‹ La Bible (volume 4)Chapitre 18 sur 52 · LOIS ANTÉRIEURES AU DEUTÉRONOME · texte numérisé non relu

LOIS ANTÉRIEURES AU DEUTÉRONOME

(]hap. XXI, 15, 17. Qui frappe ou qui maudit son père ou sa mère, est puni de mort. On peut comp. Deut. XXI, 18, où il est parlé de la procédure à suivre. Comp. aussi Deut. XXVII, 16.

Chap. XXI, 16. Peine de mort en cas de rapt accompli dans rintention de vendre un l^omme comme esclave. Loi reproduite Deut. XXIV, 7.

Chap. XXI, 23. La loi du talion ; elle reparaît Deut. XIX, 21 .

Chap. XXII, 15. Règles à suivre en cas de séduction d'une fille; elles sont remplacées dans le Deut. XXII, 23 par une loi sur le viol.

Chap. XXII, 19. Défense, sous peine de mort, de sacrifier à d'autres dieux ; et chap. XXIII, 13, de prononcer même leur nom, c'est-à-dire de jurer par eux. — Deut. VI, 13 ss.; X, 20; XIII, 13 ss., etc.

Chap. XXII, 20 ss. ; XXIII, 9. Recommandation de ne pas faire de tort aux étrangers, aux veuves, aux orphelins. — Le Deutéronome va plus loin et les recommande à la charité des Israélites, chap. X, 19; XVI, 11; XXIV, 17 ss. ; XXVI, 11 ss., etc.

Chap. XXII, 24 s. Prêts sur gage et autres, usure. — Deut. XXIV, 6, 10, 17 s. ; comp. chap. XV, 1 ss.

Chap. XXIII, 4 s. Devoirs à exercer envers le bétail d' autrui. Deut. XXII, 1 ss.

Chap. XXIII, 6. Administration équitable de la justice, sans acception de personnes. — Deut. XVI, 19.

Chap. XXIII, 12. Le sabbat, et v. 1, le faux témoignage, se retrouvent dans le décalogue.

Chap. XXJII, 14 ss. Les trois fêtes et pèlerinages annuels. — Deut. XVI, 16.

Déjà dans cette série de passages parallèles, on rencontre plusieurs dispositions qui, dans les textes du Deutéronome, ont subi un changement, soit par quelque addition, soit par simplification. Mais nous avons encore à mentionner quelques autres détails qui assurent au livre de T Alliance la priorité sur l'autre code. Ici nous signalerons avant tout le texte d'Ex. XX, 24, où, en parlant de la forme que doivent avoir les autels, le législateur suppose qu'on les érigera en tel lieu qu'on voudra, partout où Jéhova fera invoquer son nom^ Le Deutéronome, comme on sait, proscrit

1 Les passages Ex. XXI, 6; XXII, 7, 8, impliquent également la pluralité des lieox où Dieu se met en communication avec les hommes, par rintermédiaire des prêtres. Les passages chap. XXI, 14; XXIll, 19, ne sauraient être en contradiction avec les autres^ autrement il faudrait admettre là des retouches du texte.

cette liberté et décrète Tunité du lieu saint et la centralisation du culte. Aussi, dans l'article relatif aux trois fêtes et pèlerinages, le Deutéronome (chap. XVI, 16) a-t-il soin d'ajouter au texte d'Ex. XXIII, 17 ces mots : à l'endroit que Jéhova aura choisi.

