L ECCLÉSIASTIQUE XXVI, 19,20 (23-84). XXVII
Cherche-toi le plus beau lot dans toute la campagne,
et cultive-le, content de ta propre noblesse. Alors tes rejetons grandiront et te survivront,
et seront fiers aussi de leur noblesse. La femme publique est estimée comme un crachat,
la femme mariée qui se donne à d'autres est une tour des Une femme impie tombe en partage au méchant, [condamnés*.
une femme pieuse à celui qui craint le Seigneur. Une femme malhonnête jette loin d'elle la honte,
une honnête fille est réservée même envers son mari. Une femme sans modestie est estimée comme une chienne;
celle qui a de la pudeur craindra le Seigneur. Une femme qui honore son mari paraîtra sage à tout le monde;
rimpie qui le méprise sera connue pour son iusolence. Heureux le mari d'une bonne femme ;
le nombre de ses années sera porté au double. La femme criarde et bavarde vous fait battre en retraite,
elle est à considérer comme une trompette ennemie. Tout homme qui a un caractère semblable,
sera avec elle continuellement en trouble de guerre.]
" Deux choses affligent mon cœur,
et une troisième me met en colère :
Le soldat réduit à la misère,
les hommes intelligents méprisés.
Celui qui de la vertu tombe dans le vice :
le Seigneur le livrera ù Tépée.
[Deux choses m'ont paru difficiles et périlleuses :] ^^ C'est à grand'peine que le marchand évite le péché,
et le trafiquant ne reste guère sans reproche '. * Beaucoup de gens pèchent à cause de l'argent ',
et celui qui cherche à en avoir, davantage détourne l'ociP. La cheville est enfoncée dans les jointures des pierres,
le péché se fourre entre la vente et l'achat*.
[le péché sera détruit avec le pécheur.]
la traduction authentique. On pensera peut-être que tout ce qui 8*y lit n'était pui mettre sous les yeux de tout le monde; mais par ex. les v. 11^ 12 ci-dessus Talaient bien ceux-ci pour la réserve. Nous avons du reste adouci ou voilé quelques cxpressioDS.
1 C'est-à-dire un endroit (prison) d'où l'on ne sort que pour aller au supplice.
* Le traducteur latin dit : le caharctier poche par la longue.
«^ Litt. : de lu chose sans valeur (comp. chap. VII, 18 (19).
•* De Dieu, du droit, etc.
^ Les transactions commerciales sont une occasion incessante de fraudes.
l'ecclésiastique XXVII, 3-13 (3-15). 429
S'il ' ne tient ferme à la crainte du Seigneur, sa maison sera bientôt ruinée.
^ Quand on agite le crible il reste de Tordure;
Tordure de Thomme reste dans son esprit '. Le fourneau éprouve les vases du potier;
répreuve de Thomme se fait par ses discours'. C'est le fruit qui montre si Tarbre a été bien soigné ;
ainsi la parole fait voir la pensée du cœur. Ne loue personne avant qu'il n'ait parlé,
car c'est par là qu'il est mis à l'épreuve.
' Si tu poursuis la justice tu l'acquerras,
et tu t'en revêtiras comme d'une robe d'honneur ^ ; [Tu habiteras avec elle^ el elle te protégera toujours^
et tu y trouveras un appui solide au jour où tu la con- Les oiseaux s'assemblent avec leurs semblables^ [naîtras,]
la vérité revient auprès de ceux qui la pratiquent '. Le lion guette sa proie,
les péchés sont aux trousses des malfaiteurs.
'*La conversation de l'homme pieux est toujours sage^,
l'insensé^ change comme la lune.
Pour te mêler aux sots, choisis ton temps ^,
parmi les gens raisonnables tu feras bien de rester. La conversation des impies est détestable,
et leur rire^ c'est l'outrecuidance du péché.
I Le marchand ?
^ L'auteur a en vue une opération où le crible laisse passer les bonnes parties (le sable fin) et retient les choses à jeter (les gros cailloux) ; ainsi les défauts principaux de l'hoaune restent, quand on s'évertue à le nettoyer moralement.
3 Par la tribulation. [Vulg.)
^ La justice est l'expression hébraïque pour ce que nous appelons la vertu. Les qualités morales sont représentées comme des articles d'habillement : robe, manteau^ ceinture, etc.
^La v^riU, dans le style biblique, implique toujours la notion du bien, de l'action morale, conforme a la volonté de Dieu. Elle est ici personnifiée et représentée comme aimant la société de ceux qui l'aiment.
0 Persiste comme le soleil {Vulg.], c'est-à-dire, est invariablement sage.
*' Dans le double sens du manque d'intelligence et du manque de principes.
^ Cela veut dire : il n'y a rien qui presse.
430 l'ecclésiastique XXVII, 14-25 (16-28).
Le bavardage d'un jureur fait dresser les cheveax,
et quand il devient querelleur on se bouche les oreilles.
La querelle des insolents amène Teffusion du sang, et leurs injures sont odieuses à entendre.
" Qui révèle des secrets perd la confiance^ et ne trouve plus d'amis pour lui-même.
Aime ton ami et sois lui fidèle ;
si tu as révélé ses secrets, cesse de courir après lui '.
Comme lorsque quelqu'un ruine un ennemi,
ainsi tu as ruiné l'amitié entre toi et l'autre*.
Comme si tu avais lâché un oiseau que tu tenais,
ainsi tu as laissé partir l'ami, et tu ne le rattraperas plus.
Ne cours pas après lui, il est déjà loin,
il s'est échappé comme la gazelle du filet.
On peut panser une plaie^ pour l'outrage il y a une réconciliamais quand on a trahi un secret, c'est fini. [tion;
"Qui clignote de l'œil trame du mal,
et personne ne parvient à l'éloigner'.
En face il te donnera de douces paroles *,
et s'extasiera au sujet des tiennes ; Âpres cela il changera de langage,
et trouvera à redire à tes discours *. Il y a bien des choses que je hais^ mais rien comme \m,
le Seigneur aussi le haïra.
'^Qui jette une pierre en l'air®, la jette sur sa propre tête, et un coup perfide fait des blessures [au Irailre''].
1 C'en est fait de l'amitié pour toujours ; tu ferais de vains efforts pour rétablir la confiance et l'intimité.
2 Tu as commis un tort tel que tu n'aurais pu en faire davantage s'il s'était agi d'an rentable ennemi.
3 Cela veut dire qu'il s'attacbe aux gens avec ses flatteries^ et qu'il ne les quitte pu tant qu'il n'a pas atteint son but. Ou bien : qu'on s'y laisse prendre aisément, et qu'oa ne songe pas à l'éloigner. Il y a cependant une autre leçon qui dit : celui qui le connaît, se retirera de lui.
4 Litt. : il rendra douce ta bouche. On dit ainsi en allemand : mettre du miel sur It langue de quelqu'un, pour le flatter.
^ Ou bien : il fera que d'autres y trouveront à redire ; litt. : il y mettra des pièges, des sujets d 'olfensc.
C II faut naturellement sous-entendre : perpendiculairement.
" La glose latine est justifiée par le contexte. Cependant il n'est pas nécessaire de supposer une lacune dans le texte grec.
l'ecclésiastique xxvii, 26-30 (29-83). xxvm, i-9 (1-9). 431
Qui creuse une fosse y tombe,
[qui met une pierre pour le prochain, s'y heurte]
qui tend un filet s'y prendra.
Qui fait du mal, le mal viendra rouler ' sur lui-même,
sans qu'il sache d'où cela lui vient. L'insulte et l'outrage, c'est l'affaire des insolents;
mais la punition les guette comme un lion. Ceux qui se réjouissent du malheur des justes seront pris au
et la douleur les consumera avant leur mort. [piège ',
'^La rancune et la colère aussi sont chose détestable; il n'y a que le méchant qui y tienne.
* Celui qui se venge, rencontrera la vengeance du Seigneur, •
qui ne manquera pas de lui retenir ses fautes. Pardonne à ton prochain le tort qu'il t'a fait,
alors, sur ta prière, tes péchés te seront pardonnes. Un homme garde rancune à un autre homme,
et il veut obtenir le pardon de la part du Seigneur ? Il n'a pas pitié de son semblable,
et il prie pour ses propres péchés?
Lui, le mortel, garde rancune ;
qui donc fera que ses péchés soient pardonnes? Songe à la fin et cesse de haïr,
à la mort, au tombeau, et observe les commandements'. Songe aux commandements et ne garde pas rancune à ton prochain,
au pacte du Très-Haut, et ne considère pas sa faute.
* Évite les disputes, tu pécheras moins;
un homme irritable allume les querelles. Un méchant homme jette le trouble parmi les amis, et sème la calomnie entre les gens paisibles.
1 Nous conservons le mot employé par l'auteur et sans doute aussi dans l'original. Le mal est représenté comme une grosse pierre qu'on veut faire rouler contre un autre, placé un peu plus haut, mais qui revient quand l'impulsion a épuisé sa force.
^ Leur méchante joie est elle-même ce piège. Le plaisir était l'appftt auquel ils ont mordo, sans voir le périls savoir la Juste rémunération.
3 La fin, la mort^ etc.^ n'impliquent pas ici nécessairement l'idée du Jugement d'outretombe, dont il n'est pas question ailleurs dans ce livre, mais représentent le châtiment de celui qui ne sait pas pardonner à son prochain, comme cela est commandé par Dieu. Noos avons mis le tombeau (pour la putréfaction], comme au Ps. XVI, 10. — Le traducteur latin fait dire autre chose à l'auteur : la putréfaction et la mort sont imminentes dans ses commandements.
432 l'ecclésiastique xxviii, iO-20 (10-28).
Plus il y a de combustible, plus le feu est intense;
plus la dispute est sérieuse ^ plus elle s'enflamme. Plus quelqu'un est puissant, plus sa colère est grande ;
plus il est riche, plus il la pousse loin. Une querelle hâtée allume un feu,
une dispute menée trop vite fait répandre le sang.
[el la langue qui rend témoignage cause la mort*.] Si tu souffles sur Tétincelle elle s'allume ; si tu craches dessas elle
l'un comme l'autre est l'effet de ta bouche '. [s^ éteint :
*^ Le rapporteur et l'homme à double parole sont à maudire,
ils perdent bien des gens paisibles.
La calomnie ^ en a ruiné beaucoup et les a chassés à l'étranger,
elle a détruit des villes fortes et renversé les maisons des [Elle a abattu des armées nationales^ [grands.
et dispersé des peuples puissants,] La calomnie a fait chasser de braves femmes^,
et leur a enlevé le fruit de leurs travaux. Celui qui l'écoute perd son repos,
et ne jouit plus de la paix de son logis. Un coup de verge fait une meurtrissure,
un coup de langue brise les os.
Beaucoup de gens sont tombés par l'épée,
mais pas autant que par la langue.
Bienheureux celui qui en est garanti,
qui ne tombe pas au pouvoir de sa fureur, Qui n'a pas traîné son joug,
et qui n'a pas porté ses chaînes.
Car son joug est un joug de fer,
et ses chaînes sont des chaînes d'airain ^.
1 L'adjectif est choisi presque au hasard. Le terme grec (solidité) est probablement dû à une erreur du traducteur. Le vers manque dans le texte latin, et dans la plupart dif éditions il se place après le distique suivant.
5 Nous ne saurions dire ce que signifie cette glose et comment elle se trouve à cette place. Elle paraît appartenir plutôt a la série des maximes qui vont suivre.
3 D'après le contexte, le feu représente la querelle. L'auteur veut donc dire qoe li querelle ou la paix dépendent également de la manière dont chacun sait maîtriser sa langue.
•^ Litt. : la troisième langue, idiotisme judaïque, c'est-à-tUre celle qui se met entre deux autres. L'auteur veut dire qu'elle est une puissante machine de guerre.
•'» En causant la jalousie et conduisant au divorce.
6 Les images ne cadrent pas trop bien avec la notion de la calomnie.
l'ecclésiastique XXVUI, 21-26 (24-32). XXIX, i-8 (i-8). 433
La mort qu'elle dunne est une mort terrible*,
il vaudrait encore mieux aller à THadès. [Elle ne durera pas toujours;
mais elle persistera dans les voies des injustes,] Elle n'a pas prise sur les hommes pieux,
et ils ne seront pas brûlés par son feu. Ceux qui abandonnent le Seigneur tombent en son pouvoir;
c'est en eux qu'elle brûlera sans s'éteindre. Elle sera lancée contre eux comme un lion,
elle les déchirera comme une panthère '. [Bouche-toi l*oreille avec des épines^y
et n'écoute pas une méchante langue.]
^*Eh bien, entoure ton champ d'une haie d'épines S
serre ton argent et ton or.
Pour tes paroles emploie la balance et le poids,
à ta bouche mets porte et verrou*.
Garde-toi de faire par elle un faux pas,
de peur de tomber en face de quelqu'un qui te guette.
[de manière que ta chute serait incurable et mortelle.]
* L'homme charitable prête à son prochain,
et celui qui a la main secourablc observe les commandements. Prête à ton prochain quand il est dans le besoin,
et toi^ paie ta dette au jour fixé^.
Tiens ta parole et garde-lui ta foi,
et tu retrouveras toujours ce dont tu as besoin.
1 C'est la mort civile^ la perte de l'estime des autres, de la réputation ; c'est comme si l'on était enterré tout vivant.
^ Autant les vers précédents relatifs aux eflets de la calomnie étaient sensés et vrais, autant ces trois derniers distiques laissent à désirer à ces deux égards. Car malheureusement il n'est pas toujours sûr que la calomnie ne saurait faire du tort aux honnêtes gens, et quant aux méchants, la réputation qu'on peut leur faire ne sera pas une calomnie.
' Singulière manière de faire la sourde oreille, mais dont Tidée appartient au traducteur. L'original mettait les épines ailleurs, comme on va voir.
^ Cette ligne manque dans le latin, qui au lieu de serrer l'or, le fait fondre.
^ La comparaison est claire et spirituelle : on fait une cluture à son champ, on serre son argent ; on a bien raison, mais il est tout aussi nécessaire do peser chaque parole ; il est utile de savoir se taire.
0 Le devoir est réciproque. Prêter est un devoir de charité, payer sa dette un devoir de bonne foi, et en même temps un avantage. Celui qui tient sa parole, retrouve un prdteor dans l'occasion.
A. T. 6- part. 28
434 l'ecclésiastique xxix, 4-12 (4-i'7).
Beaucoup de gens regardent un prêt comme une trouvaille \
et causent du chagrin à ceux qui les ont secourus. Tel baise la main du prêteur jusqu'à ce qu'il ait reçu,
et parle Lumblement pour avoir son argent ; Et quand il s'agit de rendre, il demande qu'on attende,
paie en paroles plaintives et accuse la dureté des temps. S'il peut payer, on obtient à peine la moitié,
et Ton peut estimer que c'est de l'argent trouvé; Si non, il a enlevé à l'autre son bien ;
et celui-ci a encore gagné gratuitement un ennemi'. H le paie en injures et malédictions,
et au lieu d'éloges, il lui prodigue l'outrage. A cause de cette méchanceté bien des gens se retiennent',
craignant d'être dépouillés sans l'avoir mérité. Malgré cela tu dois avoir de la bonté pour le malheureux,
et ne pas lui faire attendre ton bienfait. Aide le pauvre à cause du commandement,
et ne le renvoie pas les mains vides quand il est dans le Perds ton argent pour un frère et un ami, [besoin.
plutôt qu'il ne se perde par la rouille sous la pierre^. Place ton trésor, selon le commandement du Très-Haut,
et il te profitera plus que l'or *. Enferme la charité dans tes magasins,
et elle te préservera de tout malheur*. [La charité est un trésor qu'on conserve dans sa bourse,
elle vous conserve la grâce comme la prunelle de TœiF. A la fin. Dieu se lève et rend la pareille,
et sa rémunération revient à chacun*.]
^ Un bien qui n'a pas de maître, et qu'on n'a pas a rendre.
^Le débiteur insolvable devient l'ennemi du créancier; l'auteur insiste sur G«tlA pensée dans le distique suivant. On lui fait dire ordinairement que le créancier devient l'ennemi du débiteur.
3 Refusent de faire des prêts.
4 II faut supposer que, pour ne pas perdre son argent, le possesseur renfouiisonsiiiM dalle.
^ On place son argent pour en retirer de l'intérêt. Le plus gros intérêt est celai ^ rapporte l'accomplissement du devoir, qui est ici celui de la charité.
0 Cela doit dire : fais-en provision, pour l'employer dans l'occasion, tu t'en trouvcris toujours bien. Le lexte latin pr<5sente une autre idée: Enferme la charité dans le cœur du pauvre, elle priera pour toi dans tout malheur.
" Les deux images expriment l'idée de la conservation ; la charité n'est jamais perdue.
^Ces deux distiques sont au fond une reproduction de chap. XVII, 18 s. (22 s.)
l'ecclésiastique XXIX, ia-24 (i8-8i). 435
Plus qu'un fort bouclier et qu'une puissante lance, elle combattra pour toi contre Tennemi.
^^ L'homme de bien se porte caution pour son prochain,
il faut avoir perdu toute honte pour l'abandonnera N'oublie pas la complaisance du garant,
il s'est exposé lui-même dans ton intérêt. C'est le méchant qui ruine la fortune du garant',
[î7 s'attribue le bien de celui qui a répondu pour lut]
et celui qui a le cœur ingrat abandonne son sauveur. [Tel répond pour son prochain;
celui-ci ayant perdu la honte^ il en est abandonné.] Répondre pour d'autres, cela a ruiné bien des hommes aisés;
et leur a fait perdre l'équilibre comme à une vague de la Cela a chassé de chez eux des gens puissants, [mer ;
et ils ont dû errer parmi les étrangers. Le méchant qui s'engage dans une caution,
et celui qui poursuit les affaires d'argent, s'engagent dans Assiste ton prochain selon tes moyens, [des procès'.
mais prends garde que tu n'y restes engagé.
'• La chose essentielle pour la vie, c'est l'eau et le pain,
une maison et le vêtement pour couvrir la nudité*. Mieux vaut la pitance du pauvre sous son toit de planches,
qu'un brillant festin chez autrui [quand on n'a pas de Contente-toi de peu comme de beaucoup, [chez soi *].
[et tu ne t'entendras pas reprocher d'être un intrus®.] C'est une triste vie que d'aller de maison en maison ;
là où l'on n'est qu'hôte, on n'ose ouvrir la bouche.
^ Dans les Proverbes nous avons rencontré plusieurs maximes qui disent le contraire , par ex. chap. XVII^ 18.
^ Qai fuit le garant. (Vulg.)
8 Le sens n'est pas trop clair. Nous avons rendu le texte mot à mot. Il parait être gestion de quelqu'un qui se porte caution pour gagner de l'argent. Si Ton voulait supposer une méprise de la part du traducteur, on pourrait croire qu'il aurait dû dire que le méchant est obligé de chercher des garants, tandis que celui qui prête ou répond, au lieu de rien gagner, aura encore des procès. Peut-être aussi, à la place du méchant, faudrait-il mettre : Il a bien tort, celui qui, etc.
4 Bn d'autres termes : le strict nécessaire. Avec cela on peut être content sans en demander davantage (1 Tim. VI, 8).
^ La glose latine est parfaitement juste, mais elle n'était pas nécessaire.
^ Addition indispensable de quelques manuscrits et versions anciennes, qui s'est perdue dans les éditions.
436 l'ecclésiastique XXIX, 25-28 (32-35). XXX, i-8 (1-8).
Tu donneras k manger et à boire sans qu'on Ven remercie,
et de plus tu entendras des paroles amères * : « Entre, étranger, prépare la table,
et si tu as de quoi donne-moi à manger. «Sors, étranger, de ce beau logis,
j'ai reçu comme hôte mon frère et j'ai besoin de Tappar- Chose dure pour un homme de bon sens, [tement*.»
d'être grondé à propos du logis, ou insulté par un créancier.
* Qui aime son fils ne lui épargne pas les coups %
afin d'avoir à s'en réjouir plus tard.
Qui châtie son fils en aura du profit,
et pourra s'en glorifier parmi ses connaissances. Qui instruit son fils rendra son ennemi jaloux,
et s'en réjouira en présence de ses amis. Si le père meurt, c'est comme s'il n'était pas mort,
car il aura laissé après lui son semblable. De son vivant il l'a vu et s'en est réjoui,
et en mourant il ne s'afflige pas*.
[el n*a point à rougir devant ses ennemis.] Contre ses ennemis il laisse un vengeur,
et à ses amis quelqu'un qui leur sera reconnaissant. Qui veut gâter son fils pansera ses blessures ;
et aura le cœur navré à chacun de ses cris *. Le cheval non dompté devient rétif,
un fils h qui on lâche la bride devient insolent.
I On a beau faire, on sera toujours mal vu là où l'on n'est pas le maître, mais où Ton est à charge aux autres. Ce qui est dit de donner à manger^ etc.^ est une extg^ ration paradoxale et épigrammatique.
^ Ces deux allocutions représentent les deux manières dont on traite rétnnger. On l'admet tant qu'il donne^ puis on a toujours un prétexte pour s'en débarrasser. Li morale est : Reste chez toi I
3 Cette série de distiques porto dans les manuscrits le titre : DES ENFANTS. Les principes pédagogiques de notre auteur sont plus sévères que nouveaux. Comp. Prov. XIII. 24 ; XXIII, 13 ; XXIX. 15.
^ Parce qu'il est rassuré sur l'avenir do son fils.
^ Ce distique est généralement mal compris, le premier verbe étant d'un usage fort rare. Il signifie proprement rufraîchir, puis traiter tendrement, dorloter. La pensée de l'auteur est ('viilemmcut celle-ci : une éducation sévère aura de bons résultats, une éducation molle aura TelFet opposé. Panser les blessures, siguilie ici tout juste le contraire de donner des coups. Si Tenfant est sClr d'avoir raison eu pleurant, c'en est fait do réducation. Il est superihi de mentionner les traductions ^ui expriment un autre sens ; elles ne font que battre la campagne.
l'ecclésiastique XXX, 9-19 (9-21). 437
Dorlote ton fils, et il t'effrayera,
joue avec lui S et il te donnera du chagrin. Ne ris pas avec lui, pour ne pas être affligé par lui,
et pour ne pas finir par grincer des dents ^ Ne lui laisse pas trop de liberté dans sa jeunesse,
et aie Tœil ouvert sur ses folies.
Courbe-lui le cou dans sa jeunesse',
rosse-le bien tant qu'il est enfant, Pour qu'il ne devienne pas opiniâtre et rebelle *,
[et qu'il ne te cause du chagrin*.] Châtie ton fils et donne-toi de la peine avec lui*,
pour qu'il ne te fasse point honte par ses fautes.
** Mieux vaut être pauvre et bien portant',
qu'être riche et affligé de maladie.
