‹ La Bible (volume 4)Chapitre 28 sur 52 · EXODE · texte numérisé non relu

EXODE

n'avait point connu Joseph ^ Et il dit à son peuple: Voilà ce peuple des Israélites qui est plus nombreux et plus fort que nous. Allons agir prudemment à son égard, de peur qu'il ne se multiplie et que, s'il survient une guerre, il ne se joigne, lui aussi, à nos ennemis et combatte contre nous et quitte le pays. Alors on établit sur eux des prévôts de corvée, afm de les réduire par des travaux forcés, et ils construisirent pour Pharaon des villes à arsenaux, Pifom et Ra*amesés'. Mais plus on les opprimait, plus ils se multipliaient et se propageaient. Et on eut peur des Israélites.

*' [Et les Égyptiens réduisirent les Israélites à la condition de serfs, en les opprimant, et ils leur rendirent la vie amère par de rudes travaux en argile et en briques et par toutes sortes de travaux de campagne, travaux qu'ils firent faire par eux en les opprimant '.]

" Alors * le roi d'Egypte donna des ordres aux sages- femmes des

1 La science de Thistoire égyptienne, malgré toutes les découvertes modernes^ n'est pas encore assez avancée pour qu'il soit possible de déterminer, d'une manière définitive, sous quel roi les Israélites ont quitté le pays. Mais nous en savons assez pour pouvoir affirmer que le nouveau roi a dû appartenir aussi à une nouvelle dynastie, qui aura changé sa politique à Tégard de ces étrangers. On a de tout temps combiné le fait mentionné ici avec ce que les anciens racontent d'un empire fondé autrefois en Egypte par les Hyksos, ou rois pasteurs, chefs d'un peuple nomade étranger, lesquels auraient été maîtres du pays pendant plusieurs siècles et auraient fini par être expulsés par une dynastie nationale. Quelques-uns ont même pensé que les Israélites eux-mêmes auraient pu être ce peuple conquérant, dont les rois auraient été les Hyksos ; d'antres se sont contentés de supposer que les Israélites auraient trouvé un accueil favorable sous une dynastie d'origine sémitique, et auraient fini par être réduits en servitude après le rétablissement d'un gouvernement indigène. (Voyez Joseph contre Âpion. I, 14). Nous n'osons suivre les critiques modernes dans leurs combinaisons chronologiques relatives à ces faits, qui sont eux-mêmes assez douteux. Il nous suffit de constater que le récit biblique ne parle que d'un seul Pharaon adversaire et oppresseur dos Israélites.

^ Do sujets libres, s'occupant de leurs troupeaux, les Israélites deviennent serfs: ib sont embrigadés pour des travaux publics, comme plus tard les Cananéens l'ont été par Salumon. On no veut pas qu'ils s'en aillent. L'émigration aurait rendu les travaux plus coûteux. Et tout en les utilisant, on veut les affaiblir physiquement pour les empêcher de devenir dangereux. — Les villes do Pitom et de Ha'amesés sont appelées villes à arsenaux ou à magasins ; on peut songer à des établissements militaires ou d'approvisionnement (2 Chron. XXXII, 28). Nous devrons les chercher en tout cas dans li contrée occupée par les Israélites eux-mêmes, entre le bras oriental du Nil et la mer rouge. Il y avait là une ville Thoum [Pi est l'article égyptien), sur la route de Memphl< à Pelusium. Ra'amesés a été combinée avec Iléroopolis ou Belbéïs et d'autres endroits encore. Voyez du reste les notes sur Gen. XLVI et suiv.

^ Ici le genre de travaux auxquels les Israélites furent assujettis est autrement décrit que dans le premier récit, et il n'est rien dit du but do l'oppression.

^ À rattacher au verset 12. La première mesure n'ayant pas atteint le but, on essiie dune seconde et d'une troisième.

Hébreux, dont Tune s'appelait S'ifrah et l'autre Pou'ah, en disant : Quand vous accoucherez les femmes des Hébreux, vous ferez attention pendant le travail *, et si c'est un garçon, vous le ferez mourir ; mais si c'est une fille, elle pourra vivre. Mais les sages-femmes craignaient Dieu et n'agirent point selon les ordres du roi d'Egypte, mais elles laissèrent vivre les garçons. Alors le roi d'Égyipie fit appeler les sages-femmes et leur dit: Pourquoi avez-vous fait cela et avez-vous laissé vivre les garçons? Les sages-femmes dirent à Pharaon : C'est que les femmes des Hébreux ne sont pas comme celles des Égyptiens ; elles sont vigoureuses : avant que la sage-femme arrive chez elles, elles ont déjà enfanté. Et Dieu fit du bien aux sages-femmes, et le peuple se multiplia et devint extrêmement fort. Et parce que les sages-femmes avaient craint Dieu, il leur donna une nombreuse postérité. Alors Pharaon donna des ordres à tout son peuple en disant: Tout garçon nouvellement né, vous le jetterez dans le Nil, mais vous laisserez vivre toutes les filles^.

* Or, un homme de la famille de Lévi alla prendre pour femme une fille lévite. Et cette femme devint enceinte ' et mit au monde un garçon ; et comme elle vit qu'il était beau, elle le cacha pendant trois mois. Mais ne pouvant le cacher plus longtemps, elle lui fit un coffret de joncs * , qu'elle enduisit de bitume et de poix , et y mit le garçon, puis elle le déposa dans les roseaux sur le bord du Nil. Et la sœur de l'enfant se plaça à distance pour savoir ce qui lui arriverait. Cependant la fille de Pharaon étant descendue pour se baigner dans le Nil*, ses suivantes se promenant sur le bord, elle

1 Litt.: Vous regarderez à rorifîce. Nos traductions se trompent en rendant le mot hébreu par : siège.

* Pour 86 former un jugement sur le caractère de ce récita il ne faut pas insister sur la contradiction entre les ordres du roi et son obstination à retenir les Israélites (y. 10), encore moins sur ce qu'il y a d'insensé dans les mesures prises. Dans tout ceci il n'y a rien d'impossible. Malgré cela, nous n'avons pas ici la précision d'une histoire contemporune, mais les formes à la fois relâchées et pittoresques d'une tradition populaire. Elle suppose qu'un peuple qui par son nombre fait peur à la nation égyptienne, n'avait que deux sages-femmes, et qu'il vivait exclusivement sur les bords du Nil, aggloméré et pourtant impuissant à défendre la vie de ses enfants !

3 A prendre ce texte à la lettre. Moïse aurait été le premier enfant de ses parents. Cependant il a une sœur aînée et mdme un frère plus ftgé que lui (chap. VII, 7J. Inutile de faire des hypothèses pour expliquer de pareils détails, que la naïveté du récit nous empêchera de relever. Surtout il ne faut pas demander si l'enfant ne risquait pas de périr, malgré les précautions de sa mère.

4 Job IX, 26. Ésaïe XVIII, 2. Le papyrus servait aux anciens Égyptiens pour construire de légères embarcations. Ici il faudra songer à une espèce de caisse couverte.

^ Encore ici il ne faut pas s'arrêter à ce qu'il y a pour nous d'invraisemblable à ce qu'une princesse aille se baigner en plein Nil. Nous relèverons plutôt le fait que les Hébreux sont ici censés habiter une ville royale, et non, comme la Genèse le représentait, des contrées servant uniquement à l'élève des bestiaux.

aperçut le coffret au milieu des roseaux et envoya sa servante pour le prendre. Et quand elle l'eut ouvert, elle vit l'enfant, et voilà que c'était un garçon qui pleurait. Elle en eut pitié et dit: C'est là un des enfants des Hébreux. Alors sa sœur dit à la ûlle de Pharaon : Dois-je aller te chercher une nourrice d'entre les femmes des Hébreux pour qu'elle t'allaite cet enfant ? Et la fille de Pharaon lui répondit : Va toujours I Et la jeune ûlle étant allée appeler la mère de l'enfant, la fille de Pharaon dit à celle-ci : Emporte cet enfant et allaite-le pour moi ; je te donnerai ton salaire. Et la femme prit l'enfant et l'allaita. Et quand l'enfant fut devenu grand, elle le porta à la fille de Pharaon, et il fut pour elle comme un fils et elle l'appela Mos'eh, car, dit-elle, je l'ai retiré de l'eau *.

''Or, il arriva vers ces temps-là' que Moïse, étant devenu grand, se rendit auprès de ses frères et vit comme ils étaient accablés de travaux, et il vit un Égyptien qui frappait un Hébreu d'entre ses frères. Alors s'étant tourné de tous côtés et ayant vu qu'il n'y avait personne, il tua l'Égyptien et l'enfouit dans le sable. Le lendemain il sortit encore, et ayant vu des Hébreux qui se querellaient, il dit à celui qui avait tort : Pourquoi frappes-tu ton compagnon ? Mais celui-ci répondit: Qui t'a établi chef et juge sur nous? Prétends-tu me tuer comme tu as tué l'Égyptien? Alors Moïse eut peur et se dit : Évidemment la chose est connue '. Et Pharaon, ayant appris cette affaire, chercha à faire mourir Moïse.

Alors Moïse s'enfuit de chez Pharaon et alla demeurer dans le

^ Le nom de Mos'eh est expliqué ici par le verbe hébreu mas' ah, tirer. D'après It grammaire, ce ne pourrait être que le participe actif celui gui tire, et non l« passif. L'auteur fait parler à la princesse l'idiome hébraïque, et la chose essentielle, la notion de l'eau, n'est point représentée dans le nom propre. Les traducteurs grecs« juifs égyptiens, ont été plus avisés ; ils ont changé le nom du prophète en Moy$è9, Moïse, en j introduisant une voyelle qui pouvait rappeler le mot égyptien M&ou ou tMé, qui signifie l'eau. La syllabe sa veut dire naitre^ se, le fils (ou bien ousét, sauver). Il faudrait alors admettre que les Israélites ont toujours mal prononcé le nom de l'homme le plus illustre de leur nation. — Du reste, l'histoire de la jeunesse de Moïse a été enjolivée par beaucoup de légendes fort accréditées chez les Rabbins et les Pères. On prétendait savoir le nom de la princesse^ les espiègleries de Tenfant, les études du jeune homme, ses expéditions guerrières en Ethiopie, son mariage avec une princesse de ce pays, etc.

^ La tradition donne à Moïse 40 ans à l'époque de sa fuite. Le présent récit suppose qu'il connaissait son origine véritable.

■^ Comment Moïse pouvait-il s^imaginer que son acte de la veille resterait chose secrète, puisqu'il avait eu un témoin? Quant au fond, on peut se demander si l'auteur a simplement voulu motiver la fuite de Moïse, ou pronostiquer en mÔme t«mps l'accueil que le peuple devait faire un jour à son libérateur ?

pays de Midyan*. Et il s'assit près du puits*. *• Or, le prêtre* de Midyan avait sept filles ; celles-ci vinrent puiser de l'eau et remplir les auges pour abreuver le bétail de leui* père, et les pâtres survinrent et les cbassèrent * ; mais Moïse se leva et prit leur défense et abreuva leur bétail. Et quand elles revinrent chez leur père Re'ouél, celui-ci leur dit: Pourquoi revenez-vous si tôt aujourd'hui? Elles répondirent : Un homme égyptien nous a défendues contre les pâtres, et de plus il s'est chargé de nous puiser l'eau et d'abreuver le bétail. Alors il dit à ses filles : Mais où est-il ? Pourquoi donc avez-vous laissé là cet homme? Appelez-le pour qu'il vienne manger quelque chose. Et Moïse consentit à demeurer avec cet homme, qui lui donna sa ûlle Çipporah. Et elle enfanta un ûls qu'il appela G'ers'om, car, dit-il, je séjourne dans un pays étranger*.

" [Et il arriva dans ce long espace de temps ^ que le roi d'Egypte mourut. Et les enfants d'Israël gémissaient de leur servitude et poussaient des cris de détresse, et leurs prières au sujet de leur servitude montèrent jusqu'à Dieu. Et Dieu (entendit leurs soupirs et se souvint de son alliance avec Abraham et Isaac et Jacob. Et Dieu vit les enfants d'Israël et y eut égard.]

^ Les Midyanites, très-proches parents des Israélites (Gen. XXV) et souvent nommés dans l'ancienne histoire, demeuraient à Torient de la Palestine (Gen. XXXVII, 28. Juges VI suiv., etc.). Comme ils étaient nomades, il n'y a rien d'étonnant à en trouver une portion sur la presqu'île du Sina!. Car c'est bien là, et plus particulièrement entre la montagne et le golfe oriental de la mer rouge, qu'il faut les placer , en combinant les passages chap. IV, 27 ; XVIII, 27. Nombr. X. 30.

^ Le puits, avec l'article défini, celui où les troupeaux du district allaient boire, le seul de cette contrée.

3 Chef religieux, et peut-dtre en même temps chef civil, comme Melkiçédeq (Gen. XIV]. Il s'appelle ici Re*ouèl (nourri de Dieu), ailleurs il portera le nom d» Yé(er (ou dans la forme arabe Yi|ro), ce qui pourrait être traduit par supérieur et êtr» un nom de dignité. Seulement le récit biblique le donne comme un nom propre, sans expliquer comment le même homme a porté deux noms. Il y a bien là aussi une trac» de traditions différentes.

* Par impatience, les troupeaux devant se succéder à l'abreuvoir. Moïse fait valoir le droit du premier venu. Il ne s'agit pas d'un combat.

ô L'étymologie est hasardée. Il est vrai que G'er signifie un étranger, mais la seconde syllabe reste inexpliquée.

^ En effet, le récit suppose un long intervalle entre la fuite de Moïse et le commencement de son ministère prophétique. (Voyez chap. VII, 7). Nous verrons bientôt qu'à cet égard la tradition comprend encore des éléments divers. Ici elle ne semble parler que d'un seul changement de règne durant cet intervalle, comme nous l'avons aussi vu pour la période précédente (chap. I, 8). — Les trois derniers versets du chapitre continuent le résumé de l'Ëlohiste.

8 EXODE m, i-8.

* Cependant Moïse faisait paître le bétail de son beau-père Yi^ro, le prêtre de Midyan, et en conduisant le bétail de Tautre côté du désert % il arriva à la montagne de Dieu ^ au ^oreb. Là une manifestation' de l'Éternel se ût voir à lui dans une flamme de feu du milieu des buissons^, et quand il regarda, voilà que les buissons brûlaient de ce feu, mais ils n'étaient pas consumés. Alors Moïse dit : Je veux pourtant aller voir ce spectacle extraordinaire, et pourquoi les buissons ne se consument pas? Quand TÉtemel vit qu'il allait regarder, Dieu ' lui cria du milieu des buissons, en disant : Moïse ! Moïse ! Et il répondit : Me voici ! Et il dit : Ne t'approche point d'ici ; ôte les souliers de tes pieds, car le lieu où tu te trouves est un sol sacré. Puis il dit : Je suis le dieu de ton père, le dieu d'Abraham, le dieu d'Isaac et le dieu de Jacob. Et Moïse voila sa face, car il craignait de regarder vers Dieu. ' Puis l'Éternel dit : J'ai bien vu la misère de mon peuple qui est en Egypte, et j'ai entendu ses cris contre ses maîtres •, car je connais ses souffrances, et îe suis descendu pour le délivrer des mains des Égyptiens, et pour le faire passer de ce pays-ci dans un pays beau et spacieux, dans un pays ruisselant de lait et de miel, dans la terre du Cananéen, du Qittite, de l'Émorite, du Perizzite, du Hiwwite et du lebousite^. Or voilà,

1 Le texte nous représente le campement du beau-père de Moïse, qui porta ici un autre nom que tout-à-l'heure, comme séparé du Qoreb (Sinal) par un désert. C'est i travers ce désert que Moïse conduit son troupeau, pour gagner les pâturages de It montagne.

2 Cette désignation parait dater d'une époque où les traditions mosaïques appartenaient déjà au passé. Cependant il est probable que le Sinaï a été un lieu de pèlerinage et de culte déjà dans les temps antérieurs (comp. v. 18)«

3 Voyez Genèse XVI, 7 suiv. Il ne s'agit pas le moins du monde d'un angOé

^ L'original met l'article ; or, comme il n'a pas été question de la chose auparavant, il faut songer à ce qu'on devait naturellement supposer existant en cet endroit : les buissons, et non pas le buisson. C'est le taillis, le hallier, ce qui couvrait les flancs de la montagne. Le feu qui sert, pour ainsi dire, de forme à la divinité [Genèse XV, 17. Ex. XIII, 21 ; XXIV, 1*7. Ezéch. I, 27, etc.), n'est pas un feu ordinaire, mais plutôt un éclat éblouissant qui fait baisser les veux et qui éloigne les regards profanes. Les peuples de l'Orient ont encore aujourd'hui Thabilude de se déchausser en enU^nt dans un lieu consacré, et même par pure politesse (Jos. V, 15)«

^ L'emploi alternatif des deux noms de Dieu est si frappant dans ce morceau, qu'il ne s'explique que par la combinaison de deux récits parallèleSé

C Le premier objet de la mission de Moïse, celui dont il est exclusivement question pour le moment, c'est la délivrance d'Israël. Elle doit s'opérer, non par une instirrection, mais par une émigration. Dieu veut leur assigner une nouvelle patrie.

"^ Le pays de Canaan est désigné par les noms des principales tribus qui l'habitaient avant les Israélites. La nomenclature n'est pas toujours la môme. Aux six mentionnées ici, s'ajoutent ailleurs d'autres encore (Gen. XV, 20, etc.). Nommés à côté des autres

les cris des enfants d'Israël sont venus vers moi, et moi-même j'ai vu les vexations que leur font endurer les Égyptiens. Va donc, je vais t'envoyer auprès de Pharaon, et tu conduiras mon peuple, les enfants d'Israël, hors de l'Egypte. ** Alors Moïse dit à Dieu : Qui suis-je pour aller auprès de Pharaon et pour conduire les enfants d'Israël hors de l'Egypte? Et il répondit: Mais je serai avec toi, et ceci te servira de signe de ce que c'est moi qui t'envoie : quand tu auras conduit le peuple hors de l'Egypte, vous adorerez Dieu sur cette montagne*. Puis Moïse dit à Dieu: Vois, si je viens, moi, auprès des enfants d'Israël, et que je leur dise: Le dieu de vos pères m'envoie auprès de vous , et qu'ils me disent : Quel est son nom ? que leur ré|)ondrai-je * ? *♦ Alors Dieu dit à Moïse: Je suis celui qui est. Et il dit : Voici ce que tu diras aux enfants d'Israël : C'est Je suis qui m'envoie auprès de vous ! Et Dieu dit encore à Moïse : Voici ce que tu diras aux enfants d'Israël : C'est Celui qui est, le dieu de vos pères, le dieu d'Abraham, le dieu d'Isaac, et le dieu de Jacob, qui m'envoie auprès de vous ! C'est là mon nom à tout jamais, et ce sera ma désignation d'âge en âge'. "Va assembler

tribus, les CanaDéens sont les habitants soit de la côte, soit d'autres districts moins élevés. Le pays ruisselant de lait et de miel, est une locution favorite de l'une de ces anciennes rédactions de l'histoire mosaïque. On ne la prendra pas dans le sens propre, comme si la quantité des abeilles avait été un symptôme prééminent de la fertilité du 8ol. Il y avait bien des productions beaucoup plus importantes (I)eut. VIII, 8; XXXII, 13 suiv.). Le sens est: on y trouve en abondance tout ce qu'il y a de plus doux et de plus agréable. D'autres ont songé de préférence aux beaux pftturages. Mais lorsque ces textes ont été rédigés, l'agriculture prédominait déjà dans le pays.

1 Moïse ne se sent pas la force d'accomplir une pareille œuvre. Dieu lui promet de l'assister, et d'affermir son courage et sa confiance par un siffne. Ordinairement des signes donnés dans un pareil but sont des miracles opérés dans le moment même, pour prouver la certitude de l'accomplissement d'une promesse faite pour l'avenir. Ici c'est le contraire. Pour engager Moïse à aller en Egypte, Dieu lui promet qu'il en reviendra avec tout le peuple. 11 ajoute à l'ordre d'agir, la promesse de la réussite. Le peuple sera ici mdme heureux et reconnaissant de sa délivrance. Ce fait ultérieur est appelé un signe, parce qu'il confirmera la mission divine du libérateur.

' Moïse fait une nouvelle objection : Il veut bien accomplir sa mission, mais l'écoutera-t-on ? S'il vient au nom du dieu des patriarches, le peuple dira : quel est ce Dieu? Cette supposition dans la bouche de Moïse est inconcevable si les Israélites en £gypte adoraient le seul vrai Dieu ; elle sera très-naturelle et légitime dans le cas contraire (Amos V, 25. Jos. XXIV, 2, 14. Ezéch. XVI, 3, 26 ; XX, "7; XXIII, 3suiv. Lérit. XVII, 1). Il faut donc que le ministère de Moïse, de purement politique qu'il aurait été sans cela (v. 7 suiv.J, devienne un ministère prophétique. Il faut qu'il commence par la révélation du vrai Dieu. C'est dans ce sens qu'il faut entendre la réponse de Dieu.

3 La réponse de Dieu est double, en ce sens que les v. 14 et 15 disent deux fois la mdme chose en termes différents. Dieu déclare être le seul vrai Dieu, et cette idée est «zprimée par le nom même qu'il se donne, car le nom représente la notion. Or, ce nom

10 EXODE m, 17-19.

les chefs* d'Israël et dis-leur: laheweh, le dieu de vos pères, m'est apparu, le dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, en disant: J'ai arrêté mes regards sur vous et sur ce qui vous a été fait en Egypte, et j'ai dit : Je vous ferai passer de la misère d'Egypte au pays du Cananéen, du Qittite, de l'Émorite, du Perizzite, du ^iwwite et du lebousite, dans un pays ruisselant de lait et de miel. Et s'ils écoutent ta voix, tu iras, toi et les chefs d'Israël, auprès du roi d'Egypte et vous lui direz: laheweh, le dieu des Hébreux, est venu au devant de nous et maintenant nous voudrions aller au désert, trois journées de marche, pour faire un sacrifice à notre dieu laheweh *. Mais je sais, moi, que le roi d'Egypte ne vous permettra pas de partir, pas même en face d'une puissance supérieure '. Mais j'étendrai ma main

est énoncé dans deux formes, par la première personne : Èheyék, je suis, et par U troisième : laheweh^ il est. Seulement nous avons Thabitude de traduire ce dernier mot par VÉlernel, ce qui fait perdre au lecteur Tintelligence de la conformité fondamentale entre les deux réponses. Par Tune comme par Tautre, la divinité est reconnue comme la réalité par excellence, comme ayant l'existence pour attribut essentiel ; elle est ainsi opposée à tout ce qui n'a qu'une existence imaginaire. La notion de l'Éternité, c'est-idire de Texistence sans commencement et sans fin, y est contenue virtuellement, mais non étyraologiquement. La traduction adoptée dans les bibles protestantes françaiaea, depuis 1588, n'est donc pas rigoureusement exacte. On voit du reste, par la fin de la phrase, qu'il est loin de la pensée du rédacteur d'interdire l'usage de ce nom, comme les Juifs l'ont pensé d'après une fausse interprétation de Lév. XXIV, 16. Au contraire. Dieu veut qu'on l'appelle de ce nom, dont la véritable prononciation ne saurait être douteuse d'après notre texte. On sait que les Juifs ont donné au mot les voyelles d*Adonal (mon Seigneur), pour faire substituer ce nom à l'autre dans la lecture. C'est de là que vient la prononciation usuelle, mais absolument fausse, de J^hova, et Temploi du mot Seigneur dans la presque totalité des versions anciennes et modernes. — On remarquera que nous traduisons : Je suis celui qui estj et non pas : celui qui je suis. Cette dernière traduction provient de ce qu'on méconnaît une règle de la syntaxe hébraïque, d'après laquelle la proposition relative se met à la môme personne que le sujet, par ex.: Je suis le Dieu qui t'ai fait sortir, etc. (Gen. XV, 7).

1 Litt.: Les anciens, c'est-à-dire les hommes placés par leur âge a la tête des familles, ou par leur dignité héréditaire à la tôte des tribus ou des clans (les sheikhs). Dans Tautre récit, ces anciens ne paraissent pas sur la scène.

^ D'après ce récit. Moïse ne doit pas demander directement la délivrance du peuple, mais il doit user d'un prétexte pour le faire sortir d'Egypte. Voir l'Introduction, p. 53. On peut d'ailleurs admettre que le Sinaï a été de temps immémorial un lieu de pèlerinage. Seulement les trois journées de marche ne conduisaient pas jusque-là, depuis les bords du Nil.

3 Le sens de cette phrase est douteux. On a voulu y trouver celui-ci : si ce n^esi sous la pression d une puissance supérieure. Le texte nous fait préférer l'autre version, malgré l'apparente contradiction avec ce qui suit et avec l'événement. Le fait est que Pharaon n'a jamais consenti de bon cœur à ce qu'on lui demandait, et qu'il a fini par vouloir renier sa promesse. En hébreu, il y a proprement : par une mai» pmssûMte, phrase consacrée dans les récits mosaïques et dans les textes qui en dépendent, pour désigner les miracles libérateurs de Dieu.

EXODE m, 20-22. IV, 1-8. 11

et je frapperai TÉgypte par tous les miracles que j'y ferai, et puis après il vous laissera partir. ** Et je ferai obtenir à ce peuple les lionnes grâces des Égyptiens, de sorte que quand vous partirez vous ne partirez pas les mains vides. Mais chaque femme demandera à sa voisine et à celle qui demeure dans sa maison, des objets d'or et d'argent et des habits, pour en revêtir vos ûls et vos filles, aûn de dépouiller les Égyptiens*. * Cependant Moïse reprit et dit: Mais vois, il ne me croiront pas, et ils ne m'écouteront pas, mais ils diront : laheweh ne t'est pas apparu. Alors l'Éternel lui dit : Qu'as-tu là dans ta main? Et il répondit: Un bâton! Alors il lui dit: Jette-le par terre ! Et quand il l'eut jeté par terre, il devint un serpent, et Moïse s'enfuit devant lui. Puis l'Éternel lui dit : Étends la main et saisis sa queue ! Et quand il eut étendu la main et qu'il l'eut saisi, il redevint un bâton dans sa main. «Ce sera afm qu'ils croient que l'Éternel t'est apparu, le dieu de leurs pères, le dieu d'Abraham, le dieu d'Isaac et le dieu de Jacob.]» ^L'Étemel lui dit encore : Mets ta main dans ton sein ! Et quand il eut mis la main dans son sein et qu'il l'en retira, voilà qu'elle était couverte de lèpre, blanche comme la neige. Puis il dit : Remets ta main dans ton sein I Et quand il eut remis la main dans son sein et qu'il l'en retira, voilà qu'elle était redevenue comme son corps. «S'ils ne veulent pas te croire, ni écouter l'avertissement du premier signe, ils en croiront l'avertissement du dernier signe*. Et s'ils ne veulent pas croire à ces deux

^ Toujours en vertu du prétexte d'un simple pèlerinage^ les Israélites demanderont BOX Égyptiens des habits de fête^ des vases ou des parures, tels qu'il les fallait pour une grande cérémonie religieuse. Dieu promet de faire en sorte qu'on ne refusera pas ces objets. Ce récit suppose encore que les deux peuples étaient mdlés ensemble (au point d'habiter les mêmes maisons !J et surtout qu'il n'y avait point entre eux une séparation religieuse bien profonde. — Le fait du dépouillement des Égyptiens par les Israélites, sur Tordre môme de Dieu, a donné lieu à de longues controverses entre les libres penseurs et les apologistes de l'histoire sainte. Le texte est formel ; les Israélites prennent leur revanche de leur longue servitude et se font payer leur travail, d'après Tordre même d'un Dieu juste et rémunérateur [Gen. XY, 14). Pour la moralité du procédé, nous renvoyons nos lecteurs à Thistoire de Jacob, type de la nationalité Israélite, en faisant observer cependant que l'autre récit (chap. VI, 2 suiv.} ne dit absolument rien de cette revendication. De nos jours, il est d'usage d'insister sur ce que les Israélites n'ont pas emprunté ces objets, mais qu'ils les ont demandés, et que les figyptiens les ont donnés de bon cœur et non prêtés. Le texte, chap. XII, 36, semble pourtant nous autoriser à y voir autre chose.

^ Mo!se craignant de ne pas être cru par les Israélites, Dieu lui fait voir des miracles, dont le prophète est moins l'opérateur que le témoin, et qui sont destinés à lui prouver qu'il est sûr de l'assistance du ciel. Ces mêmes miracles répétés devant le peuple feront croire à celui-ci qu'il est véritablement l'envoyé de Dieu. — Pour la blancheur de la peau dans des cas de lèpre, voyez Lév. XIII.

signes-là, ni écouter ta voix, tu prendras de Teau du Nil et tu la verseras sur la terre, et Teau que tu auras prise du Nil deviendra du sang sur la terre. *** Cependant Moïse dit à l'Éternel : De grâce. Seigneur ! Je ne suis pas un homme de paroles, ni d'hier, ni d'avant-hier, ni depuis que tu parles à ton serviteur : au contraire, j'ai la bouche et la langue embarrassées*. Alors l'Éternel lui répondit: Qui est-ce qui a donné la bouche à l'homme, ou qui est-ce qui rend sourd ou muet, voyant ou aveugle? N'est-ce pas moi, l'Éternel? Or donc, va, moi je viendrai en aide à ta bouche, et je t'enseignerai ce que tu auras à dire. Mais il dit encore : De grâce, Seigneur, envoie qui tu voudras ' ! Alors l'Éternel s'irrita contre Moïse et il dit: Voilà ton frère Aharôn, le lévite'; je sais qu'il est capable de parler, lui. Hé bien, vois, il va venir à ta rencontre, et quand il te verra, son cœur en sera réjoui. Et quand tu lui parleras, et que tu lui mettras les paroles dans la bouche, moi je viendrai en aide à ta bouche et à la sienne, et je vous enseignerai ce que vous aurez à faire. Et quand il parlera pour toi au peuple, c'est lui qui te servira de bouche, et tu seras son dieu ^. Et ce bâton-là ^, tu le prendras dans ta main, afin de faire avec lui les signes.

** Alors Moïse alla rentrer chez son beau-père Yé^er et lui dit: Je voudrais bien retourner auprès de mes frères qui sont en Egypte, pour voir s'ils sont encore en vie. Et Yitro dit à Moïse: Va en paix*!

** Cependant ' l'Éternel dit à Moïse en Midyan : Va retourner en

^ Les excuses réitérées de Moïse sont sans doute, dans l'esprit de la narration, moins destinées à faire ressortir sa modestie, qu'à signaler à la fois les difficultés de l'entreprise et l'intervention toute-puissante et victorieuse de la Providence. C'est Dieu qui fera tout, Moïse n'y sera pour rien, pas même par une résolution généreusement spontanée. — D'hier et d^ avant-hier, locution proverbiale qui veut dire : depuis longtemps, depuis qu'il m'en souvient.

2 Litt. : par le ministère de qui tu voudras.

3 Le rédacteur se met au point de vue de son temps, où ce terme désignait des fonctions sacerdotales. Or, ces fonctions n'existaient pas alors pour la personne d'Aharôn, qui était Lévite dans le sens purement généalogique, mais dans ce sens Moïse l'était bien aussi.

"* Tu Tinspireras. Cette distinction entre l'inspiration elle-même, et le discours inspiré, se fait bien rarement.

^ Le bâton du berger (v. 2) deviendra un instrument de miracle.

^ Ici, comme au cbap. III, Moïse agit sans franchise ; il prend un prétexte pour aller en Egypte et ne parle pas de sa mission. Le beau-père n'apprend la vérité que bien plus tard (chap. XVIII). Sur les deux formes du nom du Midyanite, voyez la note 3, page 7.