Il est encore fait mention d'une alliance de Jéhova avec Israël, fondée sur un pacte gravé sur des tables de pierre, et dont le texte présente une certaine analogie avec le Décalogue (Ex. XXXIV; comp. ci-dessus p. 67). Le préambule reproduit quelques phrases (v. 6, 7) comprises dans celui-ci, et de plus, il y a trois commandements sur dix que les deux textes ont en commun. Mais les autres se retrouvent aussi en partie dans le Deutéronome : la proscripUon des Cananéens, Deut. VII; les trois fêtes, Deut. XVI; la dtfense concernant le chevreau nouveau-né, Deut. XIV, 21 ; la défense du levain en certaines circonstances, Deut. XVI, 3 ; la redevance des premiers-nés, Deut. XV, 19, quoique dans ces deux derniers exemples l'identité ne soit pas complète. Comp. aussi chap. XXXIV, 18, 22, 25, 26 avec Ex. XXIII, 14-19.

Nous le répétons, ces trois textes, les deux décalogues et le livre de l'Alliance, nous paraissent avoir une affinité très-grande avec la législation du Deutéronome, tout en étant plus anciens que ce dernier. En fait de rites religieux, ils ne mentionnent que les formes les plus simples du culte. Ils sont môme tellement sobres de détails, qu'il manqué à peu près tout ce qui se rapporte aux sacrifices. Sur les prêtres et leurs privilèges, ils observent un silence plus que discret. Un passage (Ex. XXIV, 5) fait même offrir les sacrifices par des laïques. En revanche, ils sont riches en préceptes moraux, et les sanctionnent par l'idée d*une aUiance du peuple élu avec le Dieu saint. Le petit code, dont nous n'avon» donné qu'une analyse incomplète, a surtout en vue de sauvegarder les intérêts des individus contre la malveillance, Tégoïsme ou la négligence de leurs semblables. Tout cela, si ce n'est jusque dans les détails, du moins quant à l'esprit, se retrouve dans le Deutéronome, qui nous apparaît ainsi comme une rédaction plus développée, et en même temps plus oratoire, de principes posés bien plus anciennement déjà^.

- On pourrait aussi citer un certain nombre de locutions communes au livre de i*A^ liance et au Deutéronome. Nous laisserons aux hébraîsants le soin de compu^ Ex. XXIII, 28 avec Deut. VII, 20; Ex. XXII, 28 avec Deut. XXII, 9; Br XXII. 17 avec Deut. XX, 16. La désignation de l'Egypte comme une maison d'cS" claves, et la formule : prolonger ses Jours, Ex. XX, 2, 12, ne se retrouvent qu«<liB* le Deutéronome.

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Nous avons signalé plus haut déjà un second point à examiner, à propos de la question de priorité du Deutéronome comparé aux autres textes du Pentaleuque. Ce sont les allusions à Thistoire mosaïque qu'on y rencontre assez fréquemment. (Il y a même à dire que les motifs de Tobéissance exigée à l'égard des commandements de Dieu, sont généralement puisés dans cette histoire chap. VI, 20; VIII; IX, 7 s.; X, 19; XXIV, 18; XXVI, 5, etc.) Peut et doit-on les considérer comme dérivées exclusivement de la tradition orale et populaire, ou est-ce le cas de supposer que le rédacteur les aura empruntés à une source écrite ? En d'autres termes, cet élément de son livre est-il de nature à infirmer la conclusion que nous avons dû tirer de la comparaison des lois ? Si nous sommes obligés de reconnaître l'existence d'une composition littéraire antérieure au Deutéronome, laquelle aurait raconté l'histoire mosaïque, faudra-t-il en conclure, contrairement à ce que nous croyons avoir prouvé tout à l'heure, que la législation sinaïlique est également plus ancienne?

C'est ici le moment de revenir à un fait que nous avons signalé dès le début de notre étude, mais que nous nous sommes borné à constater et à démontrer, sans en tirer les conclusions auxquelles il devait nous conduire nécessairement. Nous avons prouvé que l'histoire sainte (patriarcale et mosaïque), ainsi que celle de la , conquête, nous est parvenue dans une forme qui révèle la coopération de plusieurs auteurs primitifs, dont les écrits ont été successivement combinés, et finalement amalgamés par une dernière rédaction. Nous avons aussi fait connaître les termes techniques par lesquels les critiques modernes ont désigné les divers éléments de l'ouvrage entier. Il a été dit que ces termes, dans l'état actuel de la critique, ne sont guère acceptables. Cependant, par un long usage, ils sont devenus familiers, même à des lecteurs qui ne se sont pas occupés du problème dont nous cherchons ici la solution, et l'on peut toujours encore parler du jéhoviste et de l'élobiste, pourvu que l'emploi des divers noms de Dieu, qui ont autrefois fait adopter ces termes, ne soit pas regardé comme le critère unique et absolu de la répartition des textes actuels entre les diverses compositions originales.

