PAGES DU ROI DARIUS
Dans Tune des deux rédactions grecques du livre d'Esdras, dont nous parlons à propos du texte hébreu de ce même livre, est inséré un petit conte pliilosophique qui n'a absolument rien de commun avec l'ouvrage dont il fait maintenant partie. Il en forme les chapitres III et IV, d'après la division actuelle.
Trois pages du roi Darius, fils d'Hystaspe, s'engagent dans une espèce de concours ou de joute d'esprit, en inscrivant chacun dans un bulletin cacheté le nom de la chose qu'il estime être la plus puissante au monde. Ils s'arrangent en sorte que le roi trouve ces bulletins et décide lequel des trois aura été le plus près de la vérité. En effet, le roi, ayant lu les trois mots , assemble sa cour et invite les concurrents à soutenir leurs thèses respectives. Le premier plaide pour la supériorité du vin, le second pour celle du roi, le troisième exalte d'abord celle des femmes, mais il ajoute qu'il y a quelque chose de plus puissant que tout le reste, c'est la vérité. C'est lui qui remporte le prix, et pour récompense il obtient, sur sa demande, la permission d'aller reconduire une colonie de Juifs à Jérusalem, pour rebâtir la ville et le temple, et des lettres royales qui enjoignent aux gouverneurs des provinces voisines de lui prêter assistance. Ce troisième, c'était Zorobabel.
On voit tout d'abord que nous n'avons pas là de l'histoire authentique. D'après celle-ci, ce n'est pas Darius, mais Gyrus, le vainqueur de l'empire de Babylone, qui fit ce qui est ici attribué à son successeur, et c'est sous lui déjà que Zorobabel fut mis à la tête de la première colonie d'émigrants, et investi d'un pouvoir politique, à l'effet d'assurer l'exécution de la volonté du souverain et la sécurité du nouvel établissement.
Mais il est tout aussi évident que ce cadre fictif n'a été pour l'auteur de cette pièce, égarée aujourd'hui au beau milieu d'un ouvrage d'histoire, qu'un accessoire d'une minime importance. La chose essentielle pour lui, c'était la discussion des trois thèses. A cet égard, il n'est pas difficile de découvrir, dans la succession des trois plaidoyers, une gradation très-marquée. Le premier orateur s'arrête à signaler la puissance 'toute matérielle et grossière du vin, qui peut aller jusqu'à dominer la raison au point de dégrader Thomme. Le second dépeint la puissance ])olitique et militaire du roi, qui asservit la volonté de ses sujets et les contraint à des actes et à des sacrifices contraires à leurs intérêts. Le troisième préconise la puissance des femmes, qui l'exercent en employant des moyens d'une nature toute différente et qui captivent l'esprit des hommes, même celui des rois, au point que toute autre considération, tout autre bien ou lien, n'a plus de valeur ni de force quand elles sont en cause. Ces trois discours, et surtout le dernier, sont assaisonnés de traits piquants et en partie pleins de malice, et le lecteur croit n'avoir devant lui qu'une satire, inspirée par le dédain, ou un tableau de mœurs dessiné par l'ironie. Mais la tournure que la scène prend à la fin, nous révèle le véritable but de l'auteur. La puissance matérielle, celle qui est fondée sur les passions et sur les instincts sensuels, ou sur la force physique, n'est rien en comparaison de la puissance spirituelle, résumée ici dans la notion de la vérité, que nous aurions bien tort de comprendre tout simplement comme l'opposé de l'erreur ou du mensonge. Sans doute, cette antithèse y est aussi, mais il n'est pas moins certain qu'il s'agit ici de la vérité reUgieuse et morale en général, qui finit par triompher de tout ce qui lui est contraire.
La forme de ce petit conte est un peu négligée. Mais cela ne lui enlève rien de sa valeur comme étude philosophique. Il est d'origine hellénistique, et il ne saurait être question d'un original hébreu. Quant à l'époque de sa composition, il est impossible de hasarder aucune conjecture tant soit peu plausible. On peut seulement affirmer que le livre dans lequel il se trouve inséré est onlcrieur a la seconde moitié du premier siècle de notre ère. riiistorieii Jusùplie Tayaut eu sous les yeux, cl que le coûte luiiiiènic est liécessaireiiienl encore antérieur à ce livre.
