TOBIE X, 4-13. XI
Et elle se mit à le pleurer, et s'écria : Je ne me soucie plus de rien *, ô mon enfant^ après t'avoir laissé partir, toi la lumière de mes yeux ! Tobit lui dit : Sois tranquille, ne t*en préoccupe pas : il est en bonne santé. Mais elle répliqua : Tais-toi, ne me trompe pas, mon enfant est mort. Et tous les jours elle sortait et se rendait sur la route qu'il avait suivie en partant ; de jour elle ne prenait aucun repos, de nuit elle ne cessait de pleurer son fils Tobie. Cela continua jusqu'à l'expiration des quinze jours de la noce, pendant lesquels Ragouël l'avait conjuré de rester.
^ Cependant Tobie dit à Ragouël : Laisse-moi partir ; autrement mes parents n'espéreraient plus me revoir. Le beau-père répondit : Reste chez moi ; j'enverrai chez ton père pour lui faire savoir de tes nouvelles. Mais Tobie reprit : Laisse-moi rentrer chez mon père ! Alors Ragouël lui remit Sarra sa femme, et la moitié de son avoir, esclaves, bétail et argent, leur donna sa bénédiction et les laissa partir en disant : Que le Dieu du ciel vous fasse prospérer, mes enfants, avant que je meure. Puis il dit à sa fille : Honore les parents de ton mari ; ils sont maintenant les tiens : puissé-je toujours avoir de toi de bonnes nouvelles. Et il l'embrassa. Et Edna dit à Tobie: Que le Dieu du ciel te ramène chez toi, mon cher frère, et qu'il m'accorde la grâce de voir des enfants de toi et de ma fille Sarra, pour que je me réjouisse devant le Seigneur. Vois-tu, je te confie ma fille comme un précieux dépôt; ne la traite pas mal.
Alors Tobie partit en bénissant Dieu de l'heureuse issue de son voyage ; il bénit aussi Ragouël et sa femme Edna.
* Chemin faisant, quand ils furent arrivés tout près de Ninive, Raphaël dit à Tobie : Tu sais, mon frère^ en quel état tu as laissé ton père ; eh bien, prenons les devants, en laissant ta femme en arrière, et allons préparer la maison ; mais munis-toi du fiel du poisson. Et ils s'en allèrent suivis du chien. Cependant Anna était assise là, regardant sur la route après son fils. Lorsqu'elle le vit venir, elle dit à son père : Voici mon fils qui vient, et l'homme qui l'a accompagné ! (Raphaël avait dit à Tobie : Je sais que ton père recouvrera la vue ' ; tu n'as qu'à oindre ses yeux avec le fiel ; cela lui causera une démangeaison, il se les frottera, les taches blanches disparaîtront, et il te verra ^.) Et elle courut au devant de son fils
1 Sens douteux. On a proposé de lire : Toi seul tu es mon souci.
2 On pourrait aussi traduire : Je sais qu'il ouvrira les yeux (tout aveugle qu'il est) ; tu profiteras de ce moment pour, etc. Dans ce cas, Tessentiel aurait été d'introduire le remède dans roeil môme.
3 Ici le texte latin intercale une scène touchante. C'est le chien qui prend les devants et arrive le premier chez le vieux Tobit, qui le reconnaît à ses caresses, et court aussitôt à la rencontre de son fils, sans songer à sa cécité et au risque de se faire du mal.