De nos jours, la grande majorité des critiques est d'accord, si ce n'est sur Tantiquité relative de ces compositions, du moins, ce qui pour nous est ici la chose essentielle, sur le triage à faire des textes [historiques, et la divergence des opinions ne porte plus guère que sur quelques versets isolés ou sur quelques petites péricopes qui n'offrent pas de prise au jugement. Le champ d'exploration à parcoxuir, en vue de la présente question, est donc bien défriché à Theure qu'il est, et ne nous expose pas à des méprises compromettantes.

Revenons à notre Deutéronome et commençons par enregistrer les passages où l'auteur fait usage de souvenirs liistoriques à l'appui de son enseignement.

n y a d'abord une série de faits généralement connus, dont toutes les rédactions ont dû parler et qui, par conséquent, ne décident rien quant à la question qui nous occupe. Ainsi le Deutéronomiste parle des vexations endurées par les Israélites en Egypte (chap. VI, 21. etc.), des miracles opérés devant Pharaon et dans le désert {ib., et chap. Vil, 19), de la destruction des Égyptiens dans la mer (chap. XI, 4), de la manne et de l'eau du rocher (chap. VIII, 3, 15), du séjour de Moïse sur la montagne et des tables de la loi (chap. V, 22; IX, 9suiv.; X, 1, 10), etc.

Mais il v a aussi des faits nombreux, mentionnés dans le Deutéronome, qui se rapportent positivement à certains endroits particuliers du texte des autres livres, et qu'il est facile de retrouver. S'il devait être constaté que toutes les citations portent . sur des éléments appartenant à une seule et même des compositions originales qu'on peut encore distinguer aujourd'hui, il serait prouvé en même temps que cette composition, et nulle autre, a été la source des informations historiques du rédacteur du code deutéronomique. Et il y aurait dès lors une forte présomption, non plus seulement en faveur de l'antiquité de cette source, mais encore contre celle de toute autre source dont l'existence peut encore être constatée, et dont l'origine devrait ainsi être placée à une époque postérieure à la rédaction de ce code.

Ici nous relèverons les allusions à Thistoire du veau d'or (chap. IX, 12 suiv.), qui reproduisent jusqu'aux phrases de l'Exode (chap. XXXII), à celle des serpents (chap. VIII, 15. Nomb. XXI), à la lèpre dont fut frappée Miryam (ch. XXIV, 9. Nomb. XII), aux châtiments infligés aux Israélites à Tabe'érah et à Qibrôt-Taawah (chap. IX, 22. Nomb. XI), au refus du peuple

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d'aller de Qades' en Canaan (chap. IX, 23. Nomb. XIV), à rinjonction de détruire les *Amaléqites (chap. XXV, 19. Ex. XVII, 14), à l'extension future du domaine israélite jusqu'à TEuphrate (chap. XI, 24. Ex. XXIII, 31. Gen. XV, 18), etc.

