‹ La Bible (volume 4)Chapitre 33 sur 52 · LES NOMBRES · texte numérisé non relu

LES NOMBRES

L'Éternel s'adressant à Moïse dans le désert du Sinaî dans le tabernacle de communication , le premier du deuxième mois de la seconde année depuis leur sortie d'Egypte, lui dit : Faites le relevé de toute la communauté des enfants d'Israël, d'après leurs clans et leurs familles, en comptant toutes les personnes mâles, tète par tète, de vingt ans et au-dessus, tout ce qui est apte au service en Israël. Vous les passerez en revue par bataillons, toi et Aharôn. Et avec vous il y aura un homme par tribu, soit le chef de sa maison patriarcale *. ' Voici les noms des hommes qui vous assisteront : de Reouben, Éliçour fils de S'edèour; de S'ime'ôn, S'eloumiël fils de Çouris'adaî ; de Juda, Nal|^s'ôn fils de *Amminadab ; de Yissakar, Nefaneël fils de Çou'ar ; de Zebouloun, Éliab fils de Qélon ; des enfants de Joseph, d'Éphraïm, Élls'ama* fils de 'Ammihoud; de Menass'eh, Gamliël fils de Pedahçour ; de Benjamin, Abidan fils de G'ide'oni ; de Dan, A^i'ézer fils de 'Ammis'adaï ; d'As'er, Pag'e'îël fils de 'Okran ; de Gad, Elyasaf fils de De'ouël ; de Nefbalî, Abîra' fils de *Ënan.

1 Nous avons employé deux expressions différentes pour un môme mot hébreu, ici et y. 2. Les maisons des pires sont toujours les descendants d'un père commun, n'importe le nombre. Dans le premier passage il s'agissait des subdivisions des clans, lesquels eux-mêmes étaient les subdivisions des tribus ; ici il est question des tribus elles-mêmes considérées comme des unités.

*' Voilà ceux qui furent appelés du sein de la communauté ' ; c'étaient les émirs des tribus patriarcales, les chefis des clans d'Israël. Et Moïse et Aharôn prirent ces hommes désignés nominativement , et convoquèrent la communauté le premier du second mois , et le peuple fut enregistré par clans et par familles, en comptant toutes les personnes de vingt ans et au-dessus, tète par tète, comme rËtemd l'avait ordonné à Moïse. Et il les passa en revue dans le désert du Sinaî.

*^ Les fils de Reouben, de l'atné d'Israël, leurs descendants * par clans et familles, en comptant toutes les personnes mâles, tète par tète, de vingt ans et aunlessus, tout ce qui était apte au service: le recensement de la tribu de Reouben donna le chiffre de quarante-ôz mille cinq cents.

** Quant aux fils de S'ime*ôn, leurs descendants par clans et familles, compris dans le recensement, en comptant les personnes, tète par tète, tous les mâles de vingt ans et au-dessus, tout ce qui était apte au service, le recensement de la tribu de S'ime*ôn donna le chiffre de cinquante-neuf mille trois cents.

'^ Quant aux fils de Cad, leurs descendants par dans et familles, en comptant les personnes de vingt ans et aunlessus, tout ce qui était apte au service, le recensement de la tribu de Cad donna le chiffre de quarante-cinq mille six cent cinquante.

** Quant aux fils de Juda, leurs descendants par clans et familles, en comptant les personnes de vingt ans et au-dessus, tout ce qui était apte au service, le recensement de la tribu de Juda donna le chiffre de soixante-quatorze mille six cents.

*' Quant aux lils de Yissakar, leurs descendants par clans et familles, en comptant les personnes de vingt ans et au-dessus, tout ce qui était apte au service, le recensement de la tribu de Yissakar donna le chiffre de cinquante-quatre mille quatre cents.

*** Quant aux fils de Zebouloun, leurs descendants par clans et familles, en comptant les personnes de vingt ans et au-dessus, tout ce qui était apte au service, le recensement de la tribu de Zebouloun donna le chiffre de cinquante-sept mille quatre cents.

" Quant aux fils de Joseph, pour ce qui est des fils d'Éphraîm, leurs descendants par clans et familles, en comptant les personnes de vin|?t ans et au-dessus, lout ce qui était apte au service, le recensement de la tribu d'Éphraïm donna le chiffre de quarante mille cinq cents. Pour ce qui esf des fils de Menass'eh, leui-s des-

1 C'est-à-dire comme ses représentants ; et non pas : appelés à cette assemblée.

^ Cette expression s'explique si Ton prend le mot fils à la lettre^ pour les fils immédiats du patriarche, desquels provenaient les clans, etc.

cendants par clans et familles, en comptant les personnes de vingt ans et au-dessus, tout ce qui était apte au service, le recensement de la tribu de Menass'eh donna le chiffre de trente-deux mille deux cents.

'^ Quant aux fils de Benjamin, leurs descendants par clans et familles, en comptant les personnes de vingt ans et au-dessus, tout ce qui était apte au service, le recensement de la tribu de Benjamin donna le chiffre de trente-cinq mille quatre cents.

^* Quant aux fils de Dan, leurs descendants par clans et familles, en comptant les personnes de vingt ans et au-dessus, tout ce qui était apte au service, le recensement de la tribu de Dan donna le chiffre de soixante-deux mille sept cents.

*^ Quant aux fils d'As'er, leurs descendants par clans et familles, en comptant les personnes de vingt ans et au-dessus, tout ce qui était apte au service, le recensement de la tribu d'As'er donna le chiffre de quarante-un mille cinq cents.

** Les fils de Neffali, leurs descendants par clans et familles, en comptant les personnes de vingt ans et au-dessus, tout ce qui était apte au service, le recensement de la tribu de Nef^ali donna le chiffre de cinquante-trois mille quatre cents.

** Voilà ceux dont Moïse et Aharôn firent le recensement, avec les émirs dlsraël, les douze hommes, dont un par maison patriarcale. Et tous les Israélites ainsi passés en revue par familles, de vingt ans et au-dessus, tout ce qui était apte au service en Israël, la totalité de ceux compris dans le recensement fut de six cent trois mille cinq cent cinquante. ♦' Mais les Lévites ne furent point compris dans le recensement avec les autres, comme tribu patriarcale. Car l'Éternel avait parlé à Moïse en ces termes : De la seule tribu de Lévi tu ne feras pas le recensement, ni le relevé de leur nombre avec les autres Israélites ; mais tu préposeras les Lévites à la demeure sainte, et à ses meubles et à tout ce qui y tient. Ce sont eux qui porteront la demeure et tous ses meubles ; ils en feront le service et camperont autour d'elle. Et quand elle devra être emportée, ce sont les Lévites qui la démonteront, et quand elle devra être établie quelque part, ils la dresseront. L'étranger qui s'en approchera sera mis à mort. **Et les Israélites camperont chacun dans son camp, chacun près de sa bannière, par bataillons; et les Lévites camperont autour de la demeure sainte *, afin qu'il n'y ait pas vindicte ' contre la communauté d'Israël, et les Lévites -auront la garde du sanctuaire. Et les Israélites firent tout ce que l'Éternel avait ordonné à Moïse.

^ Litt. : demeure de la loi.

2 DiviDe, Dieu punissant la profanation.

^ Ensuite l'Éternel s'adressa à Moïse et à Aharôn en ces termes : Les Israélites camperont chacun près de sa bannière, sous les enseignes de leurs tribus; ils camperont en face du tabernacle de communication, tout autour*. Sur le devant vers l'orient sera la bannière du camp de Juda avec ses bataillons ; l'émîr des enfants de Juda est Na^s'ôn fils de *Amminadab, et son corps est de soixantequatorze mille six cents hommes enregistrés. A côté d'eux camperont la tribu de Yissakar, dont l'émir est Ne^neêl ûls de Çou*ar, et son corps, cinquante-quatre mille quatre cents hommes enregistrés; et la tribu de Zebouloun, dont l'émir est Éliab fils de Qélôn, et son corps, cinquante-sept mille quatre cents hommes enregistrés. Le total des enregistrés du camp de Juda est de cent quatre-vingt-six mille quatre cents, selon leurs bataillons ; ils se mettront en marche les premiers*.

*^ La bannière du camp de Reouben sera au sud, avec ses bataillons, et l'émîr des enfants de Reouben est Éliçour fils de S'edéour, et son corps est de quarante-six mille hommes enregistrés. A côté d'eux camperont la tribu de S'imeôn, avec son émîr S'eloumièl fils de Çouris'addaï, et son corps de cinquante-neuf mille hommes enregistrés ; et la tribu de Gad, avec son émir Élyasaf fils de Re'ouël ', et son corps de quarante-cinq mille six cent cinquante hommes enregistrés. Le total des enregistrés du camp de Reouben est de cent cinquante et un mille quatre cent cinquante, selon leurs bataillons : ils se mettront en marche en seconde ligne.

*^ Ensuite se mettra en marche le tabernacle de communication, le camp des Lévites, au centre des autres camps ; on marchera dans Tordre des campements, chacun à son rang avec sa bannière.

*^ La bannière du camp d'Éphraïm sera à l'ouest, avec ses bataillons, et Témir des enfants d'Éphraïm est Élis'ama' fils de *Ammihoud, et son corps est de quarante mille cinq cents hommes enregistrés. A c^té d'eux, la tribu de Menass'eh, avec son émîr Gamliël fils de Pedahçour, et son corps de trente-deux mille deux cents hommes enregistrés ; et la tribu de Benjamin, avec son émîr Abidan fils de G'ide*oni, et son corps de trente-cinq mille qpiati'e cents

^ Le tabernacle étant au milieu du camp, les fronts des camps des tribus seront tournés vers ce point central. Quant à la nature des bannières ou enseignes, le texte n'en dit rien. La tradition rabbinique du moyen âge est dominée par les usages du temps et parle de diiîérentcs couleurs et de bêtes béraldiques, empruntées en partie lu 19' chap. de la Genèse ; d'après d autres, les 4 bannières auraient porté les images do lion, du taureau, de l'aigle et d'une tête d'homme, d'après Ézéch. I.

'^ Ils formeront Tavant-garde quand on se mettra en marche.

"^ Soit ici, soit au chap. I, 14, il y a une faute de copiste. Les deux caractères hébreux R et D sont faciles à confondre.

hommes enregislrés. Le total des enregistrés du camp d'Éphraïm est de cent huit mille et cent, selon leurs bataillons : ils se mettront en marche en troisième ligne.

** La bannière du camp de Dan sera au nord, avec ses bataillons, et Fémîr des enfants de Dan est Ati'ézer fils de *Ammis'ada!, et son corps est de soixante-deux mille sept cents hommes enregistrés. A côté d'eux camperont la tribu d'As'er, avec son émîr Pag'e'iël fils de 'Okran, et son corps de quarante-un mille cinq cents hommes enregistrés ; et la tribu de Nef|ali, avec son émir Attira* fils de *Ênan, et son corps de cinquante-trois mille quatre cents hommes enregistrés. Le total des enregistrés du camp de Dan est de cent cinquante-sept mille six cents : ils se mettront en marche les derniers selon leurs bannières.

'•Voilà le relevé des Israélites selon leurs tribus patriarcales. Le total des enregistrés des difi'érents camps, selon leurs bataillons, était de six cent trois mille cinq cent cinquante. Mais les Lévites ne furent point enregistrés avec les autres Israélites, d'après l'oixlre donné par l'Éternel à Moïse. Et les Israélites agirent en tout selon les ordres donnés par l'Étemel à Moïse, ils campaient ainsi sous leurs bannières, et se mettaient ainsi en marche, par clans et par tribus.

*Et voici quelle était la famille d'Aharôn et de Moïse, à l'époque où l'Éternel parla à Moïse au mont Sinaï. Voici les noms des fils d'Aharôn: l'aîné Nadab, puis Abîhou, Éle'azar et îtamar. Ce sont là les noms des fils d'Aharôn ; ils avaient été oints prêtres et on les avait installés dans les fonctions sacerdotales. Mais Nadab et Abihou étaient morts devant l'Éternel*, pour avoir présenté à l'Éternel un feu étranger au désert du Sinaï, et ils n'avaient point eu de fils; et Éle'azar et itamar fonctionnèrent conjointement avec leur père Aharôn.

* Et l'Étemel s'adressa à Moïse en ces termes : Fais approcher la tribu des Lévites, et place-les en face du prêtre Aharôn pour qu'ils le servent •; ils prendront soin de tout ce qui lui incombe à lui et à la communauté à l'égard du tabernacle de communication , de manière à faire le service de la demeure sainte; ils prendront soin de tout le mobilier du tabernacle de communication, et de ce qui incombe aux Israélites, de manière à faire le service de la demeure.

1 C'est-à-dire, en fonctions. Voyez Lév. X.

^ Le gros de la tribu (les Lévites dans le sens spécial du nom) occupent un rang inférieur à la famille d'Aharôn, à laquelle est réservé plus spécialement le titre de prêtres (sacrificateurs). Voir Tlntrod., p. 168 suiv.

Tu donneras les Lévites à Aharôn et à ses fils; ils lui appartiendront en propre, d'entre les Israélites*. Quant à Aharôn et à ses fils, tu les installeras pour Tofûce du sacerdoce; un étranger intrus* sera mis à mort.

