GENÈSE XXXIII, 18-20. XXXIV
'* Jacob étant arrivé en bonne santé à la ville de S'ekém, dans le pays de Canaan, à son retour de la plaine de la Mésopoiamiey il campa en face de la ville S et il acheta la pièce de terre sur laquelle il avait dressé ses tentes delà part des fils de Qamôr du père de S'ekém^ pour cent Qesitas ', et il y érigea un autel et l'appela : Dieu est le dieu d'Israël.
* Cependant Dînah, la fille de Léah, que celle-ci avait enfantée à Jacob, étant sortie pour visiter les filles du pays, S'ekém fils de Qamôr le fliwwite, de l'émîr du pays, la vit. Et il l'enleva et coucha avec elle et la viola. Et son cœur s'attacha à Dînah, la fille de Jacob, et il aimait la jeune fille et il chercha à gagner son cœur par ses discours. Puis S'ekém s'adressa à son père Qamôr en lui disant : Prends-moi cette jeime personne pour femme. * Or, Jacob apprit qu'il avait déshonoré sa fille Dînah, pendant que ses fils étaient avec son bétail aux champs, et Jacob garda le silence jusqu'à leur retour. Et Qamdr, le père de Sekém, alla trouver Jacob pour lui en parler. 'Les fils de Jacob étant revenus des champs, ils apprirent la chose, et en furent irrités et ces hommes se mirent dans une grande colère, car c'était une infamie qu'il avait commise en Israël ^, en couchant avec la fille de Jacob ; c'était chose qui ne devait pas se faire. * Qamôr leur parla en ces termes : Mon fils S'ekém s'est attaché de cœur à votre fille; donnez-la lui pour femme, et alliez-vous avec nous par des mariages ; donnez-nous vos filles, et prenez les nôtres. Restez avec nous, le pays est devant vous, demeurez-y, circulez-y, fixez-vous-y ! ** S'ekém dit au père et aux frères de la fille : Accueillez ma demande favorablement ; ce que vous me direz, je le donnerai ; imposez-moi une forte dot et des cadeaux, je les donnerai selon ce que vous me direz et donnez-moi la jeune fille pour femme. Les fils de Jacob répondirent à S'ekém et à son père Qamôr frauduleusement et dans de mauvais desseins, parce qu'il avait déshonoré leur sœur Dînah. **Et ils leur dirent: Nous ne pouvons consentir à donner
^ La plaine de la Mésopotamie trahit l'Elohiste.
^ Les fils de Hamôr sont les Sichémites ; mais dans ce récit, S'ekém (la ville) est devenue un individu (Juges IX, 28). — On remarquera que Jacob se trouve toutnà-coup à Sichem, sans qu'il ait été question du passage du Jourdain. Outre cette lacune, il faut aussi signaler le singulier désordre du texte, dans l'histoire qui va suivre.
3 Poids inconnu. L'achat d'une terre à Sichem est analogue à celui du tombeau î Çébrôn (chap. XXIIIJ, mais ne saurait être de l'auteur qui fait rentrer Jacob eo Canaan pour rejoindre son père Isaac qui ne demeure pas à Sichem.
4 On remarquera la naïveté du narrateur qui emploie le nom d 'Israël comme celui d'un peuple, et le met même en quelque sorte dans la bouche de ses personnages, dans un récit où ce peuple est censé ne pas exister encore, où le nom môme existe à peÎDf (chap. XXXII, 29), ou n'existe pas encore [chap. XXXV, 10).
GENÈSE XXXIV, l5-3i. 405
notre sœur à un homme non circoncis ; ce serait pour nous une honte. Cependant nous accepterons votre proposition à la condition que vous soyez comme nous, et que vous fassiez circoncire tous vos mâles ; alors nous vous donnerons nos (illes et nous prendrons les vôtres; nous demeurerons avec vous et nous formerons un seul peuple. Si vous refusez de vous faire circoncire, nous prendrons notre fille et nous nous en irons. Ces propositions furent agréées par I|amôr et son fils S'ekém. Et le jeune homme, sans plus tarder, fit la chose, car il était épris de la fille de Jacoh, et il était le plus honoré de toute la famille de son père. Et I|amôr et son fils S'ekém \inrent à la place publique de leur ville et parlèrent aux gens de la ville en leur disant: Ces hommes-là sont en bons termes avec nous; qu'ils restent dans notre pays et qu'ils y circulent, le pays est bien suffisamment vaste pour eux. Nous prendrons leurs filles pour femmes, et nous leur donnerons les nôtres. Seulement ces hommes mettent une condition à la proposition de demeurer avec nous et de former im seul peuple: c'est que tous nos mâles soient circoncis comme ils le sont eux-mêmes. Leurs troupeaux, leurs biens, tout leur bétail seront à nous, seulement acceptons leur proposition, pour qu'ils restent avec nous. Et tous les habitants acceptèrent l'invitation de Qamôr et de son fils S'ekém, et ils se firent circoncire, tout ce qui était mâle parmi les habitants de la ville. Et le troisième jour, pendant qu'ils souffraient encore, les deux fils de Jacob, S'ime*ôn et Lévi, les frères de Dinah, prirent leurs épées et entrèrent dans la ville qui ne se doutait de rien, et égorgèrent tous les mâles ; et après avoir fait aussi passer au fil de l'épée IJamôr et son fils S'ekém, ils emmenèrent Dinah de la maison de S'ekém et partirent. '^Les fils de Jacob se jetèrent sur les morts et pillèrent la ville, parce qu'on avait déshonoré leur sœur. Leur bétail, leurs bœufs, leurs ânes, tout ce qu'il y avait dans la ville et aux champs, ils le prirent ; ils emmenèrent et pillèrent toutes leurs richesses, tous leurs enfants et leurs femmes, tout ce qu'ils y trouvaient. Mais Jacob dit à S'ime'on et à Lévi : Vous me faites tort en me mettant en mauvaise odeur auprès des habitants du pays, les Cananéens et les Perizzites. Moi je n'ai que peu de monde, et s'ils se liguent contre moi, ils me battront et je périrai avec toute ma famille. Et ils répondirent : Doit-on en agir avec notre sœur comme avec une prostituée*?
l II j a ici des choses qui donnent à réfléchir à la critique. Tout à l'heure les enfants de Jacob étaient encore trop petits et trop faibles pour soutenir les fatigues d'un voyage (cbap. XXXIII, i 3). Ici ce sont des hommes qui traitent avec les étrangers^ qui massacrent les habitants d'une ville^ et qui ont des ûUes à marier. Ces deux conceptions s'excluent, et n'appartiennent pas à la même source ou tradition. Quant au fait en lui-même, il
* Dieu dit à Jacob : Va monter à Bêt-El *, et restes-y, et construis-y un autel au Dieu qui t'est apparu lorsque tu fuyais devant ton frère *É$aw. Alors Jacob dit à sa famille et à tous ceux qui étaient avec lui : Otez les dieux étrangers qui sont chez vous, purifiez-vous et changez de vêtements, pour que nous allions monter à Bèt-El, et que j'y construise un autel au Dieu qui m'a exaucé lors de ma détresse, et qui a été avec moi pendant mon voyage. Et ils donnèrent à Jacob tous les dieux qu'ils avaient avec eux, et les anneaux qu'ils portaient dans les oreilles, et Jacob les enfouit sous le térébinthe qui est à S'ekém' , puis ils levèrent le camp. Et une panique se
pourrait. appartenir à l'histoire réelle, mais dans ce cas il ne reviendrait pas a deoz individus faisant main basse sur toute une population ; il faudrait y voir un événement postérieur à la conquête. Il est cependant plus simple de n'y voir qu'un mythe destiné à mettre en relief le principe que les Israélites ne doivent s'allier en aucune façon avec les Cananéens, mais plutôt les exterminer. Mais ce mythe même nous parvient ici soos deux formes, qu'on peut encore distinguer et séparer jusqu'à un certain point. D on côté, le fils de l'émir, qui voit par hasard la fille du chef nomade campé aux environs, se passionne pour elle et la fait demander très-honnêtement en mariage ; le père fait plus, il propose aux étrangers de rester dans le pays et de s'y fixer. On lui fait U condition de la circoncision, c'est-à-dire d'une alliance religieuse, qui est acceptée. Le jeune homme se fait circoncire et Dinah passe dans sa maison en qualité d'épouse. Une autre rédaction, intercalée dans la précédente, parle d'un outrage fait à la fille, après lequel le coupable vient offrir une rançon. On a l'air d'accepter, mais avec Tarrièrepensée d'un guet-apens. La seconde rédaction étant pour ainsi dire superposée à la première, les soudures ne se reconnaissent pas partout également bien, mais il e5t évident que le récit qui parle d'un viol, ne peut pas être le même que celui qui nous parle d'une épouse légitime emmenée de la maison de son mari assassiné. La diversité des rédactions se reconnaît aussi dans la transition autrement inexplicable du 26' verset au 27'. Du reste, personne ne s'avisera de faire ici de la critique morale, puisqu'il s'agit de l'expression de la haine nationale, seulement on peut dire que la version qui parle du viol a voulu plaider les circonstances atténuantes. Quant aux diverses sources, il est bien difficile de dire si l'une des deux formes de la tradition appartient à rElohiste. comme on Ta pensé, ou si la combinaison a été faite bien antérieurement déjà-
^ Ici nous allons retrouver la trace non douteuse du récit élohiste, bien que dès l'abord il s'y joigne des éléments étrangers. Ce récit avait presque complètement disparu dans les chapitres précédents, si bien que le fait même du double mariage de Jacob, qui a dû y être mentionné aussi, ne nous est parvenu que dans la récension jéhoviste. Jacob va retrouver son vieux père après une longue absence, dont nous calculerons ailleurs la durée (chap. XXXI, 18) ; sa route le conduit à Sichem (chap. XXXIV, l8 , et de là il se dirige vers Bôt-El, nom dont l'origine est ici rapportée à une occasion toute différente de celle qui avait été alléguée ailleurs (chap. XXXV, 9 suiv.; comp. XXVIII, 19).
2 Ce trait du mythe est très-significatif. C'est une reconnaissance explicite de l'idolâtrie et du polythéisme antique et primitif de la horde venue de l'intérieur pour s'établir dans la terre promise, où le seul culte de Jéhova est légitime. Les dieux étrangers et tous les signes d'un culte païen, amulettes, etc., y doivent disparaître. Les anneaux, etc., étaient des symboles de consécration religieuse.
répandit dans tous les endroits à l'en tour, de sorte qu'on ne poursuivit pas les fils de Jacob. Et Jacob arriva avec toute sa troupe à Louz dans le pays de Canaan (aujourd'hui Bêt-El). Et il y bâtit un autel et nomma l'endroit : Dieu de Bê^El, parce que la divinité s'y était révélée à lui lorsqu'il fuyait devant son frère. Et Deborah, la nourrice de Ribqah *, étant morte, elle fut enterrée au-dessous de Bèt-El, sous le chêne, que l'on nomma dès lors le chêne des pleurs.
[•Dieu apparut encore' à Jacob lorsqu'il revint de la plaine de la Mésopotamie, et lui donna la bénédiction. Et Dieu lui dit : Ton nom est Jacob; désormais tu ne t'appelleras plus Jacob, mais ton nom sera Israël '. Et il l'appela Israël. Et Dieu lui dit : Je suis le Dieu tout-puissant, sois fécond et multiplie-toi; un peuple et une réunion* de peuples viendront de toi et des rois sortiront de tes reins. Et le pays que j'ai donné à Abraham et à Isaac*, je te le donne à toi, et je le donnerai à ta postérité après toi. Puis Dieu remonta d'auprès de lui à l'endroit où il lui avait parlé. Et Jacob érigea un monument* à l'endroit où il lui avait parlé, un monument de pierre, et il fit une libation sur lui en y versant de l'huile. Et Jacob donna le nom de Bé^El au lieu où Dieu lui avait parlé.]
"Et ils partirent de Bêt-El, et lorsqu'ils n'étaient plus qu'à un bout de chemin d'ÉfraJah, Ra^el accoucha, et elle eut beaucoup de peine à accoucher; et comme l'accouchement était très- laborieux, la sage-femme lui dit : N'aie pas peur, tu as là encore un fils. Et au moment de rendre l'âme, comme elle mourut, elle l'appela Ben-Onî, mais son père l'appela Benjamin'. Ra^el mourut et fut enterrée sur
^ On ne voit pas d'où vient tout à coup la nourrice de Ribqah qui, d'après un autre tuteur^ a dû se trouver en Canaan depuis au moins 60 ans [chap. XXIV, 59), ou plutôt qui devait être morte depuis longtemps. Serait-ce une faute de copiste pour Ra^el?
* Ce mot encore est dû à un compilateur, car l'auteur de ce morceau n'a point encore mentionné un fait pareil.
3 Autre récit sur l'origine du nom d'Israël, faisant double emploi avec celui du Jéhoviste (chap. XXXII^ 29). L'auteur n'essaie pas d'étjmologie, cependant il est probable qu'il a songé à la racine Sarah (dominer), dans le sens de : Dieu domine, Dieu est mon maître (Adoniya).
4 Nous disons réunion et non multitude, parce qu'il s'agit évidemment des 12 tribus.
5 Chap. XVII, 8 ; XXVIII. 4, dans le récit élohiste.
0 Les patriarches^ d'après le récit élohiste, ne construisent pas d'autels, mais dressent simplement des pierres en guise de monument, et au lieu de sacrifices d'animaux, Jacob fait une libation d'huile. Son Dieu s'appelle S'addaï, le Tout^Puissant, et non encore lahewôh (Exod. VI, 3).
'^ Ben-Onî, /ils de mon néant (de ma mort), Ben-vamin, fils de la droite, du bonheur, (Félix) .
408 GENÈSE XXXV, 19-20. XXXVl , 1-3.
le chemin d*Éfra^ (aujourd'hui Bè^Lé^^eIn). Et Jacob érigea un monument sur sa tombe; c'est le monument de la tombe de Ral^el jusqu'à ce jour*.
** Et Israël ■ partit de là et dressa sa tente au delà de Migdal-'Éder. Et pendant qu'Israël demeurait dans cette contrée, Reouben alla coucher avec Bilehah, la concubine de son père. Et Israël l'apprit '.
[*' Les fils de Jacob étaient au nombre de douze. Les flls de Léah : Reouben, l'aîné de Jacob, S'ime'ôn, Lévi, Juda, Yissakar et Zebouloun. Les (ils de Ra^el : Joseph et Benjamin. Les fils de Bilehah, la servante de Ra^el : Dan et Nef|alî. Les fils de Zilpah, la servante de Léah : Gad et As'er. Voilà les fils de Jacob qui lui naquirent dans la plaine de la Mésopotamie.
*'Et Jacob revint chez son père Isaac, à Mameré de Qiryat-Arba' (aujourd'hui IJébrôn), où Abraham et Isaac avaient séjourné *. Isaac était âgé de cent quatre-vingts ans. Et Isaac expira et mourut et fut réuni à ses aïeux, vieux et rassasié de jours, et ses fils 'É^w* et Jacob lui donnèrent la sépulture.]
[* Ceci est l'histoire de *É^w, autrement dit Édom*. 'Éçaw avait pris ses femmes parmi les filles de Canaan, Adah fille d'Élôn le hittite, puis Oholibamah fille de *Anah, fille de Çibe'ôn le Hiwwite, et Baçmaf fille d'Ismaël, sœur de Nebayôt ^. Et 'Adah enfanta à *É?aw Élîfaz, et Ba^maf
1 II existait une autre tradition relativement au tombeau de Ra]^el (1 Sam. X, 2. Jér. XXXI, 15), qui le plaçait au nord de Jérusalem et non au sud, à Bdtlé]^em. On reconnaît là la vraie nature de ces traditions locales. Du reste, les deux traditions, celk relative à Ra]^el et celle concernant Deborah, sont si semblables dans leur forme qu'il faut nécessairement en attribuer la rédaction a la mÔme plume. Mais ce qui est dit de raccoucbement de la mère de Benjamin, est d'un autre rédacteur, et l'Élobiste fait naître Benjamin en Mésopotamie, comme tous ses frères (v. 26).
^ La diversité des auteurs se reconnaît ici à l'emploi du nom d'Israël et de Jacob. Migdal-*Eder, la tour du troupeau, doit avoir été une localité dans les environs. Jacob y demeure., tandis que d'après l'autre récit, son but était d'aller revoir son père.
3 II n'est plus possible de dire le sens historique du mythe relatif à Reoubeo (comp. chap. XLIX, 3, 4J. Mais l'analogie avec celui de Lot et de Juda (chap. XIX; XXXVIII) est patente.
** Voyez la note sur chap. XXV, 11 .
^ Voilà *Ésaw à Ilébron, près de son père, tandis que les récits jéhovistes en faisaient une espèce de roi ou d'émir dans le pays des Ëdomites (chap. XXXII, 4; XXXIII, 1). — Tout ce morceau (v. 23-29) appartient a TElobiste : Les douze fils de Jacob sont tous nés dans \di plaine de la Mésopotamie, et Isaac demeure à Hébrôn. — D'après chap. XXV, 26, Jacob aurait été alors âgé de 120 ans. Sur la confusion chronologique dans les récits relatifs aux patriarches, voyez Tlntroduction, p. 95 8uiT.
6 Chap. XXV, 30.
"* Ce chapitre contient différentes notices historiques, généalogiques et géographiques sur les Ëdomites, branche importante des peuples de race sémitique, et se rattachant à
enfanta Re*ouël, et Oholîbamah enfanta Ie*îs', Ia*elam et Qora^. Ce sont là les fils de *É$aw qui lui naquirent dans le pays de Canaan. Et 'É^w prit ses femmes et ses fils et ses filles, et toutes les personnes de sa maison, et ses troupeaux et toutes ses bétes et tout son avoir qu'il avait acquis dans le pays de Canaan, et s'en alla au pays
de S en quittant son frère Jacob. Car leur avoir était trop grand
pour qu'ils pussent demeurer ensemble, et le pays de leur séjour ne pouvait les porter à cause de leurs troupeaux. Et "É^aw s'établit dans les montagnes de §é'îr. *É$aw, ce sont les Édomites*.
•Ceci est l'histoire de 'É^w le père des Ëdomites dans les montagnes de §é*îr. Voici les noms des fils de *É^w. Élifaz fils de *Âdab, femme de 'É^w; Re'ouël fils de Ba$mat, femme de 'Éçaw. Et les fils d'Élîfaz furent : Têman, Omar, Çefô, Ga*etam et Qenaz. Et Timna* était la concubine d'Élîfaz fils de *É?aw, et elle lui enfanta *Âmaleq. Voilà les fils de *Adah femme de 'Éçaw. Et voici les fils de Re*ouél : Na^iat, Zéra^, S'ammah et Mizzah. Ceux-ci étaient les fils de Ba^mat femme de 'Éçaw. Et voici quels étaient les fils
Israël par les liens d'une parenté très-intime et d'un voisinage immédiat. La race édomite est issue de femmes cananéennes, ismaélites et ]^ôrites, en d'autres termes, elle est moins noble que celle d'Israél, son sang s'est môle à celui d'étrangers. Mais les noms propres fournis par notre texte diffèrent de plusieurs manières de ceux que nous tYons lus aux chap. XXVI, 34 et XXVIII, 9, et comme c'est le môme auteur auquel nous devons les trois textes, il n'y a pas lieu de parler de différentes traditions juxtaposées. S'il s'agissait de personnages historiques, il y aurait contradiction manifeste, mais comme nous ne saurions voir là que des combinaisons géographiques et ethnographiques, la difficulté n'est pas sérieuse. Le temps et les rapports politiques tendent à ks modiGer, et les rédacteurs successifs peuvent y avoir exercé leur érudition. Dans notre texte même il y a deux corrections évidentes de ce genre, d'abord l'introduction du nom national d'Ëdom, à la place du nom individuel (mythique} de 'Éçaw, et le nom de Çibe*ôn, à côté de celui de 'Anah, lesquels étaient frères, d'après le v. 20, et écrites, non Ijiwwites. Cette dernière différence pourrait bien provenir d'une simple faute de copiste. De plus, ni les Horites ni les Ismaélites n'étaient Cananéens.
