‹ La Bible (volume 3)Chapitre 48 sur 84 · L*ECCLÉSIASTIQUE XXI, 23-28 (26-32). XXII · texte numérisé non relu

L*ECCLÉSIASTIQUE XXI, 23-28 (26-32). XXII

Le sot, sous la porte même, fait le curieux vers rintérieur * ;

l'homme bien élevé reste dehors *.

Il n'y a qu'un mal-appris qui écoute à la porte,

rhomme raisonnable est scandalisé d'une chose si honteuse. La bouche des bavards jase de ce qui ne les regarde pas *,

les paroles des sages sont pesées à la balance.

'^ Les sots ont le cœur sur les lèvres ;

les sages ont la bouche dans le cœur ^. Quand Timpie maudit son adversaire^,

il se maudit lui-même.

Celui qui fait le métier de rapporteur se déshonore lui-même,

et se rend odieux à ses voisins.

[Et celui qui demeure avec lui sera hai ;

V homme sensé^ qui sait se taire^ sera honoré^.]

* Le paresseux ressemble à une pierre couverte d'ordure ;

tout le monde le siffle à cause de sa honte. Le paresseux ressemble à une boule d'excréments ;

quiconque la soulève secoue la main^.

1 Litt. : il baisse la tête pour mieux voir ce qui s'y passe.

2 Jusqu'à ce qu'on l'appeUe.

3 Texte de l'édition de 1520. Le latin porte : Les lèvres des imprudente profèrent des bêtises ; ce qui revient au même. Le texte reçu et la presque totalité des manuscrits présentent une phrase inintelligible, résultat, sans doute, d'une erreur de traduction : Les lèvres des étrangers sont chargées par ces choses. Nous admettons Tolontiers que notre traduction ne rend pas exactement la pensée de l'auteur, mais comment découvrir celle-ci ?

4 Plus littéralement : Le cœur des sages est leur bouche ; c'estrà-dire qu'ils réfléchissent avant de parler et ne disent pas tout ce qu'ils pensent.

^ Cela a été nécessairement la pensée de l'auteur ; le traducteur a compris qnll s'agissait du diable (que le Siracide ne nomme nulle part). Le sens de roriginaiest donc : les malédictions de l'impie retombent sur lui-même ; et cela est dit conune un nouvel exemple de l'abus de la parole. Le sens du grec est : l'impie a tort dlmpater au diable soit ses méfaits, soit sa punition. Il est lui-même l'artisan de sa fortune.

^ La première ligne de la glose n'est qu'une seconde traduction de celle qui précède, et une traduction à contre-sens, comme il est facile de le voir.

'7 A quoi bon décolorer le texte, dont la crudité fait si bien ressortir le mépris qu'inspirait la paresse à un peuple si distingué pour son amour du travail et son esprit industrieux ? Soit par erreur, soit à dessein, la traduction latine fait lapider le paresseux avec de la fiente de bœuf, ce qui serait une manière de punir aussi désagréable que ridicule. S'il est parlé do pierres, c'est que les pierres servaient aux anciens là où nous nous servons d'autre chose, et l'auteur veut simplement dire que le paresseux est un être tellement méprisable, que l'on éprouve, même ù le toucher, autant de dégoût que s'il s'agissait de ce qu'il y a de plus dégoûtant.

l'ecclésiastique XXII, 3-11 (8-12). 411

* C'est une honte pour un père que d'avoir un fils mal élevé,

et une telle fille est pour lui une perte ^ Une fille sage obtiendra un mari*.

celle qui tourne mal' sera le chagrin de son père. L'effrontée fait honte à son père et à son mari

[elle ne reste pas en arrière des impies*]

et de tous les deux elle est méprisée. La musique est un entretien déplacé pendant le deuil,

mais le fouet et Tinstruction sont de mise en tout temps'. [Des enfants qui vivent bien et se nourrissent honnêtement

font oublier la basse extraction de leurs parents. Des enfants qui avec une mauvaise conduite font les orgueilleux,

déshonorent la noblesse de leur parentage.]

* Instruire un sot, c'est coller un pot cassé * ;

• c'est réveiller un dormeur d'un profond sommeil. Parler à un sot, c'est haranguer quelqu'un qui s'endort ;

à la fin il dira : Qu'est-ce ^ ?

Pleure sur un mort : sa lumière s'est éteinte ;

pleure sur un sot : son bon sens a disparu ^. Mais pleure moins ^ sur le mort^ car il se repose ;

la vie du sot est pire que la mort.

I Non seulement une honte , éventaellement^ mais une perte ; car il ne panrendra pas à la marier. On sait que cela rapportait de Targent. Réalisme et morale utilitaire.

^ C'est à tort qu'on fait dire au texte : elle sera un héritage pour son mari. Le grec ne dit pas cela^ et l'hébreu ne pouvait pas le dire.

' Il ne s'agit pas du tout d'une faute, comme le supposent les traducteurs ; l'auteur parle tout simplement de celles dont personne ne veut.

4 Nous ne savons ce que le glosateur latin a voulu dire par là^ si ce n'est peut-être qu'une femme effrontée est capable de tout.

5 II 7 a un temps oti la musique n'est pas de mise, le fouet l'est toujours. On ne pouvait inculquer d'une manière plus piquante le principe de la sévérité dans l'éducation des enfants. Nos traductions ordinaires mériteraient aussi une correction. Les moins mauvaises prétendent avoir trouvé le sens : L'enseignement oral n'est pas toujours de mise, tout aussi peu que la musique, mais la punition et Véducation le sont toujours.

^ Entreprise vaine ; la colle n'y fait rien. C'est dans le môme sens qu'il faut prendre la seconde ligne. Un sommeil lourd ne cède pas aisément.

'' Il n'aura pas entendu.

8 Avec cette différence pourtant qu'il n'y a jamais été. Mais ce n'est pas un avantage que de ne pouvoir perdre ce qu'on n'a jamais eu.

9 Litt. : plus doucement.

412 l'ecclésiastique xxii, 12-18 (i3-2i).

Le deuil pour un mort dure sept jours,

celui pour un sot et un impie * ne cesse pas sa vie durant.

*^Âvec un sot ne fais pas de longs discours,

et ne recherche pas la société d'un imbécile.

