‹ La Bible (volume 3)Chapitre 5 sur 84 · JOB I, 17-22. II · texte numérisé non relu

JOB I, 17-22. II

encore qu^uD autre survint et dit : Des Chaldéens ^ .disposés en trois bandes se sont précipités sur les chameaux et les ont pris, et quant aux garçons, ils les ont égorgés, et moi seul j'ai pu m'échapper pour te Tannoncer. Celui-ci parlait encore qu'un autre survint et dit : Tes fils et tes filles étaient à manger et à boire du vin dans la maison de leur frère aîné, quand tout à coup un ouragan ' vint d'au-delà du désert et donna contre les quatre angles de la maison : elle a été renversée sur les jeunes gens et ils sont morts^ et moi seul j'ai pu m'échapper pour te Tannoncer. Alors Job se leva et déchira sa robe et se rasa la tète; puis se jetant à terre et se prosternant, il dit : Nu je suis sorti du ventre de ma mère et nu j'y ' retournerai ; rËternel a donné, et rÉternel a 6té : que le nom de l'Éternel soit béni I Dans tout ceci^ Job ne pécha points et ne donna point à Dieu de sujet de plainte*.

' Après cela, il arriva un autre jour que les fils de Dieu vinrent se présenter devant l'Éternel, et l'accusateur aussi vint au milieu d'eux se présenter devant rÉternel, et TËternel dit à l'accusateur : D'où viens-tu? Et celui-ci répondit: D'explorer la terre et de la parcourir. Alors l'Éternel dit à Taccusateur ; As-tu remarqué mon serviteur Job ? Car il n'y a pas sur la terre d'homme intègre et droit comme lui, craignant Dieu et évitant le mal. Et il persiste dans son intégrité, bien que tu m'aies excité contre lui, afin de le ruiner sans motif. Mais l'accusateur répondit à l'Éternel et dit : Peau pour peau^ I Tout ce que l'homme possède, il le donnera

I Si les Chaldéens, comme on l'a pensé, sont les Kourdes, ils n'étaient pas les voisins immédiats du pays d'Ouç ; mais en leur qualité de nomades brigands, ils pouvaient faire des courses lointaines. Ou bien on pourrait admettre que des hordes isolées de ce peuple étaient dès lors établies dans des contrées plus méridionales. Mais de pareilles questions sont de peu d'importance pour l'interprétation du poëme. — Ici il est dit qu'ils se divisèrent en trois bandes pour cerner les chameaux et les empêcher de s'échapper.

^ Le Samoum ou vent brûlant du désert, qui menace la vie des hommes et des animaux autant par sa chaleur étouffante que par son impétuosité irrésistible. Il est représenté ici comme un tourbillon qui renverse des maisons.

' Le sein maternel et le tombeau (le sein de la terre) sont assimilés ici comme les deux points extrêmes de la vie terrestre. L'existence après la mort et avant la naissance ont une certaine analogie (chap. III, 16).

^ Traduction libre et conjecturale d'un mot douteux, qui signifie ailleurs la fadeur, peut-être la sottise.

^ Locution proverbiale expliquée parla phrase suivante. L'accusateur, fidèle à son rôle d'interpréter toutes choses en mauvaise part, prétend que Job, ayant encore la vie sauve, estime avoir sauvé tout autant qu'il a perdu, et qu'il peut toujours trouver son compte à rester fidèle à Dieu, sa perte n'étant encore que relative. Il y a même encore avantage du côté du bien, la vie à elle seule valant mieux que tous les autres biens pris ensemble.

A. T. 6« part. 3

34 JOB II, 4-13. III, i-3.

pour sa vie. Mais étends seulement ta main et touche à ses os et à sa chair, et pour sûr il te reniera ouvertement. Alors TËternel dit à Taccusateur : Hé bien, il est en ton pouvoir 1 seulement respecte sa vie. ^ Et Taccusateur sortit de la présence de rÉternel et frappa Job d'un ulcère malin ^, depuis la plante des pieds jusqu'au sommet de la tête. Et Job prit un tesson pour se gratter, pendant qu'il était assis dans la cendre^. Et sa femme lui dit: Tu persistes encore dans ton intégrité ' ! Renie Dieu et meurs 1 Mais il lui dit : Tu parles comme une impie : Nous accepterions donc le bien de la part de Dieu^ et le mal, nous ne Taccepterions pas ? Dans tout ceci, Job ne pécha point par ses discours.