1 Le texte a perdu ici le nom propre, qui est reproduit plus bas : Sé'ir. C'est la contrée montagneuse qui s'étend entre la mer morte et la mer rouge, l'Arabie Pétrée des Romains, ainsi nommée d'après sa capitale Pétra, en hébreu Séla' (La Roche). On remarquera que d'après ce récit, *âsaw n'a quitté Canaan qu'après le retour de Jacob, ce qui exclut le rédt des chap. XXXII et XXXIII. Du reste, la nécessité d'une émigration pour cause d'accroissement ne s'explique qu'autant qu'il s'agit de peuples.
^ Les V. 1-8 sont indubitablement élohistes. Quant au reste du chapitre, les opinions sont fort divisées. Le fait est que le texte ne décide rien. Comp. ce que nous avons dit sur les généalogies ethnographiques du chap. XXV. Il n'est pas probable que les nombreuses répétitions qu'on rencontre dans les diverses parties de ce chapitre soient dues toutes à un seul auteur primitif, sans compter les contradictions. Nous croyons pourtant que les v. 9-14 aussi sont à rattacher au commencement du chapitre.
d'Oholîbamah fille de 'Anah, fille de Çibe*ôn, femme de 'Éçaw : elle enfanta à 'Éçaw le'îs', Ia*elam et Qoral[i*.]
*' Voici les chefs des fils de 'Éçaw '. Les fils d'Ëlîfaz, de l'aîné de 'Éçaw : le chef de Têman, le chef d'Omar, le chef de Çefô, le chef de Qenaz, [le chef de Qora/i'], le chef de Gra'e|am, le chef de 'Amaleq. Voilà les chefs d'Élîfaz dans le pays d'Édom ; ce sont là les fils de *Adah. Et ceux-ci sont les fils de Re*ouël fils de 'Éçaw : le chef de Na^at, le chef de Zéraji, le chef de S'ammah, le chef de Mizzah. Voilà les chefs de Re'ouêl dans le pays d'Édom; ce sont les fils de Baçmat femme de *É9aw. Et ceux-ci sont les fils d'Oholibamah femme de 'Éçaw : le chef de Ie*ous', le chef de Ia*elam, le chef de Qorab. Voilà les chefs d'Oholibamah, fille de *Anah, femme de 'Éçaw. Voilà les fils de 'Éçaw, et ce sont là leurs chefs. Ce sont les Édomites.
*° Voici les fils de §é*îr le IJorite ♦, qui habitaient ce pays : Lôtan, S'ôbal, Çibe*ôn, 'Anah, Dîs'ôn, Éçer et Dîs'an. Ce sont là les chefs des Horites, fils de §é*îr, dans le pays d'Édom. Et les fils de Lôtan
- Le précédent morceau rappelait les anciennes migrations des Édomites, et leur division en 3 branches principales ; celui-ci en donne la nomenclature complète par tribus. Il y en a douze, 5 pour la branche 'Adah^ 4 pour la branche Baçma|, et 3 pour la branche Ohollbamah. Des divisions analogues se sont rencontrées plus haut pour les Naborites, les Ismaélites^ les Israélites^ etc. Une treizième (les Amalëqites^ sans demeure fixe et vivant de brigandage) en est distinguée et notée comme n'appartenant pas à la nation au même titre que les autres [elle est dite issue d'une concubine), ce qui avait sans doute un fondement politique. Les noms du texte désignent des localités, dont plusieurs reparaissent ailleurs comme telles. Les plus connus sont ceux des Témanites (Jér. XLIX, 7, 20. Amos I, 12. Hab. III.. 3, etc.) et deâ Qenizzites (Jos. XIV, 6, 14; XV, 17. Juges I, 13; III, 9), dont le héros était Kaleb, le compagnon de Josué, lequel, d'après une autre combinaison, était Israélite.
* Ce qui suit fait double emploi avec ce qui précède, et l'on 2st tenté de penser que les deux rédactions ont été primitivement indépendantes l'une de l'autre. Seulement il 7 a à remarquer que le second texte énumèrc les noms comme des noms de tribus, représentées chacune par un chef ou sheïkh.
3 Ce nom est de trop ici, et ne s'y trouve probablement que par suite d'une erreur accidentelle. H reparait quelques lignes plus bas à sa vraie place.
** Le pays de Sé*îr (v. 9, 30), personnifié à son tour, avait une population indigène avant l'occupation des Édomites : c'étaient les Horites (Troglodytes, habitants de cavernes), qui selon toutes les probabilités n'appartenaient pas à la race des Xcrabides. Ils sont divisés en sept tribus principales (v. 20, 21 et 29), mais il y a beaucoup de désordre dans le tableau généalogique de ces tribus, ce qui s'explique par la difficulté de constater d'une manière rigoureuse la parenté d'une population peut-être en partie mobile et se mélangeant incessamment. Ainsi le Horite n'est plus au v. 22 qu'une branche des Horites ; *Anah, frère de Çibeôn, au v. 20, en est le fils au v. 24. Une confusion analogue existe pour les tribus de Dîs'on et Dîs'an. Ouç est ailleurs une tribu araméenne (Gen. X, 23).
étaient IJôrî et Hêmam, et la sœur de Lôtan était Timna**. Et voici les fils de S'ôbal : 'Alwan , Manabat, *Êbal , S'efo et Onam. Et
voici les fils de Çibe'ôn : ■ *Ayyah et 'Anah. Ce fut ce 'Anah
qui découvrit les eaux chaudes' dans le désert en gardant les ânes de son père Çibe'ôn. Et voici les fils de *Anah : Dis'ôn ; et Oholîbamah était la fille de *Anah. Et voici les fils de Dîs'an : ^emdan, Es'han^ Yijran et Kran. Voici les fils de Éçer : Bilhan, Za*awan et *Aqan. Voici les fils de Dîs'an : *Ouç et Aran. Ce sont là les chefs des tforites : le chef de Lôtan, le chef de S'ôbal, le chef de Çibe'ôn, le chef de 'Anah, le chef de Dîs'on, le chef de Éçer, le chef de Dîs'an. Voilà les chefs des florites, selon leurs clans, au pays de Çé'îr.
'* Et voici les rois qui ont régné dans le pays d*Édom, avant qu'un roi régnât sur les Israélites* : fl y eut en Édora le roi Bêla' fils de Be'or*, qui demeurait à Dinhabah. Et Bêla' étant mort, lôbab fils de Zéra^ , de Boçrah , fut roi à sa place. Et lôbab étant mort, Qous'am du pays des f^manites fut roi à sa place. Et Ijlous'am étant mort, Hadad fils de Bedad fut roi à sa place; ce fut lui qui battit les Midyanites dans la plaine de Moab ; il demeurait à 'Awî^. Et Hadad étant mort, Çamlah de Maçréqah fut roi à sa place. Et $amlah étant mort, S'aoul de Re^^obôt lès-l'eau fut roi à sa place. Et S'aoul étant mort, Ba'al-hanan ^ fils de 'Akbôr fut roi à sa place.
1 Comp. V. 12. Cela revieDt à dire que les 'Amaléqites étaient des métis d'Edomites «fc de Hontes.
^ Il manque un nom dans le texte, qui dit : et 'Ayyah. Il est à remarquer que plusieurs de ces noms sont (en hébreu] des noms d'animaux ; Çibe'ôn, hyène ; Ayyah, vautour ou milan ; 'Anah, onagre; Dis'ôn, antilope; Aran, chamois.
3 Les pays à Test et au sud-est de la mer morte possédaient des sources thermales, qui étaient très en vogue du temps des Grecs et des Romains. Nos anciens traducteurs font inventer en cet endroit les mulets.
4 Cette liste d'anciens rois édomites, dont pas un n'était le fils de son prédécesseur, et qui résidaient aussi en différents endroits, peut servir à faire voir qu'il ne s'agit pas ici d'une monarchie héréditaire, mais d'une succession de chefs ou émirs (militaires et électifs) placés à la tête d'une confédération de tribus. On pourrait comparer cette forme de gouvernement à celle qu'on suppose d'ordinaire aux Israélites du temps des Juges, mais à l'égard de ceux-ci la critique historique fait ses réserves. — Du reste, l'auteur ^oi a rédigé cette list« n'a pas vécu avant l'époque de David et de Salomon. On devrait «nfin ne plus se donner le ridicule de nier cela. — Des villes nommées ici, Boçrah a été de beaucoup la plus célèbre, même encore du temps des Romains.
^ Ces noms rappellent Bile'am fils de Be*or, le prophète (Nomb. XXII s.). Serait-ce plus qu'une coïncidence fortuite ? Y aurait-il là une confusion dans les traditions ? — Lldentification de lobab avec Job est en tout cas hors de propos, bien qu elle ait eu cours autrefois.
^ Même nom que lo^anan (Jean) et Hannibal. En général, ces noms édomites, pour autant qu'on peut encore les expliquer au moyen du dictionnaire actuel, sont en pur hébreu.
Et Ba*al-tianan fils de *Akbôr étant mort, Hadar fut roi à sa place^ qui demeurait à Pa'ou, et dont la femme s'appelait Mehétabeèl fille de Matred, issue de Mè-zahab *.
*® Et voici les noms des chefs de 'Éçaw, d'après leurs familles et leurs endroits, avec leurs noms : le chef de T™na*, le chef de •Alwah, le chef de lejét, le chef d'Oholîbamah, le chef d'Élah, le chef de Pînôn, le chef de Qenaz, le chef de T^^isai? 1© chef de Mibçar, le chef de Magdlèl , le chef de 'Iram. Ce sont là les chefs des Édomites, d'après leurs demeures, dans le pays de leur possession. [Voilà pour 'É$aw le père des Édomites*. *Mais Jacob demeurait dans le pays où avait séjourné son père, dans le pays de Canaan.
* Ceci est l'histoire de Jacob ' :] Joseph âgé de dix-sept ans gardait le bétail avec ses frères. Conmie jeune garçon il était auprès des fils de Bilehah, et des fils de Zilpah, les femmes de son père. Et Joseph les desservait auprès de leur père. Mais Israël aimait Joseph plus que tous ses fils, parce qu'il était le fils de sa vieillesse * et il lui avait fait une robe à manches*. Ses frères, voyant que leur père l'aimait plus que tous ses frères, le haïssaient et ne pouvaient vivre en paix avec lui.
1 Ce dernier nom (Eau-d'or) doit être un nom de lieu.
^ Cette dernière notice n'est pas la moins intéressante dans ce chapitre en apparenoe si aride. Elle donne la nomenclature des principaux établissements des Édomites, bien que les morceaux précédents en aient déjà nommé quelques-uns. Nous y voyons durement que Timna* et Obolibamab sont des noms de localités, et non des femmes (comp. V. 2, I2f 22, 25). Enfin le nom d'Ésaw lui-même apparaît ici comme un nom de peuple (v. 40). Mais il est bien difficile de dire dans quel rapport cette liste de onze chefs est avec celle des douze (treize) que nous avons eue plus haut (v. 15 s.) Go pourrait songer d'un côté à des noms de tribus, de l'autre à des noms de villes (chefslieux) ; mais l'emploi du terme de ckef dans les deux séries semble peu favorable i cette explication. Nous croirions plutôt que les deux listes appartiennent à des époques trèsdifférentes et ont été rédigées en vue d'autres combinaisons politiques.
3 Nous estimons que les quelques lignes mises entre crochets appartiennent a It rédaction élohiste et se rattachent ainsi à la première partie du chap. XXXVI. Ob attend maintenant une histoire de Jacob, mais le fait est que Joseph occupe immédiate' ment le premier rang et le texte élohiste ne reparait qu'au chap. XLVI. Est^il tronqué ici? ou bien suffirait-il de dire que Tauteur, après avoir parlé de l'émigration des Édomites, passe tout de suite à celle des Israélites?
^ D'après le récit auquel appartient cette notice, il faut admettre un intervalle entre la naissance des frères et celle de Joseph. Ce n'est pas ainsi que la chose était représentée au chap. XXX. Nous allons voir que l'histoire de Joseph se compose d'éléments de provenance diverse. Déjà ici la qualification de jeune garçon et l'âge de dix-sept ans ne s'accordent pas bien. De plus, la haine des frères est expliquée ici par la jalousie et par le mauvais caractère de Joseph, plus loin, par ses rêves ambitieux.
5 Sens très-douteux.
*0r, Joseph eut un songe et il le raconta à ses frères, qui Ten haïrent encore davantage. H leur dit ; Écoutez donc le songe que j'ai eu. Nous étions aux champs, occupés à lier des gerbes, et voilà que ma gerbe se redressa et resta debout et que vos gerbes se placèrent à Tentour et se prosternèrent devant elle. Alors ses frères lui dirent: Est-ce que par hasard tu prétends être roi et régner sur nous ? Et ils le haïrent encore davantage, à cause de ses songes et de ses discours. Il eut encore un autre songe qu'il raconta à ses frères. Il dit: Voyez-vous, j'ai encore eu un autre songe; c'était le soleil, et la lune, et onze étoiles qui se prosternèrent devant moi. D raconta cela à son père et à ses frères. Et son père le gr(»nda et lui dit: Qu'est-ce que ce songe que tu as eu là? Est-ce que par hasard moi et ta mère et tes frères, nous viendrons nous prosterner devant toi? Et ses frères furent jaloux de lui, mais son père en garda le souvenir^.
** Or, ses frères étant allés faire paître le bétail de leur père à S'ekém ', Israël dit à Joseph : Tes frères sont au pâturage à S'ekém ; va, je vais t'envoyer auprès d'eux. Et il lui répondit : Me voici î Et il lui dit : Va donc voir comment se portent tes frères, et comment va le bétail, et rapporte-m'en des nouvelles. Il l'envoya ainsi de la plaine de Hébrôn, et il vint vers S'ekém. Un homme le rencontra errant dans la campagne , et cet homme lui demanda : Que cherches-tu ? Il répondit : Ce sont mes frères que je cherche ; dis-moi où ils sont allés avec leur bétail ? Et l'homme dit : Es sont partis d'ici ; car je les ai entendus qui disaient : Allons vers Dotaïn ! Et Joseph suivit ses frères et les trouva à Dotan'. *®0r, quand ils l'aperçurent de loin, et avant qu'il fût près d'eux, ils complotèrent
^ Il est superflu de dire que malgré les objections faites a Joseph, ses songes ont précisément le sens prophétique que ses frères et son père y découyrent, tout en le rejetant. Leurs réclamations servent à préparer le lecteur au dénouement de l'histoire, bien que leur interprétation ne soit naturelle qu'aux yeux de celui qui connaît déjà la suite des événements. Du reste, cet incident n'appartient pas à l'histoire de Jacob telle qu'elle a été racontée plus haut (chap. XXXV, 19), car celui-ci parle ici de la mère de Joseph comme vivant encore.
S S'ekém (Sichem) est un endroit plus particulièrement nommé dans l'histoire de Jacob (chap. XXXIII, 18 s. ; XXXIV], mais après ce qui y a été raconté, nous serons autorisés i voir ici encore une plume différente. Après l'odieux attentat commis par les fils de Jacob dans cette contrée, il aurait été impossible qu'ils s'exposassent, eux et leurs troupeaux, à la vengeance des habitants. L'auteur de notre récit n'a rien su de l'histoire racontée au chap. XXXIV. Vojez-j surtout le v. 30.
S La position de Dotaïn ne peut plus être déterminée exactement, mais on doit le chercher au nord de S'ekém, vers les bords du plateau d'Éphraîm, sur la route que suivaient les caravanes qui allaient de Damas en Egypte, en passant le Jourdain à sa sortie du lac de Tibériade.
414 GBNKSE XXXVII, 19-80.
contre lui, à TefTet de le faire mourir ; ils se disaient l'un à l'autre : Voici ce rêveur qui vient! Maintenant allons le tuer, et jetons-le dans une de ces citernes : nous dirons qu'une bête féroce Ta mangé et nous verrons ce qu'il adviendra de ses rêves. Mais Reouben, ayant entendu cela, le sauva de leurs mains en disant : Ne le frappons pas à mort ! Et Reouben leur dit : Ne versez pas de sang ! Jetez-le dans cette citerne dans le steppe, mais ne portez pas la main sur lui ! C'était pour le sauver de leurs mains, pour le renvoyer à son père*. Lors donc que Joseph arriva auprès de ses frères, ils lui ôtèrent sa robe, la robe à manches qu'il portait, et ils le saisirent et le jetèrent dans la citerne. La citerne était vide ; il n'y avait point d'eau. •* Puis s'étant assis pour prendre leur repas, et ayant levé les ye^x« ils virent une caravane d'Ismaélites venant du G'ile'ad, dont les chameaux portaient de la gomme, du baume et de la résine de ciste', qu'ils allaient faire passer en Egypte. Alors Juda dit à ses frères: Quel profit y a-t-il pour nous à égorger notre frère et à cacher le meurtre • ? Allons le vendre à ces Ismaélites, et ne portons pas la main sur lui ; car il est notre frère, notre chair ! Ses frères l'écoutèrent. .'* Cependant il vint à passer des hommes Midyanites, des marchands, qui retirèrent Joseph de la citerne. Et ils vendirent Joseph aux Ismaélites pour vingt sicles d'argent, et ceux-ci conduisirent Joseph en Egypte. Lorsque Reouben revint à la citerne, voilà, point de Joseph dans la citerne ! Et il déchira ses habits, rejoignit ses frères et dit : Le jeune homme n'y est plus I Et moi où irai-je * ?
1 Le but de Reouben était de gagner du temps et de faire repartir Joseph secrètement. Mais les autres ne l'entendaient pas ainsi. En consentant à jeter Joseph dans la citerne, ils voulaient lo laisser périr misérablement, parce qu'il ne pouvait pas en sortir par lui seul, les citernes étant construites en forme d'entonnoir renversé. Le ▼. 28 fiif voir qu'il s'agit toujours de sa mort, mai< d'après les idées superstitieuses de l'antiqnil un meurtre commis sans etfusion de sang est chose moins grave : c'est le sang q' crie vengeance.