Un jour le roi Darius donna un grand festin à tous ses subordonnés et à tous ses domestiques *, et à tous les grands dignitaires de la Mcdie et de la Perse, ainsi qu'à tous les satrapes, gouverneurs et préfets, qui administraient les cent vingt-sept provinces' de son empire, depuis Tlnde jusqu'à TÉthiopie. Ayant mangé et bu à satiété, ils se retirèrent, et le roi Darius se retira dans sa chambre à coucher, et s'endormit, mais d'un sommeil souvent interrompu ^
^ Alors les trois jeunes pages gardes du corps, qui veillaient auprès du roi, se dirent l'un à l'autre : Nommons chacun un mot * qui marque ce qu'il y a de plus puissant ; et celui dont le mot sera reconnu comme étant le mieux choisi*, doit recevoir® du roi Darius de grands cadeaux pour prix de sa victoire, et la permission de se vêtir de pourpre et de boire dans des gobelets d'or, et de se coucher
1 Les domestiques sont ici, d'après le terme du texte, les esclaves nés dans la maison même, comme tels, et non achetés. Les subordonnés doivent être tous les servi* teurs attachés au palais et à la personne du roi.
2 Comp. Esther I, 1; VIII, 9. Dan. VI, 2.
3 Cette dernière circonstance est peut-être mentionnée afin d'expliquer pourquoi les pages veillaient et devaient tûcher de ne pas s'assoupir.
^ Litt. : un mot qui soil le plus puissant. Locution elliptique, suffisamment expliquée par la suite du récit. L'auteur aura voulu dire : la chose [dahar).
5 Litt. : plus sage (plus fin, plus spirituel) que l'autre.
^ Litt. : le roi lui donnera. Ce simple futur, exprimant la certitude, peint à merveille la naïveté de ces jeunes gens, si l'on n'aime mieux y voir l'intention de l'auteur, d'exalter d'avance la sagesse du vainqueur. Voyez cependant la suite.
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sur un lit doré, de plus, un char avec un harnais d'or et un turban de byssus et un collier, et il aura son siège immcîdiatcment à côte de Darius, à cause de sa sagesse, et aura le titré de cousin du roi. Alors ils écrivirent chacun son mot, le scellèrent et le posèrent sous Toreiller du roi Darius, en disant : Lorsque le roi s'éveillera, on lui remettra l'écrit S et celui dont le mot sera jugé, par le roi et les trois grands dignitaires de la Perse', être le mieux choisi, recevra le prix, comme cela a été écrit '. L'un écrivit : Le plus puissant, c'est le vin. L'autre écrivit : Le plus puissant, c'est le roi. Le troisième écrivit : Ce qu'il y a de plus puissant, ce sont les femmes ; cependant la vérité l'emporte sur toutes choses.
" Lorsque le roi s'éveilla, on prit l'écrit et on le. lui donna. Quand il l'eut lu, il fit appeler tous les grands dignitaires de la Perse et de la Médie, ainsi que les satrapes, gouverneurs, préfets et présidents, et ayant pris place dans la salle du conseil, et l'écrit ayant été lu en leur présence, il dit : Appelez ces jeunes gens, pour qu'ils exposent eux-mêmes leurs pensées ^ Ils furent donc appelés, et quand ils furent entrés, on leur dit de s'expliquer au sujet de ce qu'ils avaient écrit.
*^ Alors le premier, celui qui avait parlé de la puissance du vin, prit la parole et s'exprima ainsi : Seigneurs ^, vous demandez comment le vin est la chose la plus puissante^? Il égare la raison de tous ceux qui en boivent. Il fait que l'esprit du roi et celui de l'orphelin, celui de l'esclave et celui de l'homme libre, celui du pauvre et celui du riche, soient dans la même disposition ; et cette disposition, c'est celle de la joie et de la bonne humeur, où l'on ^ ne se souvient plus d'aucun chagrin ni d'aucune dette ; où l'on ne se soucie ni du roi ni du satrape. Il rend tout le .monde riche ^, et fait qu'on ne
1 Le texte parle toujours d'un écrit. Peut-être doit-on supposer les trois bulletins rois sous le même couvert.
*^ Ailleurs^ dans Thistoiro^ il est question de sept personnages du rang suprême^ dans l'empire persan.
