‹ La Bible (volume 3)Chapitre 52 sur 84 · SAPIENCE VI, 24-27. VII, MO · texte numérisé non relu

SAPIENCE VI, 24-27. VII, MO

quelle est son origine ; je ne vous cacherai point ses mystères * ; j'en rechercherai les traces depuis le commencement de son existence ; je la ferai connaître clairement; je ne passerai pas à côté de la vérité, et je n'y procéderai pas comme en vous l'enviant', car l'envie n'a rien de commun avec la sagesse. Plus il y a de sages, plus le monde est heureux ; et un roi prudent fait le bonheur du peuple. Laissez-vous donc instruire par mes paroles et vous vous en trouverez bien.

* Moi aussi je suis un homme mortel comme tous les autres % issu de celui qui a été créé le premier et fait de terre. Dans le sein de ma mère j'ai été formé quant à mon corps, lequel, dans l'espace de dix mois ^, s'est figé de sang d'homme et de femme unis par le plaisir conjugal. Moi aussi, en naissant, j'ai respiré l'air commun ; je suis tombé sur cette terre qui nous reçoit tous ; j'ai été élevé dans les langes, et avec soucis. Car aucun roi ne commence autrement son existence, tous entrent dans la vie, tous en sortent de la même

manière.

''C'est pour cela que je priai Dieu*, et il me fut donné de l'intelligence ; je l'invoquai, et l'esprit de la sagesse ^ me vint. Je préférai celle-ci aux sceptres et aux trônes ; en comparaison d'elle, je n'estimai pour rien la richesse; je ne lui égalai aucune pierre précieuse, car tout l'or du monde n'est au prix d'elle qu'un peu de sable, et l'argent doit être estimé comme de la boue à côté d'elle. Je l'aimai plus que la santé et la beauté du corps, et je la jugeai

I Ce mot nous laisse efltrevoir quelque chose d'autre que la rhétorique de la page précédente, et nous pouvons nous attendre à une philosophie plus transcendante, à de la métaphysique. Nous ne pensons pas que l'auteur ait voulu faire ici allusion aux mystères des Grecs, qui ne se divulguaient pas.

^ C'est-à-dire : je dirai, sans réticence, tout ce qu'il y a à dire.

3 L'auteur, s'annonçaut maintenant comme le roi Salomon, renommé par sa sagesse, insiste sur ce que, par sa naissance, il ne se distingue en rien du commun des mortels, pour que chacun sache que la sagesse est une qualité qui peut s'acquérir et qu'on ne la possède pas en naissant.

4 On pourrait songer à des mois lunaires ; mais il sufQt de rappeler que toute l'antiquité et même les naturalistes s'en tenaient à ce nombre. — Il en est de même de l'expression se figer, employée pour les suites de la conception. Notre traduction est d'ailleurs un peu libre. — En disant: quant à mon corps (litt. : J'ai été façonné chair) ^ l'auteur, en tout cas, reconnaît dans Tâme un principe indépendant de la matière. Comp. chap. VIII, 19.

5 1 Rois III.

6 Le parallélisme fait voir que Vesprit de la sagesse est ici une qualité de l'esprit humain, une disposition particulière ; il ne s'agit pas encore, dans cette formule, d'un esprit particulier, étranger à l'homme et se communiquant à lui.

A. T. 6« part. 34

plus désirable que la luroiëre, parce que son celai ne cesse jamais. Mais tous les autres biens m'arrivèrent avec clic, et elle m'apportait des richesses innombrables ^ Je me réjouis de tous ces biens, parce que la sagesse les règle-, mais j'ignorais qu'elle en est Fauteur.

^'Je l'ai apprise sans arrière-pensée, je la transmets sans envie; je ne veux pas cacher sa richesse à mon profit. Car elle est un trésor inépuisable pour les hommes; ceux qui en usent se procurent l'amitié de Dieu, en se recommandant à lui par les dons acquis aa moyen de Tinstruction'. Quant à moi, je désire que Dieu m'accorde de parler comme je voudrais, et que mes pensées soient dignes de ses dons; car c'est lui qui nous amène la sagesse et qui dirige les sages ; c'est dans ses mains que nous sommes, nous et nos paroles \ c'est à lui que nous devons toute notre intelligence et notre savoirfaire. C'est aussi lui qui m'a donné, à moi, la connaissance vraie de tout ce qui existe, de l'organisation du monde et de Faction des éléments, du commencement, de la fin et du milieu des temps', de la succession des solstices et du changement des saisons, des révolutions des années et de la position des astres, de la nature des animaux et des instincts des bêtes féroces, de la puissance des démons et des opinions des hommes, des diflerences des plantes et des vertus des racines® — tout ce qui est caché et visible, je le sais ; c'est la sagesse, l'artiste universelle, qui me l'a enseigné ^.

1 D'après le passage cité du livre des Rois, ceci est à prendre à la lettre et dans la sens matériel.

^ En enseigne le bon usage. — Le Salomon do l'Ecclésiaste (le pessimiste} en Juge tout autrement (cliap. II]. — La phrase qui suit doit représenter Salomon comme toat à fait désintéressé dans sa demande de la sagesse ; il ne savait pas môme quels trésors il aurait avec elle. La même idée est exprimée par le mot : sans arrière-pensée (litt. : sans fraude, sincèrement].

3 C'est-à-dire, par les qualités morales qui en sont l'effet.

4 Comme nous lui devons notro existence, nous lui devons aussi les moyens qui nous permettent d'instruire les autres.

^ Probablement cela doit dire : de la mesure des temps, car ce qui suit se rapporte aux faits astronomiques qui sont la base du calendrier.

C Celte énumération de toutes les sciences que possédait Salomon est une ampliScation de ce qui est dit de lui 1 Rois V, 9 suiv. (chap. IV, 29 ^uiv.}, et nous fait voir en même temps ce que la postérité y a ajouté en lui attribuant tout le savoir dont elle disposait elle-même : cosmologie, astronomie, chronologie, zoologie, botanique, pharmacie, enfin la psycliolo^'io (1 Rois III, 10 suiv.) ot la ma^'io. Car c'est à elle qu'appartienni'nt le^ (h'.ixiii^, (\\\v hds trii<luc'i(>iis vuî^Mires ont chani/és mal à j)r<)pos en rcai^'

"* Cette (|iiiilillculi!)ii delà sa;jesse comme Vc.rl't.st-' n,:'trr,'s"'î'-, nous rnjipellele pas^^ge des Proverbes VIII, 2*2 s. et quelques autrtîs de rKcclésiastiqiie (par ex. chap. XX1\ 1. Cependant lacoacepti<m pliil'Snpliique de notre auteur déi)asse celle de ses prédécesseurs. Pour ceux-ci, on peut à la rifjueur ne voir dans leurs paroles qu'une perdi»uuilicutiou

^' Car il y a en elle un esprit intelligent, saint, unique, multiple, Immatériel, mobile^ lucide^ immaculé, clair, inviolable, bon, pénétrant, libre, bienfaisant, philanthrope, ferme, sûr^ impassible, pouvant tout, surveillant tout, et s'insinuant dans tous les esprits intelligents, purs et immatériels ^ La sagesse est ce qu'il y a de plus mobile parmi tout ce qui se meut ; elle pénètre et s'insinue dans toutes choses à cause de sa pureté. Car elle est un souffle de la puissance du Dieu, une émanation vraie de la gloire du Tout-Puissant. C'est

poétique ou rhétorique d'un attribut du Dieu créateur, et, à cet égard, ce que nous avons lu plus haut dans notre livre même, ne semble pas aller au-delà. Ici, il y a positivement quelque chose de plus. La sagesse est maintenant représentée très-nettement conmie une substance propre, une émanation de la divinité, un esprit (ou /'esprit) de Dieu, possédant Tintelligence et la volonté, et ce qui, dans le langage des anciens prophètes, n'était encore qu'une circonlocution rhétorique, devient une conception métaphysique. Il ne manque plus grand'chose pour faire de cette sagesse une personne, ce qu'elle est devenue effectivement, sous le nom de Logos, dans le système de Philon. Aussi bien les Pères de TÉglise ont-ils prétendu reconnaître, dans le passage qu'on va lire, le Verbe de la théologie chrétienne, et cela d'autant plus facilement que certaines formules (v. 26) se retrouvent dans le Nouveau Testament. En tout cas, la distance de l'une de ces conceptions à l'autre n'était plus bien grande.

1 Ce passage demande qu'on s'y arrête un moment. D'abord il faut remarquer qu'au lieu de la leçon reçue : Il y a en elle un esprit, une variante très-répandue dit : Elle est un esprit. Cette dernière leçon est évidemment plus favorable à la théorie qui considère la sagesse comme une personne ou hypostase divine, tandis que l'autre accuse une conception moins avancée dans ce sens, et en général moins nette. C'est précisément à cause de cette différence que nous croyons devoir préférer la leçon reçue comme la plus ancienne. Quant aux attributs de la sagesse, ou plutôt de l'esprit qui vit et agit en elle, les commentateurs ont fait la remarque qu'ils sont au nombre de vingt et un, et y ont vu quelque chose de prémédité (trois fois sept, les deux nombres sacrés I) ; ils ont même essayé d'y découvrir une classification correspondante. Il nous est impossible d y voir autre chose qu'une énumération faite au hasard, au gré d'une rhétorique exubérante ; les épithètes s'y suivent sans ordre et, ce qui plus est, sont en partie synonymes. Nous avons dû chercher à les rendre toutes par des adjectifs simples, comme elles se lisent dans l'original (a l'exception, naturellement, du dernier) ; nous n'y avons pas complètement réussi. Mais cette brièveté de l'expression gêne l'exégèse, qui aura bien de la peine à dire, à l'égard de toutes ces qualités attribuées à l'esprit de sagesse, ce que l'auteur a voulu exprimer. Nous nous bornerons à faire remarquer : 1*> que plusieurs de ces épithètes se rapportent aux facultés intellectuelles, tandis que d'autres rentrent dans le domaine des vertus morales, ce qui confirme de nouveau l'observation déjà si souvent faite dans cette partie de notre ouvrage, que la notion de la sagesse, dans la philosophie du judaïsme, embrasse à la fois l'élément théorique et l'élément pratique, la spéculation religieuse et la direction de l'activité sociale ; 2** que l'auteur énumère pêle>mêle des qualités qui appartiennent nécessairement à l'esprit considéré comme une émanation de la divinité, et d'autres qui, tout en étant le produit ou l'effet de cet esprit, sont de nature à devenir l'apanage de l'homme, comme le dit expressément la dernière phrase.

532 SAPIENCE VII, 26-30. VIll , 1-6.

pourquoi elle n'est sujette à aucune souillure. Elle est un reflet de la lumière éternelle, un miroir sans tache de l'activité de Dieu, une image de sa bonté. Bien qu'elle soit unique, elle peut tout; bien qu'elle reste toujours la même, elle renouvelle tout; et dans chaque génération, en passant dans des âmes saintes, elle fait des amis de Dieu et des prophètes. Car Dieu n'aime que celui qui est le familier de la sagesse. Elle est plus brillante que le soleil et que toutes les constellations ; comparée à la lumière, elle se trouve lui être supérieure. Car quant à celle-ci, elle fait place à la nuit ; contre la sagesse rien de mauvais ne prévaut. * Elle s'étend puissamment d'un bout du monde à l'autre, et dispose toutes choses utilement*.

' C'est elle que j'ai aimée, que j'ai recherchée depuis ma jeunesse ; j'ai désiré l'unir à moi comme mon épouse ; j'ai été épris de sa beauté. Elle rend sa noblesse plus illustre en ce qu'elle est la commensale de Dicu^, et que le maître universel l'a aimée. Car elle est initiée à la science de Dieu et elle préside à ses œuvres ^. Si la richesse est chose désirable dans cette vie, qu'y a-t-il de plus riche que la sagesse qui opère toutes choses*? Si déjà la prudence* arrive à produire, qui plus qu'elle est l'ouvrière de tout ce qui existe? Si

1 Ce qui a été esquissé en quelques traits dans l'énumération qui précède, est ici exposé plus amplement et avec des couleurs plus vives. Mais c'est surtout à ce que nous appellerons le côté métaphysique de lu notion de la sagesse, que l'auteur s'attache ici de préférence. Car la plupart des images, au moyen desquelles il cherclie a la caractériser, nous ramènent à l'idée d'une émanation de la substance divine même. Ensuite on n'aura garde de négliger deux points capitaux, qui n'ont été que trèsobscurément indiqués dans la série des épithètes précédentes : la sagesse est l'ouvrière de la création primitive et de la création continue et permanente (souffle de la puissance de Dieu, miroir de son activité, image de sa bonté, elle peut tout et renouvelle tout) ; ensuite elle est le principe (personnifié) de l'inspiration des prophètes et en général de toute vertu et de toute piété. En choisissant l'expression d'un familitr de la sagesse, nous avons pcutrêtre affaibli le sens de l'original, qui peut parfaitement s'entendre da marioge^ et des relations conjugales. Cette allégorie va revenir sous la plume de l'auteur ; même elle n'est pas étrangère au Nouveau Testament.