^ Ici commence une tout autre narration, qui ne s'accorde pas avec celle qui précède. Moïse reçoit l'ordre d'aller en Egypte, dans le pays de Midyan, et non au Horeb. Cet ordre est motivé par l'absence du danger, et non par le but de la délivrance ; il

Egypte, car tous ceux qui en voulaient à ta vie sont morts. Alors Moïse prit sa femme et ses enfants, les fit monter sur l'âne, et retourna au pays d'Egypte. Il prit aussi le bâton de Dieu dans sa main. Puis l'Éternel lui dit : Quand tu seras de retour en Egypte, fais bien attention à tous les prodiges que j'ai mis en ton pouvoir, afin de les accomplir en présence de Pharaon. Mais moi je raidirai son cœur, de sorte qu'il ne laissera pas partir le peuple. Et tu diras à Pharaon : Ainsi dit l'Éternel : Israël est mon fils aîné. Or, je t'ordonne, laisse partir mon fils, pour qu'il me serve : mais si tu refuses de le laisser partir, vois-tu, je ferai mourir ton fils aîné*.

**I1* arriva en route, au gîte, que l'Éternel l'aborda et voulut le faire mourir. Alors Çipporah prit une pierre et coupa le prépuce de son fils, et le jeta à ses pieds et dit : Tu es pour moi un époux de sang! Alors il le lâcha. Elle avait dit: Époux de sang, relativement à la circoncision.

prend avec lui femme et enfants^ qu'il laissait derrière lui d'après l'autre récit (chap. XVIIIy 2) ; si le texte n'est pas fautif, il y a plusieurs enfants (comp. chap. II, 22} ; son bâton n'est plus le bftton du berger, mais le b&ton de Dieu, c'est-à-dire le bftton miraculeux ; les miracles accomplis précédemment étaient destinés à encourager Moïse et à lui donner du crédit auprès de son peuple ; ici ils sont destinés à faire de l'impression sur l'esprit de Pharaon. Enfin, il n'est point question ici d'un pèlerinage de quelques jours, mais d'une émigration définitive. Malgré tout cela, dans l'état actuel du texte, ces deux formes de la tradition ont déjà été combinées dans la rédaction du Jého- ▼iste, qui continue jusqu'à la fin du chap. V.

1 Le fils amé est le fils privilégié. C'est dans ce sens qu'Israël est l'ainé de Dieu. Il est aujourd'hui au service de Pharaon, il doit passer à celui de Jéhova.

8 L'incident qui suit est d'une obscurité extrême. L'opinion la plus répandue aujourd'hui est que Moïse avait négligé de circoncire son fils, et que Dieu pour ce motif voulut le faire mourir. Mais cela n'a pas le sens commun. D'abord, d'après l'ensemble des récits de l'Exode, Moïse avait deux fils ; pourquoi n'aurait-il circoncis qu'un seul ? puis ce fils, toujours d'après les textes, devait avoir près de quarante ans lors de ce voyage ; pourtant il est traité ici d'enfant, car il monte sur /'âne avec sa mère. Enfin, comment Dieu peut-il vouloir faire mourir celui qu'il vient d'envoyer délivrer son peuple? Ajoutons que nos traducteurs ont encore faussé le tableau en mettant la scène dans une hôtellerie, comme si jamais il y avait eu un établissement pareil au désert du Sinaï. — Si nous ne nous trompons fort, nous avons ici une nouvelle version mythique de l'origine de la circoncision, version devenue obscure par la raison môme que l'autre, qui rapporte cette origine à Abraham, a prévalu dans la tradition, et était probablement déjà reçue lorsque celle-ci a été rédigée ou insérée dans l'ensemble des récits mosaïques. Moïse a une apparition de Dieu, et est par conséquent en danger de mourir (Gen. XVI, 13) ; pour le sauver, sa femme lui jette sur le corps le sang de son propre fils. La circoncision, d'après cela, est un acte sacramentel dans lequel le sang de l'enfant rachète la vie du père, une espèce d'immolation symbolique qui obtient la faveur divine. En tout cas nous avons ici un fragment qui ne tient pas au reste de l'histoire. — Anciennement la circoncision se faisait au moyen de couteaux en pierre (Jos. V, 2). ce qui prouve qu'elle remontait à une haute antiquité.

" Cependant l'Étemel dit à Âharôn : Va au devant de Moïse au désert! Et il s'en alla et le rencontra près de la montagne de Dieu', et l'embrassa. Alors Moïse rapporta à Âharôn toutes les choses au sujet desquelles l'Éternel lui avait donné une mission et tous les signes qu'il lui avait ordonné de faire. Alors Moïse et Aharôn allèrent assembler tous les chefs d'Israël. Et Aharôn leur rapporta toutes les choses que l'Étemel avait dites à Moïse, et il fit les signes* en présence du peuple. Et le peuple les crut, et quand ils entendirent que l'Éternel avait égard aux enfants d'Israël et qu'il voyait leur misère, ils s'inclinèrent et se prosternèrent.

* Après cela. Moïse et Aharôn vinrent dire à Pharaon : Voici ce que dit laheweh, le dieu d'Israël : Laisse partir mon peuple, afin qu'il me fasse une solennité dans le désert. Mais Pharaon dit : Qui est ce laheweh dont je dois écouter la voix, afin de laisser partir les Israélites ? Je ne connais point ce laheweh ; aussi bien, pour ce qui est des Israélites, je ne les laisserai point partir. Ils répondirent : Le dieu des Hébreux est venu au devant de nous: or, nous voudrions aller au désert, trois journées de marche, pour faire un sacrifice à laheweh notre dieu, de peur qu'il ne nous frappe de la peste ou de Tépée. Mais le roi d'Egypte leur dit : Pourquoi, ô Moïse et Aharôn, voulez-vous détourner le peuple de ses travaux? Allez à votre besogne*! * Et Pharaon dit encore : Voyez , le commun peuple est déjà assez nombreux, et vous lui faites cesser ses travaux^! Et ce jour-là même. Pharaon donna ses ordres aux prévôts du peuple et aux chefs des travaux, en disant : Vous ne donnerez plus de paille au peuple pour faire les briques, comme auparavant ; ils iront eux-mêmes en ramasser. Mais pour ce qui est de la quantité des briques qu'ils ont du faire jusqu'ici, vous la leur imposerez sans en rien retrancher ; car ils sont paresseux, et c'est pour cela qu'ils crient : Nous

^ Chap. III, 1. — Si Âharôn arriva jusqu'au Sinaî, c'est que Moïse était à peine parti de chez lui. Des questions comme celle de savoir comment Aharôn, après 40 ans de séparation, eut l'idée de rejoindre son frère et comment il le trouva dans le désert, sont hors de propos.

^ L'auteur veut dire sans doute que Moïse lit les signes, tandis qu'Âharôn parlait. Du reste, le récit suppose encore que tous les Israélites demeuraient ensemble et pouvaient être facilement réunis. — Ce dernier passage reprend évidemment les éléments des récits précédents, notamment chap. III, 7, 16; IV, 8, 16, \1.

3 Moïse et son frère étant Israélites, le roi les regarde comme ses esclaves, tout comme les autres.

4 Le commun peuple (Jér. LU, 25, etc., en opposition avec les gens aisés), les prolétaires, les masses, qu'on ne peut contenir que par le travail et l'assujettissement. Vous faites cesser (et non : vous voulez faire cesser), cela suppose que, sur les ouvertures de Moïse, le peuple avait immédiatement fait ses préparatifs pour le pèlerinage.

voulons aller faire un sacrifice à notre dieu ! Il faut que le service pèse sur ces gens, afîn qu'ils aient à s'en occuper, et qu'ils n'aient point égard à des paroles mensongères. Et les prévôts du peuple et les chefs des travaux allèrent notifier cela au peuple, en disant : Voici ce qu'ordonne Pharaon : Je ne vous donne plus de paille ; allez vousmêmes en chercher où vous en trouverez ; car il ne sera rien retranché de votre besogne. Alors le peuple se dispersa dans tout le pays d'Egypte pour amasser du chaume en guise de paille % et les prévôts le pressaient en disant : Accomplissez votre tâche de chaque jour, comme lorsque la paille y était. On battait aussi les chefs des travaux des Israélites, que les prévôts de Pharaon avaient mis à la tête de ceux-ci *, en disant : Pourquoi n'avez- vous pas parfait votre quantité prescrite de briques, hier et aujourd'hui,- comme auparavant ?

** Alors les chefs Israélites vinrent implorer Pharaon en disant: Pourquoi en agis-tu ainsi envers tes serviteurs? On ne donne pas de paille à tes serviteurs, et quant aux briques on nous dit toujours : faites-en ! et voilà que tes serviteurs sont battus et ton peuple est injuste*. Mais il répondit: Vous êtes des paresseux, oui, des paresseux ! C'est pour cela que vous dites : Nous voulons faire un sacrifice à Iahev\reh. Or çà, allez travailler I Et quant à la paille, il ne vous en sera pas donné, mais vous fournirez votre quantité de briques. Les chefs Israélites se voyaient dans une fâcheuse position, puisqu'on leur disait: Vous ne retrancherez rien de vos briques, de ce qui est dû chaque jour. *^ Or, ils rencontrèrent Moïse et Aharôn qui se présentaient devant eux lorsqu'ils sortirent de chez Pharaon*,

1 Au lieu d'accorder aux serfs quelques jours de relâche, le roi leur impose des conditions plus dures encore. Jusqu'ici on leur demandait la livraison d une certaine quantité de briques (non cuites, mais séchées à l'air^ comme on s'en servait assez généralement, quelquefois même pour des constructions monumentales), mais on leur fournissait les matériaux, notamment la paille hachée qui se mêlait à l'argile. Maintenant ils sont obligés de parcourir les champs après la moisson, pour arracher les bouts de chaume restés en terre, sans qu'on diminuât le nombre des briques à livrer. Tout le pays d'Egypte-, si l'on prend cela à la lettre, il faut qu'on admette que les Israélites ne demeuraient plus dans un seul canton. Mais la suite du récit nous fait voir qu'il ne faut pas presser ce texte.

^ Les travaux étaient organisés de manière que les Israélites étaient groupés en escouades surveillées par des contre-maîtres responsables choisis parmi eux. Les prévôts égyptiens s'en tenaient à eux quand la besogne n'était point laite. On peut supposer que les choses étaient ainsi organisées du temps de Salomon.

S La signification de cette dernière phrase est douteuse. D'autres proposent de dire : Ton peuple (les Israélites) est en défaut. Nous croyons que les serviteurs et le peuple sont d^s catégories différentes.

^ Après l'audience dont il vient d'être parlé.

et ils leur dirent: Que. laheweh s*en prenne à vous et vous juge, de ce que vous nous avez mis en mauvaise odeur auprès de Pharaon et de ses officiers, de manière à leur mettre Tépée à la main pour nous tuer. Alors Moïse s'adressa derechef à l'Éternel et dit: Seigneur! pourquoi fais-tu maltraiter ce peuple? pourquoi m'as-tu envoyé'? Mais depuis que je suis allé chez Pharaon pour lui parler en ton nom, il a maltraité ce peuple, et tu n'as point du tout délivré ton peuple. 'Alors l'Étemel répondit à Moïse: Tantôt tu vas voir ce que je ferai à Pharaon; car il les laissera partir par force msgeure, et par force majeure il les chassera même de son pays*.

^[Et' Dieu parla à Moïse et lui dit: Moi je suis l'Étemel. Je suis apparu à Abraham, à Isaac et à Jacob comme le dieu tout-puissant, mais je ne me suis point fait connaître à eux par mon nom d'Éternel*. Cependant j'ai fait mon pacte avec eux, pour leur donner le

1 Les Israélites auxquels on avait promis la liberté, se voyant plus opprimés encore qu'auparavant, s'en prennent naturellement à ceux qui les avaient bercés d'espérances illusoires. Et MoTse, ne pouvant nier l'effet prochain de son intervention, en décline U responsabilité.

^ La foret majeure, litt. : la main forte^ est toujours celle de Dieu, son intervenlion miraculeuse (chap. III, 19). Ce verset est très-mal à propos détaché de ce qui précéda, dans nos éditions de la Bible. La coupe des chapitres est ici vraiment absurde. Les exemplaires de la Synagogue commencent très-bien la nouvelle section avec le verset suivant.

3 Le morceau qui suit fait double emploi avec les chapitres IH-V. Il paraît se rattacher à la lin du chap. II. Le récit qu'il offre est en même temps plus simple et s'en tient aux faits généraux sans entrer dans les détails. Il se borne à reproduire la révélation du Dieu suprême comme de Celui qui est (chap. III, 13 suiv.], la promesse de l'adoption d'Israël (chap. IV, 22), l'annonce de la miséricorde divine (chap. III, 7, 9, 16), les hésitations de Moïse (chap. IV, 10, etc.). Mais il est eu contradiction avec le récit précédent à l'égard des dispositions du peuple (chap. VI, 9 ; comp. avec chap. IV, 31) ; puis en ce qu'il n'est pas question ici du prétexte d'un sacrifice au désert : enfin, ù l'égard de Pharaon, Moïse exprime une simple crainte (chap. VI, 12) assez naïve après ce qui vient d'être raconté au chap. V. Nous avons là le résumé de l'Élohiste.

'* Ici Dieu déclare que les patriarches n'ont point connu son véritable nom, c'est-àdire qu'ils n'ont point eu de notion adéquate de son être. Ils connaissaient sa puiêsanee (et en effet, c'est le nom du Tout-Puissant que le récit de l'Ëlohiste employait habituellement, chap. XVII, 1; XXVIII, 3; XXXV, 11; XLVIII, 3), mais non son essence réelle, son nom de lahewehy qui désigne l'Etre absolu (chap. III, 14). Moïse doit donc faire connaître aux Israélites un Dieu que les patriarches mêmes n'ont point connu véritablement ; il ne sera donc pas seulement un libérateur, mais un révélateur, un vrai prophète. Cela prouve incontestablement que les récits de la Oenèse, dans lesquels Dieu est appelé laheweh, n'ont pas été écrits par celui qui est l'auteur du présent morceau.

pays de Canaan, le pays où ils ont séjourné comme étrangers. J'ai entendu aussi les gémissements des enfants d'Israël, que les Égyptiens ont asservis, et je me suis souvenu de mon pacte. Ainsi donc, va dire aux enfants d'Israël : Moi je suis l'Étemel, et je vous soustrairai aux vexations des Égyptiens, je vous affranchirai des corvées qu'ils vous imposent et je vous rachèterai avec mon bras étendu et par de grands jugements. Et je vous accepterai pour mon peuple, et je serai votre dieu, et vous reconnaîtrez que moi, l'Étemel, je suis votre dieu qui vous soustrais aux vexations des Égyptiens, et je vous conduirai dans le pays que j'ai promis, haut la main, de donner à Abraham, à Isaac et à Jacob, et je vous le donnerai en propriété, moi l'Étemel ! * Et Moïse parla ainsi aux Israélites, mais ils refusèrent de l'écouter, par découragement et à cause de leur dure servitude. Alors l'Éternel parla à Moïse en ces termes: Va parler à Pharaon, le roi d'Egypte, afin qu'il laisse partir les enfants d'Israël de son pays. Mais Moïse prit la parole devant l'Étemel et dit : Vois, les enfants d'Israël ont refusé de m'écouter, comment donc Pharaon m'écouteraitil? Et moi je ne suis pas habile à parler ^]

•' Et V Étemel parla à Moïse et à Aharôn et leur donna mission auprès des enfants d'Israël et auprès de Pharaon le roi d'Egypte, afin de faire sortir les enfants d' Israël du pays d'Egypte^, Yoici les chefs de leurs familles ' ; Les fils de Reouben, l'aîné d'Israël :

1 Idtt. : ineireoncis des lèvres. Nous interprétons cette phrase d'après chap. IV^ 10. Cependant il n'est pas sûr que les deux passages aient le même sens. L'absence de la drconcision peut aussi constituer une espèce d'impureté ou d'indignité. Comp. Es. VI, 5.

* La liaison de ce verset avec le reste est douteuse. On Ta regardé comme un résumé de ce qui précède, une espèce de conclusion du récit. On a vu dans la mention du nom d'Âharôn une réponse à l'hésitation de Moïse, en comparant chap. IV, 15. Alors la phrase appartiendrait au dernier rédacteur. Nous y voyons un fragment étranger aux deux récits parallèles. La narration commence une troisième fois, puis elle est interrompue par une généalogie évidemment incomplète et tronquée, après laquelle (v. 28-30) la narration est reprise. Mais ce qu'il y a de plus sûr, c'est que le récit élohiste, interrompu au V. 12, continue au v. 1 du chapitre suivant.

S En hébreu, on distingue par des termes différents les diverses agglomérations d'individus, selon l'étendue de la notion de la parenté. En français, de pareils termes nous font défaut ; nous avons donc dû en emprunter au dehors. Ainsi tous ceux qui descendent de Jacob, forment le peuple d 'Israël ; tous ceux qui descendent d'un des fils de Jacob, de Lévi par exemple, forment une tribu ; tous ceux qui descendent d un petitfils de Jacob, d'un fils de Lévi, par exemple de Qehat, forment un clan ; tous ceux enfin qui descendent de l'un des fils de Qehat, forment une branche des Qehatides, une famille^ dans le sens large du mot (en hébreu : maison de pères). Une dernière subdivision serait la famille dans le sens restreint. Mais l'emploi de ces termes est assez arbitraire et varie selon qu'on remonte plus ou moins haut dans une généalogie. — S'il A. T. 3« part. — II. 2

Hanok et Palloû, Heçrôn et Kamii, Ce wnt là les clans de Reouhen, Et les fils de S'ime*ôn : lemouél, lamin^ Ohad, Iakin, Çohar, et S'aoul le pis de la Cananéenne. Ce sont là les dans de S'ime^ôn. ^^ Et voici les noms des fils de Léviy selon leiirs générations : G'ers'ôn, Qehat et Merari. Et Lévi vécut cent trentesept ans. Les fils de G'ers'àn : Lihni et S'imeHy selon leurs clans. Et les fils de Qeluxt : ^Amram^ Yiçhar, Hebrôn et ^Ouzziel. Et Qehat vécut cent trente-trois ans. Et les fils de Merari : Maheli et Mous'i, Voilà les clans des Lévites selon leurs gétiératiofis. Et *Amram prit pour femme lokébed sa tante* y qui lui enfanta Aharôn et Moïse. Et 'Amram vécut cent trente-sept ans. Et les fUs de Yiçhar : Qorah, Néfeg et Zikri. Et les fils de *Ouzziel : Mis'aély Ekafan et Sitri. Et Aharôn prit pour femme Élis'éba' fUle de *Amminadab, soeur de Nahs'ôn*, qui lui enfanta Nadab et Abihoûy Ele'azar et Itamar. Et les fils de Qorah : Assir, Elqanah et Abiasaf. Voilà les clans des Qorahites. Et Ele'azary le fils d'Aharôny prit une femme d'entre les filles de Poùtiel, qui Un enfanta Pinehas^. Voilà Us chefs des familles lévitiqttes selon

ne s'agissait que de la présente généalogie seule, elle pourrait avoir été insérée ici par Tauteur élohiste lui-môme, et il ne serait nullement nécessaire d'y voir une intercalation plus récente. Arrivé à nommer pour là première fois les deux illustres héros de la tradition nationale, il aurait voulu les rattacher généalogiquement aux patriarches nommés précédemment. C'est leur origine à eux quil aurait- eu principalement en vue. Mais il est évident qu'il n'a pas composé lui-même cette généalogie ; autrement il se serait home à la famille de Lévi. La mention de Reouhen et S'ime*ôn, avec des détails parfaitement inutiles ici, fait voir qu'il la copiée sur une pièce plus complète, en commençant par le commencement, mais en s arrêtant aussitôt quHl avait épuisé les notices sur les clans des Lévites, sans plus s'occuper du reste des trihus. Mais les V. 13, 28-30 font voir que ce fragment appartenait originairement à une rédaction plus complète de lliistoire. Pour la nomenclature elle-même, comp. Gen. XLVI, 9 suiv. et Nomb. III.

1 lokébed est nommée la tante de sou mari ; elle était donc sœur de Qehat. Pour l'âge relatif, cela ne fait aucune difficulté. La condamnation légale d'une pareille union (Lév. XVIII, 12) n'en fait pas davantage. Voyez Gen. XX, 12. Pour faire disparaître ce qu'il y avait là de choquant, les traducteurs grecs et latins ont changé la tante en cousine. De fait, le passage Ex. II, 1 ne dit pas autre chose, car une fille de Lévi est une personne quelconque de cette tribu.

^ Na^s'ôn, émir de Juda, du temps de Moïse.

•^ Toute cette généalogie est très-instructive, en ce qu'elle nous donne la mesure de la valeur historique de pareilles nomenclatures. De Lévi à Moïse il n'y a que quatre générations, ces deux personnages compris. Cela ne souffre pas le moindre doute, puisqu'il est dit (Gen. XV, 16) que la quatrième génération doit revenir en Canaan. Or, les Israélites restèrent en Egypte 430 ans (selon d'autres 215, voyez l'Introductioa, p. 93). Qehat était déjà né lors de l'entrée de la famille en Egypte (Gen. XLVI. 11), et Moïse était flgé de 80 ans lors de la sortie. Il était donc né l'an 350 après l'entrée.

EXODE VI, 26-30. Vil, 1-3. 19

leurs clans. *• C'est là cet Aharôn et ce Moïse, auxquels VÉtenxel dit : Conduisez les enfants d'Israël hors du pays d'Egypte, selon leurs corps *. Ce sont eux qui parlèrent à Pharaon, le roi d'Egypte, afin de faire sortir d'Egypte les enfants d'Israël. Ce sont là ce Moise* et cet Aharon.

'* Or, quand l'Étemel parla à Moïse au pays d'Egypte^ l'Éternel parla à Moïse en ces termes : Moi je suis l'Étemel; va dire à Pharaon, le roi d'Egypte, tout ce qu^ je te dis. Mais Moïse dit devattt l'Étemel: VoiSy je ne suis pas habile à parler: comment Pharaon m' écouter ait-il?

* [Alors rÉternel dit à Moïse'' : Vois! Je te fais dieu pour Pharaon^ et Aharôn ton frère sera ton prophète*. Toi, tu diras tout ce que je t'ordonne, et ton frère Aharôn le redira à Pharaon, afin qu'il laisse partir de son pays les enfants d'Israël. Mais moi j'endurcirai le cœur de Pharaon, et je ferai mes signes et mes miracles en grand nombre dans le pays d'Egypte ^. Et si Pharaon ne vous écoute pas.

Voilà 350 ans pour la vie de son père 'Amram, et de son grand-père Qehat, lequel était déjà né depuis plus ou moins longtemps à Tépoque de l'entrée ; sans compter que Qeha| et *Âmram^ 'Amram et Mo!6e ont dû vivre simultanément pendant plus ou moins longtemps aussi, et sans insister sur le fait qu'avec la longévité la plus ordinaire, le grand-père et le petit-fils ont pu exister en même temps. Et pourtant le texte ne donne à Qehat et à *Amram ensemble que 270 ans, mfime en supposant que le second serait un enfant posthume. Donc la période quatre fois séculaire n'est remplie en aucune façon par quatre générations. Encore une fois, nous n'avons point ici des histoires d'individus, mais des tableaux ethnographiques, destinés à faire connaître les degrés de parenté des différents clans dont se composait la nation à une époque donnée. Autre preuve : D'après Nomb. III, 28, le nombre des Qehatides mâles, à l'époque de l'émigration, aurait été de 8600. Avec les femmes, cela ferait donc 17,000 individus issus d'un seul grand-père» lequel n'aurait eu que quatre fils ; cela ferait pour chacun de ces derniers en moyenne un peu plus de 4000 enfants ! et pourtant l'un de ces quatre fils, *Amram, n'en avait que trois? Voilà où l'on aboutit quand on ne distingue pas soigneusement la tradition, qui connaît Moïse et Aharôn comme individus, et le mythe, qui change en individus des cUns, des tribus, voire des nations entières.

^ Corps d'armée ; le terme est employé pour désigner les tribus, supposées plus ou moins militairement organisées pour le trajet du désert.

2 Et ce Moïse se serait exprimé de la sorte, pour l'instruction de ses contemporains !

3 Reprise du récit de l'auteur élohiste, interrompu au v. 12. [Preuve de plus que le 13* était étranger à cette rédaction.)

^ Pour le fond, c'est l'idée même qui est exprimée dans l'autre relation aussi, chap. IV, l6. Mais la forme est différente. Là il était simplement dit que Moïse inspirera Aharôn qui portera la parole. Ici il y a plus : c'est Pharaon qui entendra la voix de- Pieu, quand Aharôn parlera au nom de Moïse.

^ Ceci fait double emploi avec chap. IV, 21 , où il y a une autre expression pour \m notion d'endurcir.

je mettrai la main sur l'Egypte, et je ferai sortir de ce pays, par de grands jugements, mes bataillons, mon peuple, les enfants d'Israël. Et les Égyptiens reconnaîtront que moi je suis TÉternel, lorsque j'étendrai ma main contre l'Egypte et que je ferai sortir les enfants d'Israël du milieu d'eux. Moïse et Aharôn se mirent à l'œuvre et agirent selon les ordres de l'Éternel. Moïse était âgé de quatre-vingts ans et Âharôn de quatre-vingt-trois ans lorsqu'ils s'adressèrent à Pharaon. * Et * l'Étemel parla à Moïse et à Âharôn en ces termes : Quand Pharaon vous dira : Faites donc voir un miracle ! tu diras à Aharôn : Prends ton bâton et jette-le devant Pharaon, qu'il devienne un dragon ! Alors Moïse et Aharôn vinrent chez Pharaon et firent selon les ordres de l'Éternel, et Aharôn ayant jeté son bâton devant Pharaon et ses gens, il devint un dragon. Alors Pharaon aussi fit appeler les sages et les enchanteurs, et eux aussi, les magiciens de l'Egypte, firent de même au moyen de leurs charmes. Ils jetèrent chacun son bâton, et ceux-ci devinrent des dragons, mais le bâton d' Aharôn engloutit les leurs. Cependant le cœur de Pharaon se raidit, et il ne les écouta point, comme l'Éternel l'avait prédit*.]

1 Ici commence le récit de ce qu'on appelle vulgairement les dix plaies d'Egypte. On a plus d'une fois essayé de ramener les faits racontés à des proportions et à des causes natufelles, en faisant remarquer que la presque totalité des phénomènes mentionnés se reproduisent assez fréquemment en Egypte^ par exemple la couleur rouge da Nil à l'époque de sa crue^ la peste, les grenouilles, les moustiques, etc., de sorte qu'on pourrait admettre que Moïse en aurait simplement profité dans l'occasion pour les représenter au roi comme des avertissements célestes relatifs à une fin déterminée. Les bâtons changés en serpents rappelleraient alors un art encore aujourd'hui exercé dans le pays, et souvent mentionné par les anciens, au moyen duquel certaines gens savent engourdir ces animaux momentanément, etc. Nous n'aurons pas besoin de faire remarquer que tout cela ne suflfit pas pour expliquer tous les détails du texte. La tradition parlait évidemment de miracles, dans le sens propre du mot. et on lui enlève toute son originalité épique en les marchandant. — La première scène qui va être décrite ne compte pas parmi les plaies^ mais il s'agit d'une preuve à donner au roi de la mission des prophètes.

2 Pour le récit concernant les plaies d'Egypte, comp. l'Introduction, p. 54. Nous continuons à mettre entre crochets les éléments élohistes. Seulement ceux-ci ne se reconnaissent plus aussi facilement par l'emploi d'un autre nom de Dieu, puisque les deux narrateurs ont déclaré, chacun à son tour (chap. VI, 3 et III, 14), que désormais le nom de laheweh prévaudrait comme le plus grand et le plus apte à donner la vraie notion de Dieu. Malgré cela, la distinction des deux éléments du texte n'est pas trop diflBcile. On retiendra que l'une des deux rédactions ne connaît point le prétexte de Moïse d'aller offrir un sacrifice au désert, mais parle d'une émigration véritable ; de plus, le bûton qui opère les miracles y est appelé le bâton d'Aharôn, tandis que dans l'autre récit il s'agit du bâton de Moïse (chap. IV, 17, 20). Puis on remarquera la symétrie constante du premier, qui répète uniformément, à la fin do chaque scène, la phrase par laquelle il termine ici, après avoir mentionné l'intervention des magiciens (chap. VII, 12, 13).

**Et l'Éternel dit à Moïse : Pharaon s'obstine à refuser de laisser partir le peuple. Va donc le trouver demain quand il ira à la rivière, et place-toi sur son chemin sur le bord du Nil, et le bâton qui a été changé en serpent, tu l'emporteras avec toi, et tu lui diras : laheweh, le dieu des Hébreux, m'envoie vers toi pour te dire : Laisse partir mon peuple pour qu'il me rende mon culte dans le désert. Hé bien, tu ne m'as pas écouté jusqu'ici. Or, voici ce que dit laheweh : C'est à ceci que tu reconnaîtras que je suis l'Éternel : Vois ! avec ce bâton que je tiens à la main, je vais frapper l'eau du Nil pour qu'elle se change en sang. Et les poissons qui sont dans le Nil périront, et le Nil deviendra puant, et les Égyptiens auront de la peine à boire de l'eau du NiP.

*• [Alors * l'Étemel dit à Moïse : Dis à Aharôn : Prends ton bâton et étends ta main sur les eaux de l'Egypte, sur ses fleuves*, et ses canaux, et ses lacs, et sur tous ses bassins d'eau, pour qu'ils deviennent du sang, et qu'il y ait du sang dans le pays d'Egypte, même dans les cuves et les auges *. Et Moïse et Âharôn firent comme l'Étemel le leur avait ordonné.] Et il leva son bâton et frappa l'eau dans le Nil sous les yeux de Pharaon et de ses ofQciers, et toutes les eaux du Nil se changèrent en sang. Et les poissons qui étaient dans le Nil périrent, et le Nil devint puant et les Égyptiens ne purent plus boire de l'eau du Nil. [Et ce sang était par tout le pays d'Egypte. Mais les magiciens d'Egypte firent de même avec leurs enchantements, et le cœur de Pharaon se raidit et il ne les écouta point, comme l'Étemel l'avait prédit*.]

^ Ce morceau se rattache de tous points à la narration des chap. III-V. Le bâton (de Moïse) changé en serpent (l'Élehiste employait un autre mot pour désigner l'animal], nous ramène à chap. IV, 3; le motif du départ allégué est la reproduction de cbap. III, 18. L'assertion que Pharaon n'a pas voulu écouter, se justifie par chap. V, 2. Nous ferons remarquer encore que cet auteur, dont le récit est plus circonstancié, parait se borner à l'annonce de la plaie, sans parler de l'accomplissement ; cela s'explique parce que l'autre récit servait à cette fin. — On a demandé pourquoi Pharaon se rendit à la rivière, et l'on en a donné diverses raisons plus ou moins spécieuses, sauf la seule vraie : c'est qu'il y alla pour être témoin du miracle.

^ Pharaon ne s'étant pas laissé fléchir par le miracle du bfiton changé en dragon et mangeant les autres bâtons métamorphosés (v. 13).

3 II n'y a qu'un seul fleuve en Egypte, mais il finit par se diviser en plusieurs bras.

** Litt. : dans les bois et les pierres.

^ La simplicité du récit se fait reconnaître à la reproduction textuelle des phrases finales (cbap. VII, 11, 13), mais surtout aussi à la naïveté même du fond. Un seul coup dans leau change en sang tout ce qu'il y a d'eau en Egypte, même indépendamment du Nil ; les Égyptiens n'en peuvent plus boire : mais que boivent les Israélites ? Toute l'eau est changée, quelle eau les magiciens trouvent-ils donc encore à changer?