* Ces marchandises sont originaires des pays à l'orient du Jourdain. Neeât^ n conservé chez les Arabes, désigne la gomme adragant, le gummi tragacanthœ des c' guistes; pour Çerî^ les interprètes hésitent entre le baume véritable ou la résio Amyris gileadensis^ et l'huile tirée du fruit à'Slaagnus angustifolia^ le myrobalano anciens. Lot est la résine de Cistus creticus, et pas le moins du monde la mj L'Arabie a fait de tout temps un grand commerce d'exportation de ses arômes.
'^ Le discours de Juda fait double emploi avec celui de Reouben, car la déconseille un assassinat.
^ Nous avons dans ce morceau la preuve palpable d'un fait déjà signalé pb fois dans ce livre. La rédaction, telle que nous la possédons, est composée r divers. Ici nous en distinguons deux, enchevêtrés l'un dans l'autre, mais don ments sont contradictoires et partant faciles à séparer aujourd'hui. 1° Les étn emmènent Joseph sont tantôt appelés des Ismaélites, tantôt des Midyanites, c
Et ils prirent la robe de Joseph^ et ayant tué un bouc, ils la trempèrent dans le sang, et l'envoyèrent à leur père, en disant: Voici ce que nous avons trouvé : reconnais si c'est ou non la robe de ton ûls ! Et il la reconnut et dit : La robe de mon fils I Une bête féroce Fa mangé î Ah certes, Joseph a été déchiré I Et Jacob déchira ses habits et se revêtit d'un cilice, et se lamenta longtemps au sujet de son fils. Et tous ses fils et toutes ses filles se mirent à le consoler, mais il refusa de se laisser consoler, en disant : Non, j'irai rejoindre mon fils au S'eôl, en pleurant. Et son père le pleura. Et les Medanites le vendirent en Egypte à Pôtîfar, eunuque de Pharaon, et chef des satellites * .
* [Vers ce temps-là Juda se sépara de ses frères et alla s'établir plus bas près d'un homme 'Adoullamite nommé Bîrah. Là il vit la fille d'un homme Cananéen nommé S'oua', et l'épousa, et cohabita avec elle. Elle devint enceinte et mit au monde un fils qu'elle appela 'Er. Puis elle devint encore enceinte et mit au monde un fils qu'elle appela Onan. Après cela elle eut encore un autre fils qu'elle appela S'élah. Il demeurait à Kezîb, lorsqu'elle le mit au monde *. Et Juda
pas du toat la môme chose (chap. XXV, 2, 12). 2" Les Midjanites sont introduits au V. 27 sans Tarticle, comme des gens dont il n'a pas encore été question. 3° La vente de Joseph en Egypte est racontée encore plus bas deux fois avec la même différence, ▼. 36 et chap. XXXIX. 4° Reouben découvre l'absence de Joseph et en est au désespoir comme d'une chose inattendue, sans que ses frères lui en expliquent la cause, pourtant bien simple d'après l'autre récit. 5° D'après l'un des deux récits, Joseph est vendu, d'après l'autre il est trouvé et emmené à l'insu de ses frères. 6° Joseph lui-même affirme d'abord avoir été enlevé, et accuse ailleurs ses frères de l'avoir vendu (chap. XL, 15; XLV, 4). — Ajoutons encore que Midjan comme Ismaêl sont des fils d'Abraham d'après la généalogie mythique, par conséquent les oncles de Jacob. Comment pent-il y avoir des peuplades midyanites et ismaélites dans un temps où les fils même de Jacob ne sont encore que des individus peu âgés et à ce qu'il parait non-mariés (chapitre suivant). La caravane en question se serait donc composée de cousins de Joseph! Voy. du reste l'Introduction, p. 52.
^ Sur l'orthographe Medan au lieu de Midyan, voy. chap. XXV, 2. Le titre d'eunuque donné à Pôtifar ne doit pas être pris nécessairement h la lettre ; il n'était pas employé à la surveillance du harem. Le terme pouvait être employé dans le sens général de dignitaire de la Cour (voy. cependant la note p. 419). Les satellites, ou gardes du corps, étant aussi les exécuteurs des arrêts de mort, le texte se sert, pour les désigner, d'un mot qui signifie proprement les bourreaux.
^ Les faits qui sont racontés dans ce chapitre sont postérieurs à ceux qu'on vient de lire, au dire du v. 1 . Cette circonstance, à elle seule, prouve que notre récit est originairement étranger à l'autre narration, d'après laquelle (chap. XLVI, 12) Juda est déjà grand-père une vingtaine d'années plus tard, malgré l'intervalle écoulé entre la naissance de ses aines et de ses cadets qui continuaient la lignée. Mais la chose essentielle. c'est que nous avons ici un mythe ethnographique analogue à ceux des chap. XVI et XIX. Juda se sépare de ses frères qui demeurent sur le plateau : lui, il descend vers
prit pour son aine une femme nommée T&mar^ Mais 'Et, l'ainé de Juda, déplaisait à l'Étemel, et TÉtemel le fît mourir. Alors Juda dit à Onan : Va cohabiter avec la femme de ton frère, et fais ton devoir de beau-frère à son égard, pour susciter lignée à ton frère'. Mais Onan, sachant que la progéniture ne compterait pas à lui, toutes les fois qu'il s'approchait de la femme de son frère, il faisait en sorte de ne point lui susciter lignée'. Comme cela déplaisait à l'Étemel, il le fit mourir aussi. Alors Juda dit à sa bru T^^mar : Reste veuve dans la maison de ton père jusqu'à ce que mon fils S'élah ait grandi. C'était, disait-il, pour qu'il ne mourût pas aussi comme les autres *.
*' Cependant bien des jours s'étant passés, Bat-S'oua* ', la femme de Juda, vint à mourir, et Juda, après avoir fîni son deuil, alla monter à fi^^^nab, lui et son ami Qirah, le *Adoullamite, vers les tondeurs de ses brebis. Tamar en eut avis ; on lui disait : Voici Um beau-père qui monte à fii^i^Ah pour tondre ses brebis. Alors elle ôta ses habits de veuve, et se couvrit d'un grand voile, et ainsi enveloppée elle s'assit à l'entrée de 'Énaïm, qui est sur le chemin vers Ximnah. Car elle voyait que S'élah avait grandi sans qu'on la lui eût donnée pour femme. Juda en l'apercevant, croyait que c'était
une contrée plus basse, cù nous conduisent aussi les noms de 'Adoullam et de Kesib (Âkzib, Jos. XV, 44] ; il se marie avec une Cananéenne (comp. chap. XXVII« 46 s.), après s'être associé avec le père de celle-ci, dont il préférait la société à celle de ses frères. C'est ce même Juda qui vient de vendre son frère Joseph. Plus loin, non» verrons que sa race est le fruit de l'inceste, comme celle des Moabites et des *Âmmonites. Il faut être aveugle pour ne pas voir dans tout cela l'expression de la jalousie et de l'hostilité des Éphralmites contre les Judéens.
1 Son origine n'est pas indiquée, mais il va sans dire qu'elle est cananéenne aass. La cause de la mort de *Er n'est pas mentionnée davantage et toute conjecture à cet égard est déplacée. *£r est une tribu judéenne qui avait fini par disparaître, comme aussi celle d'Onan (chap. XLVI, 12). Voilà tout.
^ C'est à tort qu'on veut voir ici Thistoire de l'institutien du lévirat, ou de la coutume de faire épouser une veuve sans enfants par le frère du défunt (Deut. XXV. Matth. XXII, 23). L'auteur parle de cela comme d'une chose qui s'entend de soi-même ; à son époque c'était la coutume, pour ne pas dire le droit commun.
3 Le premier-né d'Onan et de Ta^ai' aurait été le représentant de '£r et son héritier. A son défaut, c'était Onan qui héritait de son frère. Il avait donc un intérêt à ce qnîl n'y eût pas d'enfant. Ce qu'il fait dans ce but n'est pas ce que l'exégèse traditionnelle lui reproche, en abusant de son nom pour désigner un vice tout différent.
4 Juda avait évidemment l'intention d'éluder absolument le mariage de son troisième fils avec T&inar ; il s'imaginait que c'était elle qui était cause de la mort des autres, 'ï'amar, en attendant, perdait l'occasion de se remarier ailleurs. Le cadre du mjtheest moulé sur les mœurs du temps.
5 Est-ce un nom propre (t Chron. III, 5), ou doit-on traduire : la fille de S'oua'fv. 2}?
une prostituée (car elle avait voilé sa face)*. Et se détournant vers elle sur la route, il lui dit : Voyons, veux-tu me recevoir? (Car il ne savait pas que c'était sa bru.) Elle répondit : (Jue me donnes-tu pour te faire accepter ? Il dit : Je t'enverrai un chevreau de mon troupeau. Elle répondit : Si tu me donnes un gage jusqu'à ce que tu l'envoies. Il dit : Quel gage dois-je te donner ? Elle répondit : Ton cachet, ton cordon et le bâton que tu tiens à la main*. Et il les lui donna et coucha avec elle et elle devint enceinte de lui. *• Après cela, elle reprit son chemin et s'en alla, et ayant ôté son voile, elle reprit ses habits de veuve. Cependant Juda envoya le chevreau par son ami le *Adoullamite, pour retirer son gage des mains de cette femme ; mais celui-ci ne la trouva point. Et quand il interrogea les gens de son endroit, en disant : Où donc est cette courtisane qui était à 'Énaïm sur la route ? ils lui répondirent : Il n'y a pas eu de courtisane par ici. Alors il revint vers Juda et dit : Je ne l'ai point trouvée ; et de plus, les gens de l'endroit ont dit : Il n'y a pas eu de courtisane par ici. Et Juda dit : Qu'elle le garde I Ne devenons pas la risée des gens! Moi, j'ai envoyé ce chevreau, et toi tu ne l'as pas trouvée '. '♦ Environ trois mois après, on vint dire à Juda : Ta bru Tamar s'est laissé débaucher, et la voilà grosse de ce fait. Alors Juda dit : Faites-la sortir, pour qu'elle soit brûlée *. Or, pendant qu'on l'emmenait, elle envoya vers son beau-père pour lui dire : C'est de l'homme à qui ceci appartient que je suis enceinte. Et elle ajouta : Reconnais donc à qui est ce cachet, et ces cordons et ce bâton ! Et Juda les reconnut et dit : Elle est moins coupable que moi ; c'est parce que je ne l'ai pas donnée à mon fils S'élah. Cependant il n'eut plus de commerce avec elle. Et quand arriva le moment où elle devait accoucher, il se trouva qu'elle portait des jumeaux. Et pendant
1 Ptrce qu'elle était voilée il ne pouvait la reconnaître. Le voile ne pouvait pas être llndice du caractère qu'il lui supposait. Il ne faut pas demander comment il ne la reconnut pas plus tard — le mythe ne s'arrête pas à de pareils détails. On pourrait vouloir songer ici, non à la prostitution vulgaire , mais à la coutume des femmes sémites de faire le sacrifice de la pudeur à la suite d'un vœu et en l'honneur de la déesse (2 Rois XXIII, 7. Uérod. I, 199). Dans ce cas elles restaient voilées. Le terme Q/tdéi'ak (v. 21], litt. : consacrée, rappelle en effet les hiérodules de la Syrie. Mais le texte ne parle pas d'un lieu consacré au culte.
' Objets d'une valeur purement conventionnelle, mais dont on ne se dessaisissait jamais. Le cachet était suspendu au cou au moyen d'un cordon.
3 Juda veut dire : J'ai tenu ma parole, je suis hors de cause. Je ne puis pas être tenu de me rendre ridicule en courant après elle. Le gage valait plus que le chevreau, mais ce n'est pas le cas de faire du bruit pour si peu.
^ La loi punit de la peine de la lapidation les cas d'adultère, et condamnait au feu les filles des prêtres qui se laissaient débaucher (Lév. XXI, 9]. Taii^&f i^'^st ni mariée ni fille de prêtre. Le texte parle donc ici d'une coutume qui n'est pas constatée ailleurs. A. T. 8« part. — I. 27
418 OBNÈSE XXXYIII, 28-30. XXXIX, 1-18.
renfantemeni une main se présenta, et la sage-femme la prit et y attacha un fil rouge en disant: Celui-ci est sorti d'abord. Mais celui-ci retira sa main et son frère sortit. Et elle dit : Pourquoi fais-tu brèche? Et on l'appela Brèche ^ Après lui sortit son frère qui avait le 01 rouge sur la main, et on le nomma Zéra^.
* Cependant Joseph ayant été emmené en Egypte, un Égyptien, Pôtifar, eunuque de Pharaon et chef des satellites, l'acheta des Ismaélites qui l'avaient amené. Et l'Éternel fut avec Joseph, qui prospérait tant qu'il était dans la maison de son maître, l'Égyptien. Et lorsque son maître s'aperçut que l'Éternel était avec lui, et qu'i^ faisait réussir entre ses mains tout ce qu'il entreprenait, il s'intéresse^ à Joseph, et en fit son serviteur particulier ; il le préposa à sa maisoi^ et lui confia tout son avoir. Et à partir du moment qu'il l'eut pré&r^ posé à sa maison et à tout son avoir, l'Éternel bénit la maison (^« l'Égyptien pour l'amour de Joseph et la bénédiction de l'Étemel ^^ fit sentir dans tout ce qu'il avait, soit à la maison, soit à la cam« pagne. Et celui-ci laissa toutes ses affaires aux mains de Joseph, et ne se souciait plus avec lui de rien, si ce n'est de ses repas*.
Or, Joseph était beau de taille et de figure. ' Et il arriva à quelque temps de là que la femme du maître de Joseph jeta ses yeux sur lui et qu'elle lui dit : Couche avec moi ! Mais il s'y refusa et lui répondit : Vois-tu, mon maître ne se soucie pas, avec moi, de ce qui se passe dans la maison et il m'a confié tout son avoir. Lui-même n'est pas plus grand que moi dans cette maison et il ne m'a rien interdit, si ce n'est toi, puisque tu es sa femme. Comment donc commettrais-je ce grand crime, ce péché contre Dieu? Et quoiqu'dle parlât ainsi à Joseph tous les jours, il ne Técouta point, et refusa de coucher avec elle et de rester avec elle. Or, il arriva un certain jour qu'étant entré dans la chambre pour y faire sa besogne, et personne d'entre les gens de la maison ne s'y trouvant, elle le saisit par ses habits en disant : Couche avec moi ! Mais il laissa son habit
1 Nous avons essayé d'imiter le jeu de mots de l'origiDal. L'eufant s'appelle Perc> ce qui signifie brèche, irruption, etc. L'enfant en naissant avait usurpé \e droit de primogéniture, avait fait brèche dans le droit de son frère. Or, pour bien comprendre U portée du mythe, il faut se rappeler que ce Perç est l'aïeul du roi David, de l'usurpi* teur, qui a dépouillé Joseph (Éphraïm) de ses droits, comme Juda l'a vendu dans son temps. — Le texte parait du reste être fautif.
^ La partie du texte comprenant les v. 3 à 6 (au milieu) est due à la même main qufl ce qu'on lira aux v. 21-23. Or, ces derniers parlent de la grande faveur dont Joseph jouissait auprès du commandant de la prison. Mais dans le corps du récit ce commiDdant n'est autre que Pûtîfar lui-même. Il y a ici évidemment deux traditions et rédactions différentes. L'Égyptien qui fit emprisonner Joseph à cause des soupçons qu'il avait conçus sur son compte a été confondu avec l'eunuque, chef des satellites. Noos rencontrerons même Potifar dans un troisième caractère.
entre ses mains et sortit en toute hâte. Alors comme elle vit qu'il avait laissé son habit entre ses mains et qu'il s'était hâté de sortir, elle appela les gens de sa maison et leur parla en ces termes : Voyez donc, on nous a amené là un homme hébreu ^ pour nous insulter ; il est entré chez moi pour coucher avec moi, mais j'ai poussé un grand cri, et quand il m'entendit élever la voix pour crier, il laissa son habit auprès de moi et sortit en toute hâte. Et elle déposa l'habit près d'elle, jusqu'à ce que son maître fût rentré chez lui. Puis elle lui tint le même discours, en disant : Il est entré chez moi, cet esclave hébreu que tu nous a amené, pour m'insulter', et quand j'élevai la voix pour crier, il laissa son habit auprès de moi et se hâta de sortir. Quand son maitre eut entendu les paroles de sa femme, qu'elle lui adressait en disant : Voilà ce que m'a fait ton esclave! il se mit en colère, et il le prit et le mit en prison, là où étaient enfermés les prisonniers du roi. Et il resta là dans cette prison '.
** Cependant l'Étemel fut avec Joseph et lui accorda sa grâce, et lui fit obtenir les bonnes grâces du commandant de la prison. Et le commandant confia aux soins de Joseph tous les prisonniers qui étaient dans la prison, et tout ce qui s'y faisait, c'est lui qui le faisait. Le commandant ne regardait après rien de ce qu'il lui avait confié, parce que l'Éternel était avec lui et faisait réussir tout ce qu'il entreprenait.
* Après cela, il arriva que l'échanson du roi d'Egypte et le panetier offensèrent leur maître, le roi d'Egypte. Et Pharaon, irrité contre ses deux eunuques, le chef des échansons et le chef des panetiers, les fît incarcérer chez le chef des satellites, dans la prison où Joseph était enfermé. Et le chef des satellites plaça Joseph auprès d'eux, pour qu'il fût à leur service*. Or, lorsqu'ils eurent été incarcérés depuis longtemps, ils eurent un songe tous les deux, tant l'échanson que le panetier du roi d'Egypte, qui étaient détenus dans la prison, chacun le sien, dans une même nuit, chaque songe ayant sa signi-
' L'auteur parle le langage de son temps. Du temps des patriarches il n'y avait pas àe peuple Israélite qu'on aurait appelé hébreu. ^ Ou plutôt : pour 8*amuser à mes dépens.
8 Pôtîfar, chef des satellites du roi, était naturellement aussi le commandant de la prison, ce qui d'ailleurs est dit en toutes lettres au chapitre suivant. Il en résulte que les lignes immédiatement suivantes sont étrangères au récit précédent. Ce n'est là qu'une nouvelle forme de ce qui avait été dit de l'autre maître de Joseph. Le texte suivant (chap. XL, 3 ; XLI, 12) identiBe explicitement le commandant de la prison et le chef des gardes du corps.