Santé et bien-être® valent mieux que tout l'or du monde,
et un corps vigoureux est préférable à une fortune immense . Il n'y a point de trésor qui prime la santé du corps,
ni de joie égale à celle du cœur ^.
Mieux vaut la mort qu'une vie de douleurs,
et [le repos éternel*®] qu'une longue maladie. De bonnes choses offertes à foison à une bouche fermée**,
c'est comme des mets servis sur un tombeau. Â quoi bon l'offrande à une idole ?
elle n'en mangera, ni n'en sentira l'odeur. Tel celui que le Seigneur tourmente,
[et qui porte la peine de ses péchés ^^\ :
I Jouer est ici pris dans un sens moins strict ; c'est l'opposé de la sévérité^ du gérieux paternel.
' De colère et d'ennui, en voyant où ta méthode Ta conduit. ^ L'image du bœuf obligé de plier le cou sous le Joug est fréquente dans la littérature hébraïque.
4 D'aucuns pensent que ce serait précisément le moyen de lui inoculer Tentêtement. ^ Complément indispensable pour former le distique.
^ D'autres traduisent : Fais-le travailler .
"7 Rubrique des manuscrits : DE LA SANTÉ.
5 Vulg. : Le salut de l'âme dans la sainteté de la justice.
9 D'après le contexte, il faudra songer ici de préférence au contentement qu'on éprouve quand on se sent en bonne santé.
^0 Cette glose nous paraît indispensable d'après le parallélisme.
II Par la maladie. — A l'égard des jouissances do la vie^ lo malade n'est pas mieux partagé que le mort.
l^La maladie est regardée comme une punition méritée (livre de Job). La glose d(i texte latin nous semble être à sa place, mdme pour la facture des vers.
438 l'eCCL. XXX, 20-24. (22-28) XXXIV, 1-8 (xxxi, i-s).
11 voit de ses yeux et soupire,
comme soupire Teunuque qui embrasse une fille*.
^* Ne t'abandoune pas à la tristesse,
et ne te tourmente pas dans tes pensées. La joie du cœur est la vie de l'homme,
[et un trésor auquel la sainteté ne manque pcui]
et la bonne humeur prolonge ses jours.
Aime ta vie, encourage ton cœur,
[sois agréable à Dieu ^ maintiens-toi dans sa sainteté*]
et bannis de toi la tristesse.
Car la tristesse a fait mourir bien des gens,
et elle n'est bonne à rien du tout.
" Envie et colère abrègent la vie,
et les soucis amènent la vieillesse avant le temps. ("• ") Qui est d'humeur brillante et content à table,
se préoccupe de ce qu'il mange'.
* Veiller en vue de la richesse consume les chairs, et le souci qu'elle donne chasse le sommeil.
Le souci vigilant te défend de sommeiller, le sommeil guérit une grave maladie '.
Le riche travaille en amassant de l'argent,
et quand il se repose il se rassasie de plaisirs.
1 Comp. chap. XX, 4. — C'est toujours le malade qui voit les bonnes choses que d'autres mangent et qui lui sont refusées. Il est même plus malheorenz que l'idole qui ne voit ni ne soupire.
2 Les gloses du texte latin veulent évidemment corriger ce que le greo iwwnWait avoir de trop profane .
3 Traduction très-littérale, mais de la justesse de laquelle nous doutons fort Tel qu'il est, le texte ne peut signifier que ceci : A quoi bon se faire des soucis, et se gâter l'humeur par la passion ; songe à ton dîner et jouis-en, et tu vivras beureox et longtemps. (En tout cas il ne saurait être question d'un sens mystique : Un cœur bon est dans un festin continuel ; on lui prépare les meilleures viandes.) Le tndacteur grec pourrait bien ne pas avoir saisi le sens de l'original. — Ce distique forme dans tootes les traductions (latines et modernes) la fin du chap. XXX ; dans les copies et éditions grecques, c'est le dernier du chap. XXXIII. Ce qui suit, formera en grec les chap. XXXIV et suiv. ; dans les traductions, les chap. XXXI ot suiv. Nous suivons l'ordre des traductions et nous avons expliqué l'origine doucette interversion dans notre introduction.
'î II y a des manuscrits qui mettent le sommeil au régime direct. Alors il faudrait traduire : Une maladie grave t'empêche do dormir, ce qui veut dire que le souci a le môme effet que la maladie.
l'ecclésiastique XXXIV, 4-13 (xxxi, 4-15). 439
Le pauvre travaille en manquant du nécessaire^
et s'il se repose il est. dans la misère ^ Qui aime Tor ne restera pas exempt de péché;
qui court après sa ruine en aura tout son soùP. Bien des gens se sont perdus à cause de Tor,
et leur ruine était devant eux'.
Il est un bois d'achoppement pour ceux qui lui sacrifient ;
[malheur à ceux qui le recherchent avec ardeur!]
ce sont les sots qui s'y laissent prendre ♦. Heureux le riche qui se trouve être sans tache^
et qui ne court pas après For*.
[et ne met point son espérance dans Vargent et les trésors.] Qui est-il*? Nous irons le féliciter,
car il a fait merveille parmi son peuple. Qui donc, mis à Tépreuve à cet égard, a été trouvé intègre?
ce doit lui être une grande gloire I Qui donc, pouvant transgresser, ne Ta pas fait^
qui, pouvant agir mal, s'en est abstenu^? Aussi ses biens lui sont-ils assurés,
et la communauté [des saints] vantera ses bienfaits.
" S tu es assis à une grande table *,
n'ouvre pas ta bouche trop grande.
Ne dis pas : Il y a là belle quantité !
songe que l'envie est une mauvaise chose. Qu'y a-t-il de plus envieux que l'œil ?
aussi laisse-t-il couler ses larmes de toutes les faces ^.
I Les deux distiques forment pendant. Les deux travaillent, mais le résultat est fort différent. 'Umh peut à la fin se donner du repos ; si Tautro s'en donne, il est perdu. (En manquant du nécessaire, litt. : dans ramoindrissement de la subsistance.)
^ La soif de l'or est représentée comme une espèce de suicide.
S C'est-à-dire, ou bien : à proximité, inévitable ; ou bien : de manière qu'ils l'auraient pu prévoir.
4 II 7 a là deux images entremêlées : l'obstacle contre lequel on se beurte de manière à tomber, et la trappe qui sert à prendre un animal.
^ Qui se contente de ce qu'il a et ne veut pas toujours en avoir davantage.
0 Un tel est bien rare ! L'original disait peut-ôtre : où est-il ?
1 L'honmie est enclin au mal ; bien rares sont ceux qui, dans l'occasion, se gardent de se laisser aller au penchant naturel. Ce distique généralise ce qui a été dit d'abord du riche et de l'or en particulier (1 Tim. VI, 9).
8 Prov. XXIII, i suiv.
9 L'envie (qui est ici à prendre dans le sens spécial de l'avidité] s'exprime dans les langues sémitiques par la phrase : le mauvais œil. C'est là ce qui amène l'autre distique
440 l'ecclésiastique XXXIV, 14-23 (xXXI, 16-27).
N'étends pas la main partout où il regarde,
et ne te presse pas en même temps vers le plat ' . Juge d'après toi-même ce que peut désirer ton voisin ',
et réfléchis à tout ce que tu fais.
Mange ce qui est servi comme il sied à un hommc^
et ne te rends pas haïssable par la gloutonnerie. Cesse le premier, en homme bien élevé,
et ne sois pas insatiable, de peur de choquer les antres. Si tu es assis parmi plusieurs autres,
n'étends pas la main le premier.
[cl ne sois pas le premier à demander à boire,]
" L'homme bien élevé se contente de peu [de vin]
et puis étant couché il n'a pas la respiration difficile. On dort en bonne santé quand le ventre n'est pas trop plein^
on se lève de bon matin ^ et on a l'esprit libre. Insomnie, vomissement et tranchées,
voilà ce que subit l'homme intempérant.
Si tu t'es laissé entraîner par les mets,
lève-toi, promène-toi et tu auras du repos*.
[et tu ne contracteras pas de maladie.] Ëcoute-moi bien, mon fils, et ne me méprise point ;
tu trouveras plus tard que j'ai raison. Sois assidu au travail quoi que tu fasses,
et la maladie ne se trouvera pas sur ton chemin.
"Toutes les bouches font l'éloge de celui dont la table est et le témoignage rendu à sa libéralité est vrai, [splendide,
dont le sens est : L'homme est naturellement porté à l'envie. Les larmes sont Texpression visible, la manifestation du sentiment. Il faut convenir que cela n'est pas naturel, quoique pour le fond l'auteur n'ait pas absolument tort.
1 Expression pittoresque de la pensée que l'acte no doit pas suivre le regard de convoitise. Le texte latin dit tout autre chose : N'étends pas ta main le premier, de peur d'avoir à rougir do ton avidité^ et ne te presse pas pendant le festin.
2 Laisse-lui aussi quelque chose. Il faut se rappeler que chaque convive se aenrait
lui-mOme en prenant dans le plat avec les doigts ce qui lui convenait.
^ Vulj. : On dort jusqu'au matin.
•^ Si tu as trop mangi*^, à ton appétit, aide-la digestion en allant te promener. C'est très-prosaï<iuc, mais c'est nu moins plus convenahlo que ce que les traductions font dire ù l'auteur : Si l'on t'a contraint à manger au delà de ton appétit, lève-toi de table, va vomir, cela te soulagera. C'était bien lu la règle ù Rome trois siècles plus tard.
LECCL. XXXIV, 24-31. (XXXI , 28-38). XXXV, i (XXXII, l). 441
Toute la ville murmure contre celui qui se montre chiche à table^ et le témoignage rendu à sa lésinerie est juste.
^^Ne fais pas le brave à Tcgard.du vin*;
il a perdu beaucoup de gens.
Le fourneau éprouve l'acier trempé',
ainsi le vin éprouve les cœurs des orgueilleux. Le vin est à Thomme comme la vie',
si on le boit avec mesure.
Qu^est-ce que la vie quand on manque de vin^?
[qu'est-ce qui ôte la vie ? C^est la mort * !]
il a été créé pour la joie de Thomme.
[et non pour Venivrer,] Le vin bu à temps et modérément,
est la joie du cœur et le contentement de Tesprit.
[et la santé de rame et du corps.] Le vin bu avec excès met l'amertume dans Tâme^
produit de l'irritation et cause des querelles. L'ivresse exalte la passion de l'insensé et le mène à mal,
elle diminue la force et fait encore des blessures. Dans un festin, en buvant, ne fais pas de reproche au voisin,
ne lui montre pas de dédain quand il est joyeux ; Ne lui dis pas de parole Injurieuse,
et surtout ne le presse pas pour une dette.
* Si l'on t'a fait président **, ne va pas t'en prévaloir ;
sois parmi les autres comme leur égal.
Aie soin d'eux et puis seulement assieds-toi;
prends ta place quand tu auras fait ta besogne,
1 Vulff, : Ne provoque pas à boire ceux qui aiment le viu.
^ Litt. : par la trempe. L'auteur ou son traducteur ne paraît pas avoir eu une idée bien nette des procédés. — A la fin du second vers^ le texte grec reçu ajoute : dans la qaereUe ; le texte latin : dans l'ivresse; leçon recommandée aussi par plusieurs manoscrits grecs.
8 Jl l'anime, lui donne des forces.
4 Et non pas : quand on est vaincu par le vin.
^ Vérité incontestable, qui n'a que le seul tort d'être énoncée ici.
^ Le paragraphe porte dans quelques manuscrits le titre spécial : DES CHEFS. Il est difficile de dire quelle idée Tauteur de cette rubrique s'est faite des chefs dont il est parlé. Le fait est qu'il s'agit tout simplement des présidents d'un banquet, qui, chez les anciens, étaient en môme temps une espèce de maîtres d'hôtel et avaient à soigner tout ce qui concernait la fôte (Jean II, 8). Il s'agit toujours encore des règles de bienséance à observer dans les festins et en général en société.
442 l'ecclésiastique xxxv, 2-10 (xxxii, 2-12).
Afin de te réjouir à cause d'eux,
et de recevoir une couronne pour le bel arrangement. [et d'être reconnu digne davoir été élu.]
3 Toi, vieillard, parle * (cela te revient) avec mesure et sagesse,
mais n'empêche pas la musique', S'il s'agit de Técouter ^, ne laisse pas couler le flot de ton
et n'étale pas ton savoir hors de saison. [discours^
Un cachet d'escarboucle enchâssé dans l'or^
tel est un concert d'instruments dans un festin. Un cachet d'émeraude monté en or,
tels sont des accords mélodieux avec un vin doux^.
[Ecoute en silence^
et la modestie te vaudra de la faveur^.] ^ Toi, jeune homme^ parle quand il le faut,
deux fois au plus, si tu es interrogé. Résume ton discours, dis beaucoup en peu de mots ;
sois comme quelqu'un qui n'ignore pas, mais qui sait se Parmi les grands, ne te gère pas comme leur égal, [taire*.
et quand un autre parle ^, ne jase pas beaucoup. L'éclair précède le tonnerre :
la faveur vient au devant de Thommc modeste ^.
1 Â table ; c'est à toi qu'il appartient de diriger la conversatioii.
2 En parlant toujours. La conversation et la musique doivent alterner.
8 Quand on ne t'écoute pas. (Vulg.)
4 Cette répétition oiseuse a l'air d'ôtre une double traduction du môme distique de l'original. — Avec tout cela, on voit que la morale de l'auteur n'est pas trop austèrei malgré la sévérité de ses principes d'éducation.
^ Cette glose, parfaitement superflue, n'est en tout cas pas à sa place. C'est avec le distique suivant que la nouvelle série devait commencer.
G Tout ce passage est singulièrement bouleversé dans le texte latin : Jeune hommei parle à peine dans ta propre cause ; si tu es interrogé deux fois, que ta réponse ait qm tête. En beaucoup de choses sois comme un ignorant, et écoute en silence tout en qoa»tionnant. — La tête de la réponse vient du mot grec récapituler, que noua avons lesdo par résumer, dans le sons que l'auteur indique lui-même.
'^ • Lu où il y a des vieillards. » Cette variante pourrait bien avoir conservé la vraie leçon. Le parallt-Iisme la recoramando aussi.
^ L'auteur n'a pas la main heureuse avec ses iraugos. Si cette comparaison doit avoir uu sens dans ce contexte^ il faut que l'homme modeste soit celui qui en société sait se taire. Cette retenue discrète lui acquiert la faveur des autres avant qu'il ne parle. La faveur, c'est l'éclair; le discours qu'il retient, c'est le tonnerre (qui survient pourtant)! Mais est-ce bien là le sens de l'oripinal perdu ?
l'eCCLÉSUSTIQUE XXXV, 11-21 (XXXII, 13-24). 443
Lève-toi de bonne heure *, et ne reste pas à rarrière-garde, hâte-toi de rentrer et ne fais pas le dissipé.
Là divertis-toi et fais ce que tu voudras ',
mais ne pèche point par des discours téméraires.
Et avec cela bénis ton créateur, qui te rassasie de ses biens ',
^* Celui qui craint le Seigneur accepte son instruction,
et ceux qui s'empressent après lui * trouveront sa faveur. Celui qui s'applique à la loi en sera rassasié',
l'hypocrite y trouvera une occasion de chute. Ceux qui craignent 1b Seigneur connaîtront le droite
et ils feront luire leurs jugements comme une lumière. Le méchant décline la réprimande;
at trouve toujours une excuse conforme à ses désirs.
'* L'homme raisonnable ne néglige pas l'avis des autres ",
l'orgueilleux n'hésite ni ne craint.
Et quand il a agi inconsidérément,
[i7 esi repris par ses propres procédés ^.] Ne fais rien sans réfléchir,
et tu n'auras pas à te repentir après coup ^. Ne marche pas sur un chemin raboteux^
et tu ne te heurteras pas contre les pierres ^. Ne te fie pas trop à un chemin uni,
[de peur d'y rencontrer un piège]
1 Quand le repas Gnit.
^ A la maison, on n'a pas besoin de s'observer autant qu'en société. Il y a pourtant une mesure à garder.
3 Sois reconnaissant de ce dont tu viens de jouir.
4 Litt. : qui se lèvent de bon matin (pour le chercher).
^ S'appliquer : le texte grec dit : chercher. Le mot hébreu correspondant signifiait, à l'époque de l'auteur : étudier. Rassasier rappelle Tidée d'une ample et saine nourriture et forme antithèse avec la chute.
^ Nous nous permettons ici un léger changement dans le texte qui dit : ne néglige pas l'avis ; Vautre et l'orgueilleux, etc. — Ce dernier agit à sa tête sans réfléchir et sans prendre conseil.
'' La dernière ligne s'est perdue dans les textes grecs.
8 D'autres traduisent : Et quand tu as agi, ne te repens pas.
9 Évite, dans tes actes et dans tes paroles, ce qui peut te créer des désagréments ou des dangers.
444 l'eccl. XXXV, 22-24 (xxxii, 25-27). XXXVI, 1-7 (xxxni, 1-7).
et mets-toi en garde contre tes enfants mêmes. [el aie Vœil ouvert sur ceux de la maison^.] En tout ce que tu fais, aie confiance en toi-même; ceci est aussi conforme aux commandements.
'* Celui qui croit à la loi est attentif à ses commandements^
et celui qui se fie au Seigneur n'y perdra rien. *A celui qui craint le Seigneur il n'arrivera point de mal,
mais dans Tépreuve ' il le délivrera encore. Le sage ne hait pas la loi;
celui qui feint de l'aimer est comme un vaisseau dans la L'homme de bon sens a foi en la loi, [tempête.
et il peut s'en remettre à elle comme à un Dracle '.
♦ Prépare ce que tu veux dire, et tu seras écouté ;
ramasse ce que tu as appris, et puis réponds. Dans la tète d'un sot, c'est comme la roue d'une voiture,
et ses pensées tournent comme autour de l'essieu ^. Un ami moqueur est comme un étalon
qui hennit sous n'importe quel cavalier '.
^Pourquoi un jour est-il préféré à l'autre •, [du soleil?
bien que la lumière de tous les jours de l'année vienne
1 Si la route raboteuse présente des daugers, la route unie et facile n'exige pas moins de précautions. Là même où Ton devrait s'y attendre le moins, on peut se trouver en face du péril ou être trompé dans sa confiance.
^ Il ne s'agit pas de tentations, dans le sens moral, mais de malheurs.
8 Le sens est clair, le texte est embrouillé ou plutôt trop concis et en partie altéré. Liit. : la loi lui est sûre, fidèle, comme une question des justes. Ce mot de4 justes, qui M lit dans les imprimés, n'est pas reconnu par les manuscrits ; ceux-ci ont un autre mot que les Septante mettent à la place du terme hébreu d^Ourtm, qui désigne rorade du grand-prôtre, décrit Exode XXVIII. Cela donne ici un sens très-convenable ; il n'y a que cette expression de question, au lieu do réponse, qui gône à première vue. Le texte latin est tout à fait corrompu ; il rattache la seconde ligne au distique suivant : Cehii qui manifeste [ce mot correspond évidemment à notre oracle] une question, pi^ptrera un discours, et ayant ainsi prié, il sera écouté, etc.
4 La tôte (litt.: les entrailles] est le siège de la pensée. Le sens est que le soia's qu'un cercle d'idées étroit et s'y meut toujours sans en sortir. Le texte dit proprement: comme un essieu qui tourne. L'expression est impropre.
5 Image qui blesse notre goût. Le sens doit Ctro que celui qui a la manie de railler et do Taire des plaisautories sottes ou mauvaises, en fera ù tout venant et sans égard aux personnes ou aux circonstances.
•'* L'auteur veut poser la f[uestion de l'inciralité des conditions et destinées humaines et la résoudre par l'idée de la volonté absolue de Dieu. A cet effet, il commence par rappeler que le mCrno fait se produit n )n point dans la nature, comme on pourrait croire d'après le premier distique et la glose du texte latin, mais dans lo oûlendrier, réglé par la loi émanée de Dieu. Car les jours préféras sont les fôtes légales.
l'ecclésiastique XXXVI, 8-16. XXX, 25 (xxxiii, 8-2o). 445
C'est qu'ils ont été distingués par la sagesse du Seigneur,
[par la création du soleil qui obéit à ses ordres]
qui a varié les époques et les fêtes.
[qu'on célèbre à jour fixe,] Il en a honoré et consacré quelques-uns,
et en a mis d'autres au nombre des jours ordinaires. Et tous les hommes viennent de la poussière,
et Adam a été créé de la terre :
Mais dans sa profonde sagesse le Seigneur les distingue,
et varie leurs destinées.
Il en bénit, il en élève quelques-uns,
il en consacre quelques-uns et les laisse approcher de lui*. Il en maudit d'autres et les humilie,
et les renverse de leur position.
Comme l'argile entre les mains du potier,
au gré duquel se façonnent ses formes^, Tels les hommes entre les mains de leur créateur,
qui donne à chacun ce qu'il juge à propos. La mort et la vie, le mal et le bien, sont en face l'un de l'autre :
ainsi le méchant est en face de l'homme pieux'. Contemple tout ce qu'a fait le Très-Haut :
tout va par paires opposées*.
'•Moi aussi, le dernier, je me suis mis à veiller^,
(*o- 26) comme quelqu'un qui grappille après la vendange.
Par la bénédiction du Seigneur j'ai pris les devants, et comme un vendangeur j'ai rempli ma cuve.
^ Les termes employés semblent désigner les prêtres^ classe privilégiée sans doute ; cependant conmie les fonctions sacerdotales étaient héréditaires, cet exemple ne serait pas bien choisi.
^ Rom. IX, 21 . Variante : Tout ce qu'il fait, il le fait selon son bon plaisir.
^ Les antithèses, les contradictions et les divergences se rencontrent partout dans ce bas monde : non pas seulement dans les destinées humaines, mais encore dans la sphère morale et dans la nature.
^ L'auteur nous plante là : il constate que Dieu a établi cette diversité en toutes choses (comp. le 3* chap. de l'Bcclésiaste); il ne demande pas, il ne sait pas pourquoi? Le présent morceau aboutit nécessairement à l'idée de la prédestination. Ailleurs cependant il revendique la liberté de l'homme, comme être moral, lequel, par ses actes, est le régulateur de sa destinée; et il prouve ainsi qu'il n'est pas un penseur bien conséquent.
^ Le premier vers de ce distique est le 16* du 36* chapitre dans les éditions grecques, le second vers est le 25* du 30* chapitre. Voyez la note 3, page 438.
446 l'ecclésiastique XXX, 26-34. (XXXIII, 21 -30).
Faites attention, afin que je n'aie pas travaillé pour moi seul, mais pour tous ceux qui recherchent l'instruction * .
Ëcoutez-moi, grands do la nation,
vous qui dirigez la communauté, prêtez roreille^!