^ Ici encore, d'après le contexte, on serait autorisé à reproduire l'observation que nous avons faite à la fin de la note précédente. — La sagesse est nohU de naissance, et cette noblesse est rehaussée par ses relations permanentes avec Dieu.

3 La science do Dieu est celle que Dieu possède lui-môme ; l'auteur veut dire que Dieu lui coiimiuniijuc ses desseins et (ju'cnsuitc elle préside à leur accomplissement, litt. : elle rhoisit ce ({u'il y a ù faire.

•^ ComiiK^ or^-^aue de la création : il n'y a pas de bien au monde «jui ne vienne d'elle, môme dans le sens purement matériel.

•'' La f impie prudence humaine.

quelqu'un aime le bien, c'est encore elle qui donne les vertus * : car elle enseigne à fond la tempérance, la prudence, la justice et la force d'âme', les choses les plus salutaires à Thomme dans sa vie. Et si quelqu'un désire acquérir des connaissances variées, c'est elle qui sait le passé et qui devine l'avenir, qui comprend les discours figurés et qui interprète les allégories', elle connaît d'avance les signes et les prodiges, les résultats des temps et des époques^.

'J'ai donc résolu de l'unir à moi comme ma commensale, sachant qu^elle me serait une conseillère pour le bien, et une consolatrice dans les soucis et dans l'affliction. A cause d'elle, disais-je, je serai honoré dans les assemblées; jeune encore, je serai estimé parmi les vieillards ^. On constatera ma perspicacité dans le jugement ", et je serai admiré en présence des puissants. Tant que je garderai le silence, on attendra que je parle ; quand j'ouvrirai la bouche, on écoutera attentivement ; dussé-je parler longtemps, on restera muet. Par elle, j'aurai Timmortalité ^, et je laisserai un souvenir éternel à

1 Après les biens matériels que peut procurer la sagesse, l'auteur passe aux qualités morales qu'elle donne et transmet également. Nous traduisons un peu librement. Au lieu de hietif le texte dit : justice (évidemment dans le sei\s du mot hébreu) ; ce que nous avons dû éviter, parce que lu justice va être nommée comme l'une des vertus particulières et principales. £t au lieu de donner les vertus, il 7 a : ses œuvres (fruits > résultats) sont les vertus.

^ On reconnaîtra facilement dans cette énumération les quatre vertus cardinales des Platoniciens et des Stoïciens (et de Cicéron) ; preuve de l'influence de la philosophie grecque sur celle des Juifs hellénistes.

8 Allusion aux écrits qu'on attribuait à Salomon , notanmient aux Proverbes, ces maximes énoncées sous forme de comparaison. Il va sans dire que ce que la sagesse sait elle-même, elle peut aussi le conununiquer aux hommes.

^ On devra sans doute considérer les deux dernières phrases comme synonymes, les prodiges étant des signes précurseurs des événements ; la sagesse en connaît la signification, elle sait pronostiquer l'avenir.

^ On a tort de conclure de cette phrase que l'auteur met sa philosophie à lui dans la bouche de Salomon jeune encore, tandis que l'auteur de l'Ecclésiaste le fait parler comme vieillard. Tout au contraire, Salomon raconte ici ce qu'il a pensé autrefois, et comment, jeune encore, il s'est décidé pour la sagesse, ce dont il n'a pas eu à se repentir et ce qu'il conseille à tous les jeunes gens de faire à leur tour.

^ Allusion à la fameuse histoire du jugement de Salomon (1 Rois III). En même temps ce roi est représenté comme rendant ses arrêts en présence de princes étrangers accourus pour en être témoins (histoire de la reine de Saha, 1 Rois X).

'^ Ici, et plus loin à plusieurs reprises, ce mot est à prendre dans le sens d'un souvenir posthume. Cependant, vu le vague dans les notions philosophiques de l'auteur, il ne serait pas impossible qu'il ait attrihué en même temps à la sagesse une influence sur les destinées personnelles de l'homme, comme c'est le cas dans d'autres passages. Comp. les premières lignes du chap. IV.

la postérité. Je saurai gouverner les peuples, et des nations me seront soumises. Des princes redoutables me craindront, rien qu'à entendre parler de moi ; je paraîtrai excellent à l'assemblée ^ vaillant à la guerre. En rentrant chez moi'-*, je me reposerai auprès d'elle; car son commerce n'a rien d'amer, et sa compagnie ne donne aucun souci, mais de la joie et du plaisir.

'^ En rélléchissant à tout cela et en le bien considérant dans mon cœur, savoir que par ce rapport intime avec la sagesse on obtient l'immortalité, qu'en l'aimant on se procure une douce jouissance, qu'une richesse inépuisable est le fruit de ses œuvres, qu'il y a de la prudence à frayer et à converser avec elle^ et de la gloire à gagner en participant à ses entretiens, je me mis en devoir de chercher à la posséder moi-même. J'étais un enfant bien né, il m'était échu une âme bonne aussi; ou plutôt, étant bon, j'étais entré dans un corps exempt de souillure ' ; mais comme je savais que je ne pourrais rester maître de moi-même ^ sans le secours de Dieu (et ceci déjà était de la prudence, de savoir de qui venait ce don), je m'adressai au Seigneur et je le suppliai, en disant du fond de mon cœur* :

* Dieu de mes pères et seigneur de miséricorde, toi qui as créé toutes choses par ta parole, et qui dans ta sagesse as formé l'homme pour qu'il devint le maître de tes créatures et pour qu'il gouvernât le monde avec sainteté et justice, et qu'il rendit des arrêts avec

1 C'est-à-dire, au conseil ou au tribunal on trouvera que je sais à ma place.

2 Dans la vie privée aussi la sagesse me rendra heureux. La tournure do la phrase rappelle encore les relations conjugales.

3 Passage très-intéressant au point de vue de lliistoire de la philosophie. L'auteur y enseigne évidemment la préexistence des âmes. Parlant d'abord en simple laïque, il affirme que par sa naissance même il avait Tâme et le corps également bons (il va ))jouter que cela ne suffît pas si la sagesse no vient s'y joindre, comp. chap. VU , 1 suiv.J ; mais il se corrige aussitôt et, parlant le langage de la philosophie, il insiste sur ce que la bonté préexistante de l'âme, qui constitue sa vraie personne, a déterminé son entrée dans un corps pur, ce qui veut dire, dont les dispositions naturelles ne le portaient pas instinctivement au vice. Il y a donc, selon lui, dès avant la naissance, des Ames diversement disposées, dont le sort terrestre est, jusqu'à un certain point, réglé d'avance. On comprend que cette théorie a dû choquer l'orthodoxie, et que dans les deux camps, catholique et protestant, on ait fait des tours de force exégétiques pour la (aire disparaître du texte.

*' Litt. : r-tro fontinont, m'abstonir (du vico), cl non pas: m'emparor (de la sagesse). L'autour veut dire : la j)ru'lonce, la bonne disposition innée («[u'il avait apport'.-e au monde] ne provaut contre les tentations qu'autant cpie Dieu intervient en acconlant aussi la saj^'^esse. cet esprit émanant de lui et décrit })lus haut.

'' Amplilication de la prière deSalomou, 1 Rois 111.

droiture, donne-moi cette sagesse qui est assise à côté de toi sur le trône % et ne m'exclus pas du nombre de tes enfants. Car je suis ton serviteur, le fils de ta servante, un homme faible, périssable et peu exercé à la science des jugements et des lois ; et lors même que quelque mortel serait parfait, quand la sagesse qui vient de toi lui fait défaut, il n'est estimé pour rien. C'est toi qui m'as choisi d'avance pour être roi de ton peuple, et juge de tes fils et de tes filles. Tu m'as dit de bâtir un temple sur ta sainte montagne et un autel dans la ville où tu demeures, en imitation du saint tabernacle que tu avais préparé d'avance dès le commencement^. C'est avec toi qu'est la sagesse qui connaît tes œuvres, qui était présente lorsque tu créas le monde, qui sait ce qui plait à tes yeux et ce qui est conforme à tes commandements. Envoie-la de ta sainte demeure céleste, délëgue-la vers moi de ton trône glorieux, pour qu'elle m'assiste dans mes travaux, et que je sache ce qui t'est agréable. Car elle sait et comprend toutes choses ; elle me guidera avec prudence dans mes entreprises et me protégera avec son éclat '. Mes actes auront ton approbation; je saurai gouverner ton peuple avec justice et je serai digne du trône de mon père. Car quel est l'homme qui connaîtrait la volonté de Dieu, ou qui prendrait à cœur ce que le Seigneur demande * ? Les pensées des mortels sont si peu sûres et nos idées si incertaines I Car ce corps périssable pèse sur l'âme, et l'enveloppe * terrestre est un fardeau pour l'esprit méditatif. A grand' peine nous devinons les choses de la terre, et non sans difficulté nous nous rendons compte de ce que nous avons sous la main : mais qui donc a sondé les choses célestes '^ ? Et qui aurait connu ta volonté,

1 Gomp. SOT la portée de cette personniûcation^ la note 1 , page 531 .

^ En parlant de la sainte montagne et de la ville où Dieu demeure, l'auteur oublie que ces locutions ne sont devenues usuelles que longtemps après Salomon. Quant à ce qui est dit d'un modèle à l'imitation duquel Salomon aurait fait ses constructions, on a pu songer au tabernacle mosaïque ; nous croyons cependant que l'auteur a eu en vue le passage Exode XXV, 40, où il est question d'un modèle céleste que Jéhova fit voir à Moïse. L'épitre aux Hébreux (chap. VIII, 5) et les Actes des apôtres (chap. VII, 44). en parlent également. Il faut se rappeler que Salomon est censé dire tout cela au début de son règne.

3 L'erreur étant représentée habituellement comme l'effet d'un manque de lumière, Véelat est l'image naturelle pour une bonne direction. Éclairé par la sagesse divine, Salomon ne risquera pas de se fourvoyer.

4 A moins que Dieu ne le lui fasse connaître et l'y engage.

5 Litt. : la tente, le tabernacle (2 Cor. V, 4. 2 Pierre I, 13). L'idée que le corps est une entrave, une prison môme, pour l'esprit, rappelle également la pbilosopbie de Platon et des Stoïciens.

^ Gomp. Jean III, 12. — Ceci est dit des choses de Dieu, de ses desseins, etc., ce qui suit se rapporte à la sphère morale.

536 SAPIENCE IX, 17-19. X, i-6.

si toi tu n'avais accordé la sagesse et envoyé ton saint esprit d*en haut? Voilà comment les sentiers des habitants de la terre ont été aplanis, et comment les hommes ont appris ce qui t'est agréable : c'est par la sagesse qu'ils ont été sauvés*.

' C'est elle qui préserva le premier homme, le père du monde, qui avait été créé seul ^, et qui, le dégageant de sa propre transgression ^ lui donna la force de se rendre maître de toutes choses ; tandis que l'impie, en s'éloignant d'elle dans sa passion, périt lui-même par sa fureur fratricide ^ Et quand à cause de lui' la terre fut submergée par le déluge, ce fut encore la sagesse qui la sauva ^, en embarquant le juste ^ sur un bois chétif.

' Puis, lorsque les nations s'associèrent dans leur commune méchanceté % ce fut elle qui sut découvrir le juste *, et le préserva, irréprochable au gré de Dieu, et lui fît conserver sa force, malgré sa tendresse pour son enfant*^. Et lorsque les impies périrent, ce fut elle qui sauva le juste fuyant le feu qui tombait sur les cinq villes ",

^ La fin de cette prière forme la transition à la partie historique qui suit. C'est par cette sagesse divine^ dont Salomon demande à avoir sa part, que les hommes de Dieu de rhistoiro sainte sont devenus ces illustres modèles que nous admirons.

