‹ La Bible (volume 4)Chapitre 20 sur 52 · JÉRÉMIE · texte numérisé non relu

JÉRÉMIE

du prophète, au sujet de Tétat des choses pendant les trente ans qui suivirent, ne sont pas moins amères, ses menaces ne sont pas moins terribles et énergiques que celles de ses devanciers.

Nous avons déjà dit ailleurs (Prophètes, I, 425), que Jérémie est le plus ancien prophète à nous connu, qui s'en rapporte à une loi écrite. Les allusions à une telle loi sont assez fréquentes chez lui. Nous n'avons pas besoin de relever ici des phrases d'une portée générale (par ex. chap. IX, 12; XXVI, 4; XLIV, 10, etc.), où Dieu parle de la torah qu'il avait proposée au peuple, parce que, à la rigueur, cela pourrait s'entendre des instructions données par les prophètes au nom de Jéhova. L'allusion cependant est déjà plus précise quand l'auteur accumule les termes de règles, de lois, de commandements (chap. XXXIl, 11 ; XLIV, 10, 23), en se servant de mots qui se trouvent surtout ainsi combinés dans le Deutéronome (chap. IV, 45; VI, 17, 20, etc.). Mais voici un texte plus significatif (chap. XI, 1 suiv.) : «Écoutez les paroles de ce pacte, et toi, expose-les^ aux hommes de Juda et aux habitants de Jérusalem, et dis-leur : Voici ce que dit l'Éternel : Maudit soit l'homme qui n'écoutera pas les paroles de ce pacte que j'ai imposé à vos pères lorsque je les ai fait sortir d'Egypte.... Et l'Étemel me dit : Proclame (ou plutôt : lis) toutes ces paroles dans les villes de Juda et dans les rues de Jérusalem, en disant : Écoutez les paroles de ce pacte et pratiquez-les !» etc. Il n'est guère possible de se refuser à l'idée qu'il ne s'agit pas ici d'un simple sermon du prophète, mais d'un texte écrit qu'il doit publier et conmienter. Dans aucun prophète antérieur nous ne trouvons une phrase pareille. De plus, ce terme de paroles du pacte (de l'alliance) nous rappelle l'expression employée 2 Rois XXIII, 3, et la malédiction dont Israël est menacé en cas de désobéissance est écrite tout au long Deut. XXVIII, 15 suiv.

En fait de citations directes, nous devons signaler surtout celle de la loi du divorce (Deut. XXIV, 1 suiv.; comp. Jér. III, 1, 8) et celle de l'émancipation des esclaves après six ans de servage (Deut. XV, 12 suiv.; comp. Jér. XXXIV, 8 suiv.). Le prophète rappelle la loi du sabbat (Jér. XVII, 21 suiv.), mais il la sanctionne par des menaces générales contre Jérusalem, et quant à la peine de mort édictée dans le code sinaïtique contre le transgresseur, il la mentionne tout aussi peu que le Deutéronome. Il parle très-

1 Voyez le commentaire sur Jérémie, p. 4()5.

souvent des prêtres, tantôt en leur opposant le peuple, pour exprimer l'idée de la totalité (chap. XIX, 1 ; XXVII, 16; XXVHI, 1, 5; XXIX, 25, etc.), tantôt en leur associant les prophètes (chap. II, 8; IV, 9; VIII, 1; XIII, 13; XXVI, 7, 8, 11, 16; XXIX, 1, etc.). Jamais il ne nomme les Lévites comme une classe particulière ; le nom même de ces derniers ne se rencontre que très-rarement dans la phrase deutéronomique : les prêtres lévitiques ou les Lévites prêtres (chap. XXXIII, 18, 21). La règle concernant la prophétie (chap. XXVIII, 9) est directement empruntée à Deut. XVIII, 21. La centralisation du culte est de droit, sans qu'il soit question de la revendiquer (chap.XVII, 26).

Jérémie fait du culte rituel tout aussi peu de cas que ses prédécesseurs (chap. IX, 23; VI, 20 ; XIV, 12, etc.). Le culte du cœur seul a de la valeur aux yeux de Dieu (chap. III, 16 ; IV, 4 ; VII, 6; XXXI, 33, etc.), ce qui n'implique pas que l'autre soit abrogé. Seulement il ne faut pas perdre de vue que le Deutéronome ne connaît guère que les sacrifices volontaires, spontanément offerts par les individus, comme manifestation de leurs sentiments religieux personnels. Aussi insisterons-nous surtout sur le texte capital et décisif du chap. VII, 21 suiv., où Dieu dit: cJe n'ai point parlé à vos pères, ni ne leur ai donné des ordres, lorsque je les fis sortir du pays d'Egypte, au sujet des holocaustes et des sacrifices. Mais voici ce que je leur ai ordonné : Écoutez ma voix, et je serai votre Dieu et vous serez mon peuple» (Deut. XXVI, 17 suiv.). Gomment donc ! Jérémie aurait osé prononcer ces paroles devant les prêtres qui, pour lui donner le plus éclatant démenti, n'auraient eu qu'à lui mettre sous les yeux le grand code lévitique, s'il avait existé dès lors? Et avec cela il était prêtre lui-même et devait bien savoir si les rites qui se pratiquaient à Jérusalem, et auxquels il prenait part, étaient une afiaire de vieille coutume ou s'ils se réglaient sur une loi écrite.

Le style du Deutéronome, dans la partie que nous nommerions volontiers homilétique, a si bien déteint sur celui de Jérémie, qu'on a même voulu intervertir le rapport, comme nous l'avons déjà fait remarquer. Une masse de locutions particulières sont communes à ces deux auteurs. Citons à titre d'exemple les suivantes: la menace Jér. V, 15 suiv. se retrouve presque textuellement Deut. XXVIII, 49 suiv.; la phrase: afin que vous soyez heureux (litt. : qu'il vous arrive du bien), chap. VII, 23; XXXVIII, 20; XL. 9; XLII, 6; comp. avec Deut. V, 16, 26;

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