^^Ni à ton fils, ni à ta fcmme^ ni à un frère ou ami,
ne donne pouvoir sur toi de ton vivant. Ne donne point à un autre tes biens^
pour ne pas avoir à les redemander en cas de repentir'. Tant que tu vis et qu'il y a un souffle en toi,
ne permets pas qu'un autre prenne ta place. Il vaut mieux que tes enfants te prient,
que d'avoir à regarder aux mains de tes fils *. Dans toutes tes affaires tâche de rester le maître,
pour que ta réputation ne soufi*re pas d'atteinte. C'est au jour où ta vie tire à sa fin,
au moment de la mort, que tu transmettras ton héritage.
^^Lc fourrage, le bâton et le fardeau pour L'âne;
le pain, la correction . et le travail pour l'esclave*. Fais travailler ton garçon, et il te laissera en repos • :
lâche-lui les mains, et il s'émancipera.
1 Chap. XXIV. 32 (48).
^ Les huit derniers vers sont évidemment un post-scriptum, une péroraison, la fin d'un recueil de maximes (voir l'Introduction}. L'auteur commence par dire modestement qu'il n'est venu qu'après d autres sages et moralistes qui ne lui ont laissé qu'à glaner des règles de prudence et de vertu. Mais aussitôt il sent qu'il a été à la hauteur de sa tâche ; il ose se comparer à ses devanciers, se mettre au premier rang, avec k réserve de faire hommage à Dieu de ce qu'il a pu dire de bon.
3 II est imprudent, de la part d'un père par exemple, de céder ses biens par ertneement d'hoirie, de manière à se mettre, pour son propre entretien, à la merci d'un filSi qui pourrait être ingrat et égoïste. Au lieu de redemander, on pourrait mdme tradaiie : mendier.
4 C'est-à-dire, d'avoir à attendre le nécessaire de leur générosité.
^ Rubrique des manuscrits : DES ESCLAVES. — Pour ne pas être injuste eavan l'auteur, en vue de ses conseils relatifs aux esclaves, il faut se mettre an point de vœ de son siècle, et ne pas négliger ce qu'il dit vers la fin. De fait, au début le parallélisme entre le bipède et le quadrupède est complet : la nourriture, c'est ce que lenr doit le maître, môme dans sou propre intérêt ; en revanche, il demande le service, et les moyens coercitifs sont la conséquence naturelle d'un rapport contraire à la nature.
G Vull/. Il ne travaille que par contrainte et veut se reposer. Le sens du grec, confirmé encore par ce qui suit, est que le travail est au fond le meilleur correctif des mauvais penchants. Cela est vrai pour l'homme libre aussi.
l'eCCL. XXX, 35-40 (XXXIII, 81-37). XXXT, 1-3 (xxxiv, l-S). 447
Le joug et les courroies fout plier le cou * ;
pour un méchant esclave il y a le fouet et la torture. Presse-le pour le travail, pour qu'il ne reste pas oisif :
Toisiveté enseigne beaucoup de mauvaises choses. Mets-le à l'œuvre, car cela lui est dû,
et s'il ne veut pas obéir, mets-lui les fers aux pieds. Cependant ne dépasse la mesure à l'égard de personne,
et ne fais rien sans de bonnes raisons. Si tu as un esclave [fidèle]^ qu'il soit comme toi,
car tu l'as acquis avec ton argent.
Si tu as un esclave, mène-le comme ton frère,
car tu en as besoin comme de ta vie '. Si tu le maltraites et qu'il s'enfuie,
par quel chemin le chercheras-tu?
* Les espérances vaines et trompeuses , sont l'affaire des et les rêves donnent des ailes aux sots'. [insensés,
C'est saisir l'ombre et courir après le vent, que de faire attention aux songes.
La vision des rêves, c'est un objet réfléchi ;
c'est comme en face du visage la ressemblance du visage *.
Aux bœufs les plus revêclies.
^ Le sens de ces deux derniers distiques est très-douteux et les variantes telles, qu'on se persuade qu'anciennement déjà on n'y voyait plus clair. Le traducteur latin a inséré le mot fidèle^ que l'auteur n'aurait pu omettre, s'il avait voulu faire cette exception ou réserve. On n'a qu'à comparer le distique suivant. — En disant : ton argent, nous donnons au mot hébreu que le traducteur a eu sous les yeux^ et qui signifie ordinairement le sang, un sens qu'il n'a que dans une locution rabbinique. Le fait est que nous ne savons que faire du sang dans cette phrase. L'auteur, en recommandant de traiter les esclaves humainement^ parait n'avoir à faire valoir que des motifs utilitaires. — > Enfin la phrase : comme de ta vie, ne répond pas exactement au texte grec qui est ici fautif. Elle est omise dans le latin. On a proposé de lire ; Attache-le à toi-même^ leçon qu'on obtient en changeant simplement un préfixe hébreu {à pour comme) ^ et en biffant une voyelle dans le verbe grec.
3 Les rêves sont l'objet de cette série de distiques. La vanité de la croyance aux songes est établie dès l'abord. Donner des ailes, est une locution figurée assez pittoresque qui implique en même temps l'idée d'une chose irréalisable et les entraînements de l'imagination.
4 XjS seconde ligne révèle la pensée de l'auteur : Le visage qu'on aperçoit dans un miroir n'a pas de réalité ; telle est la chose qu'on voit en songe. C'est une image sans réalité. La première ligne doit avoir le même sens, mais elle l'exprime très-obscurément en disant : c'est ceci contre cela. Les images qu'on Toit en songe sont toujours au fond le reflet de quelque chose qui existe.
448 l'ecclésiastique xxxi, 4-i5 (xxxiv, 4-16).
De ce qui est impur, qu'est-ce qui peut être pur ?
de ce qui est mensonger, qu'est-ce qui peut être vrai* ? Divinations, augures, songes, sont choses vaines ; [enceinte.
l'esprit se fait là des idées en Pair comme une femme A moins qu'ils ne viennent du Très-Haut qui te visite *,
garde-toi d'y faire attention.
Les songes ont trompé beaucoup de gens,
et ils ont été déçus en fondant sur eux leurs espérances. C'est la loi qui s'accomplit sans tromper %
et la sagesse, d'une bouche sûre, mène à bonne fin.
^ Un homme instruit sait beaucoup de choses,
et celui qui a de l'expérience parlera sagement. Celui qui n'a pas été éprouvé sait peu de choses ;
qui a couru le monde a ramassé du savoir-faire *. J'ai vu beaucoup de choses dans mes courses,
et j'en sais plus que je n'en dis.
Souvent j'ai été eu danger de mort,
et c'est là ce qui m'a sauvé*.
L'esprit de ceux qui craignent le Seigneur vivra *,
[e^ sera béni en ce qu'il le regarde]
car ils espèrent en celui qui les sauve.
[et Vœil de Dieu est sur ceux qui V aiment.] Qui craint le Seigneur n'a pas d'autre crainte ;
il n'a pas peur, car Dieu est son espoir.
' Réponse : Rien. La pointe est dans la seconde ligne, et la chose mensongère, c'est précisément le rêve.
2 L'Écriture parlant souvent do songes inspirés par la Providence révélatrice, l'auteur a soin de faire là une réserve.
3 En tant qu'elle contient dos promesses. Elle est opposée aux songes qui prometteit aussi, mais n'ont point d'efTet. Elle est mise sur la mdme ligne avec la sagesse, qui est un meilleur guide, par ses enseignements, que les vaines fantasmagories aaxqndlss d'autres se fient.
4 Au lieu de ces quatre lignes, le latin en a sept, mais qui n'en disent pas davantage et qui semblent n'être en partie que des traductions diverses d'un même teifte. Seulement le traducteur s'est absolument mépris sur l'intention de l'auteur, parce qoê à la place du savoir-faire et de la sagesse il met la malice et la méchanceté.
^ Savoir la prudonco acquise par 1 expérience. i)i\ apprend à cette occasion que l'auteur a vu le nioutle.
C Relativement longtemps. Ce n'est donc pas la prudence humaine seule q«n protège la vie, mais encore l'iril de Dien.
l'ecclésiastique XXXI, 16-27 (xxxiv, 16-28). 449
Heureuse Tâme qui craint le Seigneur !
à qui s'en tient-elle ? qui est son appui ' ? Les regards du Seigneur sont fixés sur ceux qui l'aiment;
il est un puissant protecteur^ un fort appui, Un abri contre le Semoûm ', contre Tardeur du midi ;
une garde contre Tachoppement, un secours dans la chute. Il élève Tâme, il éclaire les yeux,
il donne la santé, la vie et la bénédiction ^
^^ Faire un sacrifice avec du bien mal acquis, c'est se moquer de
et les offrandes des impies ne lui plaisent point. [Dieu ♦, [Le Seigneur n'est propice qu'à ceux
qui se tiennent dans la voie de la vérité et de la justice.] Le Très-Haut n'a pas de plaisir aux offrandes des impies,
[il ne regarde pas aux oblations des méchants]
et il ne pardonne pas les péchés en vue de la multitude des Celui qui fait un sacrifice avec Targent du pauvre, [sacrifices.
est comme s'il tuait le fils devant les yeux de son père. Le pain des indigents, c'est la vie du pauvre :
celui 'qui le lui enlève est un meurtrier. Celui qui ôle sa subsistance au prochain le tue,
celui qui enlève son salaire îi Touvrier répand son sang. Si Tun bâtit et que Tautre démolisse,
qu'en ont-ils de plus que la peine ?
Si l'un prie et que l'autre maudisse,
duquel le maître exaucera-t-il la voix ^ ? Si, après s'être lavé à cause du contact d'un cadavre, on le
à quoi aura servi l'ablution? [touche encore,
1 La question appelle l'attention sur la puissance de Dieu.
^ Le vent brûlant du désert : tout cela naturellement au figuré.
3 Par une association d'idées très-naturelle, cette tirade, destinée d'abord à préco* niser les avantages de l'expérience, aboutit à la louange de Dieu et à la recommandation de la piété. La sagesse et la crainte de Dieu sont encore inséparables.
4 II s'agit ici de sacrifices qui n'ont aucune valeur aux yeux de Dieu, et qui sont zn6me des moqueries, des essais de le tromper. Tel s'est enrichi aux dépens d'autrui, et prétend se faire pardonner ses iniquités en consacrant au service de l'autel une partie de ce qu'il a ramassé injustement. L'auteur déclare que des actes pareils équivalent à des assassinats, à tout ce qu'il y a de plus horrible. Le pauvre vit du peu qu'il a ; si on le lui enlève ou retient, on attente à sa vie.
^ Le premier de ces deux distiques est destiné à préfigurer le sens du second. Deux actes opposés se neutralisent. Que gagne l'homme méchant à prier et à sacrifier, si en même temps un autre est dans le cas de le maudire? On voit que ce n'est qu'une nouvelle forme de la pensée déjà exprimée plus haut.
A. T. 6« part. 29
450 l'eCCL. XXXI, 28-29 (XXXIV, 29-30). XXXII, 1-10 (xxxv, 1-lOj.
Tel est l'homme qui jeûne à cause de ses péchés, et qui après va les commettre de nouveau.
Qui donc exaucera ses prières?
et à quoi aura servi son jeûne * ?
* Celui qui observe la loi fait de riches offrandes ' ;
c'est un sacrifice d'actions de grâces que de garder les corn- Celui qui est reconnaissant apporte une oblatiou, [mandements.
celui qui est bienfaisant fait un sacrifice de louange'. Le Seigneur voit avec plaisir qu'on s'abstienne du péché,
et il se montre gracieux à qui évite l'iniquité.
* Ne te présente pas les mains vides devant le Seigneur,
car tout cela est dû d'après le commandement. L'offrande du juste graisse l'autel ;
et son odeur est délicieuse au Très-Haut*. Le sacrifice d'un homme juste est agréé,
et son souvenir ne s'effacera point ^.
' Glorifie le Seigneur d'un cœur joyeux,
et ne lésine pas à l'égard des prémices que tu apportes*. Quand tu donnes, aie toujours l'œil serein,
et consacre ta dime avec plaisir.
Donne au Très-Haut selon qu'il t'a donné',
et de bon cœur, selon que tu as pu acquérir. Car le Seigneur aime à rémunérer,
et il te le rendra au septuple.
1 £t non : son humiliation. Le traducteur grec n'a pas remarié qa'en hébreu ce mot : s* humilier, est employé ^omt jeiiner.
^ Cela ne veut pas dire (jue la loi commande qu'on en fasse en nature ; mais que l'observation de la loi (morale) est le meilleur sacrifice. L'auteur ne songe pas à abolir les rites du culte, mais il déclare (ju'il y a mieux à faire. C'est là le principe suprême concernant les sacrifices.
8 A titre d'exemple, l'auteur cite deux vertus sociales qu'il dit être équivalentes id» actes du culte. On remarquera que dans ces quatre lignes l'auteur énumère quatre espèces de sacrifices institués par la loi, ou plutôt quatre termes, qui sont naturellement synonymes dans l'usage qu'il en fait. Pour ohlation^ il dit : fleur de fariné, dbfst régulièrement employé dans le culte.
^ Second principe : Le sacrifice légal (en uature) ne doit pas être négligé ; mais pour qu'il soit agréable (bien gyas), l'essentiel est qu'il soit offert par des mains pures.
•"^ Dieu y aura égard, ù cause de la qualité de celui qui l'offre.
G Troisième principe relatif aux sacrifices : Quand on donne à Dieu, on doit le faire gaîiuent et de bon cœur.
"^ Selon les movons.
l'eCX^LÉSIASTIQUE XXXII, H-23 (xxxv, H-24). 451
**Ne cherche pas à gagner le Seigneur par des dons,
car il ne les acceptera pas ; Et ne te fie pas à un sacrifice injuste*,
car il est juge et ne fait point acception des personnes. Il ne prend point parti contre le pauvre,
et exauce la prière de celui auquel on a fait tort. Il ne néglige pas la supplication de Torphelin,
ni la veuve, quand elle se répand en plaintes. Les larmes de la veuve ne coulent-elles pas sur ses joues,
et ses cris ne s'élèvent-ils pas contre qui les lui arrache ? [De ses joues elles montent au ciel^
et le Seigneur qui exauce n'y prend pas plaisir.]
*• Celui qui aime à servir Dieu est accueilli par lui,
et sa prière arrive jusqu'aux nues.
La prière de Toppriraé pénètre à travers les nues,
il ne se consolera que quand elle aura été exaucée ; Il ne cessera, que lorsque le Très-Haut y aura eu égard ;
et celui-ci jugera justement et fera droit. Et le Seigneur ne tardera pas, ni ne les ' supportera,
mais il rompra les reins aux gens sans pitié. Aux païens il fera sentir sa vengeance, [leur sceptre;
jusqu'à ce qu'il ait anéanti cette troupe d'insolents et brisé Jusqu'à ce qu'il ait rendu à chacun selon ses œuvres,
et rémunéré les actes selon les desseins des hommes ^. Jusqu'à ce qu'il ait fait justice à son peuple,
et qu'il l'ait réjoui dans sa miséricorde. Réjouissante miséricorde au temps de son * affliction,
comme le sont les nuages au temps de la sécheresse !
1 II s'agit Daturellement de quelqu'un qui a la conscience chargée et qui espère corrompre le Juge suprême comme on corrompt un juge ordinaire. Un sacriûce injuste est an sacrifice fait avec des biens injustement acquis.
2 Ce pronom fait voir clairement que l'auteur a en vue une catégorie spéciale de personnes, qu'il ne désigne encore qu'indirectement. Toute cette tirade sort des généralités morales et religieuses. On ne se trompera certainement pas en voyant ici une invective contre les dominateurs païens de la Palestine. Celui qui aime à servir Dieu c'est l'Israélite pieux et fidèle^ il est en même temps Vopprimé^ qui attend Imtervention protectrice et vengeresse du Juge céleste, et qui, se fiant en ses promesses, est sûr que le jour de la rémunération n'est pas éloigné. On voit que l'idée messianique ne prend ici aucune forme concrète, elle reste tout à fait impersonnelle.
3 Le texte latin parle ici des œuvres et des desseins d'Adam. ^ Da peuple israélite.
452 l'ecclésiastique XXXIII, 1-18 (xxxvi, i-i3).
* Aie pitié de nous, Seigneur !
Dieu tout-puissant, regarde- nous !
[Fais-nous voir la lumière de la miséricorde]
et jette ta terreur sur toutes les nations I
[qui ne te recherchent point] [Pour qu'elles reconnaissent qu'il n'y a de Dieu que toiy
et qîi*elles racontent tes hauts faits.] Lève ta main contre les peuples étrangers,
et fais-leur sentir ta puissance I Tu t'es montré saint à notre égard devant eux,
devant nous à leur égard montre-toi grand*. Qu'ils te reconnaissent, comme nous avons reconnu
qu'il n'y a pas d'autre Dieu que toi, Seigneur I Renouvelle tes miracles, reproduis tes merveilles,
glorifie ta main et ton bras droit !
Réveille ta colère, déverse ton courroux,
anéantis l'adversaire, écrase Tennemil Hâte le moment, souviens-toi de ton serment,
afin qu'on raconte tes exploits !
Que celui qui s'échappe soit consumé par ta colère foudroyante,
et que les tyrans de ton peuple trouvent la ruine I Brise la tète aux chefs des ennemis,
à ceux qui disent : 11 n'y a que nous! ("•*=») Rassemble toutes les tribus de Jacob,
[afin qu'on reconnaisse qu'il n'y a de Dieu que toi, El qu'on raconte tes hauts faits]
^36.16^ et remets-les en possession de leur ancien patrimoine ^
^ Dieu s'est montré saint, c'est-à-dire haïssant le mal, à Tégard des IsraéliteSi en les punissant; leur état actuel est encore la suite de la punition qu'ils ont attirée sor eox. Il se montrera grand, puissant à l'égard de leurs oppresseurs en mettant fin à leor domination, que les forces humaines ne sauraient briser. Les païens ont été les témoins du premier de ces actes, puisse IsraCl être témoin du second.
^ En laissant de côté les deux lignes intercalées dans le texte latin, et qui font double emploi avec d'autres qui les précèdent, le distique grec authentique donne lien à ose observation semblable à celle que nous avons dû faire à la note 3 de la page 488. Dans le texte grec actuel, la première ligne de ce distique forme une partie du t3* verset duchap. XXXIII, la seconde une partie du 16*^ verset du chap. XXXVI. A partir d'ici, les deux textes se suivent de nouveau dans le même ordre dans les deux familles d'exemplaires. Il faut seulement remarquer que par suite de la dislocation accidentelle du grec, dont nous avons exi)li(ju6 l'origine dans l'Introduction, la seconde ligne de notre passage ne présentait plus de sens, et les copistes ont changé l'impératif, qui est ici de toute nécessité, en la ijremière personne du passé défini.
l'ecclésiastique XXXVI, 17-27 (14-25). 453
Aie pitié du peuple qui s'appelle de ton nom,
d'Israël, auquel tu as accordé le droit d'aînesse*. Aie compassion de la ville de ton sanctuaire,
de Jérusalem où tu as établi ta demeure. Remplis ton peuple de ta gloire,
et puisse Sion recevoir ce que lui promettaient tes oracles ! Rends témoignage pour ceux qui sont tes créatures,
et ratifie les prophéties faites en ton nom! Récompense ceux qui se sont attendus à toi,
et que tes prophètes soient véridiquesl Exauce, Seigneur, la prière de ceux qui t'invoquent,
selon la bénédiction dont Aaron a béni ton peuple ',
[dirige-nous dans la voie de la justice.] Et que tous les habitants de la terre reconnaissent
que toi, Seigneur, tu es le Dieu éternel!
'* Le ventre consomme toutes sortes de viandes ;
cependant telle viande vaut mieux qu'une autre. Le palais reconnaît la venaison au goût,
et l'esprit intelligent discerne les discours mensongers, Qui a l'esprit de travers vous cause du chagrin,
mais un homme expérimenté lui tifpdra tète ^
'* Une femme acceptera toute espèce d'homme ;
mais telle fille vaut mieux que telle autre ^. La beauté de la femme réjouit celui qui la voit,
et dépasse tout ce que l'homme peut désirer.
^ Et non pas : que tu as nommé (on aîné. Il n'y a pas de pronom. L'auteur fait allusion aux privilèges que la loi civile accordait aux fils aînés.
S Nombres VI, 23 suiv.
3 La liaison des idées n'est pas bien claire ici. Quant aux deux premiers distiques, on comprend que les viandes et le palais ne sont introduits qu'à titre de comparaison. Au fond il s'agit du discernement, de l'art de démôler la valeur véritable des choses ou des paroles. La transition au troisième distique se fera par la notion de V expérience, qui sera toujours un moyen infaillible de ne pas se laisser prendre aux apparences.
4 Un exemple encore de l'avantage du discernement, et en mSme temps un trait de moBors. Il n'y a que l'honmie qui soit dans le cas de l'exercer. La femme accepte le mari qu'on lui donne ; l'homme choisit. Les vers suivants rachètent amplement ce qu'il peut y avoir de choquant ou de dégradant pour l'autre sexe dans ce premier distique. Ils exaltent la valeur d'une femme distinguée, soit par ses charmes, soit par ses qualités morales.
454 l/ ECCLÉSIASTIQUE XXXVI, 28-31 (26-30). XXXVII, 1-6 (l-ô).
Si sa langue exprime la bonté et la douceur,
son mari n'est plus comme le commun des mortels. Celui qui acquiert une femme ^ fait une bonne acquisition,
il a une aide qui lui convient, une colonne pour s'y appuyer. Là où il n'y a pas de haie, les champs sont pillés;
là où il n'y a pas de femme, on soupire sans savoir où aller. Qui donc se fierait à un brigand au bagage léger,
qui va courir de ville en ville?
Tel serait Thomme qui n'a pas de nid,
et qui cherche son gite là où la nuit le surprend^.
^ Tout ami dira : Moi aussi je suis un ami ' ;
mais il en est qui ne le sont que de nom. N'est-ce pas un chagrin pour toute la vie,
quand le camarade ou l'ami se change en ennemi? 0 méchante pensée * I d'où es-tu venue rouler tes flots
pour couvrir la terre de fausseté*?
Le camarade se divertit avec l'ami tant que dure la joie ;
arrive l'adversité, il se tournera contre lui. Le camarade s'associe aux peines de l'ami dans l'intérêt de son
en face de la guerre il prendra le bouclier*. [ventre;
N'oublie point un ami' dans ton cœur,
garde-lui un bon souvenir dans ta prospérité.
1 Le texte latin ajoute : une bonne femme. Mais cela va sans dire, et la glose affiùblit môme l'expression de roriginal.
2 C'est la femme qui fonde la maison ; c'est avec elle qu'arrive la solidité dans l'existence de l'homme. Sans elle^ celle-ci reste incomplète, mal assurée. La dernière comparaison est un peu forcée ; mais elle peint très-bien l'instabilité d'un mode de vivre dont le pivot ne serait pas le foyer domestique, le peu de satisfaction qu'une telle condition donne à celui qui s'y condamne, et le peu de confiance qu'il inqnre à d'autres.