**Puis rÉtemel s'adressa à Moïse en ces termes: C'est moi qui ai choisi les Lévites d'entre les enfants d'Israël, à la place de tous les premiers-nés, de tous les premiers fruits des entrailles d'entre les Israélites ; pour que les Lévites m'appartiennent'. Car c'est à moi qu'appartiennent tous les premiers-nés; lorsque, au pays d'Egypte, je frappai tous les premiei^s-nés, je me suis consacré tous les premiers-nés en Israël, hommes et hétes; c'est à moi, l'Étemel, qu'ils appartiennent.

** Et l'Éternel parla à Moïse, au désert du Sinaï, en ces termes : Fais le recensement des Lévites, selon leurs familles et clans; tu enregistreras tous les mâles de l'âge d'un mois et au-dessus. Et Moïse en fit le recensement d'après l'ordre qu'il avait reçu de l'Éternel. Voici les noms des fils de Lévi : G'ers'ôn, Qehat et Merarî. Et voici les noms des fils de G'ers'ôn selon leurs clans: Libnî et S'imel. Et les fils de Qehat selon leurs clans : Amram, Yiçhar, Qebrôn et *Ouzzicl. Et les fils de Merari selon leurs clans : Maxell et Mous'i. Voilà les clans de la tribu des Lévites.

'*De G'ers'ôn état le clan des Libnites et le clan des S'ime'ites: c'étaient là les clans des G'ers'onites. Au recensement ils se trouvaient être au nombre de sept mille cinq cents, en comptant tous les mâles d'un mois et au-dessus. Les clans des G'ers'onites campaient derrière la demeure sainte vers l'ouest; et l'émîr de leur famille était Élyasaf fils de Laël. Leurs fonctions au tabernacle de communication concernaient la demeure sainte et la tente *, sa couverture, et le rideau de la porte du tabernacle, et les tentures de la cour, et le rideau de la porte de la cour qui entourait la demeure et l'autel, et ses cordes, relativement à tout le service y afférent.

" De Qehat était le clan des 'Amramites, et le clan des Yiçharites, et le clan des llebroiiiles, et le clan des *Ozzit*lites : c'étaient là \c< clans des Qehatites. Tous les mâles d'un mois et au-dessus, se hvuvaiont ôtro au nombre do huit mille six cents , avant à faire le

' Cest-à-dirc. seuls der.tre les Israélites ils seront retenus pour ce service oblipratoire.

*^ Litt. : qui s'approche (de l'autel pour fonctionner).

•^ L'institution des castes sacerdotales et des fonctions héréditaires était très-répandue en Orient. Nous devons ici surtout songer aux Egyptiens.

** Les tapis qui recouvraient le tabernacle. Voyez du reste, pour le détail, le chapitre suivant.

service du sanctuaire*. Les clans des fils de Qehat campaient du côté méridional de la demeure sainte, et Témîr de leur famille était Éliçafan fils de *Ouzziêl. Ils avaient le soin de l'arche, de la table, du candélabre, des autels, et des ustensiles sacrés avec lesquels on faisait le service, et du rideau et de tout le service y afférent. Et Témlr en chef des Lévites était Ele*azar ' fils ^du prêtre Aharôn ; il avait la surveillance de tous ceux qui étaient chargés du service du sanctuaire.

" De Merarî était le clan des Malielites et le clan des Mous'ites : c'étaient là les clans des Merarites. Au recensement ils se trouvaient être de six mille deux cents, en comptant tous les mâles d'un mois et au-dessus. Et Témîr de la famille des clans Merarites était Çouriêl fils d'Abîl^aïl; ils campaient du côté septentrional de la demeure sainte. Le service dont étaient chargés les Merarites concernait les planches de la demeure sainte et ses barres, et ses colonnes, et ses supports et tous ses ustensiles' et le service y afférent, ainsi que les colonnes de la cour à l'entour, avec leurs supports, leurs pieux et leurs cordes.

'•Et sur le devant de la demeure sainte, vers l'orient, en face du tabernacle de communication, campaient Moïse et Aharôn avec ses fils, chargés du service du sanctuaire pour ce qui concernait les Israélites^. L'étranger intrus devait être mis à mort.

•"Le total des Lévites enregistrés dont Moïse [et Aharôn]* fit le recensement sur l'ordre de l'Étemel, d'après leurs clans, en comptant tous les mâles d'un mois et au-dessus, se trouva être de vingt deux mille •.

*• Puis l'Étemel dit à Moïse : Fais le recensement de tous les premiers-nés mâles des Israélites, d'un mois et au-dessus, et fais le relevé du nombre des personnes; afin de me réserver, à moi l'Éternel, les Lévites à la place de tous les premiers-nés des Israélites, et les premiers-nés du bétail des Lévites à la place de tous les

' Proprement dit, c'est-à-dire de l'intérieur et de son mobilier.

^ La famille d'Aharôn étant du clan de Qehaf, c'est le fils du pontife qui est à la tête de toute cette branche principale du service.

3 Les pieux et les cordages.

^ Ils étaient les représentants de la' nation pour les rites sacrés, censés accomplis par celle-ci.

^ Les critiques juifs ont condamné le second nom.

0 II j a ici une erreur d'addition, du moins dans le texte actuel. Probablement Terreur se trouve plutôt dans l'un des éléments de la somme, comp. v. 46. On n'a qu'à mettre, au v. 28, 8300 au lieu de 8600 (//*' : 3, au lieu de «'«' : 6), et tout est en règle. Nous n'abuserons pas de la patience de nos lecteurs en leur exposant d'autres essais de conciliation.

premiers-nés du bétail des Israélites. Et Moïse, d'après Tordre de rÉternel, fît le recensement de tous les premiers-nés des Israélites. Et le total des premiers-nés mâles, en comptant les personnes d'un mois et au-dessus, se trouva être, d'après le recensement, de vingtdeux mille deux cent soixante et treize*. ♦♦Puis l'Étemel parla à Moïse en ces termes : Prends les Lévites à la place de tous les premiers-nés des Israélites, et le bétail des Lévites à la place de leur bétail à eux, afin que les Lévites m'appartiennent à moi, l'Étemel. Et quant à la rançon des deux cent soixante-treize qui excèdent le nombre des Lévites', parmi les premiers-nés d'Israël, tu prendras cinq sicles par tête (il s'agit de sicles sacrés à vingt g'érâ le sicle). Et tu donneras cet argent à Aharôn et à ses fils, comme rançon de l'excédant. Et Moïse prit l'argent de la rançon de la part de ceux qui dépassaient le nombre des Israélites qui étaient rachetés par les Lévites*. C'est de la part des premiers-nés d'Israël qu'il prit cet argent, savoir treize cent soixante cinq sicles (au sicle sacré). Et Moïse donna l'argent de la rançon à Aharôn et à ses fils, selon l'ordre de l'Éternel, comme cela lui avait été commandé.

*Puis l'Éternel s'adressa à Moïse et à Aharôn en ces termes: Fais le relevé de la somme des fils de Qehat d'entre les Lévites, selon leurs clans et familles, de trente ans et au-dessus jusqu'à cinquante ans, de tous ceux qui doivent entrer au service pour faire la besogne au tabernacle de communication. ♦ Voici quel sera le service qu'auront à faire les Qehatites au tabernacle de communication, au lieu trèssaint ♦: Quand le camp se mettra en marche, Aharôn et ses fils entreront et descendront le rideau-voile et ils en couvriront l'arche de la loi, et ils mettront au-dessus une couverture de peau de manati, et ils y mettront les barres. Et sur la table de proposition ils étendront une draperie de pourpre violette et ils y mettront les plats, les coupes, les jattes et les vases pour la libation, et le pain perpé-

^ Le nombre total des Israélites en état de porter les armes (outre les Lévites] étant de 603,000, sans compter les femmes et les enfants, cela ferait en moyenne au delà de cent individus membres d'une même famille pour un fils aîné ! S'il faut renoncer à faire accorder les deux éléments du calcul, on s'attachera de préférence au nombre plus petit comme moins sujet à caution que les millions du premier, qui nous créent bien d'autres embarras encore (comp. l'Introd., p. 85 suiv.).

2 Comp. V. 39 et 43.

3 C'est-à-dire à la place desquels les Lévites servaient personnellement.

•ï La caste privilégiée des Aharonides est chargée de l'emballage des meubles du sanctuaire proprement dit (comp. pour les détails de ce mobilier, Ex. XXV; XXVII'i. Le reste du clan des Qehatites n'a pas la permission de toucher à ces choses : à eux incombe le transport qui s'elTectue au moyen des longues barres que les prêtres ont d'abord mises ù chaque objet.

tuel y sera aussi. Et par-dessus ils étendront une draperie écarlate et la recouvriront d'une couverture de peau de manati, et ils y mettront les barres. Et ils prendront une draperie de pourpre violette et en recouvriront le candélabre avec ses lampes, ses mouchettes et ses pinces et tous ses vases à huile, avec lesquels ils font le service, et ils le mettront avec tous ses ustensiles dans une couverture de peau de manati et le placeront sur le brancard. Et sur l'autel doré ils étendront une draperie de pourpre violette et la recouvriront d'une couverture de peau de manati, et ils y mettront les barres. Puis ils prendront tous les ustensiles de service dont on a besoin au sanctuaire et ils les mettront dans une draperie de pourpre violette et les recouvriront d'une couverture de peau de manati et les placeront sur le brancard. Puis ils nettoieront l'autel de ses cendres et étendront par-dessus une draperie de pourpre rouge, et ils y placeront tous les ustensiles nécessaires pour le service, les brasiers, les fourchettes, les pelles et les coupes, tous les ustensiles de l'autel, et ils étendront par-dessus une couverture de peau de manati, et ils y mettront les barres. Et lorsque Aharôn et ses fils auront achevé de recouvrir le sanctuaire et tout son mobilier, quand le camp se mettra en marche, alors les fils de Qehat viendront les enlever, mais ils ne toucheront pas aux objets sacrés, pour qu'ils ne meurent point. Telle est la charge des fils de Qehat au tabernacle de communication.

*• Éle*azar, fils du prêtre Aharôn, aura la surveillance de l'huile du candélabre, et de l'encens aromatique et de l'offrande perpétuelle et de l'huile de l'onction * ; c'est-à-dire la surveillance de toute la demeure et de ce qui s'y trouve, en d'autres termes, de l'édiOce sacré et du mobilier.

*'' Puis l'Éternel parla à Moïse et à Aharôn en ces termes : Ne faites pas en sorte que la tribu des familles des Qeha^ites risque d'être exterminée d'entre les Lévites. Voici ce que vous ferez à leur égard pour qu'ils conservent la vie et ne meurent point : Quand ils s'approcheront du lieu très-saint, Aharôn et ses fils y entreront et assigneront à un chacun son ofQce et sa charge, afin qu'eux ne viennent pas regarder le sanctuaire, même un instant, de peur qu'ils ne meurent*.

1 Ex. XXVII, 20; XXVIII, 5; XXIX, 38; XXX, 24.

^ Ce dernier alinéa précise les ordres donnés au v. 15, ou plutôt il renchérit encore sur eux. On ne voit pas pourquoi les prêtres eux-mêmes ne portent pas les meubles dehors, c'aurait été la mesure la plus simple pour empêcher les Lévites de jeter un regard curieux dans l'intérieur. — L'idée d'un danger de mort pour un homme profane qui s'approche du sanctuaire ou de Dieu s'est souvent déjà rencontrée sur notre chemin. Voyez par exemple Juges VI. Ësaïe VI. 1 Sam. VI, 19. Gten. XVI, etc.

192 NOMBEIKS IV, 21-40.

** Puis l*Éternel s'adressa à Moïse en ces termes : Fais aussi le relevé du nombre des fils de G'ers'ôn, selon leurs familles et leurs clans ; tu en feras le recensement de trente ans et au-dessus jusqu'à cinquante ans, de tous ceux qui doivent entrer au senice pour faire l'office dans le tabernacle de communication. Voici quel sera l'office des clans des G'ers'ounites, quant au service et à la charge. Ils emporteront les tentures de la demeure sainte et le tabernacle de communication, sa couverture, et la couverture de peau de mauati qui est au-dessus, et le rideau de l'entrée du tabernacle, et les tentures de la cour, et le rideau de l'entrée de la porte de la cour qui entoure la demeure sainte, et l'autel et ses cordes, et tous les objets mobiliers nécessaires à ce service; ils feront tout ce qui doit y être fait. C'est d'après les ordres d'Aharôn et de ses fils que les G'ers'ounites feront toute leur besogne, relativement à toute charge et à tout service, et vous leur confierez la garde de tout ce dont ils seront chargés. Voilà quel sera l'office des clans des G'ers'ounites au tabernacle de communication; ils en prendront soin sous les ordres d'i^amar, le fils du prêtre Abarôn.

'* Quant aux fils de Merarî, tu en feras le recensement selon leurs clans et familles. Tu en feras le recensement, de trente ans et au-dessus jusqu'à cinquante ans, de tous ceux qui doivent entrer au service pour faire l'office au tabernacle de communication. Et voici les objets mis à leur charge, relativement à leur service, au tabernacle : les planches de la demeure sainte avec leurs barres, colonnes et supports; puis les colonnes de la cour à l'entour, avec leurs supports, leurs pieux et leurs cordes, enfin, tous les ustensiles et tout le service y allèrent. Vous ferez le relevé nominatif de tous les objets de la garde (lesquels ils seront chargés. Voilà quel sera l'oflico des clans des Merarites, relativement à tout leur service au tal>ernacle de communication, sous les ordres d'Hamar, le fils du prêtre Aharùn.