[dépourvu de bon sens, il méprisera tout ce que tu diras.] Garde-toi de lui pour ne pas en avoir d'ennui,

et pour ne pas être souillé par son contact*. Évite-le, et tu auras du repos,

et sa folie ne te causera pas de chagrin. Quelle est la chose plus lourde que le plomb ?

comment la nomme-t-on? c'est le sot'.

Le sable, le sel, une masse de fer,

tout cela se porte plus aisément que le sot^ [et Vimpie].

*• Une charpente bien liée

n'est pas disjointe par le tremblement de terre. Un cœur ferme dans ses résolutions

n'aura pas peur dans l'occasion.

Un cœur fidèle à un dessein raisonnable

est pareil au crépi d'un mur bien poli^. Des échalas^ sur la hauteur

ne résistent pas au vent ; Ainsi un cœur timide, aux résolutions irréfléchies^

ne résistera pas en face du danger^.

I On voit qu'il ne faut jamais restreindre la notion de la sottise aux seuls défauts de Tintelligence. La langue hébraïque usait des mômes termes pour les défauts mormaz. (Matth. V, 22.)

^ Contact. Mot choisi à tout hasard. Le terme grec ne se rencontre pas ailleors, Lt Yulgate met le p^ch^. D'autres traduisent : malheur^ ordure^ salive, etc.

5 II est à charge aux autres.

4 Qui est insupportable,

^ Cette ligne manque dans le latin^ ou plutôt il en est resté une trace dans le distique suivant où^ tout au contraire, le crépi est assimilé aux échaias pour le manque de solidité.

6 Sens douteux. D'autres mettent des palissades, des cloisons, etc.

"^ Dans le latin il suit ici : Comme un cœur timide à résolutions irréfléchies n'a jamais peur, ainsi est celui qui reste fidèle aux préceptes do Dieu. On voit que la première ligne est purement et simplement la répétition de la précédente, sauf Tabsurdité.

l'ecclésiastique XXII, 19-26 (22-32). 413

'^ Qui pique Tœil fait couler les larmes ;

qui pique le cœur provoque le sentiment * . Qui jette des pierres aux oiseaux les chasse,

qui outrage^ un ami rompt Tamitié. Si tu as tiré Tépée contre ton ami,

ne désespère pas : il y a moyen de revenir ; Si tu t'es emporté en paroles contre ton ami,

n'aie pas peur : il y a moyen de se réconcilier ; Mais le reproche envieux, le dédain, l'indiscrétion, la rancune —

avec tout cela, adieu Tamitié.

'^ Garde ta foi à ton prochain pendant qu'il est pauvre^ pour que tu jouisses à ton tour de sa prospérité ;

Au temps de l'adversité ne l'abandonne pas,

pour que, s'il fait un héritage, tu en aies ta part'.

[Car la pauvreté n'est pas toujours à mépriser,

et un sot qui est riche n'est pas digne d'estime.]

** Avant le feu^ vapeur de cheminée et fumée ; ainsi après les injures l'efifusion du sang^.

''De défendre un ami je n'aurai point honte,

et je ne me cacherai point devant lui : S'il m'arrive du mal de sa part [je le supporterai],

quiconque le saura se gardera de lui^

1 La peDsée de Taoteur n'est pas claire. Le mot piquer équivaut-il simplement à toucherai alors le texte dit que le sentiment (n'importe lequel) se manifeste quand le cœur est affecté par ce qui le sollicite. Si au contraire piquer doit marquer un attouchement douloureux, alors il faut convenir que le terme de sentiment est trop peu précis. Pourtant les modernes veulent qu'on entende des sensations désagréables, une sensibilité chagrine.

^ Ailleurs le verbe a été employé dans le sens spécial d'un reproche fait à propos d'un bienfait antérieur.

3 II sera utile de mettre en regard de ce conseil la maxime de l'Évangile, Luc, VI. 34.

4 Nous avons dû renverser la construction de la seconde ligne pour ne pas affaiblir la pointe du proverbe. On prévoit le feu, quand on voit la fumée ; on peut s'attendre à ce que les gros mots aboutissent à une rixe sanglante.

^ La glose latine méconnaît le sens du texte. L'auteur veut exprimer une pensée totite différente : Moi je ferai mon devoir envers lui ; s'il ne fait pas le sien, eh bien, ce eera un avertissement pour les autres, et en fin de compte c'est l'ami infidèle qui y aura perdu.

414 l'ecclésiastique XXII, 27 (33-34). XXJII, 1-5 (1-7).

^^Qui mettra une muselière à ma bouche,

et le sceau de la prudence sur mes lèvres,

Pour que je ne fasse pas une chute à cause d'elles, et que ma langue ne me perde pas * I

*Seigneiu', père et maitre de ma vie*.

Ne m'abandonne point au caprice de mes lèvres,

et no me laisse pas faire une chute à cause d'elles. Qui donnera le fouet' à mes pensées,

et qui tiendra mon cœur sous la férule de la sagesse, De manière à ne pas épargner mes défaillances,

et à ne pas laisser passer mes fautes, De peur que mes erreurs ne deviennent trop nombreuses,

et que mes péchés ne se multiplient^ Que je ne vienne à tomber devant mes adversaires,

et que mes ennemis ne se réjouissent de ma chute * !

[eux dont Tespérance est loin de ta miséricorde ^.]

♦Seigneur, père et Dieu de ma vie, Ne me donne point des yeux d'effronterie,

et ôte de moi les mauvaises passions I [Éloigne de ton serviteur la convoitise des Géants, [venantes.]

détourne de moi les vaincs espérances et les pensées incon-

^ Ici la coupe des chapitres dans nos éditions est absurde. Avec le dernier verset du 22% commence un morceau tout nouveau, pour lequel quelques manuscrits grecs ont même inséré, au v. 7, la rubrique : DISCIPLINE DE LA BOUCHE. Ce sont diverses maximes relatives à l'usage et à l'abus de la parole. L'auteur y attache même une telle importance, qu'il débute en parlant à la première personne et par une espèce de prière. On remarquera cependant qu'à côté de ce sujet l'auteur en traite un entre tout différent, également introduit par une prière. — Nous rappellerons cependant que la langue hébraïque emploie la phrase : Qui donnera ? pour dire : Plût à Dim fw», etc.