4 On ne doit pas traduire : il les mit sous la surveillance de Joseph. Celui-ci, d'après ce récit, est mis à leur service.
fication particulière. Quand Joseph entra chez eux le matin, il les vit fort tristes. Et il questionna les eunuques de Pharaon qui étaient incarcérés avec lui dans la maison de son maître, en disant : Pourquoi avez-vous aujourd'hui si mauvaise mine? Et ils lui répondirent : Nous avons eu un songe, et il n'y a personne pour l'expliquer. Alors Joseph leur dit : C'est à Dieu qu'appartient l'explication * : racontezmoi cela. ^ Alors lie chef des échansons raconta son songe à Joseph et lui dit : Dans mon songe, voilà, un cep de vigne était devant moi. Et à ce cep il y avait trois sarments ; il semblait bourgeonner^ sa fleur se développait, ses grappes donnaient des raisins mûrs. Puis j'avais la coupe de Pharaon dans ma main, et je prenais les raisins et j'en exprimais le suc ' dans la coupe de Pharaon et je remettais la coupe entre les mains de Pharaon. Alors Joseph lui dit : En voici l'explication. Les trois sarments sont trois jours; dans trois jours d'ici, Pharaon relèvera ta tête* et te remettra à ta place, et lu mettras la coupe de Pharaon entre ses mains, comme c'était ta coutume autrefois, quand tu étais son échanson. Mais souviens-toi de moi quand tu seras heureux, et fais-moi la grâce de parler de moi à Pharaon pour me faire sortir de cette maison. Car j'ai été ravi et emmené du pays des Hébreux*, et ici aussi je n'ai rien fait pour qu'on me mît dans ce trou. *' Alors le chef des panetiers, voyant que Joseph avait donné une explication favorable, lui dit : Moi aussi', dans mon songe, j'avais sur la tête trois paniers avec de la pâtisserie, et dans le panier supérieur il y avait toutes sortes de choses poor la table de Pharaon, en fait de boulangerie, et les oiseaux les mangeaient du panier de dessus ma tète. Alors Joseph prit la parole et dit: En voici l'explication. Les trois paniers sont trois jours. Dans trois jours. Pharaon enlèvera ta tête et te fera pendre à une potence et les oiseaux mangeront ta chair de dessus toi. Or, le troisième jour (c'était le jour de naissance de Pharaon) celui-ci fit un festin
1 S'ils avaient été en liberté, ils auraient pu avoir recours aux devins du pavs. En prison, ils sont privés de cette ressource et s'en affligent. Joseph insinue que Dieu, (joi envoie les songes, peut aussi les expliquer, c'est-à-dire en révéler Texplication à qui il veut.
^ Il parait certain que dans des temps très -reculés les prêtres et les rois s'interdisaient l'usage du vin fermenté.
3 C'est-à-dire se montrera favorable et gracieux, te réjouira. Nous avons dû conserver l'expression propre de l'original à cause de ce qui suit.
^ Un pays des Hébreux n'a existé qu'après la conquête. Ni Joseph ni Moise n'a pu s'exprimer ainsi.
^ L'auteur veut insinuer que le panetier se promettait une interprétation semblable, parce que dans son songe le nombre trois jouait aussi son rôle. De là le mot ousti. Hn hébreu la phrase est incomplète.
GENÈSE XL, 20-23. XLI, l-i9. 421
pour ses ofQciers et il éleva * la tête du chef des échansons^ ainsi que la tête du chef des panetiers parmi ses officiers. Il rétahlit le chef des échansons dans son office, et celui-ci remit la coupe entre les mains de Pharaon. Mais quant au chef des panetiers, il le fît pendre : comme Joseph le leur avait expliqué. Mais le chef des échansons ne se souvint pas de Joseph et l'ouhlia.
* Cependant il arriva au bout de deux ans que Pharaon eut un songe : Il se trouvait au bord du Nil; et voilà qu'il sortit du Nil sept vaches, belles à voir et grasses de chair, qui allèrent brouter dans les roseaux. Puis voilà que sept autres vaches sortirent du Nil après elles, laides à voir et maigres de chair, lesquelles vinrent se placer à côté des vaches qui étaient sur le bord du Nil. Et les vaches laides et maigres mangèrent les sept vaches belles et grasses. Puis Pharaon se réveilla. Puis il se rendormit et rêva une seconde fois, et voilà que sept épis sortirent d'une seule tige, gras et beaux; ensuite sept épis minces et flétris par le vent d'est poussèrent après eux. Et les épis minces mangèrent les sept épis gras et pleins. Puis Pharaon se réveilla et voilà que c'avait été un songe. * Le matin, son esprit étant troublé, il manda tous les devins et tous les sages de l'Egypte et leur raconta son songe, mais personne ne pouvait le lui expliquer. Alors le chef des échansons s'adressa à Pharaon en disant : Je me souviens en ce jour de mes fautes; Pharaon était irrité contre ses serviteurs et il me fit incarcérer dans la maison du chef des satellites, moi et le chef des panetiers. Or, nous eûmes un songe dans une même nuit, moi et lui; nous eûmes chacun un songe avec une signification particulière. *' Or, il y avait là avec nous un jeune homme hébreu, esclave du chef des satellites, et nous lui racontâmes nos songes et il nous les expliqua, à chacun selon sa signification particulière. Et selon son explication la chose arriva : moi, on me rétablit dans mon poste, et lui, on le pendit. *♦ Alors Pharaon fit appeler Joseph, et on se hâta de le faire sortir du cachot ; et il se rasa et changea d'habits et vint chez Pharaon. Et Pharaon dit à Joseph : J'ai eu un songe et personne ne sait l'expliquer; mais j'ai entendu qu'on disait de toi que tu n'as besoin que d'entendre un songe pour l'expliquer. Et Joseph répondit à Pharaon en disant : Ce n'est pas moi, c'est Dieu qui répondra de manière à satisfaire Pharaon. Alors Pharaon dit à Joseph : Dans mon songe je me trouvais au bord du Nil, et voilà qu'il sortit du Nil sept vaches grasses de chair et belles de forme, qui allèrent brouter dans les roseaux. Puis voilà que sept autres vaches sortirent après elles, chétives et très-laides de forme et maigres de chair; je n'en ai point vu de pareilles pour la laideur dans tout le pays d'Egypte. Et les
1 Le mot hébreu est à double entente : élever et enlever.
422 GENÈSE XLl, 20-41.
Taches maigres et laides mangèrent les sept premières vaches grasses. Et celles-ci entrèrent dans leur ventre sans qu'on s'aperçût qu'elles y fussent entrées, et les autres avaient l'air misérable comme auparavant. Puis je m'éveillai. Puis je vis encore dans mon songe sept épis sortant d'une seule tige, pleins et beaux; ensuite sept épis maigres, minces et flétris par le vent d'est, qui poussèrent après eux; et les sept épis minces mangèrent les sept beaux épis. Et j'ai raconté cela aux devins, mais personne n'a su me l'expliquer. *^ Alors Joseph dit à Pharaon : Le songe de Pharaon n'est qu'un seul; Dieu a signifié à Pharaon ce qu'il va flaire. Les sept belles vaches sont sept années, et les sept beaux épis sont sept années : c'est un seul et même songe. Et les sept vaches maigres et laides sorties après elles, sont sept années; et les sept épis vides et flétris par le vent d'est, sont sept années de disette. Voilà ce que j'ai dit à Pharaon : Dieu a signifié à Pharaon ce qu'il va faire. Voici qu'il va venir sept années de grande abondance dans tout le pays d'Egypte, mais après elles arriveront sept années de disette, et l'on ne saura plus rien de cette abondance dans le pays d'Egypte, et la disette consumera le pays. Et Ton ne reconnaîtra plus cette abondance dans le pays par suite de cette disette qui suivra, car celle-ci sera extraordinairement grave. Et quant à ce que le songe s'est répété deux fois à Pharaon, c'est que la chose est arrêtée de la part de Dieu et que Dieu va l'accomplir bientôt. ''Maintenant donc Pharaon devrait choisir un homme intelligent et sage, pour le préposer au pays d'Egypte. Puis Pharaon devrait établir des préfets sur le pays, et exiger le cinquième des produits pendant les sept années d'abondance. On amasserait ainsi tous les vivres de ces bonnes années qui vont venir, et l'on emmagasinerait le blé sous les ordres de Pharaon pour la nourriture, et on l'y garderait. Et ces vivres deviendraient une provision pour le pays, pour les sept années de disette qui viendront dans le pays d'Egypte, afin que le pays ne soit pas ruiné par la famine.
"Ce conseil plut à Pharaon et à tous ses officiers. Et Pharaon dit à ses officiers : Se trouverait-il un homme pareil à celui-ci, et ayant en lui l'esprit de Dieu ? Puis Pharaon dit à Joseph : Puisque Dieu t'a fait connaître tout cela, il n'y a personne qui soit aussi intelligent et sage que toi. Toi tu seras à la tète de ma maison et tout mon peuple te rendra hommage * ; je veux que le trône seul soit au-dessus de toi '. Et Pharaon dit à Joseph : Vois, je te mets à la tète de
1 Litt.: te baisera la bouche [1 Sam. X, 1). La formule dériTC sans doute d'un ancien usage^ mais elle n'a plus son sens primitif.
^ Lisez : agaddel. On veut traduire la leçon reçue [egdal) : quant au trône seul, Je serai plus grand que toi.
tout le pays d'Ég^te. Et Pharaon ôta son anneau de sa main et le mit à la main de Joseph et le fit revêtir d'habits de toile blanche et lui fit mettre un collier d'or autour du cou. Puis il le fit monter sur son second char *, et Ton criait devant lui : Abrek * ! Et c'est ainsi qu'il fut préposé à toute l'Egypte. Et Pharaon dit encore à Joseph : Aussi vrai que je suis Pharaon, personne dans tout le pays d'Egypte ne lèvera la main ou le pied sans ta permission. Et Pharaon donna à Joseph le nom de Çafna^Pa*enéati ', et lui donna pour femme Asnaf fille de Potî-Féra', prêtre d'On^. Et Joseph alla inspecter le pays d'Egypte.
^* Joseph était âgé de trente ans quand il entra au service de Pharaon, le roi d'Egypte. Et Joseph sortit de chez Pharaon pour aller visiter tout le pays d'Egypte.
La terre fut extrêmement fertile pendant les sept années d'abondance. Et on amassa tous les vivres des sept années, qui vinrent au pays d'Egypte*, et on fit mettre ces vivres dans les villes; on mettait dans chaque ville les vivres de la campagne qui l'entourait. Ainsi Joseph emmagasina du blé, comme le sable de la mer, en quantité extraordinaire; si bien qu'on cessa de le compter, parce qu'il était incalculable. Et avant que l'année de disette vint, il naquit à Joseph deux fils, que lui enfanta Asnat, la fille de Pôti-Féra*, le prêtre d'On. Joseph appela l'aîné Menass'eh, car, dit-il. Dieu m'a fait oublier toutes mes peines et toute ma famille. Et au second il donna le nom d'Ëphraîm, car, dit-il. Dieu m'a rendu fécond dans le pays de mon affliction *.
*' Cependant les sept années de l'abondance qu'il y eut dans le pays d'Egypte arrivèrent à leur fin, et les sept années de disette commencèrent à survenir, comme Joseph l'avait dit, et il y eut
1 Un autre char étant réservé à Tusage exclusif du roi. Il faut sous-entendre qu'on conduisait Joseph en triomphe à travers la ville.
^ Mot égyptien que l'on explique aujourd'hui par : Prostemez-vous ! Les rabbins paraissent y avoir vu un mot d'origine hébraïque. En effet, Barek pourrait se traduire par : bénissez I Brak, à genoux !
' Le sens du nom égyptien n a pas encore pu 6tre établi d'une manière certaine. Du temps de Jérôme, on Tinterprétait le Sauveur du monde. D'autres ont proposé : le Révélateur des choses cachées.
^ Héliopolis. — On remarquera la ressemblance du nom du beau-père de Joseph avec celui de son ancien maître.
^ On peut être dans le doute au sujet du véritable sens de cette phrase qui parait fautive ; il faudrait rapporter le relatif aux vivres, le mot années n'ayant pas l'article, mais l'autre construction est recommandée par le contexte.
6 Quant à ces étymologies, nous renvoyons nos lecteurs aux observations faites sur celles des noms des autres descendants de Jacob, chap. XXX.
disette dans tous les pays, tandis que partout en Egypte il y avait de quoi manger. Et quand tout le pays d'Egypte fut dans la disette et que le peuple implorait Pharaon pour avoir de quoi manger, Pharaon disait aux Égyptiens : Allez vers Joseph et faites ce qu'il vous dira. Et comme la disette était dans tout le pays, Joseph ouvrit les magasins et fournit du blé aux Égyptiens, et quoique la disette fût grande dans le pays d'Egypte, tout le monde y venait pour acheter du blé à Joseph, car la disette était grande sur toute la terre.
* Or*, Jacob voyant qu'il y avait du blé en Egypte, dit à ses fils : Pourquoi êtes- vous à vous regarder les uns les autres? Et il ajouta: Voyez- vous, j'ai entendu dire qu'il y a du blé en Egypte; allez-y et achetez-en là pour nous, pour que nous puissions vivre et que nous ne mourions point. Alors les frères de Joseph partirent, au nombre de dix, pour acheter du blé égyptien. Quant à Beiyamin, le frère de Joseph, Jacob ne l'envoya pas avec ses frères, de peur, disait-il, qu'il ne lui arrivât un malheur*. Et les fils d'Israél arrivèrent pour acheter du blé, avec d'autres qui venaient aussi, car il y avait disette au pays de Canaan. 'Or, Joseph était le gouverneur du pays; c'était lui qui vendait le blé à tout le monde. Ses frères vinrent donc se prosterner devant lui, la face contre terre, et Joseph, voyant ses frères, les reconnut; mais il dissimula vis-à-vis d'eux et leur parla durement. Il leur dit : D'où venez- vous? Et ils répondirent : Du pays de Canaan, pour acheter des vivres. Joseph avait reconnu ses frères, mais eux ne le reconnurent point. Et il se souvint des songes qu'il avait eus à leur sujet, et il leur dit : Vous êtes des espions • ! c'est
1 La diversité des éléments dont se compose la suite de l'histoire de Joseph dans n forme actuelle, est moins sensible, à partir d*ici, que dans les chapitres précédents. Ce n'est pas à dire que les traces en manquent tout à fait. Ainsi le patriarche s'appelle tantôt Jacob, tantôt Israël ; il y a deux termes différents pour désigner les sacs ; les frères nomment Joseph tantôt le maître du pays, tantôt simplement cet homme ; Reouben et Juda, l'un après Tautre, se mettent au premier plan, comme c'était déjà le cas au chap. XXXVII, etc. Ces petites différences pourraient être négligées si nous ne savions pas par ce qui précède quelle est la véritable nature de cette histoire.
^^ Dans ce récit, Benjamin est toujours représenté comme un tout jeune homme, objet spécial de la sollicitude paternelle et comme placé sous une tutelle particulière. Comparé avec chap. XLVI, 21, ce fait servira encore à prouver la pluralité des rédactions primitives.
3 On n'aura plus guère besoin aujourd'hui de disculper Joseph du reproche d'avoir trop durement traité ses frères ; tout au contraire, son caractère est présenté sous le plus beau jour dans la suite du récit. On serait beaucoup plutôt autorisé à demander pourquoi il a laissé sa famille sans nouvelles sur son sort pendant une si longue série d'années, tandis qu'il n'en était séparé que par quelques journées de marche et que les rapports entre les deux pays étaient assez fréquents. Mais nous ne soulevons pas une pareille question, par la simple raison que cette circonstance môme est pour nous une preuve de plus que nous n'avons pas ici affaire à de l'histoire, mais a un mythe.
OENÈSE XLII, 10-25. 425
pour voir les parties faibles du pays que vous êtes venus. Ils répondirent : Non^ seigneur ; mais tes serviteurs sont venus pour acheter des vivres. Nous tous, nous sommes les fils d'un seul homme; nous sommes d'honnêtes gens; tes serviteurs ne sont point des espions. Il leur dit encore : Non, ce sont les parties faibles du pays que vous êtes venus voir. Et ils répliquèrent : Nous, tes serviteurs, nous sommes douze frères, fils d'un seul homme dans le pays de Canaan, et le cadet est chez notre père aujourd'hui, et l'un n'existe plus. Alors Joseph leur dit : Quant à ce que je vous ai dit, en disant que vous êtes des espions, voici comment vous serez mis à l'épreuve : par la vie de Pharaon! vous ne sortirez point d'ici, à moins que votre frère cadet n'y vienne aussi ! Envoyez l'un d'entre vous pour qu'il amène votre frère,- et vous autres vous resterez en prison, pour que vos paroles soient soumises à l'épreuve, s'il y a du vrai dans ce que vous dites; si non, par la vie de Pharaon ! c'est que vous êtes des espions! Et il les retint en prison pendant trois jours. Le troisième jour Joseph leur dit : Voici ce que vous aurez à faire pour conserver la vie : moi je crains Dieu * . Si vous êtes d'honnêtes gens, l'un de vos frères sera retenu dans votre prison; vous autres allez emporter du blé pour les besoins de votre famille, et vous m'amènerez votre frère cadet, afin que vos paroles soient vérifiées, et que vous ne mouriez point. *^ Et ils firent ainsi ; ils se disaient l'un à l'autre : Ah certes, nous nous sommes rendus coupables à l'égard de notre frère, dont nous vîmes les angoisses, quand il implorait notre grâce et que nous ne l'écoutions pas! C'est pour cela que cette angoisse est venue sur nous ! Alors Reouben leur adressa la parole en disant : Ne vous l'ai-je pas dit, quand je disais : ne commettez pas de péché à l'égard de ce garçon? Mais vous n'avez pas voulu m'écouter : aussi bien voilà que son sang vous est redemandé. Us ne savaient pas que Joseph comprenait cela, car il y avait un interprète entre eux. Et îl se détourna d'eux et pleura. Puis il vint leur parler encore et prit parmi eux S'ime'ôn et le fit arrêter en leur présence. **Puis Joseph ordonna qu'on remplît .leurs sacs de blé et qu'on remît l'argent d'un chacun dans son sac ', et qu'on leur donnât des provi-
^ Je ne veux pas vous faire mourir sur un simple soupçon, j'attendrai des preuves. On voit que si ce soupçon avait été autre chose qu'un simple prétexte, l'existence d'un dernier frère resté à la maison n'aurait pas dû le faire disparaître. Les frères se savent innocents quant i ce dont il sont accusés, mais ils se savent coupables d'un crime plus odieux, et c'est là ce qui les empêche de mieux plaider leur cause.
S On remarquera que le récit suppose que chaque frère n'avait qu'un seul sac et que le contenu de ce sac devait encore servir a l'entretien de son (seul) ftne. Cette naïveté eft touchante et poétique, mais c'est aussi une preuve de plus qu'il n'y faut voir que de la poésie. La même observation s'applique au fait que Joseph en personne fait la vente en détail pour tout le monde.
sions pour la route. C'est ce qu'on fit, et ils diargèrent le blé sor leurs ânes et partirent. Or, Tun d'eux ayant ouvert son sac pow donner à manger à son âne à la station S il vit son argent, leqwl se trouvait tout juste à l'ouverture de son sac. Et il dit à ses frères: Mon argent est revenu I Le voilà bien dans mon sac * ! Et ils perdirot courage et coururent l'un vers l'autre en tremblant, et dirent : Pourquoi Dieu nous a-t-il fait cela? Cependant, étant revenus auprès de leur père Jacob, au pays de Canaan, ils lui racontèrent tout ce qui leur était arrivé, en disant : L'bomme qui est le maître du ptjs nous a parlé durement, et nous a traités comme si nous étions es espions. Et comme nous lui disions : Nous sommes d'honnêtes g«tt^ nous ne sommes point des espions, nous sommes douze frères, ft de notre père; l'un n'existe plus, et le cadA est chez notre père» pays de Canaan, cet homme, le maître du pays, nous dit : Cest k cela que je reconnaîtrai si vous êtes d'honnêtes gens; laissez l'on A vos frères chez moi, prenez ce dont vous avez besoin pour vos hwSSa et allez m'amener votre frère cadet, pour que je reconnaisse (ft vous n'êtes pas des espions, mais des gens honnêtes. Je vous rendni votre frère et vous trafiquerez dans le pays. '*Et quand ils vidèreal leurs sacs, voilà que la bourse avec l'argent d'un chacun se trouni dans son sac ', et quand ils virent les bourses et leur argent, ai et leur père , ils eurent peur. Et Jacob leur père leur dit : Cest I moi que vous enlevez mes enfants * ; Joseph n'est plus, et S'imcïi n'est plus, et Benjamin, vous voulez le prendre! C'est sur moi (p tout cela retombe. Alors Reouben s'adressa à son père en disinl- Tu pourras faire mourir mes deux fils^, si je ne te le ramène!