3 Au début, le mot ami est pris dans un sens général et vulgaire. Ce n'est que plos loin que l'auteur se sert de deux mots différents pour distinguer le véritable and de celui qui en usurpe le nom.
^ Proprement : méchante tendance, perversité de la nature humaine, qui va jusqu'à abuser d'un beau nom pour couvrir ce qu'il y a de plus détestable.
^ Image d'une inondation qui ruine la campagne.
•5 On explique ordinairement cette phrase de mani^^e qu'elle tourne à l'éloge du sujet : Il va jusqu'à défendre rami. Nous pensons, au contraire, que l'auteur reproduit sons une autre forme la thèse précédente. Le camarade accepte sa part de peine tant (|u"il y trouve son profit ; au moment du dan^^er il s'empare du bouclier pour se défendre lui-mCmc, sans songer à lami.
"^ Véritable.
l'ecclésiastique XXXVII, 7-12 (7-20). 455
^Quiconque donne un conseil en exalte la valeur ',
mais tel n'en donne qu'à son propre profit. Mets-toi en garde contre celui qui te conseille :
et tâche de savoir d'abord quel intérêt il peut y avoir, (Car il pourrait bien conseiller pour son propre profit),
de peur qu'il ne jette le sort sur toi ^ ; Et qu'il ne dise : Ton chemin est le bon^
tandis qu'il se tient de côté pour voir ce qui t'arrivera. Ne consulte pas quelqu'un qui te porte envie,
et cache tes desseins à ceux qui sont jaloux de toi '. [Ne consulte pas un homme irreligieux au sujet de la sainteté y
ni un homme injuste au sujet de la justice,] Ne consulte pas une femme au sujet de sa rivale,
ni un lâche au sujet de la guerre ; Ni un marchand pour faire un échange,
ni un acheteur pour une affaire de vente; Ni un envieux sur la reconnaissance^
ni un homme sans pitié sur un bienfait; [JW un homme malhonnête sur rhonnêtelé^
ni un impie sur la piété;] Ni un paresseux au sujet de quelque travail,
ni un mercenaire^ attaché à la maison, sur son achèvement^; Ni un esclave négligent au sujet d'une masse de besogne —
n'en écoute aucun à l'égard de ce qu'ils te conseilleront. Mais reste constamment en rapport a#c un homme pieux,
que tu sais être observateur des commandements; Dont l'âme est à l'unisson de la tienne,
et qui, quand tu te heurteras^, compatira à ta chute.
1 Dans le texte latin et dans les traductions qui en dépendent, les distiques de ce paragraphe sont arrangés d'après un autre ordre.
2 Traduction littérale^ sens douteux. Jeter le sort sur quelqu'un, était probablement une locution proverbiale. Elle doit signifier : exposer à des risques, ou : exploiter^ faire servir à ses propres fins. Le latin porte : de peur qu'il ne plante un pieu dans ton chemin.
3 Tout ce qui suit est exprimé, dans le texte latin, sous forme affirmative. Il va sans dire que c'est de la pure ironie : Allez donc consulter un tel ! Comme le môme texte ajoute quelques vers de plus, nous nous permettrons de leur donner la forme négative des phrases grecques, pour éviter toute méprise.
4 L'ouvrier attaché à la maison et qui, par conséquent, a son salaire assuré, n'est pas pressé de terminer sa besogne, comme celui qui est payé à la pièce. Le texte latin parle d'un ouvrier engagé à l'année, ce qui reviendra au mdme pour le fond.
^ Quand tu seras malheureux.
45G l'ecclésiastiquk xxxvii, 13-22 (21-31).
Et suis * ce que te conseille ton propre cœur ',
car tu n'as pas de conseiller plus fidèle. L'esprit d'un homme lui révèle quelquefois plus de choses
que sept sentinelles placées au haut d^une tour. Avec tout cela prie le Très-Haut
qu'il veuille aplanir ton chemin en toute sûreté.
*®La réflexion doit être le début de toute besogne, et la délibération doit précéder fout acte.
Gomme trace du changement du cœur quatre choses diverses apparaissent :
Le bien et le mal, la vie et la mort;
mais c'est la langue qui les domine toujours^.
*^Tcl est habile à en instruire d'autres,
qui ne sait pas être utile à lui-même. [Un homme éclairé en instruit plusieurs
et est agréable à lui-même*.] Tel qui se pose comme sage dans ses discours, se fait haïr,
et finit par manquer du nécessaire.
Car le Seigneur ne lui est pas favorable,
et il est dépourvu de toute sagesse.
Tel est sage pour lui-même,
et les fruits de sou savoir sont assurés, à ce qu'il dit\
1 Litt. : (d'après la formulo hébraïque correspondante} ratifie, fais valoir, accomplis. Il faut ajouter : surtout, de préférence.
^ On peut prendre cela au moral, do la conscience. Il est cependant plos probable que l'auteur en appelle à Tintclligence.
3 Passage très-obscur, très-diversement expliqué, et probablement altéré, soit déjà dans l'original, soit dans la traductiou. Le texte latin dit : Une parole mauvaise change le cœur. Nous avons traduit littéralement le grec, sauf à ajouter la particule ^oiitMe, pour trouver un sens acceptable. Le changement du cœur, ce seraient les diverses résolutions auxquelles peut aboutir la réflexion ; la trace (visible] de ce changement, ce sont les derniers efifcts qui résultent do l'acte. Cependant l'intention et l'acte lui-môme ne sont pas les seules causes qui produisent ces effets ; la parole, l'interprétation que l'homme donne à ses actes, y est aussi pour beaucoup. Nous ne saurions affirmer que c'est U oe que l'auteur a voulu dire. En tout cas, il n'y a guère moyen de tirer de ses phrases quelque chose de moins obscur ou do moins sujet à caution.
4 Cette glose paraît être nno simple reproduction du distique précédent, d'après une variante qui (en changeant une seule syllabe) aurait substitué l'adjectif affirmatif au négatif.
''* Quoique tout ne soit pas clair dans ces vers, on entrevoit que l'auteur énumère (liirt5rcntes catégories d'hommes chez lesquels l'intelligence laisse à désirer de manière ou d'autre : 1° ceux qui ne savent l'employer ([u'à l'égard des alfaires d'autrui et qui
l'ecclésiastique XXXVII, 23-31 (32-40). XXXVHI , 1-4 (l-4). 457
*^ L'homme sage * instruit son entourage,
et les fruits de son savoir sont assurés. L'homme sage est comble de bénédictions,
et tous ceux qui le voient l'estiment heureux. La vie d'un homme dure un certain nombre de jours,
mais les jours d'Israël ne sont pas comptés^. L'homme sage acquerra la confiance des siens,
et son nom subsistera à jamais.
^^Mon filsl dans ta manière de vivre aie égard à ta nature;
vois ce qui hd est nuisible et ne le lui donne pas'. Car tout ne convient pas à chacun,
et toute nature ne s'accommode pas de toutes choses. Ne sois pas insatiable dans la jouissance,
et ne te jette pas avec avidité sur tous les mets. Car les excès de table amènent des incommodités^
et l'intempérance peut aller jusqu'au vomissement. Par la gourmandise plusieurs ont trouvé la mort;
celui qui sait se contenir prolonge sa vie.
'Rends au médecin^ quand tu en as besoin^ Thonneur qui lui
car c'est le Seigneur qui l'a créé*. [est dû;
C'est du Très-Haut que vient la guérison;
et de la part du roi même il reçoit des cadeaux. La science du médecin lui permet de lever la tête,
et il se fait admirer des grands.
Le Seigneur a fait produire à la terre des médicaments,
et l'homme sensé ne les rejette pas.
conduisent mal les leurs; 2^ ceux qui ne la manifestent qu'en paroles, mais no rappliquent pas dans la pratique ; 3* ceux qui sont égoïstes et qui croient ainsi assurer leurs intérêts.
1 Le véritable sage^ qui n'a pas les défauts indiqués tout à l'heure.
S Dans ce contexte, cela doit certainement dire que c'est Israël qui seul est le dépositaire de la vraie sagesse, de celle qui émane de Dieu et qui est immortelle, en opposition avec toute sagesse purement humaine et partant périssable.
8 II est question des dispositions du corps, des forces de l'estomac, et en général des soins à donner à la santé physique. Il ne s'agit pas le moins du monde de Vâme dans ce chapitre.
4 Qui lui a donné sa science et qui a créé les choses dont il doit se servir pour combattre les maladies.
458 i/kCCLÉSI ASTIQUE XXXVIII, 5-13 (5-13).
L'eau n'a-t-elle pas été rendue potable au moyen d*an morceau
afin que la vertu de celui-ci fût reconnue ' ? [de bois,
Lui-même donna aux hommes la science,
de manière qu'ils deviennent célèbres par ses merveilles ^. C'est avec celles-ci qu'iP guérit et enlève le mal,
et que le pharmacien fait sa potion.
Il n'a pas terminé son travail,
que déjà la santé revient sur la terre *.
^Mon filsl dans la maladie ne néglige rien\
mais prie le Seigneur et il te guérira. Éloigne de toi Tiniquité, redresse tes mains ^,
et purifie ton cœur de tout péché.
Offre de l'encens et de la fleur de farine,
et de gras sacrifices^ comme si c'en était fait de toi '. Puis donne accès au médecin, car le Seigneur l'a créé ;
qu'il ne te quitte pas, tant que tu en as besoin. 11 arrive parfois que leurs efforts réussissent ^ ;
car eux aussi prient le Seigueur,
^ Allusion ti un incident de rhistoiro mosaïque (Exode XV, 23 suiv.]. Ce morceau de bois est cité à titre d'exemple pour prouver que certaines productions de la terre ont des vertus médicales. La seconde ligne est détachée de la première dans le texte latin, de manière à lui donner un sens tout à fait général : La vertu des plantes est arrivée k la connaissance des hommes (par la volonté de Dieu et dans la suite des temps) .
^ Ce sont les médecins (et non Dieu) dont l'auteur dit qu'ils arrivent à la gloire. Mais il ajoute que c'est au moyen des forces merveilleuses que Dieu a déposées dans les choses qu'il créa.
3 Le médecin.
^ Conclusion paradoxale, mais parfaitement bien sentie. L'auteur veut exalter la vertu de la médecine. Ne disons-nous pas aussi que le malade se sent soulsgé dn moment que le médecin entre dans sa chambre ? Rien n'est faux comme de traduire : Cependant ce n'est pas lui qui achève l'œuvre^ car c'est de Dieu que vient la santé. Cette pensée a été exprimée plus haut ; ici il s'agit d'autre chose. Mais c'est eneore plus contraire au texte de mettre la paiw à la place de la santé. Il faut toujours revenir au sens hébreu des mots que le premier traducteur avait sous les yeux.
^ Cela peut se rapporter aux remèdes^ m&is aussi à la prière. (Jaq. V, 16.) Le péché est considéré ici (ainsi que souvent ailleurs) comme la cause de la maladie. Le repentir et l'amendement sont donc les conditions de la guérison.
^ Locution liguréo. La ligne droite est lo symbole de rhonnêteté [droiture). Donner aux mains une direction en droite li^e est donc Topposé do ce qui est oblique [pemn).
T D'après ce que nous avons lu chap. XXXII (XXXV), 1 suiv., on sera autorisé à donner ù cette maxime un sens figuré.
^ 11 viendra un temps où tu tomberas entre leurs mains. (1 m^^)
l'ecclésiastique XXXVIII, 14-23 (i4-25). 459
Qa'il leur ménage les moyens de donner du repos, et de procurer la guérison pour faire durer la vie.
Celui qui commet un péché contre son créateur doit tomber entre les mains du médecin * .
*' Mon fils 1 sur un mort verse des larmes,
et entonne ta complainte comme éprouvant un profond Puis soigne le corps comme cela est convenable, [chagrin.
et ne néglige point sa sépulture.
Pleure amèrement, fais de grandes lamentations,
porte le deuil comme il en aura été digne, Un jour ou deux, pour éviter la calomnie,
puis console-toi dans ta tristesse.
Car TafOiction conduit à la mort,
et la tristesse du cœur fait fléchir la vigueur'. N'abandonne point ton cœur à la tristesse;
éloigne-la et songe à la fin \ N'oublie pas qu'il n'y a pas de retour :
tu te fais du tort à toi-même sans que cela lui profite ^ Songe à ceci : < Mon arrêt sera aussi le tien ;
à moi hier, à toi aujourd'hui * ! »
Le mort étant en repos, laisse reposer son souvenir *,
console-toi — son souffle est parti!
I Ceci n'est pas une épigramme ; mais la reproductiou sous une autre forme, de ce qai a été dit plus haut. (Voir la note 5 de la page précédente}.
^ Il suit ici dans le texte grec un distique duquel il nous est impossible de tirer un sens qui aille avec le reste. Le texte imprimé peut signifier à la rigueur : quand on emporte (le mort), la tristesse cesse, et la vie du pauvre est contre le cœur ; le texte de quelques manuscrits porte : Dans le malheur la tristesse est permanente, etc. ; le latin mêle les deux leçons : quand on emporte, la tristesse reste, la substance de l'indigent est selon son cœur. Les traductions modernes sont toutes arbitraires. Il est évident que déjà Toriginal hébreu n'a pas été compris par le traducteur. Il j a peut-être même une lacune dans le texte ; en tout cas, de quelque manière qu'on retourne ces phrases, elles ne s'accordent pas bien avec la tendance de l'ensemble, l'auteur voulant combattre l'excessive tristesse dans un cas de décès.
8 Songe que tu mourras aussi, et ne te gftte pas ce qui te reste de vie, en te livrant à Taffliction.
4 Encore si ta tristesse pouvait lui rendre la vie !
^ Leçon du texte latin. Paroles mises dans la bouche du défunt. Cette tournure, recommandée aussi par quelques manuscrits grecs, est beaucoup plus énergique que celle qui dit à la 3* personne : son arrêt. Nous dirions cepe^idant : A moi aujourd'hui, à toi demain !
0 N'y songe plus ! !
460 l'ecclésiastique XXXVIII, 24-80 (26-40).
2* Le légiste * doit sa science à ses heureux loisirs ;
moins on a d'affaires, plus on peut étudier. Comment s'instruirait celui qui tient la charrue^
qui se fait gloire de brandir la lance de raiguillon', En conduisant les bœufs et en s'occupant de leur service,
et dont la conversation roule sur les veaux ? Il s'appliquera à tracer des sillons,
et tous ses soucis porteront sur la nourriture de ses vaches. Tel est tout artisan ou constructeur,
qui passe au travail les nuits comme les jours'. Tel le graveur qui grave les cachets,
constamment occupé à varier ses figures ; Il s'appliquera à imiter la peinture,
et ses soucis concerneront Tachèvement de sou œuvre. Tel encore le forgeron, assis auprès de l'enclume,
et se fatiguant* avec le fer brut; La fumée de son feu consume^ ses chairs;
il lutte avec la chaleur de son fourneau ; Le bruit du marteau l'abasourdit**,
il a l'œil fixé sur le modèle de son outil ; Il s'appliquera à terminer son ouvrage,
et son souci sera de le polir.
Tel le potier, assis à son ouvrage,
tournant la roue avec ses pieds ; Toujours préoccupé de son travail,
sa besogne lui est comptée''.
Avec le bras il façonne Targile,
et à SCS pieds il en remue la masse.
Il s'appliquera à en parfaire le vernis,
et son souci sera de nettoyer son four.
I Autrement dit le scribe. C'est, dans la sphère du judaïsme, celui qui s'occupe de l'étude de la loi, le théologien, le juriconsulto, en un mot le savant.
^ Il y a dans l'expression une légère ironie ; comme qui dirait: il n'a d'autre ttmh' tion que de faire avancer ses bœufs en les piquant.
3 II ne faut pas croire que les charpentiers et les maçons étaient plus assidus an travail du temps de l'auteur que du nôtre. Il veut simplement dire qu^s ne réservent aucun moment à l'étude.
4 Conjecture. Le texte dit : considérant. On trouve le sens proposé en changeant une seule lettre de l'original hébreu que le traducteur aura mal lu [iada pour iaga*].
^ Leçon des manuscrits et du latin.
C Môme observation qu'à la note 4. Le traducteur, ayant mal lu une seule lettre [hhds' pour ^^rs'], a mis : renouvelle (rorcille).
" Sens douteux : si le texte n'est pas fautif, il faut penser que l'auteur a songé simplement à la qtiantité de vases que le potier doit fournir.
l'ecclésiastique XXXVIII, 81-84 (41-46). XXXIX, 1-4 (l-6). 461
3*Eax tous se fient à leurs maios,
et chacun s'ingénie à exceller dans son métier. Sans eux aucune ville ne serait bâtie,
il n'y aurait ni circulation ni commerce*. [Mais on ne les réclame pas pour les conseils du peuple]
il ne se distingueront point dans rassemblée ; Sur le siège du juge ils ne seront pas assis,
ils ne comprendront rien au code de Talliance ^. Ils ne sauront pas rendre des arrêts de justice,
et on ne leur verra pas prononcer des maximes^. Mais ils soutiennent la création éternelle ^,
et leur prière ne concerne que leur métier*.
*I1 en est autrement de celui qui applique son esprit
à méditer la loi du Très-Haut ^ :
11 sonde la sagesse de tous les anciens,
et emploie ses loisirs h étudier les prophètes. Il retient les instructions des hommes célèbres,
et pénètre dans le sens intime de leurs sentences. 11 sonde le sens caché des proverbes,
et s'occupe des énigmes, des paraboles '. Il sera appelé au service des grands,
et paraîtra devant le prince.
Il pourra circuler dans les pays étrangers,
car il aura éprouvé le bien et le mal parmi les hommes*.
1 Litt. : on n'y viendrait pas du dehors pour y habiter, et on n'irait pas voyager. Toute la vie sociale matérielle repose sur le travail manuel.
^ Litt. : l'alliance du droit. Il s'agit du code mosaïque.
3 Les maximes, comme celles du présent livre, sont le fruit le plus ordinaire de l'étude.
^ Le monde matériel [comp. note 1]. Il va sans dire que l'auteur songe ici exclusivement à la terre, qui existe de temps immémorial, et à ce qui sur la terre est du domaine de l'homme et de son industrie. Les arts non libéraux ne sont pas du tout à mépriser.
^ Ils n'ont point le désir de sortir de leur sphère plus étroite et plus modeste.
^ Les deux premières lignes sont bien mal à propos jointes, dans le texte latin, au distique précédent. Il est évident, par ce mot autrement, que l'auteur commence ici son second tableau, le portrait de l'homme d'étude et de cabinet. La base de cette étude, c'est la loi et les prophètes.
'^ Sentences, proverbes, paraboles ; nous avons un peu varié les expressions ; elles reviennent toutes à l'hébreu mas'al, dont nous avons développé le sens dans l'Introduction au livre des Proverbes.
8 Avantage des études et de la science : on acquiert de la capacité pour les services publics, et Ion peut se hasarder à l'étranger, ce qui à l'époque de l'auteur n'était pas déjà chose facile et ordinaire.
402 i/ecclésiastique xxxix, 5-13 (7-18).
De tout son cœur il s'empressera vers le Seigneur, son créateur,
et fera sa prière devant le Très-Haut.
Quand il ouvrira sa bouche pour la prière
il demandera pardon de ses péchés ' .
^S'il plaît au Seigneur, au grand Dieu,
il sera rempli d'un esprit d'intelligence'. Il répandra abondamment des paroles de sagesse,
et dans sa prière il glorifiera le Seigneur. Il saura diriger ses conseils et sa science,
et il méditera les mystères de Dieu.
11 donnera l'instruction à d'autres par son enseignement,
et se glorifiera en la loi de l'alliance du Seigneur. Bien des gens loueront son savoir,
et jamais il ne sera oublié ; Sa mémoire ne périra pas,
et son nom vivra d'Age en âge.
Les nations célébreront sa sagesse,
et la communauté fera son éloge.
Pendant ^ qu'il vit^ il laisse un nom plus grand que mille autres,
et quand il rentre dans son repos, il l'agrandit encore*.
**Je veux encore une fois exposer mes pensées,
car j'en suis plein comme la lune au milieu du mois'.
Écoutez-moi, vous mes fils qui êtes pieux,
et croissez comme la rose au bord du ruisseau^.
1 EDCore une fois raffîrmaliou du caractère religieux de la science.
2 Conséquence de Tétude sérieuse : on pourra à son tour instruire les autres, toat en progressant soi-même. Le sujet qui répand, dirige, etc., c'est toujours lliomme lettré (et non Dieu, comme le veulent nos traductions ordinaires).
3 Et non pas si. Il faut qu'il y ait une antithèse avec le vers suivant. La conjonctioa hébraïque comporte le sens préféré.
'^ Le dernier mot est d un sens très-douteux. D autres traduisent : on le regretterai ou hien : cela lui pruiitcra.
•"^^ Comparaison d'un goût assez douteux. Il faut se souvenir que tous les mois chez les Hébreux coiiitnenvaient avec la nouvelle lune. Le text<î lutin remplace la pleine lune par la fureur (rinspirution?).
'î Varionto : dans un champ hien arrosi'*. Le sens est: si vous écoulez, vous croître!, pt(r.
L ECCLÉSIASTIQUE XXXIX , 14-21 (l9-29). 463
Répandez une suave odeur comme Tencens^
faites éclore des fleurs comme le lis, Répandez un parfum et chantez un cantique de louange,
bénissez le Seigneur au sujet de toutes ses œuvres. Rendez gloire et honneur à son nom
et proclamez ses louanges, En chantant des hymnes avec accompagnement de harpes,
et parlez ainsi en le célébrant :
**Les œuvres du Seigneur sont toutes excellentes,
et tout ce qu'il ordonne se fait en son temps ^. [On ne dira pas : Qu'est ceci ? et à quoi bon ?]
car toutes choses sont réclamées^ en leur temps. Sur sa parole Teau s'arrêta comme un monceau*,
sur un mot de sa bouche elle entra dans ses réservoirs. Sur son ordre tout ce qu'il veut se fait,
et s'il veut sauver, nul ne l'en empêchera^. Les œuvres de tous les mortels sont devant lui,
et il est impossible de se cacher à ses yeux. De son regard il embrasse les siècles^
et rien ne s'y montre qui puisse l'étonner^. On ne dira pas: Qu'est-ceci? et à quoi bon?
car toutes choses ont été créées pour leurs fins'.
' Comme le Liban. {Vulg.) — Toutes ces images d'enceDs^ de fleurs^ de parfum, sont traduites par Tauteur lui-même quand il parle de chant et de bénédiction.
* Cette ligne et les deux suivantes manquent dans le latin ,* celle que nous avons mise entre crochets est absente de beaucoup d'éditions grecques, mais indispensable pour la forme comme pour le sens du distique.