22 EXODE Vil, 23-29. VIII, 1-4.

''Et Pharaon se détourna et rentra dans sa maison, et il n'eut pas non plus égard à cela^ Cependant tous les Égyptiens creusèrent aux alentours du Nil après de Teau pour avoir à boire, parce qu'ils ne pouvaient plus boire de l'eau du Nil. Et quand il se fut passé sept jours depuis que l'Éternel eut frappé le Nil, l'Étemel dit à Moïse ' : Va vers Pharaon et dis-lui : Voici ce que dit laheweh : Laisse partir mon peuple pour qu'il me rende mon culte. Et si tu refuses de le laisser partir, c'est que moi je frapperai tout ton territoire de la plaie des grenouilles', de manière que le Nil fourmillera de grenouilles, qui en sortiront et entreront dans ta maison, et dans la chambre où tu couches, et sur ton lit, et chez tes of&ciers et ton peuple, et dans tes fours et tes pétrins. Et toi-même et ton peuple, et tous tes officiers, vous serez assaillis par des grenouilles*.

* [Alors' l'Éternel dit à Moïse : Dis à Aharôn : Étends ta main avec ton bâton sur les fleuves et les canaux et les lacs, et fais-en sortir les grenouilles* sur le pays d'Egypte. Et Aharôn étendit sa main sur les eaux de l'Egypte et les grenouilles en sortirent et couvrirent le pays. Mais les magiciens firent de môme avec leurs enchantements, et firent sortir les grenouilles sur le pays d'Egypte '.]

* Alors Pharaon fit appeler Moïse et Aharôn et dit : Intercédez auprès de lahevs^eh pour qu'il me débarrasse de ces grenouilles, moi et mon peuple, et je veux laisser partir ce peuple pour qu'il fasse

^ Pas plus qu'au miracle du bâton changé en serpent^ ou aux paroles du prophète. Le fait quHl rentre dans sa maison se rapporte à ce qui avait été dit v. 15.

^ La seconde plaie est annoncée comme la première, v. 14 suiv., et le prétexte est encore le culte au désert (v. l6).

'^ Le texte reçu met ici l'article défmi, comme s'il avait été question de la chose auparavant déjà. De fait, l'histoire des grenouilles appartenait à la tradition avant d'être écrite. Cependant comme il ne s'agit ici que d'une voyelle, c'est peut-être pousser trop loin l'exactitude de la traduction que de conserver l'article défini. — La petite grenouille du Nil porte encore aujourd'hui le nom qui lui est donné ici, sauf une légère modification.

^ Ces derniers détails ne sont pas compris dans l'autre récit qui va suivre, et qui est plus modeste à l'égard des proportions de la plaie.

5 Comp. chap. VII, 19.

^ Ici l'article défini est parfaitement à sa place. Les grenouilles existent dans les eaux de la Basse-Egypte, il s'agissait seulement de les en faire sortir en masse. Dans l'autre récit, le miracle consiste avant tout à les faire naître d'abord. Encore ici il y a, comme pour l'étendue de la plaie elle-même, une conception tant soit peu différente.

" Pour la fin de ce morceau, vov. v. 1 1 .

un sacrifice à laheweh. Et Moïse dit à Pharaon : Veuille me dire * pour quand je dois intercéder pour toi, pour tes officiers et ton peuple, afin d'ôter ces grenouilles de toi et de ta maison. Il n'en restera que dans le Nil. Et il répondit : Pour demain *. Et Moïse dit : Gomme tu le désires î Ce sera pour que tu reconnaisses que nul n'est égal à laheweh notre Dieu. Les grenouilles se retireront de toi et de ta maison et de tes officiers et de ton peuple ; il n'en restera que dans le Nil. Alors Moïse et Aharôn sortirent de chez Pharaon, et Moïse implora TÉternel au sujet des grenouilles qu'il avait lancées sur Pharaon. Et l'Étemel fit selon le désir de Moïse, et les grenouilles périrent dans les maisons, dans les bastides' et dans les champs. Et on les amassa par monceaux et le pays en fut infecté. Mais quand Pharaon vit qu'il avait du répit, il s'obstina

encore *.

[ et il ne les écouta point, comme l'Éternel l'avait prédit*.

*' Alors l'Éternel dit à Moïse : Dis à Aharôn : Étends ton bâton et frappe la poussière de la terre pour qu'elle se change en moustiques* dans tout le pays d'Egypte. Et ils firent ainsi, et Aharôn étendit -sa main avec son bâton, et frappa la poussière de la terre, et il y eut des moustiques sur les hommes et les bêtes : toute la poussière de la terre était changée en moustiques, dans tout le pays

1 Traduction très-libre. L'original dit : Honore-toi en face de moi^ phrase de politesse, à la place de laquelle nous disons, en changeant le point de vue : Faites-moi l'honneur. Pour faire ressortir la puissance de son Dieu, il demande que Pharaon luimême fixe le moment précis de la délivrance. Elle s'opérera instantanément.

^ Pourquoi pas immédiatement ? Cette question est oiseuse, parce que l'essentiel pour l'esprit du récit est l'instantanéité bien constatée du miracle, et non le soulagement plus ou moins prochain du roi.

S Le mot hébreu désigne ordinairement une cour, mais plus particulièrement un établissement rural isolé, avec ses dépendances, en opposition avec les villes et les bourgades (ff» Gehôfte, ein Hof), Les maisons du texte sont celles des villes.

4 Litt. : alors de rendre son cœur pesant, ou en langage moderne : son intelligence Umrde; c'est-à-dire de faire le sourd.

^ Fragment de phrase, qui doit avoir été joint primitivement au morceau chap. VIII, 1-3, qu'il terminait absolument comme les phrases parallèles, chap. VII, 13, 22 ; VIII, 15; IX, 12, d'après la constante symétrie du récit de TÉlobiste. On la complétera par ces mots : Et le cœur de Pharaon se raidit,...

^ Nom de convention. Il s'agit en tout cas d'un insecte qui se rend plus qu incommode pv ses piqûres, et d'un insecte indigène. Le miracle consiste dans la génération extraordinaire. En tout cas, il ne faut pas songer à des poux, d'après Luther et Osterwald.

d'Egypte. Mais les magiciens firent de même * avec leurs enchantements, à l'effet de produire les moustiques, mais ils n'y réussirent pas, et les moustiques restaient sur les hommes et les bêtes. Alors les magiciens dirent à Pharaon : C'est le doigt de Dieu ! Mais le cœur de Pharaon se raidit et il ne les écouta point, comme l'Étemel l'avait prédit.]

*• Alors ' l'Étemel dit à Moïse : Demain de bon matin présente-toi devant Pharaon, quand il ira à la rivière, et tu lui diras : Voici ce que dit laheweh : Laisse partir mon peuple pour qu'il me rende mon culte. Car si tu ne laisses pas partir mon peuple, eh bien, moi j'enverrai contre toi, et tes officiers, et ton peuple, et dans tes maisons, un essaim de taons ', de manière que les maisons des Égyptiens en seront remplies, ainsi que le territoire qu'ils habitent. Mais j'exempterai ce jour-là la terre de Gros'en *, dans laquelle réside mon peuple, de manière qu'il n'y ait là point de taons, afin que tu reconnaisses que moi l'Éternel je suis dans le pays^, et je mettrai une exemption^ entre mon peuple et ton peuple. C'est demain que ce miracle aura lieu. Et l'Éternel fit ainsi. Un immense essaim de taons envahit la maison de Pharaon et la maison de ses officiers et tout le pays d'Egypte; le pays était ravagé^ par cet essaim. '"Alors Pharaon fit appeler Moïse et Aharôn et dit : Allez sacrifier à votre dieu dans le pays même. Mais Moïse répondit : Il n'est pas juste

^ C'est-à-dire qu'ils frappèrent aussi la poussière avec leurs bâtons^ en récitant leurs formules magiques. Cependant on est tenté de donner un tout autre sens à cette phrase, en traduisant: à TefFet de faire sortir (de chasser) les moustiques. Alors le doigt de Dim serait la volonté d'affliger, autrement c'est la puissance créatrice.

^ Continuation de chap. VIII, 11, avec reproduction de la forme du récit de chap. VII, 14.

^ Encore une traduction conventionnelle. Il est de toute évidence que dans ce second récit les taons correspondent aux moustiques du premier. C'est la môme plaie, au fond, et les différences des deux récits proviennent de la liberté avec laquelle la tradition traite de pareils sujets. Le mot hébreu que nous traduisons par taon, signifie au fond tout simplement un essaim.

^ Voilà maintenant les Israélites totalement séparés des Égyptiens.

^ Dans le pays de Gos'en, pour le protéger. D'autres traduisent : dans le pays d'Egypte, maître absolu du tout et disposant librement du pays entier.

^ Le sens du mot est douteux : ordinairement il signifie délivrance, ce qui ne va pas avec la construction de la phrase. Les anciens traduisent tout bonnement : distinction. Peut-être le texte est-il fautif.

"7 On prétend expliquer cette expression en songeant aux œufs déposés sur les plantes par les insectes. Mais il n'est pas question de cela. Le pays^ ce sont les habitants dans leur totalité, et les ravages sont les piqûres douloureuses, suivies d'enflures.

d'en agir ainsi ; car ce serait un scandale * pour les Égyptiens que le sacrifice que nous ferions à laheweh, notre dieu. Vois donc ! nous ferions le sacrifice au scandale des Égyptiens et sous leurs yeux, et ils ne nous lapideraient pas? Nous irons au désert, trois journées de marche, pour sacrifier à laheweh, notre dieu, comme il nous Ta ordonné. Alors Pharaon dit: Hé bien, je veux vous laisser partir pour que vous fassiez le sacrifice à laheweh votre dieu au désert; seulement ne vous éloignez pas trop, intercédez pour moi. Moïse répondit : Eh bien, en sortant de chez toi, je veux intercéder auprès de laheweh, pour que demain ces taons se retirent de chez Pharaon, et de ses officiers et de son peuple : pourvu que Pharaon ne continue pas à nous tromper, en ne laissant pas partir le peuple pour faire un sacrifice à laheweh. Et Moïse sortit de chez Pharaon et intercéda auprès de TÉternel, et TÉternel fit selon le désir de Moïse, et les taons se retirèrent de chez Pharaon et de ses officiers et de son peuple: il n'en resta pas un seul. Cependant Pharaon s'obstina encore cette fois-ci et ne laissa pas partir le peuple.

* Alors l'Étemel dit à Moïse : Va chez Pharaon et dis lui : Voici ce que dit laheweh, le dieu des Hébreux : Laisse partir mon peuple pour qu'il me rende mon culte; car si tu refuses de le laisser partir, et si tu le retiens toujours, eh bien, laheweh mettra la main sur tes bêtes qui se trouvent aux champs, sur les chevaux, les ânes, les chameaux, les bœufs, et les moutons : il y aura une peste extraordinairement terrible. Mais laheweh fera une distinction entre les bêtes des Israélites et les bêtes des Égyptiens ; il ne périra rien de ce qui appartient aux Israélites. Et l'Éternel fixa le moment en disant : C'est demain que laheweh fera cela dans le pays * I Et le lendemain l'Étemel fit ce qu'il avait dit, et toutes les bêtes des Égyptiens périrent, mais des bêtes des Israélites il n'en périt pas une seule. Et quand Pharaon y envoya, voilà que pas même une seule bête des Israélites n'avait péri. Cependant Pharaon s'obstina, et il ne laissa point partir le peuple.

• [Alors ' l'Éternel dit à Moïse et à Aharôn : Prenez vos mains pleines de suie de fourneau, et que Moïse la jette vers le ciel sous

1 II est inatile de supposer que les Israélites auraient immolé des animaux que les Égyptiens considéraient comme sacrés. Le seul fait de la différence des religions et des rites justifie le terme employé dans le texte. Cela se voit partout, aujourd'hui encore, où deux cultes se trouvent en présence au milieu d'une population peu éclairée.

2 Ces dernières paroles sont censées être adressées par Moïse à Pharaon.

S Continuation du récit qui avait parlé de la plaie des moustiques. L'auteur se fait reconnaître par la phrase finale^ par la mention des magiciens, par l'absence de tout discours adressé à Pharaon. De plus, la différence des récits se reconnaît à la cir-

26 EXODE IX, d^.

les yeux de Pharaon ; elle deviendra une poussière sur tout le pays d'Egypte, et dans tout le pays il en résultera, sur les hommes et sur les bètes, des tumeurs s'ouvrant en pustules. Et ils prirent de la suie de fourneau et se présentèrent devant Pharaon, et Moïse la jeta vers le ciel, et des tumeurs à pustules s'ouvrirent sur les hommes et les hètes. Et les magiciens ne purent tenir tète à Moïse à cause de ces tumeurs, car elles se trouvaient sur eux comme sur tous les Égyptiens. Mais l'Étemel raidit le cœur de Pliaraon, et il ne les écouta point, comme l'Étemel l'avait prédit à Moïse.]

^' Alors ^ l'Éternel dit à Moïse : Demain de hon matin présente-toi devant Pharaon et dis-lui : Voici ce que dit laheweh, le dieu des Hébreux : Laisse partir mon peuple pour qu'il me rende mon culte. Car cette fois-ci je lancerai toutes mes plaies contre ton coeur', contre tes ofQciers et ton peuple, pour que tu reconnaisses que nul n'est mon égal sur toute la terre. Si dès à présent j'avais étendu ma main pour te frapper de la peste, toi et ton peuple, vous seriez exterminés de la terre ; mais je t'ai laissé subsister, aûn de te faire voir ma puissance et pour faire proclamer mon nom sur toute la terre. Si tu mets encore obstacle ' à mon peuple, de manière à ne pas le laisser partir, eh bien, demain à cette heure-ci je fais pleuvoir une grêle extraordinairement terrible, comme il n'y en a jamais eu de pareille en Egypte, depuis son origine jusqu'à ce jour. **0r dépèche, fais mettre en sûreté tes bétes et tout ce qui est à toi dans la campagne * : tout ce qui se trouvera aux champs, hommes et botes, tous ceux qui ne seront pas rentrés pour se mettre à l'abri, la grêle les atteindra et ils périront. Ceux d'entre les ofQciers de Pharaon qui respectaient la parole de l'Éternel, firent rentrer en toute

constance que l'autre avait fait mourir toutes les bCtes immédiatement auparavant, ce que celui-ci ignore. En rapprochant tous les éléments de ce récit, on remarque encore que l'auteur observe une certaine gradation dans les miracles qu'il raconte. Les magiciensj qui d'abord avaient réussi à faire quelque chose d'analogue, avaient été impuissants à l'égard des moustiques, maintenant ils sont atteints eux-mêmes. La maladie dont il est question présente des symptômes qui ne sont point rares en Ég3rpte, mais la tradition, dans la forme qu'elle a adoptée, exclut toute explication naturelle, comme c*est le cas des autres plaies aussi.

1 Comp. chap. VIII, 16. Continuation du récit qui parle du culte au désert.

^ Pour le faire lléchir. Toutes mes plaies, les plus terribles que je tiens en réserve.

3 A la lettre : Si tu t'ériges en digue.

^ On ne voit pas trop bien dans quel but cet avis est donné. Car si Pharaon croit k la menace et en a peur, c'est qu'il consentira au départ des Israélites, et la grêle ne viendra pas. Le but de l'auteur ne peut donc avoir été que de faire ressortir Tobstination du roi, par l'exemple de ses officiers qui s'inclinent devant le dieu d'Isra£l, tandis que lui persiste. — Il y a d'ailleurs encore une incohérence entre le v. 19 ss. et le v. 6.

hâte leurs esclaves et leurs bètes, mais ceux qui n'eurent point égard à la parole de l'Éternel laissèrent leurs esclaves et leurs bètes aux champs. *' Alors TÉternel dit à Moïse : Étends ta main vers le ciel, pour que dans tout le pays d'Egypte il tombe de la grêle sur les hommes et sur les animaux et sur toutes les plantes de la campagne d'Egypte. Et Moïse étendit son bâton vers le ciel et l'Éternel lança la grêle en tonnant, et les éclairs descendaient à terre, et l'Étemel flt pleuvoir la grêle sur l'Egypte. Et il y eut une grêle entremêlée de globes de feu, extraordinairement terrible, comme il n'y en avait jamais eu de pareille dans tout le pays des Égyptiens, depuis qu'ils formaient un peuple. Et la grêle frappa, par tout le pays de l'Egypte, tout ce qui se trouvait dans la campagne, hommes et animaux, ainsi que toutes les plantes des champs, et elle brisa tous les arbres de la campagne. Dans la seule terre de Gros'en, où demeuraient les Israéhtes, il n'y eut point de grêle*. *' Alors Pharaon fit appeler Moïse et Aharôn et leur dit : Cette fois-ci j'ai eu tort ; laheweh est juste*, et moi et mon peuple nous sommes les coupables. Intercédez auprès de laheweh: que ce soit assez de tonnerres de Dieu et de grêle, et je veux vous laisser partir et vous n'y resterez pas plus longtemps. Et Moïse lui répondit : Dès que je serai sorti de la ville j'étendrai mes mains vers laheweh ; les tonnerres cesseront, et il n'y aura plus de grêle, pour que tu reconnaisses que c'est à laheweh qu'appartient la terre. Mais quant à toi et à tes officiers, je sais que vous ne craignez pas encore le dieu laheweh. '^Le lin et Vorge avaient été ruinés, parce que Vorge avait foinné ses épis et le lin était en fleurs ; mais le froment et Vépeautre n'avaient point été ruinés parce qu'ils sont tardifs '. " Et quand Moïse fut sorti de chez Pharaon et de la ville, il étendit ses mains vers l'Étemel et les tonnerres cessèrent ainsi que la grêle et il ne tomba plus de pluie sur la terre. Or, quand Pharaon vit que la pluie et la grêle et les tonnerres

1 Chap. VIII, 18.

* Litt. : le juste, c'est-à-dire, il est dans son droit; c'est le point de vue d'un procès où des deux parties l'une a tort et l'autre raison.

3 Cette note, qui interrompt le récit assez étrangement, nous semble être une addition plus récente, qui se serait glissée dans le texte après avoir été ajoutée en marge par un lecteur étonné de ce que la grêle ait pu ainsi ruiner la campagne à une époque aussi peu avancée de l'année, les Israélites n'étant définitivement partis qu'à P&ques, et la grêle étant survenue encore antérieurement. On t'ait donc ici une distinction entre les plantes hâtives et les autres. L'orge se récolte en Egypte dès le mois de mars. En tout cas, nous ne profiterons pas de cette note pour répartir les différentes plaies sur les différentes saisons d'une année entière, comme on le fait souvent pour les trouver plus naturelles. Rien dans le texte n'annonce une pareille intention chez les rédacteurs ; au contraire, chacun parait admettre qu'elles se sont produites coup sur coup.

avaient cessé, il persista dans ses torts et resta obstiné, lui et se» officiers.

^^ [Et le cœur de Pharaon s'étant raidi, il ne laissa point partir les enfants d'Israël, comme TÉternel Tavait prédit par la bouche de

Moïse*.]

* Alors rÉternel dit à Moïse : Va chez Pharaon, car moi je l'ai rendu obstiné *^, lui et ses officiers, afin d'opérer mes miracles là au milieu d'eux et pour que tu racontes à tes fils et à tes neveux' ce que j'ai accompli en Egypte, et mes miracles que j'ai opérés parmi eux, et que vous reconnaissiez que moi je suis l'Éternel. Et Moïse et Aharôn se rendirent auprès de Pharaon et lui dirent : Voici ce que dit laheweh, le dieu des Hébreux : Jusques à quand refuseras-tu de t'humilier devant moi? Laisse partir mon peuple, pour qu'il me rende mon culte. Car si tu refuses de laisser partir mon peuple, c'est que moi, demain, j'amènerai sur ton territoire des sauterelles, qui couvriront la surface de la terre, de sorte qu'on ne pourra voir le sol; elles dévoreront tout ce qui a été épargné et sauvé, ce qui vous est resté après la grêle, et elles rongeront tous les arbres qui vous poussent dans les champs. Et elles rempliront tes maisons, et celles de tous tes officiers et de tous les Égyptiens, ce que n'ont vu ni tes pères, ni les pères de tes pères, depuis qu'ils ont été dans ce pays jusqu'à ce jour. '' Puis il se détourna et sortit de chez Pharaon. Alors les officiers de Pharaon lui dirent : Jusques à quand cet homme sera-t-il pour nous un piège*? Laisse partir ces gens, et qu'ils aillent rendre leur culte à leur dieu laheweh! Ne reconnais-tu pas encore que l'Egypte est ruinée? Et l'on fil revenir Moïse et Aharôn chez Pharaon, et celui-ci leur dit : Allez rendre votre culte à laheweh ! Quels sont ceux qui veulent y aller ? Et Moïse répondit : Nous voulons aller tous, jeunes et vieux; nous voulons aller avec nos fils et nos filles, avec notre bétail, gros et menu, car nous voulons faire une grande solennité à laheweh. Alors il leur dit : Que laheweh soit avec vous, aussi sûrement que je vous laisserai partir

1 Pour cette prédiction il faut remonter à chap. VII, 3. Car cette phrase, et elle seule^ dans ce contexte, est un fragment du récit élohiste^ comme le prouve le parallélisme exact avec les fins correspondantes de tous les éléments de ce même récit. Elle se rattache directement à chap. IX, 12, et sera continuée chap. XI, 9.

«Chap. IV, 21.

3 Pour la forme, le discours est adressé à Moïse, mais on comprend qu'il regarde la nation entière.

'^ Un sujet de crainte, une cause de dommage, une occasion de ruine, un danger. Image empruntée à la chasse.

avec vos enfants * ! Voyez donc ! vous avez quelque ma)ice en vue. n n'en sera rien : allez toujours, les hommes seuls, et rendez votre culte à laheweh, puisque c'est là ce que vous demandez. Et Pharaon les fit retirer de sa présence. *' Alors l'Éternel dit à Moïse : Étends ta main sur le pays d'Egypte, pour les sauterelles, afin qu'elles viennent envahir le pays et qu'elles dévorent toutes les plantes de la terre, tout ce que la grêle a épargné. Moïse ayant étendu son bâton sur le pays d'Egypte, l'Éternel fit passer un vent d'est' sur le pays tout ce jour-là et toute la nuit; quand il fut matin, le vent d'est avait amené les sauterelles. Et les sauterelles envahirent tout le pays d'Egypte et s'abattirent sur tout le territoire en grandes masses : jamais auparavant il n'y en avait eu autant, et il n'y en aura plus jamais autant à l'avenir. Elles couvrirent la surface de la terre, de sorte que le sol était caché', et elles dévorèrent toutes les plantes de la terre et tous les fruits des arbres que la grêle avait épargnés, et il ne resta plus aucune verdure aux arbres et aux plantes des champs, dans tout le pays d'Egypte. *^ Alors Pharaon se hâta de faire appeler Moïse et Aharôn et dit : J'ai manqué à votre dieu laheweh et à vous; or, veuillez pardonner mon tort pour cette fois, et intercédez auprès de laheweh votre dieu, pour qu'il me préserve seulement de ce fléau ^. Et quand Moïse fut sorti de chez Pharaon, et qu'il eut intercédé auprès de l'Étemel, celui-ci fit tourner le vent à l'ouest*, très- fortement, de sorte qu'il emporta les sauterelles et les jeta dans la mer aux algues ^ ; pas une seule

1 Qm Dieu soit avec vous! est une formule de bénédictioD par laquelle on prend congé de quelqu'un. Ici elle est tournée en ironie. Il faut mettre l'accent sur les enfants, que Pharaon veut garder comme otages. Évidemment ceux-ci n avaient rien à faire à la ffite.

^ Les essaims de sauterelles sont souvent amenés par le vent, ou emportés par des Tents contraires auxquels elles ne peuvent résister, de sorte qu'elles périssent parfois en quantité immense dans la mer. Comp. Joël I, 6 ; II, 20.

3 Litt. : obscurci.

^ Litt. : pour qu'il retire de dessus moi seulement cette mort. La mort est mise ici pour une ruine complète, d'autant plus naturellement que la famine devait être la conséquence du fléau, et celui-ci est représenté comme un fardeau que le roi avait à porter.

^ Litt. : il fit tourner un fort vent d'ouest. Remarquez que pour le vent d'ouest, le texte hébreu se sert du terme de vent de mer (de la Méditerranée), expression qui ne peut 8*être formée qu'en Palestine et qui trahit par elle seule une rédaction bien postérieure k l'époque du séjour des Israélites en Egypte, ou dans les environs du Sinaï.

^ Il s'agit de la mer rouge, du moins du golfe de Suez ; cela est incontestable. Comme le même mot s'est trouvé chap. II, 3 s., où il a dû désigner les plantes croissant sur les bords du Nil ou dans l'eau même, le terme des algues est justifié. Il l'est même par la géographie. Mais comme l'article manque, on a dû considérer le terme comme un nom propre.

ne resta sur tout le territoire de TËgypte. [Cependant rÉtemel raidit ' le cœur de Pharaon, de sorte qu'il ne laissa point partir les Israélites.] '* Alors l'Éternel dit à Moïse : Étends ta main vers le ciel, pour qu'il y ait des ténèbres sur le pays d'Egypte, telles qu'on puisse les saisir '. Moïse étendit sa main vers le ciel et il y eut une obscurité complète dans tout le pays d'Egypte pendant trois jours. On ne se voyait point les uns les autres, et personne ne se levait de sa place pendant trois jours. Mais tous les Israélites avaient le jour dans leurs demeures. Alors Pharaon fit appeler Moïse et dit : Allez rendre votre culte à laheweh; seulement que votre gros et menu bétail reste en place; vos enfants pourront s'en aller avec vous. Mais Moïse répondit : Il faut que tu nous remettes aussi de quoi faire des sacrifices et des holocaustes, pour que nous en fassions à laheweh notre dieu '. Il faut que nos troupeaux aillent avec nous sans qu'il reste un ongle en arrière, car c'est d'eux que nous devons prendre de quoi rendre notre culte à laheweh notre dieu, et nous ne savons pas avec quoi nous rendrons notre culte à laheweh jusqu'à ce que nous y arrivions. [Mais l'Étemel raidit le cœur de Pharaon et il ne voulut point les laisser partir.] *• El Pharaon lui dit : Va-t'oi hors de ma présence ! Garde-toi de paraître encore devant moi ! car le jour même où tu paraîtras devant moi, tu mourras. Moïse répondit : Tu as dit vrai. Je ne paraîtrai plus devant toi.

* Cependant l'Éternel dit à Moïse : Je ferai venir encore une plaie sur Pharaon et sur l'Egypte; après cela il vous laissera partir d'ici; et quand il vous laissera partir ce sera pour tout de bon, il vous chassera même d'ici. Or donc, va dire au peuple qu'ils aillent demander chacun à son voisin, chacune à sa voisine, des objets d'or et d'argent. Et l'Éternel fit obtenir au peuple les bonnes grâces des

^ Le rédacteur a pris cette phrase dans l'autre récit (chap. IX, \2, 35). Mdme observation au V. 27.

^ Formule hyperbolique semblable à celle que nous employons en parlant de ténèbres épaisses. Elle serait d'ailleurs très-bien choisie si l'on voulait songer ici à un phénomène souvent observé en Egypte^ quand le khamsin, ou vent du désert, souffle aux environs de Féquinoxe du printemps et amène des nuées de poussière qui obscurcissent le soleil pendant des jours entiers^ et obligent les hommes à se retirer dans Tintérieur des maisons. — Comparez la description poétique de ces ténèbres dans le livre de la Sapience, chap. XVII.

3 La construction S3mtactique de cette phrase laisse à désirer. Le texte semble vouloir dire que Pharaon doit fournir les victimes à immoler, mais évidemment l'auteur veut simplement dire qu'il doit permettre le départ des troupeaux, et des troupeaux entiers, les Israélites disant qu'ils ne pouvaient pas calculer dès à présent le nombre des bêtes qu'il leur faudrait pour le culte.

Égyptiens. Gel homme Moïse aussi était très-grand dans le pays d'Egypte, aux yeux des officiers de Pharaon et aux yeux du peuple *.

* Alors Moïse dit : Voici ce que dit laheweh : A minuit je vais traverser TÉgypte, et tous les premiers-nés en Egypte mourront, depuis le premier-né de Pharaon siégeant sur son trùne, jusqu'au premier-né de la servante occupée à la meule', et tout premier- né du hétail. Et il y aura dans tout le pays d'Egypte de grandes lamentations, telles qu'il n'y en a jamais eu, et telles qu'il n'y en aura plus jamais. Mais contre les Israélites, tant hommes que hétes, pas un chien ne tirera la langue^, pour que vous reconnaissiez que laheweh fait une différence entre les Égyptiens et les Israélites. Et tous les officiers que voici viendront se jeter à mes pieds en disant : Pars, toi et ton peuple à ta suite ! Après cela je partirai. Et il sortit de chez Pharaon tout en colère.

^ [L'Éternel ayant dit à Moïse : Pharaon ne vous écoutera pas, afin que mes miracles se produisent en grand nomhre dans le pays d'Egypte, Moïse et Aharôn opérèrent tous ces miracles devant Pharaon, mais l'Éternel raidit le cœur de Pharaon, de sorte qu'il ne laissa point partir de son pays les enfants d'Israël *.

* Alors ^ l'Éternel parla à Moïse et à Aharôn, au pays d'Egypte, en ces termes : Ce mois-ci sera pour vous le premier des mois, en

1 Les emprunts à faire aux Égyptiens sont an élémeDt de la narration jéhoviste, chap. III^ 21 ; XII, 35. Comme Moïse va adresser un discours à Pharaon, le récit, à partir du y. 4, se rattache directement à la fin du chap. X. Les v. 1 -3 interrompent le fil de la narration et contiennent aussi un élément qui ne cadre pas avec le ton général du reste, et Ton pourrait être tenté dV voir un fragment étranger au texte jéhoviste. Cependant cela n'est pas nécessaire. Le v. 1 parie d une révélation faite à Moïse au moment où il est menacé par le roi, et c'est en suite de cette révélation qu'il en fait part à Pharaon.

^ Le travail le plus dur du ménage, la mouture, qui s opérait à force de hras, était réservé aux esclaves de lautre sexe (Es. XLVII, 2. Job XXXI, 10. Luc XVII, 35).

3 Locution proverbiale. Jos. X, 21 .

^ Ceci est le résumé final du récit du narrateur élohiste, qui seul raconte des miracles opérés par Moïse et Aharôn, et devant Pharaon.