^ Cette allocution, ici et plus bas, a cela de particulier qu'elle dérange la forme de la versification, observée partout ailleurs.

8 Moyen d'éducation (chap. XXII, 6).

4 C'est une espèce d'amplification de cette maxime: Prindpiii ohsial On se laisse aller à une faute légère (ici il est question d'une parole inconsidérée, de la simple expression d'une pensée mauvaise), et insensiblement on est entraîné plus loin, on en arrive aux actes blâmables, on (mit par être signalé publiquement comme un homme méprisable ou criminel.

5 La glose grecque ne peut avoir que cette signification : Mes ennemis sont méchants eux-mêmes et n'ont rien ù espérer de la miséricorde divine ; et non point : Ils manifestent à mon égard des espérances toutes différentes de la miséricorde divine.

L^ECCLésiÂSTiQUB xxni, 6-id (8-1*7}. 415

Que les désirs charnels et la volupté ne me dominent pas, et ne me livre pas à Timpudicité ^ !

^Hes enfants^ écoutez comment il faut discipliner la bouche;

celui qui s'y applique ne périclitera pas'.

[et ne sera pas entraîné à des actes criminels,] C'est par ses lèvres que le pécheur est attrapé^

ce sont elles qui font broncher Tinsolent et le médisant. N'accoutume point ta bouche à jurer,

[car ainsi on risque souvent de tomber]

et à prononcer le nom du Saint à tout instant.

[et à mêler les noms des Saints à tes discours ^^

car cela ne te préservera pas de fautes]. Comme Tesclave sans cesse battu n'est pas sans meurtrissure,

celui qui jure toujours par Dieu ne reste pas impuni^. Celui qui jure beaucoup pèche beaucoup aussi,

et la vengeance du ciel ^ ne passera pas à côté de sa maison. S'il commet la faute, ce péché lui est compté ;

s'il n'y regarde pas, il pèche doublement; S'il jure en mentant, il ne restera pas impuni,

et sa maison essuiera des revers sans nombre ^. Il y a une manière de parler qui n'est expiée que par la mort ^ ;

puisse-t-elle ne jamais se trouver sur la terre de Jacob I

1 Les traducteurs qui (par pruderie, sans doute) font parler ici le texte d'orgueil et de gourmandise, méconnaissent complètement le sens. Le glosateur grec qui parle de la convoitise des Géants (tradition mythologique fondée sur Gen. VI, 2 ; comp. Jude, 6, 7) a bien mieux compris la pensée de Tauteur. La suite du texte revient également aux péchés de la chair, après avoir d'abord repris ceux de la langue.

5 Litt. : ne sera pas pris. C'est la figure, si usitée en hébreu, du piège dans lequel on est pris, pour dire : la fâcheuse conséquence d'un faux pas. Les éditions ajoutent : il ne sera pas pris dans (par) ses lèvres. Mais ces mots sont à joindre à ce qui suit.

3 Les Saints, à côté du Saint, ne peuvent être que les anges. Car le texte latin, qui seul ajoute cette glose, est trop ancien pour que nous songions à une interpolation dans le sens chrétien.

^ La comparaison est assez singulière. La pointe est dans la conséquence. Celui qui Jure à tort et à travers en portera aussi la peine, car il est impossible qu'il ne vienne à pécher, c'est-à-dire, sans doute, à employer le serment là où il ne dit pas la vérité. Il ne reste pas impuni, litt.: il n'est pas acquitté (par le juge).

6 Litt.: le fléau, le fouet.

^ Il y a ici gradation : Jurer légèrement est chose mauvaise en elle-même ; si on le fait par habitude, la responsabilité devient plus grande ; la mesure sera au comble quand on se laisse aller jusqu'au parjure, ce qui arrivera facilement.

"7 Allusion au blasphème puni de mort (Lév. XXIV, 14 suiv.).

416 l'ecclésiastique xxiii, 12-18 (18-38).

Tout cela doit être loin des hommes pieux, qui ne s'engageront point dans ces péchés.

N'accoutume point ta bouche à des grossièretés indécentes^ elles sont toujours blâmables.

** Souviens-toi de ton père et de ta mère,

lorsque tu seras assis au milieu des grands ; De peur qu'eu les oubliant en leur présence,

tu n'apparaisses comme un sot par suite de tes habitudes. Et que tu n'arrives à désirer de n'être pas né,

et à maudire le jour de ta naissance ^ Celui qui est accoutumé à parler d'une manière injurieuse,

n'arrivera jamais à se corriger.

*^ Deux sortes d'hommes multiplient les péchés,

et une troisième provoque la colère de Dieu*. Une passion ardente est comme un feu allumé,

qui ne s'éteint que lorsqu'il s'est consumé'. Tel l'homme adonné à la luxure

n'a de repos qu'il n'ait assouvi sa passion *. A l'homme voluptueux tout pain est agréable ^ ;

il n'en a point assez avant de mourir. Tel en quittant son lit ^ se dit : Qui est-ce qui me voit ?

autour de moi ténèbres — les murs me cachent —

1 Ce passage, misérablement défiguré dans les versions, est pourtant assez simple. Il est toujours question de veiller sur ses paroles. Celui qui parle mal, indiscrèternsnt, vilainement, surtout en présence de gens bien élevés et distingués, fait honte A tes parents (chap. XXII, 3). Les habitudes dont parle le texte sont précisément celles dont il vient d'être question. Celui qui tient un langage inconvenant dans la bonne société, se couvre de honte et finit par reconnaître [trop tard) que sa position n'est plus tentUe.

2 Ici l'auteur passe à une seconde catégorie de péchés, déjà annoncée plus hant. Mais on a tort de s'arrêter aux nombres qui l'introduisent, comme s'il voulait énomérer trois passions ou défauts distincts. Cela a donné lieu à des méprises. Les nombiff expriment tout simplement d 'une manière figurée la notion : plusieurs (Amos 1, 3 sniv. , ele.). Il s'agit de la luxure en général. Il serait d'ailleurs absurde de dire que parmi les Utii cas (supposés), deux sont nombreux, et le troisième seul odieux à Dieu. Le peraUélisne est communicatif et réciproque. Ce genre de péché est fréquent et toujours condamntUe.