^ On a cru que l'auteur voulait parler ici du temps qui a précédé la création de la femme. Il sera plus simple de penser à l 'isolement des protoplastes, exposés à toutes sortes do dangers^ et sans armes. C'est la sagesse (nous dirions : la raison) qui lui fournit les moyens d'assurer son existence.

3 Adam avait péché ; les conséquences de sa transgression auraient pu lui être funestes. La sagesse divine le remit sur le bon chemin^ et le préserva de transgressions ultérieures. La tradition des écoles Ta mis parmi les saints.

^ La tradition prétendait que Caïn mourut de mort violente par suite d'un accident, de sorte qu'il fut puni de son crime^ sans que la promesse de Dieu fût violée. Il n'est pas clair dans quel sens le texte met sa mort en rapport avec celle de son frère.

^ En tant qu'il avait donné l'exemple de la perversité aux générations suivantes.

^ C'est-à-dire, qui sauva la race humaine.

'7 Litt. : en le dirigeant avec le gouvernail. L'auteur se permet cette expression peu appropriée au récit de la Genèse^ pour mieux faire intervenir la sagesse personnifiée. C'est pour la m6mo raison qu'il parle d'un bois chétif pour désigner l'arche.

^ Histoire de la tour de Babel.

'*^ Abraliam, qui est supposé avoir été coiitcmporain de cette entreprise.

ï'' Allusion au sucrifioc d'Isuac.

^' IlistoirL' i\o Loi et de la villi» Je Sodome, etc. — Ce passage fait ullusion à jdusieurs traditions ou préjugés populaires dont on trouve des traces ailhuirs et i|ui en paitie se sont conservés jusqu u nos jours : la Tumée sortant de la mer morte ou de m'S

dont la méchanceté est aujourd'hui encore attestée par un sol aride qui fume toujours, par des plantes qui portent leurs fruits à des saisons indues^ et par la colonne de sel, monument d'une àme incrédule. Car ceux qui ont cheminé hors de la voie de la sagesse n'ont pas seulement eu le désavantage de ne pas connaître le bien^ mais ils ont aussi laissé aux vivants un souvenir de leur folie, pour que leurs torts ne puissent pas être oubliés. La sagesse, au contraire, a toujours délivré de leurs peines ceux qui Thonoraient.

*^ C'est elle qui conduisit par des sentiers unis le juste ^ qui fuyait la colère de son frère, lui montra le gouvernement de Dieu, lui donna connaissance des choses saintes, lui procura de l'aisance par le travail et en multiplia les fruits. Quand on chercha à l'exploiter par avarice, elle l'assista et l'enrichit '^ ; elle le protégea contre ses ennemis, le mit en sûreté lorsqu'on lui dressa des embûches, et elle lui donna la victoire dans un rude combat, pour qu'il sût que la piété triomphe toujours.

*' Elle n'abandonna pas le juste qu'on avait vendu ' ; elle le préserva du péché, elle descendit avec lui dans la citerne, et ne le quitta pas dans la prison, jusqu'à ce qu'elle lui eût remis le sceptre de la royauté et l'autorité sur ses oppresseurs, en faisant reconnaître comme menteurs ceux qui l'avaient accusé. Elle lui assura une renommée éternelle.

*^ C'est elle qui délivra une nation sainte et une race irréprochable^ du peuple qui la tyrannisait. Elle entra dans l'àme du serviteur de Dieu et tint tête à des rois redoutables avec des signes et des

environs, la femme de Lot changée en sel (qu'on montre encore), et ce qu'on appelle les pommes de Sodome, un fruit de belle apparence qui ne contient que de la poussière. Les voyageurs modernes ont réduit ces fables à leur juste valeur ; quant à la dernière, ils n'ont pu tomber d'accord sur la plante qui aurait pu y donner lieu [Asclepias gigantea^ Solanum melongena^ etc.).

1 Résumé de l'histoire du patriarche Jacob. L'auteur rappelle principalement ses rapports avec Ésaû et Laban, et fait allusion, à la fin, au mythe consigné dans le 92* chapitre de la Genèse, qui est ici interprété dans un sens moral. Ce qui est dit du gouvernement de Dieu, c'est-à-dire de la conduite providentielle des destinées humaines, se rapporte à l'ensemble do l'histoire de Jacob, et la connaissance des choses saintes s'explique par les apparitions réitérées dont il y est fait mention.

« Genèse XXXI, 31 suiv.

^ Joseph. — L'histoire de ce patriarche est trop connue pour que les allusions du texte puissent créer des difficultés. — Nous craignons seulement avoir manqué le sens, en conservant l'expression de citerne pour le mot grec qui a ordinairement cette signification. Il se pourrait que l'auteur eût mis ce mot pour la prison en Egypte, qualifiée simplement de trou.

^ On peut voir ici comment la tradition, malgré des textes connus et formels, se donnait libre carrière pour idéaliser le passé.

538 sAPiENCE X, n-2i. xi, 1-7.

prodiges. Elle donna aux saints la récompense de leurs travaux*, elle les conduisit par une route miraculeuse et leur servit pendant le jour de couverture, et pendant la nuit de flambeau céleste -. Elle les fit passer par la mer rouge, et les conduisit à travers cette masse d'eau. Elle noya leurs ennemis et puis les vomit du fond de Tabime'. C'est ainsi que les justes dépouillèrent les impies ; aussi célébrèrentils dans leurs chants ^ ton saint nom, ô Seigneur, et louërent-ils d'un commun accord ta main protectrice. Car la sagesse ouvrit la bouche des muets, et rendit éloquente la langue de ceux qui ne savaient parler. *Elle fit réussir leur entreprise par le ministère d'un saint prophète. Ils traversèrent un désert inhabité et fixèrent leurs tentes sur un sol où personne ne passait. Ils résistèrent aux ennemis et repoussèrent les agresseurs. Lorsqu'ils eurent soif, ils t'invoquèrent', et il leur fut donné de Teau de la roche escarpée, et ils se désaltérèrent à la dure pierre.

^ Car par où leurs ennemis avaient été punis, eux dans leur détresse reçurent un bienfait*. Au lieu de la source du fleuve intarissable, troublé par un sang corrompu qui devait punir l'édit infanticide ', to

1 Les travaux sont ceux auxquels les Israélites avaient été assujettis en Egypte. La récompense est mentionnée Exode XII, 35 suiv. La sagesse consistait ici, comme dans le cas cité à la note 3 de la page 537, à duper les autres.

^ On reconnaît bien ici la colonne de feu et la nuée dont parle l*Exode ; muf Tauteur a changé la forme de Tantique récit. La nuée devait protéger la caravane contre l'ardeur du soleil, et au lieu du feu il met l'éclat des étoiles. £n tout cas» il voit dans ces manifestations la présence personnelle de la sagesse divine, se revdtant d'une forme matérielle et sensible. Quant à la route miraculeuse, on songe naturellement au passage de la mer rouge ; cependant, comme ce fait est encore relevé plus loin, il serait possible que l'auteur ait voulu parler de tout le trajet.

3 Addition apocryphe. Los cadavres des Égyptiens ayant été rejetéfl par les floti, les Israélites purent se procurer les armes dont ils avaient besoin.

^ Exode XV. — La phrase qui termine le chapitre veut dire simplement que la sagesse inspira ceux qui jamais n'avaient été orateurs ni poCtes. Le texte de TExode dit que Moïse (comp. Ex. IV, 10] et les Israélites se mirent à chanter la gloire de Dieu.

^ I<e texte de l'Exode, chap. XVII et XX, dit le contraire.

^ A première vue, et on rattachant ce verset à ce qui précède, on pourrait croire que l'auteur veut dire : Les Egyptiens avaient été engloutis par l'eau, les Israélites furent sauv('s par elle. Mais la suite montre qu'il fait un autre rapprochement. Les Isrot^lites fur(Mit mirarulousement (It'saltérés, Ic^ Kuyptiens souflrircnt la soif parce que r«*ûu ilu Nil se fliaiiirca en san^' ; et [)ur leur propre soit, qui dura peu, les Israélites apprirent ({uels tourments leurs ennemis avaient dû endurer.

'^ D'après lExode, le roi d'Egypte avait ordonné de noyer les enfants mâles dans If Nil : et le miracle de l'eau changée en sang est indépendant de cet ordre. Ici le> ilcux

leur donnas^ contre tout espoir, une eau abondante, en leur montrant, par leur soif d'alors, comment tu avais puni leurs adversaires. Car dans leur tribulation (bien qu'ils ne fussent châtiés qu'avec mansuétude) ils purent reconnaître combien les impies, jugés avec colère, avaient été tourmentés. Car tu les soumis, eux, à une épreuve^ comme uu père qui veut avertir; les autres, au contraire, tu les torturas, comme un roi sévère qui condamne. Absents ou présents, ils subirent leur peine, les uns comme les autres '. Ils éprouvèrent un double chagrin, et gémirent en se souvenant de ce qui s^était passé. Car quand ils apprirent comment, par leurs propres châtiments, ceux-là avaient reçu des bienfaits, ils sentirent que c'était le fait du Seigneur '. Et quant à celui qui avait été autrefois exposé et jeté à Teau, et qu'ils avaient repoussé en l'insultant^, dans la suite des événements ils durent l'admirer, en souffrant une soif bien différente de celle des justes. A cause des sottes fantaisies de leur impiété, d'après lesquelles, dans leur égarement, ils adoraient des reptiles sans intelligence et de viles bêtes, tu leur envoyas, pour les punir, une multitude d'animaux sans raison, afin qu'ils apprissent que chacun est puni par où il a péché ^.

^^Ta main toute-puissante, qui a créé le monde d'une matière informe^, n'aurait pas été en peine de leur envoyer une multitude

faits sont combinés et Ton peut croire que Tauteur se figure que les enfants étaient égorgés. Nous suivons du reste une variante en parlant du Nil troublé ; le texte reçu parle d'Égyptiens troublés.

1 Le texte mosaïque dit au contraire que c'étaient les Israélites qui mirent Dieu a répreuve en murmurant contre lui.

^ Cette phrase n'est pas bien transparente. On pourrait supposer que les présents étaient les Égyptiens restés chez eux et souffrant la soif ; les absents, ceux qui allèrent à la poursuite des Israélites et qui périrent dans la mer. Ou bien s'agit-il simplement de gens voisins des Israélites en Egypte et d'autres plus éloignés ?

' L'auteur poursuit son parallélisme bien au-delà de la juste limite. Il parait vouloir dire que les Israélites reçurent d'autant plus de bienfaits (dans le trajet du désert?) que les Égyptiens leur avaient fait plus de tort ; mais au lieu d'opposer aux bienfaits les torts, il leur oppose les châtiments de ces torts comme ayant été la cause de ces bienfaits.

4 Moïse. — L'auteur paraît supposer que les Égyptiens eurent connaissance des miracles du désert, et que leur soif durait encore bien au-delà du départ des Israélites. Cependant il ne faut pas s'exagérer la portée de cette rhétorique : en disant la suite des événements, l'auteur peut avoir eu en vue ce qui se passa en Egypte môme avant l'émigration.

^ Les plaies d'Egypte dont il est parlé dans l'Exode , grenouilles , moustiques, sauterelles, sont représentées comme punition du culte des crocodiles et des serpents .

^ Encore la philosophie grecque se substituant aux conceptions bibliques. La matière préexistante, désignée par le terme môme adopté chez les Grecs, kfU,

d'ours ou de farouches lions S ou des bétes furieuses, incouDues, créées exprès , projetant une haleine de feu, ou répandant une fumée puante, ou lançant de leurs yeux de terribles étincelles', dont non seulement la morsure aurait pu les détruire complètement, mais dont le seul regard les aurait anéantis par la terreur qa*il leur aurait inspirée. Et même sans cela ils auraient pu périr par on coup de vent^, poursuivis par ta vengeance et dispersés par le soaflle de ta puissance. Mais tu disposes tout avec mesure, en déterminant le nombre et le poids ^. Car tu es toujours à même de montrer ta puissance immense, et qui donc résisterait à la force de ton bras? Le monde entier est devant toi comme un grain de poussière dans une balance ou comme une gouttelette, de rosée matinale qui tombe à terre ^. Mais tu as pitié de tous parce que tu peux tout, et tu ne tiens pas compte des fautes des hommes, pour leur laisser le temps de s'en repentir^. Car tu aimes tout ce qui est, et tu ne hais rien de ce que tu as créé ; si tu avais haï, tu n'aurais rien créé. Comment quelque chose aurait-il subsisté, si tu ne Tavais pas voulu ? Comment aurait pu se conserver ce que toi tu n'aurais pas appelé à l'existence ? Tu épargnes tout, parce que tout est à toi, ô maître, ami de la vie; ^et ton esprit impérissable est dans tout^.