^* Alors Moïse et Aharôn et les émirs de la communauté firent le recensement des Qehat-ites, selon leurs clans et familles, depuis trente ans et au-dessus jusqu'à cinquante ans, de tous ceux qui devaient entrer au service pour faire l'office du tabernacle de communication. Et ceux qui furent enregistrés selon leurs clans se trouvèrent être deux mille sept cent cinquante : voilà quels furent les enregistrés des clans des Qehatites, qui devaient faire le service du tabernacle, et dont Moïse et Aharon avaient fait le recensement d'après Tordre de l'Éternel donné à Moïse. '® Quant aux G'ers'ounites enre«îistrt's selon leurs clans et familles, depuis trente ans et au-dessus jusqu'à ein(|uante ans, tous ceux qui devaient entrer au service |H)ur l'aiiY rolïiie (lu tabernacle de communication, ceux qui furent enregistivs selon leurs clans et familles, se trouvèrent être deux mille six cent

trente. Voilà quels furent les enregistrés des clans des G'ers'onites, qui devaient faire le service du tabernacle, et dont Moïse et Aharôn avaient fait le recensement d'après Tordre de TÉternel. *'Et quant aux enregistrés des clans des Merarites, selon leurs clans et familles, depuis trente ans et au-dessus jusqu'à cinquante ans, tous ceux qui devaient entrer au service pour faire l'office du tabernacle de communication, ceux qui furent enregistrés selon leurs clans se trouvèrent être trois mille et deux cents : voilà quels furent les enregistrés des clans des Merarites, dont Moïse et Aharôn avaient fait le recensement d'après l'ordre de l'Éternel donné à Moïse. Quant au total des Lévites enregistrés, dont Moïse et Aharôn et les émîrs d'Israël firent le recensement selon leurs clans et familles, depuis trente ans et au-dessus jusqu'à cinquante ans, tous ceux qui devaient entrer au service, pour remplir les diverses fonctions au tabernacle, ces enregistrés se trouvèrent être huit mille cinq cent quatre-vingts*. C'est sur l'ordre de l'Éternel qu'on en avait fait le recensement sous la direction de Moïse, chacun d'après son office et sa charge, et ses fonctions, comme l'Éternel l'avait commandé à Moïse.

* Puis l'Éternel parla à Moïse en ces termes : Ordonne aux Israélites de renvoyer du camp quiconque a la lèpre, ou un écoulement, ou qui s'est souillé par le contact d'un cadavre ' ; hommes et femmes, vous les renverrez hors du camp, pour qu'ils ne rendent pas impurs leurs campements au milieu desquels moi j'ai établi ma demeure. Et les Israéhtes en agirent ainsi, et les renvoyèrent hors du camp. Les Israéhtes firent comme l'Éternel l'avait ordonné à Moïse.

* Puis l'Éternel parla à Moïse en ces termes : Dis aux Israélites : Quand un homme ou une femme commettront un délit quelconque ', de manière à pécher contre l'Éternel, et que cette personne se soit rendue coupable, elle confessera le délit qu'elle aura commis, et pour compensation elle restituera le principal et ajoutera le cinquième en sus, et le donnera à celui auquel elle aura fait tort^. Et si celui-ci n*a pas de représentant* auquel on ferait la restitution, celle-ci

I La proportion paraît justiûée par ce que constatent les données de la statistique. On avait compté 22,000 Lévites âgés d'un mois au moins. Sur ce nombre (en le supposant constant), 39 <*/o auraient atteint l'âge de trente ans.

* Comp. Lév. XIII, XV, XIX, XXI.

3 Litt. : un délit d'homme.

4 II ne s'agit pas nécessairement de vol, mais d'une lésion quelconque des droits d'autrui ; comp. Lév. V, 14 s. ; VII, 1 s.

^ Litt. : quelqu'un qui ait le droit ou le devoir de faire la revendication. On suppose le cas de mort ou d'absence de Tayant-droit lui-môme. Sur le Goël, voy. Lév. XXV, 25. Roth IV.

A. T. 3- part. — II. 13

reviendra à TÉternel, soit au prêtre, indépendamment du bélier d'expiation , au moyen duquel le délit sera expié. Et toute offrande consacrée par les Israélites, et qu'ils présenteront au prêtre, appartiendra à celui-ci. C'est à lui que reviendra tout ce que quelqu'un consacrera; ce que quelqu'un donnera au prêtre appartiendra à celui-ci.

**Puis l'Éternel parla à Moïse en ces termes: Parle aux enfants d'Israël et dis-leur : Toutes les fois que la femme de quelqu'un s'écarte de son devoir envers son mari et commet une infidélité, et qu'un autre a couché avec elle maritalement, sans que le mari l'ait su, et que cet acte d'impudicité est resté caché, qu'il n'y a pas de témoin contre elle, et qu'elle n'a pas été surprise, et que le mari conçoit de la jalousie et soupçonne sa femme réellement coupable, ou bien s'il conçoit de la jalousie et soupçonne sa femme sans qu'elle soit coupable^ le mari amènera sa femme devant le prêtre, et en même temps il apportera une offrande pour elle, savoir un dixième d'éfah de farine d'orge ; il n'y versera pas d'huile et n'y ajoutera pas d'encens, parce que ce sera une offrande de jalousie, une offrande commémorative destinée à rappeler un crime. *'Et le prêtre la fera approcher et la mettra en face de l'Éternel. Puis le prêtre prendra de l'eau du sanctuaire ' dans un vase de terre, et de la poussière provenant du sol de la demeure sainte, qu'il mettra dans cette eau; ensuite il placera la femme en face de l'Étemel et lui dénouera les cheveux, et lui mettra entre les mains l'offrande commétoorative^ l'offrande de jalousie, tandis que lui-même tiendra dans sa main l'eau amère de malédiction. Puis le prêtre adjurera la femme et lui dira : Si personne n'a couché avec toi à la place de ton mari et si tu ne t'es pas écartée de ton devoir par impudieité, sois à l'abri de l'effet^ de cette eau amère de malédiction. Mais si tu t'es écartée de ton devoir à l'égard de ton mari, et si tu t'es souillée, et si un autre que ton mari a partagé ta couche.... (le prêtre adjurera la femme avec un serment de malédiction et dira....), que l'Étemel fasse de toi un exemple de malédiction et une formule de jurement' parmi ton peuple, en faisant maigrir tes hanches et gonfler ton ventre, et que ces eaux de malédiction pénètrent dans tes entrailles

1 Litt. : de Teau sainte. IL s'agit naturellement de Teau d'un réservoir, ordinairement destinée aux ablutions rituelles.

'^ Litt. : sois absoute relativement à cette eau ; c'est-à-dire : la malédiction dont elle frappe le coi'pable n'aura pas de prise sur toi ; tu seras déclarée innocente par le fait même que l'eiret ne se produira pas.

3 On la citera comme un exemple de la juste vengeance du ciel et Ton menacera d'autres femmes infidèles d'un sort pareil, en nommant son nom, ù cet effet, avec use formule de serment.

à Feflfet de gonfler ton ventre et de faire maigrir tes hanches. Et la femme dira : Ainsi soit-il ! '' Puis le prêtre écrira ces malédictions sur un parchemin, et les effacera avec l'eau amère, et fera boire à la femme l'eau amère de malédiction, afin que cette eau entre en elle pour lui être amère. Puis le prêtre prendra de la main de la femme l'offrande de jalousie et l'agitera devant l'Éternel et la déposera sur l'autel, et il prendra de cette offrande la part à consacrer et la fera fumer sur l'autel, et après cela, il fera boire l'eau à la femme. Et quand il lui aura fait boire l'eau, alors, dans le cas qu'elle se serait souillée et qu'elle aurait été inGdèle à son mari, l'eau de malédiction pénétrera en elle pour lui être amère, et son ventre se gonflera, et ses hanches deviendront maigres, et cette femme deviendra un exemple de malédiction parmi son peuple. Si, au contraire, elle ne s'est point souillée et qu'elle soit restée pure, elle sera reconnue innocente et restera féconde. ** Telle est la loi des cas de jalousie, quand une femme s'écarte de son devoir conjugal et commet un adultère, ou quand un mari devient jaloux et soupçonne sa femme : on amènera la femme devant l'Éternel, et le prêtre procédera envers elle conformément à cette loi. Le mari ne sera point responsable, et la femme seule répondra de sa faute ^.

* Puis l'Éternel parla à Moïse en ces termes : Parle aux Israélites et dis-leur : Si un homme ou une femme veut se consacrer par un vœu, un vœu d'abstinence', pour se dévouer à l'ÉterneP, il s'abs-

1 C'est-à-dire éventuellement; tandis que le mari, môme dans le cas d'un soupçon mal fondé, n'encourra aucune peine. — La loi, telle qu'elle est formulée, paraît reposer sur l'idée d'une intervention miraculeuse de Dieu, et peut être assimilée ainsi aux jugements de Dieu du moyen-âge. Mais au fond elle a été dictée par une profonde intelligence du cœur humain. Elle tend évidemment à effrayer la conscience d'une femme coupable et à lui arracher un aveu spontané. Nous croyons qu'il est inutile d'examiner quelle espèce de maladie le législateur a pu avoir en vue. On a songé à lliydropisie de l'ovaire.

^ Litt. : d'abstinent ; on traduft ordinairement Naziréen, en conservant le terme hébreu. — Ici il n'est question que de vœux temporaires, dont la durée paraît avoir été laissée au libre choix d'un chacun. L'histoire parle aussi de vœux perpétuels, par lesquels les parents engageaient d'avance leurs enfants (S'imes'on, Samuel, Jean-Baptiste). L'Ancien Testament ne mentionne nulle part des vœux temporaires tels qu'ils sont réglés dans notre texte (voy. cependant Amos II, il s.). Il y en a plusieurs exemples dans l'histoire de l'apôtre Paul (Actes XVIII, XXI).

3 On remarquera que le texte ne dit rien des motifs qui peuvent engager les hommes à faire un vœu pareil. Cependant nous no nous tromperons guère en pensant qu'il s'agit de promesses faites à Dieu en vue d'un danger, d'une maladie, d'un désir quelconque ou d'une espérance chanceuse. La promesse est avant tout celle du sacrifice final, et jusquelà celle d'une privation de vin. Le soin mis à éviter tout contact avec un cadavre s'explique par l'idée môme de la consécration religieuse, le cadavre étant chose impure. Enfin, ce qui est dit de la chevelure consacrée se retrouve de môme chez tous les peuples de l'antiquité, et chez les deux sexes.

tiendra de vin et de toute autre boisson fermentée, il ne boira pas de vinaigre provenant de vin ou d'autre boisson fermentée, ni rien qui soit fait avec du jus de raisin, et il ne mangera point de raisins, ni frais ni secs. Pendant toute la durée de son abstinence, il ne mangern rien de ce qui provient de la vigne, ni pépin ni peau ; pendant toute la durée de son vœu d*abstinence, aucun rasoir ne passera sur sa tête ; jusqu'au terme des jours de son vœu, il sera consacré à l'Éternel ; il laissera croître librement toute sa chevelure ; pendant toute la durée de sa consécration à l'Éternel, il ne s'approchera d'aucune personne morte : que ce soit son père ou sa mère, son frère ou sa sœur; il ne doit pas contracter d'impureté à leur égard s'ils viennent à mourir, car il est personnellement engagé par un vœu d'abstinence fait à son Dieu, et pendant toute la durée de son vœu il est consacré à l'Éternel. *Et si quelqu'un venait à mourir subitement chez lui, de manière à rendre impure sa personne consacrée, il rasera sa tête le jour de sa purification, c'est-à-dire le septième jour, et le huitième il apportera au prêtre, à l'entrée du tabernacle, deux tourterelles ou deux pigeons. Et le prêtre en sacrifiera un comme expiation et l'autre en holocauste, afin de lui faire pardonner qu'il a été en défaut au sujet d'un mort; et ce jour-là il consacrera encore sa tête et renouvellera à l'Éternel la période de son vœu, et offrira un agneau d'un an pour délit ; la première période ne comptera pas, parce que son vœu d'abstinence a été rendu impur. "Et voici la règle pour celui qui s'est ainsi consacré : A l'accomplissement de la période votive, on l'amènera à l'entrée du tabernacle de communication, et il offrira son offrande à l'Éternel, savoir un ap^neau mâle d'un an et sans défaut comme holocauste, et une femelle d'un an et sans défaut comme expiation, et un bélier sans défaut comme sacrifice d'action de grâces ; de plus, une corbeille de pâtisserie, faite de fleur de farine sans levain, savoir des gâteaux épais pétris avec de l'huile, et des galettes plates enduites d'huile, ainsi que Toflrande et les libations qui doivent accompagner le tout. Et le prêtre le présentera à l'Éternel et accomplira le sacrifice expiatoire et l'holocauste ; et il immolera le bélier à l'Éternel pour le sacrifice d'action de gnUes, avec la corbeille de pâtisserie faite sans levain, puis il fera roffrando et la libation. Puis l'homme qui a fait le vœu rasera sa tête consacrée, à l'entrée du tabernacle de communication: et il prendra sa chevelure consacrée et la mettra dans le feu qui est sous le sacrifice (raclion de grâces. Puis le prêtre prendra l\qxiulo cuite du bélier, et un gâteau azyme épais dans la corbeille, et un gâteau plat azyme, et les mettra dans les mains du consacré, après que celui-ci aura coupé ses cheveux consacrés. Et le prêtre consacrera ces choses en les agitant devant T Eternel : c'est là ce qui lui i^evieut de droit, avec la poiti'inc d'agitation et la cuisse de prélèvement.