3 C'est-à-diro lorsqu'il aura dévoré tout ce qui est à sa portée.

** Le sens do ce distique n'est pas clair, et probablement l'original n'est pas rendu exactement, ou même trop littéralement pour être intelligible. Les derniers mots signifient proprement : jusqu'à ce qu'il ait allumé uu feu.

^ Il n'est pas diflBcile dans le choix (Prov. IX, 17).

® Le lit conjugal. 11 s'agit de l'adultère.

l'ecclésiastique XXIII, 18-27 (29-42). 417

Personne ne s'en aperçoit — qu'ai-je à craindre?

le Très-Haut ne songera pas à mes péchés — Ce sont les yeux des hommes qu'il craint : [clairs que le soleil^

il ne songe pas que les yeux de Dieu sont mille fois plus Qu'ils voient toutes les démarches des hommes,

[et même le fond de rabimé]

et pénètrent dans les lieux les plus cachés. Toutes choses lui étaient connues avant même d'être créées,

et tout autant depuis qu'il les a faites. Un tel sera puni sur la place publique S

[t7 sera chassé comme le poulain d'un cheval*]

et saisi quand il s'y attendra le moins. [// sera déshonoré devant tout le monde^

parce qu'il n'a pas connu- la crainte du Seigneur.] Il en sera de même de la femme qui abandonne son mari,

et lui donne pour héritier le fils d'un autre. Car d'abord elle a désobéi à la loi du Très-Haut,

ensuite elle a fait tort à son mari, En troisième lieu elle a commis un adultère,

et s'est donné des enfants d'un étranger. Elle sera menée devant la communauté ^,

et ses enfants en subiront la peine ^. Ses enfants ne prendront point racine,

et ses branches ne porteront pas de fruit. Sa mémoire sera l'objet de la malédiction,

et sa honte ne sera pas effacée. [du Seigneur,

La postérité reconnaîtra qu'il n'y a rien au-dessus de la crainte

rien de plus doux que d'obéir à ses commandements. [C'est une grande gloire que de suivre le Seigneur^

une longue vie en est la récompense*]

I Les deux coupables étaient punis de mort (Lév. XX, 10. Deut. XXII^ 22].

^ Nous ne hasarderons aucune explication de cette singulière glose. Seulement il est clair ^'en l'insérant ici son auteur n'a pas cru qu'il s'agissait de la peine de mort dans la ligne précédente. D'après lui, il faudrait traduire : on lui fera son affaire, on le pourchassera dans les rues, quand on le surprend ; il sera obligé de courir conmie un Jeune cheval pour échapper au /yncA. Il faut convenir que ie contexte favorise cette explication. Car en parlant plus loin de la peine réservée à la femme, Fauteur se sert d'une expression toute différente.

8 Sous-entendu : pour recevoir son arrêt (Jean VIII, 3 suiv.).

^ Les traductions vulgaires parlent ici assez ridiculement de la« recherche de la paternité. La Visitation dont parle le texte, est, comme toujours dans la Bible, celle du Dieu rémunérateur, et notre auteur affirme que les bâtards porteront la peine de la faute qui leur a donné le jour.

A. T. 6« part. 27

418 l'ecclésiastique xxiv, 1-6 (i-io).

* La Sagesse se loue elle-même,

[elle est honorée de Dieu]

et se glorifie au milieu de son peuple *. Dans la communauté du Très-Haut elle ouvre sa bouche,

et se gloriCe en face de sa puissance *. [Elle est exaltée au milieu de son peuple^

et admirée par la multitude des saints; Elle est l'objet des louanges de l'assemblée des élus^

ot bénie de ceux qui sont bénis,]

« ^ Moi, je suis sortie de la bouche du Très-Haut,

[la première avant toutes les créatures. Tai fait au ciel une lumière permanente]

et comme un brouillard j'ai recouvert la terre '. J'avais ma demeure dans les hautes régions,

et mon siège sur une colonne de nuages *. Moi seule je faisais le tour de la voûte céleste,

et je me promenais au fond des océans *. Dans les Ilots de la mer, sur tous les continents,

au milieu des peuples et des nations, c'est moi qui créais *. [Et feus rcmpire sur tous les peuples

et ma puissance dominait les cœurs des grands et des humbles.]

I Le passage qui commence ici, pout-Otre le plus célèbre de toat le livre, porte dans quelques manuscrits et éditions le titre spécial : ÉLOGE DE LA SAGESSE. 11 olFreplus d'une analogie avec les premiers chapitres des Proverbes, sortout cbap. VIIL — Le peuple de la sagesse, d'après ce qui va suivre, doit être Israël, parce que la notion même, que l'auteur nous donne d'elle, nous ramène toujours à la religion, et plus particulièrement à la religion révélée.

^Traduction littérale, ha puissance doit être une circonlocution pour désigner la personne de Dieu (le Tout- Puissant — Sa Majesté). Le terme grec pourrait cependant exprimer l'idée de Vannée céleste (des anges), et le parallélisme favorise cette interprétation.

3 Ceci est à expliquer par les premiers versets do la Genèse. La sagesse peraonnifite est cet Esprit de Dieu qui planait sur le tohou bohou du commencement, et qui produisit avant toute autre chose la lumière (conçue comme indépendante du soleil}.

^ Avant de se manifester aux hommes, la Sagesse demeurait avec Dieu au ciel, et las nuages servaient de base ù son trône, comme ù celui de Dieu.

•"> La sagesse créatrice de Dieu était partout présente et active.

*' Et non : je possi-thiis. Car évideinmont le traducteur grec a mal compris l'original, qui disait, à n'en pas doulcr : qnultî, mot qui a bien les doux significations. Ici le choix no peut Tître douteux. Coinp. la note sur Prov. VllI, 22 (Ps. CXXXIX, 13. Deut. XXXII, G). — La sagesse du créateur se manifeste dans la nature et dtnf l'histoire.

l'ecclésiastique xxrv, 7-i4 (ii-i9). 419

Chez eux tous je cherchais un lieu de repos :

dans le domaine de qui établirai-je ma demeure * ? Alors le créateur de T univers me donna ses ordres ;

celui qui m'avait créée moi-même m^assigna ma demeure ' : Il dit: C'est en Jacob que tu dois rester,

c'est Israël qui sera ton domaine'.