' Voilà pourquoi tu châties les pécheurs peu à peu ^, et tu leur

1 Les insectes, dont il vient d'être parlé, existent naturellement en quantité innombrable ; il n'en est pas de même des grands carnassiers. Si Dieu avait fait de ceax-d les instruments de sa colère, le miracle aurait été plus grand encore. S'il ne Ta pas fait, cela ne prouve pas qu'il ne l'a pas pu, mais qu'il ne l'a pas voulu.

^ Réminiscence de la description du crocodile. Job XLI, 9 suiv.

3 Cette traduction est sujette à caution. L'auteur emploie deux fois de suite le mot souffle, probablement partout dans le sens figuré. Nous voulions éviter la répétition de ce terme.

4 Dieu arrive à ses fins en usant de moyens limités et non excessifs. Sa tontepuissance se révèle surtout par l'apparente disproportion entre les causes prochaines et les effets.

^ Le premier ne se fait pas même sentir, l'autre est immédiatement absorbée par l'évaporation.

^ La puissance de Dieu est telle, qu'il pourrait punir et exterminer les coupables en un clin d'œil ; sa miséricorde est tout aussi grande. La création entière, l'existence de tous les êtres, est une preuve de la bonté de Dieu, tout aussi bien que de sa puissance.

"' On est tenté de voir ici un rellet do lo conception des Stoïciens, qui considèrent la divinité comme VCima du monde ; mais comme il est probable que l'auteur a pensé île j)référence aux créatures vivantes, on peut se borner à rappeler que l'Ancien Testament aussi représente la vie comme un souflle divin inspiré à la matière (Gen. 11 ; \\,'<i l>s. CIV, 21) s. Eccl. XII, 7. Job XXXIV, 14 s., etc.).

^ Et non pas immédiatement et tout d'un coup.

SAPIENCE Xll, 3-10. 541

donnes des avertissements en leur représentant leurs fautes, afin que, renonçant à leur méchanceté, ils croient en toi, Seigneur ^ Car bien que tu aies haï^ les anciens habitants de la terre sainte, parce qu'ils pratiquaient des sorcelleries détestables et des rites impies ', qu'ils immolaient sans pitié leurs enfants, que dans leurs festins ils mangeaient de la chair humaine et du sang^ initiés qu'ils étaient à un culte horrible ^, de sorte que tu résolus d'exterminer par la main de nos ancêtres ces pères qui de leurs propres mains tuaient des créatures sans défense^ pour que la terre la plus honorée entre toutes à tes yeux reçût une population digne d'elle, les enfants de Dieu — malgré tout cela, tu les épargnas eux aussi, parce qu'ils étaient des hommes, et tu leur envoyas, comme avant-coureurs de ton armée, des frelons^, pour les exterminer peu à peu; non que tu eusses été impuissant à livrer les impieS entre les mains des justes dans la bataille, ou à les détruire d'un seul coup, soit par des bêtes terribles, soit même par une parole brève et sèche; mais en les punissant peu à peu, tu leur donnais le temps de se repentir, bien que tu n'ignorasses pas que leur origine était mauvaise et leur méchanceté innée, et que leur esprit ne changerait jamais. Car c'était une race maudite dès le commencement^.

1 La foi implique ici ramendement, le repentir, comme le fait voir le contexte, et surtout chap. XI, 24.

2 n y a ici une apparente contradiction avec ce qui vient d'être dit dans les dernières lignes du chapitre précédent. Pour la faire disparaître, on n'a qu'à tenir compte de ce qui va suivre. Les Cananéens avaient certainement mérité la vindicte céleste, cependant avec eux aussi Dieu a usé de ménagements.

9 La sorcellerie est représentée dans l'Ancien Testament comme une pratique païenne (Deut. XVIII). L'auteur insiste cependant davantage sur les sacrifices d'enfants, dont il est fréquemment question et dans l'histoire et dans la loi. Il exagère même le fait, en faisant des Cananéens des anthropophages, ce dont les auteurs sacrés ne les accusent nulle part.

4 La traduction de ces quelques mots est purement conjecturale. Le texte est corrompu et les variantes sont nombreuses, et aucune n'offre un sens acceptable. Autrement le passage, dans sa teneur générale, est parfaitement clair, et il ne perd rien à être traduit littéralement, de manière à former une seule phrase.

5 Exode XXIII, 8. Il va sans dire que l'auteur prend cela au. pied de la lettre et non dans un sens figuré.

^ Allusion au récit de la Genèse IX, où Canaan est maudit par le patriarche. Notre auteur interprète cette malédiction dans un sens moral, et en dérive la méchanceté et l'impiété du peuple tout entier. Dans le passage cité, le mythe a une portée toute différente. Du reste, la théologie (ou théodicée) de l'auteur ne procède pas d'une manière bien logique ; elle se heurte contre le même écueil que la théorie de la prédestination, bien qu'elle n'aille pas jusqu'à parler de celle-ci. Dieu tait que les Cananéens ne peuvent changer, et pourtant il veut leur en laisser le temps.

'* Ce n'est donc pas parce tu aurais eu à craindre quelqu'un que tu leur accordais Timpunité de leurs péchés ^ Car qui oserait te dire : Qu'as-tu fait? Ou qui contredirait ton arrêt? Qui t'accuserait à cause des peuples qui ont péri, et que tu avais créés ^ ? Ou qui irait plaider contre toi la cause des méchants? Car hormis toi il n'y a pas de dieu qui prenne soin de toutes choses, pour que tu dusses prouver que tu n'as pas jugé injustement^ et il n'y a ni roi ni souverain qui pourrait t' affronter au sujet de ceux que tu as fait périr. Juste, tu administres tout avec justice^ et tu n'estimes pas qu'il convienne à ta puissance de condamner quelqu'un qui n'aurait pas mérité d'être puni. Car c'est ta force même qui est la base de ta justice % et c'est le fait que tu es le maître de tous qui t'engage à user envers tous de modération. Tu aimes à montrer ta force là où Ton refuse de croire à ta toute-puissance, et tu châties l'audace de ceux qui la connaissent^. Mais tu sais aussi la contenir et tu juges avec mansuétude ; tu nous gouvernes avec beaucoup de douceur; car tu peux toutes les fois que tu veux.

'^Par de pareils procédés tu as appris à ton peuple que le juste doit être humain^, et en permettant le repentir après le péché ta as donné de bonnes espérances à tes fils. Car si tu as puni avec tant d'indulgence et de grâce les ennemis de tes enfants^ qui avaient bien mérité la mort, en leur laissant le temps et les moyens de se détourner de leur méchanceté, avec combien plus de soin as-tu jugé tes fils ^, avec les pères desquels tu as fait, sous la foi du serment, un pacte relatif à de belles promesses? Donc^ en nous châtiant paternellement, tu flagelles nos ennemis mille fois plus

1 L'impunité est ici un terme relatif; elle n'était que temporaire et provisdre. L'auteur revient à ce qu'il vient de dire de la longanimité de Dieu. Ce ne sont pas des considérations humaines qui l'empôcbent de frapper fort et immédiatement.

2 Et dont, par conséquent^ tu étais le maître absolu.

3 L'homme^ dont la puissance est limitée, aime à la faire sentir aux autres ; les roia croient devoir en faire usage .môme hors de propos. Dieu, au contraire, précisément parce que sa puissance n'a pas de bornes, ne perd rien dans l'opinion des gens sensés en en usant avec modération.

4 Ajoutez : mais qui la bravent.

i> II faut ne pas perdre de vue que toute cette tirade se rapporte au sort différent des

Cananéens et des Israélites. L'auteur no tient aucun compte des récits bibliques relatifs ù l'extermination de ceux-là. passés au fil de 1 epée lors de la conquête. Il s'en tient à ses frelons, dont l'invasion avait pour but Je donner aux iniligènes le teinj'S du i''H,itif: et il dit que cey^n/rtv/ç devait u[)j)renilrc aux autres à être hvnio.iiis.

•j Dans tout le cours de leur histoire. Cet autre procédé, incomparablement plus bienvtîillant encore, est précisément ce qui fait concevoir aux fidèles Israélites co< c-sj/tra/ires dont il vient d'être parlé.

darement, afin que, lorsque uous jugeons nous-mêmes, nous ayons égard à ta bonté, et que, étant jugés, nous nous attendions à Tétre avec miséricorde *.

*' C'est pour cela aussi que tu as tourmenté, au moyen de leurs propres abominations ^, les impies qui, dans leur manière de vivre, se laissaient aller à la folie. Car ils s'étaient égarés dans la voie de Terreur jusqu'à prendre pour dieux des animaux méprisés par leurs ennemis, en se laissant tromper à la façon de sots petits enfants. Aussi leur as-tu infligé une punition comme à des enfants qui n'ont pas l'usage de la raison, et de manière à te moquer d'eux'. Mais comme ils ne se laissèrent pas avertir par cette peine railleuse, ils durent subir un jugement digne de Dieu ^. Punis par ce qu'ils croyaient être des dieux, ils reconnurent, en souffrant avec dépit, que celui qu'ils avaient autrefois renié était le vrai dieu : aussi bien la condamnation extrême vint-elle les frapper.

^ Car ^ tous les hommes qui ont été dans l'ignorance de Dieu, ont été naturellement insensés, en ce qu'ils n'ont pas su arriver à celui qui est ^ par les belles choses qu'ils voyaient, et qu'ils n'ont pas reconnu l'ouvrier en contemplant ses œuvres; mais c'est le feu, le vent, la tempête, le cercle des astres, la mer impétueuse, ou les grands luminaires du ciel qu'ils ont cru être les divinités qui gouvement le monde. Si, jouissant de la beauté du spectacle de la nature, ils ont pu voir des dieux dans ces choses-là, ils auraient du reconnaître combien le maître leur est supérieur : car Xï'est l'auteur de la beauté qui les a créées. Et s'ils en ont admiré la force et la puissance, ils auraient dû comprendre combien celui qui

^ On n'oubliera pas que, dans le langage biblique, les notions de juger et de condamner se tiennent de très-près.

2 Terme usité chez les écrivains hébreux pour désigner les idoles. Ici il s'agit des Égyptiens, adorateurs d 'animaux, et punis de leur grossière idolâtrie par des animaux (chap. XI, 16). L'auteur exagère, en identifiant les animaux adorés avec ceux qui figurent dans le récit des plaies d'Egypte.

3 L'auteur considère la plaie des grenouilles (par exemple) comme une raillerie de la part de Dieu.

•^ La dernière plaie, celle de la mort des premiers-nés. On voit que partout ici il est fait abstraction de la cause de ces plaies dont parle le récit mosaïque, et que tout est motivé par l'idolâtrie.

5 L'auteur s'engage ici dans un long discours sur la folie du polythéisme et de l'idolâtrie. Et d'abord il parle de ceux qui, en contemplant la création, n'ont pas su s'élever jusqu'au créateur.

0 Celui qui esi, ce terme peut être considéré comme représentant le nom hébreu de laheweh ; si l'on n'aime mieux y voir une formule philosophique qui ramène V Absolu impersonnel des penseurs grecs à l'idée de la personnalité.

544 SiU»IENCE Xlll, 5-19.

les a faites est plus puissant encore. Car c'est dans la grandeur et dans la beauté des créatures qu'on voit, pour ainsi dire, le créateur, par comparaison. Cependant ceux-ci méritent un moindre reproche*; car ceux-là même qui cherchent Dieu et qui veulent le trouver, s'égarent facilement : en s'occupant de ses œuvres et en les étudiant, ils se laissent entraîner par la vue de la beauté du monde visible '. Pourtant eux aussi ne sont pas excusables. Car s'ils ont pu arriver dans leurs études jusqu'à examiner le monde, comment se fait-il qu'ils n'aient pas trouvé son maître plus facilement encore?