On peut encore citer des passages parallèles, où c'est l'identité de certains termes particuliers qui déterminera le jugement à porter sur le rapport de dépendance entre les deux textes. Nous n'en choisirons que quelques-uns des plus caractéristiques. Tels sont, par exemple, Deut. XVI, 3 et Ex. XII, 11, la hâte du départ d'Egypte; Deut. VI, 8 et Ex. XIII, 16, les signes sur les mains et les fronteaux entre les yeux ; puis la désignation usuelle et presque proverbiale de l'Egypte comme maison d^esclavesy Deut. V,6; VI, 12; VII, 8; VIII, 14; XIII, 6, 11 et Ex. XIII, 3, 14; XX, 2; le serment par lequel Jéhova promet aux patriarches la possession de Canaan, Deut. VI, 10, 18, 23; VII, 13; VIII, 1; IX, 5; X, 11, etc., mentionné exclusivement dans les textes suivants: Gen. XXII, 16; XXIV, 7; XXVI, 3; L, 24. Nomb. XI, 12; XIV, 23; XXXII, 11.

Or, nous sommes en mesure d'affirmer, en anticipant sur ce qui va être établi dans le paragraphe suivant, que toutes ces citations, sans en excepter une seule, se rapportent à des textes jéhovistes. Nous entrevoyons donc dès à présent qu'à l'époque de la rédaction du Deutéronome, la composition élohiste (qu'on a été si longtemps accoutumé à considérer comme l'élément le plus ancien du Pentateuque) n'existait pas encore, ou qu'elle était inconnue au rédacteur de ce code. Mais cela revient au même, car il est impossible d'admettre qu'un ouvrage de cette importance, s'il avait réellement existé, ait pu échapper à l'attention d'un écrivain vivant tout à la fin de la période de la monarchie. Et si la critique parvient à prouver que la législation sinaïtique, dont l'origine beaucoup plus récente a déjà été démontrée, est ellemême une partie intégrante de ce document élohiste, l'histoire du Pentateuque, quant à ses phases principales, sera définitivement reconstituée.

Pour le moment, notre Ihèse actuelle, qui consiste à dire que la source du Deutéronome, en ce qui concerne les données historiques, a été la composition jéhovistc, peut encore être confirmée par une série d'autres preuves. Nous appellerons d'abord l'attention de nos lecteurs sur quelques faits qui sont racontés de deux manières différentes dans le livre des Nombres. Le jéhoviste dit

qu*après avoir été payé pour maudire les Israélites, Bile am iîil obligé par Jéhova de les bénir, et qu*après cela il se retira dans son pays (chap. XXII suiv.); Télohiste ne parle pas de ses prédictions, mais le représente comme séducteur du peuple et le fait égorger sur l'ordre de Moïse (chap. XXXI, 8). Le Deutéronome (chap. XXIII, 4; ne connaît que la première de ces traditions. Voici un autre exemple plus instructif encore. Au chap. XVI des Nombres, il est parlé d'ime révolte contre l'autorité de Moïse. Nous avons montré, ci-dessus page 58, que ce récit est composé de deux éléments hétérogènes, de l'histoire de Datan et d*Âbîram, et de celle de Qorali et de sa bande, enchevêtrées très-mal à propos Tune dans Fautre. Lie Deutéronome ne connaît que la première qui est jéhoviste (chap. XI, 6] ; l'auteur a donc eu ce texte sous les yeux avant qu'il fût amalgamé avec le texte élohiste relatif à Qorah.