Avant les siècles, au commencement, il m'a créée

et jamais je ne viendrai à manquer.

Dans le saint tabernacle, en sa présence, j'ai officié^

et j'ai eu ma résidence fixe dans Sion. Dans la ville bien-aimée il m'a fait reposer,

et à Jérusalem j'exerçai ma puissance.

J'ai pris racine parmi le peuple glorieux,

dans le lot que le Seigneur a choisi pour sa part^.

[je fus retenue dans rassemblée des saints.] Je m'élevai^ comme le cèdre du Liban,

comme le cyprès sur les hauteurs du Hermon ^. Je m'élevai comme le palmier sur le rivage,

comme les rosiers de Jéricho.

I II n'était pas dit d'avance quel peuple, entre tous, devait être le dépositaire de la sagesse divine (de la loi révélée). La Sagesse s'adresse à Dieu pour connaître sa volonté à ce sujet.

^ Litt. : fit reposer ma tente. L'image est empruntée à la vie nomade, ce qui cadre très-bien avec l'allégorie.

9 Le grec exprime le passif : tu seras le domaine, l'héritage d'Israël. Cela revient au même, mais cela jure avec la forme allégorique (qui fait de la sagesse une personne) tX avec le vers parallèle. L'original a été encore plus mal rendu par le traducteur latin (mon créateur reposa dans mon tabernacle), qui ajoute à la fin : et prends racine parmi mes élus.

4 En d'autres termes cela signifie : A un moment donné de l'histoire, la Sagesse divine se manifesta d'une manière plus spéciale au peuple élu. La Loi fut donnée ; et d'après elle le culte prescrit par Dieu même fut organisé, dans le tabernacle d'abord, ensuite à Jérusalem. Dès lors Israël fut le dépositaire de la sagesse, incarnée, pour ainsi dire, dans la Loi. En disant : fat officié, l'auteur fait voir qu'il considère le culte même comme la chose essentielle, la manifestation positive de la piété.

^ Image des progrès religieux du peuple auquel avait été octroyée cette loi.

^ La Vulgate y substitue le nom de Sion, ce qui serait tout au plus tolérable dans le cas que l'original aurait employé une désignation locale (d'une partie du Liban) qui se rencontre aussi Deut. IV, 48. — Dans le vers suivant, au lieu du rivage, plusieurs anciens témoins mettent 'Én-G'adi ou Qades\ noms de lieux. — Pour les rosiers, il faut en tout cas faire abstraction de l'élévation et s'en tenir à la floraison. La question est même de savoir s'il y avait dans l'original de véritables roses, dont les textes hébreux H* parlent nulle part. Ce qu'on appelle aujourd'hui la rose de Jéricho (anastatica hierichuntina) est une petite fleur è laquelle l'auteur n'a pu songer ici.

420 l'ecclésiastiquk XXIV, 14-20 (20-30).

Comme un bel olivier dans la plaine,

comme un platane [au bord de Teau].

Je répandis mon parfum * comme la canelle et Taspalathe,

une délicieuse odeur comme celle de la myrrhe exquise ; Comme tout ce qu'il y a de plus excellent parmi les arômes,

comme la fumée de Tencens dans le tabernacle.

[comme un baume pur et sans mélange,] Pareille au térébintlie j'étendis mes branches,

et mes rameaux furent beaux et gracieux'. Comme la vigne je fis germer ce qui charme,

et mes fleurs devinrent un fruit de gloire et de richesse. |.Ie suis la mère de Thonnète amour,

du respect, de la science, de la sainte espérance. E7i moi est la grâce de toute voie et vérité^

en moi toute espérance de la vie et de la vertu. Avec tout cela je donne à mes enfants,

à ceux qui sont nommés par lui, des biens éternels '.] Venez à moi, vous qui me désirez,

rassasiez-vous de mes fruits.

Songer à moi est plus doux que le miel,

me posséder, plus doux qu'un rayon de miel.

[via mémoire passe aux âges futurs.] Ceux qui se nourrissent de moi, auront toujours faim,

ceux qui s'y abreuvent, auront toujours soif*.

1 Nouvelle série d'images pour décrire les effets salutaires et désirables d« cette sagesse religieuse. Les traducteurs français sont obligés de conserver les noms grecs de tous CCS baumes et résines que le texte énumère, cependant à la dernière ligne noas nous sommes permis de généraliser, au lieu de nommer le galbanum, Von^fX et la êtâiti, qui n'auraient rien dit ù la plupart de nos lecteurs.

^ La suite fait voir que cela doit également exprimer l'idée que la sagesse procure la gloire et rend agréable.

3 De ces trois distiques^ le second ne se trouve que dans le texte latin, le titnaièait seulement dans un petit nombre do manuscrits grecs, le premier dans ces deux témoiu à la fois. Le texte du dernier est très-altéré, et notre traduction purement conjecturale* Ainsi c'est nous qui ajoutons lo mot biens à un odjeclif autrement isolé ; et au lieu de ces mots : qui sont nonhavs, on pourrait mettre : qui sont élu$\ en ajoutant la prépositiwi au verbe. La glose paraît avoir été insérée par un chrétien. La Siracide ne sait rien df biens vtCi'iH'U.

'^ Voyez la dJlFércnce des points de vue ! [Jean IV, 14.) Celui de notre moraliste se justitie également. 11 parle de VnppUcatioii des hommes à une tâche qui n'est jainais accomplie.

l'ecclésiastique XXIV, èl-26 (31-40). 421

Celui qui m'écoute n'en aura point honte \

et ceux qui travaillent avec moi ne pécheront pas.

[et ceux qui me mettent en évidence auront la vie éternelle.] >

^•Tout cela*, c*est le livre de Talliance du Dieu suprême,

[le livre de vie, la connaissance de la vérité] [Jacob.

la loi promulguée par Moïse, l'héritage des synagogues de

[préceptes de justice et promesses faites à Israël.] [Il promit à son serviteur David de susciter de sa race un

qui siégerait à jamais sur son trône glorieux.] [roi puissant^ [Ne vous lassez point de vous fortifier par le Seigneur,

pour qu'il vous affermisse à son tour.