'^Mais bien malheureux sont ceux qui, fondant leurs espérances sur des choses sans vie, appellent dieux les œuvres de la main des hommes, les produits de l'art, l'or et l'argent, des figures d'animaux, ou bien une pierre inutile, façonnée par une main ancienne'. Ou bien quand un menuisier, après avoir scié un morceau de bois transportable , en a été soigneusement l'écorce , et a confectionné artistement un meuble utile dans le ménage, puis encore employé les copeaux à apprêter son repas et qu'il s'est rassasié, il prend ce qui reste et ce qui n'est plus bon à rien, une bûche recourbée et raboteuse , et la sculpte avec soin dans ses loisirs, et la travaille en expert avec intelligence pour lui donner la forme d'un homme ou de quelque vil animal, et après l'avoir frottée de vermillon et fardé sa peau de rouge et repeint toutes ses taches, il lui fait au^isi un logis digne d'elle, la place contre le mur en l'assujettissant avec du fer;. il prend soin qu'elle ne tombe, sachant bien qu'elle ne saurait se tenir elle-même, puisque ce n'est qu'une image qui a besoin de secours. Pourtant il n'a pas honte de lui adresser des prières dans l'intérêt de sa fortune, de son mariage, de ses enfants; il parle à cet objet sans vie, il invoque pour sa santé ce qui n'a aucune force, il demande la vie à ce qui est mort, il implore le secours de ce qui n'a aucun moyen de le servir, et la protection dans son voyage de ce qui ne peut pas faire usage de ses propres pieds; il sollicite de la force pour son travail, pour son négoce, pour sa besogne

^ Que ceux dont il va être question plus bas, savoir les adorateurs d'images.

2 Cela veut dire que l'étude même de la nature, quoique entreprise dans des vues louables, peut conduire à Terreur en question, sa beauté captivant Tintelligence.

3 L'idolûtrie, représentée ici comme un pur féticbisme, est encore bien au-dessoas

d'une religion qui déifie les forces ou les phénomènes de la nature. — La dernière ])hrnse ruppellc le fuit 'qui s'est reproduit même dans le sein de l'Église cliréticnnej que la superstition populaire s'attache <le préférence à des objets anciens, dont l'origiiu' e^l inconnue. Lq description ironique (jui va suivre e>t une reproduction assez servile ùiinc série de passages plus anciens: Es, XL; XLIV; XLVI. Jér. II; X. l*s. CX.V: CXXXV; etc.

manuelle, de la part de ce qu'il y a de plus impotent. ' Ou encore quand quelqu'un veut entreprendre un voyage maritime et traverser Tonde impétueuse, il adresse ses cris à un morceau de bois plus fragile que le navire qui le porte.

* Il est vrai que c'est le désir du gain qui a inventé celui-ci, et Touvrier Ta construit avec art; mais c'est ta providence, ô père, qui le gouverne. Car tu as permis qu'il y eût un chemin même par la mer, et un sentier sûr à travers les flots, pour prouver que tu peux sauver en toute occurrence, lors même qu'on s'embarquerait sans être marin. Tu ne veux pas que les œuvres de ta sagesse restent sans emploi; c'est pourquoi les hommes confient leur vie au moindre bois et ont pu la conserver en traversant les vagues sur un radeau'. Et autrefois, lorsque périrent les orgueilleux géants^, l'espérance du monde % réfugiée sur un radeau et dirigée par ta main, laissa pour l'avenir la souche d'une postérité. Car béni est le bois par lequel se manifeste la justice^. Mais l'idole^ est maudite, ainsi que celui qui la fabrique : lui, parce qu'il l'a faite ; elle, parce qu'elle a été nommée dieu, toute périssable qu'elle est. Car Dieu déteste également l'impie et son impiété % aussi bien l'œuvre et l'ouvrier seront-ils frappés ensemble, et la vindicte céleste recherchera les idoles des païens, parce que de créatures de Dieu elles sont

1 Le dernier exemple allégué plus haut pour persiffler l'idolâtrie donne lieu a une assez curieuse digression. L'auteur s'arrête en passant à la navigation, chose pour laquelle les Juifs n'ont jamais eu une grande prédilection. Il en signale les périls^ et reconnaît même qu'elle a été inventée par un motif très-mondain ; mais ce n'est pas là ce qui le préoccupe en ce moment. Il veut relever ce fait, que là môme la main puissante et protectrice de Dieu intervient pour le salut des hommes (tandis que l'idole n'y peut rien). Il trouve aussi la raison pourquoi Dieu protège môme des hommes si téméraires : c'est qu'il veut que les productions des pays lointains soient utilisées ; il faut donc aller les chercher. Un écrivain alexandrin qui profitait chaque jour des commodités de la vie que lui procurait le commerce maritime de sa ville, ne pouvait pas raisonner autrement. Le radeau appartient à la rhétorique. Mais l'art de la navigation a été plus salutaire encore à l'humanité lors du déluge, comme cela va être dit dans ce qui suit.

^ Combinaison de l'histoire du déluge avec ce qui est dit d'une race de géants, Gen. VI, 4.

3 Noé et sa famille, de la conservation de laquelle dépendait celle de l'humanité.

^ Dans cette phrase les anciens voyaient la croix du Christ. Il nous semhle qu'il faut songer encore à Noé sauvé dans l'arche, le Dieu juste le récompensant de sa justice.

^ Litt.: ce qui est fait de main d'homme, terme consacré dans l'Ancien Testament dans le sens que nous avons exprimé. Le vaisseau étant aussi fait de main d'homme, il fallait hien choisir un terme plus précis.

♦» C'est-à-dire son œuvre.

A. T. G'^part. 35

devenues des objets d'abomination, qui font trébucher * les âmes des hommes et sont un piège pour les pieds des insensés.

" L'idée de faire des images a été le commencement du polythéisme *, et leur invention a amené la perte de la vie '. Car il n'y en a pas eu dès l'origine et elles ne dureront pas éternellement. C'est par suite de la vaine fantaisie des hommes* qu'elles sont entrées dans le monde; aussi bien une fin subite leur est-elle réservée. Un père affligé par un deuil prématuré, ayant fait une image de son enfant trop tôt enlevé, finit par honorer le mort comme un dieu et institua pour ceux de sa maison un culte secret et des sacrifices. Ensuite cette coutume impie, se consolidant avec le temps, finit par être observée comme une loi et on rendit un culte à des sculptures par Tordre des souverains. Quant à ceux-ci, les hommes habitant loin d'eux ne pouvant leur rendre hommage en face, se représentèrent leur figure de loin, et se firent une image visible du roi qu'ils voulaient honorer, pour le flatter à l'envi, malgré son absence, comme s'il était présent. Ceux-là même qui ne le connaissaient pas furent encore davantage poussés vers ce culte par l'ambition de l'artiste. Car celui-ci, voulant plaire au prince, s'efforçait, au moyen de son art, d'exagérer la ressemblance en beau, et la foule, séduite par l'élégance de l'ouvrage, prenait maintenant pour un objet d'adoration celui qui peu auparavant avait été honoré comme un simple homme.

'* Tout cela devint une cause de corruption ^ pour la vie ellemême, en ce que les hommes, soit qu'ils y fussent engagés par un malheur, soit qu'ils y fussent forcés par le gouvernement ', donnèrent à des pierres et à du bois un nom qui n'appartenait qu'à un seuF,

1 Faire trébucher^ litt.: prendre dans une trappe, dans un piège, sont des termes bien souvent employés par les auteurs hébreux pour parler des séductions morales on religieuses.

2 Litt. : de la prostitution. On sait le sens dans lequel ce mot est employé par les prophètes. On se rappellera aussi l'horreur des Juifs pour toute espèce d'images.

3 Dans le sens moral.

'^ On va voir ce que l'auteur entend par là. Il explique l'origine de l'idolâtrie et da polythéisme d'après le point de vue assez généralement adopté de son temps, savoir qu'on aurait d'abord divinisé des hommes morts, surtout des princes. Plus haut, il avait très-justement rcconuu que le polythéisme consistait à diviniser des forces do la nature (chap. Xlïl, 1 siiiv.).

'"^ Litt. : un \n6'^o (locution hébraïque}.

^ Les deux cas signalés plus haut : la perte d'une personne chérie, ou l'adulation servile.

"' Le texte dit : iiicoiihiiunirahle.

et qu'ensuite ils ne se contentèrent pas de s'être égarés, quant à la connaissance de Dieu, mais se jetèrent aussi dans une vie troublée par rignorance^ et appelèrent paix et bonheur la masse de maux qui en furent la conséquence ^ Car ils célèbrent des sacrifices où Ton immole des enfants, ou des mystères secrets ', ou les folles orgies d'autres rites encore. Ils ne tiennent à la pureté ni dans le mariage, ni dans la conduite en général ; ils s'assassinent l'un l'autre traîtreusement, ou s'outragent par l'adultère. Chez tous, sans distinction, dominent le meurtre, le vol, la fraude, la séduction, la mauvaise foi, la révolte, le paijure, la vexation des honnêtes gens, l'ingratitude, la corruption, le crime contre nature, le désordre dans le mariage, l'adultère et la débauche. Car le culte de ces vaines * idoles est le commencement, la cause et la fin de tout ce qui est mauvais. Dans leurs réjouissances ils se conduisent comme des fous ; quand ils prophétisent, ils débitent des mensonges ^ ; ils vivent d'une manière contraire à toute justice, et prêtent de faux serments sans scrupule. Car comme ils s'en rapportent à des idoles inanimées, ils pensent n'avoir rien à craindre en prononçant un parjure. Mais la juste punition les atteindra pour les deux choses, tant parce qu'ils se sont attachés aux idoles en ne tenant pas compte du vrai Dieu, que parce qu'ils ont faussement et frauduleusement juré en méprisant la sainteté du serment. Car la peine due aux méchants ne dépend pas de la puissance de ceux par lesquels on jure ; elle frappe toujours ceux qui l'ont méritée par leurs transgressions ^

* Mais • notre Dieu à nous, c'est toi ; fidèle et débonnaire, tu gouvernes tout avec patience et miséricorde. Même lorsque nous

^ Ces lignes sont paraphrasées un peu librement ; le texte dit à la lettre : mais aussi, vivant dans une grande guerre d'ignorance, ils appelèrent paix, etc. L'autour résume évidemment, par ce mot de guerre, l'état social résultant des fausses idées qu'on se faisait de la divinité. La suite fera voir de quelle espèce de guerre il entend parler.

2 Et qui n'osent se produire au grand jour.

3 Le texte grec dit proprement : anonymes, ce qui ne saurait être pris dans le sens littéral, les images des dieux du paganisme représentant toujours des personnalités nominativement désignées. Voyez plutôt v. 21, où il est dit que le nom (de dieu} n'appartient qu'à un seul.

'^ On peut songer ici soit aux oracles attitrés, soit à ces nombreux charlatans qui exploitaient dans ces temps-là la crédulité publique.

^ Cette dernière phrase est mal construite en grec. Le sens ne saurait être douteux. L'auteur veut dire : le faux serment, prêté au nom d'un faux dieu, n'en est pas moins un crime digne de la vindicte céleste, et Ton aurait tort de croire que Ton peut le commettre impunément, parce que l'idole est impuissante.

^ Antithèse. Les Israélites sont opposés aux païens, relativement à leur religion.

péchons nous sommes à toi, parce que nous connaissons ta puissance. Mais nous ne voulons pas pécher, sachant que nous sommes comptés comme les tiens *. Avoir connaissance de toi, c'est la parfaite justice ; reconnaître ta puissance, c'est la source ^ de Timmortalité. Nous n'avons été égarés ni par les inventions de l'art séducteur des hommes, ni par le travail nuisible des peintres, ou par quelque figure barbouillée de diverses couleurs, dont l'aspect aboutit à la honte des insensés, en provoquant l'admiration pour la forme inanimée d'une image morte \ Les amateurs de ces mauvaises choses sont dignes de pareilles espérances *, tant ceux qui les fabriquent, que ceux qui les admirent et qui les adorent.