Après cela, le consacré pourra boire du vin. ** Voilà la loi concernant le consacré qui aura fait le vœu d'une offrande à l'Éternel à l'occasion de son vœu d'abstinence; indépendamment de ce qu'il peut faire volontairement; selon la teneur du vœu qu'il aura fait, ainsi il ag^ra conformément à la règle de sa consécration.

•' Puis l'Éternel parla à Moïse en ces termes : Parle à Aharôn et à ses fils et dis-leur : Voici en quels termes vous prononcerez la bénédiction sur les enfants d'Israël : Que l'Éternel vous bénisse et vous garde! Que l'Étemel fasse luire sa face sur vous et vous soit propice ! Que l'Éternel ait sa face levée sur vous et vous donne la prospérité * ! Ils prononceront mon nom sur les enfants d'Israël et moi je les bénirai.

* Lorsque Moïse eut achevé de dresser la demeure sainte et qu'il l'eut ointe et consacrée, ainsi que tous ses meubles, et l'autel avec ses ustensiles, quand tout fut oint et consacré, les émîrs d'Israël? chefs des maisons patriarcales (les émîrs des tribus préposés aux enregistrés), présentèrent leurs offrandes, et amenèrent comme don devant l'Éternel six chars' et douze bœufs; un char pour deux émîrs, et un bœuf pour chacun, et ils les amenèrent devant la demeure sainte.

^ L'Éternel dit à Moïse : Prends-les de leurs mains, pour qu'ils soient employés au service du tabernacle; tu les donneras aux Lévites, selon leurs fonctions respectives. Moïse prit les chars et les bœufs et les donna aux Lévites, savoir deux chars et quatre bœufs aux G'ers'onites , en vue de leurs fonctions, et quatre chars et huit bœufs aux Merarites, en vue de leurs fonctions, sous les ordres d*i|amar fils du prêtre Aharôn. Mais aux Qehatites il n'en donna rien, parce qu'ils avaient le service du sanctuaire et devaient porter les choses sur l'épaule '.

1 Cette fonnule de bénédiction a été adoptée par TËglise chrétienne. En apparence elle est triple, et les Pères et les anciens théologiens n'ont pas manqué d'y voir un argument à faire valoir pour établir que l'Ancien Testament révèle le dogme de la Trinité. De fait, les deux dernières phrases sont absolument synonymes et ne font que reproduire le sens de la première d'une manièru tigurée.

2 II y a dans le texte un mot de plus pour déterminer la nature ou forme de ces chars. Mais comme ce mot ne se rencontre pas ailleurs, et que l'étymologie n'est pas sûre, il est impossible d'en donner une traduction. On propose : litière, couvert, à deux roues, etc.

3 Les G'ers'onites avaient à transporter les tentures, et les Merarites les boiseries ; les Qehatites portaient les meubles sacrés, au moyen de barres.

*® Puis les émîrs firent des offrandes pour la dédicace de l'autel, le jour où celui-ci reçut l'onction ; ils vinrent offrir leurs dons devant l'autel. Et rÉternel dit à Moïse : Chaque jour un émir présentera son don * pour la dédicace de Tautel.

"Celui qui offrit son don le premier jour fut Nats'ôn fils de 'Amminadab de la tribu de Juda. Son don consista en un plat d'argent pesant cent trente sicles^, une écuelle d'argent de soixante-dix sicles (sicle sacré), les deux remplis de fleur de farine trempée d'huile pour offrande; puis une jatte de dix sicles d'or' remplie d'encens, un taureau, un bélier, et un agneau d'un an pour holocauste, un bouc de chèvres pour l'expiation, enfin deux bœufs, cinq béliers, cinq boucs et cinq agneaux d'un an pour le sacrifice d'action de grâces : tel était le don de Na^s'on fils de 'Amminadab.

*• Le second jour ce fut Netaneël fils de Çou'ar, émîr de Yissakar, qui offrit son don. Il offrit pour don un plat d'argent pesant cent trente sicles, une écuelle d'argent de soixante-dix sicles (sicle sacré), les deux remplis de fleur de farine trempée d'huile pour offrande; puis une jatte de dix sicles d'or remplie d'encens, un taureau, un bélier, et un agneau d'un an pour holocauste, un bouc de chèvres pour l'expiation; enfin deux bœufs, cinq béliers, cinq boucs et cinq agneaux d'un an pour le sacrifice d'action de grâces : tel était le don de Netaneël fils de Çou'ar.-

^* Le troisième jour ce fut l'émîr des Zeboulounites, Éliab fils de Çélon. Son don consista en un plat d'argent pesant cent trente sicles, une écuelle d'argent de soixante-dix sicles (sicle sacré), les deux remplis de fleur de farine trempée d'huile pour offrande ; puis une jatte de dix sicles d'or remplie d'encens ; un taureau, un bélier et un agneau d'un an pour holocauste ; un bouc de chèvres pour l'expiation ; enfin deux bœufs, cinq béliers, cinq boucs et cinq agneaux d'un an pour le sacrifice d'action de grâces : tel était le don d'Élial) fils de Hélôn.

^^ Le quatrième jour ce fut Témîr des Ileoubénites, Éliçour fils de S'edôour. Son don consista en un plat d'argent pesant cent trente sicles, une écuelle d'argent de soixante-dix sicles (sicle sacré), les deux remplis de fleur de farine trempée d'huile pour offrande; puis une jatte de dix sicles d'or remplie d'encens; un taureau, un bélier et un agneau d'un an pour holocauste; un bouc de chèvres pour l'expiation ; enfin deux bœufs, cinq béliers, cinq boucs et cinq agneaux

1 Le nombre des victimes ù immoler, d'après ce qui va Ôtre dit, était tel que la cérémonie ne pouvait pas être terminée en un seul jour.

2 Près i\v. 2 kilogrammes, ou la valeur de 400 fr.

3 150 grammes, à peu près 450 fr.

d'un an pour le sacrifice d'action de grâces : tel était le don d'Éliçour (ils de S'edéour.

^* Le cinquième jour ce fut Témir des S'ime'onites, S'eloumiël fils de Çouris'addaï. Son don consista en un plat d'argent pesant cent trente sicles, une écuelle d'argent de soixante-dix sicles (sicle sacré), les deux remplis de fleur de farine trempée d'huile, pour offrande ; puis une jatte de dix sicles d'or remplie d'encens ; un taureau, un bélier et un agneau d'un an pour holocauste; un bouc de chèvres pour l'expiation ; enfin deux bœufs, cinq béliers, cinq boucs et cinq agneaux d'un an pour le sacrifice d'action de grâces : tel était le don de S'eloumiêl fils de Çouris'addaï.

*^ Le sixième jour ce fut l'émir des Gadites, Ëlyasaf fils de De'ouël. Son don consista en un plat d'argent pesant cent trente sicles, une écuelle d'argent de soixante-dix sicles (sicle sacré), les deux remplis de fleur de farine trempée d'huile, pour offrande ; puis une jatte de dix sicles d'or remplie d'encens ; un taureau, un bélier et un agneau d'un an pour holocauste; un bouc de chèvres pour l'expiation; enfin deux bœufs, cinq béliers, cinq boucs et cinq agneaux d'un an pour le sacrifice d'action de grâces : tel était le don de Élyasaf fils de De*ouél.

*• Le septième jour ce fut l'émir des Éphraïmites, Élis'ama* fils de 'Ammihoud. Son don consista en un plat d'argent pesant cent trente sicles, une écuelle d'argent de soixante-dix sicles (sicle sacré), les deux remplis de fleur de farine trempée d'huile, pour offrande ; puis une jatte de dix sicles d'or remplie d'encens; un taureau, un bélier et un agneau d'un an pour holocauste; un bouc de chèvres pour l'expiation ; enfin deux bœufs, cinq béliers, cinq boucs et cinq agneaux d'un an pour le sacrifice d'action de grâces : tel était le don d'Élis'ama' fils de 'Ammihoud.

'*Le huitième jour ce fut l'émîr des Menass'ites, Gamliël fils de Pedahçour. Son don consista en im plat d'argent pesant cent trente sicles, une écuelle d'argent de soixante-dix sicles (sicle sacré), les deux remplis de fleur de farine trempée d'huile, pour offrande ; puis une jatte de dix sicles d'or remplie d'encens ; un taureau, un bélier et un agneau d'un an pour holocauste ; un bouc de chèvres pour l'expiation ; enfin deux bœufs, cinq béliers, cinq boucs et cinq agneaux d'un an pour le sacrifice d'action de grâces : tel était le don de Gamliël fils de Pedahçour.

•®Le neuvième jour ce fut l'émîr des Benjaminites, Abidan fils de G'ide'onî. Son don consista en un plat d'argent pesant cent trente sicles, une écuelle d'argent de soixante-dix sicles (sicle sacré), les deux remplis de fleur de farine trempée d'huile, pour offrande ; puis une jatte de dix sicles d'or remplie d'encens ; un taureau, un bélier et un agneau d'un an pour holocauste ; un bouc de chèvres pour

l'expiation ; enfin deux bœufs, cinq béliers, cinq boucs et cinq agneaux d'un an pour le sacrifice d'action de grâces : tel était le don d'Âbidan fils de G'ide'oni.

^•Le dixième jour ce fut Témir des Danites, Ati'ézer fils de 'Ammis'addaï. Son don consista en un plat d'argent pesant cent trente sicles, une écuelle d'argent de soixante-dix sicles (sicle sacré), les deux remplis de fleur de farine trempée d'huile, pour offrande ; puis une jatte de dix sicles d'or remplie d'encens ; un taureau, un bélier et un agneau d'un an pour holocauste; un bouc de chèvres pour l'expiation ; enfin deux bœufs, cinq béliers, cinq boucs et cinq agneaux d'un an pour le sacrifice d'action de grâces : tel était le don d'Abi'ézer fils de 'Ammis'addaï.

'• Le onzième jour ce fut Témîr des As'érites, Pag'e'iël fils de 'Okran. Son don consista en un plat d'argent pesant cent trente sicles, une écuelle d'argent de soixante-dix sicles (sicle sacré), les deux remplis de fleur de farine trempée d'huile, pour offrande; puis une jatte de dix sicles d'or remplie d'encens ; un taureau, un bélier et un agneau d'un an pour holocauste ; un bouc de chèvres pour l'expiation; enfin deux bœufs, cinq béliers, cinq boucs et cinq agneaux d'un an pour le sacrifice d'action de grâces : tel était le don de Pag'e'iel fils de 'Okran.

'' Le douzième jour ce fut l'émîr des Neftalites, A^îra' fils de 'Ênan. Son don consista en un plat d'argent pesant cent trente sicles, une écuelle d'argent de soixante-dix sicles (sicle sacré), les deux remplis de fleur de farine trempée d'huile, pour offrande; puis une jatte de dix sicles d'or remplie d'encens ; un taureau, un bélier et un agneau d'un an pour holocauste; un bouc de chèvres pour Texpiation; enfin deux bœufs, cinq béliers, cinq l)oucs et cinq agneaux d'un an pour le sacrifice d'action de grâces : tel était le don de Atiîra* fils de *Ênan.

** Voilà en quoi consista la consécration de l'autel, le jour où il fut oint, de la part des omîrs d'Israël ; douze plats d'argent, douze écuelles d'argent, douze jattes d'or, chaque plat de cent trente sicles d'argent, chaque écuelle de soixante-dix sicles : au total, ces vases pesaient deux mille quatre cents sicles d'argent* (sicle sacré); puis douze jattes d'or, remplies d'encens, chaque jatte de dix sicles (si( le sacré) : au total, ces jattes pesaient cent vingt sicles ^. Le nonilm^ total des bètes * pour l'holocauste était de douze taureaux, douze béliers, douze agneaux d'un an, avec l'ofl'rande y afl*érente : plus

1 Soit 36 kilogrammes, valeur actuelle environ 7200 fr. '^ Soit 1800 grammes, valeur actuelle environ 5000 fr. ^ Litt. : des bœufs, expression inexacte.

douze boucs de chèvres pour l'expiation ; enfin pour le sacrifice d'action de grâces vingt-quatre taureaux, soixante béliers, soixante boucs, et soixante agneaux d'un an. Voilà en quoi consista la consécration de l'autel après qu'il eut été oint.

*^ Et quand Moïse entrait dans le tabernacle de communication pour parler avec Dieu *, il entendait la voix qui lui parlait de dessus le couvercle qui se trouvait sur l'arche de la loi, d'entre les deux keroûbs, et elle lui parlait^.

* Puis l'Éternel s'adressa à Moïse en ces termes : Parle à Aharôn et dis-lui : Quand tu mettras les lampes sur le chandelier, les sept lampes doivent éclairer l'espace en face*. Et Aharôn fit ainsi ; il plaça les lampes dans la direction du devant du chandelier, comme l'Éternel l'avait ordonné à Moïse. Voici comment le chandelier était fait: c'était en or bosselé; il était bosselé tant dans son pied que dans ses fleurs; selon la forme que l'Éternel avait fait voir à Moïse, celui-ci avait fait le chandelier.

