à l'honnête homme qui est malheureux et jaloux du bonheur actuel du méchant.

S Non pas par les fruits de l'éducation qu'il leur aura donnée, mais par leur destinée^ le mérite de chacun retombant sur ses enfants (Exode XX, 5, 6).

^Dans ce passage, le texte latin est surchargé de gloses, que nous n'avons pas voulu insérer dans notre traduction du grec, de peur de rendre l'intelligence de celui-ci pins difficile encore. Les voici : Comme l'estomac émet une haleine fétide, comme une perdrix est conduite dans le piège, et le chevreuil dans le filet, ainsi le cœur des saperbes, etc. Et plus loin : Une seule étincelle allume un grand feu ; un seul trompeur multiplie les meurtres, et le méchant, etc. Les images ajoutées ici sont assez maladroitement formulées. Car le sens est évidemment celui-ci : Sois prudent et circonspect dans le choix de tes amis intimes ; il arrive souvent que celui auquel tu confies ta personne et tes secrets, te trompe, t'exploite, te ruine môme. A cet effet, il est successivement comparé à un espion, qui dans la guerre tflche de découvrir le côté faible de l'ennemi ; à un calomniateur, qui donne à tout une fausse couleur ; à une étincelle qui cause un incendie ; à 4in chasseur qui en veut à la vie de sa proie ; à un oiseau qu'on met en cage pour appeler les autres à la trappe placée à côté. (Le texte nomme la perdrix, mais comme il fallait le nom d'un mâle, nous avons mis l'appeau.)

^ D'autres traduisent : il t'en chassera toi-même.

382 l'ecclésiastique xii, t-8 (i-iS).

' Si tu veux faire du bien, sache à qui tu le fais,

et Ton te saura gré de tes bienfaits*. Fais du bien a qui est pieux et tu en seras récompensé ;

si ce n'est par lui, ce sera par le Très-Haut. Il n'y a pas de bienfaits pour celui qui persiste dans le mal,

ni pour celui qui ne fait point d'aumône*. [Car le Très-Haut aussi hait les méchants^

mais il a pitié de ceux qui se repentent,^ Donne à celui qui est pieux,

et n'assiste pas le pécheur.

[Lui aussi rémunérera les impies et les pécheurs^

en les réservant pour le jour de la vengeance. Donne à celui qui est bon^

et ne soutiens pas le pécheur,] Fais du bien à celui qui est humble

et ne donne rien à l'impie'.

Kefuse-lui le pain, et ne lui en donne pas,

de peur qu'avec cela il ne devienne ton maître. Car tu recevras du mal au double

pour tout le bien que tu lui auras fait. Car le Très-ilaut aussi hait les méchants, »

et exercera sa vengeance sur les impies. Donne à celui qui est bon,

et n'assiste pas le pécheur.

"Dans le bonheur l'ami ne peut être éprouvé,

mais l'ennemi ne peut se cacher dans l'adversité*.

I Los distiques relatifs aux bienfaits sont d'une morale passablement égolsfe. Ils recommandent à peu près le contraire de ce que veut l'Évangile (Matth. V, 48 soir.].

^ Maxime assez singulière. Celui qui est dans le cas de faire l'aumône à d'aatnfy n'a pas besoin qu'on lui en fasse. L'auteur veut sans doute parler d'une munère générale du mérite des bommes à prendre en considération quand il s'agit de services k rendre. Mais la remarque de la note précédente subsiste.

'Voyez la note sur chap. X, 15; l'humble et l'impie^ ce sont les Israélites et les païens. L'humilité est à prendre à la fois (comme dans les Psaumes de le derniers époque) pour la piété et la condition malheureuse. Ce qui suit n'a de sens qa'eataot qu'on songe aux nationalités hostiles. Car un simple mauvais drôle auquel on fait l'aumône ne devient pas par cela seul le maître de son bienfaiteur. Mais on conçoit qu'un Juif du 2* siècle avant Jdsus-Christ ait déconseillé à ses contemporains de soutenir les étrangers et do les attirer ainsi.

** Dans le bonheur on a aussi de faux amis, et des amis intéressés ; dans le malheur soûl on reconnaît les amis vrais et sincères ; car il y en a qui alors s'en vont. — En

l'ecclésiastique XII, 9-16 (14-24). 383

Quand un homme est heureux, ses ennemis sont tristes,

quand il est malheureux, Tami même se sépare de lui. Ne te fie jamais à ton ennemi :

sa malice est comme la rouille à Tairain^ Lors même qu'il fait le modeste et marche la tète basse,

fais attention et sois sur tes gardes:

Sois envers lui comme s'il s'agissait de polir un miroir,

et tu verras que la rouille ne tient pas jusqu'à la fin'. Ne le mets pas à côté de toi,

pour qu'il ne te renverse et se mette à ta place ; Ne le fais pas asseoir à ta droite,

pour qu'il ne cherche pas à occuper ton siège, Et qu'à la fin' tu ne reconnaisses mes avis,

et n'en aies de cuisants remords^.

Qui aurait pitié d'un charmeur mordu par son serpent,

ou de ceux qui se hasardent au milieu des bêtes féroces ^ ? Il en est de même de celui qui fait du pécheur son compagnon,

et qui se mêle à ses méfaits.

Il restera bien avec toi une heure durant;

si tu te dégages, il n'y tiendra pas^. Les lèvres de l'ennemi proféreront des paroles mielleuses,

dans son cœur il songe à te jeter dans la fosse.

traduisant : éprouvé^ nous supposons qu'il y a une faute dans la traduction grecque (texte reçu : vengé). Les manuscrits ont une masse de variantes pour ce mot. Il nous semble que Toriginal avait un mot qui pouvait Être rendu dans les deux sens (yippaqed, regardé, inspecté, sommé de rendre compte, puni).

I Cela peut signifier : Elle revient toujours quoi qu'on fasse pour 1 oter ; ou bien : eUe se cache, se couvre, comme sous une rouille. Cette dernière explication ne semble guère acceptable ; car dans l'image le dessous vaudrait mieux que la surface, et c'est toat juste le contraire qui serait vrai. Mais plus loin l'imago de la rouille revient précisément dans ce sens.

S Les miroirs étaient de métal poli : il fallait les tenir bien nets et empêcher que la rouille ne s'y mette. C est ainsi qu'il faut procéder envers de prétendus amis, chercber à les démasquer ; ils ne réussiront pas a cacher toujours leur véritable visage. — Ce dernier distique manque dans le texte latin.

8 Trop tard.

4 Quelques manuscrits grecs reproduisent ici le distique chap. VII, 8: Ne lie pas deux fois le péché, etc.

^ Sous-entendu : quand ils y laissent leur peau. Sens : Celui qui s'expose au péril (avec un faux ami) inconsidérément ne mérite pas de compassion quand il en subit les conséquences.

0 II ne faudra donc qu'un elTort de ta part pour t'en débarrasser. Un ami sincère et honnête te restera toujours ^ld^le. Le p&heur, Vennemiy c'est ici partout le faux ami.

384 l'ecclésiastique Xll, 17, 18 (25-27). XIII, 1-7 (1-9).

Ses yeux verseront des larmes,

mais s'il trouve son moment, il n'épargnera pas ton sang. S'il t'arrive un malheur, tu Ty rencontreras tout le premier,

et en feignant de t'aider il te donnera un croc-en-jambe; Il hochera la tête et applaudira des mains,

il chuchotera beaucoup et changera de mine.

*Qui touche à la poix se souille,

qui fraie avec Tinsolent ' lui devient semblable. Ne te charge pas d'un fardeau trop lourd pour toi,

et ne fraie pas avec un plus fort et plus riche. Comment le pot de terre s'associerait-il avec le chaudron ?

celui-ci heurtera et l'autre sera brisé ^.

' Si le riche fait mal, il jette encore les hauts cris ' ;

si le pauvre est maltraité, il fait ses excuses^. Si tu peux lui * être utile, il t'exploite :

si tu es dans le besoin, il te laisse là. Si tu as de quoi, il vivra à tes dépens ;

il videra ton escarcelle sans scrupule^. S'il a besoin de toi il te trompera,

il te sourira, il te donnera des espérances. Il te prodiguera de belles paroles,

et dira : De quoi as-tu besoin ?

Il te confondra par ses festins,

jusqu'à ce qu'il t'ait dépouillé deux, trois fois ''^

1 L'insolent est ici, comme la suite le prouve, celui qui est plus riche et plus puissant que d'autres et qui abuse do sa supériorité. L'original avait sans doate on terme mieux choisi que celui du traducteur grec.

2 C'est la fameuse fable du pot de fer et du pot de terre. Contre l'uMge, U figure suit la maxime.

8 Conmie s'il avait été la victime lui-même.

4 Les traductions affaiblissent à Tenvi cette piquante formule.

^ Au riche^ au fort, à l'insolent (v. 1).

0 D'autres traduisent : sans travailler (lui-mCme).

'7 On croit communément que l'auteur veut dire : Il t'offre des dîners pour t'obUger à faire de môme, et comme tu n es pas aussi riche que lui, il te ruine ainsi. — Mais qu'est-ce que l'autre gagnerait à ce jeu ? Il s'agit de tout autre chose. L'aatenr représente un homme qui veut ex))loitcr un autre, en le flattant par des caresses, des promesses, de bons dîners ; il parvient ù lui soutirer son argent par des emprunts ou des spéculations mal fondées, etc. — Joie lualigne : le texte met simplement : il te contemplera, d'après un idiotisme hébreu Lien connu (Ps. XXII, 18; XXXVII, 34; LIV, 9; CXII, 8. etc.).

l'ecclésiastique XIII, 8-13 (10-20). 385

A la fin il se moquera de toi, avec une joie maligne ;

il t'abandonnera et hochera la tète.