^Car le potier ^ se fatiguant à pétrir la terre molle, forme toutes sortes de choses pour notre service, et de la même argile il fait des vases qui servent à un usage pur, et pareillement d'autres pour un usage tout différent, et c'est l'ouvrier qui décide de l'emploi à faire d'un chacun ®. De la même matière encore, avec une peine bien mal employée, il fabrique un dieu de néant, lui qui, formé naguère de terre, doit bientôt retourner là d'où il vient, quand l'ûmc, qui lui a été prêtée, lui sera redemandée^. Mais il ne se soucie point de ce qu'il doit mourir et de ce que sa vie n'a guère de valeur; il se plaît à être l'émule des orfèvres et des fondeurs d'argent ; il imite ceux qui travaillent l'airain ', et se fait gloire de sa besogne trompeuse. Son cœur est comme de la cendre ^, son

1 Les péchés des pieux adorateurs du vrai Dieu ne sont pas à mettre sur la même ligne que ceux des païens, ni quant à la cause, ni quant à Teffet. De même qu'ils ne sont pas la conséquence de rignorance, de môme ils ne conduisent pas a une séparation absolue. On remarquera cependant que le point de vue de l'auteur est purement rationnel.

2 En grec : la racine.

3 Chap. XIV, 19 suiv. — La rhétorique de l'auteur se met ici au service de l'antipathie des Juifs orthodoxes pour les arts plastiques.

4 C'est-à-dire, d'espérances comme peuvent les donner les faux dieux.

^ L'ouvrier qui fabrique toutes sortes d'objets en terre glaise. L'auteur revient à U description ironique de la fabrication des dieux (chap. XIII J, seulement il parait avoir ici plus particulièrement en vue des artisans qui n ont eux-mêmes aucune foi en leurs idoles, et qui y travaillent comme à d'autres objets de ménage.

C Plus exactement : de chaque partie d'argile qu'il façonne.

7 Genèse II, 7; III, 19.

^ La valeur intrinsè(j\ic des métaux semble assurer à ceux qui les travaillent une (li^^nité supérieure. Le potier de terre prétend être leur égal, et les dieux «juil lahriquo MJiit plus ridicules encore ipie ceux des autres.

•' Ce cjui reste (juand le bois est consumé. L'image s'ex[>li(jue par les plira.os sui\anles. Klle e^t cniprunlée à la fausse traduction dos Septante du pjssji:i.' Es. XLIV, 20. — Pour ce i{ui est dit de l'espérance, voyez la note 4 ci-dessus.

espérance plus vaine que la poussière, sa vie plus vile encore que son argile. C'est qu'il méconnaît celui qui Ta formé lui-même, qui lui a inspiré une âme active et le souffle vital. Il s'imagine que notre vie n'est qu'un jeu, notre existence une foire profitable ; car, dit-il, il faut gagner quelque chose, n'importe de quelle manière, serait-ce par le mal. Car il sait bien, et mieux que tout autre, qu'il a tort de fabriquer, de la même matière argileuse, et des vases fragiles et des images.

*^ Mais tons ^ ils ont été on ne peut plus insensés^ et plus pitoyables qu'une intelligence d'enfant, les ennemis de ton peuple qui l'ont opprimé, en prenant pour des dieux toutes ces idoles des païens qui ne peuvent se servir de leurs yeux pour voir, ni de leurs nez pour aspirer l'air, ni de leurs oreilles pour entendre, ni de leurs doigts pour toucher, et dont les pieds sont incapables de marcher. Car c'est un homme qui les a faites ; c'est un être qui vit d'un souffle d'emprunt qui les a formées, et l'homme ne parvient pas même à faire un dieu qui lui soit semblable à lui-même. Mortel^ il ne peut créer, avec ses mains impies, que ce qui est mort ; il vaut mieux que les objets qu'il adore ; lui-même est vivant : eux ne le sont jamais. Il y en a même qui adorent les bêtes les plus haïssables, lesquelles^ comparées aux autres, sont les plus méchantes ^ ; elles ne sont pas même belles, de manière qu'on pourrait les aimer comme on en aime d'autres ', et elles n'ont point eu part à l'éloge et à la bénédiction de Dieu *.

* C'est pour cela aussi qu'ils ont été châtiés d'une manière conforme à leur péché et tourmentés par une masse de vermine^.

^ Nous soivoDs la leçon reçue, d'après laquelle l'auteur, après avoir parlé de la fabrication des idoles, généralise ses invectives contre lïdolâtrie : ce ne sont pas seulement les fabricants, mais toits les païens qui méritent ces reproches. Alors les ennemis sont tous les peuples qui ont successivement été les maîtres des Israélites, et l'auteur oublie que le roi Salomon ne savait rien des Assyriens, des Chaldéens, des Macédoniens, etc. Une autre leçon lui fait dire : De tous, les plus insensés ont été ceux qui l'ont opprimé, etc. Cela se rapporterait aux anciens Égyptiens, et il faut convenir que cette leçon cadre très-bien avec la tendance générale du livre et avec ce qui va être dit de l'adoration des animaux.

^ Il y a encore après cela un mot dans le texte (par ignorance) dont nous ne savons que faire ; à moins qu'on ne veuille le combiner avec le verbe qui précède ,- mais alors il faudrait biffer la conjonction. L'auteur parait faire allusion aux crocodiles, aux serpents, etc., adorés en Egypte.

3 Ce serait une excuse à faire valoir.

4 Dieu a béni les autres animaux (Genèse I, 21 suiv.), il a maudit le serpent.

^ L'auteur revient à son thème favori, à l'antithèse entre les Israélites et les Égyptiens (des temps mosaïques}, considérés comme les représentants des fidèles- et

Au lien d'une telle punition, tu as fait du bien ii ton peuple, et, donnant satisfaction à leur appétit surexcité, tu leur préparas une nourriture extraordinaire, les cailles*. Ainsi ceux-là, lorsqu'ils voulaient manger, perdaient même leur appétit naturel à Taspect hideux des bêtes qui leur étaient envoyées, tandis que ceux-ci, après avoir enduré une courte privation, participèrent à un repas miraculeux. Car il fallait bien que les premiers, les oppresseurs, subissent une privation inévitable, tandis qu'aux seconds il s'agissait seulement de montrer comment leurs ennemis étaient tourmentés*. Et lorsque eux-mêmes furent assaillis par la terrible rage des bêtes et qu'ils périssaient par la morsure des serpents' entortillés, ta colère ne dura pas indéfiniment; ils ne furent troublés que peu de temps pour recevoir un avertissement, et obtinrent un symbole du salut, pour se rappeler les commandements de ta loi. Car celui qui se tournait vers lui était sauvée non à cause de ce qu'il regardait, mais à cause de toi, le sauveur universel ^^ et par là aussi tu prouvas à nos ennemis que c'est toi qui délivres de tous les maux. Car eux périrent par les morsures des sauterelles et des moustiques, et il ne se trouva point de remède qui préservât leur vie, parce qu'ils avaient mérité d'être châtiés de cette manière; mais à tes enfants les dents des dragons venimeux mêmes ne purent faire du tort, parce que ta miséricorde s'interposait et les guérissait^. Car ils n'étaient piqués que pour leur rappeler tes commandements et ils étaient aussitôt sauvés, afin qu'ils ne tombassent pas dans un profond oubli

des païens. Il s'attachera à ce parallèle jus^'au bout. — Les Égyptiens ayant adoré de vilaines bôtes^ furent punis entre autres par l'invasion des grenouilles (comp. chap. XI).

1 Exode XVI. Nombres XI.

^ Les textes représentent la conduite des Israélites au désert, ^and ils demandaient de la viande, comme blâmable et comme ayant provoqué un châtiment. Ici la chose est positivement travestie. Dieu avait seulement voulu leur faire voir ce que c'était que d'avoir faim, pour leur procurer le plaisir de savoir ce que souffraient les Égyptiens, qui n'osaient toucher à leurs repas à cause des grenouilles qui barbotaient dans leurs plats.

3 Nombres XXI.

^ Le récit mosaïque est interprété d'après un point de vue plus spiritualiste. En même temps, l'auteur écarte l'idée qu'une image aurait pu sauver. Cela ressort surtout aussi de la phrase suivante. Comme les anciens Eg^-ptiens (que notre auteur suppose

mortsj n'apprirent point ce qui se passa au désert, on s'aperçoit qu'ils sont introtiuits ici j)cirtout comme les t^pcs dos païens en géuéral et que l'histoire est envisagée comiiio une esj)èce de tliéorie.

'* L'accent est à mettre sur la petitesse des insectes qui pourtant causèrent la morî. et sur l'innocuité de la morsure des serpents bien autrement dangereuse d'après lo cours ordinaire des choses.

de tes bienfaits et n'y devinssent insensibles. Car ce n'était ni une herbe ni un cataplasme qui les guérissait^ mais la panacée de ta parole, ô Seigneur. Toi, tu as puissance de vie et de mort ; tu fais descendre aux portes de THadès, et tu en ramènes '. Quand un homme commet un meurtre par méchanceté, il ne peut faire revenir le souffle vital une fois sorti, ni délivrer Tâme reçue aux enfers.

*^ Mais il est impossible de se soustraire à ta main. Ainsi les impies qui n'ont pas voulu te reconnaître', ont été châtiés par la force de ton bras ; ils ont été poursuivis par des averses extraordinaires, par la grêle et par des orages auxquels ils ne pouvaient échapper, ils ont été consumés par le feu^, et ce qu'il y avait de plus merveilleux, c'était que le feu était plus intense dans Teau, laquelle autrement éteint tout ; car le monde combat pour les justes. Quelquefois cependant la flamme se modérait pour que les bétes envoyées contre les impies ne fussent pas consumées ♦, mais qu'euxmêmes, eu les voyant, reconnussent qu'ils étaient l'objet de la vindicte divine. D'autres fois elle brûlait au milieu de l'eau, bien au delà de la chaleur naturelle du feu, pour détruire tous les produits d'une terre criminelle. Par contre, tu rassasias ton peuple de la nourriture des anges ^, et tu lui envoyas du ciel un pain tout préparé, sans aucune peine ", offrant toutes sortes de jouissances et approprié à chaque goût (car ton essence manifestait ta douceur pour tes enfants), et servant le désir de celui qui en emportait, en se changeant en ce que chacun préférait^. La neige et la glace

1 Même sens dans les deux phrases. La mort et la vie dépendent de la volonté de Dieu. Il a fait mourir les Egyptiens par des insectes, il a sauvé la vie des Israélites malgré la morsure des bêtes venimeuses. On voit par ce parallélisme qu'il n'est pas question ici de la résurrection.

2 II s'agit toujours des Égyptiens des temps mosaïques.

3 Exagération de la plaie mentionnée Exode IX, 22 suiv., où il est question de grêle et de foudres. L'auteur transforme celles-ci en feu et s'extasie sur ce que la pluie même n'a fait que rendre ce dernier plus terrible.

^ On doit croire que l'auteur se représente toutes les plaies d'Egypte comme simultanées, ce qui rend ici le miracle plus frappant encore. Les hommes étaient dévorés par le feu, les moustiques y échappaient.

5 C'est ainsi que les Septante appellent la manne en traduisant le Psaume LXXVIII, 25.

^ Sans qu'ils eussent besoin de semer, de moissonner, de hattre le blé, de le moudre, de pétrir, etc. D'autres traduisent : sans relâche, la manne continuant à tomber pendant tout le trajet.

"7 La tradition juive prétendait que la manne avait la propriété de changer de goût selon le désir de chaque individu, parce que autrement l'uniformité de la nourriture aurait bientôt fait perdre l'appétit aux hommes. Notre texte semble même dire que ce

mêmes résistaient au feu* et ne se fondaient pas, afin qu*ils com< prissent que le môme feu qui, brûlant dans la grêle et éclatant dans Id pluie, détruisait les récoltes des ennemis, oubliait aussi sa propre puissance pour que les justes fussent nourris*. Car la nature qui est à tes ordres, à toi qui Tas faite, double sa force quand il s'agit de punir les injustes, et elle la modère pour faire du bien à ceux qui se confient en toi. C'est pour cette raison qu'à cette époque aussi elle servit le don de la nourriture universelle octroyé par toi *, en se transformant de toutes manières, selon le désir de ceux qui en avaient besoin, pour que tes enfants, que tu aimais, apprissent que ce ne sont pas autant les diverses espèces de produits qui nourrissent rhomme, mais que c'est ta parole^ qui conserve ceux qui croient en toi. Car ce que le feu ne pouvait détruire, se fondait tout bonnement quand c'était cbauffé un instant par un rayon da soleiP, afin qu'il fût reconnu qu'il faut devancer le soleil pour te remercier et t'adresser la prière dès l'aurore*. L'espérance des ingrats se fond comme le givre de l'hiver, et s'écoule comme une eau inutile.

n'était pas seulement le goût, mais la substance même qui se changeait, au gré des appétits individuels. — Le mot essence, choisi pour obtempérer au dictionnaire, ne donne pas de sens bien net. Est-ce l'essence de Dieu, l'être divin, ou celle de la manne?