^ Il est incontestable que le chap. XII se compose également de deux récits aujourdliui combinés. A y regarder de près, la plupart des éléments du récit se rencontrent deux fois, mais dans beaucoup de cas il est difficile de dire ce qui a dû appartenir à Time ou à l'autre rédaction primitive. Pour ne pas hasarder des combinaisons arbitraires, nous considérerons ici le douzième chapitre, jusqu'à v. 28, comme appartenant au récit élohiste, sans vouloir nier que par exemple les v. 21 à 27 pourraient bien avoir une autre origine. Mais il est plus que probable que le compilateur aura supprimé une partie de ses textes devenus superflus.

tète des autres mois^ Parlez à toute la communauté d'Israël et dites : Le dixième jour de ce mois-ci chacun doit se pourvoir d'une pièce de menu bétail par famille, une pièce par maison. Et si la maison est trop peu nombreuse pour une pièce, on la prendra en commun avec le plus proche voisin, en proportion du nombre des personnes, que vous compterez selon ce que chacun peut manger, pour chaque pièce de bétail *. Ce devront être des bêtes mâles, sans défaut, et âgées d'un an; vous prendrez soit un agneau, soit un chevreau, et vous les garderez jusqu'au quatorzième jour du mois, puis toute l'assemblée de la communauté d'Israël les égorgera entre les deux soirs'. ^Puis l'on en prendra du sang^ et l'on en mettra sur les deux poteaux et sur le linteau des portes des maisons dans lesquelles on les mangera, et on en mangera la chair cette nuit même, rôtie au feu, avec du pain azyme. C'est avec des herbes amères^ qu'on les mangera. Vous n'en mangerez rien cru ou cuit, bouilli à l'eau, mais seulement rôti au feu, la tête avec les membres et les intestins, et vous n'en laisserez rien jusqu'au lendemain; ce qui en sera resté jusqu'au lendemain, vous le brûlerez. Et voici comment vous le mangerez : la ceinture sur les reins, les souliers aux pieds et le bâton à la main, et vous le mangerez à la hâte. C'est la fête du passage • de l'Étemel. " C'est que cette nuit-lâ je

1 L'année commençait pour les anciens Israélites avec le printemps, et ce n'est qu'après l'exil qu'il se fit à cet égard an changement qui a persisté jusqu'à nos jours. Cette coutume est sans doute antérieure à l'époque de Moîse^ et le terme de p^ûh (passage), dont les Juifs ont fait^ plus tard pashâ^ les Grecs pasehc (Pâques)^ a^ait saai doute primitivement une signification astronomique. Cette fête printanière, connue de la plupart des anciens peuples, reçoit ici^ par suite de la coïncidence des événements, une signification historique et théocratique^ comme plus tard, dans la sphère chrétienne, elle a de nouveau changé de forme et de signification.

^ La phrase est un peu embrouillée, surtout dans l'original, mais on voit que le texte prescrit que la bête doit être mangée en entier par un groupe de personnes, et qu'eu conséquence il faudra tâcher de réunir les individus en nombre suffisant. Les Juifs, plus tard, ont fixé ce nombre à dix.

3 Les Juifs mêmes ne sont pas d'accord sur le sens de cette locution. L'explicatbn la plus simple est de la rapporter au coucher du soleil, de manière qu'elle distinguerait le temps qui précède celui-ci^ et le temps qui le suit.

4 L'aspersion avec du sang est un rite de propitiation ou d'expiation.

^ Nous conservons le terme usité dans les versions, bien que peut-être le texte désigne soit un légume particulier (laitue, chicorée?), soit une manière particulière de l'apprêter (salade?).

® En traduisant : c*est la Pûque, on efface complètement l'élément essentiel du récit. De fait, Pésah signifie passage, et l'on voit à quel fait le narrateur rapporte ici ce nom. C'est ensuite seulement que ce terme s'applique au jour commémoratif et à Vanim&l immolé en cette circonstance. En cet endroit on pourrait à la rigueur dire : le rtpat do passage, ou le sacrifice du passage, mais il est indispensable que ce dernier mot s'v trouve.

traverserai le pays d'Egypte, et j'y frapperai tous les premiers- nés, hommes et bêtes, et je ferai justice de tous les dieux d'Egypte, moi l'Éternel. Et le sang sur les maisons où vous êtes sera pour vous * un signe : quand je verrai le sang je passerai outre, et le fléau destructeur ne vous atteindra pas ^ quand je frapperai le pays d'Egypte. Et vous conserverez le souvenir de ce jour, afin de le célébrer d'âge en âge comme une fête de l'Éternel : c'est comme institution perpétuelle que vous le célébrerez. Durant sept jours vous mangerez du pain non fermenté; dès le premier jour vous ôterez le levain de vos maisons, car quiconque mangera du pain levé, du premier au septième jour, cette personne sera exterminée d'Israël. Et le premier jour il y aura convocation sacrée'; de même vous aurez convocation sacrée le septième jour : ces jours-là il ne se fera aucune besogne; seulement ce qui doit être mangé par les gens, cela seul pourra être apprêté par vous. Vous observerez ces Azymes *, car c'est ce jour-là même que je vous ai fait sortir en corps * du pays d'Egypte, et vous observerez ce jour d'âge en âge, comme une institution perpétuelle. C'est au premier mois, le soir du quatorzième jour, que vous mangerez du pain non fermenté, jusqu'au soir du vingt-unième jour. Durant sept jours il ne se trouvera point de levain dans vos maisons, car quiconque mangera du pain fait avec du levain sera exterminé de la communauté d'Israël, qu'il soit étranger ou indigène •. Vous ne mangerez rien qui soit fait avec du levain ; dans toutes vos demeures vous mangerez des pains azymes.

** Alors Moïse convoqua tous les chefs' d'Israël et leur dit: Allez prendre du bétail pour vos familles et faites l'immolation pascale ^ ; puis vous prendrez une botte d'hysope et vous la tremperez dans le sang qui est dans le bassin. Vous mettrez de ce sang du bassin sur le linteau et sur les deux poteaux, et nul d'entre vous ne sortira de chez lui avant demain. Et quand l'Éternel passera pour frapper les

I Nous dirions plutôt : pour moi, ou bien : à votre profit, en votre faveur.

^ Litt. : Il n'y aura pas parmi vous de coup pour destructeur.

' Ou, ce qui revient au même, convocation au sanctuaire. On voit que la prescription a en vue un culte organisé et centralisé, et s'applique à l'avenir. Il est clair que dans cette forme la rédaction elle-même suppose l'existence de ce culte, comme cela va se confirmer immédiatement après par l'emploi du prétérit : /'at fait sortir.

^ Ici le nom de l'aliment est devenu le nom de la fête.

^ Litt. : j'ai fait sortir vos corps (chap. VI, 26), armées, bataillons.

^ Nouvelle preuve que le rédacteur songe à un état de choses tel qu'il s'est formé dans la suite en Canaan. Autrement la mention des étrangers, soumis à l'observation da rite, ne s'expliquerait, pas.

*? Voy. la note sur chap. III, 16.

^ En hébreu : immolez le pésak. Voyez la note sur le v. 11.

A. T. 3« part. — II. 3

Égyptiens et qu'il verra le sang sur le linteau et sur les deux poteaux, il passera outre devant la porte et ne permettra pas au destructeur* d'entrer dans vos maisons pour vous frapper. '^Et* vous observerez cela comme une règle pour vous et vos enfants à perpétuité. Et quand vous entrerez dans le pays que TÉtemel vous donnera, selon sa promesse, vous observerez cette pratique*, et lorsque vos enfants vous diront : Que signifie cette pratique ? vous direz : C'est le sacrifice du passage de l'Éternel, lequel a passé devant les maisons des enfants d'Israël en Egypte, lorsqu'il frappa les Égyptiens et qu'il préserva nos maisons. Et le peuple s'inclina et se prosterna. '^Et^ les enfants d'Israël firent selon ce que l'Étemel avait ordonné à Moïse et à Aharôn.]

*' Et ' au milieu de la nuit l'Éternel frappa tous les premiers-nés dans le pays d'Egypte, depuis le premier-né de Pharaon siégeant sur le trône, jusqu'au premier-né du prisonnier détenu au cachot, et

1 La présence de l'article et la forme m6me du récit ont donné naissance à Hdée qoe l'auteur a voulu parler d'un ange^ distinct de Dieu et raccompagnant dans cette toarnéa nocturne. Il n'est pas question de cela. Le narrateur élohiste ne parle jamais d'angeSy et notamment dans ce chapitre c'est Dieu qui fait tout, et d'une manière dirsete et immédiate (v. 12, s. et encore ici-m6me, v. 23, conune plus bas y. 29). Plus tard, sans doute, l'imagination populaire personnifiait la peste en parlant d'un ange exterminateur,

I Cbron. XXI, 16. Es. XXXVII, 36. Ps. LXXVIII, 49. Mais ici c'est tout simplement la personnification de l'action divine elle-même, comme nous l'avons vu plusiem^ fois dans la Genèse, et par laquelle il s'opère une espèce de dédoublement dans la personne de Dieu. Si nous parlons de peste, ce n'est pas pour ôter au récit son élément miraculeux, qui subsiste nécessairement par l'instantanéité de la mort, et le choix des premiers-nés.

^ Ce qui suit, v. 24-27, pourrait bien être une intercalation du rédacteur postérieur.

II y a quelques expressions étrangères au récit précédent, avec lequel il semble fair* double emploi, et à la fin il est question du peuple qui se prosterne, tandis que le prunier narrateur parlait des chefs de famille.

^ Ou bien : ce culte, ce rite religieux.

"^ Cette dernière phrase termine en tout cas ce qui nous est resté du récit qui forme le cbap. XII. Ce récit a dû nécessairement dire en deux mots comment les Israélites arrivèrent enfin à se mettre en route. Mais ce qui va suivre appartient évidemment t l'autre narrateur.

^ Le morceau qui suit, tout en étant indispensable dans l'ensemble du récit définitif, appartient pourtant à lautre narrateur [JéhovisteJ, car il revient à Tidée d'une émigration temporaire, et se rattache très- directement à une série de passages de la même origine (chap. III, 21, 22 ; XI, 5, 6 ; X, 25}. Mais il faut surtout remarquer qull ja ici une explication de l'origine des Azymes, dont il ne se trouvait pas de trace dans le premier récit. C'est que les Israélites n'auraient pas eu le temps de faire cuire lear pain comme a l'ordinaire, leur départ ayant ét^ trop précipité. On suppose encore que tous les Israélites auraient demeuré en un seul endroit, de manière à pouvoir être convoqués pour le départ à un moment donné.

tout premier-né du bétail. Et cette nuit même Pharaon se leva, ainsi que tous ses officiers, et tous les Égyptiens, et il y eut une grande lamentation en Egypte, car il n'y avait pas de maison sans mort. Et il fit appeler de nuit Moïse et Aharôn, et dit : Allez, sortez du milieu de mon peuple, vous et les Israélites, et allez rendre son culte à laheweh, comme vous disiez. Et votre gros et menu bétail, emmenez-le aussi, comme vous le demandiez ; partez, et bénissez-moi aussi*. Et les Égyptiens pressèrent le peuple de partir du pays en toute hâte, car ils disaient : Nous mourrons tous ! Alors le peuple emporta sa pâte non encore fermentée, les pétrins sur Tépaule, enveloppés dans les manteaux. Et les Israélites firent selon Tordre de Moïse, et demandèrent aux Égyptiens des objets d'or et d'argent et des habits, et l'Étemel fit obtenir au peuple les bonnes grâces des Égyptiens qui les leur accordèrent, et ils dépouillèrent les Égyptiens *.

'^ Les Israélites se mirent en marche, de Ra'emsés à Soukkot, [au nombre d'environ six cent mille individus mâles ^, indépendamment des enfants.] Avec eux partit aussi une masse d'autres gens, du gros et du menu bétail, en troupeaux très-nombreux. ^^ Et ils firent cuire la pâte qu'ils avaient emportée d'Egypte, et en firent des galettes azymes, car elle n'était pas levée, parce qu'ils avaient été chassés d'Egypte sans pouvoir s'attarder, et si bien qu'ils n'avaient pas même fait de provisions *.

[Or, les Israêhtes avaient séjourné en Egypte pendant quatre cent trente ans*, et ce fut au bout de quatre cent trente ans, ce jour-là

1 Allusion à la cérémonie que Moïse prétendait accomplir au désert. Le roi veut profiter des bénédictions que le Dieu d'Israél^ qui venait de manifester sa puissance, ne manquera pas d'accorder à son peuple.

* Voir la note sur chap. III, 22. (On croyait que les Israélites reviendraient.)

3 Litt. : piétons-hommes. Les femmes ne sont pas comprises dans ce dénombrement ; par conséquent, les enfants, dont parle le texte, sont aussi seulement les garçons. Le chiffre 600,000 nous fait songer aux recensements du texte élohiste. Quant aux noms propres géographiques, nous ne reprendrons pas la discussion interminable relative au passage de la mer rouge. Les noms ayant disparu de la carte moderne, le terrain ayant changé de face dans le cours des siècles, il est impossible de chercher aujourd'hui dans le sable du désert les traces de la route suivie pour cette émigration. Il n'y a de positif que deux choses, c'est qu'à l'époque où la tradition nationale se fixa, les localités nommées dans les textes existaient encore, et le miracle du passage était élevé au-dessns de toute contestation.

4 Cette note nous ramène à ce qui a été dit v. 34. D'après ce récit, l'institution des pains axymes est faite pour conserver le souvenir d'un incident fortuit. D'après l'autre, elle est faite d'avance, v. 15.

^ Il existait chez les Juifs deux traditions différentes à l'égard de ce nombre, les uns le rapportant au séjour d'Egypte seul, les autres l'étendant au séjour antérieur des

même, que le peuple de Dieu sortit en corps* du pays d'Egypte. C'était une nuit de conservation de la part de l'Étemel, en ce qu'il les fit sortir du pays d'Egypte, et cette même nuit doit être en l'honneur de l'Éternel une observation " de la part de tous les enfants d'Israël d'âge en âge.

*^ Et l'Éternel dit à Moïse et à Aharôn : Ceci sera la règle du repas pascal: aucun étranger n'en mangera^. Cependant tout esclave mâle, acheté à prix d'argent, et que vous aurez circoncis, pourra dès lors en manger. L'étranger libre et le serviteur à gages n'en mangeront pas. Chaque animal sera mangé dans une seule maison ; vous n'emporterez rien de la chair de la maison au dehors*, et vous n'en briserez pas un os. Toute la communauté d'Israël fera ce repas. Et s'il y a parmi vous un étranger qui veuille faire le sacrifice pascal à l'Éternel, tous les mâles de sa famille devront être circoncis, et alors il pourra venir le faire, et il sera assimilé aux nationaux; mais aucun incirconcis n'en mangera. Il y aura une seule et même règle pour les nationaux et pour les étrangers établis au milieu de vous. Et tous les enfants d'Israël firent selon ce que l'Étemel avait ordonné à Moïse et à Aharôn.

** Et ce même jour, quand l'Éternel eut fait sortir les enfants d'Israël en corps du pays d'Egypte, * il parla à Moïse en ces termes : Consacre-moi tous les premiers-nés, tout ce qui en Israël sort d'abord du sein maternel, tant hommes que bêtes : c'est à moi.]

' Et Moïse dit au peuple * : Souvenez-vous de ce jour où vous êtes

patriarches en Palestine (Gai. III, 17). Or, il se trouve qu'Abraham y avait passé 25 ans lors de la naissance d'Isaac (Gen. XII, 4; XXI, 5), celui-ci était ftgé de 60 ans à la naissance de Jacob (chap. XXV, 26). et Jacob entra en Egypte à l'âge de 130 ans (chap. XL VII, 9). Cela fait ensemble 215 ans, soit tout juste la moitié de 430. Cette coïncidence rend la seconde combinaison assez suspecte, mais la première ne l'est guère moins, si Ton considère d'un côté l'immense accroissement de la population, d'après les données traditionnelles, et de l'autre, le petit nombre de générations, constamment signalé par les généalogies. Voyez sur celles-ci, la note chap. VI, 25. ' Litt. : les corps d'armée de Jéhova (v. 17).

2 Le jeu de mots : conservation, observation, doit rendre sensible l'intention de l'auteur qui emploie un seul et même mot dans le double sens de garder, c'est -à-dire protéger (des hommes) et observer (un usage).

•^ Ce qui va suivre permet certaines exceptions. La circoncision est la condition indispensable de la participation au repas sacramentel de la théocratie Israélite. Donc les étrangers demeurants (expression du texte), c'est-à-dire séjournant librement parmi les Israélites, ou s'engageant volontairement à leur service, mais ne se soumettant pas à la circoncision, restent exclus.

^ Répétition pure et simple d'un élément du récit que nous avons déjà lu au chapitre précédent d'après une autre rédaction. Comparez les formules usitées du même rédacteur, chap. III, 8; VI, 8; XII, 25.

EXODE XIII, 3-t3. 37

sortis d'Egypte, de ce lieu de servitude, et de ce que l'Éternel vous en a fait sortir par la puissance de sa main : et qu'on ne mange pas de pain levé ! C'est aigourd'hui que vous en sortez, au mois d'Abib, et quand l'Étemel vous aura conduits dans la terre du Cananéen, du Qittîte, de l'Émorite, du Çliwwite et du lebousite, qu'il a juré à vos pères de vous donner, un pays ruisselant de lait et de miel, vous accomplirez cette pratique en ce mois-ci. Durant sept jours vous mangerez du pain non levé, et le septième jour il y aura une fête de l'Étemel *. C'est du pain non levé qu'on mangera durant ces sept jours, et on ne devra voir rien de fermenté, ni du levain, dans tout votre territoire. Et ce jour-là vous expliquerez cela à vos enfants, en leur disant : C'est à cause de ce que l'Éternel nous a fait lors de notre sortie d'Egypte. Et cela vous sera comme un signe sur votre main, et comme une marque'de souvenir entre vos yeux ', aûn que la loi de Dieu soit dans votre bouche ' : car c'est avec une main puissante que l'Éternel vous a fait sortir d'Egypte. Vous observerez cette règle à son époque, d'année en année. *®Et lorsque l'Étemel vous aura conduits dans le pays du Cananéen, comme il vous l'a juré à vous et à vos pères, et qu'il vous l'aura donné, vous ferez passer* à l'Étemel tout ce qui sort d'abord du sein maternel : toute première jetée du bétail, qui vous adviendra, savoir les mâles, sera pour l'Étemel. Quant à la progéniture de l'âne, vous la rachèterez par une pièce de menu bétail, et si vous ne la rachetez pas, vous

1 Ceci n'est pas précisémeDt en c mtradiction avec la prescription de chap. XII. 14, 16. Cependant il y a cette différence, qu'ici le septième jour est désigné comme le moment principal de la fête, tandis que dans Tautre texte le premier paraît être le plus solennisé.

^ Cette locution, légèrement modifiée quelques lignes plus bas, est évidemment proverbiale et figurée. On en explique l'origine diversement. Les uns la trouvent dans Vasage des stigmates (du tatouage] par lesquels on marquait les esclaves, de manière que le rite pascal serait ici représenté comme le sig^e distinctif du peuple de Dieu ; les autres* se fondant sur les passages Deut. VI, 8; XI, 18, n'y voient que l'usage d 'attacher à la main et au front des objets (bandeaux, bracelets) en guise de souvenirs. C'est dans ce dernier sens que la Synagogue a conservé le rite en l'observant à la lettre (Matth. XXIII, 5).

3 Ce qu'on répète, on ne l'oublie point.

'^ Vous consacrerez. Cette prescription reproduit le v. 2 de l'autre récit, avec des détails. La même loi se retrouvera plus bas, Ex. XXII; XXXIV. Lév. XXVII. Nomb. III ; XVIII. Deut. XII ; XIV; XV, toujours avec des variations qui prouvent surabondamment que nous ne possédons pas dans le Pentateuque une législation unique. Ici il est ordonné de livrer en nature les premiers-nés des animaux domestiques purs (veaux, agneaux, chevreaux mâles), de remplacer les ânons par un agneau ou un chevreau, ou bien de les tuer , enfin de racheter, il n'est pas dit comment , les garçons premiers-nés, au lieu do les immoler, comme faisaient les païens.

lui casserez le cou ; et vous rachèterez aussi tous les premiers-nés des hommes, de vos fils. Et quand à l'avenir vos fils vous interrogeront et diront : Qu'est-ce que cela signifie ? vous leur direz : C'est que l'Éternel, par la puissance de sa main, nous a fait sortir d'Egypte, de ce lieu de servitude; et comme Pharaon s'obstinait à ne pas nous laisser partir, l'Éternel fit périr tous les premiers-nés dans le pays d'Egypte, tant ceux des hommes que ceux des bètes ; c'est pour cela que nous immolons à l'Éternel tout ce qui sort d'abord du sein maternel, savoir les mâles, et nous rachetons tous les premiers-nés de nos enfants. Et ce sera comme un signe sur votre main et comme un bandeau* entre vos yeux, car c'est par la puissance de sa main que l'Étemel nous a fait sortir d'Egypte.

*^ Quand ' Pharaon laissa partir le peuple, Dieu ne le mena pas dans la direction du pays des Philistins, bien que c'eût été le plus court chemin ; car Dieu pensait que le peuple pourrait se repentir en voyant la guerre, et retourner en Egypte. Dieu fit donc tourner le peuple dans la direction du désert de la mer aux algues, et les enfants d'Israël quittèrent l'Egypte en marchant en bon ordre. Et Moïse emporta avec lui le corps de Joseph; car celui-ci avait ac^juré les enfants d'Israël en disant : Quand Dieu vous visitera, vous emporterez mon corps d'ici avec vous. *^ Et ' après avoir quitté Soukkot, ils allèrent camper à ÉJam, aux confins du désert. '* Et l'Étemel marcha à leur tête, de jour dans une colonne de nuée, pour les guider dans leur chemin, et de nuit dans une colonne de feu pour les éclairer, de manière qu'ils pussent marcher jour et nuit. La colonne de nuée ne s'écartait pas de la tète du peuple pendant lo jour, ni la colonne de feu pendant la nuit*.

1 Le sens de ce mot n'est pas bien sûr. En hébreu, c'est un pluriel; et de plus, U détermination : entre vos yeux, ne se combine pas bien avec la notion d'un bandeau. A moins de préférer la signification (très-sujette à caution) de stigmates, on pourrait songer à des rubans noués sur le front et retombant entre les yeux ; comp. Deut. VI. 8. En tout cas la chose est à prendre au figuré : vous ne perdrez pas de vue.

2 Celte note est empruntée à une autre rédaction, comme on le voit par l'emploi du nom de Dieu. On veut expliquer comment l'expédition, au lieu de se diriger vers le nord-est, où l'on aurait atteint la frontière de Canaan en quelques journées de marche, alla dans le sens opposé, vers le sud-est. L'auteur en trouve la cause dans la prévision d'une résistance armée des Philistins ; mais nous savons par un autre récit (cbap. III, l2; que dès l'abord Moïse avait reçu l'ordre de se diriger au sud vers le Sinaî, et que cette direction était motivée par des raisons religieuses.

3 Ceci se rattache à chap. XII, 37.

^ La tradition relative ù cette manifestation (chap. XIV, 19) de Dieu joue un grand rôle dans les récits mosaïques ; mais elle y apparaît sous différentes formes, et nous verrous plus tard que le récit élohiste la représente autrement. Mais en tout cas on » bien tort de réduire le phénomène à l'usage de porter du feu en tête d'une caravane, pour indiquer la direction à ceux qui seraient restés en arrière. Quand tout un peuple émigré, il est impossible qu'un pareil feu suffise.

EXODE xrv% 1-11. 39

" [Alors * rÉternel s'adressa à Moïse en ces termes : Parle aux enfanta d'Israël pour qu'ils changent de direction et aillent camper en avant de Pî-Habîrôi, entre Migdol et la mer, devant Ba'al-Çefôn ; c'est vis-à-vis de ce lieu que vous camperez sur la mer*. Et quand Pharaon dira au sujet des enfants d'Israël : Ils sont égarés dans le pays, le désert les enferme, je raidirai le cœur de Pharaon pour qu'il les poursuive, afin de tirer gloire de Pharaon et de toute son armée, et pour que les Égyptiens reconnaissent que moi je suis l'Étemel. Et ils firent ainsi. * Lorsqu'on informa le roi d'Egypte que le peuple avait pris la fuite...] le cœur de Pharaon et de ses officiers fut changé à l'égard du peuple, et ils dirent : Qu'avons- nous fait pour laisser partir les Israélites de manière qu'ils ne nous serviront plus ? * Et il fît atteler son char et prit ses troupes avec lui ; et il prit six cents chars d'élite et tous les chars des Égyptiens, tous montés par des combattants. * [l'Eternel raidit le cœur de Pharaon, du roi d'Egypte, et il poursuivit les Israélites, qui s'en allaient haut la main^ Et les Égyptiens les poursuivirent et les atteignirent avec tous les chevaux d'équipages de Pharaon, et ses cavaliers, et son armée, comme ils étaient campés sur la mer devant Pî-Habirôt en face de Ba'al-Çefôn...] *^Et quand Pharaon approcha et que les Israélites levèrent les yeux, et qu'ils virent les Égyptiens en marche à leur poursuite, ils eurent extrêmement peur et implorèrent l'Éternel à grands cris. Et ils dirent à Moïse: Est-ce donc parce qu'il n'y avait pas de tombeaux en Egypte que tu nous as menés mourir au désert? Pourquoi nous as-tu fait cela, de nous

1 La tradition relative au passage miraculeux de la mer rouge est ici racontée de manière que divers récits se trouvent mêlés, comme nous l'avons vu pour le déluge et les plaies d'Egypte (Introd., p. 56). Il est facile de comprendre qu'un événement pareil ait pris des formes tant soit peu différentes dans la bouche du peuple. On n'a qu'à comparer, pour s'en convaincre, les nombreux passages des psaumes et des prophètes où il en est fait mention, et où les détails et les expressions varient à l'inlini, bien qu'au fond le fait capital reste le mdme et invariablement miraculeux, sans que personne ne songe jamais à la marée, que les modernes aiment à faire intervenir, surtout depuis que des voyageurs, et même le général Bonaparte, ont passé le golfe à cheval. Quant à l'endroit précis où le passage a dû avoir lieu, nous n'essaierons pas de le déterminer, par la raison que selon toutes les apparences le golfe ne s'étend plus aujourd'hui vers le nord aussi loin que dans les anciens temps (comp. Ps. 66, 74, 77, 78, 106, 114, 136. Es. 11, 43, 51, 63. Zach. 10. Néh. 9. Jos. 24, etc.). De nos jours, plusieurs auteurs ont cherché à démontrer que le passage a eu lieu dans ce qui forme aujourd'hui l'isthme même.

* Cela doit peut-être signifier qu en se dirigeant maintenant vers le sud, on s'arrêtera avant d'arriver (?) a P. H. ayant M. à droite, la mer à gauche, et 6. Ç. en face de l'autre côté du golfe (??).

3 C*est-à-dire : Gèrement et de propos délibéré. Comp. Nomb. XXXIII, 3; XV, 30.

faire sortir d*Égypte? Nous t'avons bien dit cela en Egypte, en disant : Laisse-nous ! nous voulons servir les Égyptiens, car il vaut mieux pour nous de servir les Égyptiens que de mourir au désert. Alors Moïse dit au peuple : N'ayez pas peur ! Restez fermes et vous verrez comment l'Éternel aujourd'hui opérera votre salut: car tels que vous voyez aujourd'hui les Égyptiens, vous ne les verrez plus jamais. L'Éternel combattra pour vous, et vous, soyez tranquilles! **[... Alors l'Éternel dit à Moïse: Pourquoi m'implores-tu à grands cris * ? Parle aux enfants d'Israël pour qu'ils se mettent en marche. Et toi, lève ton bâton et étends la main contre la mer et fends-la, pour que les enfants d'Israël passent au milieu à sec. Et moi je vais raidir le cœur des Égyptiens pour qu'ils y entrent après eux, afin que je tire gloire de Pharaon et de toute son armée, de ses chars et de ses cavaliers, et afin que les Égyptiens reconnaissent que moi •e suis l'Éternel, quand je tirerai gloire de Pharaon, de ses chars et

de ses cavaliers ] *• Et la manifestation de Dieu', qui marchait

en tète de l'armée des Israélites, quitta sa place et alla derrière eux, et la colonne de nuée qui les précédait se plaça en arrière, et vint se mettre entre l'armée des Égyptiens et l'armée des Israélites

et la nuée et l'obscurité étaient — et éclairait la nuit*, et

pendant toute la nuit aucun ne s'approchait de l'autre. '* [...Alors Moïse étendit sa main contre la mer, et l'Éternel chassa la mer par un violent vent d'est, durant toute la nuit, et mit la mer à sec, et les eaux se partagèrent. Et les Israélites passèrent au milieu de la mer à sec, les eaux formant muraille à leur droite et à leur gauche. Et les Égyptiens les poursuivirent et entrèrent après eux, au milieu (le la mer, tous les chevaux de Pharaon, ses chars et ses cavaliers...] '* Et vers la veille du matin *, rÉternel regarda Tarmée des Égyptiens, dans la colonne de feu et de nuée *, et jeta la panique dans l'armée des Égyptiens, et il ôta les roues des chars, et fît en sorte

^ Il doit y avoir ici une lacune. Ce second récit avait évidemment dit que Moïse luimême avait peur.

'^ Chap. 111, 2. Cette manifestation (et non cet ange] est précisément la colonne de feu et de nuages. Comme dans le même verset le même fait est énoncé de deux manières (nuée et manifestation), on peut y voir encore la trace de la combinaison.

3 Ici le texte est évidemment corrompu. L'auteur disait sans doute que la nuée et l'obscurité étaient du côté des Egyptiens, le feu, au contraire, du côté des Israélites, pour les éclairer pendant le trajet nocturne.

•* Les Hébreux partageaient la nuit en trois veilles.

^ Cela doit dire sans doute que tout à coup du sein de l'obscurité apparut, du cûié des Egyptiens aussi, la clarté du feu de la colonne, et celte lumière subite et miraculeuse les elfrava.

EXODE XIV, 26-3i. XV, 1. 41

qu'ils avançaient avec difficulté. Et les Égyptiens dirent : Fuyons devant Israël, car laheweh combat pour eux contre nous.... *• [Alors l'Éternel dit à Moïse: Étends ta main contre la mer, pour que les eaux reviennent contre les Égyptiens, leurs chars et leurs cavaliers.

^' Et Moïse étendit sa main contre la mer ] et la mer revint à son

niveau, quand le matin approchait, et que les Égyptiens fuyaient en sens inverse *, et l'Éternel précipita les Égyptiens au milieu de la mer '* [et les eaux revinrent et couvrirent les chars et les cavaliers, toute l'armée de Pharaon, qui était entrée dans la mer à leur poursuite : il n'en resta pas un seul. Mais les Israélites avaient traversé la mer à sec, les eaux formant muraille à leur droite et à leur gauche. '® Ainsi l'Étemel, en ce jour, sauva Israël de la main des

Égj'ptiens ] Et les Israélites virent les Égyptiens morts sur le

bord de la mer*. '*Et quand les Israélites virent le grand miracle que l'Étemel avait opéré contre les Égyptiens, le peuple craignit l'Éternel, et ils eurent foi en lui et en son serviteur Moïse.

•Alors Moïse et les enfants d'Israël chantèrent à l'Éternel le cantique suivant. Ils dirent' :

Je veux chanter l'Éternel,

Car il a été grand et glorieux :

Chevaux et cavaliers.

Il les a jetés à la mer*.

^ Les Égyptiens rebroussant chemin et se débandant en désordre, rencontrèrent dans leur fuite la mer qui rentrait dans son lit et remplissait le vide.

"^ Il n'est pas dit sur lequel des deux bords> cependant il conviendra de songer de préférence au bord oriental, où les Israélites se trouvaient après la traversée et où les vagues devaient rejeter les cadavres.

3 Le poème qui suit est l'un des monuments les plus anciens et les plus beaux de la littérature hébraïque. Il n'a pas précisément une forme tout à fait régulière, mais il se distingue par la beauté du langage, l'énergie de l'expression, la fraîcheur des images. Cependant il est impossible d'y voir une pièce contemporaine de Moïse et une œuvre de ce prophète môme. Non seulement le passage de la mer rouge est décrit avec des couleurs empruntées à une tradition déjà enrichie de détails, mais les événements postérieurs, la conquête de Canaan, Térection d'un sanctuaire national, y apparaissent comme appartenant au passé, et la conquête surtout y est représentée à un point de vue absolument idéal et en contradiction avec la réalité historique. Nous ne saurions assigner à cette pièce une origine plus ancienne que l'époque de Salomon.

** Cette première strophe est une espèce de thème ou de canon, sur lequel le poème toat entier est ensuite composé par voie d'amplification. Voyez à ce sujet la note sur le V. 21 .