3 C'est à dire : sont nécessaires, utiles.
^ A titre d'exemple de la grandeur des œuvres de Dieu, l'auteur parle de la formation des mers^ et de la séparation des eaux et de la terre, d'après Genèse I, 6 suiv. N'était la seconde ligne qui demande cette explication, on pourrait croire qu'il fait allusion au passage de la mer rouge. Du moins, le monceau est tiré d'Exode XV, 8.
^ Ceci est ajouté pour faire comprendre que l'idée de la puissance de Dieu est en même temps consolante.
^ L'intelligence de l'homme, qui est imparfaite et qui a ses bornes, peut seule concevoir de l'étonnement. Dieu qui connaît les causes de tout et qui les règle ,ne connaît pas un pareil sentiment.
'^ Nous sommes disposé à regarder ce dernier distique comme faisant double emploi avec le second de ce paragraphe. Là il était à sa place ; ici la répétition est froide et n'a guère de raison d'être. Aussi bien il ne se lit qu'une seule fois dans beaucoup d'anciens témoins.
464 l'ecclésiastique XXXIX, 22-30 (30-40).
**Sa bénédiction recouvre la terre comme un fleuve*,
et comme un déluge elle féconde le sol aride. Mais aussi aux païens il donne sa colère en partage,
comme lorsqu'il changea les eaux en un désert salé'. Ses voies sont unies pour les hommes pieux,
mais pleines d'achoppements pour les impies^. Les biens ont été créés dès l'origine pour les bons,
de même aussi les maux pour les méchants^. Les choses les plus nécessaires à la vie de l'homme,
l'eau, le feu, le fer, le sel, La farine du blé, le miel et le lait^
le sang du raisin, l'huile et le vêtement, Tout cela devient un bien pour les hommes pieux ;
mais pour les pécheurs cela se change en mal.
'Ml y a des vents ^ créés pour la vengeance,
et qui dans leur fureur aggravent leur punition ; Au jour de la destruction ils déchaîneront leur violence,
et apaiseront ainsi le courroux de leur créateur. La foudre, la grêle, la famine et la peste*,
tout cela a été créé pour la vengeance. Les dents des bêtes féroces, les scorpions et les vipères,
l'épée vengeresse qui fait périr les impies,
1 Probablement le traducteur grec a négligé ici rarticle, et l'auteur hébreu a voulu parler du fleuve, c'est à dire du Nil, dont le débordement est une bénédiction pour le sol.
2 Histoire de Sodome, Gen. XIX. On voit par notre passage que l'idée popvilaire de cette catastrophe n'était pas partout la même. Ailleurs on lit que les villes forent submergées et la campagne changée en un lac. Ici, une contrée bien arrosée est changée en désert où le sol saturé de sel est impropre à la culture. Désert salé, est la tradaction littérale d'un terme hébreu. — Du reste on remarquera, dans toute cette série de distiques, la constante antithèse entre les doux catégories d'hommes ; l'auteur veut faire reconnaître la justice de Dieu.
8 II rend aux uns la vie facile ; il fait en sorte que les autres tombent et périssent.
4 Les biens et les maux peuvent être ici les différentes destinées des honunes, on bien aussi ce qui dans la nature produit les uns et les autres.
& Et non : des esprits, anges ou démons. Les démons ne sont nommés nulle part
dans notre livre ; et tout aussi peu il est question de ce que nous appelons le Jugement
dernier, qui réclamerait la présence des anges. Il s agit tout simplement des phénomènes terribles de la nature que l'auteur cousidère comme créés exprès pour la punition des méchauts. Le jour de la destructiou est celui ou les méchants seront frappés, soit iadividuellement, soit coUeclivcmeut. Daus ce dernier cas, nous songerons aux païens.
C Au lieu de la foudre, le texte dit : le feu ; au lieu de la peste, on y lit : la Mort. Les deux métonymies se rencontrent fréquemment dans l'Ancien Testament.
l'ecclésiastique XXXIX, 31-35 (41-45). XL, 1-5 (1-6). 465
Tous ils se réjouissent de recevoir ses ordres, Ils sont prêts quand il a besoin d'eux sur la terre, et à leur moment ils n'ont garde de désobéir*.
^* Voilà pourquoi dès Tabord j'ai été convaincu ;
j'si médité ces choses et je les ai mises par écrit : Les œuvres du Seigneur sont toutes bonnes,
et donnent à leur heure tout ce qui est nécessaire ^ On ne doit pas dire : Telle chose est moins bonne que telle
car tout sera reconnu bon en son temps. [autre %
Et maintenant, de cœur et de bouche,
chantez des hymnes et bénissez le nom du Seigneur !
*Un grand trouble est échu à tous les hommes,
et un joug pesant est imposé aux enfants d'Adam, Depuis le jour où ils sortent du ventre de leur mère,
jusqu'à celui où ils retournent dans le sein de la mère Une crainte secrète accompagne leurs pensées * ; [commune :
leur préoccupation constante, c'est le jour de la mort. Depuis celui qui est assis sur le trône dans sa splendeur,
jusqu'à celui qui est accroupi à terre dans la cendre ; Depuis celui qui porte la pourpre et la couronne,
jusqu'à celui qui est couvert d'une toile grossière — Colère, jalousie, trouble et agitation,
crainte de la mort, rancune et querelle^!
1 Si le texte n'est pas altéré, il y a ici trois vers au lieu de deux. Comme fm d'une tirade tant soit peu poétique, cela ne fait point de difficulté.
* Litt. : elles pourvoient à chaque besoin ù son heure. — D'autres traduisent : 11 (Dieu) pourvoit, etc.
S Puisque les fléaux mêmes ont une destination que le pieux Israélite, qui se sera placé au point de vue de l'auteur [c'est-à-dire de la pure théorie), n'aura pu désapprouver.
4 Le texte grec est en désordre, ou plutôt le traducteur no parait pas avoir bien compris son original, car il met d'abord deux accusatifs et puis deux nominatifs sans liaison aucune et sans verbe. Nous traduisons l'original supposé : arec leurs pensées [il y a) crainte du cœur, etc. Il s'agit ici en général des misères de la vie humaine, dont la première est la certitude inquiétante de la mort. Après cela, l'autour énumère tout ce qui trouble l'âme, soit dans la vie pratique, soit même pendant le sommeil. — II ne fÎBUt pas demander à l'auteur comment ce morceau se rattache au précédent ou se concilie avec lui.
^ L'absence de tout v^rbe, de toute construction logique, est d'un grand effet dans cette tirade.
A. T. 6« part. 30
466 l'ecclésiastique xl, 5-1 4 (7-17).
Même au temps du repos, sur la couche,
le sommeil nocturne égare rintelligence*. En fait de repos, il y en a peu, presque rien :
aussitôt, en songe, on se croit au guet ; Troublé par les visions de T esprit,
on se voit fuyant dans un combat ; Au moment de se sauver on s'éveille,
et Ton s'étonne de ce que la peur était vaine*.
* A tout ce qui est de chair, homme ou bête,
et aux pécheurs sept fois autant ', Mort et sang, querelle et épée,
famine et ravage, fléaux et calamités : C'est pour les impics que tout cela a été créé*,
et c'est à cause d'eux qu'est survenu le déluge. Tout ce qui vient de la terre retourne à la terre,
comme toute eau rentre dans la mer.
*•' Cadeaux et injustice ^ disparaissent,
mais la bonne foi subsiste à jamais. La fortune des injustes tarit comme un cours d'eau®,
et se perd comme le bruit du tonnerre dans l'averse. Qui tient la main ouverte' en aura de la joie,
mais les prévaricateurs périront entièrement.
1 Litt. : change la connaissance. On va voir que l'auteur veut parler des rêves qui troublent le sommeil par des images effrayantes et des dangers imaginaires.
^ La traduction est ici un peu libre, mais positivement conforme au tableau que l'tateur voulait faire des agitations d'un sommeil troublé par les rêves. Il peint surtout à merveille l'association des idées qui peut se reconnaître jusque dans le travail d'une imagination qui divague : à peine endormi, on se croit placé en sentinelle pour veiller — suivent des scènes de guerre, les membres engourdis font naître le sentiment de Vùskpuissance, il n'y a plus de salut que dans la fuitC; et au moment suprême, où llnstinct de la conservation fait un dernier effort, on s'éveille.
8 Cette réflexion incidente est peut-être destinée à concilier ce morceau avec la brillante description de l'absolue perfection du monde qui précède. Tous les homiiief ont à souffrir, mais au moins il y a gradation selon le mérite.
'^ Comme l'auteur n'est pas d'avis que tous les hommes sont impies, il faut supposer qu*il veut insinuer que ceux qui ne le sont pas souffrent innocemment et doiveat s'attendre à une revanche ou compensation.
^ C'est-à-dire des cadeaux donnés (au ju^'c), pour provoquer un arrêt injuste. Après avoir dépeint les calamités {.^éuérales, aux<|uellcs personne n'échappe entièrement, l'auteur a soin de relever les avantages incontestables de la vertu.
'"' Phénomène lré(|uent en Palestine. Le traducteur a mis tout bonnement un fUutd
"* I.'liomme bienfaisant.
l'ecclésiastique XL, 15-27 (i8-3i). 467
Les rejetons des impies ne poussent pas beaucoup de branches, ce sont des racines gâtées sur une roche escarpée*.
Les roseaux du rivage^ au bord de Teau, sont arrachés avant toute autre herbe.
La bonté est comme un beau jardin fertile, et la bienfaisance demeure à jamais '.
** Heureuse est la vie de celui qui est content et qui travaille ;
plus que les deux Test celui qui trouve un trésor. Avoir des enfants et bâtir une ville, cela perpétue le renom ;
plus que les deux ou estime une femme sans reproche. Le vin et la musique réjouissent le cœur ;
plus que les deux le fait Tamour de la sagesse. La flûte et la guitare résonnent agréablement ;
plus que les deux un discours qui plait. Ton œil admire la grâce et la beauté ;
plus que les deux la fraîche verdure.
L'ami et le camarade se rencontrent de temps en temps ;
plus que les deux la femme et le mari. Parents et soutiens sauvent dans la détresse ;
plus que les deux le fera la bienfaisance. L'or et Targent affermissent ta position ;
plus que les deux est estimée la prudence. La richesse et la force donnent du courage ;
plus que les deux la crainte du Seigneur en donne. Avec la crainte du Seigneur point de besoin,
et il n'y a pas lieu de chercher d'autre secours. La crainte du Seigneur est un beau jardin fertile,
il la décore d'une splendeur incomparable^.
^ L'extinction des familles, considérée comme punition du ciel, est une idée familière à la théodicée hébraïque. L'image de la plante n'a pas besoin d'explication. La roche nue n'en nourrit aucune.
^ Demeurer est opposé à être arraché. Le texte ne veut pas dire qu^on continuera à être bienfaisant quand on l'a été une fois, mais qu'on est sûr de continuer à jouir de la protection divine.
^ On voit que, à moins de gâter la forme de ce passage et de fnasquer par conséquent l'intention de l'écrivain, il fallait à tout prix l'imiter dans la traduction , fût-ce au risque de pécher çà et là contre les règles de la syntaxe française. Du reste, le sens est généralement clair. Quant au fond, on remarquera que le premier des neuf mas' ah est un peu utilitaire. Le texte y est d'ailleurs fautif, parce qu'il ne contient pas la particule et^ de sorte que le compte (deux) ne s'y retrouve pas. Dans le sixième, on ne devra sans doute pas s'arrêter au fait de l'unité du domicile conjugal, mais ramener la comparaison aux rapports moraux. La bienfaisance mentionnée dans le septième est celle qu'on aura exercée soi-même, et elle est censée représenter ici en général le
4G8 l'ecclésiastique 28-30 (32-35). XLI, 1-6 (l-9).
^*Mon fils! Puisses-tu ne pas vivre la vie d'un mendiant;
il vaut mieux mourir que mendier.
Si quelqu'un est dans le cas de jeter les yeux Sur la table d'un
sa vie ne compte pas comme une vraie vie. [autre,
Il risque de se souiller en mangeant des mets étrangers;
un homme entendu et bien élevé s'en gardera. Dans la bouche d'un impudent la mendicité peut être douce,
mais dans son ventre il s'allume un feu*.
* 0 mort, que ta pensée est amère
à un homme qui jouit en paix de ses biens ; A celui dont les affaires prospèrent sans lui donner du trouble,
et qui mange encore d'un bon appétit!
0 mort, que ton arrêt est le bien-venu
à qui est infirme et dans le besoin ; A celui qui, arrivé à l'extrême vieillesse, est accablé de soucis,
qui est mécontent et a perdu l'espérance ! Ne crains point Tarrêt de mort ' :
songe à ceux qui t'ont précédé, et à ceux qui te suivront. C'est l'arrêt du Seigneur à l'égard de toute chair —
pourquoi refuserais-tu ce que le Très-Haut a voulu? Dix ans, cent ans, mille ans —
dans l'IIadès on ne fait point le compte de la vie ^.
*' Les enfants des méchants sont détestés à leur tour * ;
ils conversent dans les demeures des impies. Des enfants des méchants l'héritage périra,
et avec leur race l'opprobre est en permanence.
propre mérite. Eufin toute cette série do mas'als aboutit encore à exalter la crainte de Dieu^ et a cet égard le passage eutier offre une grande ressemblance avec celui qui se trouve au chop. XXV, 7(9) suiv. Dans la dernière ligne, on pourrait traduire à li rigueur : Il le décore, de sorte que cela se rapporterait au jardin.
1 L'autour allègue plus parliculièremcnt deux motifs pour inspirer lliorrear de It mendicité à ses lecteurs : on risque de se souiller, en acceptant une nourriture défendue par la loi, et puis on n'arrivera pas à vaincre complètement le senti.nent de la honte qui s'attacbe à cette condition. On peut se demander si les personnes capables de lire os livre comme celui-ci et en ayant l'occasion, avaient bien besoin de pareils conseils.
2 L'flr/v7 est ici la loi générale do la mortalité. C'est le sort commun de tous. Tous y ont passé, tous y passeront. Il faut en prendre son parti.
•^ Quelle que soit la durée de ta vie, elle lïuira une fois, et puis c'est tout un, que tu aies vécu peu ou beaucoup. C'est très-vrai, mais avant la mort ce n'est pas précisément la même chose.
'* Les vices cl les crimes sont héréditaires , ou du moins les conséquences en retombent sur les enfants.
l'ecclésiastique xli, 7-1 Tf (10-20). 469
Les enfants d'un père impie l'accablent de reproches,
parce que à cause de lui ils sont déshonorés. Malheur à vous^ hommes impies,
qui avez abandonné la loi du Dieu suprême : En naissant, vous naissez pour la malédiction *,
en mourant, elle restera votre partage.
Tout ce qui est de la terre retourne à la terre ' :
ainsi les impies de la malédiction à la ruine.
** Les hommes se mettent en deuil pour les corps, mais le mauvais nom des méchants sera effacé '.
Prends soin de ta réputation :
elle te restera plus sûrement que mille trésors.
La bonne vie a ses jours comptés,
la bonne réputation dure à jamais.
**Mes enfants, gardez en paix mon instruction* : La sagesse qui se cache et un trésor enfoui,
de quelle utilité sont-ils tous les deux? Celui qui cache sa sottise,
fait mieux que celui qui cache sa sagesse^.
** Ainsi donc, ayez honte de ce que je vais vous dire • : car toute espèce de honte n'est pas la bonne, et tout n'est pas estimé par tous à sa vraie valeur.
*'Ayez honte de la débauche devant vos parents', du mensonge, devant un prince ou puissant ;
I Nous ne croyons pas que ceci doive être entendu dans le sens do la prédestination. Il nous semble plutôt que Tautour, par cette phrase passablement paradoxale, a voulu exprimer Tidée que la malédiction s'attache aux prévaricateurs dans la vie et dans la mort. La vindicte du ciel ou celle de l'opinion ne les lâche plus dès qu'ils l'ont méritée.
* Ceci est une loi générale (chap. XL, 11 (14) et absolue. L'autre l'est également.
^ 11 j a antithèse entre les corps et le nom. On pleure la mort du corps, on devrait beaucoup plus pleurer la mort d'une réputation. Le cadavre n'a plus de valeur, le nom l'aurait toujours et vivrait^ s'il était digne de vivre.
4 Voyez la noie sur chap. XXIII, 1.
5 Ces deux distiques se sont rencontrés textuellement au chap. XX^ 30 (32) suiv. Ici ils paraissent destinés à revendiquer l'autorité de celui qui donne les instructions.
6 Et non pas : du respect pour mes discours. L'auteur va faire une double énumération, des choses dont on doit avoir honte^ et de celles dont on ne doit point avoir honte. Car il y a aussi une fausse honte.
"7 La construction n'est pas la môme dans toutes les phrases qui suivent ; il a fallu la changer tant soit peu en quelques endroits selon les règles de la syntaxe française.
470 i/eCCLKSIASTIQUE XLI, 18-24 (2i-30). XLII, 1, 2 (t, 2).
Devant le juge ou magistrat, d'une faute commise,
devant la communauté et le public, d'une violation de la loi ; D'une injustice, devant le compagnon et l'ami,
d'un vol, devant les gens du voisinage. De la vérité de Dieu et de son alliance*,
de mettre le coude sur votre pain ' ; D*ètre grondé à Tégard de ce que vous prenez ou donnez^
de vous taire quand on vous salue ; De regarder une femme de mauvaise vie,
de repousser un parent ; D'enlever à d'autres leur part ou ce que vous avez à leur
d'arrêter vos regards sur une femme mariée; [donner,
D'être trop familier avec une servante ',
de vous approcher de son lit; D'offenser vos amis par des paroles,
de leur reprocher ce que vous leur avez donné ; De répéter ce que vous avez pu entendre,
de révéler ce qui doit rester secret — Avec cela vous aurez la vraie honte,
et vous serez approuvés de tout le monde.
* Voici les choses dont tu ne dois pas avoir honte,
et ne te gène pas devant le monde de manière à pécher ^ :
De la loi du Très-Haut et de son alliance; d'un arrêt qui absout un païen ^ ;
1 Lo texte grec no donne point de sens. Ou bien le traducteur a fait une bévue, ou
les copistes ont omis un verbe.
^ Probablement nous avons là une locution proverbiale qui blâme la lésineriei le manque de cbarité. — La traduction ordinaire, qui y voit la règle de bienséance qui défend de s'appuyer sur le coude, est tout simplement absurde dans un pareil contexte.
3 Le texte grec dit : sa servante, comme s'il s'agissait de celle d'un autre. La suite fait voir que l'auteur blâme le genre de polygamie qui était dans les mœurs des anciens Israélites.
4 L'auteur n'a pas voulu dire qu'on ne doit pas avoir honte de rendre la jusUce avec une parfaite impartialité^ comme cela paraîtrait d'après l'usage ordinaire de la formule hébraïque : lever la face de quelqu'un, c'est-à-dire avoir égard aux personnes. Il parie de la fausse honte. On craint do manifester ses convictions (religieuses ou autres) de
peur d'rtre railU*.
'' C'est le soûl sens (pi'on juiissc raisonuaLlement lircr du texte, qui parle de Vimj/if. Car C(; mot. par ox. dans les Psaume?:, désigne habituellement les païens, et dans sa sigTiilicatioii t tyiiioloLri({ue il constituerait un sens assez singulier. L'auteur veut dire que le juge israélite doit taire droit à chacun, sans (îistinction de nationalité. En aucun cas on ne peut traduire : condamner, au lieu d'absoudre.
l'ecclésiastique XLII, 3-11 (3-15). 171
De ce que disent les proches ou les passants ;
de l'abandon d'un héritage à des amis * ; De la justesse de ta balance et de ton poids ;
de l'acquisition de peu ou de beaucoup ^ ; De l'argent provenant de la vente et du commerce ' ;
du châtiment donné aux enfants ou des coups sur le dos
d'un méchant esclave ; D'user d'un cadenas, quand tu as une mauvaise femme * ;
de mettre tout sous clef, là où il y a beaucoup de mains ; De compter et de peser tout ce que tu donnes ^ ;
de mettre par écrit recette et dépense ; De réprimander le sot et l'insensé,
ou le vieillard qui se querelle avec les jeunes gens — Avec cela tu auras la vraie instruction,
et tu seras approuvé de tout le monde.
^Une fille donne à son père de secrètes insomnies,
et les soucis qu'elle lui cause lui enlèvent le sommeil ; Tant qu'elle est jeune, il craint qu'elle ne dépasse l'âge ^ ;
quand elle est mariée — qu'elle ne cesse d'être aimée ; Tant qu'elle est vierge — qu'elle ne fasse un faux pas,
et ne devienne mère dans la maison paternelle ; Quand elle est mariée — qu'elle ne soit infidèle,
ou que son mariage ne reste stérile.
Fais bonne garde auprès d'une fille sans modestie '^,
de peur qu'elle ne fasse de toi la risée de tes ennemis, La fable de la ville, l'objet de la médisance publique,
et qu'elle ne te couvre de honte devant la foule '.
1 Ces deux lignes sont, dans le grec, d'une obscurité désespérante, et notre traduction n*a que le mérite d'être intelligible sans avoir la prétention d'ôtre la seule possible.
^ On peut avoir bonté de n'acquérir que peu (dans le commerce ou autrement] et se laisser ainsi entraîner à des moyens reprébensibles pour en avoir davantage.
8 Comme ordinairement les bommes n'ont pas bonté de gagner de Targent, les traducteurs ont glissé dans ce texte des cboses qui n'y sont pas, le prix excessif, les fraudes, etc., naturellement en cbangoant le conseil négatif de l'auteur (n'aie point bonté) en son eontrairé.
^ De mettre ton argent sous clef quand elle est dissipée et dépensière. Nous disons cadenas pour plus de clarté, le texte parle d'un sceau.
^ A tes gens.
0 Où les jeunes filles sont recbercbées. Ailleurs ce sont plutôt les mères qui se préoccupent du soin de les placer.
•ïChap. XXVI, 10(11).
8 Les métbodes d'éducation de notre moraliste (cbap. XXX) paraissent ne l'avoir pas rassuré sur la solidité des principes inculqués d'après ses maximes.
412 i/ecclésiastique xlii, 12-19 (i6-26.)
*^Ne regarde pas au bel extérieur des gens, et ne séjourne pas au milieu des femmes :
Car du vêtement provient la teigne,
et de la femme la malice féminine *.
Un homme bourru vaut mieux qu'une femme coquette ^, qui vous fait honte et vous couvre d'opprobre.
*^ Je célébrerai les œuvres du Seigneur,
et je raconterai ce que j'ai vu.
C'est par sa parole que ses œuvres existent,
[et toutes ses créatures exécutent ses ordres^,] Le soleil, qui éclaire tout, les regarde,
et son œuvre est pleine de sa gloire *. Même à ses saints le Seigneur n'a pas accordé
de pouvoir énumérer toutes ses merveilles. Que lui, le Tout-Puissant, a établies,
pour que l'univers fût fondé glorieusement. Il sonde l'océan et le cœur,
il scrute leurs desseins intimes*.