^ Nouveau miracle découvert par l'auteur dans la traduction des Septante de Exode XVI, 14, et Nombr. XI, 7 suiv., où la manne est décrite ainsi. Conmie il est dit en même temps qu'on la préparait par la cuisson, on comprend que cela devait être regardé comme une étonnante merveille.

S D'après ce qui vient d'être dit dans les notes précédentes, cette antithèse, qui résume toute la tirade et renchérit encore sur ses paradoxes, s'explique assez facilement : d'un côté un feu que l'eau n'éteint pas, de l'autre une neige que le feu ne fait pu -fondre, deux symboles de la colère et de la faveur de Dieu.

3 L'expression de la pensée, d'ailleurs déjà suffisamment mise en lumière, est on peu recherchée. La manne devait nourrir tous les Israélites, mais de manière à satisfaire le goût d'un chacun. La nature se mit au service de la manne, et se trcns formé pour produire l'effet indiqué. On aurait dit plus simplement : la manne changea de nature au gré d'un chacun, naturellement par l'intervention miraculeuse de Dieu.

^ D'après le contexte, ceci n'est pas à prendre dans le sens spiritualiste. Car c'était toujours la manne (la matière] qui nourrissait, mais la volonté divine lui donnait ce qui empêchait cette nourriture de produire le dégoût, et cette même volonté se manifestait

encore dans cet autre miracle, déjà signalé plus haut, et que l'auteur va rappeler une

seconde l'ois.

•'> Lo texte mosaïque (Exode XVI, 21) dit qu'il fallait recueillir la manne avant lo lever du soleil, parce (jue autrement elle se l'omlait ; et pourtant on pouvait la fain' cuire au feu !

'' Aj)plication pratique de l'iiistoirc.

* Ils sont grands, tes jugements, et difficiies k expliquer * : c'est pourquoi les âmes restées sans instruction sont tombées dans Terreur ^. Car les impies, qui croyaient tenir le peuple saint en servitude, durent eux-mêmes s'enfermer sous leurs toits, comme captifs des ténèbres et prisonniers d'une longue nuit, et gisaient là, bannis loin de rétcrnelle providence. Et s'imaginant rester cachés avec leurs péchés secrets sous l'enveloppe ténébreuse de l'oubli, ils furent consternés dans l'obscurité et effrayés par des fantômes^. Le coin même où ils se tenaient ne les préservait pas de la peur; des bruits épouvantables éclataient autour d'eux et il leur apparaissait de tristes spectres à l'aspect hideux. Aucun feu n'était assez fort pour les éclairer et les flambeaux brillants des astres mêmes ne parvenaient pas à répandre de la clarté dans cette sombre nuit. Seulement il se montrait soudain à eux une flamme terrible, et effrayés par cette vue qu'ils ne s'expliquaient pas *, ils se la représentaient pire qu'elle n'était. Tout le charlatanisme de l'art magique n'y pouvait rien, et la vanterie de ceux qui se targuaient de leur prétendue science aboutissait à leur honte. Car ceux qui promettaient de chasser ces terreurs et ces troubles de l'âme malade, étaient malades eux-mêmes d'une crainte ridicule : sans être effrayés par quelque chose de terrible, mais chassés de leurs retraites par la rencontre de la vermine et le sifflement des reptiles*, ils mouraient de peur et n'osaient pas même regarder l'air auquel personne

1 C'était aussi la thèse du livra de Job.

2 On va voir qu'il s'agit encore des Égyptiens. L'auteur trace un nouveau parallèle entre eux et les Israélites, en prenant pour texte le récit mosaïque de la plaie des ténèbres (Exode X, 21 suiv.], qu'il dépeint d'une manière toute fantastique, et à laquelle il oppose la colonne de feu qui guidait le peuple de Dieu à travers le déëert.

S D'abord les ténèbres elle-mômes étaient représentées comme quelque chose de terrible ; ensuite, supposant que les Égyptiens s'en accommodaient parce qu'elles empêchaient de voir ce qu'ils avaient un intérêt à cacher, l'auteur leur enlève cette consolation, en leur octroyant les terreurs que l'obscurité a coutume de produire (et dont le texte ne parle pas).

4 Litt. : qu'ils ne voyaient pas. Cette expression a engagé quelques commentateurs à supposer que l'auteur voulait parler d'une flamme imaginaire, d'une simple hallucination. Mais le mot que nous avons rendu par soudain (en grec: automate) semble indiquer qu'il s'agit dune lumière miraculeuse, née pour ainsi dire d'elle-même, dont on ne voyait pas la cause et qui, disparaissant tout aussi subitement, ne faisait qu'effrayer davantage les hommes plongés dans l'obscurité.

5 Les sorciers égyptiens sont supposés retirés, comme tout le monde, dans leon maisons, d'où les chasse la peur des grenouilles et des serpents. C'était le comble du ridicule, parce qu'ils se vantaient do dompter ces animaux par leurs sortilèges.

n'échappe*. Car la méchanceté, condamnée par son propre témoignage, est lâche, et pressée par la conscience elle s'attend à ce qu'il y a de plus dangereux. C'est que la peur n'est autre chose que la renonciation aux ressources de la raison', et quand l'espoir est ainsi affaibli par un motif intérieur', on considère cette perplexité comme un mal plus grand que celui qui a causé le trouble. Ainsi ces hommes *y qui pourtant dormaient comme tout le monde, pendant cette nuit impuissante par elle-même, et venue des recoins de riladès également impuissant^, étaient ou agités par des fantômes prodigieux, ou comme paralysés par le désespoir ^ car une peur soudaine et inattendue les assaillait, et ainsi quiconque y tombait, était comme enfermé et retenu dans une prison sans fers; qu'il fût laboureur, ou pâtre, ou occupé aux travaux pénibles du désert, il était surpris par l'obscurité et en subissait l'inévitable nécessité: tous étaient comme enchaînés par les mêmes ténèbres, et tous étaient paralysés de terreur, autant par le murmure de la brise légère et le chant mélodieux des oiseaux sous le feuillage toufTa, que par le bruit des eaux s'élançant avec impétuosité, ou par le fracas formidable des rochers qui s'écroulaient, ou la course d'animaux invisibles dans leurs ébats, ou les hurlements des bêtes féroces, ou l'écho répercuté par les cavernes des montagnes. Le monde entier resplendissait d'une éclatante lumière et chacun pouvait se livrer sans gêne à ses travaux : sur eux seuls s'étendait une nnit pesante, image de celle qui devait un jour les envelopper ^ ; mais plus que ces ténèbres, ils s'étaient à charge à eux-mêmes. * Cependant

I II est difficile de dire ce que cela doit signifier. Comme il faisait nuit, il n'y avait pas moyen de voir Tair. L'auteur aurait-il voulu dire : ils craignaient m6me de se trouver. à l'air (au lieu de rester dans leurs coins), lequel pourtant est le milieu dans lequel tout le monde vit?

^ Cette phrase a une portée plus générale que la précédente, car elle ne s'applique pas seulement à ceux qui ont une mauvaise conscience. Avoir peur, c'est douter qu'on puisse trouver des moyens de se tirer d'aflaire. Il va sans dire que ce doute pèse davantage sur l'esprit de ceux qui savent qu'ils ont mérité un châtiment.

3 Comme, par exemple, la mauvaise conscience.

4 Application faite aux Égyptiens troublés dans leur sommeil par les terreurs que leur inspiraient les ténèbres.

^ La nuit était impuissante, en ce qu'elle n'avait pas le pouvoir positif de faire du mal, car la nuit n'est rien de réel, elle est seulemeut la négation de la lumi»'re. Elle vient ilu S'eOl, qui est le séjour des ténèbres, mais qui est également impuissant, eu ce qu'il n'a pouvoir que sur ceux qui sont déjà morts. La peur des Égyptiens était Jonc ridicule, ou plutôt elle avait une tout autre cause.

^ Litt. : la trahisou de l'àmo.

"' Dans le S'eôl.

SAPIENCE XVIU, 1-9. 555

tes saints se trouvaient dans une grande clarté * . Ils * entendaient bien leurs voix, mais ils ne pouvaient voir leurs personnes; ils les estimaient heureux de ce qu'ils n'avaient pas à souffrir comme euxmêmes % et ils étaient contents de ce qu'ils ne se vengeaient pas *^ quoique maltraités d'abord, et leur demandaient pardon du tort qu'ils leur avaient fait« Au lieu de cela, tu leur ^ donnas une colonne de feu pour les guider dans leur voyage à travers un pays inconnu, en guise de soleil, qui ne leur fût pas incommode • pendant leur glorieuse migration. Car les autres avaient mérité d'être privés de la lumière et d'être emprisonnés dans les ténèbres, parce qu'ils avaient tenu enfermés tes fils, par lesquels la lumière impérissable de la loi^ devait être donnée au monde.

^ Et comme ils avaient conçu le dessein de faire mourir les enfants des saints % et que l'un de ceux-ci fut exposé et sauvé pour leur punition, tu leur enlevas leurs enfants en masse, et tu les fis périr tous ensemble dans les vastes eaux. Cette nuit-là^ avait été notifiée d'avance à nos pères^ pour que, sachant clairement à quelles promesses sacrées ils se fiaient, ils eussent bon courage, et ainsi ton peuple attendit le salut des justes et la ruine de ses ennemis. Car en punissant les adversaires tu nous glorifiais en même temps^ en nous appelant à toi *<*. Les saints fils du salut** offraient leur sacrifice en secret *^^ se soumettant d'un commun accord à la règle divinement

i Exode X, 23.

* Les Égyptiens.

3 La leçon reçue porte : de ce ^'eux aussi (les Israélites) avaient à souffrir (antérieurement).

4 Ce qui aurait été si facile dans l'obscurité . ^ Aux Israélites.

^ La colonne de feu se montrait pendant la nuit.

"7 De la vérité religieuse.

^ Nouveau parallèle. L'ordre donné par Pharaon de tuer les garçons nouveaux -nés^ et l'envoi de l'ange exterminateur qui tua les premiers-nés égyptiens ; puis encore la catastrophe de la mer rouge. Le parallèle porte donc à la fois sur les enfants et sur l'eau. Il paraît que l'auteur suppose qu'aucun enfant Israélite n'a péri réellement.

9 Où périt la primogéniture égyptienne [Exode XI^ 4 suiv.). L'accomplissement de cette prédiction était un gage de celui des autres.

10 La portée de cette phrase n'est pas claire. Peut-être l'auteur a-t-il voulu rappeler que le départ des Israélites suivit de près la dernière plaie. On pourrait aussi traduire : Par la même chose par laquelle tu les punissais — tu nous glorifiais. Alors il s'agirait du passage de la mer. Cependant la suite parle encore des événements qui précédèrent ce fait.

1 1 Locution hébraïque : ceux auxquels le salut était destiné. 1^ La pâque célébrée à domicile (Exode XII).

556 SAPIÉNCE XVTII, 9-18.

consacrée, savoir que les saints doivent avoir part aux mêmes bienfaits comme aux mêmes dangers % après avoir entonné préalablement les cantiques des pères', auxquels répondaient les cris discordants des ennemis, et Ton entendait cà et là les lamentations de ceux qui pleuraient leurs enfants. L'esclave et le maître étaient frappés par le même arrêta le roi et le sujet subissaient la même peine. Tous pareillement avaient des morts innombrables, enlevés par le même genre de trépas, et les survivants ne suffisaient point pour les enterrer, parce que dans un seul et même instant leur progéniture privilégiée ' avait été anéantie. Après être restés incrédules à Tégard de tout ce qui s'était passé, à cause des sortilèges S ils reconnurent enfin, par la destruction de leurs premiers-nés, que ce peuple était Tenfant de Dieu *.