Ma force et mon chant, c'est laheweh!

Il a été mon sauveur*.

C'est lui qui est mon dieu : je le glorifie ;

Le dieu de mes pères : je Texalte.

L'Éternel est un guerrier* —

laheweh est son nom!

Les chars de Pharaon et son armée,

Il les plongea daai la mer; L'élite de ses combattants

Fut engloutie dans la mer aux algues.

Les flots les recouvrirent,

Ils s'enfoncèrent dans le gouflre comme des pierres.

Ta droite, ô Éternel,

Est admirable de force; Ta droite, ô Éternel,

Écrase l'ennemi.

Par la grandeur de ta majesté

Tu extermines tes adversaires.

Tu lances ta colère*,

Elle les consume comme du chaume.

Au souffle de tes narines

Les eaux se sont amoncelées.

Les ondes se sont dressées en monceaux,

Les flots se sont durcis* au sein de la mer.

L'ennemi disait :

Je poursuivrai, j'atteindrai,

Je partagerai du butin.

J'assouvirai sur eux mes désirs^,

1 Ce distique se retrouve aussi ailleurs, Es. XII, 2. Ps. CXVIII, 14. et paraît avoir fini par devenir une espèce d'adage ou de formule liturgique. Dans le psaume, noas le considérerons comme telle ; mais on a pu hésiter, à l'égard du droit de priorité, entre notre poète et le prophète Ésaie. 11 nous semble cependant que le poëme, inséré dans la composition jéhoviste, doit dater d'une époque antérieure au siècle d'Ésale.

2 Ps. XXIV, 8.

3 La colère est ici personnifiée comme un messager de Dieu (Éz. VU, 3), elle est toujours comparée à un feu.

'^ Sont devenus solides. Le souffle des narines, c'est le vent dont parlait la prose.

^ Litt. : Mon appétit (et non pas : mon âme, comme on traduit ordinairement) sera rempli, c'est-à-dire rassasié d eux. — Le régime sous-entendu sont les Israélites. On remarquera la vivacité de l'expression dans toute cette strophe.

Je tirerai Tépée, Ma main les exterminera.

Tu lanças ton souffle * :

La mer les a couverts!

Ils se sont ahimés comme du plomb

Dans les puissantes eaux.

Qui est ton égal

Parmi les dieux, ù laheweh?

Qui est comme toi

Admirable dans ta saintefé ' ?

Adorable en louanges %

Auteur de merveilles, Tu étendis ta droite

Et la terre les engloutit.

Tu as guidé dans ta grâce

Le peuple que tu as racheté; Tu Tas conduit avec puissance

Vers ta demeure sacrée.

Les nations l'ont entendu en tremblant*,

La terreur saisit les habitants de la Philistie.

Là les chefs d'Édom tressaillirent de peur.

Les émirs * de Moab furent saisis d'épouvante,

Tous les habitants de Canaan étaient éperdus, La crainte et l'angoisse s'emparèrent d'eux,

Devant la puissance de ton bras

Ils ont été muets comme la pierre.

1 L'original dit d'une manière plus pittoresque : tu soufflas de ton haleine.

^ La sainteté est ici le caractère par lequel l'être divin commande le respect et l'adoration. Si l'adjectif auguste formait un substantif, c'est lui qu'il faudrait employer.

3 Nous n'oserions affirmer d'avoir épuisé le sens si riche de ces mots, dans lesquels le poète renferme, à ce qu'il semble, et d'une manière on ne peut plus concise, et le sentiment qu'inspire à l'homme la majesté de Dieu, et les moyens par lesquels il essaie de le manifester.

^ Ce qui suit doit peindre la marche triomphale d'Israél vers la nouvelle patrie ; les peuples voisins le voient passer sans oser remuer. On sait de reste à quoi s'en tenir en face d'un pareil tableau.

^ Litt. : les béliers. Les peuples pasteurs comparaient naturellement leurs chefs a ceux de leurs troupeaux.

Pendant que ton peuple, ô Éternel, passait. Qu'il passait, le peuple que tu t'es acquis :

Tu les conduisais, tu les plantais Sur la montagne de ta propriété *,

A la place dont tu fis ta demeure, ô laheweh,

Au sanctuaire, Seigneur, que tes mains ont fondé.

L'Étemel régnera toujours et à jamais ' !

*« [ Car lorsque les chevaux de Pharaon avec ses chars et ses

cavaliers furent entrés dans la mer, l'Éternel fit revenir sur eux les eaux de la mer, tandis que les enfants d'Israël avaient traversé la mer à sec '.]

^<^Et Miryam, la prophétesse, la sœur d'Aharôn, prit en main le tambourin, et toutes les femmes la suivirent avec des tambourins et en dansant en chœur, et Miryam chanta ainsi * :

Chantez à l'Éternel.

Car il a été grand et glorieux :

Chevaux et cavaHers,

Il les a jetés à la mer.

^' Puis Moïse lit partir les Israélites de la mer aux algues, et ils se dirigèrent sur le désert de S'oûr^, et ils marchèrent pendant

1 C'est-à-dire sur les hauteurs de la Palestine, le pays de Dieu par excellence, mais avec allusion évidente à Sion.

'■^ Ce vers, isolé à dessein, forme une espèce de péroraison poétique.

'^ Ce fragment de phrase appartient au récit élohiste et fait suite au commencement du V. 30 du chap. XIV. Les rabhins, qui naturellement ne voyaient pas que le poème n'avait été inséré qu'après coup dans la relation historique, se sont imaginé que ces lignes en faisaient partie intégrante, et la presque totalité des modernes les suivent aveuglément sans s'apercevoir de l'immense différence du style.

'* Pour faire accorder ce qu'on lit ici avec le v. 1 du chapitre, on persiste à traduire: Miryam leur répondit, c'est-à-dire, à Moïse et aux hommes qui venaient de chanter le cantique, elle répondit par le refrain. Mais il n'est pas question de cela. Ce sont les femmes qui chantent ces quelques lignes (le péan, ou scoîion, comme auraient dit les Grecs, comp. 1 Sam. XVIII, *7), et sur lesquelles un poôte postérieur composa le poëme que nous venons de lire. Il ne faut pas perdre de vue que ce poème ne se trouvait pas dès Tahord dans un texte qu'il interrompt assez maladroitement, à la place où le rédacteur l'a mis. Miryam est prophétesse en tant que poète.

'' Quoique la presque totalité des noms propres de lieux cités à Toccasion du trajet du désert aient disparu des cartes modernes, il ne peut y avoir de doute au sujet de la direction indiquée dans le texte. On marchait sur la côte occidentale de la presqulle

trois jours dans le désert sans trouver d*eau. Étant arrivés à Marab, ils ne purent y boire Teau à cause de son amertume, car elle était amère *. C'est de là que vient le nom de Marah. *♦ Alors le peuple murmura contre Moïse en disant: Que boirons- nous ? Et il implora rÉtemel, et FÉternel lui fit connaître un bois qu'il jeta dans Teau, sur quoi l'eau devint douce. C'est là qu'il lui donna une loi et une règle, et qu'il le mit à l'épreuve '. Et il dit : Si vous écoutez la voix de l'Étemel votre Dieu, si vous faites ce qui est juste à ses yeux, et si vous écoutez ses commandements et observez toutes ses lois, je ne vous imposerai aucun des maux que j'ai faits aux Égyptiens; mais moi, l'Éternel, je vous guérirai.

'^Puis ils arrivèrent à Élîm; là il y avait douze sources d'eau et soixante-dix palmiei's, et ils campèrent là près de l'eau. *Puis (ils partirent d'Élim, toute la communauté des Israélites, et ils arrivèrent au désert de Sin, qui est entre Élîm et le Sinaî, le quinzième jour du second mois depuis leur sortie d'Egypte. Et toute la communauté des Israélites murmura contre Moïse et Aharôn dans ce désert. 'Et ils leur dirent' : Ah, que ne sommes-nous morts de la main de

du Sinal (soit la côte orientale du golfe de Suez) du nord au sud. Et quelle que soit la valeur historique de la tradition, on peut être sûr que c'était là le chemin des pèlerins ou des caravanes venant de l'Egypte et se dirigeant vers l'autre golfe, celui d'Akabah, le sinus akmitieus des anciens. Une course directe à travers le triangle formé par la presqulle était impossible, et l'est encore, à cause du manque d'eau. 1 Saumfttre. Marah signifie amertume.

^ Ce passage, sur la provenance duquel il est difficile de se former un jugement, est obscur^ en ce sens qu'on ne voit pas bien de quelle loi l'auteur veut parler et en quoi consistait l'épreuve. L'explication la plus simple sera toujours celle qui identifie cette loi avec l'injonction conditionnelle énoncée immédiatement après, et l'épreuve avec le fait que les Israélites se conduisirent mal en murmurant contre Moïse. Aucun narrateur n'a pu avoir l'intention de placer en cet endroit la législation du Sinal. Le nôtre voulait dire : Jéhova demandait confiance et obéissance en retour des miracles qu'il faisait pour Israèl, mais le peuple répondait mal à son attente. Cependant le passage ne se soude pas bien au reste et paraît devoir servir comme une espèce de programme général relativement aux récits ultérieurs.

3 L'histoire de la manne et des cailles, telle qu'elle se lit ici, parait encore composée d'éléments divers. Pour le fond, c'est une seule et môme narration, mais le texte doit être une mosaïque de deux rédactions différentes, quoique s'accordant généralement. Au V. 6, les deux frères réprimandent le peuple et lui annoncent le miracle ; au v. 9, Moise charge Aharôn de cette mission, comme si elle n'était pas déjà accomplie. Au T. 1, la gloire de TÉtemel, c'est sa merveilleuse puissance de nourrir tout un peuple au désert ; au v. 10, c'est une manifestation visible et lumineuse. Le v. 9 se rattache parfaitement au v. 2, etc. Mais ce qu'il y a de plus singulier, c'est qu'après la promesse du T. 8 il n'est plus question des cailles. La séparation exacte des deux éléments est impossible.

l'Éternel, en Egypte, pendant que nous étions assis auprès de la marmite à viande et que nous avions de quoi manger à satiété! car vous nous avez conduits dans ce désert pour y faire mourir de faim tout ce monde. Alors l'Étemel dit à Moïse : Eh bien, je vais vous faire pleuvoir du pain du ciel, et le peuple ira en ramasser ce qu'il lui faut pour chaque jour; aûn que je le mette à l'épreuve, s'il suit ou non mon commandement. Et le sixième jour, quand ils prépareront ce qu'ils auront rapporté, ce sera le double de ce qu'ils auront ramassé chaque autre jour*. Et Moïse et Aharôn dirent à tous les Israélites : Ce soir vous reconnaîtrez que c'est l'Étemel qui vous a conduits hors du pays d'Egypte; et demain vous verrez la gloire de l'Éternel, parce qu'il a entendu vos murmures contre lui : mais nous, qui sommes-nous pour que vous murmuriez contre nous? Et Moïse ajouta : C'est ' en ce que l'Étemel vous donnera ce soir de la viande à manger, et demain du pain à satiété ; parce qu'il a entendu les murmures que vous avez proférés contre lui. Mais nous qui sommesnous? Ce n'est pas contre nous que vous murmurez, mais contre l'Éternel. 'Alors Moïse dit à Aharôn : Dis à toute la communauté des Israélites : Présentez-vous devant la face de l'Étemel, car il a entendu vos murmures. Et lorsque Aharôn parla à toute la communauté, ils se tournèrent du côté du désert, et voilà que la gloire de l'Éternel apparut dans la nuée'. Alors l'Étemel parla à Moïse en ces termes : J'ai entendu les murmures des enfants d'Israël ; parleleur et dis : Entre les deux soirs ^ vous mangerez de la viande et demain vous serez rassasiés de pain, pour que vous reconnaissiez que moi, l'Éternel, je suis votre dieu. Et vers le soir, les cailles^ arrivèrent et couvrirent le camp, et le lendemain matin il y avait

' Évidemment le texte veut parler d'un résultat ni prévu ni voulu. Pour empêcher les Israélites d'aller faire la besogne le septième jour (le sabbat), Dieu fait en sorte que la provision de la veille suffisait pour deux jours. L auteur a sans doute voulu raconter ici un fait miraculeux.

^ Cette phrase se rattache directement à celle-ci : Vous verrez la gloire de Dieu.

^ Il n y a pas lieu do songer ici à la colonne de feu de l'autre récit, chap. XII!, 21.

^ Chap. XII, 6.

^ Il est hors de doute que les oiseaux mentionnés en cet endroit, comme ayant nourri les Israélites au désert, sont une espèce de cailles, qui au printemps passent an nord et en automne au sud, en nombre incalculable, et volent quelquefois si bas et sont si fatiguées, qu'on peut les abattre avec des bâtons et mAme les prendre à la main. Leur présence n'a donc rien d'extraordinaire au fond ; le fait, tel qu'il est raconté, devient miraculeux par la prédiction. L'article défini indique, ou bien que le phénomène était généralement connu, ou que l'auteur sait qu'il raconte un événement dont ses lecteurs avaient déjà été entretenus.

une couche de brouillard ^ tout autour du camp, et quand le brouillard fut monté, voilà qu'il y avait sur la surface du désert quelque chose de menu, de caillé, pareil au givre qui est sur le sol. Et quand les Israélites le virent, ils se dirent Tun à l'autre : Qu'est cela^? Car ils ne savaient pas ce que c'était. Et Moïse leur dit : C'est le pain que l'Éternel vous donne à manger. "Voici ce que l'Éternel vous ordonne : Ramassez-en chacun en proportion de ce qu'il lui faut pour sa nourriture. Vous en prendrez, chacun pour les gens de sa famille, un 'omer* par tète, d'après le nombre des personnes. Et les Israélites firent ainsi, et ramassèrent, qui plus, qui moins. Et quand ils le mesuraient avec le *omer, celui qui en avait ramassé beaucoup n'en avait pas trop, et celui qui en avait ramassé peu n'en manquait pas : ils avaient ramassé chacun en proportion de ce qu'il lui fallait pour sa nourriture *. Et Moïse leur dit : Que personne n'en garde jusqu'au lendemain ! Mais ils n'écoutèrent pas Moïse, et plusieurs en gardèrent jusqu'au lendemain; mais alors cela sentait mauvais et fourmillait de vers, et Moïse s'irrita contre eux. Et ils en ramassaient chaque matin, chacun en proportion de ce qu'il lui fallait pour sa nourriture; mais quand le soleil devenait chaud, cela se fondait. '* Et le sixième jour ils avaient ramassé de la nourriture en double quantité, deux 'omers par personne. Alors tous les chefs de la communauté vinrent en informer Moïse. Et il leur répondit : C'est là ce qu'a commandé l'Éternel * ; demain il y a jour de repos,

i Et non de ro9ée^ car la rosée ne se lève pas. C'est avec ce brouillard que la manne était descendue du ciel.

^ L'histoire naturelle explique parfaitement la présence de la manne dans ces contrées, seulement il ne faut pas vouloir l'employer à Texplication de notre texte. Celui-ci la fait positivement tomber du ciel et en une quantité inconnue à la nature, avec d'autres circonstances miraculeuses dont il va être question. Le mot hébreu, que nous avons traduit par caillé^ est très-douteux, d'autres mettent rond, ou en forme d'/eailUs. Bn faisant dire aux Israélites : Qu'est cela ? {Jifan hoû), l'auteur veut faire connaître sans doute l'origine du nom mdme de la manne. Mais cette étymologie ne saurait être acceptée, car il aurait fallu dire : Mah hoût

» Voyez V. 36.

'* Il y a encore ici quelque chose de miraculeux. Mais l'auteur ne veut pas dire, comme on l'a cru, que tout ce qu'on ramassait était jeté sur un tas (!) et que chacun en prenant autant de litres qu'il lui en fallait pour sa famille, il se trouvait en fin de compte que c'était tout juste la quantité ramassée. Voici ce que le texte veut dire : chaque père de famille en ramassait pour son compte autant qu'il voulait, puis quand, arrivé chez lui, il mesurait sa récolte, c'était tout juste ce qu'il lui fallait. Cette explication est confirmée par ce qui est dit du 6* jour, où l'on constatait après coup qu'on avait ramassé deux fois autant que les autres jours, sans préméditation. Les chefs euxmêmes sont surpris du résultat inopiné.

^. Par ce mot de Moïse, l'auteur entend rappeler l'institution primordiale du Sabbat (Gen. II, 3], dont il n'avait plus parlé depuis.

un sabbat ^ consacré à l'Éternel. Faites cuire ce que vous voulez faire cuire, et faites bouillir ce que vous voulez faire bouillir, et ce qu'il y aura de trop, réservez-le pour le lendemain. Et ils le gardèrent pour le lendemain, comme Moïse l'avait ordonné, et cela ne sentit pas mauvais et il ne s'y trouva pas de vers. Et Moïse dit : Mangez-le aujourd'hui, car aujourd'hui c'est un jour férié pour l'Étemel; aijgourd'hui vous n'en trouverez pas aux champs. Pendant six jours vous pourrez en ramasser, mais le septième jour, le sabbat, il n'y en aura pas'. '^Cependant le septième jour quelques-uns du peuple sortirent pour en ramasser, mais ils ne trouvèrent rien. Alors rÉtemel dit à Moïse : Jusqu'à quand refuserez-vous d'observer mes commandements et mes lois? ....Voyez donc, parce que l'Étemel vous a donné le sabbat, par cette raison il vous donne le sixième jour du pain pour deux jours. Restez chacun à sa place et que parsonne ne sorte de chez lui le septième jour. Alors le peuple fériait le septième jour *.

" Les Israélites donnèrent à la chose le nom de manne : c'était blanc comme de la graine de coriandre et avait le goût d'une galette faite au miel. Et Moïse dit: Voici ce que l'Étemel ordonne: Un 'omer plein devra en être conservé d'âge en âge, afin qu'on voie avec quel pain je vous ai nourris au désert, lorsque je vous fis sortir de la terre d'Egypte. Et Moïse dit à Aharôn: Prends une cruche et mets-y un 'omer plein de manne et dépose-la en fece de l'Éternel* pour la garder d'âge en âge. Selon l'ordre donné par

1 II faudra bien se servir de ce terme, parce qu'il y aurait trop d'affectation à Téviter. Proprement on devrait traduire : férié, d'autant plus que l'article n'y est pas, et que la chose, alors toute nouvelle, ne pouvait pas être désignée d'emblée par un nom propre.

^ Nouvelle circonstance miraculeuse et par laquelle le récit mosaïque dépasse les limites des phénomènes naturels, comme c'est le cas aussi pour la quantité, par Torigine céleste, etc., tandis que la description môme de la matière (couleur, goût, manière de récolter, elTet du soleil, etc.) nous met en présence du tamariw mannifera et de son suc résineux tombant par gouttelettes à terre pendant les matinées d'été, dans un certain nombre de localités des environs du Sinaï.

3 Ceci doit encore être une intcrcalation. On ne voit pas comment le premier narrateur, qui vient de dire que chacun avait assez ramassé pour deux jours, aurait pu supposer qu'ils n'en étaient pas encore contents. C'est le second, qui représente partout les Israélites comme désobéissant à tout propos, qui ajoute ce détail. Il fait même dire à Dieu : Jusqu'à quand, etc., tandis que jamais encore il n'a été fait mention d'une transgression quelconque. On remarquera aussi la brusque transition d'une parole de Dieu à un discours de Moïse.

4 Ceci suppose un lieu de culte, un sanctuaire déterminé, dont il n'a point encore été question, et trahit ainsi une rédaction faite sous l'empire d'un ensemble de souvenirs bien plus complets. Peut-être sera-t-il aussi permis de demander pourquoi cette cruche

l'Éternel à Moïse, Aharôn la déposa en face de la loi * pour la garder. Et les Israélites mangèrent de la manne pendant quarante ans, jusqu'à leur arrivée dans une terre habitée; ils mangèrent de la manne jusqu'à leur arrivée aux frontières du pays de Canaan. [Le * orner est la di.rième partie de Véfah^.]

* Puis toute la communauté des Israélites partit du désert de Sîn, par stations successives, d'après l'ordre de l'Éternel, et ils campèrent à Refidim. Mais il n'y avait pas d'eau à boire pour le peuple. Et celui-ci se prit de querelle avec Moïse, en disant : Donnez-nous de l'eau à boire. Et Moïse leur répondit : Pourquoi me cherchez- vous querelle ? pourquoi tentez-vous l'Éternel ? * Et là le peuple étant altéré d'eau, il murmura contre Moïse, et dit : Pourquoi donc nous as-tu fait quitter l'Egypte p(»ur nous faire mourir de soif, nous et nos enfants et notre bétail ? Alors Moïse implora l'Éternel et dit : Que ferai-je à ce peuple? Il s'en faut de peu qu'ils ne me lapident. Et l'Éternel dit à Moïse : Prends les devants sur le peuple, et emmène avec toi quelques-uns des chefs d'Israël; et le bâton avec lequel tu as frappé le Nil, prends-le dans ta main et pars! Vois-tu,

est remplie dès le premier jour, la manne continuant à pleuvoir pendant 40 ans ? Mais nous verrons combien peu il faut prendre cette dernière assertion au pied de la lettre et dans le sens d'une absence absolue de toute nourriture ordinaire. Une pareille conception, avec un peuple qui avait d'innombrables troupeaux, serait tout simplement une absurdité. Partout dans les récits du Pentateuque il est question de pain, de viande et d'autres aliments, et Ton s'aperçoit sans peine du rapport qu'il peut j avoir eu entre la réalité historique et le coloris traditionnel. — Au lieu d'une cruche, d'autres mettent une corbeille.

1 Le mot hébreu signifie proprement le témoignage; c'est un terme très-usité pour désigner le décalogue, en tant que déclaration ou révélation émanée de Jéhova. Les tables du décalogue étaient déposées dans l'arche ; c'est donc à côté de celle-ci que fut placée la cruche avec la manne. Mais comme tout cela n'existait pas encore, on voit combien la relation est récente pour avoir pu oublier ces détails affirmés pourtant par U chronologie du livre même.

^ Note archéologique d'un lecteur érudit. Dans plusieurs endroits du récit qui précède, on est tenté de prendre le *omer tout simplement pour un vase. Immédiatement auparavant il y a deux phrases identiques pour le sens, et qui pourraient bien appartenir à deux rédactions différentes dans l'origine.

9 Comme immédiatement après la même chose est répétée en d'autres termes, nous distinguons encore deux relations primitivement indépendantes. Dans Tune, la localité est nommée Re6dîm, dans l'autre elle se nomme Massah Meribah. Cette diversité se reproduira plus loin. De plus, les chefs d'Israël, ou sheikhs, nous ramènent à l'auteur de chap. III, 16, ainsi que le bâton qui a frappé le Nil (chap. VII, 17). Comparez aussi le passage parallèle du même narrateur, chap. XVI, 3, et sa phrase usuelle de Moïse implorant l'Étemel, chap. VIII, 8; XV, 25; le nom du Horeb, chap. III, 1; le b&ton de Dieu, chap. IV, 20. Il faut seulement observer que dans le v. 1 les deux récits sont combinés.

A. T. 3« part. — II. 4

50 EXODE XVll, 6-13.

je me tiendrai là en face de toi sur le rocher du Çoreb, et quand tu frapperas sur le rocher il en sortira de Teau pour que le peuple puisse boire. Et Moïse fit ainsi en présence des chefs d'Israël *. £t l'on appela cet endroit Massah-Meribah ', à cause de la querelle des Israélites et parce qu'ils avaient tenté ' l'Éternel en disant : laheweh est-il, ou non, au milieu de nous?

^Les 'Amaléqites survinrent aussi et attaquèrent Israël à Refidîm. Alors Moïse dit à Josué * : Va nous choisir des gens et va combattre les 'Amaléqites ^. Demain^, moi je me placerai au sommet de la colline en tenant à la main le bâton de Dieu. Et Josué fit comme Moïse le lui avait dit, et alla combattre les 'Amaléqites, et Moïse, Aharôn et Qour^ montèrent au sommet de la colline. Or, aussi longtemps que Moïse tenait la main levée ^, les Israélites avaient le dessus, mais quand il la laissait retomber, les *Amaléqites avaient le dessus. Et comme les mains de Moïse se fatiguaient', ils prirent une pierre et la mirent sous lui, et il s'assit dessus, et Aharôn et Qour soutenaient ses mains, l'un d'un côté, l'autre de l'autre, et ses mains tinrent ferme jusqu'au coucher du soleil. Et Josué mit à bas

1 L'eau coulait donc déjà avant l'arrivée des masses, et les chefs sont là pour être témoins du miracle. — Cette tradition relative à Teau sortie miraculeusement du rocher, est peut-être le point de départ des conceptions poétiques qu'on trouve chez différents prophètes^ relativement à des sources miraculeuses (Joël IV, 18. Zach. XIV, 8. Éz. XLVll).

*^ Tentation-Querelle.

'^ La notion de la tentation est déterminée par le contexte. Les Israélites, malgré les preuves nombreuses qu'ils avaient eues de la puissance bienfaisante de Dieu, craignaient à tout moment d'être abandonnés par lui, et dans leur impatience, au lira d'attendre qu'il lui plût encore de manifester ses sentiments paternels, provoquaient à grands cris de sa part de nouveaux miracles, et cela moins par confiance en son pouvoir, que pur défiance ù l'égard de sa bonne volonté.

* Personnage nommé ici pour la première fois, et pourtant introduit comme connu.

•'> Les 'Araaléqites (Gen. XXXVÏ, 12), d'après la généalogie ethnographique, sont les arrière-cousins du grand-père de Moïse, et forment également déjà un peuple capable d'attaquer les 600,000 combattants d'Israi^l ! Voyez plutôt la note sur chap. VI, 25.

^ Cette remise au lendemain nous semble également 6tre une preuve de ce que le fait a passé par le canal de la tradition. Quand une bande de nomades armés veut déloger des intrus étrangers de ses pâturages (car dans ce pays ce ne pouvait pas ^tre autre chose), elle n'engage pas des batailles rangées qu'on prévoit un jour d'avance, elle tombe dessus à l'improviste.

"^ Ce personnage est nommé ailleurs comme le grand-père du constructeur tlu tabernacle.

^ Avec le bôton miraculeux , •' Lilt. : s'alourdissaient.

EXODE XVII, l3-i6. XVIIl, 1-9. 51

les *Amaléqites et leur monde avec son épée*. Alors TÉternel dit à Moïse : Mets cela par écrit ' comme souvenir, et fais-le entendre à Josué; car je veux entièrement effacer la mémoire des *Amaléqites de dessous le ciel. Et Moïse éleva un autel et le nomma : L'Étemel ma bannière 'I Et il dit : La main à la bannière de lah ! Guerre pour laheweh contre *Amaleq à tout jamais.

'Cependant Yi^ro*, le prêtre de Midyan, le beau-père de Moïse, apprit tout ce que Dieu avait fait pour Moïse et pour son peuple, et que rÉternel avait fait sortir les Israélites d'Egypte. Et Yijro, le beau-père de Moïse, prit avec lui la femme de celui-ci, Çipporah [après son renvoi] et ses deux fils, dont Tun s'appelait G'ers'om, car, avait-il dit, je séjourne dans un pays étranger. L'autre s'appelait Éli'ézer («car le Dieu de mon père m'a été en aide et m'a sauvé de i'épée de Pharaon»). Yijro donc, le beau-père de Moïse, avec les fils et la femme de celui-ci, vint auprès de Moïse au désert où il campait, à la montagne de Dieu. Et il fit dire à Moïse : Moi, ton beau-père Yi^ro, je viens chez toi, ainsi que ta femme avec ses deux fils. ' Et Moïse alla à la rencontre de son beau-père et se prosterna et l'embrassa, et ils s'informèrent mutuellement de leur santé. Puis ils entrèrent dans la tente, et Moïse raconta à son beau-père tout ce que l'Éternel avait fait à Pharaon et aux Égyptiens à cause d'Israël, toutes les tribulations qu'ils avaient essuyées en route et dont l'Étemel les avait délivrés. Et Yitro se réjouit de tout le bien

^ Litt. : au fil (ou à la bouche) de Tépée.

^ C'est là le vrai sens du texte. On traduit ordinairement (et les voyelles le permettent) : écris cela dans le livre, et on voit là la trace d'un livre que Moïse aurait écrit. En tout cas, un livre dont il serait parlé dans le Pentateuque, ne serait pas le Pentateuque. Mais il ne s'agit pas d'un livre. Pour mettre par écrit un fait isolé, il suffisait d'fMie feuille (comme nous dirions), d'«fi morceau de peau, etc., et S^fer n'est pts autre chose. L'article défini y a été mis par les érudits de la Synagogue. L'auteur veut donner du relief à une prédiction, sans doute réalisée de son temps. La dernière trace de la tribu *amaléqite date du milieu du 8* siècle (1 Chron. IV, 42 suiv.).

^ On ne sait pas exactement ce que c'était que le nés des Hébreux : en tout cas, on appelait ainsi un signe de ralliement, ordinairement placé sur une hauteur. Il ne fout pas nécessairement songer à un drapeau. Dans la ligne suivante, qui a presque l'air d'un vieux cri de guerre, nous lisons également nés au lieu de kés, mot que le dictionnaire ne connaît pas. — Les guerres de races étaient en même temps les guerres des dieux, des guerres sacrées. C'est là le sens propre du mot arabe ghaztiyah, corrompu pour le moral comme pour l'orthographe en raztia.

** Ce morceau, relatif à Yitro, forme un épisode particulier. Il reproduit d'abord des faits déjà racontés ailleurs (chap. II, 21 suiv.), mais il est en contradiction avec chap. IV, 20, si bien qu'une main plus récente a éprouvé le besoin de rétablir l'harmonie, en intercalant une note d'après laquelle la femme de Moïse aurait été renvoyée à son père (répudiée, Deut. XXI, 14; XXII. 19, 29) avant son arrivée en Egypte.

que l'Éternel avait fait à Israël, et de ce qu'il l'avait délivré de la main des Égyptiens. Yijro dit : Béni soit laheweh qui vous a délivrés de la main des Égyptiens et de la main de Pharaon, qui a délivré le peuple de la puissance des Égyptiens *. Maintenant je reconnais que laheweh est plus grand que tous les dieux, qu'il s'est montré tel dans l'occasion même où les autres avaient agi avec insolence contre Israël *. Et Yi^ro, le beau-père de Moïse, immola un holocauste et fit un sacrifice à Dieu, et Aharôn et tous les chefs d'Israël vinrent faire un repas avec le beau-père de Moïse devant Dieu '.

*^ Le lendemain Moïse siégeait pour rendre la justice au peuple, et le peuple se présentait devant Moïse depuis le matin jusqu'au soir. Or, comme le beau-père de Moïse vit tout ce que celui-ci faisait à l'égard du peuple, il dit : Qu'est-ce que tu fais là avec ce peuple? pourquoi siéges-tu seul, tandis que tout le peuple t'obsède du matin au soir? Et Moïse répondit à son beau-père : C'est que le peuple vient à moi pour interroger Dieu*. Quand ils ont une affaire, or vient à moi pour que je sois arbitre entre les deux parties, et je leur fais connaître les décisions de Dieu et ses arrêts. *' Alors le beau-père de Moïse lui dit : Ce que tu fais là n'est pas bien : tu y succomberas nécessairement, toi tout aussi bien que ce peuple-là qui est avec toi ; car cette besogne est trop lourde pour toi, tu ne pourras pas la faire tout seul . Or, écoute-moi ! Je veux te donner un conseil, et que Dieu te soit en aide! Sois, pour ta part, le représentant du peuple auprès de Dieu : tu rapporteras leurs causes à Dieu, et tu leur signifieras les décisions et les arrêts, et tu leur feras connaître la voie dans laquelle ils auront à marcher, et les choses qu'ils auront à faire. '* Et tu choisiras parmi tout le peuple des hommes capables, craignant Dieu, des hommes surs, détestant le mauvais lucre, et tu les mettras à leur tète, comme chefs de mille, chefs de cent, chefs de cinquante et chefs de dizaines, afin qu'ils rendent la justice au peuple en tout temps, de manière qu'ils te rapportent à toi toutes les grandes affaires, et qu'ils jugent eux-mêmes les petites, et ainsi

1 Ou remarquera que daus ce morceau Dieu est nommé alternativement de ses deux noms ; mais eu ce qui concerne celui d'Elohîm^ nous ne songeons pas à rËlohiste^ mais à l'ouvrage que le Jéhoviste o incorporé au sien.