Le Seigneur possède toute science,
et a l'œil fixé sur les signes du temps**. Il annonce le passé et l'avenir,
et révèle les traces des choses cachées'.
I Traduction littérale. Le sens n'est pas clair. D'abord il paraît que rauteur vent faire une comparaison dont lo terme est ce que nous appelons la génération spontanée. Le vêtement produit la teigne, la femme produit la malice. Le vice est inhérent à sa nature et se communique à ceux qui n'y prennent garde. Cette idée tiendrait-elle au récit do la Genèse? Le traducteur latin a mis : De la femme vient la malice de l'homme.
^ Si l'on prenait lo texte grec ù la lettre [et sans égard à l'usage des termes hébreui supposés correspondants}, il dirait : un méchant homme vaut encore mieax qu'iroe honne femme^ ce qui serait passablement paradoxal.
3 Cette ligne no s'est conservée que dans quelques anciennes versions.
-^ Le soleil qui regarde toutes les œuvres de Dieu, est opposé aux hommes qui n'en voient qu'une partie. Mais il n'est pas sûr que soit œuvre^ au singulier, soit l'équivalent de ses œuvres, au pluriel. Ce pourrait bien être ici le soleil seul, dont l'auteur aurait ainsi exalté la splendeur (Psaume XIX).
^ L'océan est pcrsonniGé, et il lui est attribué des desseins comme au cœur de l'hommo. C'est de la poésie, ({u'il est facile de ramener à son sons matériel.
''Cela revient ùdire qu'il connaît l'avenir, d'après une locution qui revient quelquelois dans l'Aiicieii Testament. Le sifj/ic est pr('(Hirseur du fait.
'' lu auteur liébrou ne pouvait manquer de si^Mialer la prophétie comme une manifestation directe et admirable <le Dieu. Comp. surtout les nombreux passages d'Esaîe XL
suiv.
l'ecclésiastique XLII, 20-25 (27-33). XLIII, 1-4 (l-S). 473
Aucune pensée ne lui échappe,
pas une seule parole ne lui est cachée.
*' Aux merveilles de sa sagesse * il a donné la beauté ;
elles subsistent d'âge en âge ; Rien n'y est ajouté, rien n'en est ôté%
et il n'a pas eu besoin de conseiller. Combien toutes ses œuvres sont admirables I
pareilles à l'étincelle elles sont à voir\ Tout cela vit, tout cela obéit,
et subsiste à jamais pour ses fins^.
Tout existe en couples, l'un opposé à l'autre %
et il n'a rien créé qui périsse :
L'un assure le bonheur de l'autre —
qui donc se rassasierait de voir sa gloire?
* Le firmament dans sa pureté est l'orgueil des hautes régions**,
l'aspect du ciel, une vue splendide.
Le soleil, cet instrument admirable, œuvre du Très-Haut,
le glorifie quand il apparaît en se levant. En son midi il dessèche la campagne :
qui pourrait supporter sa chaleur?
On chauffe bien le fourneau pour travailler au feu —
trois fois autant le soleil chauffe les montagnes ; Il souffle le feu dans les vapeurs ^,
et en dardant ses rayons il éblouit les yeux.
1 A la création si pleine de merveilles et si sagement disposée.
^ Ordinairement on considère Dieu même comme le sujet de ces deux lignes, en les expliquant par la notion de son éternité et de son absoluité.
S On se convaincra facilement que cette ligne donne un sens assez suspect (sans compter la faute de grammaire dans le grec) ; la beauté de la création comparée à une étincelle ! Nous supposons que le traducteur grec a fait encore une bévue, comme dans les passages chap. XXIV, 25 (39) et XXV. 14 (20). En changeant une seule lettre, on obtient un sens assez plausible : n(çâc, étincelle ; niççôt, fleurs.
4 Comp. chap. XXXIX, 21 (29).
^ Comme il est question, avant et après, de la conservation des créatures, nous devons comprendre ceci de la diiïérence sexuelle. La phrase s'est déjà trouvée plus haut (chap. XXXVI, 15 - XXXIII, 18), mais dans une autre application.
^ Il faut se rappeler que le firmament (des anciens) est, comme le terme l'indique, la voûte solide, comparée au cristal ou au saphir. De là, Tépithète de la pureté. Cette voûte, par elle-même, est la chose la plus admirable des régions supérieures qui sont ici personnifiées, de manière à éprouver un sentiment d'orgueil au sujet de ce firmament.
'^ Il rend l'atmosphère brûlante ; car les vapeurs par elles-mêmes ne sont pas d'une température élevée. L'image est empruntée au soufflet du forgeron.
474 l'ecclésiastique xlhi, 5-io (6-12).
Grand est le Seigneur qui Ta créé,
et sur Tordre duquel il hâte sa course.
^Et la lune, en observant toujours son époque*,
sert à marquer les temps comme signe perpétuel *, C'est elle qui indique les jours de fête,
son éclat diminue jusqu'à Tentière disparition '. C'est d'elle que la lunaison tire son nom*;
elle croit admirablement dans ses phases. En luisant au firmament du ciel,
elle est le flambeau du camp des régions supérieures ^. La beauté du ciel, c'est l'éclat des astres,
décoration lumineuse du pavillon du Seigneur*. Sur le commandement du Saint ils se rangent en ordre,
et ne se lassent point dans leurs veilles'.
1 Le retour régulier de ses phases^ d'après lesquelles se règlent les fôt«s et en général le calendrier.
2 D'autres traduisent : et est un signe (pronostic] de l'avenir.
3 Peut-Otre aussi : après avoir été dans son plein. Le mot grec peut s'appliquer également à la plénitude, et à V accomplissement (de sa révolution mensuelle]. La préposition qu'offre le texte reçu ferait préférer la seconde interprétation, mais il y a une variante. Comme l'auteur parle successivement de toutes les phases, il ne pouvait guère passer sous silence le moment de l'invisibilité complète.
** En hébreu, la lune s'appelle iaréah^ le mois ierah. Nous avons essayé de reproduire cette analogie, qui existe aussi en allemand, en anglais, etc., et que le traducteur aurait pu exprimer en grec, s'il s'était rappelé que la lune no s'appelle pas seulement stUné^ mais aussi niénéf et le mois mdn.
^ On connaît l'expression de V armée du ciel, pour parler des étoiles ; le ciel lui* même, auquel ces étoiles semblent attachées (voyez Es. XX.XIV, 4], est donc pour ainsi dire le camp^ le lieu do campement de cette armée, et la lune est le fiambûam, le fanal, le feu de bivouac de ce camp. Le texte grec, il est vrai, ne parle pas d'un flambeau, mais plutôt d'un vase, disons d'une torchère, dans laquelle on mettait des matières combustibles pour éclairer une localité (comp. Juges VU, 16 suiv.). Nos traducteurs français, ne comprenant pas l'allégorie, ont simplement omis le mot.
G Le texte reçu porte : le Seigneur ; et d'après cela on traduit : il éclaire le wtondi, etc. Mais kostnos est au nominatif et la majorité des manuscrits porte le génitif : du Seigneur. Cela donne un sens très-acceptable. Les étoiles sont le kosmos dans l'autre acception de ce mot, l'ornement du Seigneur dans sa haute demeure ; son pavillon (Psaume CIV, 2 suiv.), le monde ayant, d'après la cosmologie biblique, deux étages, et Dieu étant logé à 1 etago suporieur. Le terme de pavillon est choisi parce que sur les toits plats des maisons se trouvaient quelquefois de légères constructions où l'on respirait la fraîche brise de la soirée.
"^ Encore ici une image impruntée à la n<jtion d'un camp. Les étoiles sont des sentinelles.
l'ecclésiastique XLIII, 1î-2t (13-25). 475
Contemple Parc * et bénis celui qui Ta fait :
il est superbe dans sa splendeur; Il embrasse le ciel de son cercle brillant,
ce sont les mains du Très-Haut qui l'ont étendu.
"Sur son ordre, la neige arrive soudain,
ses foudres vengeresses s'élancent à la hâte*. Ses réservoirs ' sont ouverts,
les nuages prennent leur vol comme des oiseaux. Par sa puissance il épaissit les nuées,
et les grêlons tombent comme des pierres broyées*. La voix de son tonnerre fait trembler la terre,
quand il apparaît^ les montagnes s'ébranlent. Il commande, et le vent du sud se met à souffler ;
l'aquilon, le tourbillon se déchaînent.
Il répand la neige — on dirait une volée d'oiseaux ;
elle descend — c'est un essaim de sauterelles qui va se L'œil admire l'éclat de sa blancheur, [reposer^.
et son humidité étonne le cœur'.
Il jette sur la terre le givre, comme du sel,
qui en se glaçant ressemble à des pointes d'épines. Il fait souffler le vent froid du nord,
et l'eau se fige et devient glace ; La gelée se met sur toutes les nappes d'eau^
et les revêt comme d'une cuirasse *.
Il dévore les montagnes, embrase le steppe,
et brûle la verdure comme un feu^.
1 L*arc-en-ciel.
^ Le traducteur grec a mis les verbes à l'actif, comme si Dieu était le sujet.
3 Dans lesquels se trouvent les provisions de pluie, de neige, de grêle [Job XXX VIII, 22).
'^ La comparaison des grêlons et des pierres se rencontre encore ailleurs dans TAncien Testament (Jos. X, 11].
^ Dans l'orage, comme le peint partout la poésie bébralque.
0 La volée d'oiseaux représente la densité de la neige ; l'essaim de sauterelles, la lenteur de la descente.
^ Le cœur est le siège de la pensée.
8 Nous traduisons un peu librement, en ce sens que nous continuons à mettre les verbes à l'actif et à considérer Dieu comme sujet, ainsi que cela s'est trouvé aux vers précédents, et que cela continuera immédiatement après. Le changement du sujet (le vent souffle, etc.) aurait rendu la suite obscure, et aurait nécessité l'addition du nom propre de Dieu ; car certainement ce n'est pas le vent du nord qui chauffe le désert.
d Au vent glacial du nord succède le vent brûlant de l'est ou du sud. Dieu, en l'envoyant, produit sur la terre des effets opposés à ceux qui viennent d'être décrits.
470 l/KCCLÉSIASTlyUK XLlll, 22-31 (26-37).
Bientôt le brouillard rafraîchit la nature ;
la rosée vient la ranimer après la chaleur. [sur son ordre le venl se lail.]
-^ Selon son dessein il arrêta Tocéan,
et y planta des îles '.
Les navigateurs en racontent les périls ;
nous les écoutons avec étonnement.
Là il y a des choses singulières et merveilleuses,
une variété d'animaux et des monstres marins.
^^ Par lui tout prospère, selon son but ' ;
tout subsiste par sa parole.
Nous parlerions longtemps que nous n'en finirions pas ;
voici la somme de nos discours : Lui est tout^ ! De le glorifier où seraient nos moyens?
il est plus grand que toutes ses œuvres. Le Seigneur est très-grand et adorable,
et sa puissance est merveilleuse.
Louez le Seigneur, exaltez-le autant que vous pourrez,
il sera toujours plus grand encore*.
[et sa magnificence est admirable.
Exaltez- le en le bénissant, autant que vous pourrez^
il est au-dessus de toute louange,] A Texalter mettez tous vos efforts,
ne vous lassez point — vous n'aboutirez pas! Qui Ta vu pour pouvoir en parler?
qui le célébrera selon sa juste mesure ?
^ On ne voit pas Irop bien ce que l'auteur veut dire par arrêter Tocéan (litt. : le tranquilliser). Comme il s'agit évidemment d'un fait primordial et unique» nous ne saurions songer aux tcmpOtes. Serait-ce tout simplement le fait de la circonscriptioB des mers dans leurs limites actuelles ? Le second vers a eu une destinée assez singalière. Par suite d'une faute de copiste des plus absurdes, plusieurs éditioos font dire a notre moraliste juif : Jt^sus le planta (rocéan), et comme cela paraissait pourtant trop étrange, d'autres y ont substitué le Seitjneur (nésoiu — iésous).
^ Traduction sujette ù caution. En tout cas, c'est avec ce distique que commence le
résumé final de cette contemplation de la nature. D'autres le rattachent à ce qui précèdf
pour y trouver riieurousc issue des voya^^os marilimcs î
•^ Nous nous garderons bieu de voir ici une prores>ion de panthéisme philosophique, chose inconmie au vieux judaïsme. C'est l'expression concise d'une pensée rcHgieuse qui rapporte y Dieu tout ce qui est et tout ce qui arrive.
* La louange des mortels ne sera jamais à la hauteur de la dignité de Dieu.
l'ecclésiastique XLllI, 32, 33 (38-39). XLIV, 1-8 (l-9). 477
Il y a bien des choses cachées plus grandes encore ;
car nous ne voyons que peu de ses œuvres. Le Seigneur a fait toutes choses,
et aux hommes pieux il a donné la sagesse * .
* Faisons maintenant Téloge des hommes illustres,
de nos pères, dont nous sommes issus '. Le Seigneur a fait là beaucoup de choses glorieuses,
et a manifesté sa grandeur dès l'antiquité. Il y eu a eu qui ont présidé à leurs royaumes,
et se sont acquis un renom par leur puissance ; D'autres qui ont donné de prudents conseils,
ou qui ont proclamé des prophéties ; Des chefs de la nation, qui la dirigeaient avec intelligence ;
des docteurs aux paroles sages, qui Tinsiruisaient. D'autres qui inventaient des mélodies musicales,
ou rédigeaient des poëmes par écrit.
Des hommes riches, jouissant d'une grande fortune,
{s" appliquant à tout ce qui est beau]
et vivant paisiblement dans leurs demeures'. Tous ils ont été célèbres de leur temps,
ils ont été la gloire de leur siècle.
^ Il y en a eu qui ont laissé un nom,
de manière qu'on fait encore leur éloge.
^ La vraie sagesse consistant dans la connaissance et dans la crainte de Dieu, il n'y a que les hommes pieux qui y parviennent.
* Cette dernière partie do l'ouvrage, qui porte dans quelques manuscrits le titre spécial de PANÉGYRIQUE (ou Éloge poétique) DES PÉRÈS, est une espèce de galerie de portraits tirés de l'histoire sainte. En la composant, l'auteur avait en vue le double but d'affermir le courage et les convictions de ses lecteurs, par la contemplatioo des grandes figures de leurs ancêtres, et de glorifier, à un autre point de vue encore, le Dieu d'Israël, le dieu national, après le créateur de l'univers.
3 Cette émunération sommaire, sans noms propres, comprend les rois et chefs militaires, les prophètes, et si nous ne nous trompons, les chefs qui ont été à la tête de la nation après ces deux catégories : les directeurs de la communauté après l'exil, enfin les gens d'écolo. Cependant, à l'égard de ces derniers, le texte paraît être en désordre. Il dit a la lettre : Des chefs de la nation aux conseils et à l'intelligence de la littérature du peuple, des paroles sages dans leur instruction. Nous avons tâché d'en tirer un sens plausible. Ensuite vient une allusion aux psalmistes et peut-être au livre de Job« Nous n'osons hasarder aucune conjecture relativement aux hommes riches, si tant est que l'auteur ait eu en vue des personnages historiques particuliers.
478 i/ecclésiastique xliv, 9-18 (i0-2i).
D'autres n'ont pas laissé de souvenir ;
ils ont disparu comme s'ils n'avaient jamais existé; Ils sont devenus comme s'ils n'étaient pas nés,
et de même leurs enfants après eux.
Ceux-là, au contraire, sont les privilégiés*,
et leurs vertus ne sont pas oubliées.
Le bonheur reste fidèle à leur race,
et leur héritage est assuré à leurs neveux. Leur lignée persiste dans l'alliance^
et leurs enfants à cause d'eux*.
Leur postérité demeure à jamais,
et leur gloire ne s'efTace point.
Leur corps a été enseveli en paix,
mais leur nom survit à travers les siècles*. De leur sagesse les nations s'entretiennent,
et la communauté proclame leur éloge.
** Enoch a plu au Seigneur et fut enlevé,
un exemple de repentir pour toutes les générations*.
*' Noé fut trouvé juste et parfait,
au temps de la colère il servit de rançon*:
A cause d'elle survint le déluge,
à cause de lui il y eut un reste sur la terre.
Un pacte perpétuel fut fait avec lui,
que le genre humain ne serait plus détruit par un déluge *.
^ Litt. : les hommes de la grâce. Nous supposons que l'auteur a voulu parler de la grâce diviae dont ils ont été l'objet, ou de la faveur dont la postérité accueille leur mémoire. Il va sans dire que l'auteur n'a en vue que les fidèles d'Israël.
^ Les quatre lignes de ces deux distiques ont été obtenues par une autre coupe des mots du textC; qui n'en fournit que trois : Leur bon héritage reste à leur race ; leurs neveux dans l'alliance ; leur lignée persiste et leurs enfants à cause d'eux. — L'alliance est celle avec Dieu, et le texte ne parle pas seulement de la fidélité des hommes, mais encore de celle de l'auteur des promesses faites à Israël ; car la dernière ligne est positivement à prendre dans le sens de Exode XX, 6.
8 II y aurait eu ici une belle occasion de parler de l'immortalité ou de la résurrection I
4 L'enlèvement d'Hénoch(au paradis, Vul(/.) est connu par la Genèse (chap. V, 24 s.). Son repentir, au contraire, et par conséquent une vie antérieure qui l'exigeait, appartient à la tradition scolastique des Juifs.
'> Les ligues suivantes exjjlijjucnt ce terme. Noé sauça le genre humain, lequel, sans lui, aurait été anéanti tout à fait. Cependant nous nous sommes permis d'intervertir l'ordre des deux lignes en «question, qui autrement n'offraient pas de sens bien clair.
6 Genèse IX, 11.
l'ecclésiastique XLIV, 19-23 (22-30). XLV, 1. 2 (i-3). 479
*^ Abraara est le grand père d'une multitude de peuples * ;
il ne s'en est pas trouvé qui lui fut égal en gloire. Il garda la loi du Très-Haut,
et entra en alliance avec lui.
Sur sa propre chair il confirma son pacte,
et fut trouvé fidèle dans l'épreuve '.
Aussi Dieu lui assura-t-il par serment
que les nations seraient bénies dans sa postérité ^ ; Qu'il la rendrait nombreuse comme la poussière de la terre,
et qu'il rélèverait comme les astres *. Qu'il lui donnerait une propriété d'une mer à l'autre,
et depuis le fleuve jusqu'à l'extrémité de la terre ^. Et à Isaac, pour l'amour d'Abraam son père,
il confirma ce pacte et la bénédiction de tous les hommes '^. Il la transféra sur la tète de Jacob,
il eut égard à lui dans ses bienfaits ; Il lui donna Théritage et en fit la répartition^
le partageant entre les douze tribus '.
* Il fit naître de sa race un homme privilégié % et accueilli avec faveur par tous les mortels :
Le bien-aimc de Dieu et des hommes.
Moïse, dont la mémoire soit bénie.
Il le rendit égal aux saints ^, quant à la gloire,
et grand par la terreur qu'il inspira à ses ennemis.
1 Genèse XVII, 4.
* Allusion au sacriGce d'Isaac.
3 Traduction littérale. L'auteur a sans doute voulu dire que les nations (étrangères) seraient un jour participantes aux bénédictions assurées à Israël. Cependant , ce n'est pas là le s^s du texte primitif Genèse XII, 3, lequel est aussi voilé dans les passages du Nouveau Testament qui y reviennent (Actes III, 25. Gai. III, 8, 16).
^ Dans les passages de la Genèse (par ex. chap. XV, 5), la comparaison porte sut la multitude.
^ Genèse XV, 18. Exod. XXIII, 31, etc. Les données de ces textes sont encore exagérées ici. Le fleuve est l'Euphrate.
6 Genèse XXVI, 4 suiv.
'^ Ces douze tribus ayant réellement possédé le pays de Canaan, l'auteur représente la chose comme si leur père Jacob le leur avait déjà pu transmettre directement.
8 Comp. chap. XLIV, 10 (12).
0 Les saints pourraient à la rigueur être les prêtres, qui sont décorés de cette même épithète au v. 24 (42) ; mais ce serait chose assez singulière que Tauteur eût considéré le sacerdoce comme une fonction égale à celle de Moïse. Nous aimons mieux y voir les patriarches qui viennent d'être nommés.
480 l'ecclésiastique xlv, 3-9 (4-15).
Par sa parole il fit cesser les prodiges*,
il Texalta à la face des rois, Il lui donna ses ordres à transmettre à son peuple,
et lui révéla une partie de sa majesté^. Il le consacra à cause de sa fidélité et de sa douceur ',
et relut d'entre tous les mortels.
11 lui fit entendre sa voix,
le fit entrer dans la nuée obscure.
Et lui donna ses commandements face à face,
la loi de la vie et de l'intelligence, Pour enseigner à Jacob son alliance,
et ses statuts à Israël.
® Il éleva Aaron, saint comme lui,
son frère de la tribu de Lévi.
11 établit avec lui un pacte éternel ♦
et lui donna la sacrificature du peuple. Il le rendit heureux par un beau costume *,
et le ceignit d'une robe d'honneur.
Il le revêtit d'une splendeur sans égale,
et le distingua par les insignes de la puissance,
culotte, longue robe et surplis ®.
Il l'entoura' de grenades d'or,
et de nombreuses clochettes à l'cntour.
Qui devaient retentir quand il marchait, [son peuple*.
et le faire entendre dans le temple pour avertir les fils de
1 Comme lo sujet de la phrase est Dieu, les prodiges ne peuvent être que ceux des magiciens de Pharaon.
2 Allusion à Excd. XXXIIl. 23.
3 Nombres XII, 3. 7.
4 Le privilège de la caj^te lévitique.
^ La description du costume du grand-prêtre est empruntée à TExode, chap. XXVIII et suiv. — Le mot : il le rendit heureux , est dû probablement à une erreur du traducteur ; le parallélisme et le bon goût demandent un verbe exprimant la notion de revêtir [itt'tf, rendre heureux ; izzer, ceindre).
^ Cette troisième ligne, assez peu poétique, pourrait bien être une ancienne glose explicative. Kilo se trouvt" ccpoinlunt dans tous les tcxlcs.
"* C'est-à-dire, le bas de sa robe. — Les grena'les n'étaient pas d'or, mais de fil» de coton de couleur et de lils d'or, lorniunt des pclottes.
^ Le peuple, restant deliors, aj)preuait par le son des clochettes le moment où le prêtre accoinj)lissait à l'intérieur le^; rites sacrés. Le temple est nommé par anticipation, ou plut'^it du point de vue de l'éiioipie de l'auteur.