î C'est-à-dire à l'endroit où les caravanes s'arrêtent parce qu'eUesy tronvat* l'eau pour leurs bêtes. On y passe la nuit à la belle étoile, ou sous des teoUsfi'* porte avec soi, quelquefois dans une espèce d'enclos, avec ou sans toiture [un XM- Il ne s'agit pas d'hôtellerie, et il n'y a là ni hôte, ni lit, ni provision, ni sertioe ^ conque.
^ Il ne faut pas traduire : mon argent m'a été rendu ; le texte veut exprimer Iv* de la croyance à un miracle ; c'est bien Dieu qui a fait cela. Ils n'y comprennent M mais au lieu de réfléchir sensément à la cause de cette réapparition de l'argent, W conscience les porte à y voir quelque nouvelle menace de châtiment.
3 Un seul avait donc ouvert son sac en route pour nourrir son fine. (Cfli■^' note 2 p. 425). Comp. aussi chap. XLIII, 21 .
^ Nos traductions décolorent généralement cette phrase. Jacob fait ressortir ■ différence de sa position et de celle de ses fils. La perte d'un frère n'est rien poorcOi pour lui, c'est bien autre chose ! Ils sont bien à leur aise en lui demandint un ot"* de plus.
^ Une autre relation [chap. XL VI, 9) lui en donne quatre, à la même époque. N<* connaissons déjà assez la signification de tous ces noms propres, pour ne pins voir dtfi |^ de pareilles contradictions apparentes que la confirmation de notre critique gioénlt.
Remets-le entre mes mains, et je te le ramènerai ! Mais il répondit : Mon fils ne partira pas avec vous, car son frère est mort et il est resté seul, et s'il devait lui arriver un malheur pendant le voyage que vous allez faire, vous feriez descendre mes cheveux blancs avec tristesse au S'eôl.
* Cependant la famine pesait sur le pays ^ Et quand ils eurent achevé de manger le blé qu'ils avaient apporté d'Egypte, leur père leur dit: Allez nous acheter encore un peu de vivres. Alors Juda prit la parole et lui dit : Cet homme nous a fait cette déclaration péremptoire: Vous ne paraîtrez plus devant moi, à moins que votre frère ne soit avec vous! Si tu veux envoyer notre frère avec nous, nous irons t'acheter des vivres; mais si tu ne veux pas l'envoyer, nous n'y irons point, car cet homme nous a dit: Vous ne paraîtrez plus devant moi, à moins que votre frère ne soit avec vous. Israël dit : Pourquoi m'avez-vous fait ce tort, de dire à cet homme que vous avez encore un frère? Et ils répondirent: C'est bien cet homme luimême qui nous a questionnés sur nous et notre famille, en disant: Est-ce que votre père vit encore? est-ce que vous avez un frère? Et nous lui racontâmes tout, selon la teneur de ses questions. Pouvionsnous donc savoir qu'il dirait : Amenez votre frère ? Et Juda dit à son père Israël : Envoie le garçon avec moi, et mettons-nous en route, et allons-y, pour que nous puissions vivre et que nous ne mourions point, nous et toi et nos enfants. Moi, je réponds de lui : c'est de ma main que tu le redemanderas! Si je ne te le ramène et ne te le représente, je veux être coupable envers toi toute ma vie. Si nous n'avions pas tant tardé, nous pourrions bien être de retour deux fois déjà! "Alors Israël leur père leur dit: S'il en est réellement ainsi, voici ce que vous ferez: Prenez dans vos sacs des meilleurs produits du pays, et portez-les à cet homme comme un présent, un peu de baume, un peu de miel, de la gomme, de la résine de ciste, des pistaches et des amandes*. Et munissez-vous d'une seconde somme d'ai^ent, et l'argent qui s'est retrouvé dans vos sacs, rapportez-le
1 La famine dans le pays de Canaan faisant le fond de toute cette partie de la narration, on voit que le mythe n'a pu se former qu'à une époque où les Israélites étaient devenus agriculteurs. Tant que les troupeaux trouvent de la nourriture dans leurs pâturages (et certes on ne les nourrirait pas avec un sac de blé), les pfttres n'ont rien à risquer d'une disette.
^ Le miel pourrait bien être de la confiture de raisin, laquelle, à l'état desséché. forme encore aujourd'hui un article d'exportation en Palestine, qui porte même le nom de notre texte (dibs). Les pistaches sont nommées sur la foi des anciens, bien qu'au dire des voyageurs elles y soient aujourd'hui importées de la Syrie. Le nom de Botm désigne aujourd'hui le pistachier sauvage ou le térébinthe. Pour les autres denrées, voyez chap. XXXVII, 25.
aussi ; peut-être était-ce une erreur. Et prenez votre frère et mettezvous en route, et retournez chez cet homme. Et que le Dieu toutpuissant vous fasse trouver grâce devant cet homme, afin qu'il vous relâche votre autre frère et Benjamin. Quant à moi, j'ai déjà perdu un enfant , j'en perdrai encore un * ! ** Alors ces hommes prirent les présents, et une seconde somme d'argent, ainsi que Benjamin, et ils se mirent en route et allèrent en Egypte et se présentèrent ' devant Joseph. Joseph ayant vu Benjamin avec eux*, dit à son intendant : Fais entrer ces hommes, tue un animal et apprète-le, car ces hommes mangeront avec moi à midi. Cet homme fit comme Joseph l'avait ordonné, et les fit entrer chez Joseph. Et ils eurent peur quand ils furent conduits chez Joseph, et ils dirent: C'est à cause de l'argent qui s'est retrouvé dans nos sacs la première fois qu'on nous y conduit, pour se ruer sur nous et pour nous tomber dessus, pour nous prendre comme esclaves, avec nos ânes. Et ils s'approchèrent de l'intendant de Joseph et lui parlèrent à la porte de la maison en disant : Écoute-nous, seigneur ! Nous sommes déjà venus une première fois pour acheter des vivres, et quand nous arrivâmes à la station, et que nous ouvrîmes nos sacs ', voilà que l'argent d'un chacun se trouvait dans son sac, notre argent au total, et le voilà, nous le rapportons. Et nous apportons une autre somme d'argent pour acheter des vivres. Nous ne savons qui a mis notre argent dans nos sacs. Il leur répondit: Soyez les bien-venus! N'ayez pas peur! c'est votre Dieu, et le Dieu de votre père qui vous a mis un trésor dans vos sacs. Votre argent m'a été remis. Et il leur amena S'ime'on. Puis cet homme les fit entrer chez Joseph, et leur donna de l'eau pour laver leurs pieds et fit donner à manger à leurs ânes. Et ils préparèrent les présents en attendant que Joseph vînt à midi, car ils avaient appris qu'ils devaient y prendre leur repas. ■• Quand Joseph fut entré, ils lui remirent les présents qu'ils avaient apportés avec eux et se prosternèrent devant lui à terre. Et il les salua, et dit: Votre vieux père dont vous m'avez parlé, est-il bien? vit-il encore? Et ils répondirent: Ton serviteur, notre père, va bien, il vit encore ! Et ils s'inclinèrent et se prosternèrent. Et ayant levé les yeux,
Ml y a antithèse entre les espérances des fils et la résignation douloureuse du père, qui ne les partage point. — Cependant la dernière phrase est diversement traduite : S 11 faut que je perde mes enfants,, hé bien, soit !
^ Le récit suppose que Joseph les vit avant qu'eux ne lui fussent présentés. Eo disant qu'on les fit entrer chez Joseph, le narrateur ne veut pas parler de sa personne, mais de sa maison. Comme les achats ne se faisaient pas dans l'intérieur^ mais dans It cour ou sur la place, ces procédés extraordinaires les étonnent et leur inspirent des craintes.
^ Ici il est dit que tous ouvrirent leurs sacs en route, comp. chap. XLII, 35.
GENÈSE XLIII, 29-34. XUV, 1-7. 429
il aperçut Benjamin, son frère utérin, et il dit : Est-ce là votre frère cadet dont vous m'avez parlé? Et il ajouta : Que Dieu te soit propice, mon fils! Et Joseph se hâta de sortir, car son cœur était ému à la vue de son frère, il voulut pleurer, et entra dans sa chambre et y pleura. Puis s'étant lavé le visage, il sortit et se contint, et dit: Servez le dîner ! Et on le servit à part, et eux aussi à part, ainsi que les Égyptiens qui mangeaient avec lui ; car les Égyptiens ne se permettent pas de manger avec les Hébreux, car ils ont cela en horreur *. Et ils furent placés en sa présence, les aînés selon leur rang d'aînesse, et les cadets selon leur rang d'âge aussi, et ces hommes en témoignèrent leur étonnement les uns aux autres. Et il leur fit porter des plateaux de mets de sa table, et le plateau de Benjamin se trouva cinq fois plus chargé que ceux de tous les autres, «t ils burent et en devinrent très-gais chez lui ".
*Puis il donna des ordres à son intendant en disant: Remplis les sacs de ces hommes de vivres, autant qu'ils en peuvent emporter, et remets l'argent d'un chacun dans son sac. Et mon gobelet, le gobelet d'argent, tu le mettras dans le sac du plus jeune • avec l'aident de son blé. Et il fît selon l'ordre de Joseph. Au point du jour ces hommes furent congédiés, et partirent avec leurs ânes. Ils venaient de sortir de la ville et n'étaient pas encore loin, quand Joseph dit à son intendant : Va, cours après ces hommes, et quand tu les auras rejoints, tu leur diras : Pourquoi avez-vous rendu le mal pour le bien? C'est là dedans que mon maître a coutume de boire, et qu'il fait ses divinations^. Vous avez eu bien tort d'en agir ainsi. Et il les rejoignit et leur répéta ces mêmes paroles. Ils répondirent : Pourquoi mon seigneur parle-t-il ainsi? A Dieu ne plaise que tes
1 On se souviendra que Joseph était entré dans la caste des prêtres (chap. XLI, 25) et qu'il ne pouvait se dispenser d'observer les règles de cette caste.
' La quantité était le seul moyen de mesurer les honneurs de l'hospitalité. Voilà pourquoi le jeune Benjamin reçoit beaucoup plus que les autres, lesquels sans doute n'étaient pas exposés à n'en avoir pas assez. Quant à l'effet du vin, le texte se sert d'une expression plus forte.
3 Encore ime preuve du caractère tout épique du récit. Les Israélites n'assistent pas même au chargementt et ne voient pas ce qui se passe ; et pourtant les Égyptiens savent quel est le sac du plus Jeune I
^ Le récit est ici un peu trop succinct. La phrase mise dans la bouche de l'intendant n'est intelligible que pour le lecteur qui sait qu'il s'agit du gobelet. Il y a dans cette même phrase une allusion à une méthode particulière de divination qu'on appelait l'hydromantie. Elle consistait à verser de l'eau dans un vase, ou à y jeter des pièces d'or ou des pierreries, pour prédire l'avenir d'après les phénomènes que présentait le mouvement du liquide. Joseph, en sa qualité de membre de la caste sacerdotale, est donc censé pratiquer la divination, tandis que plus haut il nous est représenté comme un homme inspiré de Dieu.
430 GENÈSE XUV, 8-22.
serviteurs aient agi de la sorte ! Vois donc! l'argent que nous avons trouvé dans nos sacs, nous te l'avons rapporté du pays de Canaan, comment donc déroberions-nous de l'argent ou de l'or de la maison de ton maître? Celui de tes serviteurs chez lequel cela se trouvera doit mourir, et nous autres nous voulons être les esclaves de mon seigneur. Et il dit: £h bien donc! qu'il en soit comme vous dites ^: celui chez lequel cela se trouvera sera mon esclave, et vous autres, vous serez hors de cause. Alors ils se hâtèrent de descendre chacun son sac à terre, et chacun ouvrit le sien. £t il fouilla, en commençant par l'aîné et en finissant par le cadet, et le gobelet se trouva dans le sac de Benjamin ^. Alors ils déchirèrent leurs habits, et chacun ayant rechargé son âne, ils retournèrent à la ville. '^Juda et ses frères entrèrent chez Joseph, qui y était encore, et ils se jetèrent i terre devant lui. Et Joseph leur dit: Qu'est-ce que vous avez fait là? Vous savez bien qu'un homme tel que moi sait très-bien deviner. Et Juda dit : Que devons-nous dire à mon seigneur? Comment parleronsnous et comment nous justifierons-nous? Dieu a atteint' le crime de tes serviteurs. Eh bien, nous serons les esclaves de mon seigneur, nous tout aussi bien que celui entre les mains duquel le gobelet s'est trouvé. Mais il répondit: Loin de moi d'en agir ainsi! Celui entre les mains duquel le gobelet s'est trouvé, c'est lui qui sera mon esclave; vous autres, retournez en paix auprès de votre père! Alors Juda s'approcha de lui et dit: Écoute-moi, seigneur! permets à ton serviteur de dire un mot devant toi, et ne te fâche pas contre ton serviteur, car tu es l'égal de Pharaon. Mon seigneur a demandé à ses serviteurs : Avez-vous encore un père ou un frère? Et nous disions à mon seigneur: Nous avons un vieux père, et il y a un jeune garçon né dans sa vieillesse, dont le frère est mort, de sorte qu'il est resté seul de sa mère, et son père l'affectionne. Et tu disais à tes serviteurs : Amenez-le vers moi, que je le voie de mes yeux. Et nous disions à mon seigneur: Ce garçon ne peut pas quitter son
1 La suite fait voir que cette phrase ne saurait être prise à la lettre. Serait-ce encore une preuve de la fusion de deux récits divers ?
^11 n'est pas question de largent, dont la découverte devait pourtant les étonner et en m6me temps leur expliquer toute l'aventure.
3 Et non pas: découvert. Il ne s'agit pas du vol du gobelet^ dont ils ne pouvaient pas se dire coupables, mais de leur ancien crime contre Joseph. C'est ce crime qui est enfin atteint: la présente catastrophe, d'ailleurs inexplicable, est le châtiment de ce crime. La présence du gobelet dans le sac de Benjamin est un miracle, un piège, comme dit l'Écriture, tendu au criminel, pour qu'il s'y prenne à la fin et n'échappe plus. C'est aussi ce qui explique pourquoi ils ne veulent pas abandonner Benjamin. S'il s'agissait du gobelet, lui seul serait le coupable ; mais puisqu'il s'agit en vérité de l'attentat contre Joseph, c'est précisément lui seul qui est innocent.
père; s'il quittait son père, celui-ci mourrait. Et tu disais à tes serviteurs: Si votre jeune frère ne vient pas avec vous, vous ne pourrez plus vous présenter devant moi. Et lorsque nous fûmes retournés chez ton serviteur, notre père, nous lui rapportâmes les paroles de mon seigneur ; et quand notre père dit : Allez encore nous acheter un peu de vivres, nous répondîmes : Nous ne pouvons y aller ; si notre jeune frère est avec nous, alors nous irons; car nous ne pouvons nous présenter devant cet homme, si notre jeune frère n'est pas avec nous. Alors ton serviteur, notre père, nous dit: Vous savez que c'étaient deux fils que ma femme m'a enfantés. L'un m'a quitté et j'ai dit: Ah! bien, il aura été déchiré par une bète, et je ne l'ai plus revu jusqu'à ce jour. Et si vous emmenez celui-ci aussi de chez moi, et qu'il lui arrive un malheur, vous ferez descendre mes cheveux blancs avec douleur dans le S'eôl. Et maintenant, si je revenais auprès de ton serviteur, mon père, et que ce garçon ne fût plus avec nous, lui auquel il est attaché de cœur et d'âme*, s'il voyait que le garçon n'y est plus, il en mourrait, et tes serviteurs feraient descendre les cheveux blancs de ton serviteur, notre père, avec tristesse dans le S'eôl. Car ton serviteur s'est porté garant pour ce garçon envers mon père, en disant: Si je ne te le ramène, je veux être coupable envers mon père toute ma vie. Maintenant donc, permets que ton serviteur reste à la place de ce garçon comme esclave de mon seigneur, et que le garçon parte avec ses frères! Car comment retoumerais-je auprès de mon père, sans que le garçon fût avec moi? Ah! je ne voudrais pas voir la douleur qui saisirait mon père !
* Alors Joseph, ne pouvant plus se contenir devant tous ceux qui l'entouraient, s'écria : Faites sortir tout le monde de ma présence ! Et il ne restait personne avec lui quand il se fit reconnattre à ses frères. Et il laissa éclater sa voix en pleurant, si bien que les Égyptiens l'entendirent, et les gens de Pharaon. Puis Joseph dit à ses frères : Moi, je suis Joseph ! Mon père vit-il encore ? Et ses frères ne purent lui répondre, tant ils étaient troublés à son aspect. Alors Joseph dit à ses frères : Approchez-vous donc de moi ! Et ils s'approchèrent. Et il dit : Je suis Joseph, votre frère, que vous avez vendu pour être mené en Egypte. Mais maintenant ne vous chagrinez pas et n'ayez pas de regret de ce que vous m'avez vendu : car c'est pour vous conserver la vie que Dieu m'a envoyé au devant de vous '. Car
1 Peut-être serait-il permis de prendre cette phrase (litt. : sa vie est liée à la sienne) dans le sens de : il ne pourrait lui survivre.
^ En avant, de manière à vous y précéder, afin de pourvoir d'avance à vos futurs besoins.
voilà deux ans que la disette est sur la terre, et il y aura encore cinq années sans labour ni moisson. Et Dieu m'a envoyé en avant, pour que votre race subsiste sur la terre et pour vous conserver comme une multitude de sauvés*. Or donc, ce n'est pas vous qui m'avez envoyé ici, mais c'est Dieu. Il m'a placé comme patron auprès de Pharaon, et comme maître de toute sa maison, et comme gouverneur de tout le pays d'Egypte. Hâtez-vous de retourner chez votre père et dites-lui : Voici ce que te dit ton fils Joseph : Dieu m'a fait maître de toute l'Egypte ; viens chez moi sans retard : Tu demeureras dans la terre de Gos'en*, et tu seras près de moi, toi, et tes fils et tes petits-enfants, et ton bétail et tout ce qui tient à toi- Et je t'y entretiendrai (car pendant cinq années encore il y aura disette), pour que tu ne sois pas réduit à la misère, toi et ta famille, avec tout ce qui tient à toi. Voyez, vos propres yeux et les yeux de mon frère Benjamin voient que c'est ma bouche qui vous parle : faites part à mon père de toute ma splendeur en Egypte, et de tout ce que vous voyez, et hâtez- vous de faire venir mon père ici. Et il se jeta au cou de son frère Benjamin et pleura à son cou. Et il embrassa tous ses frères les larmes aux yeux, et après cela ses frères lui parlèrent aussi.