3 Ici on est amené à penser que les pages avaient cus-mOmcs et directement spécifié par écrit quel devait être le prix.
"* Litt. : leurs mots (leurs thèses) .
^ En grec : Hommes. L'allocution par Homme, Femme, n'a rien d'inconvenant dans le style biblique.
•'• Nous prenons cette ])lH'use pour une question, comme cela se voit aus>i a.ix ilou\ autres discours, et par conséquent nous avons mis les mots : vous demandez. D'antres y voient une exclamation : Que le vin est puissant !
~ Litt. : // (le vin) ne se souvient plus.
"^ L'ima^nnation se donujnt lilife carrière, et le j-remier stade de livres^e élaul cela; de la i^Niité.
parle plus qoe de millions '. Quand les gens ont bu'^, ils ne songent plus à être les amis de leurs amis et de leurs frères, et ils ne tardent pas à tirer l'épée. Et quand ils ont cuvé leur vin, ils ne savent plus ce qu'ils ont fait. 0 Seigneurs! le vin n'est-il pas bien puissant, puisqu'il porte les hommes à tout cela?
* Après avoir dit cela, il se tut, et le second, qui avait parlé de la puissance du roi, s'exprima en ces termes : 0 Seigneurs ! les hommes', qui sont les maîtres de la terre et de la mer, et de tout ce qui s'y trouve, ne sont-ils pas ce qu'il y a de plus puissant ? Or, le roi est plus puissant encore, car il les gouverne et les domine, et ils lui obéissent en tout ce qu'il leur ordonne. S'il leur commande de faire la guerre les uns aux autres, ils la font; s'il les envoie contre les ennemis, ils marchent et démolissent les montagnes^, les murailles et les tours ; ils tuent et se font tuer, et ne désobéissent point à l'ordre du roi. S'ils sont vainqueurs, c'est au roi qu'ils apportent leur butin et tout le reste. Et ceux qui ne sont pas militaires et qui ne vont pas combattre, mais cultivent la terre, eux aussi, après avoir fait leurs semailles et leur récolte^ en apportent une part au roi, ils se forcent même les uns les autres à en faire l'apport^. Lui seul a un pareil pouvoir. S'il ordonne de mettre à mort, on met à mort ; s'il ordonne de relâcher, on relâche ; s'il ordonne de frapper, on frappe ; s'il ordonne de dévaster, on dévaste ; s'il ordonne de rebâtir, on rebâtit ; s'il ordonne d'arracher, on arrache ; s'il ordonne de planter, on plante. Son peuple^ son armée, tout le monde obéit. Avec cela, il se met à table, il mange, il boit, il dort, tandis que les autres, placés en cercle autour de lui, l'observent, et nul ne peut s'absenter pour faire sa propre besogne, ou refuser d'obéir à ses ordres. O Seigneurs ! comment le roi, qui se fait obéir à ce point, ne serait-il pas ce qu'il y a de plus puissant ?
*^ Quand il se tut, le troisième, qui avait nommé les femmes et la vérité (c'était Zorobabel), prit la parole et dit : Seigneurs ! Oui, le roi est grand ^, et les hommes sont nombreux'', et le vin est puis-
1 Le grec dit : de talents, ce qui serait équivoque en français.
2 Quand ils sont arrivés au second stade, celui de la mauvaise humeur.
3 Le genre humain.
"^ L'auteur a sans doute songé aux châteaux construits sur les montagnes.
^ Nous choisissons exprès ce mot, parce que en grec c'est par lui qu'est désigné le tribut, et que cela doit faire un jeu de mots avec apporter,
^ Litt. : n'est-il pas grand ? L'orateur accorde que ce qu'ont dit ses prédécesseurs est relativement vrai.