[Humilie- toi devant Dieu^

et attends qu'il le tende la main,\ Prends garde à ce que tu ne sois trompé,

et humilié par suite de ton imprudence*. [Ne sois pas humble dans ta sagesse,

de peur d'être entraîné dans une folie^.]

^Si un puissant t'appelle, tiens-toi à distance,

il t'appellera d'autant plus^ Ne t'y presse pas, de peur d'être repoussé ;

et ne reste pas à l'écart, de peur d'être oublié. Ne tiens pas à causer avec lui comme avec ton égal *,

et ne te fie pas à toutes ses paroles ; Car avec tout son babil il veut te faire jaser,

et comme en badinant te tirer les vers du nez^. 11 sera sans pitié, ne gardant pas tes paroles ^,

et ne t'épargnera ni les fers, ni les mauvais traitements. Fais bien attention et sois sur tes gardes,

car tu marches en compagnie de ta ruine ^. [En écoutant ces choses^ regarde bien^

et réveille- toi comme si c était d'un sommeil.

I Conjectures d'après le latin (stuUitia). Le grec meXi joie [euphros^n^ pour apKrosyné). Il faudrait alors traduire : quand tu croiras avoir à te réjouir.

S Les deux gloses latines détruisent la suite des idées d'ailleurs si transparente, sans offrir un sens tant soit peu acceptable, ou même intelligible.

'Ne te jette pas, pour ainsi dire, à sa tête, fais-toi prier, cola te donnera plus de valeur à ses yeux. L'importun risque qu^on se dégoûte de lui, mais trop de modestie est également nuisible. Prudence intéressée.

^ Ce dernier mot ajouté d'après le grec corrigé et le latin. Le texte grec vulgaire est fautif.

S Le grec dit simplement : f examine i*; le latin, avec plusieurs manuscrits, ajoute très-justement (peut-être sans nécessité] : tes secrets. C'est ce que notre traduction exprime d'une façon plus populaire.

^ Si cette phrase doit avoir un sens approprié au contexte, il faut admettre que l'auteur veut dire : Tu auras trabi tes secrets, l'autre sans pitié les divulguera, et tu en supporteras la conséquence. Le latin dit plus simplement, en biffant la négation : il gardera tes paroles (pour s'en servir contre toi dans l'occasion). La traduction ordinaire : il ne te gardera pas sa parole, n'est pas justifiée par le texte.

'^ Phrase très-pittoresque, qui a été très-bien rendue par une autre image: tu marches sur le bord d'un précipice. Le texte personnifie la ruine, qui est nécessairement un compagnon fort dangereux.

A. T. 6« part. 25

386 l'ecclésiastique XIII, 14-22 (21-32).

Toute ta vie aime le Seigneur et invoque-le pour ton salut ^.]

'^Chaque animal aime son semblable^

chaque homme son égal ^.

Toutes les créatures s'unissent selon leur espèce,

et Thommc s'attache à qui lui ressemble. Comment le loup fraierait-il avec Tagneau?

il en est de même de Thomme pieux et de Timpie'. L'hyène* vit-elle en paix avec le chien?

y a-t-il accord entre le riche et le pauvTjB? Les lions font la chasse aux onagres dans le désert,

ainsi les pauvres sont la proie des riches. Un homme orgueilleux déteste l'humilité :

ainsi le riche déteste le pauvre.

'° Quand un riche vient à chanceler', ses amis le soutiennent;

quand un pauvre tombe, ses amis lui donnent un coup de pied. Quand un riche s'est trompé^, bien des gens prennent son parti;

il aura parlé sottement, et on le justifiera. Si c'est un pauvre, on lui fait des reproches ;

il aura parlé sagement, et on ne l'écoutera pas. Quand un riche parle, tout le monde se tait;

on exalte son discours jusqu'aux nues.

Si c'est un pauvre, on dit: Qui est çà?

et s'il heurte', on le renverse.

1 Le premier de ces deux distiques, qui se trouvent aussi dans des manuBcrits gltcSy semble devoir renchérir sur le précédent. Le second pourrait servir d'introdactîoii à k tirade suivante.

2 Cela n est pas toujours vrai ; mais la suite fait voir que l'auteur veut en arriver 4 établir que les conditions inégales empêchent la communauté des individus, et dtns cet limites c'est une vérité banale. Du reste, le grec dit son prochain^ ce que nous avons dû changer, parce que ce mot implique toujours un rapport moral, dont il n'est pas ywalkwi ici. L'original hébreu supposé permet parfaitement l'emploi de l'autre terme.

S Du Juif et du païen ?

'* Le saint. (Vulg,)

5 Dans le sens figuré : péricliter. On remarquera l'antithèse avec tomber,

6 Le verbe grec peut, ù la rigueur, so traduire également par tomber j ou encore par : commettre une faute. Nous avons préféré l'autre sens, à cause de la seconde ligne des deux distiques. Le mot grec que nous avons rendu par : sottement, signifie proprement : indicible, ce qui ne doit pas se dire.

"^ S'il dit un mot qui choque ou l)lessc.

l'ecclésiastique XIII, 23-25 (33-35). XIV, 1-7 (l-'?). 387

La richesse est ane bonne chose quand il n'y a pas de péché ; la pauvreté est une mauvaise chose au gré des méchants '•

'^Le cœur de Thomme change sa mine,

soit en bien, soit en mal.

Un cœur heureux se manifeste par un visage serein ;

de l'invention des maximes la méditation est laborieuse^.

* Heureux Thomme qui ne pèche pas par la bouche, et qui n'est pas tourmenté par le remords.

Heureux celui que sa conscience ne condamne pas, et qui n'est pas déchu de son espérance '.

' Pour un homme chiche la richesse n'a pas de valeur ;

pour un envieux à quoi bon l'argent?

Celui qui amasse en lésinant pour lui-même, amasse pour d'autres^

et de ses biens des étrangers feront bombance. Celui qui est dur pour lui-même, pour qui sera-t-il bon?

il ne jouira pas de son argent *.

Le pire est celui qui se porte envie à lui-même,

c'est là la récompense de sa méchanceté \ S'il fait du bien, c'est par oubli * ;

à la fin sa méchanceté se montrera.

I La richesse est bonne pourvu qu'elle soit acquise ou employée honnêtement ; la pauvreté est une mauvaise chose seulement au gré des méchants, mais non par ellemdme.

^ Phrase très-obscure, dont probablement le traducteur grec n'a pas compris le sens. Les traductions qu'on en a données en grand nombre sont généralement tout aussi inintelligibles que le grec. La Vulgate dit : Ce n'est qu'avec peine que tu trouveras la trace d'un bon cœur et une bonne face. Cela revient à dire que la moitié du texte est omise. Voici le sens qu'exprime notre traduction, d'ailleurs aussi littérale que possible. Le visage témoigne de la disposition du cœur; le contentement et l'affliction s*y peignent: il en est de même des préoccupations de Vesprit. La méditation philosophique et sérieuse se révèle également par des signes extérieurs et la trace s'en reconnaît dans les traits. Voilà du moins ce qu'on peut tirer de plus raisonnable d'une phrase aussi singulière que celle-ci.

8 D'après le contexte, il s'agit de l'espérance que l'homme juste met en Dieu.

4 En aucune façon ; car autrement il y a moyen d'en jouir doublement, en en usant soi-même et en en donnant aux autres.

^ C'est déjà mal de refuser aux autres toute espèce de secours ; la juste punition en est qu'on se refuse autant à soi-même.

^ Involontairement, par inadvertance, et par conséquent sans mérite. Aussi bien s'aperçoit-on bientôt de ce qui en est au fond.

388 l'ecclésiastique xiv, 8-i6 (8-1 7).

Oui, il est méchant, Thomme à Tceil envieux,

qui détourne sa face et n'a d'égard pour personne.

L'œil de Tavare n'est pas content de sa portion; sa méchante passion dessèche l'âme.

Le mauvais œil * s'envie même le pain

et souffre de la disette à sa propre table.

** Mon fils ^, fais-toi du bien selon tes moyens,

et apporte tes offrandes au Seigneur dignement. Souviens-toi que la mort ne tarde point,

et que le pacte avec Tlladès ne t'a pas été signifié '. Avant de mourir fais du bien a ton ami,

tends-lui la main et donne-lui* tant que tu peux. Ne manque pas de te faire du bon temps,

et ne laisse pas échapper ta part d'un juste désir *. Ne dois-tu pas laisser à d'autres ce que tu as acquis^

et le fruit de tes peines à ceux qui le partageront*? Donne et prends ', égaie * ton âme,

[avant la mort iiratique la justice]

ce n'est pas dans l'Hadës qu'il faut chercher la jouissance.

I II sera bon do remarquer que les langues orientales placent l'envie dans TobU [comme nous plaçons le sentiment dans le cœur et la pensée dans la tête).

