‹ La Bible (volume 3)Chapitre 70 sur 84 · BARUCH · texte numérisé non relu

BARUCH

Nous ferons encore remarquer que la prière a beaucoup de ressemblance avec celle qu'on lit au neuvième chapitre du livre de Daniel, au point qu'on ne peut guère se refuser à l'idée qu'il y a ici plus qu'une rencontre fortuite, bien que des compositions de ce genre doivent toujours présenter entre elles une grande analogie. S'il fallait songer à un rapport de dépendance, la priorité appartiendrait en tout cas à Baruch (voyez la note sur chap. II, 17).

La seconde partie (chap. III, 9 à V, 9) commence sans préambule et sans formule de transition quelconque, par une allocution à Israël. Le peuple est invité à écouter les conseils de sagesse qui vont lui être donnés. Il est depuis longtemps sur la terre étrangère, parce qu'il a abandonné la source de la sagesse et n'a pas marché dans la voie de Dieu. A ce propos, l'auteur exalte la sagesse, tout à fait dans le même sens que nous l'avons vu faire à ceux dont les ouvrages viennent de passer sous nos yeux, quoiqu'il le fasse sans trop abuser des ressources de la rhétorique. Mais sa thèse, à lui aussi, est celle que le peuple élu seul est en possession d'une règle émanée directement de Dieu, la sagesse divine s'étant pour ainsi dire incorporée à la Loi, et que ceux qui la suivent s'assurent la vie et le bonheur (chap. III, 9 à IV, 4).

Après cela, suit une description du triste état de la nation israéUte depuis le fatal événement qui a mis fin à son indépendance ; cet état est considéré comme la peine méritée de toutes les transgressions de la loi dont elle s'était rendue coupable. Par une tournure ingénieuse, ce tableau est mis dans la bouche de Jérusalem elle-même, qui est personnifiée, comme elle l'a été, par exemple, dans la première élégie du livre des Lamentations. Ce morceau aboutit cependant à la perspective d'une restauration, comme c'est presque toujours le cas dans les nombreux tableaux analogues qu'on a pu lire chez les prophètes (chap. IV, 5-29).

Enfin l'auteur, reprenant la parole pour son propre compte, termine en traduisant ses espérances en promesses formelles et consolantes, dans la rédaction desquelles il emploie plus abondamment encore les phrases et les images devenues autrefois presque stéréotypes (cliyp. IV, 30 ù V, 9).

Voyons inaiiitciiMiit ce qu'il y a à dire sur celte pièce au fond si simple et si naturelle, el dans laquelle il ne se trouve, pour ainsi dire el à première vue, pas un mol ([ui pourrait nous empêcher de croire que c'est quelque fragment d'un ancien prophète con-

tcmporain de l'exil, si toutefois nous le possédions dans un texte hébreu. Cependant à y regarder de plus près, on constate deux faits* également importants, qui ne permettent pas une pareille supposition. C'est d'abord qu'un texte hébreu n'en a jamais existé. Le langage grec de l'auteur est d'une pureté remarquable, et il n'y a pas la moindre trace d'une rédaction dépendante d'un original écrit dans un idiome différent. Ensuite l'auteur n'a pas réussi à se mettre à un point de vue historique nettement déterminé. D'un côté, il fait parler Jérusalem comme si sa ruine était un fait tout récent et comme si la déportation se consommait en ce moment même ; ailleurs on voit qu'un long intervalle, peut-être plus d'un siècle, le sépare, lui et la génération à laquelle il s'adresse, de ces événements à jamais déplorables. Il y a donc encore une position fictive qu'il n'a pas su maintenir, l'actualité l'emportant sur la rhétorique et l'imagination.

Ajoutons encore que ce qui est dit de la sagesse et de son action, soit dans le monde en général, soit surtout au sein du peuple élu, nous replace immédiatemnt dans le cercle d'idées que nous connaissons par le Siracide, et mieux encore par le livre de la Sapience. Ce qui est dit de l'adoration des démons (chap. IV, 7), peut-être aussi des mythologues (chap. III, 23), nous rapproche également de la sphère alexandrine. Enfin il ne faut pas oublier que dans toute cette pièce il n'est plus question de Baruch.

De tout cela nous tirerons la conclusion que cette partie du livre est conçue et écrite par un autre que celui auquel est dû ce qui précède, et mérite davantage, si ce n'est exclusivement, d'être nommée une imitation de l'antique prédication prophétique, et d'être appréciée comme telle. Mais il ne s'ensuit pas que nous soyons obligés de regarder la réunion des deux parties en un seul corps de livre comme purement fortuite. Nous avons hasardé plus haut l'hypothèse qu'une même main a pu traduire l'œuvre de Jéréraie et la prétendue prière de Baruch. Rien ne nous empêche de supposer que le traducteur est l'auteur de l'appendice dont il a été question en dernier lieu.

BARUGH

Voici les paroles de récrit* que Baruch, lils de Nérias, fils de Maasaïas, fils de Sédékias, fils de Âsadias, fils de Chelkias, rédigea à Babylone ^, la cinquième année, le septième jour du mois % vers répoque où les Chaldéens prirent Jérusalem et y mirent le feu.

' Baruch fit lecture des paroles de cet écrit en présence de lechonias fils de loakîm, roi de Juda^ et de tout le peuple qui était venu Tentendre; en présence des grands et des princes du sang royal et des anciens, et en général de tous les Juifs, grands et petits, qui demeuraient à Babylone, sur le fleuve Soud^. Et ils se

^ L'écrit lui-môme, qui est annoncé par cette espèce de suscription, commence plus bas (v. 15J, après le préambule historique.

^ Sur le prétendu séjour de Baruch à Babylone^ voyez l'Introduction. Les noms des ancêtres de Buruch ne se lisent nulle port dans les textes hébreux, à l'exception do celui decon père.

^ Le texte est évidemment incomplet ; il manque rindicatiqn du mois. De plus^ cotte note chronologique est assez singulière : on ne voit pas à partir de quelle époque l'auleur a compté les années. Puisqu'il semble parler du sac de Jérusalem comme d'un fuit accompli, on a pensé devoir le prendre pour le point de départ ; mais alors il faudrait traduire : cinq ans ap^rès l'époque^ etc., ce qui n'est pas dit dans le grec. Mais l'auteur, écrivant à une grande distance des événements, a simplement voulu dire, que le fuit dont il parle a eu lieu vers l'époque de la destruction, car tout ù l'heure il va parler du temple comme existant encore. Alors le point de départ serait la première déportation, qui a eu lieu dix a onze ans avant la ruine de Jérusalem, et Baruch serait censé avoir fait un voyage à Babylone dans l'intervalle.

•* Nom absolument inconnu.

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