Attachez-vous à lui : le Seigneur tout-puissant est seul Dieu,

et il n'y a de sauveur que lui.] C'est elle^ qui fait déborder la sagesse, comme le Phison,

comme le Tigre, au temps des nouveaux fruits; Qui fait abonder l'intelligence, comme TEuphrate,

comme le Jourdain au temps de la moisson. Qui répand l'instruction, comme le Nil *,

comme le Gihon aux jours de la vendange.

'^Le premier n'en épuise pas la connaissance, et le dernier ne l'approfondit point *.

I La suite prouvera ^'il a pris le boa parti.

> Maintenant c'est Tauteor C[ui prend la parole, après avoir fait parler la Sagesse eUe-mdme. Il déclare, ce que nous avons déjà entrevu, que cette sagesse, existant en Dieu et par lui, s'est donné un corps dans la Loi mosaïque. On remarquera que la glose latine parle du Messie issu de David et devant inaugurer un règne sans fin. C'est là une conception étrangère à l'original. Cette addition doit être assez récente. Aucun manuscrit grec ne la connaît. Ceux-ci, au contraire, ajoutent d'autres gloses d'une portée toute pratique.

5 La Loi. C'est par elle que la sagesse (qui maintenant est une qualité de l'homme), l'intelligence, l'instruction, arrivent abondamment à ceux qui l'observent. Cette idée d'abondance est exprimée par l'image des plus fameux fleuves de l'horizon géographique des Israélites, qui coulent à pleins bords. Le Phison et le Gihon sont pris dans la description du paradis (Genèse II), où sont aussi mentionnés le Tigre et l'Euphrate.

4 Par une erreur qui nous donne la mesure de son savoir, le traducteur grec a mis la iumiire (hébr. âr) au lieu du nom d'un fleuve (y0<?r, Nil) que réclame le parallélisme.

6 L'auteur revient à la sagesse elle-même, considérée cette fois-ci comme l'objet des efforts de l'homme. Ni le premier, ni le dernier — c'est personne. Ce distique a été pitoyablement défiguré dans les traductions. Tantôt on y voit une allusion à Adam, tantôt on prend pour sujet Dieu, en biflant la négation, tandis qu'à la seconde ligne seulement il serait question de l'homme.

422 l'ecclésiastique XXIV, 27-32 (41-48).

Ses pensées sont plus inépuisables que la mer,

ses conseils plus profonds que le grand océan '.

[wioî, la sagesse, je répands des fleuves *.] Et moi, comme un canal dérivé d'un fleuve,

comme un conduit d'eau dans un parc, je me suis mis en route ' ; Je disais : Je veux arroser mon jardin,

donner à boire à mes parterres — Et voilà que le canal est devenu un fleuve

et le fleuve lui-même une mer *.

Désormais je ferai luire Tinstruction comme Taurore,

et je la ferai connaître au loin.

[Je pénétrer ai jusqu'aux profondeurs de la terre,

je visiterai ceux qui dorment,

et j'éclairerai tous ceux qui espèrent en Dieu *.] Désormais je répandrai mon enseignement comme une prophétie,

et je le laisse aux générations futures. Voyez! Je n'ai pas travaillé pour moi seul,

mais pour tous ceux qui la recherchent^.

1 Pensées et conseils sont des termes français qui rendent Tidée de Tautear tout aussi imparfaitement que ceux que lui fournissait la langue hébraïque, ou la langue grecque au traducteur. Il veut donner une idée de l'immensité de tout ce qui rentre dana le domaine de la raison et de l'intelligence, bien entendu, en tant que cela émane de Dieu même, et non de l'initiative de la spéculation humaine.

2 Cette glose prouve que déjà très-anciennement on a cru qu'ici la sagesse reprend elle-même la parole. Nous sommes d'un autre avis. La glose est absolument contnin à la pensée de l'auteur qui parle en son propre nom.

8 J'ai débuté par une faible portion de sagesse ; j'avais de bien modestes prétentiOBS. Les traductions reçues font dire ici à la sagesse qu'elle est sortie du paradis.

4 Image du profit incalculable qu'on retire de la sagesse, dès qu'on s'y appll^ sérieusement. L'auteur veut dire que, s'étant d'abord préoccupé modestement da si propre instruction, il en est arrivé à pouvoir instruire les autres.

^ Le glosateur, fidèle à son point de vue, fait encore parler la sagesse, et loi octroie une mission auprès des morts. La glose trahit son origine chrétienne.

^ Qui la recherchent. Ce seul pronom fait voir que le sujet qui parle n'est pas U sagesse, mais celui qui l'enseigne.

l'ecclésiastique XXV, 1-7 (1-9). 423

* Trois choses me plaisent,

et elles sont belles au gré de Dieu et des hommes'. La concorde entre frères, Tamitié entre proches,

mari et femme qui s'accordent '.

Trois sortes de gens me sont antipathiques,

et leurs mœurs me déplaisent souverainement : Un pauvre qui est insolent, un riche qui trompe,

un vieillard adultère, faible d'esprit'.

' Tu n'as pas amassé dans ta jeunesse^

comment trouveras-tu dans ta vieillesse^? Comme le jugement sied bien aux têtes blanches,

et aux hommes âgés la science du bon conseil I Comme la sagesse est belle chez les vieillards,

le bon sens et la prudence chez les hommes distingués! La couronne des vieillards, c'est l'expérience ;

leur gloire, c'est la crainte du Seigneur.

Ml j a neuf choses que j'estime heureuses dans mon cœur, et une dixième que je proclamerai telle hautement ^ :

1 Nous rendons le sens du texte latin ; le grec est sans doute corrompu. Il dit à la lettre : De trois choses je me pare, et je me présente belle devant Dieu et les hommes. Cela fait croire que le traducteur grec y a vu un discours de la sagesse, ce en quoi il s'est trompé.

^ S'il doit y avoir gradation, on entendra par frères les compatriotes. La nationalité, la parenté, le mariage, sont trois cercles, l'un plus intime que l'autre, dans lesquels le sentiment de sympathie doit se manifester.