^' Cependant les trois amis de Job ayant appris tous ces malheurs qui étaient venus fondre sur lui, arrivèrent chacun de son endroit, Ëlifaz le Témanite, Bildad le S'oubite et Çofar le Na 'amanite*, et ils se concertèrent entre eux pour venir lui porter leurs condoléances et le consoler. Et ayant levé leurs yeux de loin ils ne le reconnurent point, et ils éclatèrent en sanglots et déchirèrent leurs habits^ et jetèrent de la poussière en Tair sur leurs tètes. Puis ils s'assirent à terre à côté de lui, sept jours et sept nuits, et aucun d'eux ne lui adressa la parole, car ils voyaient que sa douleur était très-grande.

*■ Après cela. Job ouvrit la bouche et maudit son jour de naissance. Et Job prit la parole et dit^ :

Périsse le jour où je suis né, La nuit qui dit : un homme est conçu!

1 Selon toute Yraisemblance, Tauteur veut parler de la plus terrible des maladies cutanées, de la lèpre tuberculeuse ou éléphantiasis.

2 Nous dirions : il portait encore le deuil de ses enfants ; car c'est un signe de deuil que de s'asseoir sur la terre nue à côté de l'fttre.

3 Défi ironique. Il ne te reste tout de même plus qu'à mourir ! Nous avons conservé l'expression d'intégrité, bien que d'après notre manière de parler, le terme de pUU eût été plus convenable. En traitant sa femme d'impie, Job lui reproche plutôt de l'athéisme que de la sottise (Ps. XI Y), ce que le mot hébreu peut signifier aussi.

4 Elifaz et Têman sont des noms de tribus édomites (Gen. XXXVI, 4 suiv.} S'ooal^ est une tribu du grand désert (Gen. XX V, 2). Na*amah (Beauséjour) se rencontre en divers endroits de la Syrie et de la Palestine. L'auteur aurait-il à dessein introduit un interlocuteur judécn? (Jos. XV, 41.)

^ Le premier monologue de Job doit exprimer cette seule et unique idée ; Je voudrais être mort ; Cette idée revêt successivement les trois formes suivantes : Je voudrais que le jour de ma naissance n'eût jamais existé (v. 3-10), je voudrais que je fusse mort en naissant (v, 11-19), je voudrais que Dieu laissât mourir les hommes auxquels il ne réserve pas le bonheur (v. 20-26). Comp. Jérémie XX, 14 suiv.

Ah, que ce jour-là fût resté ténèbres * !

Que Dieu ne Teût point évoqué ' d'en haut I

Que Taurore ne Teût point éclairé!

Que Tobscurité et les ténèbres Toussent revendiqué 1

Qu'un noir nuage se fût couché sur lui 1

Que des éclipses' Teussent chassé d'effroi!

Cette nuit! Qu'une épaisse brame l'eût emportée!

Qu'elle ne se fût point unie aiix jours de l'année !

Qu^elle ne fût point entrée dans la série des mois!

Ah, que cette nuit fût restée stérile !

Que les cris d'allégresse n'y eussent point pénétré^ !

Qu'elle eût été maudite par ceux qui maudissent le jour,

Qui sont experts à susciter le dragon ^ 1

Que les étoiles de son crépuscule se fussent obscurcies * !

Qu'elle eût en vain attendu la lumière !

Qu'elle n'eût point vu les paupières de l'aurore ^ !

Parce qu'elle ne m'a pas fermé les portes du sein maternel.

Pour cacher la misère à mes yeux.

1 Puisque Job vit, et que le jour où son existence a commencé appartient au passé, il est évident qu'if faut traduire tous les verbes au plusqueparfait. Tous nos traducteurs font la faute de faire parler Job de ce jour comme de quelque chose d'actuel ou de futur. La pensée est variée à Tinfini, dans l'expression ; mais elle revient toujours à cette hypothèse purement poétique, que ce jour, auquel se rattache son origine a lui, n'eût pas existé. Le jour est censé être la cause de sa naissance, cause dont l'absence aurait entraîné l'absence de l'eflet.

