‹ La Bible (volume 4)Chapitre 15 sur 52 · RÉSULTAT DE LA CRITIQUE DE LA TRADITION · texte numérisé non relu

RÉSULTAT DE LA CRITIQUE DE LA TRADITION

(le Salomon. Et si Ton dit qu'il est également empreint du caractère et de l'esprit mosaïque, nous souscrivons de tout notre cœur à ce jugement, en nous bornant à faire remarquer qu'il n'est pas empreint du tout de l'esprit et du caractère des prophètes de l'âge d'or de la littérature hébraïque. L'honnêteté tant soit peu tempérée par un certain utilitarisme, qui y est recommandée comme la vertu par excellence, est bien celle du judaïsme des derniers siècles, où, de l'aveu de tout le monde, la loi régnait en maîtresse.

Le ré^itUai de nos recherches, concernant la tradition qui attribue à Moïse la rédaction du Pentateuque, et qui revendique une antiquité presque aussi respectable pour le livre de Josué, a donc été absolument négatif. Et cela ne s'applique pas seulement à la question littéraire, qui s'enquiert de la composition de l'ouvrage et du nom de son auteur, mais, ce qui est bien plus grave, le même résultat s'est imposé à la critique relativement aux faits qui y sont racontés. Nous avons constaté que l'histoire de l'émigration d'Egypte et de l'établissement des Israélites dans le pays de Canaan, telle qu'elle est consignée dans les livres de l'Exode, des Nombres et de Josué, n'est pas écrite par des contemporains, témoins oculaires des faits qu'ils racontent. Elle nous est parvenue telle qu'elle a pu se former dans la suite des temps par la voie de la tradition populaire, et sous l'influence des idées religieuses dont le germe a pu être déposé autrefois dans le sein de la nation par son premier prophète, et conservé, développé, propagé ensuite par ses successeurs, dont le travail séculaire et persévérant réussit à leur faire prendre racine dans un cercle de plus en plus étendu. Nous avons donc là non de l'histoire proprement dite, mais la légende de l'époque la plus ancienne dont le peuple et ses chefs aient gardé le souvenir. Ce qui nous est donné dans la (lenèse comme l'histoire des origines mêmes de la nation, ne saurait être regardé que comme de la pure poésie. Car d'après le cours naturel des choses humaines, cela nous transporterait dans des siècles d'une antiquité incalculable, parce qu'il n'est pas possible que, dans l'espace de quatre ou cinq générations, un couple devienne des millions. Ce n'est plus là de la légende, un reflet idéalisé de faits réels et historiques; c'est une série de mythes

d'origine différente et de diverses tendances ; c'est Tépopée nationale, comme on Ta si justement appelée, digne d'être comparée à celles des autres peuples de l'antiquité qui s'en sont créé une, et, à maint égard, infiniment supérieure à toutes les autres par la pureté des conceptions religieuses qui en forment le ciment.

Pour ce qui est de l'élément législatif, nous avons déjà provisoirement prouvé qu'il ne saurait être envisagé comme constituant un code unique, systématiquement disposé, et dont toutes les prescriptions seraient coulées dans le même moule, se soutenant, se complétant les unes les autres, et se faisant reconnaître comme le produit, ou comme la règle d'une même situation. La législation dite mosaïque est le fruit d'un travail auquel ont pris part plusieurs générations d'hommes qui n'étaient pas tous animés du même esprit, qui poursuivaient des buts divers, qui vivaient dans des conditions politiques différentes et dont les moyens d'action variaient d'un siècle à l'autre. Nous avons vu que les témoignages de l'existence de ces lois manquent tout à fait dans l'ancienne littérature ; nous allons voir qu'ils ne deviennent positifs qu'à l'époque où la nation était près d'être anéantie politiquement, et où elle ne continua son existence distincte et indépendante que comme une communauté religieuse. Ce fait formera le point de départ de la seconde partie de notre étude.

On peut bien, en théorie, se figurer qu'au début de l'histoire d'un peuple il surgisse un homme qui, par la supériorité de son intelligence et la force exceptionnelle de son caractère, donne à ses contemporains une impulsion telle, qu'ils se maintiennent désormais dans la direction qu'il leur indiquait et ne dévient pas de l'ornière qu'il leur traçait. Cependant, en admettant les meilleures chances, ce ne sera qu'à travers des luttes incessantes que l'œuvre de ce génie se consolidera, mais elle subira en même temps les infhiences du dehors qui la transformeront au point de changer son caractère à maint égard. L'histoire du christianisme, qui pourtant réalise au plus haut point la première des conditions que nous venons de poser, suffît pour prouver la justesse de cette remarque. Hé bien, nous soutenons que celle du judaïsme, telle qu'elle est comprise par la tradition, présenterait un phénomène incompatible avec les lois de la psychologie, et contraire à l'expérience universelle. Comment donc? Moïse aurait promulgué un code, composé d'une infinité de règles spéciales et méticuleuses, relatives à de simples formahtés, et si peu adapté aux besoins de

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