^ Dans le fait du passage de la mer, où les Egyptiens avaient cru surprendre les Israélites, et où ils périrent eux-mêmes.

2 II s'agit d'un festin précédé d'une cérémonie religieuse et dont le menu consistait en viande provenant d animaux consacrés sur l'autel. L'holocauste est la victime brûlée en entier, lo sacrifice (litt. : l'immolation) ne désigne pas seulement lacté, mais aussi la b^te, avec cette réserve, qu'elle est essentiellement destinée à être mangée.

•^ Pour recevoir de la part de Dieu, par la bouche du prophète, les décisions dans toutes les affaires litigieuses.

décharge-toi, et qu'ils t'aident à porter la charge. Si tu fais cela, Dieu te dirigera et tu pourras y tenir, et tout ce peuple aussi arrivera heureusement en son lieu ^ ** Et Moïse écouta le conseil de son beau-père et fit tout ce qu'il lui avait dit. Il choisit parmi tous les IsraéUtes des hommes capables et les mit à la tête du peuple, comme chefs de mille, chefs de cent, chefs de cinquante et chefs de dizaines, pour qu'ils rendissent la justice au peuple en tout temps, de manière à rapporter les causes difficiles à Moïse et à juger eux-mêmes les petites. Puis Moïse laissa partir son beau-père, qui s'en alla dans .son pays.

* Le troisième mois après que les Israélites furent sortis d'Egypte, vers ce temps-là, ils arrivèrent au désert du Sinaï. Puis ils partirent de Refidim et arrivèrent au désert du Sinaï, et campèrent dans ce désert*. Et là Israël campa en face de la montagne, et Moïse monta vers Dieu, et l'Éternel l'appela du haut de la montagne en lui disant : * Voici ce que tu diras à la maison de Jacob et ce que tu annonceras aux enfants d'Israël : Vous avez vu ce que j'ai fait aux Égyptiens, et comment je vous ai portés sur des ailes d'aigle pour vous faire arriver à moi'. Or, si vous voulez écouter ma voix et garder mon pacte, vous serez d'entre tous les peuples ma propriété particulière, car toute la terre est à moi*, et vous serez à moi un royaume de

l II s'agit là d'une organisation judiciaire d'après laquelle toute justice est censée émaner de Dieu par l'intermédiaire de son prophète. Celui-ci promulgue les lois et se réserve les affaires graves, à juger en dernière instance. Les autres (et en général la juridiction courante et ordinaire] sont renvoyées à des hommes de confiance. Il y a dans cette organisation un point très-obscur: ces chefs de 10, de 50, de 100 et de 1000 forment-ils des instances superposées les unes aux autres, ou la grandeur des groupes est-elle relative à l'importance des aflaires? Il nous semble qu'il s'agit là d'une pure théorie. L'histoire n'offre aucune trace d'une pareille organisation, si ce n est dans les affaires militaires. Et cette théorie même se rattache, à ce qu'il paraît, à la division naturelle de la nation, en tribus, clans et familles [comp. Introd., p. 116).

^ On voit sans peine qu'il y a ici deux textes parallèles qui font double emploi. La première moitié du v. 2 se rattache à chap. XVII, 1 , tandis que le v. 1 et la (in du v. 2, avec ce qui suit, appartient à un autre récit.

3 C'est-à-dire, ici au Sinaï, où Jéhova a sa demeure permanente. Les ailes d'aigle rappellent les difficultés autrement insurmontables du trajet, et le secours miraculeux de Dieu.

4 Israël sera le peuple de Dieu par excellence, le peuple élu. Mais il l'est par pure grâce. Le maître universel était parfaitement libre dans son choix. La qualité du peuple de Dieu est définie par les termes de royaume de prêtres et de nation sacrée, qui sont au fond synonymes. Car le prêtre n'est pas seulement un personnage qui a le privilège d'un rapport plus direct avec la divinité, il se consacre à son service particulier et exclusif.

prêtres et une nation sacrée. Voilà les choses que tu rediras aux enfants dlsraél.

'Alors Moïse vint convoquer les chefs du peuple et leur proposa toutes les choses que TÉternel lui avait recommandées. Et tout le peuple unanimement répondit et dit : Tout ce que laheweh a ordonné % nous le ferons. Et Moïse rapporta les paroles du peuple à rÉternel. Et TÉtemel dit à Moïse : Vois, je vais venir à toi dans un nuage obscur*, afin que le peuple puisse entendre quand je te parlerai, et qu'ils te croient aussi désormais. Quand' Moïse eut rapporté à rÉternel les paroles du peuple, TÉternel dit à Moïse : Va vers le peuple, et sanctifie-les * aujourd'hui et demain. Qu'ils lavent leurs vêtements et qu'ils soient prêts pour le troisième jour, car le troisième jour l'Éternel descendra sur le mont Sinaï, à la vue de tout le peuple. *'Et tu assigneras des limites* au peuple tout autour, en disant : Gardez-vous de monter sur la montagne et de toucher à ses extrémités; quiconque touchera la montagne sera mis à mort. On ne portera pas la main sur lui ®, mais il devra être lapidé ou tué à coup de flèches. Que ce soit un homme ou un animal, il ne sera pas laissé vivant. C'est quand on sonnera du cor ' qu'ils pourront monter à la montagne. Alors Moïse descendit de la montagne vers le peuple, et le sanctifla; il leur fit laver leurs vêtements et leur dit : Soyez prêts dans trois jours et abstenez- vous des femmes •.

** Le troisième jour, dès le matin, il y eut des tonnerres et des éclairs sur la montagne, et un nuage épais, et un son de trompes très-fort, et tout le peuple qui se trouvait dans le camp trembla. Alors Moïse fit sortir le peuple du camp, pour aller au devant de Dieu, et ils se placèrent au pied de la montagne. Le mont Sinaï était tout en fumée, parce que l'Eternel y était descendu dans le feu, et la fumée en montait comme la fumée d'une fournaise, et toute la

* On s'attendrait plutôt au futur, rien de particulier n'ayant encore été ordonné.

*2 Pour être entendu, il fallait que Dieu s'approchât des hommes, et pour qu'il le put., sans danger pour eux (Gen. XVI, 13), il fallait qu'il fût invisible.

•^ Nous changeons la coupe des versets et nous adoptons une autre combinaisoD syntactique que celle des versions ordinaires, pour faire disparaître une redite oiseuse et incommode.

^ C'est-à-dire : prépare-les pour le grand jour de la promulgation du pacte fondamental, par des lustrations et des abstinences.

^ Ou bien : tu poseras des barrières, au delà desquelles il sera défendu de s'avancer vers la montagne.

^ La peine de mort sera appliquée de manière que les exécuteurs n'aient pas à franchir eux-mêmes la limite tracée.

"^ C'est-à-dire à un signal donné, quand l'apparition de Dieu aura disparu.

8 Lév. XV, 18.

montagne tremblait fortement. Et le son de la trompette allait en croissant de plus en plus : Moïse parlait % et Dieu lui répondait dans le tonnerre.

«ojEta rÉternel descendit sur le mont Sinaî, sur le sommet de la montagne, et FÉternel appela Moïse sur le sommet de la montagne, et Moïse y monta. £t TËternel dit à Moïse : Descends, somme le peuple de ne pas faire irruption vers l'Étemel pour regarder, de peur qu'il n'en périsse un grand nombre. Et les prêtres aussi qui s'approchent de l'Éternel ' doivent se sanctifier, de peur que l'Éternel ne se jette sur eux. Et Moïse répondit à l'Éternel : Le peuple ne peut pas monter au mont Sinaï, parce que tu nous l'as solennellement interdit en disant: Pose des limites à la montagne et consacre-la. Et l'Étemel dit à Moïse : Va descendre, et remonte avec Abarôn ; mais les prêtres et le peuple ne doivent point faire irruption pour monter vers l'Éternel, de peur qu'il ne se jette sur eux. Et Moïse descendit auprès du peuple, et leur dit ]

* Et Dieu prononça toutes les paroles qui suivent ♦ :

Moi, l'Éternel, je suis ton Dieu, qui t'ai fait sortir du pays d'Egypte, de ce lieu de servitude: tu n'auras point d'autres dieux en face de moi *.

Tu ne te feras point d'idole, ni aucune figure de choses qui sont au ciel en haut, ou sur la terre en bas, ou dans les eaux plus bas

^ L'auteur peut avoir voulu dire qu'il demandait les ordres de Dieu.

^ Ce qui suit est un fragment provenant d'une autre source. Car il reprend ce qui a déjà été raconté plus haut, v. 10 s. Il est donc superflu, et de plus, il se trouve placé à an endroit peu convenable. Ici Dieu descend sur la montagne, et v. 18 il y est déjà descendu ; v. 19 Moïse parlait déjà à Dieu, et y. 20 il est seulement appelé. Il se termine d'une manière abrupte, qu'on voile ordinairement en traduisant : il leur dit cela. Il introduit différents personnages dont il n'est pas question dans l'autre récit, notamment Abarôn. Les transgresseurs, qui devaient être mis à mort par la main des bommes, sont menacés ici de Tintervention de Dieu lui-môme.

S On demandera, non sans raison, d'où viennent tout à coup ces prêtres. Les Israélites n'en avaient pas eu, d'après les récits précédents. L'auteur parle au point de vue de son siècle, où les prêtres ne pouvaient être oubliés. Comp. la note sur cbap. XVII, 9.

-^ Comme nous avons parlé à plusieurs reprises du Décalogue dans l'Introduction (p. 66-182], nous nous bornerons ici à quelques éclaircissements sur les détails. Disons seulement en général, que ces dix commandements sont on ne peut plus appropriés à l'époque à laquelle ils sont rapportés ici, et ne contiennent que les principes les plus élémentaires de la religion monotbéiste et de la morale sociale. Nos théologiens du seizième siècle ont été d une singulière naïveté en les faisant servir de texte à la morale chrétienne (comp. Matth. V, 20 s.). — Ils sont formulés à la seconde personne du singulier, le peuple étant considéré comme une unité.

^ C'est-à-dire, qui me soient opposés ou assimilés, ou bien, qu'on adorerait sous mes yeux.

que la terre; tu ne te prosterneras pas devant elles, ni ne les adoreras : car moi, l'Éternel ton Dieu, je suis un dieu jaloux, punissant la faute des pères sur les fils, sur la troisième et sur la quatrième génération de mes ennemis % et accordant ma grâce à la millième génération de ceux qui m'aiment et qui gardent mes commandements ^.

Tu ne prononceras point le nom de l'Étemel, ton Dieu, pour le mensonge, car l'Éternel ne laissera pas impuni celui qui prononcera son nom pour le mensonge'.

Souviens-toi du jour du repos pour le sanctifier. Durant six jours tu travailleras et tu feras toute ta besogne. Mais le septième jour, qui est le jour du repos consacré à l'Étemel ton Dieu, tu ne feras aucune besogne, ni toi, ni ton fils ou ta fille, ni ton esclave ou ta servante, ni ton bétail, ni l'étranger qui demeure chez toi^. Car en six jours l'Étemel a fait le ciel et la terre, la mer et tout ce qui s'y trouve, et il s'est reposé le septième jour : c'est pour cela que l'Éternel a béni le jour du repos et l'a consacré.

Honore ton père et ta mère, afin que tes jours se prolongent dans le pays que l'Étemel ton Dieu te donne*.

Tu ne tueras point.

Tu ne commettras point d'adultère.

1 Cette manière de voir est familière à la religion de l'Ancien Testament et se fonde sur le fait de la solidarité, qui prévalait aussi dans d'autres sphères de la Tie. Mais on ne doit pas oublier qu'il s agit là de la justice providentielle. Pour la justice humaine, li loi n'a pas adopté ce principe (Deut. XXIV, 16), et le prophète Ezéchiel le condamne explicitement (chap. XVIII). Comp. aussi Ex. XXXIV, 7. Nomh. XIV, 18.

^ La division adoptée dans la traduction est celle usitée dans les églises réformées, et qui a déjà été en vogue chez les Juifs. Avec elle, la défense des images est séparée de celle du polythéisme et peut ainsi s'appliquer aussi aux images du vrai Dieu. Selon les Rabbins, qui ont fait la division dans les manuscrits et dans nos bibles hébraïques imprimées, et selon les luthériens, il n'y aurait là qu'un seul commandement, et les images ne seraient que celles des faux dieux. Il est de fait que les anciens Israélites avaient des images symboliques de Jéhova (le veau d'or, le serpent d'airain). Enfin, on pourrait aussi diviser de la manière suivante : 1<> Jéhova est Dieu. 2" Point d'autres dieux et point d'images.

3 II s'agit du parjure. Très-anciennement déjà les Juifs ont compris dans cette défense tout emploi du nom de Dieu dans des discours sans importance, et Ton traduit : à la légère, etc. De là finalement l'usage de s'en interdire l'emploi tout à fait.

"^ Litt. : dans tes portes. Sur cette expression, voy. l'Introduction p. 133 suiv.

^ Il convient de rappeler que la seconde personne du singulier, ici et partout dans la loi, ne s'adresse pas à l'individu, mais au peuple entier. Autrement, le législateur aurait promis quelque chose de bien hasardé. Nous n'avons pas voulu changer à cet égard un texte si populaire. Mais par la suite nous mettrons partout le pluriel, quelle que soit la forme de l'original.

EXODE XX, i5-26. 57

Tu ne déroberas point.

Tu ne déposeras pas contre ton prochain comme témoin menteur.

Tu ne convoiteras pas la maison de ton prochain ; tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain, ni son esclave, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne, ni rien de ce qui appartient à ton prochain.

** Cependant tout le peuple voyait les tonnerres et les éclairs*, et le son des trompes et la montagne fumante, et à cette vue le peuple tremblait et se tenait à distance. Et ils dirent à Moïse : Parle-nous, toi, et nous voulons t'écouter; mais que Dieu ne nous parle pas, pour que nous ne mourions point. Alors Moïse dit au peuple : N'ayez pas peur! car c'est pour vous mettre à l'épreuve que Dieu est venu, et pour que, ne cessant de le craindre, vous ne commettiez point de péché*. Et le peuple se tint à distance, tandis que Moïse s'approcha des ténèbres où était Dieu.

'* Alors l'Éternel dit à Moïse ' : Voici ce que tu diras aux enfants d'Israël : Vous avez vu que je vous ai parlé du haut du ciel *. Vous ne ferez point, à côté de moi, des dieux d'argent et des dieux d'or : vous ne vous en ferez point. Vous me ferez un autel de terre, sur lequel vous immolerez vos holocaustes et vos sacrifices d'actions de grâces, votre gros et menu bétail; partout où je ferai prononcer mon nom*, je viendrai à vous pour vous bénir. Et si vous voulez me faire un autel de pierres, vous ne le construirez pas en pierres taillées, car en y portant le fer® vous le profaneriez. Et vous ne monterez pas à mon autel par des marches, pour que votre nudité ne soit pas découverte sur lui '.

^ Litt. : les flambeaax. — Il ne faut pas s'arrêter à ce que l'auteur se sert du terme de voir, a propos des tonnerres^ etc. Le sens est : le peuple était présent, spectateur de ce qui se passait, témoin oculaire.

^ Litt. : pour que sa crainte soit devant vous, afin que vous ne péchiez pas. L'épreuve consistait à donner des commandements pour voir si on les suivrait.

3 Ici commence une espèce de code nommé plus bas le livre de V alliance, lequel, en majeure partie (chap. XXI-XXIIIJ, contient des lois civiles. Il est précédé d'une injonction relative au culte à rendre au vrai Dieu (Introduction, p. 184 suiv.]

4 A vrai dire, le texte dit simplement : du ciel, le ciel paraissant descendre sur la montagne.

^ Il ne s'agit pas ici de l'autel du tabernacle, qui n'était pas de terre, mais des autels en général, et cette loi autorise donc implicitement la construction de plusieurs sortes d'autels, sans exiger l'absolue centralisation du culte. — Faire prononcer le nom de Dieu, équivaut à : faire invoquer ; ce qui revient à dire : partout où l'on me consacrera on lieu de eulte (Introd., p. 62).

^ Litt. : en brandissant l'épée sur lui. L'épée est mise ici pour tout autre instrument de fer.

"^ L'ordre s'adresse à tout le peuple; il ne s'agit pas de prêtres. (Pour les opérations du sacrifice on ne mettait pas le manteau, mais on se contentait de la tunique.)

58 EXODE XXI, i-li.

' Et voici les lois que tu leur proposeras :

Si vous achetez un esclave hébreu, il servira six ans, et la septième il s'en ira libre gratuitement. S'il est venu seul*, il s'en ira seul; s'il a été marié, sa femme s'en ira avec lui. Si son maître lui a donné une femme, et qu'elle lui ait enfanté des fils ou des filles, la femme et ses enfants seront au maître, et lui s'en ira seuP. Mais si l'esclave devait dire : J'aime mon maître, ma femme et mes enfants, je ne veux pas m'en aller libre, alors son maître le fera venir devant Dieu', et le fera approcher de la porte ou du poteau, et son maître lui percera Toreille au moyen d'un poinçon, et il le servira à perpétuité*.

^Si quelqu'un vend sa fille comme servante^, elle ne s'en ira pas comme s'en vont les esclaves mâles. Si elle déplaît à son maître qui se l'était destinée, qu'il la fasse racheter : il n'aura pas le droit dé la vendre à des étrangers, parce qu'il ne lui a pas tenu sa promesse^. S'il l'a destinée à son fils, il lui accordera les droits des filles^. S'il en prend une autre, il ne lui retranchera rien de sa viande, de son habillement, et de ses droits conjugaux*. S'il ne lui fait pas ces trois choses ", elle s'en ira gratuitement, sans rien payar.

^ Litt. : dans son corps (de sa personne). L'Israélite pouvait devenir esclave comiM débiteur insolvable^ ou en se vendant à cause de son indigence.

2 La femme est naturellement censée avoir été esclave elle-mdme avant d'être mariée.

3 Devant une autorité, un juge^ ou dans un lieu consacré au culte.

'^ L'esclavage, dans les conditions supposées ici, n'était guère plus dur que la siiiipla domesticité, par exemple, dans nos campagnes, où la table mfime est commune, et où les besoins sont restreints. Un pauvre bomme se trouvait bien dans une position où sa subsistance était assurée. Voy. d'ailleurs l'Introduction, p. 176.

^ Également par des motifs d'indigence. 11 va sans dire qu'ici il faut joindre a la condition de domesticité, celle d'un concubinage autorisé par les mœurs, et n'emportant aucun déshonneur. La loi distingue donc les deux sexes. La fille esclave n'est pas libre après six ans, en revanche elle peut Otre rachetée à telle époque que son père le vent, si le maître ne veut pas la garder ; elle ne peut être vendue à l'étranger, et tant qu'elle reste dans la maison, elle a des droits comme membre de la famille.

^ En Tachetant, il lui avait pour ainsi dire promis une existence de famille, elle pouvait espérer de devenir mère, etc.

"^ Le père achetait une concubine à son fils devenu adulte ; celle-ci devenait sa bru, et devait être traitée comme fille de la maison.

^ Chacun était libre d'avoir autant de femmes qu'il pouvait en nourrir ; mais l'introduction d'une nouvelle femme dans la maison ne devait pas rendre la position d'une précédente plus triste ou plus précaire. Naturellement le législateur a en vue des hommes aisés. C'est pourquoi il ne parle pas de nourriture en général> mais spécialement de viande,

^ Le texte ne dit pas clairement de quelles trois choses il est question. Mais on peut songer à la viande, à l'habillement et à la cohabitation conjugale; dans ce cas, la daase ne se rapporterait qu'au dernier cas. Une autre explication, qui la rapporte aux trois

" Celui qui frappe un homme de sorte qu'il en meurt, doit être mis à mort. Mais pour celui qui n'a point agi avec préméditation, mais sous la main duquel Dieu l'a fait tomber % je vous désignerai un lieu où il pourra se réfugier. Mais si quelqu'un s'emporte avec violence contre un autre de manière à le tuer dans un guet-apens, vous l'arracherez même de mon autel pour qu'il meure*.

" Celui qui frappe ' son père ou sa mère doit être mis à mort. Celui qui ravit un homme et le vend, ou au pouvoir duquel on le trouve, doit être mis à mort*. Et celui qui maudit son père ou sa mère doit être mis à mort.

*® Si des hommes se querellent et que l'un frappe l'autre avec une

pierre ou du poing, de manière qu'il n'en meurt point, mais qu'il

reste alité, alors, s'il en relève, et peut sortir appuyé sur son bâton,

celui qui l'a frappé sera hors de cause; seulement il indemnisera

l'autre pour avoir dû garder le lit et le fera guérir *.

^^ Si quelqu'un frappe son serviteur ou sa servante avec un bâton

de manière qu'il meurt sous sa main, il doit être vengé ®. Cependant

s'il survit un jour ou deux, il ne sera point vengé : car c'est son

argent.

'* Si des hommes se battent et que l'un d'eux frappe une femme

cas précités [s'il ne la fait pas racheter^ s'il ne la donne pas à son fils, s'il la prive de ce qui lui revenait}, ne nous paraît guère acceptable, surtout parce qu'elle s'applique très-mal au premier cas. Car le maître n'est forcé ni de l'admettre dans son lit, ni de la faire racheter. — Ce qui est dit au v. 10 (s'il en prend une autre, etc.) pourrait être traduit de manière à s'appliquer au fils : S'il lui en donne une autre [légitime], etc.

1 Cette phrase exprime l'idée du hasard, et distingue l'homicide involontaire de l'assassinat. Elle dit, dans le premier cas, que Dieu a fait en sorte que la victime s'est rtneonir€e avec la main du meurtrier. Le passage Deut. XIX, 5 en donne un exemple. Pour les asiles, voyez au môme endroit et Nomb. XXXV, et en général l'Introduction, p. 64.

^ Les lieux saints étaient des asiles dans toute l'antiquité [1 Rois II, 29).

3 Tout simplement. Il ne s'agit pas de parricide. Ce crime était trop horrible pour être seulement mentionné, ou supposé possible. Il est vrai que le texte emploie ici le même verbe qu'au v. 12. Le législateur a donc voulu dire que l'acte en lui-même est on crime capital, n'importent les conséquences.

^ Le Deutéronome [chap. XXIV, 7) borne cette disposition au rapt d'un Israélite, et c'est bien ainsi que notre texte doit être entendu également.

^ Il paiera les frais occasionnés par la maladie , et l'indemnité pour le coucher (textuel), c'est-à-dire pour l'incapacité temporaire de travail.

^ Le texte ne dit pas comment. Cependant il n'est pas vraisemblable que le législateur ait songé à la peine de mort, qu'il aurait nommée explicitement, comme dans les cas précédents. Il s'agit d'ailleurs probablement d'esclaves étrangers. Si l'individu frappé ne meurt pas sur-le-champ, c'est une preuve que ce n'était pas un meurtre volontaire* et le maître est assez puni par la mort de son serviteur.

enceinte *, de sorte qu'elle fait une fausse couche, sans qu'il y ait d'autre dommage, il sera puni d'une amende, selon que le mari de la femme la lui impose, et il la paiera au gré des arbitres. Mais s'il y a dommage, vous mettrez vie pour vie, œil pour œil, dent pour dent, main pour main, pied pour pied, meurtrissure pour meurtrissure, blessure pour blessure, contusion pour contusion.

*• Si quelqu'un frappe l'œil de son esclave (ou l'œil de sa servante) et le lui fait perdre, il le laissera s'en aller librement en compensation de son œil, et s'il fait tomber une dent à son esclave (ou à sa servante), il le laissera s'en aller librement en compensation de sa dent.

^^ Si un bœuf frappe un homme ou une femme de sorte qu'ils en meurent, le bœuf doit être lapidé, et sa chair ne sera pas mangée, mais le maître du bœuf sera hors de cause. Cependant si le bœuf était enclin à frapper depuis longtemps^', et que son maître, bien que dûment averti, ne l'ait pas surveillé, alors le bœuf, s'il tue un homme ou une femme, sera lapidé, et le maître aussi sera mis à mort. Si on lui impose une rançon, il paiera pour racheter sa vie selon ce qu'on lui aura imposé '. Ou bien un fils ou une fille aura été frappé : alors on agira à leur égard d'après la même règle ♦- Si c'est un esclave que le bœuf a fi^ppé, ou une servante, on donnera au maître trente sicles d'argent*, et le bœuf sera lapidé.

" Si quelqu'un ouvre une citerne, ou si quelqu'im creuse une citerne et ne la couvre pas, et qu'il y tombe un bœuf ou un âne, le propriétaire de la citerne dédommagera le maître en argent, ei l'animal mort lui appartiendra.

'* Si le bœuf de quelqu'un frappe le bœuf d'un autre, de sorte qu'il meurt, ils vendront le bœuf vivant et en partageront le prix, et ils partageront également le bœuf mort. Cependant s'il est notoire que le bœuf était enclin à frapper depuis plus longtemps, et que son maître ne Tait pas surveillé, celui-ci donnera son bœuf en compensation de l'autre bœuf, et le mort lui appartiendra.

1 On suppose que la femme de Tun veut intervenir, ou prendre fait et cause pour son mari. Le texte est négligemment rédigé, en ce qu'il dit : et quih frajtpent, — Les arbitres interviennent pour que la demande en dommages ne soit pas exorbitante. — Nous ne savons si le sens est exactement rendu par le terme de fausse couche. Le législateur a pu songer à un accouchement avant le terme, l'enfant naissant viable.

*^ Litt. : d'hier et d 'avant-hier.

^ La mort du maître est de droit, à moins que les parents de la victime ne consentent à un arrangement.

4 On veut dire que la loi ne fait pas ici de distinction entre majeurs et mineurs ; mais elle en fait à l'égard des personnes libres et des esclaves.

5 Environ 90 francs. C'était la valeur d'un esclave au huitième siècle (Zach. XI, 11).

EXODE XXI j, 37. XXII, 1-10. 61

" Si quelqu'un vole un bœuf ou un mouton, et le tue ou le vend, il donnera cinq bœufs en compensation du bœuf, et quatre moutons pour le mouton. * Si le voleur est surpris pendant TefFraction *, et qu'il soit frappé de manière qu'il en meurt, il n'y aura pas là crime d'homicide. Si le soleil était levé lors du fait', il y a crime d'homicide. Le voleur devra payer pour compensation * ; s'il n'a pas de quoi, il sera vendu pour la valeur de son vol. Si l'objet volé se trouve encore vivant en sa possession, que ce soit bœuf, àne ou mouton, il en restituera deux.

* Si quelqu'un laisse paître ses bètes dans un champ ou dans un verger, et les laisse aller paître dans le champ d'un autre, il donnera en compensation du meilleur produit de son champ et de son verger*. S'il éclate un feu et atteint des broussailles, et qu'un tas de gerbes, ou la moisson sur tige, ou le champ soient consumés, celui qui aura allumé le feu sera tenu de compenser le dommage *.

* Si quelqu'un donne à garder à un autre de l'argent ou d'autres objets, et que ce soit volé de la maison de celui-ci, le voleur, s'il est découvert, restituera le double. Si le voleur n'est pas découvert, le propriétaire de la maison se présentera devant Dieu, s'il n'a pas porté la main sur la chose de l'autre*. Pour tout cas de délit, pour un bœuf, pour un âne, pour un mouton, pour un manteau, pour tout objet perdu, dont quelqu'un dit que c'est cela', la cause des deux parties doit venir devant Dieu : celui que Dieu aura déclaré coupable restituera le double à l'autre *. Si quelqu'un donne à garder à un autre un àne, ou un bœuf, ou un mouton, ou toute autre bête, et qu'elle meure, ou ait un membre cassé, ou soit ravie sans que personne l'ait vu, un serment devant l'Éternel interviendra entre

1 Nocturne. Voyez ce qui suit.

^ Litt. : sur lui. On remarquera que la loi ne détermine pas la peine à appliquer dans ce cas. Comp. chap. XXI, 12, 20.

3 Sans doute d'après le principe de chap. XXI, 37, ou de chap. XXII, 3.

^ Les propriétés n'étaient pas toujours séparées par des clôtures. Le maître doit faire surveiller ses bêtes.

^ On allumait des feux dans les champs pour produire de l'engrais. Ce feu, mal gardé, pouvait gagner les haies de clôture .et se communiquer au champ du voisin.

0 II lui sera déféré le serment pour se purger de tout soupçon. On n a pas besoin d'insérer les mots : pour dire si, etc. Le texte exprime la supposition qu'il ne se présentera pas s'il est coupable.

'^ L'objet qu'il déclare lui appartenir et qu'il aura trouvé en possession d'un autre.

8 Cela ne veut pas dire que le demandeur pourrait être également condamné le cas échéant. Celui ne peut être que le défendeur, si tant est que les juges le condamnent. Seulement il ne faut pas croire que Èlohîm signifie les juges. Ce nom de Dieu peut se construire avec le verbe au pluriel (Gen. XX, 13).

les deux : si l'un n'a pas porté la main sur la chose de l'autre, le propriétaire acceptera cela et il n'y aura point compensation *. Mais si elle a été volée de chez lui, il compensera le dommage au propriétaire. Si elle a été tuée par une héte féroce, il l'apportera en témoignage * ; pour la héte ainsi tuée il n'y aura point compensation. Si quelqu'un en emprunte une à un autre, et qu'elle ait un memhre cassé ou qu'elle périsse, le propriétaire n'étant pas présent ', on devra compenser le dommage. Si le propriétaire a été présent, il n'y aura point compensation. Si elle a été louée, elle est censée rentrer dans le louage^.

'^ Si quelqu'un séduit une vierge non encore fiancée et couche avec elle, il doit l'acheter pour en faire sa femme. Si le père devait refuser de la lui donner, il paiera en argent le montant de ce qu'on donne pour une vierge *.

" Vous ne laisserez point vivre une sorcière.

Quiconque couchera avec une héte doit être mis à mort.

Celui qui sacrifiera aux dieux, hormis à l'Étemel, sera mis au ban *.

'» Vous ne vexerez ni n'opprimerez l'étranger, car vous avez été étrangers vous-mêmes dans le pays d'Egypte. Vous n'aflligerez aucune veuve, ni aucun orphelin. Si vous deviez les affliger, alors, s'ils m'implorent en criant, certes, j'écouterai leurs cris et dans ma colère je vous ferai mourir par l'épée, de sorte que vos femmes deviendront veuves et vos enfants orphelins.

I Ces cas pouvaient se présenter entre maîtres et pâtres. Si le pâtre affirme par serment qu'il n'y est pour rien, le maître se contentera de cette déclaration. On remarquera la diirérence entre ravir (cas de force majeure) et voler (manque de surveillance .

* Et prouvera ainsi qu'il a chassé la b^le fauve.

•^ Autrement celui-ci aurait pu avoir soin de sa bête lui-mOme.