n est vrai qu'on rencontre aussi dans le Deutéronome quelques détails qui ne se trouvent pas dans les textes jéhovistes tels qu'ils nous sont parvenus. Ainsi ce n'est que dans le Deutéronome (chap. Vin, 4) qu'il est dit que les habits des Israélites ne s'usèrent pas pendant les quarante années du séjour au désert, etc. L'Exode ne dit pas (chap. XXIV, 18) que Moïse, quand il monta la première fois à la montagne, ne mangea ni ne but rien pendant quarante jours (Deut. IX, 9 . La colère de Dieu contre Aharôn, menacé même de mort (Deut. IX, 20;, l'arche construite par Moïse pour y déposer les deux tables (chap. X, 1), sont également des faits non mentionnés ailleurs. Sera-t-il bien nécessaire de supposer au rédacteur l'usage d'une source aujourd'hui perdue? Car en tout cas l'élohiste ne dit rien de tout cela non plus. Ou bien dirons-nous qu'il possédait le texte jéhoviste plus complet que ne nous l'a conservé le compilateur? Ou bien a-t-il librement arrangé son récit, comme d'autres l'ont fait aussi, même longtemps après que l'ancienne littérature eut déjà reçu une consécration officielle? Ainsi nous voyons (chap. VIII, 2) qu'il représente le séjour prolongé des Israélites au désert comme un moyen d'épreuve de la part de Jéhova, tandis que le jéhoviste i'Nomb. XIV, 28) en parle comme d'une punition. Chap. V, 5, il dit que les Israélites n'osèrent s'approcher de la montagne par pure crainte; le jéhoviste dit explicitement (Ex. XIX, 12) que cela leur avait été défendu sous peine de mort. De pareilles nuances dans le récit nécessitent-elles de nouvelles hypothèses relativement aux sources présumables des allusions historiques?

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Nous profilons de cette occasion pour remplir une petite lacune que nous avons laissée subsister à dessein dans les §§ XIV et XV de noire introduction. Car alors nous n'interrogions les témoins antérieurs au règne du roi lôs'iyah que sur l'état de la législation, telle qu'elle a dû être de leur temps. Il convient maintenant de voir aussi si ces mêmes auteurs, dans ce qu'ils disent en passant de l'ancienne histoire, suivent également le texte jéhoviste ou s'ils paraissent en avoir eu un autre sous les yeux. Le nombre des passages à mettre ici à profit n'est pas bien considérable ; et encore la moitié au moins ne nous apprend rien de précis sur ce que nous voulons savoir ^ . Ainsi il est souvent question de l'émigration d'Egypte (Amos III, 1. Os. XI, 1; Xin, 4. 1 Sam. XII, 6, etc.); de l'obstination de Pharaon (1 Sam. VI, 6); des plaies d'Egypte (1 Sam. IV, 8); du passage de la mer rouge (Es. X, 24 suiv. ; XI, 15); des quarante années passées au désert (Amos II, 10), etc. Mais d'autres citations ou allusions, en partie très-précises et positivement faites en vue de textes écrits, nous représentent encore les textes jéhovistes : la ruine de Sedom et de 'Amorah (Am. IV, 11. Es. I, 9; III, 9. Sopb. n, 9)2; le nom de Nimerôd, le roi mythique d'Ass'our (Micb. V, 5. Gen. X, 9); le mythe relatif à la naissance de Jacob (Os. XII, 4. Gen. XXV, 26); le service fait par ce patriarche pour gagner une femme (Os. XII, 13. Gen. XXVII) ; sa lutte avec Dieu (Os. XII, 5. Gen. XXXII); le beau-frère de Moïse appelé Qôbab (Juges IV, 11. Nomb. X, 29) 3; le combat avec les 'Amaléqites (1 Sam. XV, 2. Ex. XVII, 11 suiv.); l'Egypte, maison d'esclaves (Mich. VI, 4); l'histoire de Bileam (Mich. VI, 5. Jug. XI, 25); le refus des Édomites de laisser passer les Israélites sur leur territoire (Juges XI, 15. Nomb. XX, 14 suiv.); la victoire sur Sîbôn et les géants Kmorites (Juges, ib, Am. II, 9. Nomb. XXI) ; l'adoration de Ba*al-Pe or (Os . IX, 10. Nomb. XXV).

Ainsi dans cette sphère nous ne trouvons pas non plus de trace de la composition élohiste. Mais nous avons peut-être eu tort de nous servir dès à présent de ce terme et de l'autre correspondant. Car, à vrai dire, nous n'avons encore prouvé qu'une chose dans

^ Nous ne reviendrons pas sur ceux qui ont été allégués, page 147.