2 Litt.: recherché. Dieu cherche les jours, il les appelle l'un après l'autre, dans l'ordre où ils doivent arriver.

5 Litt.: des noirceurs. Les éclipses sont quelque chose d'effrayant, si bien que le jour lui-même en aurait eu peur et n'aurait pas osé paraître. Nous dirons cependant que le sens du mot. qui ne se rencontre pas ailleurs, est très douteux.

4 U faut supposer ici que le poète a songé à la nuit même des noces ; autrement les cris d'allégresse seraient étrangers au tableau.

^ D'après la superstition populaire de l'Orient, les éclipses proviennent de ce qu'un grand serpent (peutrêtre celui de l'une des trois constellations de ce nom, serpent, dragon, hydre] se roule autour du soleil ou de la lune ; et l'on suppose qu'il y a des magidens qui par leurs enchantements peuvent agir sur ce serpent. Le distique reproduit donc^ pour la nuit, la pensée que le v. 5 avait exprimée pour le jour.

6 Dans les nuits sereines de l'Orient, les étoiles ne permettent jamais qu'il y ail une obscurité complète. Il y a toujours une espèce de crépuscule.

^ Plût à Dieu que cette nuit eût duré éternellement ! Une nuit étemelle est le symbole de la mort absolue. Puisse la nuit de la conception n'avoir jamais abouti au jour de la naissance. Les portes du sein maternel fermées, c'est la stérilité. Ces diverses tournures représentent des formes hétérogènes de la pensée, mais celle-ci reste la même au fond.

36 JOB m, 11-21.

Pourquoi ne suis-je mort dès le seiu de ma mère? Que n'ai-je péri en sortant de ses entrailles? Pourquoi des genoux sont-ils venus me recevoir? Pourquoi ai-je trouvé des mamelles pour me nourrir * ? Maintenant je serais couché et tranquille, Je dormirais, je serais en repos.

Avec les rois, les arbitres du monde, Qui se construisent des mausolées; Avec les princes gorgés d'or.

Qui remplissent d'argent leurs maisons'.

Pareil à l'avorton qu'on enfouit, je n'existerais pas. Comme ces enfants qui ne voient pas le jour '. Là les tyrans mettent fin à leur fureur, Là rhomme fatigué arrive au repos.

Les prisonniers sont laissés tranquilles. Et n'entendent plus la voix du prévôt.

Grands et petits y sont égaux.

Et l'esclave est libre de son maître^.

Pourquoi donne-t-il le jour au misérable ? La vie à ceux dont l'âme est pleine d'ennuis? Qui soupirent après la mort qui ne vient pas. Et la préféreraient aux trésors qu'on retire de la terre ' ?

1 L'enfant nouyeaa-né périrait si les soins maternels lui faisaient défaut. Job dit que c'aurait été pour lui un bienfait que de périr ainsi sans en avoir conscience^ au lieu d'être choyé et conservé pour une si triste vie.

^ Dans le tombeau tous sont égaux^ le riche n'a plus d'avantage, le malheureux a oublié ses maux. Le mot hébreu que nous avons rendu par mausolées, est d'une signification douteuse^ et le texte pourrait être corrompu. On a pensé que l'auteur aurait pu employer un mot égyptien et vouloir désigner les pyramides.

^Si J'étais mort en naissant^ j'aurais été comme le fœtus mort avant de naître ; Je n'aurais pas eu d'avantage sur celui-ci^ tout aussi peu que les rois n'en ont sur les autres morts. Ce passage déjà nous permet de constater que l'auteur ne prend point en considération l'idée d'une vie après la mort.

4 Les trois distiques précédents contiennent une digression. Il s'agit du profond repos du S'eôl, qui réunit tous les mortels dans un commun silence, sans permettre aux uns de continuer leurs vexations^ et en offrant aux autres la perspective de la fin de leurs misères.

^ Litt. : et creusent après elle plus qu'après des trésors cachés dans la terre. La métaphore est trop hardie pour une traduction littérale. La mort est comparée à un trésor caché en terre. Au lieu de creuser, on pourrait aussi dire épier (chap. XXXIX, 21 , 29).

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