BARUCH II
comme tu Tavais annoncé par la bouche de tiîs serviteurs les prophètes. Voici ce que disait le Seigneur * : c Courbez la tête pour servir le roi de Babylone, et vous demeurerez dans le pays que j'ai donné à vos pères. Mais si vous n'écoutez point la voix du Seigneur, de manière à servir le roi de Babylone, je ferai cesser, dans les villes de Juda et à Jérusalem, les cris d'allégresse et le bruit des réjouissances, la voix de l'époux et de l'épouse, et le pays entier sera un désert sans habitants ^. > Mais nous n'écoutâmes pas ta voix, de manière à servir le roi de Babylone, et tu ratifias les paroles que tu avais prononcées par la bouche de tes serviteurs les prophètes, savoir que les ossements de nos rois et les ossements de nos pères seraient jetés hors de leurs tombeaux^. Eh bien, les voilà qui gisent exposés à la chaleur du jour et au froid de la nuit * ; ils périrent par de terribles calamités, par la faim, l'épée et la déportation *, et tu as mis la maison à laquelle était attaché ton nom, dans l'état où elle est aujourd'hui^ à cause de la méchanceté de la maison d'Israël et de la maison de Juda.
-' Mais envers nous, ô Seigneur notre Dieu, tu as agi selon ta bonté et ta grande miséricorde, comme tu l'avais proclamé par la bouche de ton serviteur Moïse, lorsque tu lui ordonnas d'écrire ta loi en présence des enfants d'Israël. Tu disais : c Si vous n'écoutez point ma voix, certes, cette grande et bruyante multitude ^ deviendra bien petite au milieu des peuples parmi lesquels je les disperserai. Je sais bien qu'ils ne m'écouteront point, car c'est un peuple au cou raide; mais ils rentreront en eux-mêmes dans la terre de leur exil, et ils reconnaîtront que moi je suis le Seigneur, leur Dieu, et je leur donnerai un cœur et des oreilles qui m'écouteront, et ils me loueront dans la terre de leur exil, et se souviendront de mon nom.
1 Jérémie XXVII, 11 suiv.
2 Cette phrase revient fréquemment dans le prophète: chap. VII, 34; XVI, 9; XXV, 10; XXXIII, 10 suiv.
3 L'auteur ouhlie ici complètement qu'il s'est placé au point de vue de la situation antérieure à la destruction do Jérusalem, à l'époque où Jérémie conseillait la soumission, pour éviter la catastrophe. Celle-ci est maintenant censée consommée.
•» Jér. XXXVI, 30.
^ Encore un passage qui prouve que le traducteur a eu sous les yeux le texte grec de Jérémie, dont il pourrait être lui-môme le rédacteur. L'original (chap. XXXII, 3()) nomme, comme souvent ailleurs, la faim, l'épée et la peste. C'est le traducteur grec qui a mis la déportation, on ne sait pourquoi.
0 Litt. : ce grand et nombreux tumuUe. Le traducteur s'est mépris sur le sens du mot hébreu hamôti , qui signiGc à la fois foule et hmit.
040 I3ARUCH II , 33-35. III , 1 -8.
et ils renonceront à leur opiniâtreté * et à leurs mauvais errements. Car ils se rappelleront la conduite ' de leurs pères qui ont manqué au Seigneur. Et je les ramènerai au pays que j'avais promis par serment à leurs pères, à Abraam, à Isaac et à Jacob, pour quMls en reprennent possession, et je les multiplierai, et leur nombre ne sera plus réduit. Et je ferai avec eux un pacte éternel, afin que je sois leur dieu et qu'eux soient mon peuple •, et je ne ferai plus déguerpir mon peuple d'Israël du pays que je leur ai donné.»