^ Les vers suivants peuvent en quelque sorte être considérés comme la reprodactîon de la pensée dominante de l'Ecclésiaste : Faire un bon usage de la vie et de set biens — il n'y a rien après.

3 Cela veut dire en simple prose : que tu no sais pas le moment de ta mort. Le paete avec l'Hadès serait un contrat qui te garantirait la vie, et qui serait loi-même garanti par un acte d'autorité. La Vulgatc traduit : que le pacte de l'IIadès t'a été démontré, savoir : que tu dois mourir. Cette dernière idée est énoncée plus bas.

4 Au pauvre . [Vulg,)

^ Traduction littérale. Le juste désir, ou le bon désir^ est nécessairement i prendre dans le sens moral, de ce qui est permis.

^ Litt.: A la répartition par le sort. — Application pratique : Jouis-en ploftOt toimême et ne laisse rien après toi. Et les enfants?

"^ Donne aux autres et jouis loi-mCMiic.

^ Sanctifie. [Vuly.) — Le toxte dit proprement trompe ton Ame, ce qui cadre parfuitemeut avec le reste. Tromper n'est pas ù prendre ici dans le mauvais sens. L'auteur veut dire (comme rEcclésiaslo) qu'il ne faut pas se laisser aller aux pensées tristes, qu'il ne faut pas songer soit à la vanité des choses humaines, soit à la mort, mais se faire illusion, on (jnehiu»' sorte, ù cet (^f^urd, et jouir du moment.

l'ecclésiastique XIV, 17-26 (18-29). 389

Toute chair vieillit comme un vêtement \

car la loi éternelle, c'est : Tu mourras ' ! Comme des feuilles verdoyantes d'un arbre touffu,

qui laisse tomber les unes et en fait pousser d'autres^ Ainsi il en est des générations des mortels :

l'une meurt, l'autre vient à naître '.

Tout ce qui est corruptible finit par disparaître,

et l'ouvrier s'en va avec son ouvrage.

[Et toute œuvre excellente sera approuvée

et son auteur y trouvera sa gloire.]

-«^ Heureux l'homme qui persiste^ dans la sagesse,

et qui sait parler avec son bon sens^; Qui dans son cœur réfléchit à ses voies,

et qui médite ses secrets; (Suis ses traces comme un chasseur,

et épie ses voies ® I) Qui jette un regard curieux par ses fenêtres^

et qui écoute à ses portes; Qui s^établit près de sa maison,

et qui fixe son pieu dans ses parois^. Il dresse sa tente à côté d'elle,

et se loge dans la demeure du bonheur; Il place ses enfants sous son toit,

et séjourne sous ses branches**;

1 L'herbe. {Vulg.) Les deux images appartiennent au style hébraïque [Psaume CII^ 27. BsaleXL^ 6, etc.). Seulement le mot vieillir ne va bien qu'a la première. — La seconde ligne du distique manque dans le latin.

2 Gen. II. 17.

8 Ecclésiaste I^ 4. — Mortels, litt. : chair et sang.

4 Vulff. — Le grec des éditions usuelles dit : qui meurt ; les manuscrits offrent un antre verbe : qui s'applique, médite, etc.

^ Au lieu de cette ligne, le texte latin porte les deux que voici : qui médite dans sa Justice et qui dans son esprit songe à ce que Dieu voit tout.

^ Ce distique énonçant la pensée à l'impératif^ interrompt assez singulièrement le fil de la phrase. Aussi bien les traductions changent-elles la construction. La sagesse est ici considérée comme une créature que le chasseur guette pour s'en emparer. L'image n'est pas bien noble. Dans ce qui suit, au contraire^ l'allégorie est assez spirituelle. La sagesse est pour ainsi dire retirée chez elle^ et celui qui la recherche essaie de s'en approcher de toute façon.

'7 hojneu rappelle la manière dont on dressait les tentes.

8 Image de l'arbre touffu et de l'ombre protectrice.

390 l'ecclésiastique XIV, 27 (30). XV, 1-8 (1-10).

Il est mis par elle à Tabri de la chaleur, et se repose dans son éclat '.

' Celui qui craint le Seigneur pratiquera cela %

et c'est en s'attachant à la loi qu'il saisira la sagesse. Elle viendra au devant de lui comme une mère,

elle Taccueillera comme une jeune épouse. Elle le nourrira du pain de Tintelligence [et de la vie]

et Tabreuvera de Teau de la sagesse [salutaire*]. Il s'appuiera sur elle et ne chancellera pas,

il se confiera en elle et ne sera pas déçu. Elle relève au-dessus de ses prochains,

et lui ouvre la bouche au milieu de rassemblée. [Elle le remplit de l'esprit de sagesse et d'intelligence,

et le revêt du manteau de la gloire,] Il trouvera * la joie, la couronne d'allégresse ;

un renom éternel sera son héritage.

Les hommes insensés ne Tobtiennent pas,

[ce sont les hommes de bon sens qui la rencontrent]

et les méchants ne la voient point*.

Elle se tient à distance de l'orgueil ^ [et de la fraude]^

et les menteurs ne songent pas à elle, [Ce sont les véridiques qu'on trouve avec elle,

et qui en profitent jusqu'à ce que Dieu les examine.]

1 L'image change brusquement ; car l'éclat et l'ombre ne s'accordent pas. L'édAt» k gloire, doivent désigner tous les avantages que procure la sagesse.

^ Ce qui est décrit allégoriquement dans les distiques précédents. Les tradncliaiii ordinaires mettent très-mal à propos : fera le bien. Il ne s'agit pas de morale, miii de sagesse, et l'auteur insiste encore sur ce que celle-ci est intimement liée k la crainta do Dieu. On n'est sage qu'autant qu'on est pieux.

3 Ces diverses figures n'ont pas besoin d'explication. L'amour d'une mère oa d'âne épouse est bien ce qu'il y a de plus tendre et de plus désintéressé; le pain et Teaa représentent ce qu'il y a de plus indispensable pour la vie physique. Toat cela nrvieat à dire que la possession de la sagesse garantit celle de tous les autres biens. O m fiiat pas s'arrêter à ce qu'il y a de négligé dans la phrase : La sagesse (personnifiée) doaae à boire l'eau de la sagesse (c'est-à-dire : la sagesse considérée comme qualité).

4 Nous ajoutons ce verbe avec quelques manuscrits. La plupart des éditîoDS l'omettent. Dans le texte latin, c'est la sagesse qui est le sujet : Elle donne, etc.

5 Encore une affirmation do la thîîse fondaraendale que la sagesse est inséparable de la piété et incompatible avec le péché.

^ Qui doit être pris ici dans un sens qui le rapproche des qualités mentionnées aa distique précédent. 11 ne s'agit pas de la simple vanité, mais de cette insolence da quant à soi qui met l'homme en opposition avec la volonté de Dieu.

l'ecclésiastique XV, 9-20 (11-22). 391

L'éloge n'est pas beau dans la bouche du pécheur, parce qu'il ne vient pas de la part du Seigneur.

C'est par la sagesse qu'est prononcé l'éloge^ et le Seigneur le ratifiera '.

*'Ne dis point: le Seigneur est cause que j'ai péché;

car ce qu'il hait, tu ne dois pas le faire ^. Ne dis point : c'est lui qui m'a séduit !

car il n'a pas besoin des pécheurs.

Tout ce qui est détestable, le Seigneur le hait,-

et ceux qui le craignent ne doivent pas s'y plaire. Lorsque au commencement il créa l'homme,

il l'a abandonné à sa propre volonté.

[en lui donnant des commandements et des préceptes.] Si tu veux, tu garderas ses commandements;

[ils te conserveront à leur tour.]

et d'y rester fidèle, cela dépend de ton bon plaisir^. Il a placé devant toi le feu et l'eau S

tu étendras la main du côté que tu voudras. La vie et la mort sont en face de l'homme,

ce qu'il préfère lui sera donné.

Car grande est la sagesse du Seigneur,

il est fort en puissance et voit toutes choses ^. 11 a l'œil sur ceux qui le craignent,

et il connaît toutes les œuvres de l'homme. Il n^a commandé à personne d'être impie,

et n^a donné à personne la permission de pécher.

1 La sagesse et le pécheur forment de nouveau antithèse^ et de nouveau Dieu est mis du côté de la première. II est clair que la sagesse, chez notre auteur^ comme chez les autres réunis par nous dans cette partie de la Bihle, n'est pas une affaire de pure intelligence et de spéculation. — Le texte latin est ici plus diffus, mais au fond il dit absolument la môme chose.

5 Tu connais ton devoir, et si tu y manques, c'est de ton propre gré ; ce n'est pas Dieu qui t'y pousse. L'auteur insiste avec énergie sur la thèse du libre arbitre et écarte toute conception contraire : prédestination, corruption complète, incapacité de faire le bien, etc.; chacun est l'artisan de sa fortune, l'auteur de sa destinée.

3 Cette traduction est recommandée, ou plutôt commandée par le contexte. Toute antre lui est étrangère. Il ne s'agit pas le moins du monde du plaisir de Dieu, dans n'importe quel sens.

^ Les choses les plus opposées, le bien et le mal, comme l'ajoute le texte latin au distique suivant, qui a le même sens.

6 Bt partant il est à mdme de donner à chacun ce qu'il aura mérité.

392 l'ecclésiastique XVI, 1-8 (xV, 23. XVI, i-9).

