‹ La Bible (volume 3)Chapitre 7 sur 84 · JOB IV · texte numérisé non relu

JOB IV

Songe doncl Quel est TiDiioeent qui aurait péri?

Où donc les justes auraient-ils été perdus?

Autant que j'ai vu, ce sont ceux qui cultivent le mal

Et sèment la misère, qui la récoltent*.

Par le soui&e de Dieu ils périssent;

C'est le vent de sa colère^ qui les emporte.

Le lion rugit, sa voix retentit —

Les dents du carnassier sont brisées,

La terrible bête périt faute de proie,

Et les petits de la lionne se dispersent 8.

Mais à moi une parole est parvenue furtivement ^, Mon oreille en a saisi le murmure.

Livré à mes pensées, pendant les visions de la nuit, Alors qu'un profond sommeil pèse sur les- mortels, Soudain un frisson me saisit.

Un tremblement secoua tous mes os; Un soufQe passa sur ma face.

Le poil de ma chair se dressa^ C'était là — je n'en distinguais pas la forme — Une figure devant mes yeux; J'entendis une voix, un léger murmure : c Le mortel est-il juste aux yeux de Dieu ? Au gré de son auteur, l'homme est-il pur?

1 Ce De sont pas les justes- qui périssent, d'après ce que nous en dit l'expérience. La misère, Is malheur^ est le fruit naturel de l'œuvre des hommes. Ils récoltent ce ^'ils sèment, après avoir labouré, travaillé, le champ de l'iniquité.

^ L'haleine de son nez (litt.).

B Le lion représente nécessairement, dans ce contexte^ l'homme méchant, qui selon ce qui vient d'être dit, peut dtre fier et puissant, mais auquel soudain les forces viennent à manquer, par l'intervention d'une puissance supérieure. Il y a là une insinuation très-peu amicale, en présence de la triste destinée de Job. Notre traduction est un peu libre, en ce sens que l'original parle du lion au moyen de cinq mots différents, ce qui ne pouvait être rendu en français que par des circonlocutions, ou par des répétitions monotones.

4 Après son exorde, Élifaz va poser son axiome, qui sera la base de toute son argumentation ultérieure : Nul homme n'est juste, donc tout malheur est mérité. Mais pour donner à cette déclaration une plus grande solennité, il la représente comme une révéla* tion qui lui serait parvenue. Le passage qui va suivre est une superbe description de ce fait purement poétique au fond. C'est au milieu de la nuit, quand des songes, des pensées confuses agitent l'homme, que je sentis tout à coup la présence de quelque chose d'étrange, sans rien toir distinctement : mais je me souviens parfaitement des paroles prononcées.

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