‹ La Bible (volume 3)Chapitre 56 sur 84 · TOBIE III · texte numérisé non relu

TOBIE III

^ Je fas bien triste alors et je pleurai, et dans ma douleur je iis cette prière : Tu es juste. Seigneur ; toutes tes voies et toutes tes dispensations sont un effet de ta miséricorde et de ta fidélité S et les arrêts que tu prononces sont éternellement vrais et justes. Souviens-toi de moi et regarde-moi 1 Ne me punis pas pour mes transgressions et mes péchés, ni pour ceux dont mes pères se sont rendus coupables envers toi. Car ils ont désobéi à tes commandements, et toi tu nous a livrés au pillage, à la captivité et à la mort, et tu as fait de nous la fable et Tobjet des railleries de toutes les nations parmi lesquelles nous avons été dispersés. Et maintenant ils sont conformes à la vérité, tous tes arrêts^ dont tu m'as frappé à cause de mes péchés et de ceux de mes pères, parce que nous n'avons pas agi selon tes commandements. Car nous n'avons point marché fidèlement devant toi. Maintenant agis-en avec moi selon ton bon plaisir; ordonne que mon souffle vital soit enlevé, afin que je m'en aille et redevienne poussière. Car il vaut mieux pour moi de mourir que de vivre, après avoir dû entendre des reproches mensongers, et je suis profondément attristé. Ordonne que je m'en aille de cette misère, au lieu d'où l'on ne revient pas. Ne détourne point ta face de moi ' I

' Ce même jour il arriva que Sarra, fille de Ragouël d'Ecbatane en Médie, fut injuriée par les servantes de son père, parce qu'elle avait été mariée à sept maris, que le méchant démon Asmodée avait tués avant qu'ils eussent consommé le mariage. Elles lui dirent : Tu es bien sotte d'étrangler tes maris I tu en as déjà eu sept, et tu n'as porté le nom d'aucun d'eux .... Pourquoi nous bats-tu ? S'ils

notre texte grec, c'est la femme qui dit (comme celle de Job) : Où sont tes aumdoes, etc. ? c'est-à-dire : ton malheur ne t'a donc pas corrigé de ta foi en un Dieu Juste : tu vois pourtant ce que t'a valu ta charité ! En m6me temps, elle se met au point de vue des amis de Job qui, du malheur de celui-ci, concluent h sa culpabilité. Ce sont deux jugements au fond opposés et partant de deux points de vue différents. Tobit n'a plus d'autre consolation que la prière.

1 D'après le sens de la phrase hébraïque correspondante.

2 Litt. : Tes nombreux arrêts, c'est-à-dire les différents malheurs qui m'ont frappé coup sur coup. — Les phrases qui précèdent se rencontrent fréquemment dans les prophètes, surtout dans Jérémie.

3 Cela veut dire : Exauce-moi. — Il est à remarquer que l'auteur du livre n'a point d'autre idée do la vie future, que celle qu'on retrouve partout dans la littérature hébraïque. Il n'est pas question d'une âme qui monte au ciel, ni d'un séjour éternel qu'elle y ferait. C'est le point de vue de la psychologie de la Genèse II, 7 ; III, 19, qui se retrouve encore Ps. CIV, 29 suiv. Écclésiaste III, 19 suiv.; IX, 5 suiv. ; XII, 1, etc. Comp. plus bas, chap. III, 10.

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sont morts, va t'en avec eux, que nous ne voyions jamais de toi ni fils ni fille * !

*^ Quand elle entendit cela, elle en fut tellement afQigée qu'elle voulut se pendre ^. Mais elle dit : je suis la fille unique de mon père ; si je fais cela, ce sera une honte pour lui et je ferai que ses cheveux blancs descendent dans THadès avec tristesse'. Et elle se plaça à la fenêtre* et fit cette prière: Béni sois-tu. Seigneur mon Dieu I béni soit à jamais ton nom saint et glorieux I Toutes tes œuvres te louent éternellement. Maintenant, Seigneur, c'est vers toi que je tourne mes yeux et ma face. Ordonne que je quitte cette terre et que je n'entende plus ces reproches. Tu sais, Seigneur, que je suis pure de tout péché avec un homme. Je n'ai point déshonoré mon nom, ni le nom de mon père, sur cette terre de notre exil. Je suis Tunique enfant de mon père, il n'en a pas d'autre qui puisse être son héritier ; il n'y a pas de proche parent, ni de fils d'un tel, pour lequel je pourrais me réserver pour l'épouser*. Il m'est déjà mort sept maris : à quoi bon vivre encore ? Si tu ne veux pas me faire mourir, ordonne qu'on ait pour moi des égards et qu'on ait pitié de moi, pour que je n'entende plus ces reproches ®.