[El il ne désire pas avoir une mullitude d' enfants infidèles el pervers^.]

* Ne te souhaite pas une masse d'enfants qui seraient pervers *,

ne te réjouis pas au sujet de fils impies. Si tes fils deviennent nombreux, ne t'en réjouis point,

à moins qu'ils n'aient la crainte du Seigneur. Ne te fie point à la durée de leur vie,

et ne t'arrête pas à leur nombre'.

Car un seul [qui crainl Dieu\ vaut mieux que mille \méchanls\

et mourir sans enfants vaut mieux que d'en avoir d'impies. Par un seul homme intelligent une ville est peuplée,

la race des méchants finit par disparaître*.

*J'ai vu de mes yeux bien des choses pareilles',

et de mes oreilles j'en ai entendu de plus fortes encore. Dans l'assemblée des criminels il éclate un feu,

et contre une race rebelle la colère s'est embrasée*. Il n'a pas pardonné à ces antiques géants ^,

qui s'étaient révoltés, à cause de leur force. Il n'a pas épargné les compatriotes de Lot,

qu'il avait en horreur à cause de leur insolence.

1 Lo texte dit : iuutiles. Ku supposant qu'il suit uu origiDal hébreu, nous sommes autorisés par le dictiounaire à mettre le mot que nous avons préféré. Ce distique (emprunté au latin) se rattachait, dans la pensée du traducteur, à ce qui précède. Mais à vrai dire, il remplace le distique suivant du grec qui appartient à une tout autre série d'idées. Osterwald Ta traduit deux fois sans s'apercevoir du double emploi.

2 Même observation.

3 On aime à voir les enfants grandir et arriver à l'âge de la maturité, maïs la mtavaise conduite n'est pas ce qui garantit la longévité. Le nombre n'est pas non pins la garantie d'un bonheur durable. Du reste, nous prenons le nombre dans une certaine classe do manuscrits. La plupart mettent le lieu, ce qui doit signifier la oonditioB (prospère] .

4 Le seul qui devient un peuple (symi^tumo de prosp<5rité) est opposé à la n«f# qui disparaît (symptôme de malheur).

^ L'histoire est là pour prouver la vérité do la tht'so.

^> Comme l'auteur q annoncé lui-in?me qu'il donnerait des exemples tirés do l'histoire, il faut voir ici une allusion à uu événement compris dans les récits bibliques ; si l'on s'en tient au /"en (pris à la lettre), on songera à Nombres XI, 1; XVI, 35; si Ton préfore suivre la chronol()f::ie, on pren<lra le feu au sens Gguré et l'on songera aa déluge.

"' Tradition rattachée à Gen. VI, 1 suiv.

l'ecclésiastique XVI, 9-18 (10-21). 393

Il u'a pas eu pitié du peuple destiné à périr S

de ceux qui furent enlevés pour leurs péchés ^, De ces six cent mille gens de guerre,

qui s'étaient insurgés dans leur opiniâtreté. Donc s'il y en a un seul au cou roide,

ce serait merveille s'il restait impunie Car de lui viennent la miséricorde et la colère,

il est puissant à pardonner, il peut faire éclater son courroux. Autant sa pitié est grande, autant Test son châtiment :

il juge un chacun selon ses œuvres^ Le méchant ne lui échappe pas avec ses rapines^

et il ne frustre pas l'attente de l'homme pieux. Il laisse agir toute sa miséricorde^,

et chacun recevra selon ses œuvres.

[et selon qu'il aura su se conduire^.] [point,

[Le Seigneur a endurci Pharaon, de sorte qu'il ne le reconnut

pour faire connaître sa puissance à la terre entière. Sa miséricorde est connue de toute créature:

il a séparé la lumière et les ténèbres par un mur d'airain^.]

*^ Ne dis point : Je suis ignoré du Seigneur ' ;

quelqu'un d'en haut songera-t-il à moi?

Je suis oublié au milieu de cette nombreuse population;

qu'est-ce que ma personne parmi ces créatures innombrables? Vois doncl Le ciel, et le ciel du ciel est à Dieu;

l'océan' et la terre s'ébranlent quand il les visite.

1 La génération des Israélites qui traversèrent le déseri avec Moïse.

2 Autre traduction : qui se targuaient encore de- leurs péchés.

^ Si Dieu a frappé toute une armée, comment l'individu échapperait-il? Des exemples fournis par l'histoire Tauteur passe à la conclusion théorique.

4 Traduction sujette à caution. Le texte dit à la lettre : Il donne espace à toute miséricorde; et on a proposé d'entendre cela de la récompense assurée à la miséricorde des hommes, dont cependant il n'a pas été question.

^ Litt. : selon Tintelligence de son pèlerinage.

G Ces deux derniers distiques ne se trouvent que dans un petit nombre de manuscrits grecs, et il est difficile d'y reconnaître une liaison logique avec ce qui précède. La lumière et les ténèbres sont ici nécessairement le bien et le mal, la récompense et la punition. Pour le mur d'airain^ l'original met le diamant.

1 Conséquence de la thèse énoncée tout à l'heure. Personne ne doit croire qu'il échappera au regard du Juge.

^ D'après l'hébreu UhÔmt qui se rencontre tant de fois dans l'Ancien Testament et qui est partout et toujours mal traduit par VaUme.

394 l'ecclésiastique XVI, 19-26 (22-31).

Les montagnes et les fondements de la terre

tremblent de terreur quand il les regarde. Mais le mortel ne réfléchit pas à cela;

[bien que tous les cœurs soient connus de Lui]

et qui prend ses voies en considération? Et la tempête, que nul homme ne voit,

et la plupart de ses œuvres restent cachées *. Qui est-ce qui annonce ou attend ses actes de justice ?

son pacte est si loin ' 1

[et l'enquête générale est réservie pour la fin.] Voilà ce que pense celui qui manque de bon sens;

rinsensé qui s'abuse nourrit ces folles pensées'.

^^ Écoute, mou fils, et apprends la science,

et de bon cœur fais attention à mes paroles.

Je vais te donner des instructions bien pesées, [je sonderai la sagesse pour te Vexposer^ et de bon cœur fais attention à mes paroles. Avec un esprit juste je te dirai les merveilles que Dieu dès Vabord a mises dans ses csuvres] et avec exactitude je te communiquerai la science ^.

'* D'après les décrets du Seigneur ses œuvres subsistent dès et dès la création il en a distribué les parties^, [l'abord.

1 La construction de cette phrase n'est pas aussi défectueuse qu'on le croit nément. La tempête est citée à titre d'exemple ou d'image (comp. Jean III, 6}, ci la seconde ligne exprime la même idée en termes propres. L'auteur met rinsoocMiioe des hommes pécheurs en regard de la certitude du jugement.

2 Y a-t-il beaucoup d'hommes qui tiennent compte, leur vie durant, de cette josliee divine inévitable ? £h non ! A leur gré, son pacte est loin, c'est-à-dire la règle ^»?»ff*™|M* qu'il s'est tracée, et la loi révélée qui la proclame, sont loin — soit de la pensée de lliomme, soit du moment de la rétribution.

3 Et voilà une interprétation ratioDuelle d une phrase bien tourmentée sans nécessité par les traducteurs.

4 On voit que l'auteur annonce ici une nouvelle série d'instructions. En effet, pour le moment il s'agit do la contemplation de l'univers et des leçons morales à en tirer.

^ Le monde est un grand tout dans lequel on distingue plusieurs parties sagement disposées : il y a le ciel et la terre, il y a les animaux et les hommes, etc.

l'ecclésiastique XVI, 27-30 (31-86). XVII, 1-6 (1-7). 395

Il a orné ses ouvrages à tout jamais,

et établi leur gouvernement d'âge en âge. Ils n'éprouvent ni faim ni fatigue,

et n'ont jamais interrompu leur besogne. Aucun ne heurte son voisin,

jamais ils ne sont rebelles à ses ordres ^ Âpres cela le Seigneur a regardé la terre

et Ta remplie de ses biens.

Toutes sortes d'êtres vivants en couvrent la surface,

et c'est à elle qu'ils retournent'.

' Le Seigneur a créé l'homme de terre,

et l'y fait aussi retourner.

Il leur assigna un nombre de jours déterminé,

et leur donna pouvoir sur tout ce qui s'y trouve. Quant à eux-mêmes', il les revêtit de force

et les créa à son image.

Il fit que toutes les créatures le craignent,

et leur donna l'empire sur les bêtes et les oiseaux. [// créa de lui une aide qui lui fut semblable ;

ils reçurent l'usage des cinq opérations du Seigneur;

en sixième lieu il leur donna et départit la raison,

en septième lieu la parole, interprète de ses œuvres*.] Il leur donna le discernement, le langage, les yeux^

les oreilles et le cœur* pour réfléchir.

1 Ces trois distiques sont parfaitement clairs, et n'ont été défigurés dans les traductions que parce qu'on n'a pas voulu voir qu'il est question des astres, créés pour le gouvernement du reste de la création (Gen. I, 16). Le verbe orner rappelle leur éclat^ le reste n'a pas besoin de commentaire.

S Après le ciel, la terre. Le texte grec reçu dit : la surface de la terre recouvre des êtres vivants, etc. C'est une simple faute de copiste ; il suffit de changer en nominatif raccusatif du mot être (psych^,

S Cette expression est assez singulière, et l'on est tenté de la changer (avec la Yalgate] d'après le parallélisme : selon /ta'-même ; de manière que V image de Dieu consisterait dans la puissance relative de l'homme^ ce qui s'accommode assez bien avec le texte de la Genèse.