L*ECCLÉ^STIQUE XLV, 10-17 (l6-3l). 481
Il lui donna un vêtement sacre, ouvrage d'art,
tissé d'or et de pourpre rouge et violette ; Le pectoral du jugement, révélateur de la vérité ',
artistement fait de fil retors écarlate; Orné de pierres précieuses enchâssées dans de Tor,
et gravées en forme de cachets par le graveur. Selon le nombre des enfants d'Israël,
dont les caractères inscrits rappelaient les noms. Puis une couronne* d'or à son turban,
portant inscrit le cachet de la sainteté. Ornement d'honneur, ouvrage admirable,
d 'lices des yeux, belle parure. Avant lui il n'y en eut pas de pareille,
et à tout jamais il n'y en aura ; Jamais étranger ne s'en revêtit,
mais ses fils seuls, et ses neveux perpétuellement. Ses holocaustes sont offerts
deux fois par jour et sans interruption. Moïse l'installa dans ses fonctions
et l'oignit de l'huile sainte.
Ce fut pour lui un pacte éternel,
et pour sa race, tant que dureront les cieux. De faire le service et d'exercer la sacrificature,
et de bénir le peuple en son nom ^.
Il l'élut d'entre tous les vivants,
pour présenter des offrandes au Seigneur, Encens et parfums pour l'oblation,
afin d'obtenfr le pardon pour le peuple. Il lui accorda, par ses statuts,
le pouvoir, à l'égard du code de l'alliance *, D'enseigner à Jacob ses préceptes,
et d'éclairer Israël par sa loi.
^ Pour cet ornement, qui servait à rendre des oracles, nous devons nous en rapporter à ce qui en est dit au cbap. XXVIII de TËxode.
^ II s'agit de la plaque d'or attachée au turban et sur laquelle étaient gravés ces mots : Consacré à Jaheweh.
3 Nous n'aurons pas besoin de faire remarquer que le style est un peu négligé ici, en ce que le nom de Dieu, qui est le sujet dans toutes les phrases qui suivent, n'est pas exprimé.
4 Comp. cbap. XXXVIII, 33 (li). Aaron représente partout ici la caste sacerdotale tout entière. Aussi le texte met^il plusieurs fois le pluriel ù la place du singulier, ce qui deviendrait gênant dans une traduction moderne. — Les prêtres sont les interprêtes officiels de la loi.
A. T. 6« part. 31
482 l'ecclésiastique xlv, i8-2» (32-45).
Quand il s'éleva contre lui des étrangers *,
qui lui portaient envie au désert, Les hommes de la clique de Dathan et d'Âbiron^
et la bande de Coré dans sa rage furieuse, Le Seigneur le vit avec déplaisir,
et ils furent anéantis dans Texcès de sa colère. Il fit contre eux des choses étonnantes,
en les consumant par la flamme et le feu. Il augmenta la gloire d'Âaron,
et assigna à ses descendants un patrimoine: Il leur attribua les prémices des produits,
et leur assura par les premiers^nés une subsistance abondante. Car ils mangent les sacrifices du Seigneur^
qu'il donna à Âaron et à sa race.
Seulement il n'a pas de part au territoire national,
ni d'héritage parmi le peuple :
c C'est moi qui suis ta part et ton héritage * ! »
'^^Et Phinéës, le fils d'Éléazar, est le troisième en gloire^
en montrant du zèle, dans la crainte du Seigneur^; Il resta ferme et très-dévoué lors de la défection du peuple,
et apaisa la colère de Dieu contre Isi*aël. C'est pourquoi il fut fait avec lui un pacte de salut,
d'être le chef des saints et de son peuple * ; Pour qu'à lui et à sa race, à tout jamais,
appartint l'honneur du sacerdoce^. Le pacte avec David, fils de [Jessé de] la tribu de Juda :
rhéritage de la royauté de père en fils.
l'héritage d'Aaron et de sa race '.
1 Nombres XVI.
2 Citation textuelle. Nombres XVIII, 20.
3 Après Moïse et Aaron, son père Éléazar ne jouant point de rôle prééminent dtns l'histoire sainte.
"^ Allusion à ce qui est raconté Nombres XXV. — Le texte latin, qui est ici généralement fautif, met : En imitant Aaron.
5 Du temps de l'auteur, le grand-prêtre (héréditaire) était réellement le chef de la
nation, bien qu'elle fût assujettie à une dynastie étrangère. — Les saints (les consacrés) sont nécessuircinent les prrtres.
^ Par excellence, c'est-ù-diro, du souveroiii pontifient.
~ Le texte e^t corrompu, cl de. toute fai;oii il iiuurpic une ligne. Le sens doit être que le pontificat devait rester l'apanage d'une famille, comme la royauté. La corruptioc doit être très-ancienne ; le texte latin a omis lu ligne relative à Aaron et rapporte le
l'ecclésiastique XLV, 26 (46-47); XLVI , 1-6 (l-9). 483
Que Dieu vous inspire la sagesse *,
pour juger son peuple avec équité, Afin que son bonheur ne cesse point,
ni sa gloire d'âge en âge.
' Il fut vaillant dans les guerres, Jésus Navé %
le successeur de Moïse comme prophète ^. Justifiant le nom qu'il portait^,
il fut grand à faire triompher les élus, Â exterminer les ennemis qui s'opposaient à lui,
afin d'assurer à Israël la possession du pays. Quelle ne fut pas sa gloire quand il levait le bras
pour brandir son glaive contre les villes? Qui avant lui résista ainsi
quand le Seigneur amenait les ennemis^?
Le soleil ne recula-t-il pas sur son ordre,
et un seul jour ne devint-il pas deux * ? Lorsqu'il pressa les ennemis de toutes parts ^,
il invoqua le maître suprême qui l'exauça. Avec des pierres de grêle d'une grande force,
il fondit sur le peuple ennemi, Et fit périr les adversaires dans le défilé ^,
pour que les païens apprissent à connaître ses armes.
tout, y compris les deux distiques suivants, à David, dont le tour ne viendra que plus bas^ au cbap. XL VU. Pour le moment, l'auteur en est encore a exalter les prérogatives du sacerdoce. — Les pontifes, a partir de l'époque de David, faisaient remonter leur généalogie jusqu'à PhinéCs et Éléazar.
I Péroraison contenant un vœu de l'auteur.
^ Forme grecque du nom de Josué, fils de Noun.
3 Les chefs politiques antérieurs aux prophètes écrivains sont également appelés prophètes par les docteurs juifs (d'après Deutér. XVIII, 15, 18), et les livres qui racontent leur histoire sont nommés les premiers Prophètes.
4 Et qui signifie : Jéhova-salut. En héhreu, le même mot signifie salut et victoire, et c'est là ce qui a suggéré à l'auteur la pensée qu'il énonce ici.
^ Le sens de ce distique n'est pas bien certain, et le traducteur grec a en tout cas fait une faute en mettant car, au lieu d» quand ^ la conjonction hébraïque ayant les deux significations.
^ Exagération poétique et traditionnelle de ce qui est raconté Jos. X, 12.
"^ On pourrait aussi traduire : Lorsque les ennemis le pressèrent — mais comme l'auteur a évidemment en vue le texte que nous venons de citer, l'autre construction est préférable.
8 De Bêt-IIorôn {loc. cit.). Dans tout ce passage, le sujet change quelquefois sans que le texte l'indique explicitement. C'est bien Josué qui invoque Dieu et qui combat 80US les yeux du Seigneur, mais c est Jéhova qui fait périr les Cananéens par la grêle.
481 l'ecclésiastique xlvi, 6-i3 (10-22).
C'est qu'il combattait sous les yeux du Seigneur ;
car il obéissait à son maître.
Déjà du temps de Moïse il s'était montré fidèle,
lui et Caleb, le fils de lephonné*, Voulant résister à l'ennemi et empêchant le peuple de pécher,
et apaisant les murmures des méchants.
Aussi eux deux survécurent seuls
de ces six- cent mille guerriers, Pour entrer dans la terre promise,
au pays ruisselant de lait et de miel. Et a Caleb le Seigneur donna une force
qui lui resta jusque dans sa vieillesse ', De manière qu'il put s'emparer du plateau,
et sa race conserva ce patrimoine :
Pour. que tous les enfants d'Israël vissent
qu'il est bon d'obéir au Seigneur.
** Et les Juges, chacun individuellement^ —
ceux dont le cœur ne s'adonna pas à l'idolâtrie.
Et qui ne se détournèrent pas du Seigneur* — que leur mémoire soit bénie!
Puissent leurs ossements refleurir de leurs tombeaux \ et leur renom se renouveler dans de glorieux neveux !
*^ Samuel, le prophète du Seigneur,
fut le bien-aimé de son maître; Il établit la royauté,
et oignit les chefs de son peuple ^,
1 II s'agit de ce qui est raconté Nombr. XIII, XIV, où ces deux chefs furent les seuls a soutenir Moïse contre le peuple effrayé par les rapports des espions, et Toulant renoncer à la conquête. Mais l'ennemi dont parle le texte n'est pas rassemblée rebelle; c'est bien le Cananéen.
2 Allusion au récit de Jos. XIV, 6 suiv. — Le territoire conquis par Caleb était la partie la plus élevée de la Palestine, aux environs de Hébron.
3 L'auteur ne veut pas s'arrêter à chacun d'eux en particulier, et pourtant n avoir pas l'air de refuser à lun ou à l'autre l'éloge mérité.
"^ S'il fallait voir ici uno distinction faite entre des Juges fidèles et des Juges infidèles, ce serait un jugement contraire aux textes, qui n'en font aucune entre eux, pas même à l'égard de Jephlé et de Samsou. Nous ne songerous pas non plus ù Gédéon. Les Juges, en géuéral, sont o])posés ici à leurs conteiuporuins respectifs.
^ La ligne suivante fait voir clairement quil n'est pas (Question là de la rt?surrectioD personnelle. C'est un va-ii patrioti<juc <[iii souhuite à la génération présente ilc5 libérateurs pareils aux. anciens.
'î Saùl et David.
l'eCCLÉSUSTIQUE XLYI, 14-20 (23-31 ;. XLVII, 1-3 (l-3). 485
Il gouverna la communauté d'après la loi du Seigneur,
et le Seigneur accorda sa faveur ii Jacob. Il se trouva être un fidèle prophète,
et fut reconnu comme un voyant digne de foi. Lorsque les ennemis le serrèrent tont à Tentour,
il invoqua le Seigneur en offrant un agneau * ; Et le Seigneur tonna du haut du ciel,
et fit entendre le son formidable de sa voix; Et il écrasa les chefs des Tvriens *,
et tous les capitaines des Philistins. Avant de s'endormir du sommeil éternel,
il protesta à la face du Seigneur et de son oint^ : cJc n'ai rien pris à qui que ce soit, pas même une chaussure,»
et personne n'osa Taccuser.
Après sa mort encore il prophétisa,
et annonça au roi comment il finirait ^ ; Du fond de la terre il éleva sa voix de prophète
pour effacer le péché du peuple*.
* Après lui s'éleva Nathan,
pour prophétiser du temps de David.
Comme la graisse détachée de la victime,
ainsi fut David d'entre les enfants d'Israël*. Il joua avec les lions comme avec des chevreaux,
avec les ours comme avec les petits des brebis'.
» Voyez 1 Sam. VII.
* Les Tyriens n'ayant jamais été en guerre avec les Israélites et leur nom n'étant pas même prononcé dans l'histoire de SamuOl, il est naturel de supposer que le traducteur grec a fait ici une faute comme nous en avons déjà rencontré plusieurs. Si l'original offrait les lettres crluiy il aura mal à propos lu çorlm (les Tyriens), au lieu de rarlm (les ennemis).
3 Saûl. Voyez 1 Sam. XII.
4 1 Sam. XXVIII.
^ Le sens de cette dernière ligne est obscur. La sinistre prédiction faite à Saûl, dans le texte cité en dernier lieu, ne dit rien qui explique cette phrase. L'auteur voulait-il dire que la défaite et la mort de SaOl devaient expier les péchés de son règne?
0 Les parties grasses (des intestins) des victimes étaient estimées les plus excellentes et brûlées sur l'autel, dans certains sacrifices, par exemple dans ceux qu'on appelle communément d'actions de grûces, comp. chap. XXXII, 1 (XXXV, 1). — La comparaison, toute flatteuse qu'elle peut être, d'après Tintention de l'auteur, n'est pas précisément de notre goût.
"î Exagération de ce qui est dit 1 Sam. XVII. 34 suiv.
486 l'ecclésiastique xlvii, 4-11 (4-l7).
Jeune encore, n'a-t-il pas tué le géant,
et fait cesser l'opprobre de son peuple. En levant la main avec la pierre et la fronde,
pour abattre Tinsolence de Goliath?
C'est qu'il avait invoqué le Seigneur, le Très-Haut,
qui donna à sa droite la force De renverser ce redoutable guerrier,
et de relever la puissance de sa nation. Aussi l'exalta-t-elle pour ses dix-mille * ;
elle le loua, parce que le Seigneur Pavait béni; Elle lui offrit un glorieux diadème,
parce qu'il avait écrasé les ennemis à Tentour. Il réduisit ses adversaires, les Philistins,
et anéantit leur puissance jusqu'à ce jour. Dans toutes ses entreprises il donna la gloire
au dieu sainte au Très-Haut, en paroles de louanges. Du fond de son cœur il chanta des hymnes',
et témoigna son amour à son créateur.
[qui lui avait donné la victoire sur ses ennemis,] Il plaça des chantres en face de l'autel',
et leur voix fit entendre de douces mélodies. Il donna de l'éclat aux fêtes,
et aux solennités une parfaite splendeur. En ce qu'ils * célébraient son saint nom,
et en faisaient retentir le sanctuaire dès le matin. Le Seigneur lui pardonna ses péchés *,
et éleva sa puissance à tout jamais.
Il fit avec lui un pacte au sujet de sa dynastie ®,
et lui assura le trône glorieux d'Israël.
1 Allusion aa chant dont il est parlé 1 Sam. XVIII, 7.
2 Ce passage prouve que déjà au commencement du deuxième siècle avant notre ère il existait des psaumes attribués à David, et rien n'empêche de supposer que c'étaient de ceux que nous possédons encore. Seulement il ne s'en suit pas que le Psautier actuel remonte à une époque antérieure à celle du Siracide.
3 Ce qui est dit ici de l'organisation du culte par David est tiré des Chroniques (1 Chron. XVI suiv.).
'^ Les chantres. — Quant au sai/it noaiy il va sans dire qu'il s'agit de Dieu. Les pronoms se rapportent à des sujets bien éloi^'-nés.
'' Allusion à 2 Sam. XII.
'' Litt. : un pacte de rois, c'est-à-dire la promesse que sa race continuerait ù occuper le troue.
• l'ecclésiastique XLVII, 12-20 (l8-29). 487
" Après lui s'éleva un fils plein dtî sagesse,
lequel, à cause de lui*, vécut tranquillement. Salomon régna dans un temps de paix,
Dieu lui ayant assuré le repos de toutes parts. Pour qu'il bâtit une maison à son nom,
et qu'il fondât un sanctuaire à tout jamais. Ah! que tu étais sage dans ta jeunesse,
débordant d'intelligence, comme le Nil ^ ! Ton esprit inonda '' la terre,
et tu la remplis de sentences ingénieuses. Ton nom parvint jusqu'aux îles lointaines,
et tu étais aimé à cause de ton gouvernement pacifique. Pour tes cantiques, tes proverbes, tes paraboles,
pour tes explications, tous les pays t'admiraient^. Au nom du Seigneur Dieu,
qui est appelé le dieu d'Israël, Tu as amassé de l'or comme si c'était de l'étain,
comme du plomb tu accumulas l'argent^.
Puis tu t'es jeté sur les femmes*,
et de ton corps tu devins leur esclave. Tu imprimas une tache à ta gloire,
tu rendis tes enfants profanes^.
De manière à provoquer contre eux la colère de Dieu
et à les faire gémir de ta folie".
I Par suite des victoires de David.
3 Le texte grec dit: Rempli d'intelligence comme un fleuve, ce qui n'offre pas de sens bien acceptable. Il est évident que le traducteur ne s'est pas aperçu qu'il fallait lire l'article défini. Le lôr est toujours le Nil, et jamais un fleuve quelconque, et pais c'est le Nil qui déborde et par là féconde la terre. Et c'est précisément là ce que l'auteur voulait dire de la sagesse do Salomon, dans la ligne suivante.
3 Litt.: recouvrit (comme le Nil).
^ On peut croire que l'auteur a ici en vue le livre canonique des Proverbes (et le Cantique ?) Peut-fitre fait-il allusion au passage 1 Rois Y, 12 suiv. Il est difficile de dire ce qu'il veut désigner par les explications. Songerait-il aux réponses à donner à la reine de Saba (1 Rois X, 1}? En tout cas, le texte ne contient rien qui puisse nous faire penser à l'Ecclésiaste.
^ Puisque ce doit avoir été au nom de Dieu, il faudra songer de préférence à la splendeur du temple.
^ L'expression du texte n'est pas à rendre mot à mot.
"ï Parce qu'ils avaient des mères païennes.
8 Traduction conjecturale d'après une variante. Le texte reçu dit : Et je garnis de ta folie (ce qui serait une espèce d'exclamation de l'autour).
488 l'ecclésiastique xlvii, 21-25 (30-38). xLvni, i-4 (1-4).
Quand Vcnipire vint a ^c diviser,
et qu'une royauté rebelle s'éleva en Ephraîm. Mais le Seigneur ne cessera d'user de miséricorde
et ne ruinera pas son œuvre ; Il n'anéantira pas la lignée de son élu,
ni n'exterminera la race de celui qui Ta aimé : Il a laissé un reste à Jacob,
et à David un rejeton * .
2^ Quand Salomon se fut reposé avec ses pères,
il laissa après lui quelqu'un de sa race : Roboam, un imprudent, faible d*esprit^,
qui par ses décrets poussa le peuple k la révolte; Et Jéroboam fils de Nabat, qui fit pécher Israël,
et qui permit à Ephraîm de suivre la voie de l'iniquité. Et leurs péchés devinrent très-nombreux,
de manière qu'on les^ chassa de leur pays. Ils recherchèrent toute méchanceté,
jusqu'à ce que le châtiment vînt fondre sur eux.
[et les délivrât de tous leurs péchés,]
* Et il s'éleva un prophète pareil au feu,
Elie, dont la parole était un fiambeau brûlant^. Il amena contre eux une famine,
et dans son ardeur il diminua leur nombre.
[car ils ne pouvaient supporter les commandements de Dieu.] Par la parole du Seigneur il ferma le ciel,
et trois fois il en iit descendre le feu *. Que ta gloire fut grande, ô Élie, par tes miracles I
qui peut se vanter d'être ton égal !
1 Nous avons traduit les verbes exactement d'après le grec, d'abord au futur et ensuite au prétérit. Mais il n'est pas sûr que cela reproduit exactement le sens de l'original. La dernière phrase parait devoir signifier que malgré les péchés do SalomoD, la dynastie des Iseldcs subsista selon la promesse de Dieu. Ce qui précède [si nous nous en tenons nu futur) exprime la pensée quo cotte promesse ne saurait être oubliée. mOme aujourd'hui encore. Seulement l'auteur, qui ne parle nulle part du Messie, aura simplement son^^- à la restauration d'Isrui*l.
"^ Le Icxlo csl fautif on rot ondroit et tra luit librement. Au lieu d'un impruJont. ou y lit: l'imprudeiire du peuple.
•^ Les dix tribus.
* loi Tordre chronolo;M(juo n*(;st pas observé.
■' 1 Hois XVII, 1 suiv.; XVIII. :]S. :> Hois 1, 10 suiv.
l'ecclésiastique XLVIII, 5-12 (5-14). 489
A toi, qui ressuscitas un mort,
et le rappelas de THadès par la parole du Très-Haut * ; Qui précipitas des rois dans la ruine ^,
[et brisas sans peine leur puissance]
et fis tomber des puissants de leur lit^; Qui entendis le reproclie du Seigneur sur le Sinaï,
et ses arrêts de vengeance sur le Horeb * ; Qui oignis des rois pour la faire exercer,
et des prophètes pour te succéder*; Qui fus enlevé dans le tourbillon de la flamme,
sur un char traîné par des chevaux de feu*; Qui as été signalé comme devant prêcher au temps déterminé,
afin d'apaiser la colère avant qu'elle n'éclatât; De réconcilier les pères et les fils',
et de rétablir les tribus d'Israël — Heureux ceux qui t'ont vu et qui se parent d'amour,
car nous, nous vivrons certainement*.
*' Lorsque Élie fut enveloppé dans le tourbillon,
Elisée fut rempli de son esprit.
Jamais de sa vie il ne se laissa effrayer par un prince,
et personne ne le soumit à sa puissance'^.
1 1 Rois XVII, M suiv.
2 Allusion à la prédiction faite à Ahab. 1 Rois XXI, 20 suiv.
3 Tournure assez prétentieuse pour rappeler le fait raconté 2 Rois I, 4, 1G.
4 i Rois XIX.
^ Ibid., V. 15 suiv. L'auteur ne tient pas compte de Vautre tradition consignée 2 Rois VIII, 13 suiv.; IX suiv.
6 2 Rois II.
"^ Gela se rapporte aux paroles relatives à Elie consignées dans les dernières lignes du prophète Malacbie. Il est à remarquer que notre auteur relève cette prophétie, qui joua plus tard un si grand rôle dans le système eschatologique des Juifs (Luc 1.17, etc.] , mais sans qu'il soit question du Messie dans tout son livre.
5 Nous avons traduit ce distique tout à fait littéralement, pour mieux faire constater qu'il n'offre pas de sens. Voici le texte latin : •Heureux ceux qui t'ont vu et qui ont été honorés de ton amitié ; car nous, nous ne vivons que de cette vie ; après notre mort nous ne laisserons point un pareil renom.» Le texte grec parait tronqué; en tout cas, l'auteur ne parle nulle part d'une vie future. On a proposé do le traduire ainsi : Heureux ceux qui te verront (quand tu reviendras), et qui (alors) seront parés d'amour (envers Dieu), car nous espérons vivre (jusque-là)! Tout cela nous parait hors do propos.
» Allusion à 2 Rois III. 13 ; VI, 12 suiv., 3t suiv. ; VIII, 7 suiv.
490 l'ecclésiastique XLVIII, l3-20 (l5-28).
Rien ne fut au-dessus de ses forces,
et son corps prophétisa encore au tombeau * .
De son vivant il fit des miracles,
et après sa mort encore ses œuvres furent merveilleuses.
*^ Malgré tout cela le peuple ne s'amenda pas,
et ne se détourna point de ses péchés, Jusqu'à ce qu'il fût déporté loin de sa patrie,
et dispersé par toute la terre.
Et qu'il n'en restât plus que peu de monde*,
et un prince de la maison de David.
Là, quelques-uns faisaient bien ce qui plaisait à Dieu,
mais d'autres multiplièrent les péchés.
