‹ La Bible (volume 4)Chapitre 9 sur 52 · PLURALITÉ DES CODES · texte numérisé non relu

PLURALITÉ DES CODES

sur la manière de numéroter les dix articles. Nous reviendrons d'ailleurs sur ces détails au § XIX.

De ces deux observations il nous semble résulter que nous ne possédons le Décalogue que dans une paraphrase un peu verbeuse. Les tables auraient déjà été passablement lourdes si tous les dix commandements avaient été formulés en deux mots, ensemble de 6 lettres, comme c'est le cas de quatre d'entre eux. Aussi bien est-il à remarquer que le texte (Exode XXXIV, 26. Deut. V, 19) se sert du terme : les dix paroles, et c'est ce que signifie également le terme grec.

Mais voici maintenant un fait plus étonnant encore. Le Décalogue, disions-nous, est inscrit au 20" chapitre de l'Exode. Ce n'est que plus tard (chap. XXIV, 12) que Dieu dit à Moïse qu'il lui remettra des tables de pierre sur lesquelles il a écrit lui-même ses commandements. Enfin, au chap. XXXI, 18, les deux tables sont remises au prophète qui, en descendant de la montagne et vovant les Israélites dansant devant l'idole, les brise (chap. XXXII, 19). Sur cela, il reçoit l'ordre (chap. XXXIV, 1) d'en faire lui-même deux autres, sur lesquelles Dieu promet d'écrire les paroles qui s'étaient trouvées sur les premières. En effet. Moïse prépare deux tables et les porte sur la montagne. Suivent (v. 11-26) les commandements prononcés par la bouche même de Dieu, après quoi celui-ci dit à Moïse : «Écris ces paroles, car c'est sur la base de ces paroles que je fais un pacte avec toi et avec Israël.» Et Moïse resta là avec l'Éternel quarante jours et quarante nuits (comme la première fois, chap. XXIV, 18), sans manger ni boire, et il écrivit sur les tables les articles du pacte, les dix commandements. S'il y a déjà quelque chose de singulier à ce que Dieu dise d'abord : J'écrirai, et que finalement il ordonne à Moïse d'écrire lui-même, circonstance qui nous permettra de croire encore à la combinaison de différentes relations primitives, la surprise sera bien plus grande, quand nous examinerons le texte de ces secondes tables (v. 11-26), qui n'est rien moins qu'identique avec celui du vingtième chapitre, quoi qu'en dise le commencement du trente-quatrième. Sur dix commandements, il n'y en a que trois des anciens : la défense du polythéisme, celle de l'idolâtrie et la loi du sabbat. Tous les autres sont nouveaux : ils sont relatifs à la fête de Pâques, aux deux autres grandes fêtes, aux pèlerinages, à la primogéniture, aux prémices, et à deux autres prescriptions rituelles. N'avons-nous pas là une

preuve palpable que l'idée ou, si Ton veut, le souvenir d'un décalogue gravé sur pierre étant donné, on a essayé, à différentes occasions, et dans des vues différentes aussi, d'en reconstruire le texte? En tout état de cause, les textes actuels sont le fruit d'une compilation bien postérieure à l'époque qu'on leur assigne communément.

Nous nous arrêtons ici, de peur de pousser la critique jusque sur un terrain où elle ne serait plus sûre de ses moyens. Autrement nous pourrions nous demander si réellement le décalogue, qu'on aime à regarder comme le texte le plus ancien et le plus authentique du code mosaïque, appartient, dans toute sa teneur, à une époque antérieure à la conquête. Du moins, nous avons de la peine à admettre que dès avant la monarchie, et même encore longtemps après David, le principe de la proscription absolue des images de Dieu ait été en vigueur. Mais nous reviendrons à cette question à une autre occasion (§ XIV).

Nous avons réservé pour la lin de la première partie de notre étude un argument à faire valoir dans cette discussion, lequel, depuis plus d'un siècle, a le privilège d'exercer la sagacité de tous les auteurs qui se sont occupés du problème de la composition du Pentateuque. On se rappellera que le point de départ de la critique moderne, relativement au code mosaïque, a été le fait que la Genèse emploie alternativement les termes à'Éïohîm et de Jéhota pour désigner Dieu (ci-dessus p. 18). Autrefois on n'a relevé cette particularité que pour établir la pluralité des documents dont Moïse a pu et dû se servir pour écrire l'histoire de l'âge primordial. Aujourd'hui, où on lui conteste ses droits d'auteur à l'égard des autres livres, cette différence dans les termes n'a plus la même portée et nous n'avons pas cru nécessaire d'en faire usage quant à présent. En effet, ces termes, si usités naguère dans la littérature critique, de TÉlchiste et du Jéhoviste, ne peuvent plus servir à grand'chose. Car dans la Genèse même on a appris à distinguer des morceaux élohistiques qui n'appartiennent pas à l'auteur nommé TÉlohiste, par excellence, et, ce qui plus est, à partir du moment où ce même rédacteur raconte que Dieu s'est révélé à Moïse sous le nom de Jéhova (laheweh,

Page 1