LES NOMS DE DIEU
Celui qui est), il se sert également de ce nom, comme l'autre Ta fait dès le principe. Aussi bien les critiques ont-ils commencé à remplacer ces dénominations, qui ne peuvent plus que donner lieu à des malentendus, par d'autres termes plus variés et surtout plus caractéristiques.
Nous retrouverons Toccasion de nous occuper de l'analyse des textes, basée autrefois sur ce critère. Pour le moment, il nous suffit d'affirmer qu'elle n'a pas été purement arbitraire. Au contraire, elle a été trouvée très-bien fondée, quoique d'une application moins simple et mécanique qu'on n'a pu le croire d'abord. Les tentatives qui ont été faites pour écarter les conclusions que la critique en a tirées, n'ont abouti qu'à des tours de force. On a essayé de ramener l'emploi des divers noms de Dieu à des points de vue théologiques divers aussi, auxquels le rédacteur se serait placé tour à tour ; on a mis à contribution l'étymologie hébraïque et la métaphysique chrétienne, pour expliquer comment, à chaque occasion, il a dû tantôt employer tel terme, tantôt tel autre. Mais ce procédé n'a fait que rendre plus évidente l'impossibilité de s'arrêter à ce système. Pour s'en convaincre, les lecteurs n'ont qu'à relire rapidement les premières pages de la Genèse. On aura bien de la peine à démontrer qu'au second chapitre l'homme et les animaux ont dû être créés par Jéhova, après l'avoir été au premier par Élohîm. L'œuvre des six jours est d'abord attribuée à Élohîm, puis elle Test à Jéhova (Ex. XX, 11). Ce dernier nom est dit avoir été en usage parmi les hommes dès avant le déluge (Gen. IV, 26), et Ex. VI, 3 il est dit que les patriarches l'ont ignoré. Gen. VI, 5 Jéhova voit que le monde est corrompu, et quelques lignes plus loin (v. 12), c'est Élohîm qui fait la même remarque. Au v. 13, Élohîm ordonne à Noé de construire l'arche, puis chap. VII, 1 Jéhova lui ordonne d'y entrer et Noé obéit à l'un au v. 5 et au v. 9 à l'autre. En face de pareils textes, s'il devait être question d'autre chose que d'une différence de rédaction et d'une pluralité des récits primitifs, il faudrait bien admettre que la littérature hébraïque parle de deux dieux. L'observation relative à ces deux noms n'est donc certainement pas hors de propos dans la question qui nous occupe, mais nous la mettrons à profit dans une occasion ultérieure.
L'examen des textes, au point de vue de la rédaction littéraire, nous a donc prouvé qu41s renferment des éléments de provenance diverse, en partie simplement juxtaposés, en partie enchevêtrés les uns dans les autres, et trahissant ainsi un travail fait en sous-œuvre, et en tout cas postérieurement à Tépoque à laquelle la tradition l'assigne. Nous avons vu plus haut que la critique s'est bornée pendant assez longtemps à s'acquitter de cette première partie de sa tâche. Une autre, bien plus importante et bien autrement décisive par ses résultats, ne fut abordée que plus tard, peut-être parce qu'elle avait été mise en discrédit par la polémique irrévérente et superficielle des libres penseurs du siècle passé. Nous voulons parler de Texamen des faits relatés dans ces mêmes textes, ou de la critique historique, à laquelle nous allons passer maintenant.
Mais avant de nous engager dans cette discussion, nous tenons à déclarer très-explicitement que nous laisserons de côté tous les éléments miraculeux compris dans ces antiques récits. Pour bien des gens, aujourd'hui, la seule présence de pareils éléments décide de la valeur matérielle de toute l'histoire. Toute autre critique leur semblerait superflue. Pour beaucoup d'autres, au contraire, tout essai de réduire un fait de cette catégorie à des proportions naturelles, à plus forte raison le doute théorique, sujSSrait pour faire suspecter la bonne foi ou l'impartialité de l'historien. On lui jetterait à la tête le reproche d'incrédulité et l'on croirait être dispensé de toute autre réfutation. C'est donc de propos délibéré que nous circonscrirons notre examen dans des limites plus étroites ; nous resterons sur le terrain neutre des faits ordinaires, et les lacunes, que les lecteurs familiarisés avec les traditions mosaïques ne manqueront pas de découvrir dans cette partie de notre étude, y auront été laissées à dessein.
Ceci dit et réservé, nous posons les deux questions suivantes : P En ce qui concerne l'histoire de l'émigration et de la conquête (de Moïse et de Josué), les faits racontés sont-ils de nature à justifier l'opinion que ce sont des plumes contemporaines, des témoins oculaires, les héros mêmes de cette grandiose épopée, qui les ont consignés par écrit? 2" Quant aux traditions relatives aux patriarches, et contenues dans la Genèse, quel en est le