'^ Cependant la nouvelle en parvint à Pharaon, auquel on disait que les frères de Joseph étaient arrivés. Et Pharaon en fut réjoui, ainsi que ses gens. Et Pharaon dit à Joseph : Dis à tes frères : Voici ce que vous ferez : chargez vos bètes et allez vous rendre au pays de Canaan, et prenez votre père et vos familles et venez chez moi, et je veux vous donner ce qu'il y a de meilleur au pays d'Egypte ', et vous vous nourrirez de la moelle de la terre. Et à toi je te recommande * de faire ceci : prenez dans le pays d'Egypte des voitures pour vos enfants et pour vos femmes et emmenez votre père et
1 Cette dernière phrase fait voir qu'il ne s'agit pas des onze frères^ mais de leur nombreuse postérité. Le rédacteur no perd pas de vue les promesses faites à Abraham. Sans Joseph, la nation israélite n'aurait jamais existé, elle périssait avant de naître. Pour l'expression, généralement mal traduite, comp. 2 Sam. XIV, 7. Jér. XLIV, 7.
^ La terre de Gos'en, à la place de laquelle une autre source nommera Ramesés, ne se retrouve plus sous ce nom dans la géographie moderne. Mais il est positif qu'il faut la chercher à Test du bras oriental du Nil, entre ce fleuve et l'Arabie Pétrée. Dans l'histoire de Mo!se, nous verrons les Israélites établis sur les bords du Nil ; la mention de la ville de Tanis {Ço*an), au Psaume LXXVIII, et de celle d'Héroopolis dans la traduction grecque de Genèse XL VI, 28, confirment l'exactitude de la position indiquée.
3 En fait de productions, comme l'explique la phrase immédiatement suivante.
4 11 vaudrait peut-Ôtre mieux de changer les voyelles et de traduire à l'actif: Toi tu donneras des ordres (en disant) : faites ceci. Les ordres de Joseph se seraient naturellement adressés à des officiers égyptiens, dont l'intervention n'avait pas besoin d'être mentionnée expressément.
venez ! Et que votre œil ne regrette pas votre ménage*, car vous aurez ce qu'il y a de meilleur dans tout le pays d'Egypte. Et les fils d'Israël firent ainsi : Joseph leur donna des voitures d'après l'ordre de Pharaon, et des provisions pour le voyage. A tous et à chacun il donna un habillement complet, et à Benjamin il donna trois cents sicles d'argent et cinq vêtements complets'. Et à son père il envoya pareillement dix ânes chargés de biens d'Egypte, et dix ânesses chargées de blé et de pain et de vivres pour son père, pendant le voyage. Puis il congédia ses frères et ils partirent, et il leur dit : Ne vous brouillez pas en route'. Et ils quittèrent l'Egypte et retournèrent au pays de Canaan chez leur père Jacob. Et ils lui racontèrent que Joseph vivait encore, et qu'il était même gouverneur de tout le pays d'Egypte ; mais son cœur ne s'émut point *, car il ne les croyait pas. Et ils lui redirent toutes les paroles que Joseph leur avait dites, et quand il vit les voitures que Joseph avait envoyées pour l'emmener, alors l'esprit de leur père Jacob se ranima, et Israël dit : Il suffit que mon fils Joseph vive encore ; je vais l'aller voir avant que je meure.
* Et Israël, avec tout ce qui tenait à lui, leva son camp* et vint à Beèr-S'éba', où il fit des sacrifices au dieu de son père Isaac. El Dieu parla à Israël dans une vision nocturne et dit : Jacob ! Jacob !
1 Une émigration complète et définitive se fait plus difficilement qu'une simple translocation d'un camp nomade, où on laissait ce dont oc n'avait pas immédiatement besoin.
* L'usage d'honorer des inférieurs en leur donnant des vêtements s'est conservé jusqu'à nos jours en Orient. L'expression hébraïque dit proprement : changement d'habitS; ce qui a donné lieu à des interprétations diverses. Sans doute c'étaient des habits de rechange, et celui qui les recevait honorait le donateur en ôtant les siens. Les habits étant ici au pluriel, le mot implique le vêtement complet, manteau, tunique^ ceinture, turban, etc.
9 n est difficile d'expliquer cette injonction. L'auteur a-t-il voulu dire que Joseph craignait qu'ils ne se fissent des reproches au sujet du traitement qu'ils lui avaient fait subir autrefois? (Chap. XLII^ 22.) En tout cas cela ne signifie pas : Ne craignez rien.
4 C'est à tort qu'on traduisait autrefois : il tomba en défaillance ; et plus loin : il revint à lui. L'auteur parle d'abord d'une morne apathie, et ensuite du tressaillement d'une espérance ravivée soudain après un long deuil. En disant : Il suffit qu'il vive, le vieillard exprime d'une manière touchante que toute la richesse promise n'est rien en comparaison du bonheur de retrouver un fils pleuré depuis tant d'années.
^ On n'apprend pas où ce camp ponvait être. La dernière fois qu'il a été question de la résidence de Jacob (chap. XXXVII, 14), elle n'était pas à Sichem. Probablement le narrateur lui-même n'avait pas d'idée positive au sujet de ce détail. Mais il est intéressant de constater que le dieu d'Isaac a son culte à Beêr-S'éba* (chap. XXVI, 23 s.). — C'est du reste ici la dernière apparition de Dieu dans l'histoire des patriarches. Ils quittent Canaan et reçoivent la promesse du retour.
A. T. 3« part. — I. 28
434 GENÈSE XLVI, 8-2i.
Et il répondit : Me voici I Et il dit : Je suis Dieu, le dieu de ton père : ne crains pas de te rendre en Egypte, car j'y ferai de toi un grand peuple. Moi-même j'irai avec toi en Egypte et je t'en ferai aussi revenir, et Joseph te fermera les yeux. Alors Jacob se mit en route depuis Beër-S'éba', et les fils d'Israël emmenèrent leur père Jacob avec leurs enfants et leurs femmes dans les voitures que Pharaon avait envoyées pour l'emmener. Et ils prirent leurs troupeaux et leurs biens qu'ils avaient acquis dans le pays de Canaan, et ils arrivèrent en Egypte, Jacob et toute sa famille avec lui, ses fils et ses petits-enfants avec lui, ses filles et les filles de ses fils, toute sa famille ; il les emmena tous avec lui en Egypte.
^ [Voici ' les noms des fils d'Israël qui vinrent en Egypte : Jacob et ses fils. L'aîné de Jacob était Reouben ; et les fils de Reouben étaient Qanôk, Palloû, Çeçrôn et Karmî. Les fils de S'ime'ôn étaient : lemouêl, lamin, Ohad, Iakîn et Ço^ar; de plus, Sa'oul le fils de la (^nanéenne. Les fils de I^vi étaient G'ers'ôn, Qeha^ et Merari. Les fils de Juda étaient 'Er, Onan, S'élah, Perç et Zéra^. Mais *Er et Onan étaient morts dans le pays de Canaan. Et les fils de Perç étaiait Qeçrôn et Qamoul. Les fils de Yissakar étaient Tôla*, Pouwah, lob et S'imerôn. Les fils de Zebouloun étaient Sérd, Élôn et la^leêl. C'étaient là les fils de Léah qu'elle avait enfantés à Jacob dans les plaines de la Mésopotamie, avec sa fille Dinah. Le total des perr sonnes était de trente- trois*.
" Les fils de Cad étaient Çifyôn, Çagg'î, S'ounî, Eçbôn, 'Éri, Arodî, et Areëlî. Les fils d'As'er étaient Yimnah, Yis'wah, Yis'wî, Berî'ah, et leur sœur §érah. Et les fils de Berî'ah étaient Qéber et Malkiêl. C'étaient là les fils de Zilpah, que Laban avait donnée à sa fille Léah; elle les avait enfantés à Jacob, seize personnes*.
*' Les fils de Ra^el, femme de Jacob, étaient Joseph et Benjamin. Et à Joseph il naquit dans le pays d'Egypte, ceux que lui enfanta Asnat la fille de Pôtî-féra' le prêtre d'ôn, savoir Menass'eh et Éphraïm. Et les fils de Benjamin étaient Bêla', Bekr, As'bel, G'érâ,
^ Le catalogue qui suit donne lieu à diverses remarques. Nous ne saurions y voir ane partie intégrante de l'histoire de Joseph. Benjamin, tout à llieure un jeune gu^on, a dix fils : Juda, dont les deux derniers fils pouvaient à peine être nés, d'après le cbap. XXXVIII, a déjà deux petits-fils, issus de Tun d'eux.
^ Premier groupe : Leah. 6 fils. 25 petits-fils et 2 arrière-petit-fils; somme, 33. Mais deux étaient déjà morts avant l'émigration ! comment sont-ils compris dans le total ? et ce total doit comprendre des filles ; où sont-elles, hors la seule Dînah? Si l'on doit éliminer *Er et Onan, et compter Dinah, il faudra aussi compter Jacob lui-même pour parfaire le total.
^ Second groupe : Zilpah. 2 fils, 11 petits-fils et 2 arrière-petits-fils, et de plus uoe petite- fille ; somme, 16.
Na'aman, ÉIm, Rôs', Mouppîm, Qouppim et Ard. C'étaient là les fils de Rat^el, qui naquirent à Jacob, quatorze persones^
" Les fils de Dan, Hous'îm. Et les fils de Neffalî : labçeël, Gounî, léçr et S'illem. C'étaient là les fils de Bilehah, que Laban avait donnée à sa fille Ral^el. Elle les enfanta à Jacob, au nombre de sept personnes *.
'• Le nombre total des personnes qui vinrent avec Jacob en Egypte, et qui étaient issus de lui (sans compter les femmes de ses fils), était de soixante-six. Et les fils de Joseph qui lui étaient nés en Egypte étaient au nombre de deux. Le total des personnes de la famille de Jacob qui vinrent en Egypte était de soixante-dix*.]
** Jacob ayant envoyé Juda en avant vers Joseph, pour que celui-ci le dirigeât préalablement vers Gros'en, ils arrivèrent dans cette terre *. Joseph fit atteler son char et alla à la rencontre de son père Israël en Gos'en, et quand il l'eut aperçu, il se jeta à son cou et l'embrassa en pleurant longtemps. Et Israël dit à Joseph: Maintenant je puis mourir après avoir vu ta face et puisque tu vis encore. Et Joseph dit à ses frères et à la famille de son père : Je m'en vais faire mon rapport à Pharaon et lui dire : Mes frères et la famille de mon père, qui demeuraient au pays de Canaan, sont arrivés chez moi ; et ces honmies sont des pâtres de brebis, car ils ont amené avec eux leurs bœufs et leur menu bétail, et tout ce qu'ils possèdent. Or, quand Pharaon vous fera appeler et qu'il dira : Quelle est votre besogne ? vous direz : Tes serviteurs sont propriétaires de troupeaux, depuis notre jeunesse jusqu'à ce jour, nous et nos pères. C'est pour que vous vous établissiez dans la terre de Gros'en, car les Égyptiens ont en horreur les pâtres de brebis.
* Alors Joseph vint faire son rapport à Pharaon et lui dit : Mon père et mes frères sont venus du pays de Canaan avec leur menu bétail et leurs bœufs et tout ce qu'ils possèdent, et ils sont dans la
' Troisième groupe : Rabel. 2 fils et 12 petits-fils ; somme, 14.
^ Quatrième groupe : Bilehah. 2 fils et 5 petits-fils ; somme, 7.
3 Bd effet, 33 -4- 16-^ 14-4-7 = 70. Mais comment retrouver le nombre 66, Joseph et ses deux fils o 'étant que trois? Faut-il omettre Jacob ou l'une des filles? Et sur tant de personnes mftles seulement deux femmes ! Preuve nouvelle que nous n'avons pas affaire ici à des individus.
^ Provisoirement c'était un arrangement fait par Joseph ; la permission de Pharaon n'est demandée que plus tard. La terre de Gos'en est représentée ici comme une contrée inhabitée, et notamment non occupée par des Égyptiens, qui n'auraient pas toléré le voisinage des pfttres. Quant à l'horreur des Égyptiens pour les pfttres, ce fait n'est pas autrement documenté. Il est vrai qu'Hérodote raconte que les rois et les prêtres ne mangeaient que du bœuf et ne portaient pas d'habits de laine. Cependant il suffira de rappeler ici que les Égyptiens étaient essentiellement agriculteurs.
terre de Gros 'en. Et dans le nombre de ses frères il prit cinq hommes et les présenta à Pharaon. Et Pharaon ayant dit à ses frères : Quelle est votre besogne ? ils répondirent : Tes serviteurs sont des pâtres de bétail, nous comme nos pères. Et ils dirent à Pharaon : C'est pour séjourner dans le pays que nous sommes venus ; car il n'y a plus de pâturage pour le bétail de tes serviteurs, la disette étant grande dans le pays de Canaan; maintenant donc, veuille permettre que tes serviteurs demeurent dans la terre de Gos'en. Alors Pharaon dit à Joseph : Ton père et tes frères sont arrivés chez toi. Le pays d'Egypte est devant toi : établis ton père et tes frères dans la meilleure partie * du pays. Qu'ils demeurent dans la terre de Gos'en. El si tu sais qu'il y a parmi eux des hommes capables, place-les comme chefs à la tête de mes propres troupeaux. '[Et Joseph ayant amené son père Jacob et l'ayant présenté à Pharaon, et Jacob ayant salué Pharaon, celui-ci lui dit : Quel âge as-tu ? Et Jacob répondit : Le nombre des années de mon séjour' sur la terre est de cent trente; elles ont été peu nombreuses et pénibles, et n'ont pas atteint le nombre des années de mes pères, durant leur séjour. Et Jacob salua Pharaon et sortit de chez lui. Et Joseph établit son père et ses frères et leur donna un domaine dans le pays d'Egypte, dans la meilleure partie du pays, dans la terre de Ra*emesés ', comme Pharaon l'avait ordonné]. Et Joseph pourvut aux besoins de son père et de ses frères et de toute sa famille, et leur donna des vivres en raison du nombre de leurs enfants.
^' Cependant il n'y avait plus de pain dans tout le pays, car la disette était très-grande, et le pays d'Egypte et le pays de Canaan étaient épuisés par la famine. Et Joseph amassa tout Fargenl qui se trouvait en Egypte et en Canaan, comme prix du blé qu'on venait acheter, et Joseph fit entrer cet argent dans la maison de Pharaon. Et quand tout l'argent d*Égypte et de Canaan eut été dépensé, tous les Ég^'ptiens vinrent chez Joseph et lui dirent : Donne- nous du pain ! devons-nous
1 Si la terre de Gos'ea est la meilleure partie du pays, comment n'était-elle pas déji occupée par les Égyptiens dans sa totalité? Car il ne s'agit pas là de rétablissement d'une seule famille, mais de tout un canton réservé à la vaine pAture. Remanjuez aussi que d'abord les frères demandent la permission de s'y établir, et qu'ensuite Pharaon propose ce district comme s'il n'en avait pas encore été question. Plus loin. Joseph introduit d'abord ses frères aup^^s de Pharaon, et puis seulement son père ; ce sont encore lu des indices d'une double rédaction primitive.
2 Ce mot n'épuise pas le sens de l'hébreu, qui implique toujours l'idée d'une expttriation. C'est pour cela que nous avons ajouté : sur la terre. Mais le terme de pèlerinage, qu'on emploie habituellement, en dit trop ; il n'est pas question de la vie nomade.
3 Voyez la note sur chap. XLV, 10. — L'emploi de cet autre nom et la présentation du père, après qu'il a été parlé de celle de cinq fils, trahissent une autre source.
donc mourir en ta présence, parce que nous sommes à bout d'argent ? Et Joseph répondit : Donnez-moi votre bétail, et Je vous en donnerai en échange de votre bétail, si vous êtes à bout d'argent. Et ils amenèrent leurs bétes à Joseph, et Joseph leur donna des vivres, pour les chevaux, et pour le menu bétail, et pour les bœufs, et pour les ânes, et il leur fournit ainsi des vivres en échange de toutes leurs bétes cette année-là. Et cette année étant révolue, ils vinrent chez lui Tannée suivante et lui dirent : Nous ne cacherons pas à mon seigneur que l'argent étant dépensé et notre avoir en fait de bétes ayant passé à mon seigneur', il ne nous reste plus à la disposition de mon seigneur que nos personnes et nos terres. Devonsnous donc mourir sous tes yeux, nous avec nos terres? Achète-nous^ ainsi que nos terres, pour du pain ; nous avec nos terres nous serons serfs de Pharaon, et donne-nous de quoi ensemencer la teri*e, pour qu'elle ne devienne pas un désert et que nous ne mourions point. Et Joseph acheta toute la terre d'Egypte pour le compte de Pharaon, car les Égyptiens vendirent chacun son champ, parce que la disette les y forçait, et ainsi le pays appartenait à Pharaon. Et quant au peuple, il le réduisit à l'état de serfs * d'un bout de l'Egypte à l'autre. H n'y avait que les terres des prêtres qu'il n'acheta point, car pour les prêtres il y avait un revenu lixe de la part de Pharaon, et ils se nourrissaient du revenu que leur allouait Pharaon : c'est pour cela qu'ils ne vendirent point leurs terres. Et Joseph dit au peuple : Voyez, je vous ai achetés aujourd'hui, vous et vos terres, pour le compte de Pharaon. Or, voici de la semence pour ensemencer la terre. Et lors de la récolte, vous donnerez le cinquième à Pharaon, et les quatre autres parts seront pour vous, pour ensemencer les champs et pour vous nourrir, vous et vos enfants et les gens de votre maison. Et ils dirent : Tu nous as sauvé la vie ; si cela plaît à mon seigneur, nous serons les serfs de Pharaon. Et Joseph imposa cela comme une redevance jusqu'à ce jour sur la terre d'Egypte : le cinquième à Pharaon. Il n'y avait que les terres des prêtres seuls qui ne fussent pas à Pharaon ^
^ On se gardera de demander ce que Joseph a pu faire de toutes ces bétes? La légende ne se charge pas de répondre à de pareilles questions.
^ Le texte hébreu dit : il les fit jaasser dam les tilles^ ce qui serait le comble de Tabsurdité, la destruction de l'agriculture, et ce qui est d'ailleurs contredit par la suite du récit. Il faut traduire, d'après les LXX et l'exemplaire samaritain, comme nous Tavons fait {hé'ebtd la'abadhn, au lieu de hé*ebir la*arîm),
3 Ce morceau fait remonter à Joseph et à la grande famine, qui est le pivot de tout le récit, une institution égyptienne dont parlent aussi d'autres auteurs (Diodore et Hérodote). D'après eux, les rois, les prêtres et les guerriers étaient seuls propriétaires du sol, les culUvateurs n'étaient que des fermiers. Les autres détails ne s'accordent pas. Il
438 GENÈSE XLVII, 27-3i. XLVIII, 1-3.
^^ [Les Israélites demeurèrent dans le pays d'Egypte, dans la terre de Gos'en, et ils l'occupèrent et furent f^nds et se multiplièrent beaucoup*.