2 Osée (chap. XI, S) nomme même les deux autres villes qu'on ne rencontre que dans Gen. XIV et Deul. XXIX, 22.

3 II 7 a cependant là une petite différence relativement à la nationalité de cet homme

ce paragraphe, c'est que les auteurs du huitième et du septième siècle, le Deutéronomiste compris, ont connu les antiques traditions nationales par quelque ouvrage qui les avait déjà réunies en faisceau, et qui de cette manière, en les mettant à la disposition des gens lettrés, les a fait servir ultérieurement, par Tentremise de ceux-ci, à Tinstruction du peuple. La question est maintenant de savoir si nous avons encore cet ouvrage? S'il y a moyen de le découvrir dans la masse confuse de tout ce qui forme aujourd'hui le Pentateuque? Car nous savons déjà que ce n'était pas celui-ci dans sa forme actuelle, puisque les lois lévi tiques ne s'y trouvaient pas. Mais cela pourrait en être une partie, comme le Deutéronome, si facilement séparable du reste, en est une aussi.

Nous disons que cet ouvrage existe eu grande partie et que nous le retrouvons surtout dans la Genèse dont il forme Télémenl principal, qu'il se reconnaît dans un certain nombre de chapitres de l'Exode, qu'il n'y en a pas de trace dans le Lévitique, quïl reparaît dans une série d'endroits du livre des Nombres, bien rarement encore dans les additions au Deutéronome, enfin qu'il fait le fond du livre de Josué ^

Pour le distinguer des autres éléments du Pentateuque, uou:> nous sommes servi jusqu'ici, d'après un usage assez généralement reçu, du nom de Jéhoviste, dont l'origine a été expliquée dans te paragraphe relatif à l'histoire de la critique. Mais nous avons déjà eu l'occasion d'insinuer que ce nom n'est pas bien choisi, et que dans l'état actuel de la science il peut causer des malentendus. D'abord il est de fait, qu'à partir du sixième chapitre de l'Exode, soit depuis la mission donnée à Moïse, tous les auteurs qui ont concouru à la rédaction du Pentateuque se servent du nom de Jéhova, lequel, par conséquent, ne peut plus être un critère pour la séparation des compositions primitivement indé- j pendantes l'une de l'autre.

l Nous n'entrons pas ici dans l'énumdratioQ des textes en détail, tant par les raûoDS qui vont être exposées, que parce que le triage, dans ce qu'il y a de plus sûr et de plo? précis, se fera au § XXVIII. Pour le livre de Josué, voyez le § XXIV. Du re«te, If ommentaire s'occupera du triage en détail, autant que cela nous paraîtra nécessaire.

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En second lieu, il a été également reconnu que le nom d'Élohîm n'a pas été employé exclusivement par l'auteur qu'on a appelé rÉlohiste, pour cette raison même, et dès le commencement de ces études analytiques. On a constaté qu'il a existé une ancienne histoire des débuts de la nation, également élohiste dans ce sens, mais positivement étrangère à la composition désignée d'abord par ce nom spécial et dont il sera parlé plus bas. Cet ouvrage (qualifié naguère encore de second Élohiste) se trouve aujourd'hui si intimement combiné et confondu avec celui du Jéhoviste, que dans beaucoup de cas il faudrait déchirer le texte actuel et le réduire en lambeaux, si Ton voulait séparer ce que le rédacteur (le Jéhoviste) a emprunté à cette soyrce, largement exploitée par lui, et ce qu'il y a ajouté de son côté. A titre d'exemple, nous citerons l'histoire de Joseph (voir au § V). Mais ce n'est pas tout. Notre auteur a également inséré dans le corps de son ouvrage des pièces détachées, tant en prose qu'en poésie, qui ne sont pas à considérer comme ayant appartenu à cette autre composition que nous venons de signaler. La sienne contient donc des éléments divers, qui se laissent assez bien distinguer, ou du moins entrevoir, parce que la combinaison qui en a été faite par le rédacteur, n'a pas réussi à en effacer soit les traits caractéristiques, soit même les divergences.