8 L'auteur veut sans doute insinuer que c'est le comble de la folie, quand un vieillard se laisse entraîner à des actes inexcusables mOme chez un jeune homme.

^ Si ce distique devait être considéré isolément, il exprimerait la vérité banale mise en lumière par la fable de la cigale et de la fourmi. Mais nous pensons qu'il s'agît platôt d'amasser de la sagesse en temps utile, pour en avoir une provision^ alors qu'il serait trop tard de commencer. Les trois distiques suivants exaltent cette même sagesse chez ceux qui se sont mis tôt à l'acquérir et qui arrivent à en profiter et à en faire profiter les autres, dans les années où l'on jouit des fruits du travail antérieur. Le mot à'eapérience à lui seul confirme ce que nous avons dit du premier distique, et les derniers mots ramènent encore la notion de la sagesse sur le terrain moral et religieux.

S D'après les nombreux passages parallèles, on n'a pas besoin de prendre ces nombres au pied de la lettre. Voyez la note sur cbap. XXIII, 16 (23). Cependant ici il semble que l'auteur voulait réeUement faire l'énumération de neuf cas de bonheur, sauf A mettre un dixième au-dessus de tous les autres. Mais si cela est, il faudra convenir que le texte offre une lacune. Aussi bien l'ordre des distiques n'est pas parfait, à moins d'admettre le complément fourni par le texte latin, lequel cependant omet également une ligne, celle qui suit immédiatement la glose.

424 l'ecclésiastique xxv, 8-i5 (IO-21).

L'homme qui a de la joie par ses enfants ;

celui qui vit pour voir la ruine de ses ennemis; Celui qui a une femme sensée;

celui qui ne pêche pas avec sa langue; Celui qui n'a pas à servir un homme indigne;

[celui qui trouve un ami véritable;] Celui qui a acquis de la prudence;

celui qui renseigne à des oreilles qui écoutent; Grand est celui qui est parvenu à la sagesse ;

mais nul n'est au-dessus de celui qui craint Dieu '. La crainte de Dieu est au-dessus de toutes choses :

[heureux celui à qui elle est donnée!]

celui qui la possède, à qui peut-il être comparé'? [Craindre Dieu, c'est commencer à l'aimer;

avoir confiance, c'est commencer à s'attacher à lui.]

[La somme des maux, c'est la tristesse du cœur;

la somme des misères, c'est la méchanceté d*une femme*.] "Toutes les plaies* — seulement pas celle du cœur;

toutes les méchancetés — seulement pas celle d'une femme; Tous les malheurs — seulement pas ceux que cause la haine;

toutes les revanches — seulement pas celle d'un ennemi. Point de venin comme le venin d'un serpent,

point de fureur comme la fureur d'un ennemi ^.

*^ J'aimerais mieux habiter avec un lion ou un dragon, que de vivre avec une méchante femme.

1 C'est là la pointe à laquelle visait l'auteur : il y a bien des choses au monde (ja'oB peut priser et désirer (le nombre ftetf/* représente la multitude], mais il y en a one qui les surpasse toutes.

3 Réponse : A personne. 11 n a pas son pareil.

3 Ce distique^ que ne connaissent pas les textes grecs, fait double emploi avec cela qui suit, et n'est probablement qu'une seconde traduction de l'original. Les distiques suivants ayant réduit le sens à sa plus stricte expression, d une manière très-piquantSi une formule plus explicite a pu paraître nécessaire.

4 Suppléez : Je veux les supporter ; ou quelque chose dans ce sens.

^ Ce distique si simple et si clair a joué do malheur. Déjà le traducteur a fait la bévue de mettn? : il n'y a pas de ft'te comme la trie d'un serpent ; le mot hébreu rô>' signifiant à la fois la tf'te et le /toison. Le traducteur latin de son coté a substitué la femme à Vennemi. Le fait est que les deux se trouvaient dans les lignes précédentes; et tout ce qui suit se rapporte aux femmes, de sorte que la substitution est excusable.

l'eGCLÉSIASTIQUE XXV, 16-24 (22-30). 425

La méchanceté d'une femme change son visage

et lui donne un aspect sombre comme un habit de deuiP. Assis à table au milieu de ses amis,

son mari les entend et soupire amèrement^. Toute méchanceté est petite au prix de celle d'une femme:

que la destinée d'un pécheur soit la sienne'! Une montée sablonneuse aux pieds d'un vieillard,

telle une femme bavarde à un homme paisible^. Ne va pas courir après la beauté d'une femme

et n'en convoite aucune [pour ses charmes^]. 11 y a chagrin, insolence et grande honte,

quand c'est la femme qui entretient son mari*. Un cœur abattu, un visage sombre, la douleur dans l'âme,

voilà ce que te vaut. une méchante femme; Les bras tombent, les genoux fléchissent,

au mari que sa femme ne rend pas heureux. C'est par la femme qu'a commencé le péché;

c'est à cause d'elle que nous mourrons tous ^.

^ Le mot hébreu saç, que le traducteur grec a rendu par sac, signifie proprement une étoffe grossière et non blanchie» qu'on portait pour le deuil. En français» le mot sac a une tout autre signification, et quand on va jusqu'à mettre : son teint devient noirfttre comme un eieuw sac, cela esta la fois ignoble et ridicule. Dans le texte latin, la seconde ligne du distique est traduite deux fois, en ce que, à côté du sac, on a mis encore un ours. L'ours représente assez convenablement la femme qui gronde ou grommelle. Cette leçon se trouve aussi dans des manuscrits grecs.

^ Ceci est à la fois pittoresque et obscur. A table avec des amis, on est généralement de bonne humeur, on y va pour s'amuser ; pour le mari d'une méchante femme, ce n'est qu'une occasion de plus de sentir son malheur : il hs entend, soit qu'ils parlent de leurs femmes pour les louer, soit qu'ils fassent allusion à la sienne, soit qu'ils s'entretiennent des femmes en général. Comme toutes ces explications sont possibles, nous «vous inséré le pronom les, pour oe rien préjuger.

9 Façon de parler qui revient pour le sens à la locution triviale : que le diable l'emporte. On se trompe en traduisant : puisse-t-elle tomber en partage à un méchant mari ! Car l'auteur la suppose mariée et plaint le mari.