* Puis l'Éternel s'adressa à Moïse en ces termes : Prends les Lévites d'entre les Israélites*, et purifie-les. Voici comment tu procéderas à leur égard pour les purifier: tu les aspergeras d'eau lustrale, et ils feront passer le rasoir sur tout leur corps, et ils laveront leurs vêtements pour se purifier ; puis ils prendront un taureau avec i'ofirande à y joindre, savoir de la fleur de farine trempée d'huile, et tu prendras un second taureau pour l'expiation. Puis tu feras approcher les Lévites devant le tabernacle de communication, et tu y convoqueras toute la communauté des Israélites, et tu feras approcher les Lévites devant l'Éternel, et les Israélites leur imposeront les mains, et Aharôn consacrera les Lévites en guise d'offrande d'agitation devant l'Éternel*, de la part des Israélites, et ils auront à faire le service de l'Éternel. Et les Lévites poseront la main sur

1 Litt. *. avec lai.

2 On a tort de traduire : il (Moïse) lui parlait ; Moïse n'avait rien à dire à Diea.

^ Le chandelier était placé contre la paroi méridionale du tabernacle ; les becs des lampes doivent être tournés vers le nord. Voyez d'ailleurs Ex. XXV, 31 s.

*! Comp. chap. III et IV.

^ On traduit communément de manière à voir ici un acte symbolique, consistant à faire faire aux Lévites eux-mômes un mouvement de va-et-vient autour de l'autel ou autrement : nous estimons qu'il s'agit plutôt de la substitution des hommes à une offrande ainsi consacrée. La phrase incidente : de la part des Israélites ^ décide à elle seule du sens de l'ensemble, et il n'est pas nécessaire de songer à une procession ou circulation de 22,000 individus, bien que le rédacteur, en parlant de l'imposition des mains, ne paraisse pas s'arrêter devant les difficultés résultant du nombre.

la tête des taureaux, et toi tu immoleras l'un pour Texpiation et l'autre comme holocauste à TÉternel, pour faire propitiation en faveur des Lévites. Ensuite tu placeras les Lévites en face d'Aharôn et de ses (ils, et tu les consacreras en guise d'offrande d'agitation à l'Étemel . Ainsi tu sépareras les Lévites des autres Israélites afin qu'ils m'appartiennent. Après cela, les Lévites viendront faire le service du tabernacle de communication. Et tu les purifieras et les consacreras en guise d'offrande d'agitation, car ils m'appartiennent en propre d'entre les Israélites; c'est à la place de toute primogéniture, de tous les premiers-nés des Israélites, que je les ai pris pour moi*. *'Car c'est à moi qu'appartiennent tous les premiers-nés parmi les Israélites, hommes et bêtes ; c'est lorsque j'ai frappé tous les premiers-nés au pays d'Egypte que je me les suis consacrés, et je prends les Lévites à la place de tous les premiers-nés d'entre les Israélites. Et je donne les Lévites comme propriété à Aharôn et à ses fils, d'entre les enfants d'Israël, pour faire le service des Israélites dans le tabernacle de communication et pour faire propitiation pour eux, afin qu'ils ne soient pas exposés à la vindicte divine en s'approchant eux-mêmes du sanctuaire. ^® Moïse et Aharôn et toute la communauté d'Israël firent à l'égard des Lévites tout ce que l'Éternel avait ordonné à Moïse au sujet des Lévites. Et les Lévites se purifièrent et lavèrent leurs vêtements, et Aharôn les consacra en guise d'offrande d'agitation devant l'Éternel, et fit propitiation en leur faveur pour les purifier. Et après cela, les Lévites vinrent faire le service dans le tabernacle de communication, sous Aharôn et ses fils. Comme l'Éternel l'avait ordonné à Moïse au sujet des Lévites, ainsi l'on fit à leur éj^^ard.

^^ Puis rÉtornel s'adressa à Moïse en ces termes : Voici ce qui regarde les Lévites : A partir de l'âge de vingt-cinq ans * et audessus, ils entreront au service, pour faire la besogne du tabernacl»?, et à partir de l'âge de cinquante ans ils se retireront du service et ne fonctionneront plus. Ils pourront continuer à assister loui*s frères dans le tabernacle, quant à la surveillance, mais ils ne feront plus de service régulier. Voilà ce que tu feras pour les Lévites à ré^rard de leur charge.

I Chap. III, 12 s., 41 8.

^ Plus haut (chap. IV) il était ordonné que les Lévites feraient le service seulement à Tûge de trente ans. Il est évident que nous avons là deux règlements ditTérents, adoptés à diverses époques. D'après la Chronique (1'' livre, XXIII, 24 ; 2* livre, XXXI, 17: comp. Esd. III, 8), les Lévites entraient au service ù vingt ans. Cela prouve qu'il en était ainsi en tout cas du temps de la rédaction de ces livres. Les cérémonies du c :lto et la besogne augmentant avec la population, l'abaissement de 1 uge s'explique san< peine. Il est absurde de dire qu'au chap. IV il s'agissait d'une besogne plus lourde, cl qu'il fallait pour cela des hommes plus âgés f!). Comp. l'Introduction, p. 263.

* Puis l'Éternel parla à Moïse au désert du Sinaï, la seconde année après la sortie d'Egypte, au premier mois; il dit: Que les Israélites fassent la Pàque à son époque*. C'est le quatorzième jour de ce mois, entre les deux soirs, que vous la ferez, à son époque, d'après tous les rites et les règles qui la concernent. Et Moïse ordonna aux Israélites de faire la Pâque. Et ils firent la Pâque le quatorzième jour du premier mois entre les deux soirs, au désert du Sinaï. Les Israélites firent à tous égards selon les ordres que l'Éternel avait donnés à Moïse.

• Or, il y avait des hommes qui, étant impurs pour avoir touché un cadavre, ne pouvaient faire la Pâque ce jour-là. Ces hommes se présentèrent alors devant Moïse et Âharôn, et leur dirent : Nous sommes impurs pour avoir touché un cadavre; pourquoi serionsnous exclus du droit de présenter l'ofifrande de l'Étemel à son époque avec les autres Israélites? Moïse leur répondit : Attendez que j'apprenne ce que l'Éternel •ordonnera à votre égard. Et l'Éternel parla à Moïse en ces termes : Parle aux Israélites et dis-leur : Quiconque d'entre vous ou d'entre vos descendants sera impur pour avoir touché un cadavre, ou en voyage, au loin, devra faire la Pâque à l'Étemel ; mais c'est au quatorzième jour du second mois *, entre les deux soirs, qu'on la fera, en la mangeant avec des pains sans levain et des herbes amères; on n'en laissera pas de reste pour le lendemain, et n'en brisera aucun os. On observera à cet égard toutes les règles de la Pâque. Mais celui qui, tout en étant pur et non en voyage, aurait négligé de faire la Pâque, cette personne doit être exterminée du peuple pour n'avoir point présenté à l'Éternel l'offrande au temps prescrit. Cet homme-là doit porter la peine de son péché. Et si un étranger demeurant parmi vous veut faire la Pâque à l'Étemel, il doit la faire selon la règle et le rite de la Pâque. Vous observerez la même règle, l'étranger comme l'indigène'.

** Lorsqu'on eut dressé la demeure sainte, la nuée ♦ vint couvrir la demeure du tabernacle de la révélation, et du soir au matin elle

1 Comp. Ex. XII, XIII, etc. — Il s'agit ici de la première Pflque célébrée régalièrement depuis Témigration.

S Comme il n'est question que d'un délai d'un mois, on voit que le législateur n'a en vue que des hommes qui ne s'éloignaient pas trop du pays de Canaan. Aussi bien le Talmud discute-t-il la question de savoir dans quel cas la loi serait strictement applicable.

3 Ce passage peut se combiner avec Ex. XII, 48. Il est cependant à remarquer que, à vrai dire, là les étrangers étaient exclus, puisque» par la circoncision, ils cessaient de l'être. Ici il n'est question que du rite de la fôte.

4 Ex. XII, 21 s. ; XL, 34 s.

apparaissait comme du feu au-dessus de la demeure. Il en fut ainsi continuellement * : la nuée la couvrait, et durant la nuit elle avait l'aspect du feu. Toutes les fois que la nuée s'élevait de dessus le tabernacle, les Israélites levaient leur camp et allaient camper là où la nuée s'arrêtait. C'est au gré de l'Éternel que les Israélites levaient leur camp, et au gré de l'Éternel ils le dressaient; aussi longtemps que la nuée s'arrêtait au-dessus de la demeure sainte, ils restaient campés. Quand la nuée s'arrêtait longtemps sur la demeure sainte, les Israélites observaient les prescriptions de l'Éternel et ne bougeaient point; et s'il arrivait que la nuée ne restait que peu de jours au-dessus de la demeure sainte, les Israélites restaient campés au gré de l'Étemel, et se remettaient en marche au gré de l'Éternel. Dans le cas où la nuée s'arrêtait du soir au matin, et s'élevait le matin, ils se mettaient en marche ; ou si elle s'élevait après s'être arrêtée un jour et une nuit , ils se mettaient en marche ; si c'était deux jours, ou un mois, ou plus longtemps, tant que la nuée s'arrêtait au-dessus de la demeure sainte pour y rester, les Israélites restaient campés et ne se mettaient point en marche ; mais dès qu'elle s'élevait, ils partaient. C'est au gré de l'Étemel qu'ils restaient campés ou partaient; ils observaient les prescriptions de l'Éternel d'après ses ordres transmis par Moïse.

* Puis l'Éternel parla à Moïse en ces termes : Fais- toi deux trompettes d'argent'; tu les feras en ouvrage bosselé', et elles te serviront pour la convocation de la communauté, et pour la mise en marche des campements. Quand on en sonnera, toute la communauté s'assemblera auprès de toi à l'entrée du tabernacle de communication ; et quand on sonnera de Tune seulement, ce seront les émirs, les chefs des clans d'Israël qui s'assembleront auprès de toi. Et quand vous sonnerez l'alarme, alors les campements campés à Test se mettront en marche; et quand vous sonnerez l'alarme une seconde fois, alors ce seront les campements campés au sud qui se mettront en marche*. Vous sonnerez l'alarme pour les faire partir. Mais pour

1 Ceci est, comme on voit, une remarque rétrospective ; elle se rapporte à tout le temps de la migration. Celle-ci ne commence en réalité que plus bas, chap. X, 11 s.

2 L'auteur se représente toujours le peuple entier resserré dans un espace étroit, et il y a mGme lieu de supposer que dans de pareils passages il est fait complètement abstraction de ce qui est dit ailleurs du nombre.

3 Probablement on veut parler de métal battu, en opposition avec de la fonte. 11 n'est d'ailleurs rien dit de la forme et de la grandeur des instruments.

* La prescription est incomplète; il n'est rien dit de l'autre moitié du peuple (comp. cbap. II). — On remarquera que dans la relation qui suit, et dans laquelle il est question d'un départ du camp, il ne s'agit plus de trompettes, mais c'est la nuée qui donne le signal (chap. IX, 17).

assembler la communauté, vous sonnerez le signal, et non l'alarme. Ce seront les fils d'Aharôn, les prêtres, qui sonneront des trompettes : ce sera là pour vous une règle perpétuelle pour les générations futures. Et quand * vous irez au combat dans votre pays, contre l'ennemi qui vous attaque, vous ferez sonner l'alarme avec les trompettes pour vous rappeler à l'Éternel votre dieu, afin que vous soyez délivrés de vos ennemis. Et dans vos jours de réjouissance, et dans vos fêtes, et au commencement de chaque mois, vous sonnerez des trompettes, à l'occasion de vos holocaustes et de vos sacrifices d'actions de grâces, pour que votre dieu en garde mémoire. Moi, rfiternel, je suis votre Dieu.

** Or, la deuxième année, le vingtième jour du second mois, la nuée s'éleva de dessus la demeure sainte de la révélation, et les Israélites se mirent en marche, un campement après l'autre, depuis le désert du Sinaï, et la nuée s'arrêta dans le désert de Paran*. Et ils commencèrent à se mettre en marche sur l'ordre de l'Étemel transmis par Moïse. *^En tête marchait la bannière du campement de ceux de Juda, par bataillons, sous le commandement de Na^is'ôn fils de 'Amminadab; et le corps de la tribu de Yissakar, commandé par Ne^aneêl fils de Çîouar; et le corps de la tribu de Zebouloun, commandé par Éliab fils de Qélon. Puis la demeure sainte fut démontée, et les G'ers'onites et les Merarites partirent en l'emportant. Ensuite partit la bannière du campement des Reoubénites par bataillons, sous le commandement d'Éllçour fils de S'edôour; et le corps de la tribu de S'ime'ôn, commandé par S'eloumiôl fils de Çouris'addaï; et le corps de la tribu de Gad, commandé par Élyasaf fils de De'ouèl. Puis les Qehatites se mirent en maixhe, emportant ce qui appartenait au sanctuaire', et l'on dressait la demeure en attendant leur arrivée. Ensuite partit la bannière du campement des Éphraïmites par bataillons, sous le commandement d'Élis'ama* fils de

i Sur les V. 0 et iO, voy. TlntroductioD^ p. 247.

