‹ La Bible (volume 3)Chapitre 69 sur 84 · LE LIVRE DE BARUCH · texte numérisé non relu

LE LIVRE DE BARUCH

La Bible grecque et après elle la Bible latine, et en général toutes les versions et éditions faites par des auteurs catholiques, joignent au livre du prophète Jérémie xm pelit écrit intitulé le livre de Baruch. Les Réformateurs l'en ont séparé, et lui ont assigné sa place dans la collection dite des Apocryphes de TAncicn Testament, où on le trouve ordinairement à la suite de l'Ecclésiastique. C'est dans ce recueil spécial la seule pièce qui imite plus ou moins heureusement le style ou Tesprit des anciens prophètes.

On sait que Baruch (Barouk) était le confident ou secrétaire du prophète contemporain de la ruine de Jérusalem , et à ce titre il est plus d'une fois nommé dans le volume de ses discours et mémoires authentiques (chap. XXXVI ; XLIII ; XLV). On sait encore qu'il partagea l'exil de son patron en Egypte, où il resta probablement jusqu'à la mort de celui-ci, et où, selon toute vraisemblance , il mit la dernière main à la rédaction du volume de Jérémie que nous possédons. On comprend que la gloire dont cet illustre et digne maître jouissait auprès de la postérité, a pu rejaillir sur son disciple et familier. Aussi celui-ci a-t-il dû prêter son nom à plusieurs compositions d'un ûge plus récent, parmi lesquelles la plus connue, et la seule qui ait jamais fait partie du code sacré, est celle dont nous allons nous occuper.

GMj IJARUCH.

Commenrons immédialomcnl par dire que, toute courte qu'elle est (elle forme dans nos éditions cinq chapitres, ensemble de 140 versets), nous y distinguons deux documents, étrangers l'un à Tautrc quant à leur origine, et que nous aurons à examiner séparément, avant de rechercher si la liaison, dans laquelle ils se trouvent aujourd'hui , est le résultat d'une méprise ou d'une combinaison intentionnelle.

Voici en deux mots le contenu de la première partie (chap. I à III, 8) : Baruch est censé se trouver à Babylone, avec les déportés. Il leur donne lecture d'un écrit qu'il a composé et qui fait une profonde impression sur les auditeurs. Ils pleurent et jeûnent, et se cotisent pour envoyer à leurs frères de Jérusalem de l'argent avec lequel ceux-ci devront acheter des bêtes pour faire des sacrifices d'expiation. Baruch va porter cet argent en Palestine ; il emporte en même temps les vases du temple qui avaient été enlevés par les Chaldéens et qui lui avaient été remis. Enfin il est chargé d'engager ses compatriotes à prier pour le roi Nabouchodonosor et son fils Baltasar, et de leur remettre l'écrit dont il vient d'être question et qui déjà a été lu à Babylone. Cet écrit , dont le texte occupe le reste du document (chap. I, 15 à in, 8), est une longue prière, commençant par une confession des péchés et se terminant par une humble demande de pardon.

Nous comprenons sans peine que cette prière est la chose essentielle dans cet opuscule. Il ne s'y joint aucune notice historique ultérieure, et celle qui en forme le préambule n'est que le cadre qui devait servir à lui assurer l'intérêt et l'autorité qui s'attache à tout ce qui est ancien et porte un nom vénéré.

En nous exprimant ainsi, nous posons en fait que ce cadre est une pure fiction. Baruch n'a pas quitté Jérusalem dans l'intervalle des deux déportations, et après la ruine du temple il accompagna Jérémie en Egypte. De son temps il n'y a pas eu, comme le veut le texte , de grand-prêtre du nom de loakîm. Ce qui est dit des vases rapportés de Babylone, n'est attesté par aucun texte des livres historiques. Enfin le fils et successeur de Nabouchodonosor ne s'est pas appelé Baltasar. Mais nous ferons surtout vnloir ce fait, que la prière elle-même ne s'adapte ])as k la situation supposée. Klle l'ail allusion à la eataslroplie finale comme à un événement appjirlenant an passé (clia]). Il, 2i') suiv.), tandis ([ue 1(* piéinnl)nle suppose que le culte mosaï([ne se célèbre encore à .Ic'rusalem. el ceux (pii soni censés la i)rononcer sont les

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déportés (chap. II, 14; III, 8), et non ceux qui résident encore dans la patrie ; ou, pour mieux dire, ce sont les Juifs des siècles de la servitude qui parlent ici et qui déplorent la ruine politique de leur nation. Gela est si vrai, que Fauteur met dans leur bouche cette phrase (chap. III, 5) : Oublie les méfaits de nos pères ! phrase assez singulière dans celle des contemporains de Jérémie (qui avaient bien assez à répondre de leurs propres méfaits), mais allant parfaitement à une génération fidèle à son Dieu et pourtant malheureuse, et qui pouvait croire que le juste courroux de Jéhova n'était pas encore apaisé.

Cette pièce a été originairement rédigée en hébreu. Nous signalons dans les notes plusieurs passages qui ne s'expUquent que de celte manière (chap. I, 10; II, 29; III, 4). Elle paraît s'être trouvée jointe au livre de Jérémie dès son origine, ou assez tôt après, car selon toute probabilité c'est à un seul et même traducteur que nous devons le texte grec des deux écrits (voyez la note sur chap. II, 25). Et en général, les réminiscences du livre de Jérémie sont très-nombreuses dans ces quelques pages.

En fait d'idées théologiques , nous n'avons à constater qu'une seule chose, c'est que celle de la résurrection est encore étrangère à l'auteur et à son époque. Du reste, il exprime les sentiments religieux qui nous sont si bien connus par la littérature prophétique, et plus encore il se rapproche du cercle d'idées des Psaumes.

Pour ce qui est de l'époque précise où cet opuscule pourrait avoir été composé, nous n'avons guère le moyen de la déterminer. Il y a cependant un passage qui peut-être devrait nous guider à cet égard. C'est celui où il est question de prier pour Nabouchodonosor et son fils. Qu'il ne s'agisse pas là des rois chaldéens, cela est de toute évidence. Quant à ceux-là, les Juifs n'ont jamais prié pour eux. C'est aussi ce qui nous empêche de souscrire à une opinion émise de nos jours et qui prétend y voir Vespasien et Tite. Comme la fiction du prologue suppose l'existence du temple et la possibilité des sacrifices, cette dernière combinaison est absolument inadmissible. Nous aimons mieux songer aux deux premiers Ptolémées , dont le second a été d'abord co-régent de son père, et à l'époque desquels des sentiments politiques, comme ceux qui sont exprimés ici, n'ont rien d'étrange.

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