'^ Jacob vécut dix-sept ans dans le pays d'Egypte, et le nombre total des années de sa vie fut de cent quarante-sept.] Et lorsque les jours de Jacob s'approchèrent de leur terme, il appela son ûls Joseph et lui dit : Si tu m'aimes, pose ta main sous ma hanche ' et prometsmoi d'en agir envers moi avec amour et fidélité : ne m'enterre pas en Egypte. Quand j'en viendrai à rejoindre mes pères, tu me feras emporter d'Egypte et tu m'enterreras dans leur • sépulcre '. Et il répondit : Je ferai selon tes ordres. Et il dit : Jure-le moi ! Et il le lui jura. Et Israël s'inclina sur le chevet de sa couche^.
^ Après cela, il arriva qu'on vint dire à Joseph : Ton père est malade. Et il prit avec lui ses deux fils Menass'eh et Éphraîm, et on l'annonça à Jacob, en disant : Voici ton fils Joseph qui arrive ! Et Israël reprit ses forces et s'assit sur sa couche. ' [Et Jacob dit à Joseph : Le Dieu tout-puissant m'est apparu à Louz ', au pays de
faut cepeDdant remarquer que la Genèse, quelle que soit l'époque de sa rédaction, est toujours de quelques siècles plus ancienne qu'Hérodote. Mais si les faits aazqaeb notre texte fait allusion sont exacts, le récit n'en est pas moins naïf et poétique. Tous las Égyptiens sont à court d'argent dans la même année; toutes les bdtes d'Egypte sont amenées à Joseph (et entassées en un môme endroit?], par conséquent toute possibilité de culture détruite en même temps dans une autre année. La prévoyante sagesse de Joseph aboutit de toute façon à la ruine du pays, à l'asservissement de la population. — Les prêtres, outre le revenu qu'ils tiraient de leurs terres, avaient encore un rwmtt fiaCy une espèce de traitement, qui ne leur faisait pas défaut, bien que leurs terres fussent stériles comme toutes les autres. N'importe la nature de ce traitement, le roi avait toujpurs de quoi le servir. Quant à la masse du peuple, elle se déclare contente de cet arrangement. En effet, les Israélites (des temps historiques) pouvaient voir qu'on peuple laborieux et sobre comme les Égyptiens, retirait de son sol si fertile assez de grains pour pouvoir céder 20 "/o de son revenu à titre d'impôt.
^ Ce verset termine le récit de l'établissement des Israélites en Egypte. Car Israfl est ici le nom du peuple ; comp. Ex. I, 7.
2 Chap. XXIV, 2.
3 Chap. XXIII. Le sentiment exprimé ici est si naturel, qu'il pourrait être regardé comme la source même de la tradition. En tout cas, l'idée que les patriarches doivent avoir été ensevelis en terre promise, est inséparable de celle de la légitimité théocratiqae de la possession même de Canaan.
** Cela veut-il dire que Jacob fit un geste de remerciment, ou une prière (1 Rois, I, 47), ou bien le narrateur a-t-il voulu dire qu'il expira? Dans ce dernier cas ce serait un motif de plus pour séparer ce morceau du suivant.
^ Chap. XXXV, 9 s. — Le morceau v. 3-6 est d'origine élohiste; le v. 7 semble être ici un hors-d 'œuvre et l'on peut hésiter à l'égard de sa provenance. Le fait relatif à Rabel est jéhoviste (note 3 p. 439), mais la Plaine (de la Mésopotamie] est tonjoors fichiste. Nous supposerons qu'originairement tout ce fragment élohiste était suivi de celui que nous trouverons chap. XLIX, 29 s., et alors tout s'explique.
Canaan, et m'a béni en disant : Vois-tu, je te rendrai fécond et je te multiplierai, et je ferai de toi une réunion de })euples, et je donnerai ce pays-ci à ta race après toi en propriété à jamais. Or, tes deux fils, qui te sont nés en Egypte, avant que j'y vinsse auprès de toi, ils seront les miens ' ; Éphraîm et Menass'eh seront pouimoi comme Reouben et S'ime'ôn. Mais les fils que tu as engendrés après eux, t'appartiendront, ils seront compris sous le nom de leurs frênes à l'égard de leur héritage*. ^ Quand j'arrivais, moi, de la Plaine, Ratiel mourut dans mes bras au pays de Canaan, en route, à un bout de chemin d'Éfrat, et je l'enterrai là sur le chemin d'Éfra^ (aujourd'hui Bêt-léhem) •] .
•Et Jacob* ayant vu les fils de Joseph, dit : Qui sont ceux-ci? Et Joseph dit à son père : Ce sont mes fils que Dieu m'a donnés ici. Et il reprit : Amène-les moi, pour que je les bénisse. Or, les yeux d'Israël étaient fatigués par la vieillesse et il n'y voyait guère. Et il les fit approcher, et les baisa et les embrassa. Et Israël dit à Joseph : Je ne croyais pas revoir ta face, et voilà que Dieu m'a même fait voir tes enfants! Alors Joseph les fit sortir d'entre ses genoux et se prosterna à terre devant lui. Puis il les prit tous les deux ; Éphraîm à sa droite, à la gauche d'Israël, et Menass'eh à sa gauche, à la droite d'Israël, et les fit approcher de lui^. Et Israël étendit sa
^ Cela revient à dire que ces deux subdivisions de la famille Israélite se sont tellement agrandies qu'elles comptent au rang des tribus ou branches principales. Cette combinaison jointe à la fixité du nombre douze, amenait l'élimination de l'une des onze autres.
^ Cela suppose que Joseph a d'autres fils encore, que Jacob n'adopte pas et qui seront compris sous le nom de leurs frères. Ceci prouve encore qu'il s'agit de peuples et non d'individus, car rien n'aurait empêché Joseph de donner à tous ses fils un héritage à part. En d'autres termes : tout ce qui descendrait du patriarche Joseph est compris sous les deux noms génériques d 'Éphraîm et de Menass'eh. — Du reste, pourquoi Joseph n'amène-t-il que deux fils? La seule réponse possible est qu'il s'agit de tribus et non d'individus.
9 Chap. XXXV, 16 s. C'est un second motif de l'adoption. Ra^el aurait pu avoir d'autres enfants encore, si elle n'était morte prématurément. Par la, le mythe rétablit une sorte d'égalité entre les deux branches. L'histoire qui précède élevait Joseph au-dessus de tous ses frères, et de beaucoup. Voy. cependant la note 5 p. 438.
4 Autre version du même fait et dont les éléments reproduisent le mythe de la bénédiction d'Isaac, due aussi à une faiblesse des yeux, chap. XXVII, 1. Les fils de Joseph sont ici des enfants qu'on tient entre les genoux ; pourtant ils sont nés avant les années de disette (d'après l'autre récit) et Jacob est en Egypte depuis dix-sept ans. Même contradiction qu'à l'égard de Benjamin.
5 L'aîné devant recevoir la principale bénédiction, Joseph le place à sa gauche, en face de la droite de Jacob. Mais celui-ci croise les mains [et non : il agit à dessein], car la destinée d 'Éphraîm était de devenir le plus puissant des deux ; la main de Jacob est pirovidentiellement dirigée de manière à lui assurer cette supériorité. C'est encore le eadei qui a le dessus, comme pour Jacob lui-même.
droite et la posa sur la tète d'Ëphraîm, quoiqu'il fût le cadet, et sa gauche sur la tête de Menass'eh. U croisa les mains : car Menass'eh était Talné. Et il bénit Joseph en disant : Le Dieu qu'ont servi mes pères, Abraham et Isaac, le Dieu qui m'a guidé depuis que j'existe jusqu'à ce jour, qui s'est manifesté * en me délivrant de tout mal, puisse-t-il bénir ces enfants, afin que mon nom soit glorifié par eux, ainsi que le nom de mes pères Abraham et Isaac, et qu'ils deviennent bien nombreux dans le pays! *^ Cependant Joseph ayant vu que son père avait posé sa main droite sur la tête d'Éphraîm, il en fut fâché et saisit la main de son père pour la porter de dessus la tête d'Éphraîm sur la tête de Menass'eh, et il dit à son père : Pas ainsi, mon père ! Car celui-ci est l'aîné, pose ta main droite sur sa tête. Mais son père refusa et dit : Je le sais, mon fils, je le sais I lui aussi deviendra un peuple, lui aussi sera grand; mais son frère cadet sera plus grand que lui, et sa race sera une multitude de gens. Et il les bénit en ce jour en disant : C'est par vous qu'Israël bénira, en ce qu'on dira : Que Dieu vous fasse pareils à Éphraîm et à Menass'eh^! Et il mit Éphraîm avant Menass'eh.
" Ensuite Israël dit à Joseph : Voyez, moi je vais mourir : que Dieu soit avec vous et vous ramène au pays de vos pères. Et moi je te donne de plus qu'à tes frères une part de la montagne que j'enlève de la main de FÉmorite avec mon épée et avec mon arc*.
1 Chap. XVI, 7. Vulgairement OD traduit ici: l'Ange !
2 Ce passage servira mieux que tout autre à faire reconnaître la vraie signiâcttion de la phrase qu'on traduit vulgairement: bénir en çuelqu'un [chap. XII^ 3). — Israël, c'est ici le peuple qui adoptera cette formule de bénédiction.
^ Les tribus issues de Joseph doivent avoir une part plus grande du pays de Canaan. C'est là un fait historique, surtout si l'on se reporte à la période la plus glorieuse des Éphraïmites, vers la fin du neuvième siècle av. J.-C. Le pays étant essentiellement on plateau, un pays de hauteurs, une part plus grande se dit à la lettre : une montagne de plus. La notion de montagne est rendue ici par un terme usité aussi en latin et en allemand {dorsum, Rûcken, c'ost-à-dire dos). Mais ce môme terme est aussi le nom d'une ville qui fut pendant une certaine période le chef-lieu politique de toute la confédération (S'ekém, Sichem, 1 Rois XII, 1). La prophétie a certainement en vue l'époque de l'hégémonie d'Éphraîm, comme celle du chapitre suivant celle de l'hégémonie de Jnda. Nous disons prophétie, parce que Jacob n'a jamais fait la guerre aux Émorites, et nous voyons par la mention mÔme de la conquête qu'il ne s'agit pas de l'individu Éphraîm, mais de la tribu dominante à une certaine époque. Nous avouons cependant que cette interprétation est assez forcée. Car elle suppose que Jacob s'identi&e avec les générations futures. C'est pourquoi d'autres traduisent: que f ai conquise, etc., et supposent une allusion à l'aventure racontée au chap. XXXIV (que Jacob avait pourtant désapprouvée!], ou bien une véritable guerre faite par le pâtre aux Cananéens (dont la Grenèse ne dit rienj.
* Jacob appela ses fils et leur dit : Assemblez- vous^ pour que je vous dise ce qui vous arrivera dans les temps à venir'.
Arrivez tous, écoutez, ûls de Jacob !
Écoutez Israël votre père!
Toi, Reouben, tu es mon aine, Ma force, prémices de ma vigueur; Le premier en dignité et en puissance — Bouillant comme les eaux tu ne prévaudras pas. Car tu as envahi la couche de ton père. Oui, tu Tas profanée. — Il est entré dans mon lit * !
S'ime'ôn et Lévi sont frères :
Leurs pactes furent des instruments de crime. Jamais mon âme n'aura part à leur conseil, Jamais mon cœur ne se joindra à leur ligue! Car dans leur rage ils ont égorgé Thomme, Dans leur passion ils ont mutilé le taureau. Maudite soit leur rage si cruelle, Et leur fureur si implacable !
Je les disperserai en Jacob, Je les disséminerai en Israël '.
1 Les observations générales sur le poëme qui est inséré ici suivront plus bas.
^ Reouben était le fils aine de Jacob (cbap. XXIX, 32], ce qui, d'après l'analogie de tous les mytbes ethnographiques de la Genèse^ trahit le souvenir, passablement effacé du reste, d'une époque où cette tribu jouait un rôle prépondérant dans la confédération. Cet état des choses avait cessé depuis longtemps. Reouben était dépossédé de l'hégémonie et se trouvait relégué, dans une position précaire et compromise, sur les confins du désert, et même temporairement soumis aux Moabites, ou délogé par eux. Cette décadence, ou destitution, est à son tour symbolisée (et dans la forme mythique, motivée) par un inceste, absolument comme nous l'avons vu aussi pour Moab et Juda (chap. XiX ; XXXVIII], et notre texte fait allusion à ce qui est raconté chap. XXXV, 22 ; comp. 1 Par. V, 1 . — Dès cette première strophe, la construction syntactique du texte crée quelques difficultés dont les traces n'ont pu être complètement effacées dans notre traduction, d'ailleurs tant soit peu libre. La seconde ligne contient une périphrase de la notion de la primogéniture. La comparaison avec l'eau bouillante parait devoir faire ressortir la violence de la passion ; selon d'autres, la certitude de la perte du privilège (l'évaporation). Dans l'original il y a un jeu de mots entre : le premier (litt. : la prérogative) et le Yerhe prévaloir. — Serait-ce une combinaison trop précaire que de rappeler In rébellion des Reoubénites contre Moïse (Nomb. XVI] comme une autre forme symbolique de ces rapports ? Ce qu'il y a de plus sûr, c'est que le commerce incestueux d'un fils avec la concubine de son père est, dans la réalité historique, le trait le plus saillant de l'usurpation du pouvoir (2 Sam. XVI, 21].
3 La strophe relative au second et au troisième fils est facilement expliquée par le récit du chap. XXXIV, où il est parlé tout au long d'un guet-apens des deux frères
442 GENÈSE XLIX, 8-tO.
Juda, toi, tes frères te glorifieront;
Tu mettras ta main sur la nuque de tes ennemis,
Les fils de ton père se prosterneront devant toi.
Juda est un jeune lion :
Tu saisis ta proie, mon fils, tu remontes —
Il se couche, il se repose comme le lion.
Comme la lionne — qui oserait le faire lever * ?
Le sceptre ne sera pas ôté à Juda,
Ni le bâton du commandement d'entre ses pieds,
Jusqu'à ce que vienne la tranquillité.
Et que les tribus lui soient soumises*.
contre les habitants de Sichem*. La fraternité que le texte relève est donc plutôt celle du crime que celle du sang. — Le mot hébreu que nous avons traduit à tout hasard par pactes, est inconnu au dictionnaire. On a proposé tour à tour de le rendre par épées ou complote; on est môme allé jusqu'à y voir un mot grec que les relations commerciales auraient introduit en Palestine, comme si les Israélites n'avaient pu connaître les armes que par le commerce extérieur. Makar signifie vendre, en syriaque il est employé pour les fiançailles. Il y aurait à voir jusqu'à quel point cette étymologie se justifierait par la narration alléguée ci-dessus. — Généralement les interprètes prennent le tmirtM mutiU à la lettre, et pensent que Siméon et Lévi ont coupé les jarrets aux bosufs des Sichémites (comp. Jos. XI, 6, 9J. Mais l'histoire ne parle que de pillage (Oen. XXXIV, 28). Nous appliquerons donc sans hésiter cette phrase à ce qui est raconté dans le même chapitre, v. 24, et le terme de taureau ^ pour le sexe masculin, n'a rien d'étrange ni de choquant dans la poésie orientale. — On remarquera que dans les dernières lignes, Jacob et Israël sont employés conune noms du peuple entier. En efiet, la tribu de Lévi n'a jamais possédé un territoire particulier à elle, et il y a mdme lieu de demander si la famille des Lévites a jamais été une tribu dans le sens des autres. Le mythe relatif aux douze fils de Jacob ne prouve rien à cet égard. Quant à la tribu de Siméon, elle n'a possédé qu'une petite enclave de Juda (Jos. XIXJ; elle diminua insensiblement (1 Par. IV, 27), se fondit en partie avec ses voisins, et en partie émign (ibid., V. 42). Il n'est déjà plus question d'elle lors du schisme (1 Rois XII, 21), et elle est passée sous silence dans la pièce de vers connue sous le nom de la BénédicUoa de Moïse (Deut. XXXIII).
^ La comparaison d'une tribu guerrière et puissante avec le lion est très-pittoresque, bien que le manque de synonymes dans notre langue, pour désigner l'animal, rende li phrase un peu monotone. Juda habite le plateau, il fond sur les Philistins de la plaine, et remonte tranquillement dans sa forteresse naturelle, où l'on n'ose le suivre.
^ Ces quatre lignes forment l'un des versets les plus fameux de tout TÂncien Testament, parce que les Juifs déjà, et après eux les chrétiens, ont cru y voir une prédiction messianique. C'est quïl y a dans le texte un mot [s'tloh, que nous traduisons par la tranquillité) qui ne se rencontre ailleurs que comme nom propre d'ane ville, laquelle, avant l'époque de l'établissement de la royauté en Israël, possédait un sanctuaire national. On se convainquait aisément que ce nom n'avait rien à faire ici, et l'on dut songera donner au mot un sens plus plausible. Le dictionnaire hébreu n'offrant que la seule racine S'alah, être tranquille, on en dut dériver l'idée de tranquillité, peut-être avec
Il attache son ânon à la vigne,
Au noble cep le poulain de son ânesse ;
H lave son vêtement dans le vin,
Et son manteau dans le sang du raisin.
Son regard est voilé par le vin.
Ses dents sont blanchies par le lait * .
Zebouloun s'établira sur la côte de la mer, Sur le rivage aux narires.
Et il s'adossera à Sidon '.
Yissakar est un âne osseu.Y Se reposant entre les parcs.
Il voit combien sa demeure est belle, Combien son pays est agréable,
d'autres voyelles que celles du texte reçu (par exemple s'éUh, repos, paix, sécurité). Mais de la notion abstraite on passa au sens concret d'un auteur de la paix, d'un sauveur. D'autres sont arrivés au même résultat, en lisant S'ello, c'est-à-dire (comme on veut faire croire] celui auquel (sous-entendu : le sceptre est réservé], en comparant Ez. XXI, 32, et en admettant une forme grammaticale impossible, et une ellipse intolérable. Ceux qui s'arrêtaient au nom de la ville traduisaient : jusqu'à ce qu'on vienne à S'ilob, c'est-à-dire, à acbever la conquête, ou bien : aussi longtemps qu'on viendra (en pèlerinage] à S'ilob. L'bistoire contredit ces interprétations, Juda n'ayant point joué le rôle principal avant David, et le sanctuaire de S'ilob, situé sur le territoire d'Ëpbraîm, ne peut pas avoir été nommé pour marquer la suprématie de Juda, qui n'apparaît nulle part dans rhistoire des Juges comme ayant le commandement sur les autres tribus. Josué était Épbraîmite, aucun béros des anciens temps n'est Judéen, et si l'on voulait songer au Qenizzite *0|niel, cela ne justifierait pas les phrases de notre texte. A notre avis, la difficulté n'est pas insurmontable : La tribu de Juda arrivera à se mettre à la tête des autres, jusqu'à ce qu'elle arrive à pacifier le pays, à établir un état durable de paix publique et qu'elle se fasse reconnaître comme revêtue de l'bégémonie. Or, cela s'est £iit par les victoires de David. Le sceptre, ou bâton de commandement, était cbez les anciens une longue percbe, visible de loin, et que les chefs assis tenaient entre les jambes. Il est inutile de recourir à d'autres explications, par exemple : le prince ne manquera jamais dans sa postérité, comp. Deut. XXVIII, 57. Le parallélisme demande le bâton (Nomb. XXI, 18) et non une personne.