*? Phrase obscure. On propose d'y ajouter : qui lui obéissent ; ou de dire que le nombre des sujets doit donner du relief à la grandeur du roi. Ne pourrait-on pas
sant. Mais (|ui donc les domine tous et leur est supérieur? Ne soui-ce pas les femmes? Ce sont bien les femmes qui ont mis au monde et le roi et toute cette population qui est maîtresse de la mer et de la terre. C^est d'elles que sont nés, et ce sont elles qui ont nourri ceux qui ont planté les vignes d'où provient le vin. Ce sont elles qui font les habits des hommes, et tout ce qui sert à les distinguer; bref, les hommes ne sauraient exister sans les femmes. Quand ils ont ramassé de Tor et de T argent, et tout ce qu'il y a de plus beau, et qu'ils voient une femme belle et charmante, ils laissent tout cela, et s'arrêtent bouche béante pour la contempler, et tous^ tant qu'ils sont^ ils la convoitent de préférence à Tor, à l'argent et à tout ce qu'il y a de plus beau. L'homme abandonne son père qui Ta élevé, et quitte sa patrie, pour s'attacher à sa femme. En mourant, il ne songe qu'à sa femme ; il a oublié père, mère et patrie. A tout cela vous devez reconnaître que les femmes vous dominent. Vous travaillez, vous vous fatiguez — n'est-ce pas aux femmes que vous donnez et apportez tout ? Tel prend son épée et s'en va rôder par les chemins, faire le brigand et le voleur, ou bien il ose traverser les mers et les fleuves, il affronte le lion, il marche dans les ténèbres, et quand il a volé, pillé, dépouillé, c'est à sa bien-aimée qu'il l'apporte*. Plus que père et mère, l'homme aime sa femme. Il y en a beaucoup qui ont perdu la tète à cause des femmes ; d'autres sont devenus esclaves à cause d'elles, et un bon nombre ont péri, ou se sont égarés, ou ont commis des péchés à cause des femmes. Vous ne voulez pas m'en croire ? Mais le roi n'est- il pas grand par son autorité? Le monde entier ne craint-il pas de toucher à sa personne? Hé bien, moi je l'ai, vu avec Apamé, la tille du noble Bartakos, sa concubine, assise à sa droite ; elle lui enlevait le diadème de la tête et se le mettait à elle-même, en lui donnant une tape de la maie gauche, tandis que lui la regardait la bouche entr'ouverte. Lui souritelle, il rit ; se fàchc-t-elle, il la caresse jusqu'à ce qu'elle soit réconciliée ^. 0 Seigneurs, comment les femmes, qui font de telles choses^ ne seraient-elles pas puissantes ?
rapprocher co mot de ce que le second page avait dit au début : non seulement le roi, les hommes en général sont puissants. Le mot Hommes serait pris dans son sens général, comme l'autre l'avait employé aussi ; mais Zorobabel songerait de préférence
il riiomme qui est le maître <le la terre, c'est-à-dire au sexe masculin.
^ Aucun (langer ne Tarrcte, lui, clans ses expéditions, et en fin de compte c'est cllo (jui en j)r"'iite.
* Qu'un page ait pu voir tant de choses, cela se coneoit ; mais qu'il les ail tlile< ^i nialicieuseiuenl devant toute la cour assemblée, cela lait voir que nous lisons ici uii roman à tendance et non une histoire. Voyez aussi le v. 37.