*' Le sens de cette phrase n'est pas bien sûr, et la brièveté des formules, qui caractérise tout ce petit code civil, produit ici une certaine obscurité. Nous avons exprimé le sens que si la brte a été louée pour de Tarpcnt, c'était aux risques du propriétaire, qui n'aura pas à exercer des droits de revendication. Il doit se contenter du prix de la location. D'autres pensent que le léfrislateur a voulu dire que si l'individu qui s'est servi de l'animal est aux gages du ])ropriétaire. il perdra ses gages pour compensation. Mai? il est dit en toutes lettres, qu'il n'y aura point de compensation.

^* Les Biles qu'on recherchait en mariage étaient payées aux pères par les prétendants. On a donc bien tort d'employer dans la traduction le terme de dot : la dot est ce que le père donne à la fille, d'après les usages modernes. Du reste, il va sans dire que le prix à payer variait selon la condition des familles. Si le père refusait le gendre, la fille était par cela même condamnée au célibat, mais lui était dédommagé.

^ Cette formule implique ù la fois l'idée d'un vœu de consécration ou de malédiction (la finodn des Latins) et celle du supplice, considéré dans ce cas comme un acte religieux .

EXODE XXn, 24-30. XXIII , 1-3. 63

^* Si vous prêtez de Targent à quelqu'un de mon peuple, au pauvre qui est parmi vous, vous ne serez pas à son égard comme des usuriers; vous n'exigerez pas d'intérêts de lui. Si vous prenez pour gage le manteau de votre prochain, vous le lui rendrez avant le coucher du soleil ; car c'est sa seule couverture, c'est le vêtement de son corps. Sur quoi se coucherait-il*? S'il m'implorait en criant, je l'écouterais, car je suis miséricordieux.

" Vous ne proférerez pas de blasphèmes contre Dieu ', et vous ne maudirez point celui qui est chef dans votre peuple.

Vous ne différerez pas de donner de votre récolte et de votre vendange ♦. Vous me donnerez le premier-né de vos fils *. Vous en ferez de même à l'égard de votre gros et menu bétail. Les petits seront sept jours avec leurs mères et le huitième jour vous me les donnerez.

'® Vous serez pour moi des hommes saints : vous ne mangerez pas la chair d'un animal trouvé égorgé dans les champs ; vous la jeterez aux chiens^.

* Vous ne répandrez pas de bruit mensonger ' ; vous ne prêterez point la main au méchant pour devenir faux témoin. Vous ne suivrez pas la foule pour mal faire. Dans un procès vous ne rendrez pas témoignage au gré de la foule, pour faire fléchir le droit. Vous ne favoriserez pas le pauvre dans son procès *.

' Les manteaux servaient aux pauvres de couchette et de couverture. Aussi les prophètes reviennent-lis plus d'une fois aux abus que le législateur veut prévenir ici (Amos II, 8. Deut. XXIV, 12; comp. Job XXII, 6; XXIV, 9, etc.).

^Josèphe et Philon veulent traduire les dieua, et en dérivent lassertion que le mosaîsme exerçait une grande tolérance religieuse. Cette interprétation, tout absurde qu'elle est, se conçoit dans la situation où le judaïsme se trouvait à leur époque. Il est tout aussi peu question des juges (v. 8J.

3 Le terme est très-vague, sans doute à dessein .

'^ Il s'agit des redevances dues à l'autel, prémices, etc. L'original dit textuellement : de votre plénitude et de votre liquide. Par liquide, on entend le vin et l'huile.

5 Comp. chap. XIII, 13 (Introd., p. 63).

0 La chair d'un animal mort par accident ou (comme il est dit dans le texte) tué par une autre bête, est considérée comme de la charogne et par conséquent impure. La sainteté est prise ici non dans le sens moral, mais dans celui de la pureté légale.

"^ De calomnie, par laquelle vous deviendriez faux témoins vous-mêmes, et aideriez le malveillant. En général, vous ne vous associerez pas aux mauvais procédés des autres.

^ D'après Lév. XIX, 15, on est tenté de changer ici la leçon et de mettre le grand k la place du pauvre. Il s'agit de la substitution d'une seule consonne à une autre qui lui ressemble {gdl pour wdl). Le fait est que la recommandation serait assez singulière.

64 EXODE XXUI, 4-14.

♦ Si VOUS rencontrez le bœuf de votre ennemi, ou son àne égaré, vous aurez soin de le lui ramener. Si vous voyez l'âne de votre adversaire étendu à terre sous son fardeau, ne songez point à Tabandonner: vous ne le laisserez pas seul avec lui'.

* Vous ne forez pas fléchir le droit de vos pauvres dans leurs procès. Vous vous abstiendrez de toute parole de mensonge, et vous ne ferez point mourir l'innocent et le juste *, car je ne laisserai pas impuni le coupable. Vous n'accepterez point de présents', car les présents aveuglent les clair\'oyants et rendent mauvaises les causes des justes. Vous n'opprimerez point l'étranger: vous savez vousmêmes les sentiments de l'étranger ^, puisque vous avez été étrangers dans le pays d'Egypte.

*^ Durant six années vous ensemencerez vos terres et vous en recueillerez le produit ; mais la septième vous le laisserez et l'abandonnerez aux [)auvres de votre peuple, afin qu'ils s'en nourrissent, et que les hôtes sauvages mangent ce qui reste. Vous en ferez de môme à l'égard de vos vignes et de vos oliviers*. Durant six jours vous ferez votre besogne, et le septième vous chômerez, pour que votre IxDuf et votre ane se reposent, et que le fils de votre servante et l'étranger puissent respirer*.

" Soyez sur vos gardes à l'égard de tout ce que je vous ai dit: ne prononcez point le nom d'autres dieux ; qu'il ne soit point entendu de votre bouche.

** Trois fois dans l'année vous me ferez une fête. Vous observerez la fôte des pains azymes : durant sept jours vous mangerez du pain

' Le texte est incertain ici. D'après les accents, et en prenant la négation (M) dans le sens du pronom [lo], il paraît que les rabbins ont compris la pbrasc dans ce sens : oe songez pas ù lo lui abandonner (ù lui laisser à lui seul le soin de relever l'animal; vous l'aiderez à le délier (Deut. XXII, 4). Du reste, si l'on ne veut pas admettre qu'il y ait ici une interpolation, il faut convenir que les articles du code se suivent dans uo ordre assez peu métbodique.

''^ Il s'agit de meurtres judiciaires amenés par de fausses accusations.

3 Juges, vous no vous laisserez pas corrompre.

'^ Vous savez la position dans laquelle il se trouve, et combien peu il est à son aise par le fait mOmo qu'il n'est pas chez lui et sur son propre terrain.

^ Sur ce qu'on a appelé plus lard l'année sabbatique, voyez rintroduction, p. 1*16. Eu traduisant : Vous le laisserez, nous rapportons lo prcmom au produit. Ordinairement on traduit : Vous Ifi laisserez (la terre) en jachère.

C La plupart des esclaves étaient nés dans la maison môme du maître, soit comme fils de ses concubines, soit comme enfants d'autres esclaves plus anciennement attachés à la famille (chap. XXI, 4). L'étranger dont il est parlé ici est censé de conditioo servile, ou du moins corvéable, comme Tétaient les Cananéens du temps de Salomon (t Rois IX, 21).

non fermenté, comme je vous l'ai ordonné, à l'époque fixée du mois Abîb, parce que c'est à cette époque que vous êtes sortis d'Egypte, et Ton ne paraîtra pas devant moi les mains vides. Puis la fête de la moisson, des prémices de vos produits que vous aurez semés dans les champs, et la fête de la récolte à la fin de l'année, quand vous récolterez vos produits des champs*. Trois fois dans l'année tous vos mâles se présenteront devant le Seigneur l'Éternel.

" Dans vos sacrifices vous ne mettrez pas le sang de la victime avec du pain levé, et la graisse consacrée pour ma fête ne restera pas jusqu'au lendemain*.

Vous apporterez à la maison de l'Étemel votre Dieu, comme prélèvement, les prémices de vos champs*.

Vous ne ferez pas cuire le chevreau dans le lait de sa mère*.

*® Voyez, je ferai marcher devant vous une manifestation * pour vous garder en route, et pour vous conduire au lieu que je vous ai destiné. Soyez sur vos gardes, en sa présence, et écoutez sa voix. Ne soyez pas rebelles envers elle, car elle ne pardonnerait point vos

^ Pour la première des trois grandes fêtes, voyez chap. XII, XIII. La seconde nous est plus connue sous le nom de la Pentecôte, la troisième est la fête des tabernacles. Il en sera question souvent encore avec plus de détails. Notre texte prouve clairement que les deux dernières [et probablement aussi la première) étaient dans l'origine des fStes relatives à l'agriculture. La fin de Tannée est Tépoque où finissent les travaux de la récolte, et où vont recommencer les semailles. On voit que notre texte, tout en affirmant que l'institution de la première des trois fêtes est antérieure au présent code, ne contient encore rien au sujet des rites prescrits au chap. XII. Il a plus d'affinité avec le texte de chap. XIIL 2-iO, qui est positivement plus ancien que celui qui le précède actuellement.

s Cette prescription est ordinairement considérée comme se rapportant au rite pascal (chap. XII, 10, 19). Le texte permet de traduire : votre sacrifice (au singulier). Mais le contexte ne nous semble pas favoriser la restriction ; comp. cbap. XXXIV, 25.

3 Ce qui était spécialement prescrit pour la seconde fête, parait avoir également ici une portée plus générale.

4 X^ motif de cette défense échappait déjà aux anciens commentateurs juifs. Ce ne peut pas avoir été celui de ne pas tuer les chevreaux dès les premiers jours (chap. XXII, 29). L'usage de cuire la viande dans du lait existe encore aujourd'hui chez les Arabes. Il est à remarquer que la même règle est encore écrite au chap. XXXIV, 26 et Deut. XIV. 21 .

^ Cette manifestation de la présence personnelle de Dieu est positivement la même qui a déjà été mentionnée précédemment comme visible à la tête de la grande caravane (cbap. XIII, 21). Il n'est pas question d'un ange. Ce que le mortel peut apercevoir de Dieu, les effets de sa puissante volonté dans la nature, comme la déclaration de ses saints commandements, est un élément distinct de son essence, une délégation (maleak) de son être.

A. T. 3« part. — II. 5

6t) BXODE XXIII, 22-31.

péchés, puisque ma personne ' y est présente. Car si vous écoutez bien sa voix, et si vous faites tout ce que j'ordonnerai, je serai Tennemi de vos ennemis et l'adversaire de vos adversaires. Car ma manifestation marchera à votre tête, et quand elle vous aura conduits chez l'Ëmorite, et le ^ittite et le Perizzite et le Cananéen, le Qiwwite et le lebousite, et que je les aurai exterminés, vous ne vous prosternerez pas devant leurs dieux et vous ne les adorerez pas ; vous ne ferez pas comme eux, mais vous les * détruirez et vous briserez leurs monuments'. Si vous adorez l'Éternel, votre Dieu, il bénira votre pain et votre eau ^, et j'éloignerai la maladie du milieu de vous. Il n'y aura point dans votre pays de femme qui avorte ou qui soit stérile, et je rendrai complet le nombre de vos jours*. J'enverrai devant vous ma terreur^ et la panique à tout peuple chez lequel vous arriverez, et je ferai que tous vos ennemis courbent la nuque devant vous. C'est le frelon ' que j'enverrai devant vous pour qu'il chasse le ^iwwite, le Cananéen et le ^ittite. Je ne les chasserai pas en une seule année, de peur que le pays ne devienne uo désert et que les bêtes sauvages ne deviennent trop nombreuses contre vous. C'est peu à peu que je les chasserai devant vous, jusqu'à ce que vous soyez assez multipliés pour occuper le pays*. Je fixe vos limites depuis la mer aux algues jusqu'à la mer des Philistins, et du désert au grand fleuve ^, car je vous livrerai les habitants

1 Litt. : mou nom. On n'a qu'à lire quelques lignes de plus pour se convaincre que le prétendu ange n'est autre que la personne divine elle-même présente et se manifestant par ses actes protecteurs.

- Les (lieux.

•^ Nous ne mettons pas les statues, ce terme signifiant chez nous une figure de forme humaine. Chez les Cananéens il s'agissait de pierres érigées, ou d'obélisques. •^ Le pain et l'eau représentent la nourriture en général. '* Vous arriverez à un âge avancé, vous ne mourrez pas avant le temps.

^ Encore un exemple de prosopopée ou, si l'on veut, de dédoublement de la personne divine. C'est comme une force qui se détache ou qui émane de Dieu, mais qui est représentée comme agissant personnellement.

"> Nous pensons que c'est là une locution figurée, l'homme n'ayant aucun moyen de se défendre contre un essaim de pareils insectes. L'histoire ne parle pas de frelons à l'occasion de la conquête.

^ Et pourtant ils sont dès à présent au nombre de 600,000 combattants. Notre texte constate tout simplement que la conquête ne réussit pas complètement. Voyez l'Introduction, p. 12 s., 74 s.

9 Du golfe de Suez à la côte de la Méditerranée, et du désert de l'Arabie Pétrée jusqu'à TEuphrate. Il faut songer à cette partie du cours du fleuve qui est au norH èe la Palestine. C'est l'empire de David. Les Israélites eux-mêmes n'ont jamais occupé tous les territoires compris dans ces limites.

<lu pays et je les chasserai devant vous. Vous ne ferez point de pacte avec eux et avec leurs dieux. Ils ne doivent pas demeurer dans votre pays, pour qu'ils ne vous fassent point pécher contre moi. en tant que vous adoreriez leurs dieux : car ce serait un piège * pour vous.

* [Et ' à Moïse il dit : Monte auprès de l'Étemel, toi et Aharôn, Nadah et Abîhoû, avec soixante-dix des chefs d'Israël, et prosternezvous de loin. Et Moïse seul doit s'approcher de l'Éternel, mais eux ne devront point s'approcher, et le peuple ne montera pas avec lui.]

' Et Moïse vint et exposa au peuple toutes les paroles de l'Éternel et toutes les ordonnances, et le peuple répondit tout d'une voix et dit : Tout ce que laheweh a dit et ordonné, nous le ferons. Alors Moïse écrivit toutes les paroles de l'Éternel, et le lendemain matin il érigea un autel au pied de la montagne, et douze pierres pour les douze trihus d'Israël. Puis il envoya les jeunes gens d'entre les Israélites offrir des holocaustes et immoler des taureaux en sacrifices d'actions de grâces à l'Éternel. Et il prit la moitié du sang et le mit dans les bassins, et de l'autre moitié il aspergea l'autel. Puis il prit l'écrit du pacte et le lut en présence du peuple. Et ils dirent : Tout ce que laheweh a ordonné, nous le ferons et nous obéirons. Alors Moïse prit le sang et en aspergea le peuple en disant : C'est là le sang du pacte que l'Éternel fait avec vous au sujet de tous ces commandements '.

* [Alors ♦ Moïse et Aharôn, Nadab et Abîhoû, et soixante-dix des chefs d'Israël montèrent et virent le dieu d'Israël, et sous ses pieds c'était comme un parquet en dalles de saphir et comme le ciel même

1 Ce tenne est très-fréquent dans la Bible. Il rappelle que les chasseurs s'emparent d'an animal en ce que celui-ci se laisse tromper par un appât. Ainsi, au moral, l'objet qui tente un homme et qui lui fait oublier son devoir est comparé à un appât et devient pour lui un piège.

^ Dans ce chapitre il y a un double récit combiné par la main d'un rédacteur. V. 1^ 2, 9-11, 15-1 7, Moïse est mandé auprès de Dieu sur la montagne, avec Aharôn et ses deux fils et 70 des anciens d'Israël ; ils voient Dieu sans mourir pour cela. Puis Moïse entre dans la nuée et Dieu lui donne les ordres relatifs à la construction du tabernacle, chap. XXV- XXXI. — V. 3-8, 12-14, 18, Moïse transmet au peuple les commandements contenus dans les chap. XXI-XXIII ; le peuple promet de les observer et sanctionne ce pacte par un sacrifice. Puis Moïse est mandé auprès de Dieu sur la montagne pour recevoir les tables de pierre (Aharôn reste avec le peuple en bas). Moïse reste à la montagne 40 jours, puis il redescend, chap. XXXII.

3 Le pacte entre les deux parties contractantes Jéhova et IsraGl, est consacré par la double aspersion. On remarquera qu'il n'est pas question de prêtres à propos de cesacrifice. Pour récrit du pacte on dit ordinairement le livre de l'alliance.

-^ Reprise de la narration interrompue v. 2.

en clarté. Mais il ne mit point la main sur les élus des enfants d'Israël: ils avaient vu Dieu et mangèrent et burent ^J

" Puis ' rÉternel dit à Moïse : Monte auprès de moi sur la montagne, et restes-y, pour que je te donne les tables de pierre • avec les commandements et instructions que j'ai écrites pour les leur enseigner. Alors Moïse se mit en route avec Josué son serviteur; et Moïse monta à la montagne de Dieu. Mais aux chefs il dit : Restez ici jusqu'à ce que nous revenions vers vous. Voyez, Âharôn et ^our sont avec vous. Quiconque aura une cause à plaider pourra s'adresser à eux *.

** [Et lorsque Moïse fut monté sur la montagne, la nuée couvrit la montagne. Et * la gloire de l'Étemel fut présente sur le mont Sinaï; la nuée le couvrit durant six jours, et le septième jour il appela Moïse du sein de la nuée. Et l'aspect de la gloire de l'Étemel était comme un feu ardent sur le sommet de la montagne aux yeux des enfants d'Israél.]

*' Et Moïse entra dans la nuée et monta sur la montagne, et Moïse resta sur la montagne quarante jours et quarante nuits *.

^ Nous croyons que les commentateurs se trompent en disant que toutes ces personnes prirent sur la montagne même, et en présence de Dieu, un repas solennel rattaché à la cérémonie religieuse qui précède [mais qui est racontée par un autre narrateur]. Voici le sens tel que nous le comprenons: Ces hommes avaient été admis en présence de Dieu, mais ils n'en moururent point (Genèse XVI, 13), Jéhova n'avait pas mis la main sur eux [pour les faire mourir), au contraire, ils restèrent en bonne santé, ils vécurent comme auparavant, mangeant et huvant (plus tard) comme à l'ordinaire. Quand il est dit qu'ils rtrent Dieu, il ne faut pas songer à une forme humaine, mais à l'enveloppe lumineuse de la personne divine (v. 16), à côté de laquelle on ne décrit ici que ce qui semblait la porter, le ciel azuré sous ses pieds (Ez. I, 26).

* Continuation de l'autre récit, à rattacher au v. 8. Il n'est .question ici ni d'Aharôn et de ses fils, ni des soixante-dix, mais de Josué (chap. XVII, 9).

3 C'eat la première fois qu'il est question de ces tables.

^ Ce qui est dit là des chefs ne saurait appartenir au récit d'après lequel les 70 chefs avaient accompagné Moïse sur la montagne. Evidemment ils sont ici au camp et doivent gérer les affaires courantes jusqu'au retour de Moïse. Sur Hour, voyez chap. XVII. 10. Aharôn reste également au camp, tandis que dans l'autre récit il va à la montagne.

5 Continuation du récit interrompu au v. 1t. Comp. pour la forme, chap. XIX, 20.

6 Cette dernière phrase se rattache au 1 4* verset, et les quarante jours n'ont rien de commun avec les sept de l'autre récit. Du reste, on n'apprend pas ce que fit Josné pendant ce temps. A ce v. 18 il faut rattacher le récit du chap. XXXII.

* L'Éternel s'adressa à Moïse en ces termes * : Parle aux enfants d'Israël pour qu'ils m'apportent une offrande; c'est de la part de tout homme que son cœur y disposera que vous m'apporterez l'offrande. Et voici quelle sera l'offrande que vous apporterez de leur part : de l'or, de l'argent, de l'airain, de la pourpre violette et rouge, du cramoisi, du lin, du poil de chèvre, des peaux de hélier teintes en rouge, des peaux de manati, du bois d'acacia, de l'huile pour le candélabre, des parfums pour l'huile d'onction et pour l'encens odorant, des pierres d'onyx et des pierres à enchâsser pour l'efod et le pectoral.

^Et ils doivent me faire un sanctuaire pour que je demeure au miUeu d'eux : vous le ferez à tous égards selon le modèle de la demeure et le modèle de tous ses meubles que je te fais voir*.

" Et ils doivent me faire une arche de bois d'acacia, longue de deux coudées et demie, large d'une coudée et demie, et haute d'une coudée et demie. Et tu la plaqueras d'or pur, en dedans et en dehors, et tu y mettras un rebord d'or tout autour. Et tu feras fondre pour elle quatre anneaux d'or que tu mettras à ses quatre pieds', deux anneaux à l'un de ses côtés et deux à l'autre. Puis tu feras faire des barres de bois d'acacia que tu plaqueras d'or, et tu feras passer les barres par les anneaux sur les côtés de l'arche, pour servir à la porter. C'est dans les anneaux de l'arche que les barres resteront; elles n'en seront point retirées. Et dans l'arche tu

1 Le texte passe ici à la description du tabernacle et de ses meubles^ et commence par énumérer les matériaux qu'il fallait amasser au moyen de dons volontaires. Les couleurs qui sont mentionnées représentent naturellement des étoffes. Le manati est un cétacé de la famille des daupbins et fréquent dans la mer rouge. D'autres ont pensé au phoque. Luther y a vu le blaireau. Les bibles françaises changent l'animal en couleur bleue. L acacia de l'Orient, qu'il ne faut pas confondre avec le nôtre, est la mitnosa nilotica ou V acacia ver a des botanistes. L'éfod et le pectoral seront décrits plus bas. Sur le tabernacle en général, comp. l'Introduction, p. 237, 240 suiv.

^ On pourrait mettre le prétérit d'après les passages parallèles, chap. XXVI, 30; XXVII, 8. On doit supposer que Dieu fit voir sur la montagne (chap. XXV, 40) des modèles du tabernacle, etc., et que le rédacteur place l'explication verbale que nous lisons ici après cette instruction de visu. En tout cas, il n'est pas question d'une vision de Moise, mais de quelque chose d'objectif. Comp. Hébr. VIÏI, 5. En nous servant du mot de demeure, nous restons dans l'ornière traditionnelle, mais proprement le texte entend parler de l'échafaudage en bois, ou en planches, qui, avec les tentures, formait le tabernacle. Nous n'avons pas trouvé d'expression convenable pour une construction analogue à celles qui se dressent dans nos foires.

^ Les anneaux étaient donc attachés à la partie inférieure, aux angles saillants et peut-être prolongés en pointe, de la base de larche, et celle-ci n'était point suspendue quand on la portait, mais dépassait la tête des porteurs.

mettras la loi que je te donnerai*. *'Puis tu feras un couvercle d'or pur long de deux coudées et demie et large d'une coudée et demie. Et tu feras deux keroûbs* d'or; tu les feras en ou\Tage bosselé, tenant aux deux extrémités du couvercle, l'un des keroûbs à l'une des extrémités, et l'autre keroûb à l'autre extrémité : vous ferez ces keroûbs de manière qu'ils tiennent au couvercle à ses deux extrémités. Et ces keroûbs auront les deux ailes étendues vers le haut de manière qu'ils couvrent le couvercle de leurs ailes, les faces tournées l'un vers l'autre; c'est vers le couvercle que les faces des keroûbs seront tournées. Et tu mettras ce couvercle par dessus l'arche, et dans l'arche tu mettras la loi que je te donnerai. C'est là que je communiquerai avec toi ', et je te dirai du haut du couvercle, entre les deux keroûbs qui sont sur l'arche de la loi, tout ce que j'aurai à te commander à l'adresse des enfants d'Israël.

'* Puis tu feras une table de bois d'acacia, longue de deux coudées et large d'une coudée et haute d'une coudée et demie. Tu la plaqueras d'or pur et tu y mettras un rebord d'or tout autour. Et tu mettras à l'entour une bordure de la largeur de la main, et tout autour de la bordure un rebord d'or. Et tu feras quatre anneaux d'or et tu mettras ces anneaux aux quatre angles formés par les quatre pieds; c'est à la jonction de la bordure que les anneaux se trouveront, pour y faire passer les barres à porter la table*. Tu

' Le mot hébreu employé ici pour la loi a été expliqué plus haut, chap. XVI, 34. S'il s'agit ici du décalogue, il y a à remarquer que le verbe est au futur (comp. chap XXIV, 12). Les tables sont censées ne pas encore exister.

*2 Sur la forme de ces figures nous ne savons absolument que ce qui est dit ici Etaient-ce des formes d'hommes, d'oiseaux, ou des figures composées de différents éléments? Nous voyons seulement qu'elles avaient des ailes, que les deux figures se regardaient et que les ailes se dressaient comme celles d'un oiseau qui prend son essor, cependant ni de côté ni en arrière, mais dans une position contraire à la nature, de manière à se rencontrer au milieu en formant un dais sur Tarche [comp. Gen. III, 24) Eu tout cas c'étaient des symboles de la divinité supposée présente sur larche qui était son siège, et veillant sur sa loi. Les peintres du moyen-âge les ont réduits à des t<?te< d'enfants avec deux petites ailes. Cela ne s'accorde en aucune façon avec le texte, lequel cependant ne dit pas si les figures étaient debout ou à genoux, comme on les dessine quelquefois de nos jours.

"^ Ce sera l'endroit réservé à mes révélations ultérieures. De là le nom si fréquent : tabernacle de la communication [ordinairement, de l'assemblée], ou d'après la version grecque (mais par suite d'une fausse étymologie) : tabernacle du témoignage. Pour le sens que nous donnons au mot mo^i'd, voir chap. XXIX, 42 s. Nomb. XVII, 19.

^ Si la description, ici et ailleurs, n'est pas parfaitement claire, la faute en est au texte plus qu'au traducteur. Nous supposons que la large bande de bois plaqué U bordure) dont il est question, était destinée à relier entre eux et à tenir fermes les quatre pieds de la table ; la jonction de cette bordure serait, sur les deux longs côtés, la place où ceux-ci formaient angle avec les deux autres côtés. Le rebord s'élève sur les bords du dessus de la table, et est destiné à retenir les objets qui y sont déposés

feras ces barres de bois d'acacia et tu les plaqueras d*or, et avec elles la table devra être transportée. Et tu feras les plats, les coupes, les pots et les jattes, avec lesquels on fait les libations; c'est d'or pur que tu les feras. Et sur la table tu placeras le pain de présentation ^ devant moi continuellement.

'* Puis tu feras un candélabre d'or pur. C'est en ouvrage bosselé que sera fait ce candélabre, son pied et son tuyau '. Ses calices, ses boutons et ses fleurs seront d'une pièce avec lui. De ses côtés sortiront six tuyaux, trois d'un côté du candélabre et trois de l'autre côté. Trois calices épanouis, bouton et fleur, à un tuyau, et trois calices épanouis, boulon et fleur, à un autre tuyau, et ainsi aux six tuyaux du candélabre; et au candélabre lui-même, quatre calices épanouis, avec leurs boutons et fleurs, un bouton sous les deux tuyaux qui en sortent, puis un autre bouton sous les deux tuyaux qui en sortent, et encore un bouton sous les deux tuyaux qui en sortent: ainsi pour les six tuyaux sortant du candélabre; leurs boutons et leurs tuyaux seront d'une pièce avec lui, un seul ouvrage bosselé en or pur. Puis tu feras ses lampes au nombre de sept, et l'on y posera ces lampes, afin qu'il éclaire l'espace opposé; et ses mouchettes, et ses écuelles, en or pur. On emploiera un talent d'or' pur pour lui et tous ces objets. Tu auras soin de les faire d'après le modèle qui t'a été montré sur la montagne.

^ LiU. : Le pain de face, c'est-à-dire offert à la face ou personne de Dieu, supposé présent. On dit aussi quelquefois pain de proposition. Voj. pour plus de détails, Lëv. XXIV. On laissait cette offrande d'un sabbat à l'autre en permanence sur la table, et puis on la remplaçait de la même manière.

^ Si le texte qui contient la description du candélabre devait ne pas paraître suffisamment clair, en voici le sens. Il y a d'abord le pied ou la tige du milieu, perpendiculaire, ensuite il y a trois paires de branches latérales toutes placées sur le même plan comme en éventail, chaque paire formant avec la tige du milieu deux quarts de cercle, de manière que les trois demi-cercles ainsi formés soient concentriques au bout supérieur de la branche principale. Les sept bouts supérieurs sont ainsi placés de niveau. Chacune des sept branches est façonnée de manière à présenter non une surface unie et continue, mais comme trois tiges de fleurs, c'est-à-dire se composant de trois parties paraissant insérées l'une dans l'autre, chacune se terminant par un gros bouton arrondi et s'ouvrent en haut en forme de calice ou de pétales, desquelles sort la partie suivante delà branche. Le tuyau du milieu a quatre de ces calices, parce que au bas, là où finit le pied commun de tous les sept tuyaux, il y en a déjà un d'où sort la première paire de tuyaux, puis un second et un troisième pour les deux autres paires ; enfin le quatrième, parallèle au troisième des six autres branches, porte, comme celle-ci, la lampe. Ce candélabre était placé à l'une des parois du tabernacle et projetait sa lumière vers la paroi opposée, c'est-à-dire à travers tout l'espace.

3 Autant qu'il en faut pour faire 130- 140,000 fr. de notre monnaie.

72 EXODE XXVI, lr9.

* Quant à la demeure elle-même, tu feras dix tapis de lin retors, de pourpre violette et rouge, et de cramoisi : tu les feras en tissu à figures de keroûbs*. L'un de ces tapis aura vingt-huit coudées en longueur, et quatre en largeur, et tous ces tapis auront les mêmes dimensions. Cinq de ces tapis seront attachés Tun à l'autre, et les cinq autres seront aussi attachés l'un à l'autre '. Puis tu feras des attaches de ganses de pourpre violette le long du bord de l'un des tapis qui forme l'extrémité de l'assemblage, et tu feras de même au bord du tapis extrême de l'autre assemblage. Tu feras cinquante attaches à l'un des tapis, et tu en feras cinquante au bord du tapis de l'autre assemblage ; ces attaches seront opposées l'une à l'autre. Puis tu feras cinquante crochets d'or, et au moyen de ces crochets tu rattacheras les tapis' l'un à l'autre, et la demeure sera d'une pièce.

' Ensuite tu feras des tapis de poil de chèvre, pour servir de tente sur la demeure^; tu les feras au nombre de onze. La longueur de l'un de ces tapis sera de trente coudées et la largeur de quatre coudées, et les onze tapis auront les mêmes dimensions. Puis tu joindras ensemble les cinq tapis à part, et les six tapis à part, et tu plieras en deux le sixième sur le côté antérieur du tabernacle ^

^ C'est-à-dire que ces figures seront faites en fil de couleur sur fond blanc. C'est du moins l'explication la plus simple du texte, qui parle proprement d'un ouvrage de femeur, c'est-à-dire d'artiste, tel qu'il ne se fabriquait pas ^ans le ménage.

^ Dans le sens de la longueur, et de manière à former deux grandes toiles de vingt-huit coudées de long sur vingt de large. Ces deux toiles seront à leur tour attachées ensemble, comme il va être dit, non au moyen de la couture, mais par des crochets et des anneaux, de manière à pouvoir toujours 6tre séparées. Ces deux toiles sont appelées ici des assemblages.

3 Les tapis extrêmes garnis de ganses (d'attaches), de sorte que finalement toutes les dix longues bandes ne forment plus qu'une seule tenture. Les crochets sont des agrafes à mettre à la fois dans les deux attaches ou mailles correspondantes. Comme il ne s'agira pas d'une construction solide, mais d'un tabernacle à démonter de temps à autre, il n'était pas nécessaire de commencer la description par la boiserie. Les tentures étaient même un quoique sorte la chose principale et surtout la seule visible. Aussi bien le texte déclare-t-il que la demeure sera d'une pièce, ce qui n'était vrai que pour le spectateur qui la voyait ainsi couverte. Du reste, le texte ne dit pas si cette première tenture recouvrait la boiserie au dehors et au dedans.