4 Passage curieux, dû à des glosateurs et destiné à compléter le récit de la création de l'homme. Les parties non soulignées^ à partir du mot semblable^ sont empruntées à des manuscrits grecs, et sont évidemment un fragment ; la ligne soulignée^ y compris le mot Semblable, ne se trouve que dans le latin. Les cinq opérations^ sont les cinq sens.

^ Considéré comme siège de l'intelligence.

396 l'kçclésiastique xvii, ^-n (8-2i).

De science et d'intelligence il les remplit,

et leur fît connaître le bien et le mal. Il mit son œil dans leurs cœurs*,

pour leur montrer la grandeur de ses œuvres ; Et ils célèbrent son saint nom,

en proclamant ses œuvres merveilleuses.

Il leur octroya encore la science,

et leur donna pour héritage la loi de vie*. Il fît avec eux un pacte éternel

et leur fit connaître ses statuts.

Leurs yeux contemplèrent sa grande gloire,

et leur oreille entendit sa voix majestueuse. Il leur dit : Gardez-vous de toute iniquité !

et leur donna à tous des préceptes à l'égard du prochain.

** Leur conduite est toujours présente à ses yeux,

ils ne sauraient se cacher devant lui.

[Chaque homme est enclin au mal depuis sa jeunesse,

leurs cœurs de pierre ne se changent pas en cœurs de chair. A chaque peuple il donna son chef,

mais Israël fut la part du Seigneur.

Il le caresse comme son premier né,

lui départit la lumière de l'amour et ne le lâche pas.] Tous leurs actes sont devant lui comme le soleil,

et ses yeux sont constamment fixés sur leurs voies. Leurs iniquités ne lui sont point cachées

et tous leurs péchés lui sont connus.

[Le Seigneur est bon, il connaît ses créatures,

il ne les abandonne pas, mais en a pitié *\|

1 Cela revient à dire que pour reconnaître les merveilles de la création, il faut las observer avec l'œil do Dieu mCme, un œil non troublé par des passions OQ préoccupations mondaines.

2 Ceci regardait spécialement les Israélites, auxquels l'auteur parait avoir songé de préférence, à moins qu'on ne veuille admettre qu'il s'agit plutôt de la loi morale naturelle. Mais la suite nous ramène très-positivement au Sinaî.

3 Ce passage a été diversement remanié et interpolé et il n'est pas sûr qne tons les éléments en aient existé dans l'original hébreu. Des quatre distiques que nous avons

mis entre crochets, le second seul se trouve dans toutes les éditions, ainsi que dans le latin. Les autres no so trouvent que dans un petit nombre de manuscrits et avec de nombreuses variantes. Tous ils séparent assez maladroitement les trois distiques non suspects, qui se rattachent très-bien à ce ([wï précède : Dieu a donné sa loi, il sait aussi tenir la main à ce qu'elle soit observée. En parlant de chefs donnés aux divers peuples, un théologien juif songeait à des anges (Dan. X, 13, etc.). Pour les cœurs, voyez Ezéch. XXXVI, 20.

l'ecclésiastique XVII, 18-26 (22-33). 397

*^La charité de rhomme lui est chère comme un cachet^

et il garde la bienfaisance comme la prunelle de TœiP. Après cela il se lèvera et leur rendra la pareille'.

et sa rénumération retombera sur leurs tètes.

[el il les fera retourner au fond de la terre,] Mais à ceux qui se repentent il permet de revenir',

et il encourage ceux qui perdent la constance.

[et il leur destine la vérité pour partage.] Retourne vers le Seigneur et abandonne le péché,

adresse-lui ta prière et évite* l'achoppement. Reviens au Très-Haut, détourne-toi de l'injustice,

et hais avec énergie tout ce qui est détestable. [Reconnais la justice et les arrêts de Dieu^

demeure ferme à la place qui t'est assignée^

ainsi que dans Vinvoeation du Très-Haut^

associe-toi au monde saint ^,]

" Qui donc dans THadès louera encore le Seigneur,

à la place des vivants qui le glorifient • ? [Ne persiste pas dans l'erreur des impies;

glorifie-Dieu avant de mourir.] Du mort, qui n'est plus rien, la louange est perdue ;

c'est le vivant, tant qu'il est bien portant, qui loue le Que la miséricorde du Seigneur est grande, [Seigneur.

et sa pitié pour ceux qui se convertissent! Car tout ne peut se trouver dans l'homme ',

parce que les fils d'Adam ne sont pas immortels.

[et qu'ils se plaisent dans la vanité des vices,]

I De même qu'il a Tooil ouvert sur les péchés des hommes, de même il leur tient compte de leurs vertus. La charité et la bienfaisance (litt. : aumône et bonne grftce) sont citées à titre d'exemples. Le cachet est pour les orientaux un objet précieux.

^ Aux uns comme aux autres.

3 II faut bien se garder de mettre le mot revenir en rapport avec la glose qui parle do fond de la terre. Revenir, c'est se convertir à Dieu.

^ Litt. : amoindris.

^ La dernière ligne de cette glose du texte latin, dont le sens est plus que douteux^ n'est en tout cas qu'une fausse traduction de la ligne qui suit dans le grec et qui par contre manque dans le latin. En général, le texte a été complètement corrompu ici dans cette ancienne version.

^ Convertis-toi, recherche la grâce de Dieu, avant qu'il no soit trop tard. Une fois dans le S'eôl tu n'as plus d'accès à lui.

"^ Il ne peut être parfait. Dieu sait cela et agit en conséquence. Dans la seconde ligne du distique, l'immortalité réservée à Dieu seul, exprime l'idée de sa perfection exclusive. La glose du latin méconnaît la pensée de l'auteur.

398 l'ecclésiastique XVII, 27, 28 (34-35). XVIII, 1-8 (1-9).

Qu'y a-t-il de plus brillant que le soleil 7 Et il s'éclipse !

et le méchant songe à chair et sang^ Lui, il inspecte toute Tarmée du cieP,

et les hommes ne sont que terre et poussière I

' L'Éternel a créé toutes choses à la fois ;

le Seigneur seul est exempt de défauts. [// est le roi invincible à tout jamais :

hors de lui il n'y en a point d'autre. Il gouverne le monde avec la paume de sa main,

et tout obéit à sa volonté.

Il est le roi universel, tout-puissant,

et il sépare ce qui est sacré de ce qui est profane '.] Il n'a accordé à personne de raconter ses œuvres :

qui donc pénétrerait ses merveilles ?

Qui calculerait la puissance de sa majesté?

et qui de plus réciterait ses miséricordes*? Là il n'y a rien à retrancher, rien à ajouter :

les merveilles du Seigneur sont insondables. Quand le mortel croit être au bout, il n'en est qu'au commen-

et quand il a fini, il ne sait où il en est^. [cernent,

* Qu'est-ce que l'homme, et que vaut-il ?

qu' a-t-il en fait de biens ? qu'a-t-il en fait de défauts * ?

I Nous traduisons littéralement pour faire ressortir l'obscurité du texte. Sll n'est pas altéré, il faudra admettre que l'auteur a voulu dire : il ne songe qu'à satisfaire ses sens et ses passions. (Le latin dit : Qu'y a-t-il de plus méchant que ce à quoi songe la chair et le sang, mais cela sera puni.) Seulement la pensée n'est pas complète. L'auteur, en parlant du soleil, veut dire évidemment : le meilleur homme a des défaillances morales, et le méchant donc I

^ Le sujet est encore le soleil ; il inspecte, passe en revue, comme chef, l'ermée céleste, tous les autres astres. Si l'astre du jour, dont l'éclat dépasse celui des étoiles, vient à s'éclipser, que sera-ce de Téclat (moral) de cette chétive créature? 1

3 De ces trois distiques, la première ligne seule est dans le texte latin^ les dnq autres seules dans quelques manuscrits grecs. Les éditions n'en ont aucune.

4 Tout ce passage est destiné à opposer à la grandeur infinie et incommensortble de Dieu, la petitesse et l'impuissance de l'homme, et à en déduire la notion de la miséricorde divine qui s'abaisse jusqu'à lui.

^ Knumérer toutes les preuves, tous les exemples, tous les effets de la puissance et de la sagesse de Dieu, c'est une tïicho qui dépasse les moyens de Thomme. Il n'en vient pas à bout ; plus il s'y aj)plique, plus il s'y perd.

^> Evidemment cela doit suggérer la pensée «jue l'homme n'est pas grandxhose, ses avantages étant bien petits, ses désavantages d'autant plus grands. Parmi ceux-ci, la brièveté de In vie est signalée de préférence.

l'ecclésiastique xviii, 9-18 (10-22). 399

Le nombre de ses jours, c'est cent ans au plus,

[et le moment de la mort ne peut être calculé d'avance*.] Une goutte d'eau de Tocéan, un grain de sable,

voilà ce que c'est que ce peu d'années ^ au prix de l'éternité. C'est pourquoi le Seigneur use de patience avec eux;

et répand sur eux sa miséricorde.

Il voit et connaît leur déplorable fin,

c'est pourquoi il abonde en grâce ^.