2 Ce nom paraît avoir désigné la partie septentrionale du désert, au sud de Canaan et au nord du triangle que forme la presqu'île du Sinaï, depuis le territoire des Édomites à Test jusque vers l'isthme à Touest. La caravane se dirige donc vers le nord pour pénétrer dans le pays de Canaan par la frontière méridionale. Ce qui est dit ici résume d'avance le récit qui suit. Voy. v. 33; cbap. XI, 35 ; XII, 16.

3 Chap. III, 31. — Le texte dit: le sanctuaire, mais il est évident qu'il n'est pas question de l'édifice lui-même. On remarquera que l'ordre de marche n'est pas à tous égards le môme qu au chap. II.

206 NOMBRES X, 28-^. XI, i.

*Ammihoud ; el le corps de la tribu de Menass'eh, commandé par Gamlîël fils de Pedahçour; et le corps de la tribu de Benjamin, commandé par Abidan fils de G'ide*oni. Ensuite partit la bannière du campement des Danites, qui formait l'arrière-garde de tous les campements, par bataillons, sous le commandement d'Â}^'ézer fils de *Ammis'addaî ; et le corps de la tribu d'As'er, commandé par Pag'e*iêl fils de *Okran; et le corps de la tribu de Nef)ali, commandé par Atdra' fils [de 'Ênan. C'est dans cet ordre que les Israélites marchaient, un corps après l'autre, quand ils se mettaient en route'.

*• Cependant* Moïse dit à Çobab, fils de Re*ouël le Midyanite', du beau-père de Moïse : Nous nous mettons en route vers le lieu dont l'Éternel a dit : Je vous le donnerai. Viens avec nous, et nous te ferons du bien; car l'Éternel a promis de faire du bien à Israël. Mais il répondit: Je n'y irai point, je veux aller dans mon pays et chez mes compatriotes. Moïse dit encore : Ne nous quitte point, car comme tu connais nos lieux de campement dans le désert, tu nous serviras d'œil *. Et si tu viens avec nous et que le bien que l'Étemel veut nous faire nous arrive, nous t'en ferons aussi*.

"Ils partirent donc de la montagne de l'Étemel et firent trois journées, l'arche de l'alliance de l'Éternel marchant en tête * pendant trois journées pour découvrir un lieu de repos. Et la nuée de l'Éternel était au-dessus d'eux pendant le jour quand ils quittaient le campement. Et quand l'arche partait. Moïse disait : Lève-toi, Éternel! que tes ennemis se dispersent et que tes adversaires fuient ta face ' ! Et quand elle s'arrêtait, il disait : Reviens, Étemel, vers les myriades des clans d'Israël!

* Et le peuple se fit entendre à l'Éternel comme s'il avait à se plaindre d'un malheur, et quand l'Éternel l'entendit, il en fut irrité, et le feu de l'Éternel s'alluma parmi eux et consuma l'extrémité du

1 Nous mettons l'imparfait^ la remarque finale devant se rapporter aux différentes étapes dont il va être parlé.

^ Ici enfin nous rencontrons de nouveau la composition jéboviste^ dont nous avions perdu la trace depuis Ex. XXXIV (Introduction, p. 237).

3 Sur Re'ouel, voyez Ex. II, 18. — Ailleurs cette famille est représentée comme appartenant à la tribu des Qénites (Juges I, 16 ; comp. 1 Sam. XV, 6).

^ C'est-à-dire, de guide. Dons le désert il faut bien connaître les localités où l'oo trouvera de l'eau et par conséquent aussi du fourrage. — Cette notice ne s'accorde pas bien avec celle de la nuée conductrice.

5 On doit supposer que Hobab se rendit à l'invitation, le contraire n'étant pas indique.

6 Plus baut (v. 2\), elle est portée au milieu de la caravane. Comp. aussi cbap. Il, IT. ^ Comp. Ps. LXVIII, 2.

camp^ Alors le peuple implora Moïse à grands cris, et Moïse adressa une prière à TÉternel, et le feu s'arrêta. Et Ton nomma cet endroit Tabe*ërah, parce que le feu de TÉternel y avait brûlé parmi eux^.

* Cependant la populace • qui était avec eux fut saisie de convoitise et les Israélites aussi recommencèrent à se lamenter et à dire : Ah, si nous avions de la viande à manger^! Nous nous rappelons les poissons que nous mangions en Egypte gratuitement, et les concombres et les melons et le poireau, et les oignons et l'ail. Maintenant nous jeûnons*, et il n'y a absolument rien que la manne que nous voyions. ^La manne ressemblait à de la graine de coriandre et avait l'aspect du bdellium. Les gens se répandaient pour la recueillir et la broyaient au moyen du moulin ou la pilaient dans le mortier, et la faisaient cuire dans des pots et en faisaient des galettes; elle avait le goût d'une pâte à l'huile. C'était la nuit quand la rosée tombait sur le camp que la manne y tombait aussi •. *® Moïse écouta ' le peuple qui pleurait, dans tous les clans, chacun à la porte de sa tente; mais l'Étemel en fut très-irrité, ce qui déplut à Moïse. Et il dit à l'Étemel : Pourquoi traites-tu si mal ton serviteur, et pourquoi as-tu si peu d'égards pour moi, de manière à m'imposer la charge de tout ce peuple? Est-ce donc moi qui ai porté tout ce peuple dans mon sein, est-ce moi qui l'ai enfanté', pour que tu doives me dire : porte-le

1 Nous traduisons à la lettre. L autear veut dire sans doute que la foudre fit des victimes à quelque extrémité du vaste camp. On remarquera cependant que ce récit, aussi obscur que bref, ne paraît guère motivé par ce qui précède. On ne voit pas pourquoi tout à coup le peuple murmure, après toutes les éclatantes manifestations dont il a été témoin.

^ Le nom de Tabe*érah est ramené par l'auteur à une racine hébraïque qui veut dire : brûler, ou plutôt brouter {ba*ar]. Le récit lui-même, sans cohésion avec le reste, a l'air d'être le produit de cette étjmologie.

3 Comp. Ex. XII, 38. Il s'agit de gens de race étrangère.

^ On voit clairement ici le caractère mythique et traditionnel de l'histoire du trajet du désert. Comment un peuple qui traîne avec lui un nombre incalculable de troupeaux, et qui sacrifie chaque jour une masse d'animaux, peut-il dire qu'il manque de viande? Ajoutez que même en Canaan la viande n'entrait pas dans la nourriture comme élément ordinaire. Ce qui est dit des poissons et de la nourriture végétale est au contraire parfaitement approprié à la situation.

^ Litt. : notre appétit (notre palais) est à sec.

^ Comp, Ex. XVI, 31. — La description est ici à peu près la même que dans l'autre passage. Mais on ne voit pas trop bien pourquoi elle est reproduite.

"7 Nous choisissons ce terme, le texte mettant ici Moïse en opposition avec Dieu. Ordinairement on met : Moïse entendit le peuple, et Dieu fut irrité, etc., et l'on rapporte le déplaisir de Moïse aux murmures des gens. Mais les paroles prêtées au prophète semblent confirmer notre interprétation.

dans tes bras, comme le nourricier porte le nourrisson, jusqu'au pays que j'ai promis par serment à ses pères?! D'où prendrais-je la viande pour la donner à tout ce peuple? car ils m'obsèdent en pleurant et ils disent : Donne-nous de la viande à manger! Je ne puis me charger à moi seul de tout ce peuple; la cliarge est trop lourde pour moi. Si c'est ainsi que tu veux en agir avec moi, tuemoi plutôt tout de suite, si tu t'intéresses encore à moi, pour que je ne voie plus mon malheur.

" Alors l'Éternel dit à Moïse : Va réunir soixante-dix hommes d'entre les chefs de famille d'Israël, que tu connais comme tels et comme ofûciers du peuple; amène-les vers le tabernacle de communication et qu'ils se placent là près de moi : et je descendrai et je te parlerai là; je prendrai de l'esprit qui est sur toi et le reporterai sur eux, pour qu'ils aient avec toi la charge de ce peuple et que tu n'en sois plus chargé tout seuP. Mais au peuple tu diras : Sanctifiezvous pour demain et vous aurez de la viande à manger, puisque vous avez imploré l'Éternel en pleurant et en disant : Ah ! si nous a\ions de la viande à manger! nous étions si bien en Egypte! Hé bien, l'Éternel vous donnera de la viande, et vous en mangerez, non pas un jour ou deux jours, ou cinq jours, ou dix jours ou vingt jours, mais pendant un mois entier, jusqu'à ce qu'elle vous sorte du nez et que vous en soyez dégoûtés* : parce que vous avez rejeté l'Éternel qui est au milieu de vous et que vous avez pleuré devant lui, en disant : Pourquoi donc sommes-nous sortis d'Egypte?

** Alors Moïse dit : Le peuple avec lequel je me trouve compte sii cent mille hommes de marche % et toi tu dis : je leur donnerai de la viande à man^^er pendant tout un mois? Kgorgera-t-on pour eux du gros et du menu bétail, de manière que cela leur suffise? ou bien ramassera-t-on pour eux tous les poissons de la mer, de manière (|ue cela leur suffise ? L'Éternel répondit à Moïse : La main de rÉternel est-elle donc impuissante? Tu vas voir si ma promesse s'accomplira ou non.

^ Pour co Conseil des soixante-dix, comp. Ex. XVIII, XXIV. En mettant ces passages en re^^ard l'un do l'autre, on voit facilement que ce sont dilTérentes versions d'une seule et mOrae tradition. Ce qui est dit de l'esprit, dans un langage un peu matérialiste, le représente comme un objet à partager par quantités; les fonctions partagées correspondent à l'esprit partagé également ; ce dernier est la capacité nécessaire pour accomplir les premières. — On peut aussi se demander si les douze émirs et les soixantedix chefs appartiennent ù une même conception. En tout cas, il ne s'agit pas ici d'une institutiou permanente; car il n'est plus fait mention de ces soixante-dix hommes dans la suite du récit mosaïque, ni surtout dans les temps liistoriques après la conquôte. £t ici même on ne voit pas ù quelle liu ils sont convoqués.

'^ Jusqu'à la vomir par dégtjût.

-^ Li!t. : piétons, ce qui veut dire ici adultes, capables de porter les urmeï^.

'* Alors Moïse alla redire au peuple les paroles de l'Éternel, et ayant réuni soixante-dix hommes d'entre les chefs de famille du peuple, il les plaça autour du tabernacle. Et l'Éternel descendit dans la nuée et lui parla, et prit de l'esprit qui était sur lui et le reporta sur les soixante-dix chefs de famille, et dès que l'esprit fut venu sur eux ils se mirent à prophétiser, mais ils ne continuèrent pas *. Cependant deux hommes étaient restés dans le camp, l'un nommé Eldad, et l'autre nommé Môdad, et l'esprit vint sur eux aussi (ils étaient du nombre des inscrits), sans qu'ils fassent sortis vers le tabernacle, et ils prophétisèrent dans le camp*. Et un jeune homme accourut vers Moïse et lui dit : Eldad et Mèdad prophétisent au camp. Alors Josué, le fils de Noun, serviteur de Moïse depuis sa jeunesse, prit la parole et dit : Sei^eur Moïse, empèche-les! Mais Moïse lui répondit; Tu prétends revendiquer pour moi un privilège'? Plût à Dieu que tous dans le peuple fussent prophètes, l'Éternel leur donnant son esprit !

'® Lorsque Moïse se fut retiré au camp avec les chefs de famille d'Israël, un vent se leva par ordre de l'Éternel et amena des cailles du côté de la mer, et les abattit sur le camp, sur une largeur d'une journée de marche de chaque côté du camp et à la hauteur de deux coudées au-dessus du sol*. Et les gens, ce jour-là et cette nuit, et le lendemain, se mirent à ramasser ces cailles; celui qui en ramassait le moins, en prenait dix bomer, et ils les étendirent autour du camp*. La chair était encore entre leurs dents et n'était point encore consommée, que l'Éternel se prit de colère contre le

1 Leur inspiration prophétique fut un privilège momentané et non permanent. Le récit rappelle celui des Actes X^ 44 s.^ et XIX^ 6.

^ Ce serait une question oiseuse que de demander pourquoi ces deux hommes ne s'étaient pas joints aux soixante-huit autres. Le sens du fait est clair : l'iDspiration ne dépend pas du lieu, mais de la volonté de Dieu et de Teffusion de son esprit. D'après ce texte, le tabernacle se trouve hors du tamp,

3 Litt. : Es-tu Jaloux pour moi ? c'est-à-dire, crois-tu que cela nuit à ma dignité ? (Gomp. une scène analogue, Marc IX, 88). Josué suppose que la présence de Moïse est indispensable pour provoquer la manifestation.

4 On comprenait autrefois que le texte voulait parler d'une telle masse d'oiseaux que leurs corps gisaient sur le sol en formant des tas de deux coudées de haut. Cette explication se recommande, parce que la chose en devient plus miraculeuse. L'histoire naturelle, qui connaît très-bien cette espèce de cailles {tetrao elchata) et ses habitudes, permet de penser qu'il s'agit d'un vol à portée des mains, à peu d'élévation. Autrement on ne verrait pas où l'on aurait trouvé la place nécessaire pour les sécher.

^ On séchait la viande pour la conserver. — Le (tomer est évalué à 6 pieds cubes au moins.

