MANASSÉ
dire de riiistorien. Cependant nous aimons à croire que le rédacteur du texte qui nous est parvenu n'a pas seulement voulu faire un exercice de style, sans but sérieux. Le roi pécheur, puni par Texil et la captivité, mais repentant et rendu à sa patrie, était si bien l'image de sa nation et des destinées de celle-ci, que cette analogie dans les situations était de nature à faire faire des réflexions très-pratiques à tout Juif qui méditait sur les voies de la Providence et sur les preuves liistoriques de la justice et de la grâce de Jéhova. Nous ne voulons pas dire par là que la prière elle-même doive être interprétée allégoriquement ; nous voulons seulement faire valoir une considération qui nous permettra de regarder cette petite pièce autrement que comme un morceau de rhétorique oiseuse, et d'y voir l'expression d'un sentiment sincère et respectable.
Du reste, nous ne savons rien sur son origine. Elle est mentionnée pour la première fois au troisième siècle dans l'ouvrage pseudépigraphe des Constitutions apostoliques (liv. II, chap. 22), où elle est même transcrite. Mais cela ne prouve pas qu'elle appartienne à une époque aussi récente. Elle est positivement l'œuvre d'un Juif helléniste , qui savait assez bien le grec , cl qui, pour la composer, n'avait pas besoin de coudre ensemble des phrases recueillies de côté et d'autre dans les Psaumes. La situation donnée par le récit des Chroniques s'y dessine assez bien.
C'est d'ailleurs de toutes les pièces réunies dans la Bible grecque celle qui a eu le moins de chance de devenir populaire. Elle ne se trouve que rarement dans les manuscrits, et il y a un bon nombre d'éditions, tant des Septante que de la Vulgate, qui l'ont omise, comme cela est aussi le cas pour les versions modernes. On l'a placée quelquefois, avec d'autres poésies de l'Ancien Testament, à la suite des Psaumes, quelquefois aussi on la trouve à la fin du livre des Chroniques.