[// voit la présomption de leur cœur^ qu'elle est mauvaise^

il voit leur corruption^ qu'elle est déplorable. Cest pour cela qu'il leur accorde un plein pardon,

et leur montre le chemin de la justice,^ L^bomme a pitié de son semblable ;

la pitié du Seigneui^ s'étend à tous les mortels. Il reprend^ il châtie, il instruit, il ramène,

comme le berger fait pour son troupeau. Il a pitié de ceux qui acceptent son instruction,

et qui s'empressent de suivre ses ordres.

**Mon fils, en faisant du bien, n'y ajoute pas de- reproche,

en donnant, n'attriste point par des paroles. La rosée rafraîchit l'ardeur de la température;

de même une bonne parole vaut mieux encore que le don. Oui , la parole vaut mieux que le don ;

l'homme charitable les a tous les deux^. C'est l'insensé ^ qui fait des reproches en maugréant,

et le don d'un envieux fait couler des larmes.

1 La seconde ligne du distique manque dans les éditions et dans la plupart des manuscrits. Cependant la première se trouve dans un état qui peut nous faire soupçonner une altération du texte (le nombre des jours de lliomme — beaucoup d'années y-^ cent}, dont l'original pourrait avoir été complet sans cette addition.

^ Une variante met mille ans, d'après Ps. XC, 4, mais certainement contre l'intention de l'auteur.

^ Le sens est : Dieu n'est pas sévère envers les hommes, parce qu'il prend en considération leur triste destinée (de mourir si tôt). Les traducteurs ont si peu compris cette idée, que déjà le texte latin substitue à ce distique les deux qui suivent, et dont le sens est non seulement contraire au contexte, mais absurde par lui-môme.

4 De la miséricorde divine, l'auteur passe à la bienfaisance de l'homme, et signale le devoir de ne pas en amoindrir la valeur par la manière dont on l'exerce. Les paroles dont on accompagne le don en rehaussent ou en diminuent le prix, selon le cas.

& Bn supposant que l'original disait nahal, on peut traduire : l'impie.

400 l'ecclésiastique xviii, 19-29 (28-83).

*® Apprends avant de parler;

avant la maladie soigne ta santé '.

Examine-toi avant le jugement',

et au jour du compte à rendre tu trouveras le pardon. Jeûne' avant de tomber malade,

et quand tu as pécbc montre le repentir. Ne manque pas d'accomplir tes vœux à temps,

et n'attends pas jusqu'à la mort pour te mettre en règle.

[car la récompense de Dieii est éternelle*.] Avant de faire un vœu, prépare-toi bien*,

et ne va pas tenter le Seigneur.

Songe à la colère du dernier jour,

au moment de la rémunération, quand il détournera sa face. Songe à la disette au temps de* l'abondance,

à la pauvreté et à rindigence aux jours de la richesse. Du mutin au soir le temps peut changer^

et devant le Seigneur tout est passager. I/liomme sage est circonspect en toutes cboses,

et durant les jours du pécbé** il se garde de mal faire.

^^Tout homme intelligent connaît la sagesse',

et rend hommage à celui qui Ta trouvée. Ceux qui savent parler sagement sont sages eux-mêmes,

[ils entendent la vérité et la justice]

et ils répandent comme une pluie des maximes de vérité.

^ Litt. : guéris- toi, locutiou paradoxale^ qui doit dire que la meilleure médecine est celle qu'on prend d'avance, c'est-à-dire une vie réglée et sans excès.

2 Et non pas : avant de juger les autres (Matth. VII, 1).

3 Litt. : humilie-toi ; mais le mot correspondant en hébreu Çinnah) est employé dent le sens que notre traduction exprime. Il no sera pas nécessaire de dire que la phrase t jeûner avant de tomber malade (les médecins prescrivant le jeûne comme une condition de la guérision}, doit avoir le môme sens que colle du verset 19.

*^ Cette glose fait voir que le traducteur latin n'a pas compris son texte. En effet, ta lieu des vœuip, il met la prière, et parle ensuite du devoir d'être juste jusqu'à la mort. Même erreur au distique suivant.

^* Sorige aux moyens de raccomplir. — Tcnlor Pieu, Hcrait ici : croire qu'il n'y regardera jjas.

^ Les jours du ytâchô sont ceux do cette vie, où à choque instant l'hominc vient à transgresser un cominandemeut de Dieu.

'' Précisément celle (jui snit trouver et suivn> le cliemin du devoir.

l'ecclésiastique xviii, 30-33 (34-38). xrx, 1-4 (t-4). 401

[Il vaut mieux avoir confiance dans le Maître seul,

que de s'en tenir d'un cœur mort à ceux qui sont morts ^]

^^Ne te laisse pas aller à tes passions,

et contiens tes convoitises.

Si tu permets à ton âme de jouir de ses désirs,

elle finira par faire de toi la risée de tes ennemis. Ne prends pas plaisir à la bonne chère,

et ne te laisse pas engager à t'y associer. Ne t'appauvris pas en festoyant avec de l'argent emprunté,

quand tu n'as rien dans ta propre bourse.

[car lu en voudrais à ta propre vie,]

* Un ouvrier ivrogne ne s'enrichit pas ;

qui néglige le peu sera bientôt à terre. Le vin et les femmes fourvoient les plus sensés ;

[et jettent les sages dans l'opprobre]

qui s'attache aux courtisanes est un criminel *. Les teignes et la vermine s'empareront de lui,

[i7 en sera fait un exemple éclatant]

et l'âme criminelle sera anéantie.

Qui est trop confiant montre peu d'esprit %

et s'il vient à pécher^, il se fait du tort à lui-même.

^ Cette dernière addition de quelques manuscrits grecs est on ne peut plus obscure. A-t-on voulu dire qu'il j a une source de sagesse et d'instruction préférable encore à ce que peuvent donner les hommes ? Les morts, et le cœur mort, seraient alors à prendre dans le sens du langage du Nouveau Testament. Quoi qu'il en soit^ les derniers distiques présentent un décousu assez sensible. L'auteur a laissé tomber le fil de ses pensées et on ne voit pas qu'il en relève un autre. On est cependant tenté de reconnaître dans les derniers distiques une espèce d'exorde, ou même, si l'on veut, de préambule. Aussi bien les manuscrits font-ils suivre le dernier que nous avons traduit par cette rubrique : EMPIRE SUR L'AME, ce qu'on pourrait traduire par: Gouvernement de soi-même.

^ Nous n'osons affirmer que ce terme répond exactement à la pensée de Tauteur, parce qu'il est impossible de deviner quel mot hébreu le traducteur a eu devant lui en mettant en grec : audaeieuw, ce qui ne dit rien ici. Même observation pour le distique suivant. Les versions mettent : méchant, éhonté, débordé, autant d'essais de ramener le grec à un sens acceptable.

S Litt. : est léger de cœur. Le cœur est le siège de la raison et de la pensée.

^ Peut-être aussi : si par suite de sa confiance il arrive à essuyer une perte, il n'a qu'à s'en prendre à lui-même. — Du reste, la confiance pourrait bien ici être la faiblesse morale de ceux qui se laissent aller à leurs désirs. D'autres y veulent voir la crédulité. A. T. 6« part. 26

402 l'ecclésiastique xix, 5-t2 (5-15).

[Qui ne songe qu'à contenter son âme est blâmable, qui sait braver les plaisirs couronne sa vie*.]

[Qui prend plaisir à r iniquité mérite le reproche^ qui hait la réprimande vivra d'autant moins.

Qui pèche contre lui-même s'en repentira^

qui met sa joie dans la malice sera mal noté.]

*■' [Celui qui maîtrise sa langue vivra en paix ']

celui qui hait le bavardage échappe au mal. Ne repète pas ce qu'on te dit ' :

tu n'y perdras certainement rien.

N'en parle ni à l'ami ni à l'ennemi,

et à moins d'être coupable toi-même, ne le révèle pas *. On t'écoutera, on se gardera de toi,

et tantôt on te détestera.

\comme pour défendre le méfait;

et Von sera toujours à tes trousses^.] Si tu as entendu quelque chose, que cela meure avec toi ;

n'aie pas peur, tu n'en crèveras pas®, [ventre,

11 n'y a que le sot qui souifre quand il a une parole dans le

comme la femme en travail à cause de l'enfant'. Une flèche enfoncée dans les chairs de la cuisse,

telle est la parole dans le sein du sot**.

1 Addition des manuscrits grecs. Le texte est ici dans un désordre inextricable.

2 A la place de cette ligne qu'offrent quelques manuscrits^ le texte reçu met la suivante : Celui qui se réjouit de cœur est condamné, ce qui évidemment ne présente pas de sens plausible. Aussi les variantes sont-elles nombreuses. Le plus simple sera de meitn le hatardage ù la place du cœur. Eu tout cas la phrase que nous avons mise dans le texte n'est qu'un essai de le restaurer.

3 II s'agit naturellement d'un secret confié, ou de quelque chose qu'il vaat mîenx taire que divulguer.

^ La franchise est un devoir quand il s'agit des propres torts. Le latin et les traductions qui en dépendent donnent ici la jolie maxime : si tu as péché, garde-toi d'en dilf mot.