" Lîi-dessns le roi et les grands officiers se regardèrent Tun l'autre. Cependant il commença à parler de la vérité. Seigneurs, dît-il, oui, les femmes sont puissantes ; grande est la terre, haut est le ciel, rapide dans sa course est le soleil, qui fait le tour du ciel et revient à son point de départ en un seul jour * ; certes, il '^ est grande celui qui fait cela : mais la vérité est plus grande et plus puissante que tout cela. Toute la terre l'appelle, le ciel la bénit, tout ce qui existe la craint et tremble'; en elle il n'y a point de défaut^. Le vin a des défauts, le roi a des défauts, les femmes ont des défauts, tous les mortels ont des défauts ; leurs actes, tous tant qu'ils sont, en ont ; la vérité n'y est point, et c'est par leurs défauts qu'ils se perdent. Mais la vérité subsiste et reste puissante à jamais; elle vit et domine aux siècles des siècles^. Chez elle il n'y a pas de partialité, d'acception de personne; elle fait ce qui est juste, se séparant® de ceux qui sont injustes et méchants, et tout le monde applaudit à ses actes. Dans ses arrêts il n'y a rien d'injuste. C'est elle qui fait la force et la dignité et la puissance et la grandeur de tous les siècles ^. Béni soit le Dieu de la vérité !
1 La mention de la terre, du ciel et du soleil est sans doute destinée à rappeler qu a côté de la femme (au sujet de laquelle, à vrai dire, l'auteur n'a fait que plaisanter) il y a bien de par le monde des choses réellement et sérieusement grandes, primées cependant, à cet égard, par d'autres qui le sont encore davantage. Il y a ici la double antithèse entre le caprice et la raison d'abord, ensuite entre k matière et l'esprit.
^ Le soleil, et non pas Dieu.
^ Appeler, c'est ici désirer, reconnaître comme profitable ; cela implique l'idée, exprimée plus loin, que la terre ne la possède pas. C'est le ciel qui la possède ; elle est, pour qui l'obtient, un don céleste, une bénédiction ; ceux qui ne l'ont pas (et en général tout ce qui est de la terre, imparfait, défectueux, mauvais], loin de l'appeler, la craignent.
4 Le texte grec dit : rien d'injuste. On verra par ce qui suit pourquoi nous avons préféré une autre expression. En tout cas, celle de l'auteur est une nouvelle preuve de l'intime connexion dans laquelle se trouvent, au gré do la philosophie juive, les deux notions que nous avons coutume de séparer : la vérité théorique et la vérité pratique (abstraite et concrète, le vrai et le bien).
^ Elle finit toujours par l'emporter ; elle triomphe de toutes les erreurs et de toutes les mauvaises intentions. Ce qui va suivre immédiatement se rapporte davantage à ce que nous appelons la justice, dans le sens ordinaire.
<5 Sens douteux. Le texte n'offre que la préposition de.
■^ Évidemment la vérité est ici caractérisée comme l'est ailleurs la sagesse ou l'esprit. Elle est, à vrai dire, un attribut de Dieu, ou si l'on veut, un élément de son essence, et la philosophie en parle facilement comme d'une substance propre et presque personnelle. Si l'auteur avait eu pour but de plaider la cause du monothéisme en opposition avec le polythéisme, le cadre de son conte s'y serait parfaitement prêté. Son véritable but était sur le terrain de l'enseignement pratique.
** Lorsqu'il cessa de parler, toute rassemblée s'écria : Oui, la vérité est grande; c'est elle qui est la plus puissante. Alors le roi lui dit : Demande ce que tu voudras, même au-delà de ce qui a été écrit : nous te raccorderons, puisqu'il se trouve que tu es le plus sage; tu seras assis à mes côtés et tu seras appelé mon cousin.
^' Là-dessus il dit au roi : Souviens-toi du vœu que tu as fait lors de ton avènement au trône, de rebâtir Jérusalem, et d'y faire rapporter tous les vases qui y avaient été pris, et que Cyrus a mis de côté lorsqu'il lit vœu de détruire Babylone, et de les y renvoyer. Et toi, tu fis vœu de rebâtir le temple que les Idumcens * brûlèrent lorsque la Judée fut dévastée par les Chaldéens. Or, c'est là ce que je te demande et ce que je désire, Seigneur roi ; c'est là l'honneur que je réclame de toi^ Je te prie d'accomplir le vœu que tu as fait au roi du ciel, et dont ta bouche a promis de t'acquitter.