A. T. 3« part. — 11. 14

peuple et le frappa d'un très-grand fléau * . Et Ton nomma ceti endroit: Tombeaux de la convoitise, parce qu'on y enterra ceux qui avaient manifesté cette convoitise.

'*Des Tombeaux de la convoitise le peuple marcha sur ÇaçéroJ où l'on s'arrêta.

* Or, Miryam et Aharôn parlèrent contre Moïse au sujet de la femme Kous'ite qu'il avait prise, car il avait pris une femme Kous'ite'. Et ils dirent : Est-ce par Moïse seul que l'Éternel a parlé? N'a-t-il pas aussi parlé par nous? Et l'Étemel entendit cela, (cet homme, Moïse, était très-doux, plus que tous les hommes de la terre), et aussitôt il dit à Moïse, à Aharôn et à Miryam : Sortez tous les trois vers le tabernacle de communication ! Et ils sortirent tous les trois'. Alors l'Étemel descendit dans une colonne de nuée et se plaça à l'entrée du tabernacle, et appela Aharôn et Miryam. Et quand ces deux furent sortis, il leur dit: Écoutez ce que je vais vous dire! S'il y a parmi vous un prophète de l'Étemel, c'est par la vision que je me fais connaître à lui ; c'est en songe que je lui parle. Il n'en est pas de même de mon serviteur Moïse : il est éprouvé à l'égard de toute ma maison ; c'est de bouche à bouche que je lui parle, visiblement et non d'une manière détournée, c'est la personne même * de l'Étemel qu'il voit. Comment se fait-il que vous ne craignez pas de parler contre mon serviteur Moïse? •Ainsi l'Étemel était irrité contre eux. Et quand il s'en fut allé et que la nuée se fut retirée de dessus le tabernacle, voilà que Miryam était blanche de lèpre comme h neige, et quand Aliarôn se tourna vers Miryam, voilà qu'elle avait la lèpre ! Alors Aharôn dit à Moïse : De grâce, seigneur, ne nous laisse pas chargés du péché que nous avons commis par folie! Qu'elle ne soit pas comme l'avorton dont la chair est déjà à moitié détruite au

^ Il est question d'une épidémie, dont la cause est mal à propos cherchée dans le prétendu fait raconté par les anciens, que les cailles se nourrissent de graines vénéneuses.

2 Ailleurs elle est appelée une Midyanite, car sans aucun doute il s'agit toujours de la fille de Yitro, Gipporah. S'ils lui cherchent querelle à cause de cette femme, c'est qu'elle était étrangère. Sa dignité en souffrait (Lév. XXI, 13). Il serait vraiment curieux que Moïse (en supposant même la mort de sa première femme) eût épousé au désert une Ethiopienne, ayant le choix entre des myriades de filles de son peuple. La fable relative à un mariage de Moïse avec une princesse éthiopienne, qu'il aurait épousée dans sa jeunesse, n'a rien à faire ici. Voyez aussi l'Introd., p. 83.

•^ Le tabernacle est hors du camp (Ex. XXIII, 7, jéh.).

^ Litt. : la forme. Ce passage, combiné avec Gen. I, 27, fait voir clairement que l'on se représentait Dieu sous forme humaine et cela donne en même temps le vrai sens de Virnage de Dieu. — {Manière détournée, litt. : en énigmes.)

NOMBRES XII, 13-16. XIÎI, 1-17. 211

moment où il sort du sein de sa mère" I Moïse implora TÉternel en disant : Eh de grâce, guéris-la ' ! Et l'Éternel dit à Moïse : Si son père lui avait craché à la figure, elle serait bien couverte d'opprobre durant sept jours ' ; elle sera donc séquestrée durant sept jours hors du camp, après cela elle sera rappelée *. Ainsi Miryam fut séquestrée hors du camp durant sept jours, et le peuple ne se remit en marche que lorsque Miryam eut été rappelée. *• Après cela, le peuple partit de Çaçérot et alla camper dans le désert de Paran.

' [Puis * l'Éternel parla à Moïse en ces termes : Va envoyer des hommes pour qu'ils explorent le pays de Canaan, que je vais donner aux Israélites ; tu enverras un homme par tribu patriarcale, et ce seront des émîrs* que tu choisiras. Et Moïse les envoya depuis le désert de Paran, d'après l'ordre de l'Éternel. Ces hommes étaient tous des chefs parmi les Israélites. Voici leurs noms : de la tribu de Reouben, S'ammoua* fils de Zakkour ; de la tribu de S'ime'ôn, S'afat fils de Qod ; de la tribu de Juda, Kaleb fils de lefounneh ; de la tribu de Yissakar, Yig'eal fils de losef; de la tribu d'Éphraïm, Hos'éa' fils de Noun ; de la tribu de Benjamin, Paltî fils de Rafoû ; de la tribu de Zebouloun, Gaddièl fils de Sôdi ; de la tribu de Joseph, de la tribu de Menass'eh, Gaddî fils de Sousî ; de la tribu de Dan, 'Ammiêl fils de G'emallî; de la tribu d'As'er, Séjour fils de Mikaèl ; de la tribu de Neftalî , Na^bî fils de Wofsî ; de la tribu de Gad, G'eouël fils de Maki. Voilà les noms des hommes que Moïse envoya pour explorer le pays. *' Et Moïse donna à Hos'éa* le nom de lehos'oua*. Et Moïse les envoya pour explorer le pays de Canaan'^.]

1 La lèpre attaque d'abord la peaa et plus tard la chair elle-même. La maladie de Miryam est décrite comme menaçant son existence même. — Mais pourquoi Aharôn n'est-il pas puni^ lui aussi?

^ Nous lisons : al nâ^ c'est-à-dire : oh que non I Les Rabbins ont lu : SI n4, c'est-àdire : oh Dieu, non !

3 Allusion à ce que faisaient les parents indignés de la conduite de leurs enfants. Dieu ne peut pas faire moins qu'un père quand son honneur est engagé.

4 Litt. : rétmie.

& Le morceau qui suit raconte comment Mo!se envoya des hommes pour explorer le pays de Canaan^ et quel fut le résultat de cette mission. Le récit, tel qu'il est devant nous, se compose d'éléments divers et difficilement conciliables. Nous mettons entre crochets les textes élohistes. Voir l'Introd., p. 57.

6 Ce sont d'autres personnages que dans les chapitres précédents et l'on peut admettre que le terme d*émir est pris ici dans une acception plus large.

'^ On remarquera dans cette liste la présence de Josué et de Kaleb. Le premier se nomme proprement Hos'éa*, et Tauteur parait insinuer que c'est à ce moment q\ie Moïse changea son nom. Mais depuis longtemps le nom de Josué se trouvait dans les textes (Ex. XVII ; XXXII, suiv. Nomb. XI, 28). Au surplus, Hos'ea* n'est qu'une corruption familière du nom complet Hos'a'yah, synonyme de lehos'oua* {Mova saîttt).

Et il leur dit: Montez par le midi, puis gagnez la hauteur du plateau, **et voyez ce que c'est que ce pays, et le peuple qui l'habite, s'il est fort ou faible, s'il est nombreux ou non ; et comment est le pays qu'il habite, s'il est bon ou mauvais ; et comment sont les endroits où il demeure, si c'est dans des camps ou dans des forteresses ; et comment est le sol, s'il est gras ou maigre, s'il y a des arbres ou non. Ayez bon courage et rapportez quelque chose des produits du pays. (C'était à l'époque où les raisins commencent à mûrir*.)

**[Et ils s'y rendirent et explorèrent le pays depuis le désert de Çîn jusqu'à Refeob qui est sur la route de Qama| *.]

'*Et ils montèrent par le midi et arrivèrent jusqu'à Hébrôn. Là étaient A^îman, S'és'aï et Talmaï, les 'Enaqites, (Hébrôn avait été bâtie sept ans avant Ço*an en Egypte). Et ils arrivèrent jusqu'à la vallée d'Es'kol, et ils y coupèrent un pampre avec une grapjie de raisin, qu'ils emportèrent à deux au moyen d'une perche, ainsi que des grenades et des figues. On nomma cet endroit vallée d'Es'kol, à cause de la grappe que les Israélites y avaient coupée '.

'* [Et après quarante jours ils revinrent après avoir exploré le pays, et ils allèrent rejoindre Moïse et Aharôn et toute la communauté des Israélites au désert de Paran, vers Qades', et leur firent leur rapport ainsi qu'à toute la communauté, et leur firent voir les produits du pays ♦.]

1 Chap. X, il. Ou était à la fin d*avril ou au commencement de mai. Les dates sobséquentcs ne remplissent pas l'intervalle. Ce récit ne se rattache donc pas exactement à ceux qui ont précédé. — Nous constatons en passant que les ordres qu'ils reçoivent ne

concernent que les abords méridionaux de la Palestine.

2 Continuation de la narration élohiste. L'exploration ici comprend la Palestine entière, et juscju'à la Cœlésyrie. Car les deux derniers noms désignent des localités du nord. Re^ob doit avoir été situé vers l'entrée de la grande vallée entre les deux chaînes du Liban, par laquelle on arrivait à Hamat (Epiphanie sur l'Oronte), ville qui existe encore sous son ancien nom. Le désert de Çîn doit être la lisière septentrionale de celui de Paran.

3 D'après le Jéhovisle, les espions n'arrivent que jusqu a Hébrôn, d'où ils emportent des fruits. Hébrôn, ancien chef-lieu de Juda (2 Sam. H, suiv.) est signalé ici comme la plus ancienne ville connue dons l'horizon géographique du narrateur. Elle est plus ancienne même que Tanis, la résidence de l'une dos dynasties égyptiennes, dans le voisinage du désert. De plus, Hébrôn est décrite comme siège de trois [familles, tribus ou individus?) géants, car c'est bien là ce que los Israélites entendent par les fils de 'Enaq. Leurs noms se retrouvent Jos. XV, 14. Jug. I, 10. — Es'kol signifie grappe de raisin. La vallée pouvait bien avoir son nom de ce produit. La tradition populaire spécialisait la chose. Elle peut aussi avoir exagéré la grandeur du raisin ; toujou.'s est-il qu'aujourd'hui encore ceux de cette contrée se distinguent par leur volume et leur quahté.

^ Les 40 jours s'accordent très-bien avec un voyage poussé jusqu'au Liban, mais non avec une course jusqu'à Hébrôn, situé presque à la frontière méridionale de Canaan

'' Et ils lui * firent leur récit et dirent : Nous sommes entrés dans le pays où tu nous as envoyés; il ruisselle de lait et de miel, et voici de ses produits. Cependant il y a que le peuple qui demeure dans ce pays est terrible, et les villes sont fortes et très-grandes, et nous y avons aussi vu des *Énaqites. Les 'Amaléqites demeurent dans la partie méridionale, les Çittites, les lebousites et les Émorites sur le plateau, et les Cananéens sur la côte et du côté du Jourdain. Mais Kaleb s'adressant à Moïse, imposa silence à ces gens et dit : Allons, montons et emparons-nous-en ; car nous en viendrons à bout! Mais les hommes qui étaient montés avec lui dirent: Nous ne pourrons point marcher contre ce peuple, il est plus fort que nous *.

'*[Et ils décrièrent auprès des Israélites le pays qu'ils avaient exploré, en disant : Le pays par lequel nous avons passé pour l'explorer est un pays qui dévore ses habitants', et tous les hommes que nous y avons vus sont de haute taille, et nous y avons vu les géants 'Énaqites de la race des géants *, nous croyions n'être que des sauterelles, et tels nous leur apparaissions. * Alors toute la communauté éleva la voix et poussa des cris.]

Et le peuple pleura cette nuit-là, * et tous les Israélites murmurèrent contre Moïse [et Aharôn, et toute la communauté leur dit * : Que ne sommes- nous morts au pays d'Egypte, ou que ne sommes-nous morts dans ce désert! Pourquoi l'Éternel nous mène-t-il dans ce pays-là pour y périr par l'épée? Nos femmes et nos enfants seront ravis. Il

I Dans ce récit, c'est Moïse seul qui envoie et reçoit les émissaires, et la région parcourue est distinctement décrite comme le territoire qui forma plus tard le royaume de Juda, qui se divisait naturellement en quatre districts, le Nég'eb [pays sec, terrasses du midi], le plateau, la plaine (sur le bord de la mer Méditerranée), et le midbar (partie non défrichée) le long de la mer morte. Le nom de Cananéens désigne ici, comme quelquefois ailleurs, non la totalité des habitants du pays, mais ceux des basses terres.

^ Dans ce récit, Kaleb seul montre du courage ; Josué n'est pas nommé, ou plutôt, il n'a pas du tout été de l'expédition. Ceci est encore dit très-explicitement, Jos. XIV, 12, où Kaleb l'affirme lui-môme. D'après la conception de ce narrateur, Josué occupait déjà un rang trop élevé auprès de la personne de Moïse (Ex. XXIV, iS; XXXII, 17; XXXIII, 11 ; XVII, 9) pour faire la besogne d'un simple espion.

3 Lév. XXVI, 38.

^ Il est de fait que la tradition populaire parle à plusieurs reprises de géants, comme ayant habité autrefois le pays. Des individus isolés de cette catégorie sont encore nommés dans l'histoire de David. Mais il paraît que fort anciennement une race de haute taille a occupé le territoire avant les Cananéens et a disparu ensuite insensiblement. La tradition peut avoir exagéré, mais elle a dd se fonder sur des faits avérés.