* Seigneur tout-puissant, Dieu d'Israël, c'est une âme dans l'angoisse et un esprit attristé qui crie vers toi * ! Écoute, Seigneur ! Aie pitié! Nous t'avons manqué. Toi, tu sièges sur ton trône à tout jamais, et nous, nous périssons pour toujours *. Seigneur tout-puissant. Dieu d'Israël, écoute la ppère des morts ® d'Israël, et des fils de ceux qui t'ont manqué, qui n'ont pas écouté la voix de leur Dieu, à cause de quoi ces malheurs se sont attachés à nous. Oublie les méfaits de nos pères et souviens-toi de ta puissance et de ton honneur en ce moment! Car toi tu es le Seigneur, notre Dieu, et nous voulons te glorifier. Car c'est pour cela que tu as mis ta crainte dans nos cœurs, pour que nous invoquions ton nom. Nous voulons te louer dans notre exil, car nous avons ôté de notre cœur toute la méchanceté de nos pères qui t'avaient manqué. Vois-tu, aujourd'hui encore nous sommes dans l'exil, où tu nous as dispersés, pour notre honte et malédiction, portant la peine de toutes les iniquités de nos pères, qui ont été rebelles au Seigneur notre Dieu !
1 Litt. : ils se détourneront de leur dos dur (locution hébraïque) .
2 Sous- entendez : et le châtiment.
3 Jér. XXXI, 31 ; XXXII, 40.
4 C'est surtout dans cette dernière partie de la prière que l'auteur s'écarte de son point de vue supposé. Ceux qui parlent, sont évidemment les exilés ; et il veut faire réciter cela à Jérusalem, où le temple existe encore et où l'on envoie de l'argent pour continuer les sacriBces.
^ Cette antithèse doit être prise dans le sens le plus absolu. On invoque la pitié de Dieu, pour qu'il sauve avant que ce ne soit trop tard ; car une fois mort, on ne revient plus !
^ Passage très-controversé. Il est évident que l'auteur ne peut pas avoir voulu dire que les Israélites morts (physiquement), adressent maintenant des prières à Dieu. Il a dit tout juste le contraire, chap. II, 17. On a donc proposé de traduire : ceux qui sont
maintenant voués à la mort ; ou : qui sont plongés dans l'abîme de la misère ; ou encore : qui ont prié avant de mourir et qui alors n'ont pas été exaucés. 11 nous semble que Icxplication est jjIus simple que tout cela. 11 y aura eu dans l'ori^'inal : htrt>\ Isrui'l. les lionunes illsrai-l .- le traducteur a lu au't<', les morts. (Comp. la note sur Job X\1V, 1*2. ci-dessus, page 8i), note 2.)
Écoute^ Israël, les préceptes de vie * ; prêtez Toreille, afiu d'apprendre à être sages.
Qa'est-ce à dire^ Israël? Comment se fait-il que tu es dans le pays de tes ennemis? Tu as vieilli sur la terre étrangère'^; tu t*es souillé avec les morts, tu as été compté au nombre de ceux qui sont descendus dans THadès'. Tu as abandonné la source de la sagesse^. Ah, si tu avais marché dans la voie de Dieu, tu serais demeuré en paix à tout jamais. Apprends où est la prudence, où est la force^ où est Tintelligence, afin de savoir en même temps où est la longévité et la vie, où est l'illumination des yeux et le bonheur*.
" Qui a trouvé sa demeure et qui a eu accès à ses trésors * ? Où sont donc ces maîtres des peuples^, ces dompteurs des bêtes féroces,
1 C'eBt-à-diro^ qui procurent la vie, sHls sont pratiqués. Il va sans dire qu'il ne s'agit pas de la vie physique seulement. Du reste, Tauteur va s'expliquer lui-même.
2 L'auteur oublie son rôle de Baruch, en constatant la durée du temps qui s'est écoulé depuis le commencement do la dispersion.
3 Cette dernière phrase est claire : la nation n'existe plus, elle est morte. Elle doit aider à trouver le sens de ce qui précède. Un cadavre est un objet impur, au contact duquel on se souille, d'après la Loi ; Israël (la nation, dans le sens politique) est un cadavre ; les Israélites [les individus existants] sont réputés impurs par leur rapport avec ce corps mort.
4 Qui n'est autre que Dieu et sa loi.
^ C'est à Dieu qu'il faut s'adresser pour obtenir les qualités intellectuelles et morales, au moyen desquelles on arrive à être heureux et à prolonger ses jours en paix.
