‹ La Bible (volume 3)Chapitre 55 sur 84 · TOBIE I, 15-22. II · texte numérisé non relu

TOBIE I, 15-22. II

'^ Lorsque Enemessar mourut, son fils Sennachéniu devient roi à sa place. Sou règne fut plein de troubles et je ne pus plus faire le voyage de Médie ^ Du temps d'Enemessar je faisais beaucoup d'aumônes à mes frères ; je donnais mon pain à ceux qui avaient faim, des vêtements à ceux qui en manquaient, et quand je voyais quelqu'un de ma race mort et jeté derrière les murs de Ninive, je l'enterrais ^ Et quand le roi Sennacherim en tuuit un, après son retour de la Judée, d'où il avait été chassé ', je l'enterrais secrètement. Car il en fit mourir beaucoup dans sa ^ge, et quand, par ordre du roi, on recherchait leurs corps, ils ne se trouvaient plus.

*' Or, il arriva qu'un individu de Ninive me dénonça au roi comme étant celui qui les enterrait, et je dus me cacher. Mais ayant appris qu'on me recherchait pour me mettre à mort, je pris la fuite. Alors tout ce que je possédais fut pillé et il ne me resta plus que ma femme Anna et mon (ils Tobie. Mais il ne s'était pas passé cinquante jours lorsque le roi fut assassiné par deux de ses fils, qui se réfugièrent dans les montagnes d'Ararat. Son fils Sacherdon^, étant devenu roi à sa place, mit Achiachar, le fils de mon frère Anaël, à la tête des finances et de toute l'administration du royaume. Achiachar ayant intercédé pour moi, je revins à Ninive. Il était échanson, gdrdc du sceau, chef de l'administration et ministre des finances, et Sacherdon lui avait donné la seconde place ^. Il était mon neveu.

* Lorsque je fus revenu chez moi^ et que ma femme Anna et mon fils Tobie m'eurent été rendus ° (c'était à la Pentecôte, qui est la solennité des sept semaines), on me prépara un bon repas et je m'assis pour manger. Voyant là beaucoup de mets, je dis à mon fils : Va amener tel de nos frères que tu trouveras dans la misère et qui se souvient du Seigneur ; j'attendrai ton retour. Il revint me dire : Mon père, il y a là quelqu'un de notre peuple qui a été étranglé et jeté sur la place publique. Aussitôt, avant de rien toucher, je me levai et je l'emportai dans ma maison, où il resta jusqu'après le coucher du soleil. A mon retour, je me lavai et je pris mon

I Cela doit dire sans doute : Je ne pus recouvrer mon argent.

^ Nous supposons qu'il s'agit là de pauvres gens dont personne ne prenait soin.

3 2 Rois XIX, 85 suiv.

4 Ésarbaddôn.

^ Après le roi. Il était visir. Il y a plus d'un exemple que des Juifs arrivèrent à de hautes fonctions aux cours étrangères, par exemple du temps des monarchies macédoniennes, que l'auteur de notre livre pouvait avoir sous les yeux. Déjà Néhémie peut être cité ici. Cet Achiachar, qui se rangera dans la catégorie des Daniel et des Mardochée, prouve que la littérature d% fantaisie n'éprouvait pas le besoin de varier ses motifs, et qu'elle aimait à flatter la vanité nationale.

^ Par le fait de mon retour. L'auteur ne veut pas dire qu'ils avaient été emprisonnés.

repas avec tristesse, en me souvenant de la prophétie d'Âmos^ comme il dit * : Vos fêtes se changeront en deuil et toutes vos joies en lamentations. Et je me mis à pleurer. Et quand le soleil fut couché, je m'en allai pour creuser une fosse, et je Tentcrrai. Les voisins se moquèrent de moi en disant : Il n'a donc plus peur d'être mis à mort à cause de ce métier qu'il fait ; il a dû prendre la fuite et le voilà qui se remet à faire le fossoyeur.

^ Or, cette môme nuit, en revenant de l'enterrement, comme j'étais devenu impur ^, j'allai me coucher près du mur de la cour, ayant le visage découvert. Je ne savais pas qu'il y avait des moineaux ' sur le mur; et ceux-ci laissèrent tomber de la fiente chaude sur mes yeux pendant qu'ils étaient ouverts. Il s'y produisit des taches blanches ^, et je m'adressai aux médecins, mais ils ne me furent d'aucune utilité. Achiachar pourvut à ma subsistance jusqu'à ce qu'iP partit pour rËlymaïdc. Alors ma femme Anna se mit à travailler dans sa chambre pour gagner sa vie et elle envoyait son ouvrage aux maîtres®. Ceux-ci lui donnèrent son salaire et un chevreau par dessus le marché. Quand l'animal arriva chez moi, il commença à bêler, et je dis: D'où vient ce chevreau? Serait-il volé par hasard? Rends-le à son propriétaire ; il n'est pas permis de manger ce qui a été dérobé. Elle répondit : C'est un cadeau qu'on m'a fait, au delà de mon salaire. Mais je ne la crus point, et je lui dis de le rendre à son propriétaire, et je rougis à cause d'elle. Elle me répondit : Où sont tes aumônes et tes actes de charité ? Ou te connaît maintenant '.

1 Chap. VIII, 10.

^ Dans le sens lévitique, par rattouchement d'un cadavre. C'était trop' tard pour faire encore Tablutioû, et Tobit no veut pas entrer dans la maison, ^'U aurait rendue impure aussi.

3 Ou en général de petits oiseaux. La Vulgate parle d'hirondelles.

'i La suite du récit fait voir qu'il s'agit d'une cécité complète.

^ Le texte dit : jusqu'à ce que je partisse. Mais cela doit ôtre une faute ; car il n>st nulle part question d un voyage de Tobit ni de son retour ; et le départ de son généreux purent explique l'état d'indigence dans lequel tomba dès lors le brave homme.

6 Ordinairement on interprète le verbe par travailler la laine. Les maîtres sont les commerçants ou débitants qui lui donnaient de l'ouvrage.

" Pour bien comj)rondrc ces paroles, en ai)parcnco singulières et déplacées, il faut se

luppcler ({uo, dans liiistoiro de Job, c'est é^idcmont la femme qui, la première, pcril patience dan- le m.dheur. L'auteur a })usiti\iMinMit tuMij:é ici à celle lii.stoire. La rcdatti :i lutine le tlit même en toutes lettres. A propos de la cécité d^ Tobit. elle dit : Dieu l.;i envoya cette é})reuve pour (ju'il donnât à la ])Ostérité un exemple de patience, c- inme jadis Job. Et les \oisins l'insultèrent encore comme jadis les roi-^ tirent à Job. Mai> Tobii leur luit des reproches et se console par la perspective de la '*/V friH,'c. — Du:.-

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