^ Le sens e.^it clair, et la glose ne pouvait que l'obscurcir. Le jaseur est tonjonn écouté, mais l'auditeur prudent sachant à quoi s'en tenir quant à sa discrétion, il sert finalement la bCte noire de tout le monde. Le glosa leur a voulu ajouter qu'en témoignant de l'aversion pour le rapporteur, on va jusqu'à avoir l'air de prendre fait et cause pour celui qui a été l'oljjct de la dénonciation. mCine fondée.

^'' Expression enu*, mais tl'xluell(^

"t Des deux cotés les douleurs ne cessent que quand la chose est dehors.

^ C'tst plus qu'une déniun^eoison, c'c.-t un objet étranger causant des douleurs et dont il faut se débarrasser \.\ tout prix.

l'ecclésiastique XIX, 13-23 (16-26). 403

"Reprends ton ami — peut-être n'a-t-il rien fait —

et s'il Ta fait, ce sera pour qu'il ne continue pas. Reprends ton ami — peut être n'a-t-il rien dit —

et s'il l'a dit, ce sera pour qu'il ne le répète pas. Reprends ton ami — car souvent il y a calomnie —

et ne te fie pas à tout ce qu'on rapporte *. Tel se laisse aller, mais non de propos délibéré^;

et qui donc n'aurait jamais péché par la langue? Reprends ton prochain avant de le menacer,

et fais place à la loi du Très-Haut ^

*^[La crainte du Seigneur est le premier pas dans sa faveur,

c'est la sagesse qui gagne son amour. [pour la vie,

La connaissance de ses commandements est une instruction

et ceux qui font sa volonté receuillent le fruit de l'immortalité.] Toute sagesse consiste dans la crainte du Seigneur,

et toute sagesse est accompagnée de la pratique de la loi. [L'esclave qui dit à son maître : Je ne ferai pas ce qui te plait^

s'il le fait après, il irrite son patron*.] La sagesse n'est pas la science de la malice,

et les intrigues des méchants ne sont pas la saine raison. Il y a un savoir-faire^ qui est abominable,

et il est tel imbécile auquel il ne manque que l'esprit^.

1 Le mot reprendre t que le texte grec ne nous permet pas d'adoucir, ne signifie pas ici réprimander, faire des reproches, mais : interpeller dans le but de savoir la vérité, et éventuellement de faire des représentations. L'ami est accusé : est-il réellement coupable? S'il se trouve qu'il Test, alors il convient de passer aux remontrances.

^ Les rapports faux ou exagérés ne sont pas même toujours des calomnies méchantes et intentionnelles ; ce peut 6tre un commérage inconsidéré.

8 Permets-lui d'intervenir. Or, cette loi, c'est celle qui recommande la charité fraternelle. Lév. XIX. 17. (Matth. XVIII, 15).

^ Les deux gloses grecques ont certainement été étrangères à l'original. La première est parfaitement superflue, et la seconde interrompt la liaison naturelle des idées. L'auteur ne se propose pas ici d'insister sur la nécessité de la pratique du devoir, il Teat faire ressortir la différence entre la vraie sagesse, qui est inséparable de la crainte de Dieu, et la sagesse mondaine. Le terme hébreu hohnah sert aux deux fins, et signifie très-souvent : finesse, astuce, ruse, savoir-faire, etc.

& Il doit y avoir ici une faute dans le texte, qui dit : il y a une méchanceté. Nous rétablissons (par conjecture] le terme dont l'auteur se sert lui-même quelques lignes pins bas. Avec la leçon reçue on ne parvient pas à trouver un sens acceptable.

^ Cette seconde ligne, en apparence assez pauvre d'esprit elle-même, justifie pleinement notre conjecture. De même qu'il y a une sagesse détestable (mais qui mérite un autre nom}, de même la sagesse vulgaire peut manquer à un homme, sans que la vraie sagesse (celle qui mérite ce nom) lui fasse défaut. On peut être sage 'au gré de Dieu, sans l'être dans le sens du monde.

404 l'ecclésiastique XIX, 24-30 (27-33). XX, 1-4 (1-4).

Mieux vaut celui qui craint Dieu et qui a moins d'ÎDtelligencc^

que celui qui avec plus d'intelligence transgresse la loi. Il y un savoir-faire très-adroit, mais injuste;

tel sait faire fléchir le droit pour obtenir un arrêt '. Tel scélérat marche tout courbé et en habit de deuil^

et intérieurement il est tout rempli de fraude. Il baisse la tête, il est sourd d'une oreille^,

et si tu n'y prends garde il te surprendra ' ; S'il manque de force pour faire du mal,

il prendra sa revanche dès qu'il le pourra. C'est à la vue qu'on peut connaître un homme ;

et une personne sensée à la manière dont elle se présente. C'est le vêtement, c'est le sourire de la bouche,

c'est la démarche qui vous diront ce qu'il est.

* Il y a une réprimande hors de saison^

et tel en se taisant fait preuve de sagesse. Il vaut mieux réprimander que de couver sa colère ;

celui qui confesse évite le dommage ^.

[C'est beau de montrer du repentir quand on est repris;

car ainsi l'on évite des péchés volontaires *.] Un eunuque qui veut faire violence à une jeune fille,

tel est celui qui juge avec emportement^.

1 C'est là évidemment un exemple de ce savoir-faire blftmable. Mais le texte est obscur. Le latin parvient même à y substituer cette phrase : Tel prononce des puolea justes qui disent la vérité 1

* Tournure très-élégante pour peindre l'hypocrisie.

3 A la lettre : il te devancera, c*est-à-dire il aura l'avantage sur toi. Encore ob exemple du savoir-faire.

^ Tout a son temps : parler et se taire. Il s'agit de savoir trouver le bon mosMot La dernière ligne est obscure. Le traducteur latin dit : il ne faut pas empdcber Vvakê de faire ses aveux.

^ Ce distique, qui manque dans les éditions, était sans doute étranger à l'originaL Lm manuscrits grecs l'insèrent à une autre place que le texte latin.

^ Il est difficile de dire dans quel rapport ces vers sont avec les autres^ et snr quoi porte la comparaison. Le texte ne présente pas la moindre obscurité. Peut-être réU-

blirons-nous la liaison des idées en rappelant que l'auteur avait recommandé la modération dans la réprimande, dans le jugement à porter sur les autres. Le défaut correspondant, c'est rem|)ortoinent, la passion qu'on y mettrait. Mais la passion serait ici très-déplacée, car rUe n atteindrait pas son but, qui est de corriger et de ramener le pécheur Le reste se comprend. En tout cas il n'est pas question d'un juge au tribunal qui riolcrait la justico.

l'ecclésiastique XX, 5-14 (5-14). 405

^ Tel se tait et se montre sage ;

tel est détesté pour son bavardage.

Tel se tait parce qu'il ne sait que répondre;

tel se tait parce qu'il sait choisir son moment. Le sage se taira jusqu'au bon moment,

le sot blagueur n'en tient pas compte ^ Un grand parleur se rend odieux^,

et celui qui se donne libre carrière se fait haïr.

•Tel a du bonheur dans le malheur',

et tel gain devient une perte.

Tel don ne te profitera point,

et tel don te sera rendu au double^.

La gloire peut être un désavantage ;

une condition humble peut mener aux honneurs^. Tel achète beaucoup à bas prix,

et en paie le septuple*.

*'Le sage se rend aimable par ses discours^

les belles paroles du sot sont dépensées en vain.

Le don d'un méchant ^ ne te profitera point : pour un œil il en a beaucoup ^.

1 Liti. : il passe par dessus^ en parlant trop tôt et à contre-temps.

^ Se fait du tort à lai-mdme. (Vulg.)

' Notre proverbe : A quelque chose malheur est bon, exprime une idée analogue. Les choses ne sont pas toujours telles qu'elles paraissent. On peut se tromper à l'égard de leur valeur ou de leur portée. Les traductions ordinaires ont tout à fait défiguré le sens en disant : Lliomme sans conscience réussit dans le mal ; ou : Tadvergité tourne en bien au pécheur. Le texte ne parle pas de pécheurs.

4 La tournure spirituelle de cette maxime est méconnue quand on interprète les deux lignes dans le même sens. La première parle des dons qu'on reçoit, la seconde de oeux qu'on donne.

^ Litt. : à ce qu'on lève la tête.

^ C'est que, s'étant trompé sur la valeur, il aufa tout de même payé trop cher.

''Litt.: d'un sot. L'emploi de ce terme est ici gênant. L'auteur a l'habitude de nommer sagesse toutes les vertus, et tous les vices, sottise. La présente maxime a en vue mi homme intéressé, envieux, etc.

^n a m CBil pour voir ce qu'il donne ; il en a beaucoup (sept, Vulg.) pour voir oe quil recevra en retour. Le sens est : Tu es la dupe de la générosité qui n'est qu'une manière détournée de t'exploiter*

406 l'ecclésiastique xx, 15-22 (15-24).

Il donnera peu et reprochera* beaucoup;

il ouvrira la bouche comme un crieur public * ; Aujourd'hui il prêtera, demain il redemandera —

quel homme haïssable que celui-là I Le sot dit ^ : Je n'ai point d'ami,

et personne ne me sait gré de mes bienfaits; Ceux qui mangent à ma table médisent de moil —

combien de fois tous se moqueront de lui! [Car il ne sait pas apprécier ce qu'il a,

et de même il lui est indifférent de ne pas l'avoir^.]