8 Qui a trouvé la sagesse, le chemin par lequel on arrive jusqu'à elle? (comp. Job XXVIII.) La sagesse est représentée comme une personne qui possède des trésors (on plutôt, qui a des magasins et des provisions) dont elle peut disposer.
"^ Réponse négative à la question posée. La puissance matérielle et la richesse ne procurent pas la sagesse et ne préservent pas de la ruine. On no sait trop ce que l'auteur voulait dire en parlant des bêtes féroces et des oiseaux. Nous pensons qu'il fait allusion à la chasse la plus périlleuse et la plus difficile^ pour marquer davantage la distance du savoir-faire vulgaire à la vraie sagesse.
648 BARUCII m, 17-26.
qui se jouaient même d»;s oiseaux du ciel, qui amassaient l'argent et Tor dans lequel les hommes mettent leur confiance^ eux dont la richesse n'avait pas de bornes? Ceux dont tout le travail et tous les soucis portaient sur l'argent, leurs œuvres n'existent plus; eux-mêmes, ils ont disparu, ils sont descendus dans THadès^ et d'autres se sont mis à leur place. Une nouvelle génération a vu le jour, et s'est établie sur la terre : mais ceux-là aussi n'ont pas connu le chemin de la sagesse; ils n'ont pas su trouver les sentiers qui mènent vers elle. A leur tour, les fils de ceux-ci ne l'ont pas saisie^ ils sont restes bien loin de sa voie^ On n'en a pas entendu parler en Canaan, on ne l'a pas vue à Thémau; les fils d'Agar qui recherchent une science mondaine, les marchands de Merran et de Théman, les fabulistes et les philosophes^ n'ont pas connu le chemin de la sagesse^ et n'ont eu aucune souvenance de ses sentiers '.
'^^0 Israël, combien la maison de Dieu' est grande, et spacieuse la demeure qu'il possède! Elle est grande et sans limites^ haute et incommensurable.
^^ Là il y eut ces fameux géants % qui existèrent dans les premiers
1 Évidemment Tauteur, en introduisant successivement trois générations, qui toutes ont fait fausse route dans l'emploi de leurs moyens et dans la recherche du bonheur, a en vue les puissantes nations païennes, auxquelles sa critique s'applique d'une manière générale. Il se prépare ainsi le terrain pour la réponse affirmative qu'il nous est facile de pressentir.
2 Après les puissants viennent les intelligents, ceux qui savent faire fortune par h négoce, ou qui ont la réputation d'être savants, ou qui cultivent la philosophie purement humaine. Eux non plus n'ont suivi la bonne voie pour arriver à la vraie sagesse. Canaan représente ici nécessairement les Phéniciens dont c'était le nom indigène. Les autres noms propres nous conduisent en Arabie [Merran est inconnu). Pour la réputation des Arabes, voyez 1 Rois V, 10 (IV, 30). Abd. 8. — En nommant les faMùteSy nous avons songé aux littérateurs qui sont encore aujourd'hui désignés par ce nom. Le grec dit: les mythologues, ce qui pourrait aussi signifier (à l'époque présumée de l'auteur) les interprètes des mythes (homériques et autres semblables) ; c'était une science fort cultivée alors.
3 Le monde. On voit que l'auteur, pour préconiser davantage la vraie sagesse et faire comprendre que Dieu en est le dispensateur, commence par exalter celui-ci. Mais il s'interrompt pour exclure encore une autre puissance, supérieure même aux rois et aux mortels en général.
'^ Le mythe de la Genèse VI, 1 suiv. a beaucoup exercé l'imagination des âges posti'îrieurs. Comp. Sir. XVI, 7. Sap. XIV, 6. Ici il paraît que l'auteur les cite comme ayant (Hé les victimes du délu^^e. En disant: Lii il v eut, etc., il semble vouloir rapprocher l'idée de leur grandeur corporelle, de celle de la grandeur de Tunivers (nouvellement créé). Au commencement, avant qu'il y eût des Israélites, il y avait <1e par lo. inonde^ des hommes incoinparahlement plus lorts, et pourtant que sont-il? • h'venus? La ^gosse seule assure la vie et la prospérité.