♦' Alors le roi Darius se leva et l'embrassa et lui écrivit des lettres pour tous les percepteurs et préfets, gouverneurs et satrapes, afin de pourvoir à ses besoins et à ceux de toutes les personnes qui monteraient^ avec lui pour rebâtir Jérusalem. Il écrivit aussi aux préfets de la Cœlésyrie et de la Phénicie et à ceux du Liban, pour leur ordonner de faire transporter du bois de cèdre du Liban à Jérusalem *, et de l'aider à reconstruire la ville. Et aux Juifs qui voudraient quitter le royaume* pour monter en Judée, il fit remettre des lettres de franchise, portant qu'il serait interdit à tout fonctionnaire, préfet, satrape ou percepteur, d'entrer dans leurs portes*; que tout le territoire qu'ils occuperaient serait exempt d'impôts ; que les Iduméens rétrocéderaient les villages qu'ils avaient enlevés aux Juifs ' ; que pour la construction du temple on leur donnerait annuellement vingt talents, jusqu'à ce qu'elle fût achevée ; que pour les holocaustes à offrir chaque jour sur l'autel, selon qu'il leur est ordonné* (dix-sept^), il leur serait fourni dix autres talents par an;
1 Voyez rintroduction au prophète Abdias.
2 Traduction sujette à caution. On pourrait aussi dire : C'est là Tacte glorieux, etc. ^ Style de l'Ancien Testament. Le voyage à Jémsalem, de quelque côté qu'on
vienne, est toujours une montée [anabasis).
^ Comparez l'histoire do Salomon. Les Phéniciens avaient à se charger du transport par mer, depuis leurs Echelles jusqu'au port le plus voisin de Jérusalem.
•'* L'intérieur.
^' Les portes, d'après une locution bien connue, ce sont les villes clles-mi^mcs ; il no s\i;^it, donc pas sculemeut de la dûrense d'une intrusion chez les individus, inai> d'une • oniplrte rrancliise niuuici])ale.
~ (le «jui n*a jamais eu lieu, et ee «lui n'est allesté par aucune autre source.
^ Par leur loi.
'•' Nous ne savons ce que sifîJiilie ce cliilTre (\uc le> versions omettent. La l i pnrli' de deux af^nieaux. Nond). XX-VIII, :^. Exod. XXIX, *3S. Le nomlire 17 ne s- '•encontre pas dans le rituol ino.«î;iï<jiic.
enfin, qu'à tous ceux qui de. la Babylonie iraient rebâtir la ville, ainsi qu'à leurs descendants, et à tous les prêtres qui se joindraient à eux, serait accordée la liberté *. Il prescrivit aussi ce qu'il y aurait à donner pour l'entretien [des prêtres^] et pour les habits sacerdotaux dans lesquels ils devaient fonctionner, et quant aux Lévites, il prescrivit de pourvoir à leur entretien jusqu'au jour où la construction du temple et de Jérusalem serait achevée. A ceux qui auraient la garde de la ville, il ordonna d'allouer des terres et un salaire. Il renvoya aussi tous les vases que Cyrus avait retirés de Babylone, et tout ce que Cyrus avait ordonné, il recommanda de le faire et de l'envoyer à Jérusalem.
*® Lorsque le jeune homme sortit % il leva les yeux au ciel dans la direction de Jérusalem, et bénit le roi du ciel en disant : De toi la victoire, de toi la sagesse, à toi aussi la gloire : moi, je suis ton serviteur. Béni sois-tu, qui m'as donné la sagesse. C'est toi que je loue. Dieu de mes pères !
^*Et il prit les lettres et partit. Arrivé à Babylone, il en fit part à tous ses frères. Et ils bénirent le Dieu de leurs pères, de ce qu'il leur avait donné la liberté et la permission de monter et de rebâtir Jérusalem et le temple auquel était attaché son nom. Et ils firent des festins avec musique et réjouissances durant sept jours.
' Ceci û'est pas clair. L'auteur a-t-il simplement voulu parler de la permission de partir, ou bien le sons est il que jusque-là les Juifs étaient esclaves?
^ Supplément nécessaire. La lacune provient probablement d'une faute de copiste.
'^ Si Ton s'en tient à la lettre, le roi aurait expédié tous ses ordres écrits séance tenante.