*^ Plutôt faire un faux pas sur le plancher qu'avec la langue;

tellement la chute des méchants* arrive vite. Un homme déplaisant, une parole intempestive :

on la rencontre toujours dans la bouche des gens mal élevés '. De la bouche du sot la maxime^ n'est point acceptée,

car il ne la profère jamais au bon moment.

^*Tel est empêché par son indigence de faire le mal: forcé de rester tranquille, il n'a pas de remords*.

Tel se perd par suite d'un sentiment de honte,

et se ruine à cause d'une considération mal placée*. [il se perd pour avoir eu égard à la personne,]

1 II t'en reparlera^ t'en fera souvenir, t'en fera le compte. * Comme un incendie. {Vufj.)

3 La traduction latine dit au contraire : Le sot n'a point d'amis, etc.

4 Cette glose, traduite à la lettre autant que possible, n'est guère intelligible et ne semble pas cadrer avec le portrait qui précède. Le texte latin porte : Il ne distribue raisonnablement ni ce qu'il devait garder, ni ce qu'il ne devait point garder.

5 Les méchants sont nécessairement ici les mauvaises langues. La pointe sertit ^ias marquée si l'on pouvait se permettre de changer deux lettres et de mettre les èê^tHi {lalân) à la place des mâchants {kakôn).

^ Le sujet est, comme dans toute cette tirade, la parole et non Hiomme. L'antstf veut dire : ces deux sont inséparables. Le traducteur latin a complètement minqaé le sens en mettant : un homme qui ne se rend pas aimable est comme une sotte fable qae les gens sans éducation se plaisent à répéter.

"ï Même la bonne.

8 Son indigence lui procure donc un avantage r(?el. Le texte latin fausse le sens ea disant : il est stimulé, il ressent le désir de mal faire !

9 Traduction purement conjecturale d'un texte probablement altéré. Il paraît qnc l'auteur veut parler de la fausse honte (chap. IV, 21 (24) et suiv.), qui agit par de motifs de circonstance et non d'après des principes. Le distique suivant conânno cette manière de voir.

l'ecclésiastique XX, 23-31 (25-34). 407

Tel autre, par honte, fait une promesse à son ami ^ et s'en fait ainsi gratuitement un ennemi.

'^ Une vilaine tache dans Tbomme, c'est le mensonge ;

il est chose habituelle dans la bouche des gens mal élevés. Mieux vaut encore un voleur qu'un menteur d'habitude ;

mais tous les deux courent à leur ruine'. Le caractère de l'homme menteur, c'est le déshonneur ' ;

sa honte l'accompagne sans cesse.

'^Le sage gagne l'estime^ par ses paroles;

un homme prudent plaît aux grands.

Celui qui cultive la terre agrandit son tas de gerbes ;

[celui qui cultive la justice s'agrandit lui-même *]

celui qui plaît aux grands, se fait pardonner ses torts. Les dons et les cadeaux aveuglent même les sages ;

ils servent à museler ceux qui devraient blâmer. La sagesse qui se cache et un trésor enfoui,

de quelle utilité sont-ils tous les deux? Celui qui cache sa sottise

fait mieux que celui qui cache sa sagesse®. [Mieux vaut une persévérance infatigable dans la recherche,

qu'une course à fond de train et sans règle ^.]

1 Sans avoir les moyens de lui tenir parole.

^ Cela dit clairement que le menteur ne vaut pas mieux que le voleur. Les deux points de yue peuvent se justifier ; Topinion vulgaire et le code sont d'un autre avis que notre moraliste.

' C'est-à-dire que le déshonneur en est la conséquence nécessaire et naturelle.

4 Litt. : il avance^ gagne du terrain. — Il est ici opposé au menteur. En tdte de ce paragraphe quelques éditions insèrent la rubrique : MAXIMES, comme si ce titre ne revenait pas à ce livre tout entier.

^ Cette glose méconnaît l'intention de lauteur; qui dit plutôt : celui qui cultive les grands, en recueille des avantages. C'est de la prudence, ce n'est pas de la morale. La suite fait voir que l'autour tient ici compte des réalités de l'expérience, et qu'il ne veut pas enseigner.

6 Ces deux distiques se lisent encore une fois au chap. XLI, 14 suiv.

"^ Cette sentence étrangère aux éditions et au texte latin, paraît être une addition faite par une main étrangère, et se trouver ici par un pur caprice.

408 l'ecclésiastique xxi , i-to (i-ii).

' Mon fils ! si tu as péché, ne le fais plus,

et prie pour tes fautes antérieures [afin qu'elles le soient Fuis le péché comme si c'était un serpent, \pardonnées].

car si tu t'en approches il te mordra. Ses dents sont des dents de lion

et arrachent la vie aux hommes.

Toute iniquité est comme une épée à deux tranchants,

la plaie qu'elle fait est incurable.

^ L'audace et la violence détruisent la richesse, ainsi il en sera de la maison de ^insolent^

La prière du pauvre arrive bien à ses oreilles, mais son arrêt surviendra soudain'.

Celui qui déteste la réprimande marche sur les traces du pécheur; celui qui craint Dieu se convertira de cœur'.

^De loin on connaît celui qui a la parole puissante; rhomme sensé sait quand il vient à faillir^.

^ Celui qui bâtit sa maison avec l'argent d'autrui

est comme s'il amassait ses pierres pour l'hiver'.

Une réunion de méchants, c'est comme un amas d'étoupe : cela finit par le feu et la flamme.

Le chemin des pécheurs est uni et bien pavé,

au bout il y a la fosse de l'Hadès [ténèbres et tourments].

I Si nous comprenons bien ce distique, dont la seconde ligne est traduite deux fois dans le texte latin, l'auteur veut dire que la richesse d'un homme méchant et orgneoîlleux, tel qu'il va encore le décrire dans les lignes suivantes, s'en ira comme t» eUe était exposée à une invasion à main armée.

^ Ses oreilles, son arrêt, se rapportent au riche et non à Dieu, dont il n'a pas été parlé. Il entend bien le pauvre qu'il opprime, mais il ne l'écoute pas ; aussi bien son arrôt sera prononcé et exécuté tantôt.

3 Quand il est averti et réprimandé.

^ Cette sentence isolée est équivoque et la traduction l'a laissée telle à dessein. Qd est celui qui vient à faillir? Si c'est l'homme éloquent de la première ligne, l'sntenr a voulu dire, que son talent éblouit la foule, mais non lliomme sensé. Si c'est l'homme sensé lui-même, l'auteur a voulu opposer, au talent qui brille et fascine le jugement, la qualité bien autrement estimable de la connaissance de soi-même.

^ Où l'on ne bâtit point. Une entreprise fondée sur une base mauvaise (argent mal acquis, ou argent qu'on ne peut rendre) no réussira point. Si le texte disait : des pierres, il faudrait sous-entendre : au lieu de bois. Plusieurs traducteurs ont mis le tombeaUf au lieu de l'hiver, d'après une variante.

l'ecclésiastique XXI, 11-22 (12-25). 409

'' Celui qui observe la loi maîtrise ses pensées,

et la crainte de Dieu aboutit à la sagesse. Celui qui n'est pas prudent ne se laissera pas instruire,

mais il y a aussi une prudence qui est féconde en amertume * .

[et là où il y a amertume^ il vCy a pas de bon sens.] Le savoir du sage croit comme une eau qui déborde,

et son conseil est comme une source de vie'. Les entrailles' du sot sont comme un vase troué;

il ne retient rien de ce qu'il apprend.

*^ Quand un homme sensé entend une parole sage,

il Tapprouve et y ajoutera du sien ; Si c'est un luron, elle lui déplaît,

et il lui tourne le dos.

Les propos d'un sot, c'est comme un fardeau en route;

sur les lèvres d'un homme sensé on trouve ce qui plaît. La bouche de l'homme intelligent est recherchée dans l'assemblée,

et celle-ci médite ses paroles.

*^ Comme une maison détruite ^, telle la sagesse est au sot :

et tout ce qu'il sait, ce sont des paroles inintelligibles. Pour l'imbécile l'instruction est une chaîne aux pieds,

et comme des menottes à la main droite. Le sot, en riant, élève la voix ;

un homme prudent sourit à peine tout bas. Pour l'homme sensé l'instruction est une parure en or,

et comme un bracelet au bras droit.

** Le pied du sot est prompt à entrer dans une maison ; celui qui a de l'usage hésite devant^.

1 Comp. ohap. XIX, 21 (24) suiv. La mauvaise prudence, la sagesse mondaine, le Mvoir-faire des intrigants^ loin de porter de bons fruits, mène à des mécomptes et à des catastrophes.

^ De bonheur.

3 Les entrailles, spécialement le cœur, sont le siège de la pensée.

4 Qui ne présente plus d'abri.

^ C'est à dessein qae nous traduisons ainsi littéralement un texte qui a paru incomplet à la plupart des lecteurs. Le traducteur latin est allé jusqu'à ajouter : devant une personne paissante. Il ne s'agit pas de personnes, mais d'opposer l'une à l'autre deux mudères d'agir. Un homme étourdi, présomptueux, entre sans plus ni moins dans une maison, sans se faire annoncer (il faut se rappeler que l'auteur devait avoir en vue des maisons bourgeoises ordinaires, sans portier ni antichambre). Celui qui a de Vusage, l'homme poli, qui sait vivre, reste modestement devant la porte, nous disons : dehors, et attend, après avoir frappé, qu'on lui ouvre.

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