4 Elle lui agace les nerfs, comme l'autre le fatigue sans le faire avancer.

^ Le texte imprimé, sans la glose, parait devoir conseiller le célibat, sans doute conune préférable à la passion inspirée par les grâces extérieures. — Au lieu de courir, le texte dit proprement: te précipiter sur, etc.

e Quand le mari vit sur la fortune que lui a apportée sa femme, elle voudra être la maîtresse, le mari se chagrine et l'on se moque de lui par dessus le marché. Tout cela est défiguré dans le texte latin, qui dit: La colère d'une femme^ son impertinence et la confusion (?) est grande ; si elle est la maîtresse, elle est contraire au mari.

'7 Gen. III. — Plus haut (chap. XIV, 17 (18) la mortalité a été signalée comme la loi générale, indépendamment du péché des protoplastes. C'est que l'auteur s'attache dans les deux passages à la lettre du texte, sans autrement en étudier le rapport. Comp. Rom. V, 12 avec 1 Cor. XV, 47.

426 l'ecclésiastique XXV, 25-26 (31-32). XXVI, 1-8 (1-9).

Ne donne pas [la moindre] issue à Teau,

ni trop de liberté à une méchante femme*. Si elle ne veut pas suivre ta direction,

[elle te fera honte devant tes ennemis]

retranche- la de ton corps ^,

[pour qu'elle ne te soit pas toujours à charge.]

* Heureux le mari d'une bonne femme :

le nombre de ses jours sera doublé.

Une brave femme est la joie de son mari :

il accomplit ses années en paix.

Une bonne femme est un bon lot :

elle échoit à celui qui craint le Seigneur. Riche ou pauvre, son cœur est. content,

et son visage toujours serein.

^De trois choses mon cœur a pcur^

et au sujet d'une quatrième j'implore Dieu '.

La mauvaise réputation, une réunion do la populace, et la tout cela m'est plus odieux que la mort. [calomnie*.

Un crève-cœur affligeant, c'est une femme jalouse d'une autre^ elle abordera tout le monde avec sa langue médisante^.

^ Une paire de bœufs en désaccord — une méchante femme * !

la prendre, c'est saisir un scorpion.

Un grand chagrin, c'est une femme ivrogne,

elle ne pourra cacher sa honte.

1 L'une comme l'autre tend à déborder.

* Fais divorce.

S C'est ici le cas de rappeler ce que nous avons dit sur chap. XX V^ 7 (9). A la rigueur on peut compter pour trois ce qui est dit au distique suivant. Alors la poiole doit être: Une mauvaise femme est le pire des maux. On remarquera la gradation: avoir peur, et: prier Dieu. L'un est un sentiment tout passif, l'autre un vif effort poar conjurer un mal éventuel.

4 Traduction littérale d'un texte (grec ou latin] probablement altéré on mal compris dès l'origine. La mauvaise réputation et la calomnie se tiennent ici de très-près, at la réunion de la populace semble être en dehors du cercle d'idées de ce livre, sutoat entre les deux autres termes. On a supposé que le traducteur a lu qhlh, assemblée, ao lieu de qlîh, malédiction.

•'' Elle ira se plaindre partout do son mari (innocent).

^ Phrase tronquée à la façon des locutions proverbiales. Pour faire la paire, il en faut deux. Le mari est sous-entendu. Un mariage mal assorti est comparé à deux bœufs qui doivent traîner une voiture, ou la charrue, et dont l'un pousse ù droite et l'autre à gauche. — La piqûre du scorpion peut Gtre mortelle,

l'ecclésiastique XXVI, 9-18 (10-22). 427

C'est au regard effronté, au mouvement des paupières,

qu'on reconnaît Timpudieité d'une femme.

Fais bonne garde auprès d'une fille sans modestie,

de peur que, se trouvant en liberté, elle n'en abuse.

*' Garde-toi de suivre une femme au regard impudent,

et ne t'étonne pas si elle te séduit.

Comme le voyageur altéré ouvre la bouche^

et boit de toute eau qu'il trouve à sa portée, Ainsi elle s'arrêtera devant tous les pieux^

et ouvrira son carquois à toutes les flèches.

*' La grâce de la femme réjouit son mari,

et son savoir-faire lui assure la santé*. C'est un don du ciel qu'une femme qui sait se taire,

et une personne bien élevée est hors de prix. La plus charmante de toutes, c'est la femme chaste ;

rien n'équivaut à celle qui sait se contenir. Comme le soleil qui s'élève aux hauteurs du ciel,

telle est la beauté d'une bonne femme pour orner sa maison. Comme la lampe qui brille sur le chandelier sacré ',

tel un beau visage avec une taille distinguée.

'^ Comme des colonnes d'or sur une base d'argent, telles de belles jambes sur des pieds bien formés.

[Comme des fondations durables sur une roche solide^ [sainte.] tels les commandements de Dieu dans le cœur d'une femme

[Mon fils ^, conserve intacte la vigueur de ta jeunesse^ et ne dépense pas tes forces avec d'autres.

I Litt.: engraisse ses os, c'esUà-dire leur donne de la moelle, de la vigueur. Le savoir- faire est ici l'ensemble des qualités de la bonne ménagère, lesquelles, combinées avec la grâce ^ en font une femme parfaite.

* Au sanctuaire. — Notre moraliste semble s'extasier beaucoup sur les belles formes du corps. Cependant tout n'y est pas certain. Quant à la taille, la stature, la belle prestance, nous la maintiendrons contre ceux qui veulent y voir Vâge mûri 1 Les belles Jambes y sont aussi, mais pour ce qui est des pieds, nous les prenons dans la version latine. Le texte grec a un mot impossible, car il parle du buste. Ce serait le monde renversé, si l'on ne préférait pas renverser la phrase.

8 Tout ce long passage manque dans les éditions et dans la plupart des manuscrits, ainsi que dans la version latine. Il a été conservé entre autres dans plusieurs versions orientales. Il est difficile de dire s'il est interpolé d'un bout à l'autre, ou si, en partie du moins (surtout au commencement) , il appartenait au texte original, et par conséquent à

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