^ Description hyperbolique de la fécondité et de la richesse du sol occupé par la tribu de Juda. La vigne y est si abondante qu'on permet aux bêtes de la brouter, et que le ▼in sert aux usages les plus communs du ménage en guise d'eau. Le regard voilé (obscurci, selon d'autres : rougi] par le vin, ne constitue pas ici un blftme de la part du poMe.
^ Ici rien que de la topographie. Selon notre texte il s'agirait d'une position maritime, que l'on aurait à chercher du côté du mont Carmel et de la baie de Saint-Jean-d'Acre. La notice du livre de Josué (chap. XIX] ne parle pas de la mer, ni même du lac de Tibériade, et les deux documents ont sans doute en vue un état des choses différent (Zebouloun doit signifier, selon l'auteur, établissement.)
Il incline son dos sous le fardeau, . Et devient un serf corvéable*.
Dan gouverne son peuple
Comme toute autre tribu d'Israël.
Dan sera un serpent sur la route^
Une vipère sur le sentier.
Il mord le paturon du cbeval.
Et le cavalier tombe à la renverse '.
Je m'attends à ton salut, ô Éternel • I
Les coureurs courent contre Gad, Mais il leur court sus en ripostant*.
As'er — la graisse est sa nourriture, C'est lui qui fournit les délices royales*.
^ La tribu de Yissakar occupait une des plus riches contrées de la Palestiae septentrionale^ et paraît s'y être livrée aux travaux de l'agriculture plus ou plus tôt que les autres ; or^ c'est le propre d'une pareille population de perdre Tesprit guerrier et le goût de l'indépendance. L'histoire ne nous fournit aucun renseignement sur la situation à laquelle il parait être fait allusion ici. Aussi beaucoup de commentateurs se refusent-ils à y voir une trace d'asservissement à l'étranger. Le sens serait alors seulement l'assujettissement aux durs travaux de la campagne. L'image de T&ne n'a rien d'injorieox (Yiç^kar est pris dans le sens : il obtient son salaire.)
^ La tribu de Dan était l'une des plus faibles et des moins nombreuses : pourtant» est-il dit, eUe se maintiendra indépendante. On veut voir là tantôt une allunon à S'imesôn, tantôt le souvenir d'expéditions aventureuses, comme celle qui est nconiée au 18* chap. du livre des Juges^ ou en général des guerres soutenues avec les tribus voisines du Liban. — Comme Dan est comparé à un serpent, l'imagination des anciens théologiens en a dérivé la thèse que l'Antéchrist sortira de cette tribu^ surtout aussi parce qu'elle est omise dans la nomenclature de l'Apocalypse (chap. VII]. — (Dan. gouverneur.)
'^ Cette ligne est assez singulière. Le poëte veut- il exprimer son espoir que Dieu aidera les Danites dans leurs guerres ? La plupart des commentateurs la séparent de ce qui précède^ pour y voir une espèce de prière d'une portée plus générale. On y a même vu un soupir du patriarche affaibli par l'effort de son discours ! I Nous serions asset enclin à élaguer ce vers comme étranger au texte primitif.
^ Les Gadites occupaient un territoire à l'orient du Jourdain, et étaient continuellement exposés aux attaques ou courses des Bédouins. Le jeu de mots de l'original est perdu dans la traduction. Il suppose une étymologie du nom de Gad, différente de celle qui est donnée chap. XXX, 1 i . On peut voir ici des allusions à l'histoire de Yiitab (Juges X suiv. ; comp. 1 Chron. V, 18). Dans notre pensée, la première lettre du V. 20 (As'er) doit être jointe conmie suffixe au dernier mot du v. 19. Lisez : *aq4ham, litt. : leurs talons.
^ Les Aspérités occupaient le versant occidental du plateau de la Galilée, dans le voisinage immédiat des riches Phéniciens dont ils étaient les pourvoyeurs (Bz. XXVII, 17. i Rois V, 23, 25). - (As'er, heureux.)
Neffalî est une biche agile, 11 débite de belles paroles * .
Joseph est le rejeton d'un arbre fertile, D'un arbre fertile au bord de la source : Ses branches s'étendent au-dessus du mur*. Quand les archers le provoquent, Qu'ils tirent sur lui et l'assaillent, Son arc reste ferme.
Et ses mains gardent leur souplesse.
C'est de la main du héros de Jacob', C'est de la part du berger, du rocher d'Israël, Du Dieu de ton père qui t'aide, Du Tout-Puissant qui te bénit De bénédictions du ciel d'en haut.
De bénédictions de l'onde cachée sous terre. De bénédictions de la tétine et du ventre*. Les bénédictions, de ton père surpassent Les bénédictions des montagnes éternelles *, Les richesses des collines antiques :
1 Le texte reçu ne permet pas d'autre traduction. On songera alors à l'image du cerf, appliquée aux héros (Ps. XVIII, 34. 2 Sam. II, 18), et plus particulièrement au chant de Débora, dans lequel les exploits des Neftalites sont célébrés. Les Septante avaient une autre leçon, différente seulement par quelques voyelles {élak pour ayalah, ^miré pour impi)^ et qui donnerait ce sens : un térébinthe élancé formant de belles branches. Il faut convenir que cette leçon a l'avantage d'un parallélisme qui manque à l'autre.
B Rejeton^ litt. : fils ; branches, litt. : filles. D'autres traduisent : le fils d une brebis féconde (Ra^el signifie brebis), les filles des hauteurs (les bêtes sauvages, les ennemis étrangers) le guettent. Nous pensons que le texte veut plutôt parler de l'accroissement numérique de la tribu.
' Il est difficile de dire comment les phrases s'enchaînent dans la pensée du poète. Ces mots : C*e9t de la main, etc., peuvent se rapporter à ce qui précède ; dans ce cas la phrase se termine au milieu du v. 25 avec ces mots : Du Tout-Puissant qui te bénit. Mais on peut aussi rapporter le tout à ce qui suit : c'est de la main de Dieu que te Tiennent toutes les bénédictions énumérées plus loin. Du reste, le texte parait avoir souffert. En traduisant : de la part, et du Tout-Puissant, nous nous sommes permis des changements, sans cependant risquer d'altérer le sens général. On a aussi proposé de conetruire ainsi : puisse-t-il t'aider, te bénir, de bénédictions, etc.
4 Ces bénédictions sont la pluie, les sources et ruisseaux, le lait, et la fécondité du bétail. Les expressions sont en partie trop recherchées, en partie trop peu poétiques, à DOtre gré. L'onde est en quelque sorte personnifiée, en ce qu*il est dit d'elle qu'eUe enicanehée (traduction littérale) en bas, par opposition à celle qui tombe d'en haut.
^ Texte corrigé d'après le parallélisme et les passages Deut. XXXIII, 15. Hab.
446 GENKSE XLIX, 26, 27.
Elles seront pour la tète de Joseph, Pour le chef du prince de ses frères *
Benjamin est un loup ravisseur :
Le matin il dévore sa proie, Le soir il partage des dépouilles.
Ce poème est vulgairement connu sous le nom de la binédieiiùK de Jacob, Mais c^est plutôt une prédiction qu'une bénédiction, puisque plusieurs tribus sont maudites, d'autres n'obtiennent du moins pas de promesses positives. Et c'est bien là ce que déclare le rédacteur lui-même dans sa petite introduction (v. 1), que Ton prend quelquefois pour une partie intégrante de la pièce elle-même.
La question est de savoir d'où nous vient ce morceau et ce qu'il est au fond ? Les anciens et beaucoup de modernes n'ont pas hésité à regarder le patriarche Jacob comme le véritable auteur, et à attacher à ce fait une importance d'autant plus grande qu'ils ont cru y découvrir une prédiction directe de la naissance d'un Messie issu de la tribu, et même de la lignée royale de Juda. Il nous semble presque superflu de réfuter cette manière de voir ; aussi passerons-nous sur plusieurs des arguments qu'on a fait valoir à cet effet : par exemple, l'invraisemblance d'une composition poétique aussi remarquable par un vieillard décrépit de 150 ans, et qui allait s'éteindre, ou d'une fixation d'un texte aussi étendu, soit dans la mémoire des auditeurs, soit au moyen de l'écriture, ou encore la singularité que le père ne suit exactement ni Tordre chronologique de la naissance de ses fils, ni leurs groupes naturels. Nous n'insisterons pas davantage sur ce que la caractéristique individuelle est si précise chez les uns, si complètement effacée chez les autres ; sur ce que les uns sont traités d'individus, les autres d'êtres collectifs, nous pourrions dire de notions géographiques ; sur ce que les
^ L'épithète des montagnes étemelles est fréquente, et n'exprime qne Tidée de rimmutabilité des formes de la terre, en comparaison des changements que Hiomme opère sur la surface. Elle ne détermine donc pas le sens de la phrase. Celui-ci d^Mod du fait que Canaan est un pays de hauteurs ; ses produits viennent sur un sol accidenté. Le poëte veut dire : la bénédiction (lûorale, prophétique] du patriarche vaut encore mieux que la bénédiction matérielle de la nature.
prédictions se rattachent assez généralement à des étymologies de noms propres trop bizarres pour être acceptables, et d'ailleurs toujours autres que celles que nous avons lues à Toccasion de leur naissance (chap. XXIX, 35; XXX, 6, 8, 11, 13, 18, 20; XLI, 52) ; enfin sur la manifeste contradiction entre les malédictions des premiers vers du poëme, et les bénédictions du récit immédiatement précédent (chap. XLVIII, 5), entre la froideiu' de la seule phrase relative à Benjamin, et la touchante prédilection du vieillard pour son cadet.
Nous nous contenterons de relever un seul fait : Jacob parle comme prophète ; il prédit Tavenir. Or, ces prédictions ont évidemment en vue un certain état des choses tel qu'il a été à une époque donnée. Il ne voit rien au delà. D ne sait rien des rois d'Éphraïm, dont quelques-uns ont été bien autrement puissants que les suC/Cesseurs de Salomon ; il ne prévoit pas la ruine totale de la nation ; il ignore les hautes destinées de la tribu de Lévi (Deut. XXXIII, 8 suiv.). Il suffira donc de recueillir dans le texte les indices positifs de la situation que le poète a eue en vue, pour déterminer l'époque où il a vécu.
Or, il est facile de reconnaître cette situation : Toutes les tribus sont établies en Palestine; le pays est tranquille, les ennemis intérieurs sont terrassés, et les attaques du dehors victorieusement repoussées. Reouben a perdu toute importance ; S'imé'ôn a presque cessé de compter; Lévi n'a aucun privilège, donc il n'existait encore aucun sanctuaire lévitique central qui lui assurât une position prépondérante ; le territoire de Benjamin (Jérusalem) ne portait point encore la résidence de Jéhova (Deut. XXXIII, 12). Juda est le lion du moment ; c'est lui qui fait les conquêtes, qui tient le sceptre, qui exerce la suprématie sur les tribus. Joseph (Éphraïm et Menass'eh) a tous les avantages de la richesse, mais aucun attribut royal ne relève sa gloire. Tout le monde devine que nous arrivons ainsi à l'époque de David, dans les premiers temps de sa monarchie, après la réduction des héritiers de Saûl. Il serait même possible que le poète ait été un Éphraïmite, qui tout en s' inclinant devant le sceptre de Juda, aurait pourtant réservé pour sa tribu propre une place telle que son éloquence poétique y trouvât à s'exercer.
• Du reste, le poème, obscur en partie à cause de son antiquité même et de la rudesse de son langage, a des mérites littéraires peu communs. Rien que l'idée de mettre dans la bouche d'un
père mourant une prédiction relative au lointain avenir de ses fils, accuserait chez lui le génie poétique. Comparées avec notre pièce, les imitations (Deut. XXXIII et le livre des Testaments des 12 Patriarches) sont bien pâles. Une idée analogue se retrouve dans les chants homériques, Iliad. XVI et XXII, et surtout dans le 6® livre de FÈnéïde. Plus tard, cette idée est devenue un lieu commun (Cyrop. VIII, 7. Platon, Apol. I, 90. Cic. divin. I, 30).
'*Ce sont là les tribus d'Israël, au nombre de douze, et c'est ainsi que leur père leur parla et les bénit. Il les bénit chacune d'une manière particulière'.
"• [Et ' il leur donna ses ordres en disant : Moi, je vais être réuni à mes aïeux. Enterrez-moi près de mes pères, dans la caverne qui se trouve au champ de *Ëfron le Qittite, dans la caverne du champ de Makpélah, à l'orient de Mameré au pays de Canaan^ du champ qu'Abraham a acheté de *Ëfrôn le Qittite, pour sa sépulture, en toute propriété. Là on a enterré Abraham et sa femme $arah, là on a enterré Isaac et sa femme Ribqah, là aussi j'ai enterré Léah. Le champ et la caverne qui s'y trouve, ont été acquis de la part des Qittites. Et quand Jacob eut fmi de donner ses ordres à ses Ois, il retira ses pieds à lui sur sa couche et expira et fut réuni à ses aïeux.]
^ Alors Joseph se jeta sur la face de son père, et pleura sur lui et l'embrassa. Et Joseph ordonna aux médecins, ses serviteurs, d'embaumer son père, et les médecins embaumèrent Israël. Ils y mirent quarante jours entiers, car c'était ainsi la coutume pour l'embaumement, et les Égyptiens portèrent son deuil pendant soixante-dix jours'. Lorsque les jours du deuil furent passés, Joseph parla aux ^en^ de Pharaon en disant : Faites-moi la faveur de vous adresser à Pharaon en lui disant : ^ Mon père m'a adjuré et m'a dit : Vois, je vais mourir ; c'est dans le tombeau que je me suis acheté au pays de Canaan que tu m'enterreras. Or, je désirerais y aller pour enterrer mon père, et je reviendrais. Pharaon répondit : Va enterrer ton père
1 C'est par cette phrase que le rédacteur résume le poOme qu'il vient de transcrire. Il comprend qu'il s'agit des tribus, et fait remarquer que toutes ne reçoivent pas une bénédiction égale.
2 Le morceau relatif à l'enterrement (jusqu'à la un de ce chapitre) appartient au récit élohiste, comme les chapitres auxquels il est fait allusion (chap. XXIII ; XXV : XXXV]. Il se rattache directement à chap. XLVIIl, 7, et se continue chap. L, 12.
3 Ces détails sont conformes aux usages connus par les relations grecques.
ronitne il t'en a conjuré. 'Alors Joseph alla enterrer son père, et avec lui partirent tous les officiers de Pharaon, les dignitaires de sa maison, et tous les . dignitaires du pays d*Égypte, et toute la famille de Joseph, et ses frères, et les gens de son père ; il n'y avait que les enfants et le hétail, gros et menu, qu'ils laissèrent au pays de Gos'en. Il était aussi accompagné de voitures et de cavaliers : c'était une très -nombreuse caravane. Quand ils furent arrivés à Gorn-liaatad *, au delà du Jourdain, ils y firent une grande et solennelle cérémonie funèbre en l'honneur de son père, pendant sept jours. Les Cananéens, habitants du pays, voyant cette cérémonie funèbre à Gom-haatad, dirent : c'est un grand deuil des Égyptiens. C'est pour cela que cet endroit est nommé Abel-Miçraïm : il est au delà du Jourdain.
•*[Et' ses fils firent à son égard comme il le leur avait ordonné: ils l'emportèrent au pays de Canaan et l'enterrèrent dans la caverne du champ de Makpélali, qu'Abraham avait acheté pour sa sépulture, en toute propriété, de la part de 'Éfrôn le ^it^ite, à l'orient de Mamerè.]
** Cependant lorsque Joseph, après l'enterrement, fut revenu en Egypte, lui et ses frères, ainsi que tous ceux qui étaient partis avec lui pour enterrer son père, ses frères, songeant que leur père était mort, dirent : Si pourtant Joseph nous portait rancune, et voulait nous rendre tout le mal que nous lui avons fait! Ils mandèrent donc à Joseph ceci : Ton père, avant de mourir, a fait cette recommandation : Voici ce que vous direz à Joseph : «Ah, veuille pardonner le crime de tes frères, et le tort qu'ils ont eu en te faisant du mal !» Maintenant donc pardonne le crime des serviteurs du dieu de ton père ! Et Joseph pleura quand ils lui parlèrent ainsi '. Et ses frères allèrent aussi eux-mêmes se prosterner devant lui, et lui dirent : Vois, nous serons tes esclaves ! Et Joseph leur répondit :
1 C'est-à-dire: Aire de l'épine [ou du buisson). Il y avait là une oasis ou terre arrosée et cultivée, rommée, on ne sait pourquoi, prairie des Égyptiens. L'auteur, confondant Abel, prairie, oasis, avec Êbel, deuil, rattache ce nom à lenterrement de Jacob. L'endroit est près de Jéricho, au nord de la mer morte. Le convoi aurait donc fait, sans motif, l'immense détour que firent les Israélites du temps de Moïse, ou plutôt la légende s'est formée sur ce dernier récit. — Les v. 1-11 rappellent ce qui* a été dit à la fin du cbap. XLVII.
^ Ce paragraphe, avec sb notice simple et suffisante, se rattache directement à la fiu da chapitre précédent, et appartient au récit élohiste. D'après ce qui précède (v. 5), il s'agit du terrain acheté à Sichem (chap. XXXIII, 19. Jos. XXIV, 32); et c'est à celui-ci qu'il faut songer, lors même qu'on traduirait: j'ai creusé, au lieu de: j'ai acheté.
3 Dans leur message. — Ce texte fait entrevoir l'intention de l'auteur d'assurer à la Iribu de Joseph un patronage sur les autres.
A. T. 8* part. — I. 29
N'ayez pas pour î Suis-je donc à la place de Dieu * ? Vour penriez me faire du mal, Dieu a son^é à le faire tourner en bien pour opérer ce qui est arrivé maintenant, pour sauver la vie à ))eaucoup de monde. Or, n'ayez pas peur ; moi je vous entretiendrai, vous et vos enfants'. Kt il les consola et les rassura.
'* Joseph resta en fr^rypte avec la famille de son père, et il vécut cent dix ans. Il vit encore les petits-fils d'Éphraïm, et les enfants de Makir fils de Menass'eh naquirent ' sur les fi^enoux de Joseph. Et Joseph dit à ses frères: Moi je vais mourir; Dieu vous visitera et vous ramènera de cje pays dans la terre qu'il a promise par serment h Abraham, à Isaac et à Jacoh. Kt Jo.seph lit jurer les enfants d'Isrîièl en disant : Quand Dieu vous visitera, vous emporterez mon corps d'ici, Kt Joseph mourut à Tâge de cent dix ans, et on Tembauma* et on le mit dans un c^^rcueil en Kjfypte*.
^ Agirais-je autrement que Dieu , qui a fait en sorte que votre action est devenue nu bienfait ?
2 L'auteur paraît supposer que la disette durait encore.
^ Cest-ù-dire il los prit sur les frenoux au moment de leur naissance pour 1« adopter (chap. XXX, 3).
»Exod. XIII. 19.