^ Les grosses toiles en poil de chèvre servaient généralement à la confection des tentes communes.

•'* La seconde couverture sera de deux aunes plus longue et descendra des deux cotés jusqu'à terre, l'échafaudage en bois devant avoir dix coudées de haut et dix de large; tandis que la première couverture, de vingt-huit coudées, restait de chaque côté à »uie coudée au dessus du sol. La tenture avait quatre coudées de plus en largeur (c'est-à-dire <lans le sens de la longueur de l'édifice], soit quarante -quatre coudées, elle couvrait

Et tu feras cinquante attaches sur le bord de l'un des tapis qui forme Textrémité de l'assemblage. Puis tu feras cinquante crochets d'airain, et tu mettras les crochets dans les attaches, et tu joindras ainsi la tenture de manière qu'elle forme un tout. Quant à l'étendue excédante des tapis du tabernacle, la moitié du tapis excédant s'étehdra sur la partie postérieure de la demeure*, et la coudée excédante de çà et de là dans la longueur des tapis du tabernacle devra s'étendre sur les côtés * de la demeure de çà et de là pour la couvrir. Puis tu feras pour le tabernacle une couverture de peaux de bélier, teintes en rouge, et une couverture de peaux de manati audessus.

"Puis tu feras les planches pour la demeure; elles seront en bois d'acacia et placées debout. Chaque planche aura dix coudées de long', et une coudée et demie de large*. A chaque planche il y aura deux tenons, rehés l'un à l'autre par des listels. Tu feras de même pour toutes les planches de la demeure. Tu feras les planches pour la demeure au nombre de vingt pour le côté méridional * vers le sud. Et sous les vingt planches tu feras quarante supports • d'argent, deux supports sous chaque planche, pour ses deux tenons. De même pour l'autre côté de la demeure, au nord, vingt planches avec leurs quarante supports d'ai^gent, deux supports sous chaque planche. **Et pour le côté postérieur de la demeure, vers l'ouest, tu feras six planches, et de plus deux planches pour les deux angles postérieurs de la demeure, lesquelles seront jumelles et entières, depuis le bas jusqu'au sommet, à l'un des anneaux. Il en sera ainsi

donc la construction haute de dix coudées et longue de trente depuis le sol (sur la paroi postérieure] et par toute la longueur, et les quatre coudées en sus devaient être repliées sur elles-mêmes, mises en double, et former ainsi une espèce de corniche ou de fronton au dessus de l'entrée . Voilà du moins ce qui semble être dit ici.

1 Nous convenons que ceci n'est pas clair. Si le onzième tapis (excédant], d'après le V. 9, est replié sur le devant, il n'y a pas d'excédant pour la paroi postérieure. Il faudra peut-être supposer que déjà la première tenture formait sur le devant une espèce de lambrequin, et ne descendait pas à terre sur le derrière. Alors tout s'acconunoderait. Mais le V. 33 s'oppose à cette solution.

^ Les deux longs côtés .

3 Ce qui nous donnera la hauteur de la construction, sauf celle des supports.

4 Ce qui, à raison de vingt planches, donne à l'édifice une longueur de trente coudées.

^ Le terme hébreu désigne la partie aride du pays de Juda qui avoisine le désert de l'Arabie Pétrée. Un terme pareil, pour désigner le sud, n'a pu se former qu'en Palestine, et sa présence prouve à elle seule que la rédaction du texte ne date pas du Sinaï. Même observation sur Vouesi, en hébreu : côté delà m€r (Méditerranée]. (Introduction, p. 134J.

* Avec des trous pour recevoir les tenons.

pour tous les deux et elles seront pour les angles*. Il y aura donc huit planches avec leurs supports d'argent, soit seize supports, deux supports sous chaque planche. ^'Puis tu feras des traverses de bois d'acacia, cinq pour les planches de Tun des côtés de la demeure, et cinq traverses pour les planches du second côté de la demeure, et cinq traverses pour les planches du côté postérieur, occidental. Et la traverse du milieu, au milieu des planches, passera d'un bout à l'autre *. Quant aux planches, tu les plaqueras d'or, et tu feras d'or leurs anneaux pour y faire passer les traverses, et tu plaqueras d'or les traverses. Et tu dresseras la demeure d'après la juste forme qui t'a été montrée sur la montagne.

'* Ensuite tu feras un rideau de pourpre violette et rouge, de cramoisi et de lin retors : on le fera en tissu à figures de keroùbs*. Et tu le suspendras à quatre colonnes de bois d'acacia plaquées d'or, ayant des clous d'or et placées sur quatre supports d'argent*. Tu placeras le rideau au-dessous des crochets * et tu feras porter là à l'intérieur du rideau l'arche de la loi, de manière que le rideau

^ Nous savons déjà que la paroi postérieure doit avoir dix coudées de largeur ; six planches, pareilles aux précédentes, donnent neuf coudées. Deux autres planches placées aux deux angles couvrent le reste de l'espace. Mais ce sont moins des planches que des poutres creusées en forme d'arête, formant angle saillant, et dont l'un des côtés doublera une partie de la dernière planche du long côté. C'est là ce que paraissent signifier les expressions jumelles et entières. Ce dernier terme n'aurait pas de raison d'ôtre s'il s'agissait d'un angle formé par deua planches séparées. Ce qui est dit d'un anneau est très-obscur. Si le texte n'a pas souffert, il faudra chercher l'explication an V. 29.

^ S'il y a cinq traverses ou barres destinées à retenir les planches posées perpendiculairement, et que l'une d'elles seulement doit passer d'un bout à l'autre, les 4 autres seront moins longues, et l'on pourrait supposer qu'elles n'avaient que la moitié de la longueur de celle du milieu, de sorte qu'au haut et au bas le barrage était formé de deux pièces, et qu'il y avait trois verroux ou fermoirs en tout sur toute la longueur. Il va sans dire que ces barres ou traverses devaient passer par des anneaux attachés aux planches. Mais il faut encore admettre, ce que le texte ne dit pas, qu'aux angles elles étaient rattachées l'une à l'autre, et c'est peut-être à cela que se rapporte l'expression si obscure du 24* verset. Il s'agirait d'un seul anneau placé à l'angle même et recevant deux traverses. Mais une barre de 30 coudées dans le désert du Si^aï où il n'y a pas de haute futaie ?

3Chap. XXVI, V. 1.

'* Ces supports en métal servaient sans doute à emboîter les colonnes, et ne sont pas ce que nous appelons des piédestaux. Les clous servaient à suspendre le rideau.

'^ Il s'agit des crochets du v. 6. Ces crochets marquant la ligne de jonction des deux toiles de la tenture inférieure, il en résulte qu'ils se trouvaient à 20 coudées de l'entrée et à 10 coudées de la paroi du fond. Cela donnera la dimension des deux compartiments du taberuacle.

EXODE XXVI, 34-37. XXVII, t-9. 75

VOUS serve à séparer le sanctuaire du Très-saint*. Tu mettras le couvercle sur l'arche de la loi dans le Très-saint, et tu placeras la table en dehors du rideau et le candélabre en face de la table, au côté méridional de la demeure, mais la table, tu la mettras au côté septentrional. ••Et tu feras une draperie pour rentrée du tabernacle, en tissu simple' de pourpre violette et rouge, de cramoisi et de lin retors. Et pour cette draperie tu feras cinq colonnes en bois d'acacia que lu plaqueras d'or, avec des clous d'or, et tu feras couler pour elles cinq supports d'airain '.

* Ensuite tu feras l'autel en bois d'acacia ; il sera carré, de cinq coudées en long et en large, et sa hauteur sera de trois coudées. A ses quatre angles tu feras quatre cornes, lesquelles y tiendront ♦, et tu le plaqueras d'airain. Puis tu feras pour lui les pots à cendre grasse et les pelles, et les coupes, et les fourchettes et les brasiers ; tous ces ustensiles seront faits en airain. Et tu y feras un grillage d'airain en ouvrage à mailles, et à ses quatre bouts tu mettras quatre anneaux d'airain, et tu le placeras sous le pourtour* de l'autel, en bas, de sorte que le grillage atteindra la moitié de la hauteur de l'autel. Tu feras aussi des barres pour l'autel, en bois d'acacia, et lu les plaqueras d'airain, et l'on fera passer ces barres par des anneaux, et elles seront aux deux côtés de l'autel, quand on le transportera. Tu le feras creux, en planches : comme il te l'a été montré sur la montagne, ainsi on le fera.

* Tu feras ensuite la cour de la demeure : du côté méridional, vers

1 Le Très-Saint, la partie intérieure ou postérieure du tabernacle^ formait ainsi un cabe de dix coudées en tous sens ; la partie antérieure, ou le Saint, avait une longueur double, et la tenture qui formait le plafond était séparée en deux tout juste au-dessus des colonnes et du rideau.

^ C'est-à-dire sans figures, les fils de difi^érentes couleurs formant le tissu luimême.

S On n'apprend pas comment on entrait, à moins que la draperie fût en deux pièces de manière qu'on pouvait passer au milieu.

"* Ces cornes étaient sans doute de forme naturelle, et servaient peut-être à attacher la victime. Elles tenaient à l'autel, probablement à la couverture en métal, et n'étaient point des pièces de rapport qu'on aurait pu enlever.

5 II est impossible de dire ce que c'est que ce pourtour. Quelques commentateurs y voient une banquette, un tréteau, sur lequel se seraient placés les sacrificateurs. D'autres ne veulent y reconnaître qu'un ornement de l'autel, corniche, rebord, etc. Comme il fallait bien que le prêtre arrivât jusqu'à l'autel et qu'il y accomplit les rites, il semble qu'il ne pouvait guère rester sur le sol devant une construction haute de près de 1 m. 40. Le pourtour doit donc avoir été une élévation quelconque, en planches ou aatre, appuyée d'un côté à l'autel même, de l'autre sur le treillis. Seulement ce dernier devant atteindre la moitié de la hauteur de l'autel, soit '70 cm., c'était une marche fort incommode.

le sud, des tentures en lin retors pour former la cour sur une Ion* gueur de cent coudées, pour un^côté, avec leurs vingt colonnes et leurs vingt supports d*airain; les clous des colonnes et leurs tringles en argents De même pour le côté nord, quant à la longueur ; des tentures de cent coudées en longueur, avec leurs vingt colonnes et leurs vingt supports d'airain ; les clous des colonnes et leurs tringles en argent. La largeur de la cour du côté occidental : les tentures de cinquante coudées, leurs colonnes au nombre de dix. Et la largeur de la cour du côté oriental, vers le levant, de cinquante coudées. Là il y aura quinze coudées de tentures d'une part, et leurs colonnes et leurs supports seront au nombre de trois, et de l'autre part il y aura aussi quinze coudées de tentures avec leurs trois colonnes et supports *. Et pour la porte de la cour il y aura une draperie de vingt coudées en pourpre violette et rouge, et en cramoisi et lin retors, en tissu simple ; les colonnes et les supports y seront au nombre de quatre. Toutes les colonnes de la cour, tout autour^ seront reliées par des tringles d'argent et leurs clous seront d'argent, mais leurs supports d'airain. La longueur de la cour sera de cent coudées et la largeur de cinquante sur cinquante'; la hauteur de cinq coudées [les tentures], en lin retors, leurs supports d'airain. Pour tous les instruments nécessaires à la confection de la demeure^, pour tous ses pieux et pour tous les pieux de la cour, on prendra de l'airain.

*® Puis tu ordonneras aux enfants d'Israël de t'apporter ] de l'huile

^ La cour sera également formée par une clôture mobile et transportable, composée de colonnes (de bois) reposant sur des supports d'airain, et munies de clous ou de crochets d^argent, sur lesquels seront placés des tringles auxquelles seront suspendus des rideaux (toiles) en lin (blanc).

^ A lest, du côté de l'entrée du tabernacle, il y aura deux fois 15 coudées de tentures sur deux fois 3 colonnes, à droite et à gauche ; au milieu, il y aura 4 colonnes avec une tenture de 20 coudées en rideaux de couleur pour représenter la porte (voyei la note sur le dernier verset du chapitre précédent). En général, la description est assez claire, et pourtant les commentateurs anciens et modernes se sont divisés sur la question de savoir s'il y a eu en tout 56 ou 60 colonnes, en d'autres termes, si les colonnes des angles ont été comptées deux fois ou non. Le fait est que le texte n'en dit rien. (An lieu de parts, l'original dit épaules.)

3 A l'est et ù l'ouest. Cependant ici et dans la ligne suivante, le texte est évidemment corrompu, comme on le voit^déjà par les anciennes versions.

-^ Il ne s'agit pas ici du mobilier pour le culte, v. 3, mais des outils pour la coDstraotion. Cela se voit par l'emploi du mot hébreu que nous traduisons fin pieux. Ces pieux, ordinairement en bois, étaient fichés en terre pour y attacher les cordes qui portaient les tentes. Il est évident que sans des précautions pareilles le tabernacle et les tentures extérieures auraient été renversés par le moindre coup de vent.

EXODE XXVII, 20, 2t. XXVIII , 1-10. 77

d'olives pure, vierge % pour le chandelier, pour entretenir une lampe perpétuellement. C'est dans le tabernacle de communication ^, en dehors du rideau qui est devant Tarche, qu'Aharôn et ses fils la prépareront du soir au matin devant rÉtemel. Ce sera une règle perpétuelle pour les générations futures, à observer par les enfants d'Israël.

* Et toi, appelle à toi ton frère Aharôn et ses fils avec lui, d'entre tous les enfants d'Israël, pour qu'il fonctionne auprès de moi comme prêtre, Âharôn, et ses fils Nadab, Âbîhou, Ële'azar et Ifamar. Tu feras à ton frère Aharôn des vêtements du sanctuaire, pour la dignité et l'ornement. Tu t'adresseras à tous les hommes intelligents que j'ai remplis d'un esprit d'intelligence ', afin qu'ils confectionnent les vêtements d'Aharôn, pour le consacrer, pour qu'il fonctionne auprès de moi comme prêtre. Voici les vêtements qu'ils confectionneront : un pectoral, un éfod, une robe, une tunique de mailles, un turban et une ceinture. Ils doivent confectionner des vêtements du sanctuaire pour Aharôn et ses fils, pour qu'il * fonctionne auprès de moi comme prêtre, et ils emploieront de l'or, de la pourpre violette et rouge, du cramoisi et du lin.

• Es feront l'éfod ' d'or, de pourpre violette et rouge, de cramoisi et de lin retors, en brocart. E s'y trouvera deux épaulettes s'attachant à ses deux bouts, de manière qu'il tienne ensemble. L'écharpe qu'on passera au-dessus pour le serrer® y sera attachée et de la même façon, soit d'or, de pourpre violette et rouge, de cramoisi et de lin retors. Puis tu prendras deux pierres d'onyx', sur lesquelles tu graveras les noms des enfants d'Israël, six de leurs noms sur une

1 C'est-à-dire découlant des olives au moyeu d'une simple opération préliminaire «vant le pressage, qui consistait à frapper ou battre le fruit pour rouvrir.

^ Voyez la note sur chap. XXV, 22. On remarquera que le candélabre est désigné ici par un autre mot qu'au chap. XXV, et qu'il est question d'une lampe allumée. Bnfin, la mention d'Aharôn et de ses fils semble trahir une autre plume que celle qui a rédigé les pages précédentes. Cependant le tout appartient au code élohiste.

S Tout talent particulier est un don de Dieu et de son esprit ; il en est ainsi de l'art de confectionner le costume sacerdotal qui va être décrit en détail.

■^ Au singulier, l'auteur songeant avant tout au chef de la caste.

^ D'après l'étymologie on pourrait traduire surplis. Mais la description ne suffit pas pour faire connaître la forme exacte de ce vêtement. Y avait-il des manches ? Le vêtement était-il dune pièce, ou bien de deux (comme parait l'indiquer le texte) qui étaient rattachées sur les épaules par une espèce de bretelles? Les épaulettes, comme cela va sans dire, allaient, non du cou à l'épaule, mais de la poitrine au dos.

^ Traduction conjecturale. Il s'agit sans doute d'une bande de la même étoffe, sttschée à l'éfod, et servant de ceinture.

TQen, II. 12.

pierre, et les six noms restants sur l'autre pierre, selon leur généalogie*. C'est en ouvrage de graveur sur pierre, comme des gravures de cachet, que tu feras graver ces deux pierres, aux noms des enfants d'Israël, et tu les feras enchâsser dans des chatons en fil d'or entrelacé. Et tu mettras ces deux pierres sur les épaulettes de l'éfod, comme pierres de commémoration '' des enfants d'Israël, de manière qu'Aharôn porte leurs noms sur ses deux épaules en présence de l'Éternel, en commémoration. Et tu feras des chatons en fil d'or entrelacé, et deux chaînettes d'or pur tordues et tressées comme de la ficelle, et tu attacheras ces chaînettes en ficelle aux chatons '. ** Puis tu feras le pectoral * en brocart, pareil à celui de l'éfod, savoir d'or, de pourpre violette et rouge, de cramoisi et de lin retors. Il sera carré et double *, d'un empan en long et en large. Tu y attacheras une garniture de pierres, en quatre rangées ; une rangée, une cornaline, une topaze et une émeraude, ce sera la première rangée ; la seconde rangée, une escarboucle, un saphir et un diamant ; la troisième rangée, une hyacinthe, une agate et une améthyste ; la quatrième rangée, un chrysolithe, un onyx, un jaspe*. Elles seront enchâssées en fil d'or entrelacé. Et ces pierres seront aux noms des enfant^ d'Israël, soit au nombre de douze, d'après leurs noms. Elles seront en gravure de cachet, chacune avec son nom, pour les douze tribus. Et quand tu auras fait ^ au pectoral les chaînettes en torsades,

^ On veut sans doute parler de Tordre dans lequel les noms devaient se suivre, et cet ordre aura été réglé par la nomenclature contenue dans la Genèse . Cependant on sait que cette nomenclature varie beaucoup dans les textes de la Loi.

'-2 Le prêtre, portant les pierres avec les 12 noms sur ses épaules, est censé les présenter continuellement aux yeux de Dieu, comme pour lui rappeler constamment son peuple et ses promesses.

•^ La description laisse à désirer relativement à la clarté. Ce qui est sûr, c'est que ce texte doit expliquer comment le pectoral (dont il va être question) est attaché à l'éfod. Deux chaînettes en fils d'or tordus tiennent d'un cOté au pectoral, de l'autre aux deux boutons des épaulettes. Aux deux bouts, les chaînettes s'attachent à des chatons de même façon.

•* Le nom hébreu de cet objet est de signification douteuse. On peut traduire (par conjecture) : parure du jugement (ou du droit), nom qui vient de ce que celte panire servait à rendre les oracles. Mais nous ignorons complètement les rapports entre la forme et la chose.

•'» C'est-à-dire, sans doute, de manière à former une poche.

G Plusieurs de ces noms de pierres précieuses sont sujets à caution, et les traducteurs grecs déjà n'étaient pas exactement renseignés sur la valeur de tous les noms. Le diamant surtout est contesté. Les traductions modernes varient et nous donnons la nôtre pour ce qu'elle peut valoir.

'' Nous traduisons ainsi en supposant que ces chaînettes sont les mêmes que celles dont il a déjà été question plus haut. Si nous avons bien compris le rédacteur, il s'agit

façon de cordon, en or pur, tu feras pour le pectoral deux anneaux d'or et tu mettras ces deux anneaux aux deux extrémités du pectoral. Tu attacheras les deux cordons d'or à ces deux anneaux aux extrémités du pectoral, et les bouts de ces deux cordons, tu les attacheras aux deux chatons du fil d'or et tu les attacheras ainsi aux épaulettes de l'éfod sur le devant. Puis tu feras encore deux anneaux d'or et tu les placeras aux deux autres extrémités du pectoral, sur son bord intérieur, tourné vers l'éfod; et tu feras deux anneaux d'or que tu mettras sur les deux épaulettes de l'éfod, au bas, sur le devant, tout juste là où se fait la jonction, au-dessus de l'écharpe de l'éfod. Et l'on attachera le pectoral, depuis ses anneaux jusqu'aux anneaux de l'éfod, au moyen d'un cordon de pourpre violette, de manière qu'il se trouve sur l'écharpe de l'éfod, et que le pectoral ne se dérange pas de dessus l'éfod. Ainsi Âharôn portera les noms des enfants d'Israël au pectoral, sur son cœur, quand il entrera au sanctuaire, en commémoration, en présence de l'Éternel, perpétuellement. Dans le pectoral tu mettras l'Ourîm et le Toummîm *, pour qu'ils .soient sur le cœur d' Aharôn quand il entrera en présence de l'Éternel, et Aharôn portera le jugement des enfants d'Israël sur son cœur, en présence de l'Éternel perpétuellement.

'* Tu feras la robe de l'éfod ' tout entière de pourpre violette ; au milieu il y aura une ouverture pour la tête, et autour de cette

de quatre anneaux attachés aux quatre coins du pectoral, aux deux anneaux supérieurs il V a des chaînettes de métal qui vont aux deux pierres placées sur les épaules, et aux deux anneaux inférieurs il y a des cordons de fil qui vont à la partie inférieure des épaulettes (ou bretelles), qui paraissent être descendues jusque vers l'écharpe (ou ceinture) ; de cette manière, le pectoral était assujetti et ne pouvait changer de place. C'est chose curieuse, qu'on apprenne tant de minutieux détails sur la forme de cette poche, et pas un petit mot sur son usage qui pourtant paraît avoir été la chose importante.

1 Nous conservons les mots hébreux, faute d'en savoir au juste la signification. Les Septante ont mis : révélation et vérité ^ ce qui en tout cas ne se justifie pas par l'étymologie, qui demanderait plutôt : lumière et intégrité. Mais qu'était-ce ? et où le mettaiton ? Les opinions sont extrêmement variées là-dessus, et la tradition des temps postérieurs en perdit la signification avec l'usage. Nous conjecturons que c'était le moyen matériel dont on se servait pour rendre les oracles, peut-être deux objets déposés dans la poche et représentant le Oui et le Non^ pour répondre aux questions adressées au prêtre. Comme le texte dit qu 'Aharôn portera ainsi le jugement des Israélites^ cela reviendrait à dire qu'il prononcerait des arrêts .

^ Comme il est peu probable que le pectoral ait dû être couvert par une robe à mettre dessus, c'est plutôt en dessous de l'éfod qu'on aura porté cette robe, et l'éfod lui-même n'était qu'un vêtement de moindre dimension, ne recouvrant pas la robe tout entière. La robe a dû être passée par dessus la tête et elle ne paraît pas avoir eu de manches. La bordure supérieure est un ourlet.

ouverture il y aura une bordure en ouvrage de tisserand, comme pour une cotte d'armes, afin qu'elle ne se déchire pas. Et à son bord inférieur tu mettras des grenades * en pourpre violette et rouge, et en cramoisi, tout autour du bord, et des clochettes d'or entre elles, tout autour : alternativement une clochette d'or et une grenade, sur le bord de la robe tout autour. Et Aharôn s'en revêtira pour le service, pour qu'on en entende le son quand il entrera au sanctuaire en présence de l'Éternel et quand il sortira, afin qu'il ne meure pas '.

'* Puis tu feras une plaque d'or pur et tu y feras graver en gravure de cachet: Consacré à l'Éternel. Tu la monteras sur un cordon de pourpre violette pour qu'elle s'applique sur le turban. C'est sur le devant du turban qu'elle doit être placée. Elle sera ainsi sur le front d'Aharôn, afin qu' Aharôn se charge des fautes relatives aux offrandes que les enfants d'Israël consacreront, quelle qu'en soit la nature ' ; et elle doit se trouver sur son front perpétuellement, pour leur concilier la faveur de l'Éternel.

'^ La tunique sera de lin en tissu à mailles ; tu feras un turban de lin et une ceinture en tissu simple de couleur. Et pour les fils d'Aharôn tu feras des tuniques, et tu leur feras des ceintures, et des tiares *, pour la dignité et l'ornement. Et tu en revêtiras ton frère Aharôn et ses fils avec lui, et tu les oindras, et tu les installeras ^, et tu les consacreras afin qu'ils fonctionnent auprès de moi comme prêtres. Et fais-leur des caleçons de lin pour couvrir leur nudité; ils devront aller depuis les reins jusqu'aux cuisses*. Aharôn et ses fils les mettront quand ils entreront au tabernacle de communication ou cpiand ils s'approcheront de l'autel pour faire le service dans le sanctuaire, afin qu'ils ne se rendent pas coupables et ne meurent point. C'est là une règle perpétuelle pour lui et sa race après lui.

^ Des pelotes de fil rouge, en forme ronde, des glands.

'^ La mort attendait le mortel qui osait paraître devant la majesté divine. Le prêtre Âharôu, que son service mettait journellement en présence de Dieu, devait être garanti contre cette éventualité par le son des clochettes, qui annonçaient son entrée et s» sortie, et lui assuraient ainsi un privilège personnel.

3 Litt. : quant à (pour) tous les dons de leurs offrandes. — Les fauta dont il est question ici ne sont pas des péchés dans le sens moral, mais des négligences, des oublis, etc., qui pourraient arriver à l'occasion des rites sacrés.

4 Ou toques. D'après rét}nmologie, la forme a dû se rapprocher de celle d'un calice de fleur.

•'* Litt. : tu leur rempliras les mains ; terme de convention qui s'expliquera facilement en supposant qu'on mettait entre les mains d'un fonctionnaire quelconque les insignes de son ministère.

6 Le mot de caleçon en dit donc trop. Il s'agit plutôt d'un vêtement comme r«i en met dans les écoles de natation.

* Et voici ce que tu feras à leur égard pour les consacrer, afin qu'ils fonctionnent auprès de moi comme prêtres * ; Prends un jeune taureau et deux béliers sans défaut, et du pain non levé, et des galettes de pâte non levée, pétries avec de l'huile, et des gâteaux de pâte non levée arrosées d'huile, que tu auras faits de fleur de farine de froment. Tu les mettras dans une corbeille et tu les oflriras dans cette corbeille, en même temps que le taureau et les deux béliers. Et tu feras approcher Aharôn et ses fils de l'entrée du tabernacle de communication et tu leur feras faire une ablution. Puis tu prendras les vêtements et tu revêtiras Aharôn de la tunique, de la robe de l'éfod, de l'éfod et du pectoral *, et tu le ceindras de l'écharpe de l'éfod ; puis tu lui mettras le turban sur la tête et tu attacheras sur le turban le diadème de consécration'. Puis tu prendras l'huile d'onction et tu l'oindras en la lui versant sur la tête. Puis tu feras approcher ses fils et tu les revêtiras de tuniques, et tu mettras une ceinture à Aharôn et à ses fils, et tu leur attacheras les tiares, et ainsi la prêtrise sera pour eux une institution perpétuelle*. Et quand* tu auras ainsi installé Aharôn et ses fils, tu feras approcher le taureau devant le tabernacle de communication, et Ahanm et ses fils poseront leurs mains sur la tête du taureau, et tu immoleras le taureau devant l'Éternel à l'entrée du tabernacle de communication. Puis tu prendras du sang du taureau et tu en mettras avec ton doigt sur les cornes de l'autel, et tout le reste du sang tu le verseras à la base de l'autel. Puis tu prendras toute la graisse qui recouvre les intestins et le grand lobe du foie, et les deux rognons avec la graisse qui est dessus, et tu les feras fumer sur l'autel. Quant à la chair du taureau, et à sa peau et sa fiente, tu les feras brûler en dehors du camp: c'est un sacrifice pour le péché. Puis tu prendras l'un des béliers, et Aharôn et ses fils poseront leurs mains sur sa tête, et tu immoleras le bélier, et tu prendras son sang et tu en aspergeras l'autel tout autour. Quant au bélier lui-même, tu le couperas en quartiers, tu laveras ses intestins et ses jambes ; tu les placeras sur les quartiers et sur la tête, et tu

^ Le morceau qui suit en forme de prescription se retrouvera plus bas, Lév. VIII, sous forme de récit historique.

^ On voit par cette énumération, qui suit Tordre inverse de celui que nous avons eu plus haut, quelle était la place respective de chaque pièce. D'abord la description commençait pur le dehors, ici très-naturellement elle commence par ce qu'on portait immédiatement sur le corps.

8 C'est la plaque du v. 36 du chapitre précédent.

'* Cela veut dire que cette cérémonie se fait uue fois pour toutes pour chaque prêtre et n*a pas besoin d'être renouvelée.

^ Changement dans la coupe des versets.

A. T. 3* part. — II. 0

feras fumer le bélier entier sur l'autel. C'est un holocauste pour rÉternel, un parfum agrréable, un feu sacré pour TÉtemel. Puis tu prendras le second bélier, et Aharôn et ses fils poseront leurs mains sur sa tète, et tu immoleras ce bélier et tu prendras de son sang et tu en mettras sur le bout de l'oreille droite d' Aharôn et de ses fils, et sur le pouce de leur main droite, et sur le gros orteil de leur pied droit, et tu aspergeras de sang l'autel tout autour. Puis tu prendras du sang qui est sur l'autel et de l'huile d'onction, et tu feras une aspersion sur Aharôn et sur ses vêtements, ainsi que sur ses fils et leurs vêtements, pour qu'ils soient consacrés, lui et ses vêtements, ainsi que ses fils et leurs vêtements. Puis tu prendras de ce bélier la graisse, et la queue, et la graisse qui recouvre les intestins, et le grand lobe du foie, et les deux rognons avec la graisse qui est dessus, et l'éclanche droite (car c'est le bélier d'installation), et un pain plat, et une galette de farine à l'huile, et un gâteau de la corbeille aux pâtisseries azymes placées devant l'Étemel, et tu mettras le tout entre les mains d' Aharôn et de ses fils, et tu les feras présenter à l'Étemel en les agitant solennellement. Puis tu les reprendras de leurs mains et tu les feras fumer sur l'autel, sur l'holocauste, comme un parfum agréable devant l'Éternel. C'est un feu sacré pour l'Éternel. Puis tu prendras la poitrine du bélier de l'installation d'Aharôn et tu la présenteras à l'Éternel en l'agitant solennellement, et ce sera ta portion à toi. Puis tu consacreras la poitrine d'agitation et l'éclanche d'élévation *, qui auront été agitées et élevées, du bélier d'installation réser\'é à Aharôn et à ses fils; ce sera pour Aharôn et pour ses fils une redevance perpétuelle de la part des enfants d'Israël. Ce sera une offrande prélevée, et il y aura une offrande prélevée de la part des enfants d'Israël, de leurs sacrifices d'actions de grâces, qu'ils offriront à l'Éternel. *^ Et les vêtements sacrés d'Aharôn seront pour ses fils après lui, quand on les oindra et qu'on les installera. C'est pendant sept jours qu'en sera revêtu celui de ses fils qui sera prêtre â sa place et qui entrera au tabernacle de communication pour officier au sanctuaire. Et tu prendras le bélier d'installation et tu en foras cuire la chair dans un lieu consacré. Et Aharôn et ses fils mangeront la chair de ce l)élier et le pain de la corbeille, à l'entrée du tabernacle de communication : ils mangeront ce avec quoi l'expiation aura été faite, pour les installer et les consacrer, et nul étranger n'en mangera, car ce sont

1 Agitation et élévation sont deux gestes rituels qui reviennent partout dans les règlements ou récits relatifs aux sacriliccs. La première consistait dans un mouvement horizontal par lequel les choses consacrées étaient présentées au-dessus de la braise de l'autel, l'autre, opérée par un mouvement en haut, les présentait ù la divinité ré^^idant au ciel. Le second terme se prend aussi dans le sens de prélèvement (v. 28).

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