*® Leur prière à tous les deux fut exaucée en présence de la majesté de Dieu'; et Raphaël fut envoyé, pour les guérir tous les deux, savoir, pour ôter les taches blailches des yeux de Tobit, et pour donner Sarra, la fille de Ragouël, en mariage à Tobie, le fils

1 Cet incident du roman rappelle l'antique mythe des anges déchus, qui sont épris des filles des hommes (comp. chap. YI, 14 suiv.]. Le récit est un peu étriqué. Le texte latin est plus explicite ; là où nous avons mis des points, il intercale le fait que Sarra se mit à battre une des servantes, qui reprend ensuite de plus belle. S^ils sont morts, sous-entendu : de mort naturelle. L'imprécation est violente en ce sens, que Sarra, étant fille unique, sa mort comme vierge prive son père de la seule espérance d'avenir qui restait aux Israélites, avec leurs croyances relatives à la vie future, et de plus c'était une honte d'être sans enfants.

^ La Vulgate parle seulement d'un jeûne absolu de trois Jours et trois nuits.

3 Gen. XLII, 38 ; XLIV, 31 .

"1 Dans la direction de Jérusalem [Dan. VI, 11), comme les Mahométans se tournent vers la Mecque.

5 D'après la coutume du lévirat.

^ Dans le texte latin, cette prière est beaucoup plus longue, et, quoique analogue ou

fond, ello n'est en aucune façon la traduction de notre texte grec.

" Le texte rc(;u luit dire à l'auteur : la majesté du grand Kajjhaid. C'est là évideimneiit une iaute et une ahsurilitc. La majesté du d rand, sans substantif, n'est pas non j>lus une iormule usitée^ mal::ré l'hajjitude dos Juifs de ne parler de Dieu qu'en circonlocutions ft en évitant <-\c. prononcer le nom même. Nous n'hésitons pas à insérer ••clui-ci, et à mettre le nom de l'ange dans la phrase suivante.

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de Tobit, et pour enchaîner Le méchant démon Âsmodée. Car c'est à Tobie que revenait le droit d'hériter par elle*.

* C'est à ce moment qae Tobit rentra ' dans sa maison, et Sarra, la fille de Ragouël redescendit de sa chambre. En même temps Tobit se souvint de l'argent qu'il avait confié à Gabacl, à Ragues en Médie, et il se dit : J'ai souhaité la mort ; pourquoi n'appellerais-je pas mon fils Tobie^ afin de l'en informer avant de mourir ? Et l'ayant appelé, il lui dit: Mon fils, quand je serai mort tu m'enterreras, et tu ne négligeras pas ta mère. Honore-la ta vie durant, fais ce qui peut lui être agréable et ne l'afflige point. Souviens- toi, mon fils, qu'elle a couru bien des dangers lorsqu'elle te portait dans son sein. Quand elle viendra a mourir, tu l'enterreras près de moi dans le même tombeau. Pendant toute ta vie, mon fils, souviens-toi du Seigneur notre Dieu, et garde-toi de commettre un péché et de transgresser ses commandements. Pratique la justice ta vie durant, et ne marche pas dans les voies de l'iniquité. Car si tu agis avec droiture, tu réussiras en toutes choses, comme tous ceux qui pratiquent la justice. Fais l'aumône de tes biens, et en la faisant ne lésine point. Ne détourne ton regard d'aucun pauvre, et Dieu ne détournera pas non plus sa face de toi. Exerce la charité selon tes moyens, en raison de ce que tu possèdes; si tu n'as que peu de chose, n'hésite pas à l'exercer en proportion. Car tu amasses ainsi un trésor précieux pour le temps de la gêne. La charité préserve de la mort et empêche qu'on n'entre dans le séjour des ténèbres '. La charité est une excellente offrande faite au Très-Haut, de la part de tous ceux qui l'exercent. Mon fils, garde-toi de tout libertinage, et épouse^ de préférence une femme appartenant à la famille de tes pères, et ne prends pas de femme étrangère, qui ne serait pas de la tribu de ton père, car nous sommes les fils des prophètes^. Noé,

1 Cela veut dire que Tobie était le plus proche parent de Ragouôl, et que Sarra, l'héritiëre unique de son père, devait se marier dans la parenté. A moins que l'auteur n'ait oublié sa précédente narration, il faut donc admettre que les sept premiers maris avaient tous été das cousins. Mais on pourrait aussi s'en tenir tout simplement à l'idée que l'union do Tobie et de Sarra était chose décidée par la Providence (chap. VI, 18). Voyez cependant chap. 1,9; IV, 12 ; VI, 13.

