‹ La Bible (volume 3)Chapitre 58 sur 84 · T013IE V, 14-22. VI · texte numérisé non relu

T013IE V, 14-22. VI

comme nous allions ensemble à Jérusalem pour y faire nos dévotions, et y porter les prémices et les dîmes des produits ; ils ne se sont pas laissé entraîner aux égarements de -nos frères*. Tu es d'une bonne souche, mon frère. Mais dis-moi quel salaire je te dois donner. Une drachme par jour*, ei ce qu'il te faut pour ton entretien, ainsi qu'à mon fils ? Et outre le salaire convenu, je te donnerai quelque chose en sus, si vous revenez en bonne santé. Et ils s'accordèrent ainsi. Puis il dit à Tobie : Prépare-toi pour la route et puisse votre voyage être heureux I Et quand le fils eut tout préparé pour le voyage, son père lui dit : Pars avec cet homme ; que le Dieu qui demeure au ciel fasse réussir votre voyage, et que son ange vous accompagne ! Et ils sortirent tous les deux pour partir, et le chien du jeune homme s'en alla avec eux.

" Cependant sa mère Anna se mit à pleurer et dit à Tobit : Pourquoi as-tu fait partir notre enfant ? N'était-il pas notre soutien ' tant qu'il vivait avec nous ? Cet argent n'aurait pas eu besoin de s^ ajouter à celui que nous avons * ; qu'il soit plutôt sacrifié pour notre enfant. Comme le Seigneur nous a accordé la vie, cela doit nous suffire. Mais Tobit lui répondit : Ne t'en préoccupe pas, ma sœur! Il reviendra en bonne santé et tes yeux le reverront. Car un bon ange l'accompagnera, et son voyage sera heureux, et il reviendra sain et sauf. * Alors elle cessa de pleurer.

* Les voyageurs arrivèrent sur le soir près du fleuve Tigris *, et s'y arrêtèrent pour passer la nuit. Le jeune homme y étant descendu pour se baigner, un poisson s'élança de l'eau et voulut le dévorer. Mais l'ange lui dit : Saisis le poisson ^. Et le jeune homme le saisit et le jeta sur le sol. Alors l'ange lui dit : Ouvre-lni le ventre, enlève le cœur, le foie et le fiel, et garde-les soigneusement. Tobie fit ce que l'ange lui disait ; quant au poisson, ils le mangèrent après l'avoir fait frire'. Puis ils continuèrent leur route jusqu'à Ecbatane.

iChap. I, 5.

2 Un peu moins qu'un franc.

3 Liit. : le bâton de notre main en entrant et en sortant devant nous.

'^ Toute cette phrase est obscure et l'interprétation n'est rien moins que sûre. Nous supposons qu'elle veut faire dire à la mère : Nous aurions pu nous passer de ces dix talents qu'il faut aller chercher si loin, au péril de la vie d'un enfant unique et chéri.

5 Comme Ninive elle-même était située sur le Tigre, il faudrait admettre ici une bévue de l'auteur, si Ton ne savait par Hérodote (livre V, 52) que plusieurs affluents (le la rive gauche du fleuve portaient quelquefois le mOme nom.

^ Nos pères se sont donné l)eaucoup de peine pour déterminer res})èce assez crancîe pour (It'îvorer un homme, (;t assez petite eu même temps pour être tirée hors de IVou par une main, l ii h'cteur sensé s'y arrêtera tout aussi peu (ju'au poisson de Jonas.

~ Le texte latin dit «pi'ils subsistèrent, pendant h' reste du voyage, movcinianl 1j eliair du poisson (ju"ils emportèrent, après l'avoir sah!'e.

TOBiE VI, "T-ie. 599

' Cependant le jeune homme dit à l'ange : Azarias, mon frère, qu'est-ce donc que ce cœur , ce foie et ce fiel de poisson ? Et il répondit : Quant au cœur et au foie , si un démon ou un mauvais esprit moleste quelqu'un, homme ou femme, il faut en faire une fumigation devant lui, et il ne sera plus molesté. Quant au tiel, il faut faire une friction avec elle à quelqu'un qui a des taches blanches aux yeux et il sera guéri.

^'^ Comme ils s'approchèrent de Ragué*, l'ange dit au jeune homme: Aujourd'hui nous demanderons l'hospitalité à Ragouël. Il est ton parent et il a une fille nommée Sarra. Je lui parlerai au sujet d'elle, pour qu'elle te soit donnée en mariage ; car son héritage te revient de droit, parce que tu es le seul de sa famille, et la jeune personne est belle et sage. Écoute-moi bien ; je parlerai d'elle à son père, et quand nous reviendrons de Ragues, nous ferons la noce. Je sais que Ragouël ne peut la donner à personne d'autre, d'après la loi de Moïse, à moins d'encourir la peine de mort ^, parce qu'il t'appartient à toi, de préférence à tout autre, de recueillir cet héritage. Alors le jeune homme dit à l'ange: Azarias, mon frère, j'ai entendu dire' que cette jeune personne a déjà été mariée à sept hommes et que tous ont péri dans la chambre nuptiale. Or, je suis le fils unique de mon père et je crains qu'en y entrant à mon tour je ne meure comme les autres ; car elle est aimée d'un démon qui n'en veut qu'à ceux qui s'approchent d'elle. Je crains donc de mourir aussi et d'être cause que mon père et ma mère descendent au tombeau avec tristesse ; et ils n'ont pas d'autre fils qui leur donnerait la sépulture. L'ange répondit : Tu ne te souviens donc pas de ce que ton père t'a enjoint relativement au choix d'une épouse à chercher dans ta parenté*? Maintenant, écoute-moi, mou frère : c'est elle qui sera ta femme ; tu

1 Comme ce qui va ôtre raconté se passe à Ecbatane et non à Ragues, on a pensé que le texte est fautif ici, d'autant plus que plus loin les deux endroits sont distingués. Il est moins probable que Ragué [rorthographc du nom est un peu différente) ait été une localité autrement inconnue près d'Ecbatane.

2 La loi (Nomb. XXXVI, 6 suiv.) défendait aux filles héritières (c'est-à-dire qui n'avaient pas de frères) de se marier hors de leur tribu. Notre auteur qui vivait à une époque où cette loi était tombée en désuétude, comme n'ayant de raison d'ôtre que pour la Palestine et la propriété foncière, l'applique ici dans un sens outré, en ce qu'il la confond avec celle qui règle le mariage entre beau- frère et belle-sœur. Autrement il aurait supposé que la famille de Tobie était alors la seule existante de la tribu de Neftali. Du reste, la loi ne dit pas mot de la peiné de mort.

^ Encore un trait par lequel le conteur trahit une certaine négligence dans la rédaction. 11 n'avait pas parlé jusque-là de rapports entre les deux familles.

^ Il ne faut pas demander d'où l'ange savait cela ? Il ne faut pas môme répondre qu'un ange sait tout. Il suffit à l'auteur que ses lecteurs le sachent (chap. IV, 12).

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