JOB IV, 18-21. V
Voyez doDcI de ses propres serviteurs il se défie,
A ses anges mêmes il trouve des fautes!
Que sera-ce donc de ces habitants de maisons d'argile,
Fondées sur la poussière?
On les écrase comme une teigne!
Entre le matin et le soir ils sont brisés ; Sans qu'on y regarde, ils périssent pour toujours. Leur corde est-elle arrachée.
Ils meurent sans intelligence*. >
Appelle toujours! Quelqu'un te répondra-t-il? Auquel des anges t'adresseras-tu?
Non ! c'est l'insensé lui-même que tue son dépit. Et la mauvaise humeur fait mourir le sot''. Moi je l'ai vu qui avait poussé des racines, Et soudain je vis sa demeure maudite.
Ses enfants privés de secours, Condamnés en justice sans défenseur.
Sa moisson, quiconque avait faim la dévorait, L'enlevant jusque d'entre les épines, Et l'avidité s'acharnait après ses biens'.
1 Les vers que nous plaçons entre guillemets seront à considérer comme les paroles parvenues nuitamment à Toreille de Torateur. Cela nous semble plus naturel que de restreindre le teeete de la révélation nocturne au seul premier distique. Nous convenons cependant que même à la fin de ce morceau il n'y a pas d'intersection plus marquée. — L'idée qiîe les anges mêmes ne sont pas parfaits^ revient encore chap. XV^ 1 5, presque dans les mêmes termes. Pour ce qui est des hommes, l'orateur fait ressortir de préférence la fragilité de leur existence (la maison d'argile est le corps}, mais le dernier mot de la tirade fait voir que l'idée de l'imperfection morale est inséparable de celle de l'imperfection physique. L'intelligenee (la sagesse], dans le langage philosophique des Hébreux, implique la connaissance et la pratique du devoir moral et religieux. La eorde (par laquelle la tente est solidement attachée au sol] est l'image de la viabilité (Es. XXXVIII, 12. Éccl. XII, 6, il y a des comparaisons analogues). Si tout à l'heure le corps était appelé une maison d'argile, ici il est comparé à une tente. La tente tombe quand la corde est ôtée.
^ L'homme étant pécheur, son malheur est chose naturelle. Se récrier à ce sujet, ce n'est qu'aggraver la situation. Une interpellation adressée à Dieu ne saurait aboutir ; aucun ange (litt. : aucun saint) ne se chargerait de la présenter (tandis que l'ange accu- Mieor fait sa besogne spontanément). Peut-être cependant Vintensé (le sot) est-il plutdt le pécheur, comme tel, et le dépit (la mauvaise humeur) serait-il plutôt la colère de Dieu.
^Éllfaz en appelle encore à son expérience (chap. IV, 8). Il cite, dHme manière générale, l'exemple d'un insensé (c'est-à-dire d'un homme pécheur, sûr de son afiRsûre, et se croyant à l'abri de tout reproche et de tout malheur), qui avait pomté des racines,