Une troisième raison pour laquelle nous ne croyons pas que cette désignation par le nom du Jéhoviste doive encore être employée à l'avenir, c'est qu'elle rappelle des conceptions aujourd'hui abandonnées. Elle a trop longtemps servi à l'hypothèse du supplément dont le Jéhoviste aurait enrichi la prétendue composition primitive de l'Élohiste. Et depuis que cette hypothèse a été mise de côté, on s'est encore divisé sur une autre tout récemment proposée. C'est que, au lieu d'attribuer au Jéhoviste une rédaction directement basée sur Tancienne composition dont il vient d'être parlé, on a admis deux ouvrages, l'un jéhoviste, l'autre élohiste l'ce dernier, comme il a été dit, différent du grand Élohiste proprement dit), et ensuite seulement un travail d'assemblage fait par un troisième écrivain. Sans vouloir douter de la possibilité d'arriver à des découvertes plus précises encore relativement à la distinction à faire dans la masse des éléments de la tradition, et tout en admettant la probabilité de l'hypothèse en question, nous ne suivrons pas ici nos savants contemporains sur ce terrain encore hérissé de difficultés, où ils se plaisent à exercer leur

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sagacité. Comme il nous importe, avant tout, de mettre nos lecteurs au courant de ce qui nous paraît dès à présent établi d*uoe manière solide, nous tâcherons de simplifier les questions autant que cela se comporte avec la sûreté de la démonstration. Noos chercherons donc à savoir ce que nous donne le rédacteur de Touvrage dont nous avons retrouvé les traces dans les auteurs do huitième et du septième siècle, et dans le Deutéronome, et nous nous abstiendrons de lui demander où il a pris ses matériaux. Nous réserverons au commentaire le soin de faire voir dans l'occasion que ces matériaux sont de provenance diverse. Il suffit ici de dire que le dernier rédacteur a arrangé les textes de manière à en faire, tant bien que mal, une histoire unique et continue. O dernier travail a eu pour effet naturel, que les compositions parallèles, primitivement indépendantes Tune de l'autre, ne nous sont pas parvenues dans leur intégrité. Car il est bien vrai que les contradictions mômes, qui s'y font remarquer, comme nous l'avons vu par un grand nombre d'exemples, n'ont pas empêché le compilateur de les combiner ; mais il est plus que probable que là où eues s'accordaient, ou encore là où l'une était plus complète que l'autre, le rédacteur n'a pas jugé nécessaire de conserver les deax textes. Il en résulte que nous découvrons aujourd'hui de côté cl d'autre certaines lacunes ou incohérences.

La tâche de séparer les éléments du texte ainsi combiné, et de les répartir entre les divers auteurs, tâche dont on croyait autrefois venir à bout en distinguant les noms de Dieu, serait audessus des moyens de la science, aujourd'hui que ce critère a perdu une grande partie de sa valeur, si Ton n'en avait trouvé deux autres qui conduisent beaucoup plus sûrement au but. L'un est fourni par l'histoire elle-même. Nous avons fait voir, dès le début de notre étude, que les récits parallèles ne sont pas toujours d'accord entre eux, et ces divergences reparaissent dans beaucoup de cas, à quelques pages ou même à quelques lignes de distance, de manière que chacune des deux formes d'un rédt se reproduit dans la suite respective de la narration. Pour rétablir la forme primitive d'un chacun, ou pour élaguer ce qui leur était primitivement étranger, on n'a donc qu'à joindre ensemble les parties qui représentent la même conception. A titre d'exemples, nous rappelons à nos lecteurs ce que nous avons dit de l'histwrc de Joseph, des plaies d'Egypte, des explorateurs envoyés au pays de Canaan, et d'autres faits du même genre (p. 52 suiv.). I^ commentaire en signalera encore un grand nombre.

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