2 On remarquera que Tobit ne parle plus à la première personne.

3 On sait, par Thistoire évangéliquc, que le judaïsme exaltait, comme les vertus capitales, TaumOnc, lo jeûne et la prière. Avec les croyances religieuses du temps, déjà constatées plus haut (page 593, note 3), nous comprenons que lexercice do ces vertus ait été considéré comme pouvant (^trc récompensé par une longue vie.

^ A partir d'ici, le texte lalin est tout dilTéreut.

^ Dans le sens qu'indiquent les noms propres qui suivent.

Abraam, Isaac, Jacob, sont dos pères dès la plus haute antiquité. Souviens-toi, mon fils, qu'eux tous ont pris des femmes dans leur parenté ^ et qu'ils ont été bénis dans leurs enfants, et que leur race possédera la terre '. Et maintenant, mon fils, aime tes frères et ne te détourne pas avec dédain de tes frères, des fils et des filles de ton peuple, de manière à ne pas choisir ta femme parmi eux. Car Torgueil amène «la ruine et beaucoup de troubles, et avec Toisiveté' vient Tappauvrissement et Tindigence : Toisiveté est la mère de la famine. Que le salaire de ceux qui travaillent pour toi ne reste pas chez toi: donne-le leur immédiatement. Si tu obéis à Dieu^, tu en seras récompensé. Prends garde à toi, mon fils, dans tout ce que tu fais, et sois toujours prudent dans ta conduite. Ne fais à personne ce que tu hais^. Ne bois pas du vin de manière à t' enivrer, et que rivrognerie ne soit pas ta compagne de route. Donne de ton pain à qui a faim, et de tes vêtements à qui est nu. Donne en aumônes ce que tu as de superflu, et en faisant Taumône ne lésine point. Jette ton pain avec libéralité sur le tombeau des justes *, et ne le donne pas aux méchants. Prends conseil de tout homme prudent et ne méprise aucun conseil utile. Et en tout temps bénis le Seigneur Dieu, et demande-lui qu'il veuille aplanir ton chemin et faire en sorte que tes projets et tes entreprises réussissent. Car nul mortel ne peut se diriger lui-même; c'est le Seigneur qui donne tout ce qui est bon, et il humilie qui il veut, selon son bon plaisir. Et maintenant, mon fils, souviens-toi de mes recommandations et prends garde qu'elles ne s'effacent pas de ton cœur. Finalement je t'informe que j'ai confié dix talents d'argent à Gabaël [frère] de Gabrias, à Ragues en Médie'. Et ne te laisse pas effrayer, mon fils, parce que nous

^ Pour Noé, c est une supposition des Rabbins, qui partaient du point de vue que la seule famille du patriarche, de la ligne directe d'Adam, fut Jugée digne d'être sauTëe du déluge.

^ Réminiscence des promesses faites aux Patriarches, relativement à la possession du pays de Canaan. L'espérance subsiste, même dans la triste condition de Tactualité.

3 Sens douteux. D'autres traduisent la fierté. Il s'agirait alors toujours du dédain d'un jeune homme riche, refusant de s'allier avec une famille juive.

4 Lév. XIX, 13. Deut. XXIV, 15.

•^ Ce que tu ne voudrais pas qu'on te fît.

^ Nous traduisons aussi littéralement que possible (il y aurait proprement: verse-le), parce que nous ne savons pas ce que cette phrase signilîe. Il ne s'agit pas de repas runéraires coinnie on en faisait chez d'autres peuples, mais que les Juifs ne connaissaient pas. Dailleurs. ces repas se faisaient eu famille. Nous aimons mieux songer à des secours tlunnés dans des occat^^ions de deuil.

~ Le texte lutin insère ici très-justement la mention de l'injonction donnée au fils d "aller recouvrer cet argent.

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