*' Ézékias fortifia sa ville,
et fit arriver l'eau au milieu d'elle ^ ; H creusa le roc avec le fer,
et construisit des réservoirs pour les eaux. De son temps survint Sennachérîm,
et envoya Rabsakès, qui partit Et leva la main contre Sion,
et parla fièrement dans son insolence.
Alors leurs cœurs, leurs mains tremblèrent,
ils étaient saisis de douleurs comme une femme en travail. Ils invoquèrent le Seigneur miséricordieux,
en étendant les mains vers lui, Et le Saint aussitôt les exauça du haut du ciel,
[il ne se souvint point de leurs péchés^ Et ne les livra point à leurs ennemis]
et les délivra par la main d'Ésaïe*.
^ La première ligne se rapporte à divers miracles d'Elisée ; la seconde exagère celai qui est relaté 2 Rois XIII, 2\, à moins que l'auteur n'ait eu en vue ce qui est raconté 2 Ghron. XXI, 12, en confondant Élie et Elisée. Nous inclinerions d'autant plus à adopter cette dernière explication, que l'autre fait revient dans le distique suivant, si U mention du corps ne plaidait pour la première.
2 Le petit royaume de Juda, dont plusieurs rois vont ôtre nommés.
3 Pour les faits relaUfs à Ézéchias, voyez 2 Rois XVIII-XX. Esale XXXVI- XXXVIII. — Pour ce qui est dit de l'aqueduc, voyez encore 2 Ghron. XXXII, 30. Dans ce passage, il est dit que l'eau fut prise dans le ruisseau de Gîhon. On est teaU* (le remettre ce nom dans lo toxto, à la i)lace de Venu, que nous emprunton.'^ ù une variante»; le texte fjrcc reçu disant: il fit arriver le Oofj, etc., ce qui est une le^on vraiment al)surde.
"^ Dans cette dernière ligne, le texte latin met : Il les purifia, etc. Pour comprendre comment le traducteur grec pouvait faire délivrer Jérusalem menacée d'un siège, /•'■
L ECCLÉSIASTIQUE XLVIII, 21-25 (29-34). XLIX , 1-5 (l-7). 491
Il frappa rarmée des Assyriens,
et son ange les extermina.
Car Ëzékias avait fait ce qui plaît au Seigneur,
il marchait fermement dans la voie de son père David^ Qu'Ésaïe lui avait recommandée,
le grand prophète, le voyant digne de foi. De son temps * le soleil recula,
et il prolongea la vie du roi.
Dans son extase il vit l'avenir,
et consola les afQigés de Sion.
Il révéla ce qui doit arriver jusqu'à la fin des temps,
et les choses cachées, avant qu'elles fussent accomplies'.
* La mémoire de Josias est comme un parfum
composé et préparé par Tart du parfumeur; Elle est douce comme le miel, dans toutes les bouches,
comme la musique pendant le banquet.
Il fut bien guidé dans la réformation du peuple,
et fit disparaître les horreurs de l'impiété'. Il dirigea son cœur vers le Seigneur,
et au temps des impies il fortifia la piété *.
* A l'exception de David, d'Ezékias et de Josias,
tous se sont livrés au péché *.
Car ayant abandonné la loi du Très-Haut,
les rois de Juda disparurent *.
Ils durent céder leur puissance à d'autres,
et leur gloire à une nation étrangère.
la main d'Ësaîe, il faut se souvenir que cette phrase, en hébreu^ équivaut à une simple préposition, laquelle, toutes les fois qu'il s'agit d'un prophète, peut se traduire : par V organe (d'après la prophétie].
1 Du temps d'Ésaîe, auquel est aussi attribuée la guérison miraculeuse du roi.
2 Dans ces deux distiques, l'auteur veut évidemment résumer l'essence de la deuxième partie du livre d'Ësaïe, et il est intéressant de constater qu'il a dû y voir une prédiction positive de la restauration d'Israël, ni plus ni moins. Cette prédiction n'était pas encore accomplie de son temps, mais cela ne la rendait nullement suspecte.
3 Sur les réformes de Josias, voyez 2 Rois XXIII. L'éloge de ce roi est fait au moyen de figures qui ne sont pas précisément de notre goût, mais qui se ifencontrent dans l'Ancien Testament, en partie môme dans le langage religieux.
4 Traduction littérale. La piété peut ôtre celle du roi lui-même ou celle des bons citoyens, auparavant mal soutenus par l'autorité.
^ L'auteur est plus sévère que celui du livre des Rois, qui est beaucoup moins exclusif.
^ A leur tour, comme précédemment ceux d'Éphraîm.
492 l'ecxlésiastiqitr xlix, 0-12 (8-17).
Ils firent mettre le feu à la ville oliic du sanctuaire*, et rendirent ses rues désertes à cause de Jcréinie^.
Car ils avaient maltraité le prophète,
bien qu'il eût été consacré avant sa naissance,
Pour déraciner, ruiner et détruire, ainsi que pour édifier et planter^.
^ Ce fut lezékiel qui eut la vision de la gloire *,
que Dieu lui fit voir sur le char des chérubins. Car il se souvint des ennemis en parlant de pluie **,
en réservant les bienfaits pour ceux qui suivaient le droit Il consola Jacob [chemin.
et lui assura la liberté en espérance*. Et des douze prophètes [dont la mémoire soit bénie!]
puissent les ossements rcfieurir de leurs tombeaux'!
** Comment célébrerons-nous Zorobabel,
lui qui est comme le cachet à la main droite * ?
De même Jésus fils de losédek^
de leur temps ils rebâtirent la maison,
Et érigèrent au Seigneur un saint temple *<^, destiné îi une gloire éternelle.
1 On pourrait traduire tout bonnement: ils mirent lo feu. «— Le sens est^ qu'ils furent la cause do la ruine de Jérusalem.
^ Nous mettons : à cause, en vue du car qui suit. Autrement on pourrait s'en tenir au sons que nous avons indiqué page 490, note 4 [d après la prophétie de J.).
3 Reproduction textuelle do Jér. I, 5^ 10.
'^ La gloire, la majesté, c'est ici Dieu même [Éz. IJ.
^ Distique passablement obscur. Nous supposons que l'auteur fait allusion au passage où Ëzéchiel se sert de Timago de laverse pour formuler ses menaces (chap. XIII, 11; XXXVIII. 22]. D'autres pensent que lo traducteur a lu znn (pluie), au lieu des*» (colère]. La traduction du second vers est hasardée et contestable.
0 Comme les verbes de ce distique sont au singulier, nous le rattachons à ce qui est dit d'Ézéchiel (chap. XL suiv.}. Dans le texte reçu, le distique relatif aux petits prophètes précède celui-ci, et les traducteurs ont dû mettre les verbes au pluriel.
'7 Le texte reçu paraît incomplet. Nous empruntons à des manuscrits grecs les mots ajoutt's. La seconde ligne est une reproduction de chap. XLVI, 12 (20). — On remar. quera que lo prophète Daniel n'est pus mentionné. C'est l'une des preuves les plu^ palpal)les que le livre qui porte son nom n'exi>tait pas à ["('porpie du SiraciJe.
« Comp. A--. II, 23, et ci-dessus chap. XVII, 18 ;2*2).
•' Le grand-prC'trc conîemporain de Zorobaliel.
^'^ D'après une variante iiuiun). Le texte rei^ni parle <run saint peuple [îoo,i].
l'ecclésiastique XLIX, 13-16 (l3-23). L , i-3 (i-3). 493
De Ncbémîe aussi le renom est grand :
il releva nos murs tombés en ruines, Il y établit des portes et des barres,
et restaura nos habitations*.
** Nul n'a été créé sur la terre pareil à Enoch -,
aussi fut-il enlevé de la terre.
Nul homme n'est né comparable à Joseph ,
le chef de ses frères [e^ leur directeur]^ Le soutien de sa famille [l'appui de sa race] ;
ses ossements ont été bien gardés %
[ci ont prophétisé après leur morL] Sem et Seth ont été glorifiés parmi les hommes,
mais au-dessus de toute créature vivanle est Adum.
* Simon fils d'Onias, le grand-prêtre, restaura le temple,
de son vivant il répara le lieu saint. C'est lui qui jeta les fondements, à double hauteur,
du mur élevé de l'enceinte sacrée.
C'est de son temps que fut construit le réservoir,
dont la circonférence était celle de la mer d'airain*.
' Lo silence de l'auteur à l'égard d'Ësdras pourrait s'expliquer par le fait que la compilation que nous possédons sous son nom est également d'une date très-récente. Mais on pourrait dire aussi que ce personnage ne pouvait guère être mis au premier rang des hommes illustres par quelqu'un qui, comme notre auteur^ croyait à l'antiquité du Pentateuque.
* Chap. XLIV, 16(18). — C'est chose assez singulière que l'auteur^ arrivé au terme de son énumération chronologique, revienne encore une fois au commencement, et cela presque en ordre inverse, ou plutôt sans suivre un ordre appréciable. Le texte serait-il en désordre, ou bien ce paragraphe y aurait-il été primitivement étranger?
3 Gen. L, 25. Exod. XIII. 19. Jos. XXIV, 32. Ce qui est dit ici d'une prophétie des 08 de Joseph, pourrait bien Ôtre une interprétation rabbinique du premier des passages que nous venons de citer. C'est Joseph vivant qui y prédit le retour de sa famille en Palestine, mais, en y faisant reconduire ses ossements^ ceux-ci sont censés Ctre les garants de TaccompUssement.
"^ L'auteur complète sa galerie des hommes illustres de Thistoiro d'Israël par le portrait d'un grand-prêtre qu'il avait connu encore personnellement et qui, sans doute, avait été le prédécesseur immédiat du grand-prêtre de son temps. Il commence par rappeler en deux mots ce qu'il fît dans l'intérêt do la cité et du temple et termine par la description brillante d'une cérémonie religieuse présidée par le chef du sacerdoce. — Ce qui est dit dans le 2' et le 3* distique est très-obscur, ou plutôt ininteUigible. Le texte grec est corrompu et très-probablement le traducteur n'a pas compris lui-même les termes de l'original. On en a essayé les traductions les plus diverses et la nôtre est faite au hasard. On voit seulement que Simon a fortifié la colline du temple et construit
494 l'ecclésiastique l, -i-h (4-18).
Il eut soin que le peuple u'essuyàt pas de défaite,
et fortilia la ville en vue d'un siège. Comme il était brillant, dans la procession du peuple,
quand il sortait du sanctuaire, de derrière le rideau ' ! Pareil à l'astre matinal, sortant d'un nuage,
à la lune, quand elle est dans son plein ; Au soleil qui resplendit sur le temple du Très-Haut,
à l'arc-en-ciel qui brille sur un nuage lumineux ; A la fleur du rosier aux jours du printemps,
au lis qui croit près d'une source jaillissante ; Au rejeton d'un buisson odoriférant en plein été,
au feu et au parfum dans l'encensoir; A un vase d'or massif,
orné de toutes sortes de pierres précieuses ; A un olivier qui fait pousser ses fruits,
k un cyprès qui s'élève aux nues — Quand il se revêtait de sa robe d'honneur,
et se parait d'une splendeur sans égale. En montant au saint autel,
il ennoblissait le parvis du sanctuaire. Quand, placé près du foyer de l'autel,
il recevait les chairs consacrées de la main des prêtres, Tout autour de lui un cercle de frères,
pareil à un cèdre du Liban ^, Tous les fils d'Aaron dans leur parure,
l'environnaient comme des tiges de palmiers. Tenant dans leurs mains l'offrande pour le Seigneur,
en présence de toute la communauté d'Israël. Et quand il avait achevé le ministère a l'autel ',
pour parfaire l'oblation en l'honneur du Tout-Puissant,
un réservoir. Tout le reste est obscur^ et comme il n'est pas fait mention ailleurs de CCS travaux, il n'y a plus moyen de corriger la leçon reçue. La wtfr (/'ai>at« était le grand bassin coulé on métal du temps de Salomon (1 Rois VII}, mais qui avait été brisé et emporté par les Cbaldéens.
1 Une fois par an, le jour de la fôte de l'expiation (Luv. XVI), le grand-prêtr« pénétrait dans le Très-saint, et après y avoir accompli les rites, il revenait au milieu da peuple dans la cour.
^ La construction du texte ne décide pas si c'est le grand-prètro que l'auteur a voulu comparer à un cèdre, ou si les IVôrcs (les lévites) sont comparés ù la fois uu cèdre et aux palmiers. La traduction est à dessein c<juivo([ue. L'adjectif /nircil \)C\ii se rapporter au ccrcU' ou au sujet principal, comnu' on voudra.
'^Savoir les rites relatifs ù la victime.
l'ecclésiastique L, 15-24 (i9-34). 495
Il étendait sa main vers la coupe
et faisait la libation avec le jus de la vigne. En le versant sur le socle de l'autel,
comme un parfum agréable au Roi suprême. Alors les fils d'Âaron se mettaient à crier,
et sonnaient de leurs trompettes d'airain ; Us faisaient entendre leur puissante voix \
pour recommander ^ la nation au Très-Haut. Aussitôt le peuple en masse
se jetait la face contre terre, Pour adorer son Seigneur,
le Dieu suprême et tout^puissant.
Et les chantres le célébraient de leurs voix ;
une douce mélodie remplissait la vaste enceinte. Le peuple invoquait le Très-Haut,
et adressait sa prière au Dieu de miséricorde. Jusqu'à ce que les rites en l'honneur du Seigneur fussent
et que le service fût achevé. [accomplis.
Alors en redescendant il élevait les mains
sur toute la communauté des enfants d'Israël, Pour lui donner, de sa bouche, la bénédiction du Seigneur,
et pour se glorifier en son nom.
Et le peuple se prosternait une seconde fois,
pour recevoir la bénédiction du Très-Haut'.
^- Et maintenant bénissez tous ce Dieu*,
qui fait de grandes choses partout ; Qui depuis notre naissance nous a soutenus,
et qui en a agi avec nous selon sa miséricorde. Puisse-t-il nous donner la joie du cœur,
et rendre Israël heureux, aujourd'hui comme jadis ! Puisse-t-il persister dans sa miséricorde envers nous,
et nous délivrer en son jour!
1 Le texte peut se traduire simplement par : un grand bruit.
^ Litt. : pour rappeler. Le rite datait d'une époque où les conceptions religieuses étaient encore extrêmement naïves.
3 C'est nous qui ajoutons ces mots : le peuple, dont l'auteur a certainement voulu parler, puisqu'il parle d'une seconde génuflexion (v. 17 on 23]. Les copistes l'ont compris autrement et ont mis : faire voir^ au lieu de recevoir, deux vocables qui ne diffèrent en grec que par une seule lettre.
^ Péroraison de l'épopée nationale qui a commencé avec le chap. XLIV.
496 l'ecclésiastique L, 25-29 (a5-39). LI, 1, 2 (l-3).
^^11 y a deux peuples que mon âme déteste, et un troisième qui u'eu est pas même uu :
Ceux qui habitent les montagnes de Séïr^
les Philistins, et la gent impie de Sichem ^
Moi Jésus, fils de Sirach, de Jérusalem, j'ai retracé dans ce livre les règles de Tintelligence et de la science, eu répandant largement la sagesse puisée dans mon cœur. Bienheureux celui qui s'en préoccupe ; celui qui les prendra à cœur deviendra sage. S'il les pratique, il triomphera en toutes choses, car la lumière du Seigneur conduira ses pas.
* Je te louerai. Seigneur Roi *,
je te célébrerai. Dieu mon Sauveur, Je glorifierai ton nom,
de ce que tu as été mon protecteur et mon aide. Tu m'as préservé de la ruine,
des pièges d'une langue calomnieuse;
^ Nous pouvons trouver déplaisant qu'un livre, qui trahit partout un si profond sentiment religieux et qui enseigne une morale généralement pure, se termine par une pareille invective non autrement motivée. On a m6me pu aller jusqu'à croire que ces quatre lignes ne sont pas ici ù leur place ou étrangères à la plume de Tauteur. Nous ne sommes pas de cet avis, et certes, ce ne sont pas les chrétiens, si prodigues d'anathèmes, dans tous les temps, dans leurs déclarations doctrinales officielles, qui auraient le droit d'en vouloir à un Juif, qui reproduit ici les antipathies séculaires de sa nation, après avoir exalté la gloire de ses héros. Il y a seulement à observer que les Grecs, qu'on devait s'attendre à voir Ggurer ici au premier rang, sont passés sous silence (comp. chap. XXXII (XXXV), v. 16 suiv.). Les trois peuples nommés appartiennent de préférence à l'histoire de l'Ancien Testament ; ce sont les Ëdomites, les PhiUstins, et les Samaritains [Sichémites], les trois plus proches voisins de Jérusalem. Quant aux premiers, nous les prenons dans le texte latin, car le grec, à la place de Sé!r, nomme Samarie, de sorte que la nomenclature reste incomplète par suite d'un double emploi. Les Samaritains ne sont pas même une nation, parce qu'on leur reprochait d'être use race bâtarde (2 Rois XVII).
'-^ Cet appendice porte dans quelques éditions le titre spécial : PRIÈRE DE JÉSUS FILS DE SIRACH. Il se omposo de trois parties: î*» L'auteur exprime sa reconnaissance de ce que par l'assistance de Dieu il a échappé à la mort qui lo mcna<;ait par suite dune dénonciation calonuiieuse auprès du roi. 2" Il expose comment dès sa jeunesse il a recherché la sajj-esse. 3" Il invite t-jus ceux ù qui elle manque encore à l'acquérir ù leur tour.
l'ecclésiastique l, 2-12 (4-20). 497
Contre les bouches qui font métier de mensonge,
contre mes adversaires tu as été mon défenseur. Tu m'as délivré, selon ta grande miséricorde,
des hurlements de ceux qui s'apprêtaient à me dévorer. De la main de ceux qui en voulaient à ma vie,
des nombreuses tribulations qui m'assaillaient. Du feu qui m'environnait et m'étouffait,
du milieu des flammes que je n'avais pas allumées, Du fond du gouffre de THadès,
de la langue impure, De la parole mensongère adressée au roi,
de la calomnie d'une langue méchante
Mon âme était bien près de la mort,
ma vie allait descendre dans THadës ; Ils m'enserraient de toutes parts,
et personne ne venait à mon aide ; J'attendais du secours de la part des hommes,
et il n'y en eut point!
x\lors je me souvins de ta miséricorde, ô Seigneur,
de tes hauts faits d'autrefois, Comment tu sauves ceux qui espèrent en toi,
comment tu les délivres des mains des païens. Et je fis monter de la terre ma supplication,
je priai pour être arraché à la mort; J'infplorai le Seigneur,
mon seigneur et mon père *, De ne pas m'abandonner dans ma détresse,
quand j'étais sans secours contre les insolents ^. Je louerai ton nom sans cesse, Je le chanterai dans mes actions de grâces :
ma prière a été exaucée !
Tu m'as préservé de la ruine,
tu m'as arraché à ce temps de malheur. C'est pourquoi je te louerai et te remercierai :
je bénirai le nom du Seigneur.
I Le texte dit, sans doute par suite d'une inadvertance du traducteur ou d'un copiste : le père de mon seigneur (si tant est que cela ne trahisse pas une main chrétienne).
^ Épithète ordinaire pour désigner les païens maîtres du pays, dans ces temps-là (voyez les Psaumes).
A. T. G« part. 32
498 • l'eccléslvstique LI , 13-23 (2i-a4).
"Jeune encore, avant de me laisser égarer,
je recherchai la sagesse ouvertement dans mes prières * . Je l'ai demandée en face du temple^
et je la rechercherai jusqu'à la fin.
Mon cœur prenait plaisir à sa (leur ^,
comme à un raisin qui commence à se colorer. Mon pied marchait dans le droit chemin;
dès ma jeunesse j'ai suivi ses traces.
Un peu de temps ' je lui prêtai l'oreille,
je la reçus et j'y trouvai ample instruction ; Avec elle j'ai trouvé la prospérité :
aussi gloriiierai-je celui qui me l'a donnée. Je me suis proposé de la mettre en pratique ;
zélé pour le bien, je ne pouvais être déçu. Mon âme a lutté pour l'obtenir ;
je fus bien attentif à mes actes * ; J'étendais mes mains vers le ciel,
et je regrettais mes fautes commises contre elle. J'ai dirigé mon âme vers elle,
et par la pureté je l'ai trouvée ^ ; Avec elle tout d'abord j'ai acquis l'intelligence ^ :
aussi ne serai-je pas abandonné ; Mes entrailles s'émurent pour la chercher,
c'est pourquoi j'ai obtenu un si grand bien. Pour récompense le Seigneur m'a donné une langue*^ :
je m'en servirai pour le louer.
"Approchez, vous qui êtes ignorants,
et élisez domicile dans la maison de l'instruction,
1 Imitation de 1 Rois III, 6 suiv. — Au lieu de laisser égarer, on a propose de traduire : /aire des voyages. Ensuite, au lieu de la fin^ on mettrait le bout du luonde. Tout cela ne nous parait pas conforme à la situation.
^ La fleur de la sagesse est une image hardie^ pour parler des premiers sentiments de satisfaction qu on éprouve en se laissant guider par elle.
3 La courte période de la jeunesse y a sudi, et je la possédais pour toute la vie (chap. VI, 18).
^ Le texte reçu porto : aux actes de la faim, ce qui ne peut être qu'une faute de
copiste [limon pour mou). Serait-ce nomou (de la loi] ?
'> La pureté du cœur (c.jnime la crainte de Dieu) est le commeucemcut de la sagesse.
^ L'int^îlligence, daus la praliiiuc et dans les alTaires, est l'application de la saJ:c^sc théorique.
** Ce quo l'auteur croit avoir prouvé par son livre.
L ECCLÉSIASTIQUE LI , 24-30 (35-41 ). 499
Puisque vous en manquez,
et que vos âmes en ont bien soif.
J'ai ouvert ma bouche et j'ai parlé * —
venez en acheter sans qu'il vous en coûte rien ! Soumettez votre cou au joug*,
acceptez une instruction si facile à trouver 1 Voyez vous-mêmes combien peu il m'a fallu travailler',
et pourtant j'ai trouvé un tranquille bonheur. Dépensez pour l'instruction une grosse somme d'argent,
et vous acquerrez avec elle beaucoup d'or*.
*^ Que votre cœur se réjouisse de sa miséricorde, et n'ayez pas honte de le louer.
' Accomplissez votre tâche de bonne heure, et il vous récompensera en son temps.
I Même idée, encore plus clairement exprimée.
^ De la discipline, d'une sage éducation.
3 Comp. ci-dessus v. 16 (25).
'* La sagesse est le plus grand des trésors. Lors même qu'il faudrait dépenser de Targentpour Tacquérir, c'est de Tor qu'on obtient en retour (Job XXVIII. Prov. VIII, iO suiv.).