**Car' pendant qu'un profond silence s'étendait sur tout le pays, quand la nuit eut atteint le milieu de son cours, ta parole toutepuissante^ pareille à un guerrier farouche, s'élança du haut des cieux, du trône royal, sur la terre vouée à la destruction; elle portait ton commandement véridique^ comme une épée tranchante, et touchant au ciel tout en marchant sur la terre, elle était là répandant la mort partout^. Alors tout à coup de terribles cauchemars les effrayèrent et des craintes inattendues les assaillirent, et renversés de côté et d'autre, chacun à demi-mort déclarait par quelle cause il mourait; car les rêves qui les avaient troublés la

1 Cela signifie peut-6tre ^'on se promettait de partager toutes les chances de l'expédition sans se séparer.

2 Du temps de l'auteur on chantait certains cantiques au repas de Pflques (Matth.XXVI, 30). Il transporte cette coutume à l'institution même, et s*exprime comme si ces cantiques avaient été plus anciens môme que l'époque mosaïque.

^ Les aînés de chaque famille.

^ Les précédentes plaies n'avaient pu fléchir Pharaon, les sorciers égyptiens faisant des miracles de leur côté qui neutralisaient l'eflet de ceux de Moïse. L'auteur exagère ici ce qui est raconté Exode VU, 11 ss., 22, en l'étendant aussi aux faits subséquents.

^ Et lui permirent de partir.

G Suit une description en partie poétique, en partie fantastique, de ce que le texte mosaïque raconte en deux mots Exod. XII, 29.

^ Ton juste arrCt.

8 On pourrait être tenté de voir dans cette parole {logos) une personnalité distincte do Dieu, comme dans la philosophie de Philon et dans la théologie chrétienne. Mais on peut aussi y voir simplement imo personnification rhétorique de l'action vengeresse de Dieu. Du moins, le texte mosaïque (1. c.) ne dit pas autre chose, et en aucun cas on n'aura besoin d'y voir un nni/c, bien ([ue quelques traits du tableau paraissent empruntés à t Chron. XXI, lO. Il ne s'agit pas d'une ligure gigantesque, mais d'une volonté pour laquelle la distance du ciel et de la terre n'est pas un obstacle.

leur avaient indiquée d'avance, ppur qu'ils ne mourussent point sans savoir pourquoi ils étaient ainsi affligés.

'° Les justes aussi eurent à subir une épreuve mortelle *, et un grand nombre d'entre eux furent frappés au désert; mais la colère ne dura pas longtemps. Car un homme irréprochable* se hâta d'intervenir pour leur défense. Apportant l'arme de son ministère, la prière et le parfum propitiatoire, il s'opposa au courroux et mit fin à la calamité, montrant ainsi qu'il était ton serviteur. 11 vainquit la colère^, non par sa force corporelle, ni par la puissance des armes*; mais il soumit le vengeur^ par la parole en rappelant les serments faits aux pères, et les pactes conclus avec eux. Car lorsque déjà les morts étaient tombés par monceaux les uns sur les autres, il s'interposa et arrêta la colère et lui barra l'accès des vivants. Car sur sa longue robe était représenté le monde entier^, sur les quatre rangs des pierres gravées il y avait les noms glorieux des patriarches ^, et ta majesté figurait sur son diadème ^. A ces choses l'exterminateur dut céder; elles lui étaient redoutables: l'expérience qu'ils avaient faite de la colère divine était suffisante.

* Allusion au récit des Nombres XVI, 44 suiv. (chap. XVII, 6). Les justes sont les Israélites, dans leur totalité ; car ceux qui périrent à cette occasion no méritaient pas cette qualification.

2 Aaron.

3 Le texte reçu porte : il vainquit la foule {ochloti), ce qui donne évidemment un contre-sens. Plusieurs manuscrits ont substitué V exterminateur (dont il va être question plus loin). Nous ' préférons la conjecture: la colère (cholon), qui va parfaitement à Tenscmble de l'exposé.

^ L'expression est gênante, parce qu'ici le mot est pris dans le sens propre, taudis que tout à l'heure il était employé dans le sens figuré.

^ Le vengeur (litt.: le punissant] n'est pas Dieu ; l'auteur ne se serait pas permis de parler de la soumission de Dieu à un mortel. C'est la plaie qui faisait mourir les Israélites. Elle apparaît ici comme agissant personnellement (voyez la note 8 p. 556J. Ce qui est dit d'un rappel des pactes avec les patriarches, est expliqué plus loin de manière qu'il ne faudra pas songer exclusivement à la prière, mais encore au costume du pontife, lequel rappelait, en quelque sorte, l'alliance de Jéhova avec Israël.

6 Détail traditionnel, étranger au texte hébreu. 11 est peut-être relevé ici pour insinuer que le chef du sanctuaire du seul vrai Dieu représentait, pour ainsi dire, le monde entier, en tant qu'il était l'objet de la sollicitude providentielle.

"^ Il est question de l'ornement connu sous le nom du pectoral (Exode XX VIII. J Le texte dit proprement : les gloires des patriarches, et il serait possible que l'auteur eût songé à l'opinion traditionnelle des Juifs, que les lettres dont se composaient les noms des douze tribus servaient a faire rendre des oracles, Dieu faisant briller d'un éclat particulier celles qui devaient composer la réponse à donner par le pontife. En tout cas, le pectoral est nommé ici parce qu'il rappelait à Jéhova qu'il avait fait un pacte avec toutes les tribus.

8 Exode XXVIII, 36. Le nom même du Très-Haut figurait sur la plaque du turban.

^Mais une colère sans pitié s'attacha aux impies jusqu*au bout*. Car Dieu savait d'avance ce qu'ils allaient faire, savoir, qu'après les avoir pressés de s'en aller, et après les avoir renvoyés en toute hâte, ils changeraient d'avis et les poursuivraient. En effet, tandis que leur deuil était encore récent, et qu'ils se lamentaient sur les tombeaux de leurs morts, ils prirent une autre folle résolution et poursuivirent comme des fuyards ceux qu'ils avaient suppliés de partir. Une fatalité méritée ^ les poussait à cette fin, et leur inspirait l'oubli de tout ce qui s'était passé, pour qu'ils subissent le complément de leur punition qui manquait encore aux tourments déjà endurés, et pour que ton peuple accomplit sa marche miraculeuse, tandis qu'eux trouveraient une mort étrange.

* La nature entière fut formée de nouveau quant à son genre propre % en obéissant à des ordres particuliers, pour que tes enfants fussent conservés sans avoir rien à souffrir. Là on voyait la nuée qui couvrait le camp de son ombre, et où il y avait eu auparavant de l'eau apparut la terre ferme. Dans la mer rouge il se fit une route sans obstacle, et des flots impétueux il sortit une campagne verdoyante, qu'ils traversèrent, toute la nation en corps, protégée par ta main et contemplant ces étonnants prodiges. Pareils à des chevaux au pâturage, à des agneaux bondissants, ils te louaient. Seigneur, toi leur sauveur*. Car ils se rappelaient ce qui s'était passé lors de leur séjour à l'étranger, comment la terre, au lieu de produire des animaux^, avait engendré des moustiques, et comment le fleuve, au lieu de poissons, avait dégorgé une masse de grenouilles. A la fin ils virent aussi une nouvelle espèce d'oiseaux, parce que, poussés par la convoitise, ils avaient demandé des mets friands^ et que pour les satisfaire les cailles sortirent de la mer*.

1 Dernier parallèle entre les destinées des deux peuples : les Israélites passent la mer à gué, les Egyptiens y périssent.

2 La juxta-position de ces deux mots fait très-bien ressortir ce ^*il y a d'incertain et de mal déûni dans la philosophie de l'auteur : la fatalité tient à la thèse de la prédestination, le mérite suppose la liberté de Thomme. Le texte mosaïque représente également Ve^idurcissement de Pharaon, tantôt comme volontaire, tantôt comme un effet de la volonté divine.

3 Cette phrase traduite littéralement parait assez singulière. On va voir que Tauteur, dans son style un peu guindé, veut parler dos miracles qui accompagnaient rémigralion.

Il les représente coinme chaugeant Tordre de la nature, de dilléreules mauitVres. ou plutôt comme constituant une nouvelle création, par lacjuelle les éléments ou les créatures clian|^èr»;nt leurs qualités essentielles.

^ Allusion au cantique Exode XV.

"• Utiles?

** Ce que l'auteur a trouvé dans le passage Norabr. Xï, 31 .

*' Cependant la punition ne surprit pas les criminels sans que des signes précurseurs les eussent avertis par la violence des orages*; c'est qu'ils souffrirent justement pour leur propre méchanceté. Car ils avaient montré une haine plus cruelle ' pour les étrangers : tels autres avaient refusé de recevoir ' des inconnus qui venaient d'arriver; eux, au contraire, réduisirent à Tétat d'esclaves des étrangers qui leur avaient fait du bien *. Et ce n'était pas tout, mais (ce dont ils seront encore punis ^) tandis que les autres avaient reçu des étrangers d'une façon hostile, eux les accueillirent d'abord eh les fêtant, et puis, après leur avoir donné droit de bourgeoisie, ils les maltraitèrent par de durs travaux. Aussi furent-ils frappés de cécité^, comme jadis ceux-là à la porte du juste ^, lorsque couverts de profondes ténèbres, ils cherchaient chacun l'entrée de sa porte.

*^Les éléments, tout en changeant leurs accords, restent ce qu'ils

sont, de même que les sons d'un instrument à cordes changent

de nom quant à l'accord, tout en conservant leur ton : cela se voit

clairement quand on considère ce qui s'est passé ". Les animaux terrestres furent changés en aquatiques, et ce qui nageait vint à

1 Encore un élément traditionnel : des orages auraient averti les Égyptiens au moment où ils entraient dans la mer. Une trace de cette idée se trouve aussi au Psaume LXX VII, 18 suiv.

^ On ne voit pas d'abord à quoi se rapporte \q comparatif; cependant il est facile de constater que Tauteur, qui affecte partout de parler des personnages bibliques sans les nommer, a en vue de mettre en parallèle la conduite des Égyptiens à l'égard des Israélites, avec celle des habitants de Sodome à l'égard des étrangers reçus par Lot (Gen. XIX]. Cependant la comparaison ne porte que sur un seul point, et ensuite sur Tanalogie de la punition des uns et des autres.

8 Amicalement, hospitalièrement.

^ Allusion à l'histoire de Joseph.

^ Si le texte n'est pas corrompu, l'auteur parait vouloir dire que la peine déjà infligée aux Égyptiens ne sera pas la dernière, une autre leur étant encore réservée (à moins qu'on ne préfère voir ici une menace contre les contemporains).

6 Encore la plaie des ténèbres.

'7 De Lot (Gen. XIX, 11). Le texte représente la chose autrement que notre auteur, à moins que la dernière phrase ne doive se rapporter aux Égyptiens.

^ L'auteur termine en récapitulant encore une fois les miracles compris dans le récit mosaïque et en les exagérant de manière qu'il est difficile de s'y reconnaître. Il donne à cette occasion sa théorie du miracle : les éléments se métamorphosent tout en conservant leur substance, à peu près comme les sons, tirés d'un instrument, restent des sons, quoique variés selon la mélodie. Cette comparaison le préoccupe au point qu'il se sert déjà d'un terme de musique en parlant encore des éléments. Peut-être a-t-il voulu dire que Vharmonie de la création n'est pas dérangée par le miracle.

terre '. Le feu surpassa sa force naturelle au milieu de Teau, et Tcau oublia sa puissance d'éteindre'. D'un autre côté, les flammes ne consumèrent point les corps des bêtes les plus facilement détruites qui s'y mouvaient, et ne firent point fondre la nourriture céleste semblable à de la glace, et autrement si facilement fondante. '* Oui, de toute façon. Seigneur, tu as honoré et glorifié ton peuple; tu ne Tas pas négligé, en l'assistant en tout temps et en tout lieu.

^ A propos do ce dernier miracle on pourrait d la rigueur songer aux grenouilles (Exode VIII, 3, 6), mais quant au premier, on cherche vainement dans les textes à quoi l'auteur a pensé.

2 Chap. XVI, 17 suiv.

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