^ Ici les deux textes sont si bien soudés ensemble qu'il n'est presque plus possible de les séparer. Les mots : toute la communauté^ trahissent l'Ëlobiste comme auteur de la seconde moitié du v. 2.

vaudrait mieux pour nous de retourner en Egypte]. *Et ils se dirent Tun à l'autre : Donnons-nous un chef et retournons en Egypte I

^ [Et Moïse et Aharôn se jetèrent la face contre terre en présence de toute rassemblée de la communauté des Israélites, et Josué le fils de Noun, et Kaleb le fils de lefounneh, qui avaient été du nombre des explorateurs du pays, déchirèrent leurs vêtements et s'adressèrent à toute la communauté des Israéhtes en disant : Le pays où nous avons passé pour l'explorer est un pays excessivement beau. *Si l'Éternel nous veut du bien, il nous conduira dans ce pays-là et nous le donnera : c'est un pays ruisselant de miel et de lait. Seulement ne vous révoltez pas contre l'Éternel, et n'ayez pas peur du peuple de ce pays : nous en ferons notre pâture ; c'en est fait de leur sûreté *, l'Éternel est avec nous ; ne les craignez pas ! *® Alors toute la communauté voulut les lapider, mais la gloire de l'Éternel apparut à tout Israël au tabernacle de communication.] "Et l'Étemel dit à Moïse : Jusques à quand ces gens me rejetteront-ils, et me refuseront-ils leur confiance malgré les miracles que j'ai faits au milieu d'eux? Je les frapperai de peste, et je les chasserai, mais de toi je ferai un peuple plus grand et plus puissant qu'eux. Mais Moïse dit à l'Éternel : Lorsque les Égyptiens eurent appris* que par ta puissance tu avais emmené ce peuple du milieu d'eux, ils le dirent aux habitants de ce pays-ci : ils apprirent que toi. Éternel, tu es au milieu de ce peuple, que tu lui apparais face à face, que ta nuée s'arrête sur eux, et que tu marches à leur tète, le jour dans une colonne de nuée, et la nuit dans une colonne de feu : or, si tu fais périr ce peuple comme un seul homme, ces mêmes nations, qui ont entendu parler de toi, diront : c'est parce qu'il n'a pas pu leur faire occuper le pays qu'il leur a promis par serment, que l'Éternel les a égorgés dans le désert. Or donc, que la puissance du Sciî^^neur se montre dans sa grandeur, comme tu l'as promis en disant : L'Éternel est lent à s'irriter et plein de grâce, pardonnant l'iniquité et le péché, mais ne laissant pas le coupable impuni, et punissant la faute des pères sur les fils et sur la troisième et la quatrième génération. Pardonne donc la faute de ce peuple, selon la grandeur de ton amour, comme tu lui as . pardonné depuis l'ÉgA'pte

^ Litt. : leur ombre s'est retirée de dessus eux. L'ombre est le symbole de la protection bienfaisante.

2 Et non pas: apprendront. L'auteur veut dire que tous jles voisins, Égyptiens et Cananéens, ont conçu une haute opinion de ce peuple et de son Dieu par ce qui s'est fait précédemment, les uns l'ayant appris par les autres. Mais si Israël était perdu au désert, c'est sur sou Dieu que retomberait le mépris de ces peuples, qui croiraient qu'il n'a pas eu le pouvoir de faire aboutir ses desseins.

jusqu'ici. *<^ Alors TÉternel dit: Je pardonne, comme tu le désires. Mais aussi vrai que je vis et que la terre entière est remplie * de la gloire de l'Éternel, de tous ces hommes qui ont vu ma gloire et les miracles que j'ai faits en Egypte et dans le désert, et qui dix fois' déjà m'ont provoqué et ont refusé de m'obéir, aucun ne verra le pays que j'ai promis par serment à leurs pères ; aucun de ceux qui me rejettent ne le verrai Mais quant à mon serviteur Kaleb', parce qu'il y a eu en lui un autre esprit et qu'il a été tout entier à m'obéir, je le ferai entrer dans le pays où il vient d'aller, et sa race le possédera : les Amaléqites et les Cananéens demeurent dans la plaine*. Demain retournez- vous-en et partez dans la direction de la mer aux algues.

^' [Et l'Éternel s'adressa à Moïse et à Aharôn en ces termes * : Jusques à quand sera-ce que cette méchante communauté murmurera contre moi? Ces murmures des enfants d'Israël, qu'ils font entendre contre moi, je les ai entendus.] Dis-leur : Par ma vie, dit l'Éternel, ce que vous avez dit devant mes oreilles ®, certes je vous le ferai. [C'est dans ce désert que resteront vos cadavres, et ces hommes qui ont été enregistrés, tous tant qu'ils sont, de vingt ans et au-dessus, puisque vous avez murmuré contre moi. Certes vous n'entrerez point dans le pays où j'ai promis, en jurant, de vous faire demeurer; si ce n'est Kaleb le (ils de lefounneh, et Josué le fils de Noun. '*Et vos enfants, que vous dites devoir être ravis, ce sont eux que j'y ferai entrer, et ils connaîtront le pays que vous dédaignez; mais vos cadavres à vous resteront dans ce désert, et vos fils seront pâtres au désert' durant quarante ans, et porteront la peine de votre infidélité

1 A la rigueur on pourrait traduire : Aussi vrai que je vis, la terre entière sera remplie, etc. Alors la gloire de Dieu serait censée se manifester par la punition des coupables.

9 Nombre rond, qu'il ne faut pas prendre à la lettre.

S Ici il s'agit encore de Kaleb seul, et non de Josué. Le pays qui écbut plus tard à Kaleb est précisément celui des environs de Hébron, où, d'après ce récit, les espions s'étaient arrêtés pour revenir sur leurs pas.

4 On ne voit pas bien ce que l'auteur veut dire par cette dernière note. Il ne parait pas qu'il veut simplement dire qu'on ne doit pas les attaquer pour le moment. Le contexte favorisera plutôt le sens que voici : les Amaléqites qui occupent la contrée au sud de la Palestine proprement dite, et les Cananéens habitant le pays bas avoisinant la côte, ne seront pas délogés du tout.

^ Répétition de la même menace d'après l'autre source, qui nomme Josué à côté de Kaleb.

'^ Ib seront obligés de vivre en nomades, au lieu d'avoir des demeures fixes et le comfort de la vie sédentaire dans un pays bien cultivé.

jusqu'à ce que vous soyez morts au désert jusqu'au dernier. Autant de jours que vous avez mis à explorer le pays, soit quarante jours, durant autant d'années, soit durant quarante années, un an pour chaque jour, vous porterez la peine de vos péchés et vous sentirez ma disgrâce. Moi, l'Éternel, je le dis : Certes je ferai cela à toute cette méchante communauté, qui s'est liguée contre moi ; c'est dans ce désert qu'ils mourront jusqu'au dernier. ''Et les hommes que Moïse avait envoyés pour explorer le pays, et qui à leur retour avaient fait murmurer contre lui toute la communauté, en décriant le pays , tous ces hommes qui avaient décrié le pays moururent frappés par l'Éternel. Mais Josué fils de Noun et Kaleb fils de lefounneh survécurent à ces hommes qui étaient allés explorer le pays *.]

'• Moïse rapporta ces paroles à tous les Israélites et le peuple en fut fort attristé. Et le lendemain matin ils se mirent à gagner le sommet des hauteurs, en disant : Eh bien , nous allons monter à l'endroit dont l'Éternel nous a parlé ; car nous avons eu tort. Mais Moïse dit : Pourquoi voulez- vous transgresser l'ordre de l'Étemel? Ceci ne vous réussira pas. N'y montez pas, car l'Éternel ne sera, pas avec vous, pour que vous ne soyez pas battus par vos ennemis. Car les Amaléqites et les Cananéens sont là devant vous, et vous tomberez par l'épée, car puisque vous vous êtes détournés de l'Étemel, il ne sera pas avec vous. Mais ils s'obstinèrent à gagner le sommet de la hauteur, bien que l'arche de l'alliance de l'Éternel et Moïse ne bougeassent pas du camp. Et les Amaléqites et les Cananéens qui habitaient ces hauteurs descendirent, et les battirent et les taillèrent en pièces jusqu'à Hormah*.

* L'Éternel parla à Moïse en ces termes ' : Parle aux Israé-

' Cette dernière notice, considérée isolément, semble avoir une autre tendance que le récit précédent. En effet, il n'est pas parlé ici do toute la communauté, comme aytni murmuré et devant être punie pour ses murmures, mais des douze explorateurs, dont dix avaient provoqué ces murmures et devaient être punis pour cette raison. Serait-ce une autre forme de la tradition ? Dans la forme actuelle du texte, l'addition est un horsd'œuvre fort superllu. — Du reste, les v. 36-38 interrompent évidemment le récit.

2 Ce nom revient plus d une fois dans les récits relatifs à la conquôte. Ici il s'agit d'une défaite des Israélites, comp. Deut. I, 44. Ailleurs le nom même de la localité est dérivée d'une défaite des Cananéens, Nomb. XXI, 3, et cette défaite est placée Juges I, 17 après la mort de Josué. Il est facile de voir que le nom étant donné, comme il peut signifier destritction, extermination , la tradition l'a expliqué librement et de plusieurs manières.

^ Nous rappelons à nos lecteurs que tout ce qui précède est mis par le rédacteur dans les deux premières années du séjour au désert. Au chap. XX, nous nous trouverons tout u coup dans la quarantième année. Les chap. XV à XIX ne contiennent point d'indications chronologiques. — Le chap. XV fait partie de la rédaction élohiste ou du code sacerdotal.

lites et dis-leur : Quand vous serez arrivés dans le pays où vous devez demeurer, et que je vous donne, et que vous voudrez faire un feu à rÉtemel, un holocauste ou un sacrifice ordinaire, soit pour vous acquitter d'un vœu , ou comme don volontaire , . soit à l'occasion de vos fêtes, afin de faire à l'Éternel un parfum agréable, de gros ou de menu bétail, celui qui fera cette offrande à l'Étemel offrira comme oblation * un dixième de fleur de farine trempée d'un quart de hîn d'huile; et en fait de vin, pour la libation, vous en mettrez un quart de hîn soit à l'holocauste soit au sacrifice ordinaire, par tète d'agneau. Ou bien pour un bélier vous ferez l'oblation de deux dixièmes de fleur de farine trempée d'un tiers de hîn d'huile, et en fait de vin, pour la libation, un tiers de hîn : vous offrirez cela comme parfum agréable à l'Étemel. Et si c'est une pièce de gros bétail que vous voulez immoler comme holocauste ou comme sacrifice ordinaire pour vous acquitter d'un vœu ou d'une offrande d'action de grâces envers l'Éternel , on offrira avec l'animal , comme oblation , trois dixièmes de fleur de farine trempée d'un demi hîn d'huile, et en fait de vin, vous offrirez un demi hîn pour la libation : ce sera un feu de parfum agréable à l'Éternel. Voilà ce qui se fera pour chaque bœuf ou pour chaque bélier, ou pour chaque pièce de menu bétail, agneau ou chèvre. Quel que soit le nombre des animaux que vous immolerez, vous ferez ainsi pour chacun individuellement. "Tout indigène fera cela en offrant un feu de parfum agréable à l'Éternel. Et s'il séjourne parmi vous un étranger, ou qu'il y en ait un parmi vous à l'avenir, et qu'il veuille offrir un feu de parfum agréable à l'Éternel, il fera la même chose que vous. Pour toute la population il y aura une môme règle, pour vous et pour l'étranger séjournant parmi vous, une règle perpétuelle pour vos générations futures : l'étranger sera sur le même pied que vous devant l'Éternel ; une même loi et une même coutume sera établie pour vous et pour l'étranger séjournant parmi vous.

*^ Puis l'Éternel parla à Moïse en ces termes : Parle aux Israélites et dis-leur : Quand vous entrerez dans le pays où je vous conduis et que vous mangerez de ses produits, vous prélèverez une offrande pour l'Éternel. Comme prémices de votre mouture*, vous prélèverez une galette comme offrande. Vous la prélèverez comme on fait à l'égard de l'offrande de l'aire. Des prémices de votre mouture vous donnerez à l'Éternel une offrande à l'avenir.

*• Et si vous manquez à l'un des cojmmandements que l'Éternel a transmis à Moïse, et que vous n'accomplissiez pas tout ce que

^ Ou sacrifice non sanglant (Lév. IIJ.

^ Traduction conjecturale. D'autres mettent du gruau, ou du grain pilé. Il s'agit en tout cas d'orge.

l'Étemel vous a commandé par l'organe de Moïse, depuis le jour où il vous l'a commandé, et ultérieurement à l'avenir, si la chose s'est faite par négligence et à l'insu de la communauté*, celle-ci inmiolera une pièce de gros bétail en holocauste, comme parfum agréable à l'Étemel, avec son oblation et sa libation réglementaire*, et un bouc de chèvres pour l'expiation. Et le prêtre fera propitiation pour toute la communauté des Israélites pour qu'il leur soit pardonné : car c'était une négligence, et ils présenteront leur offrande, soit un feu à l'Éternel et un sacrifice d'expiation devant lui pour leur négligence, afin qu'il soit pardonné à toute la communauté des Israélites et aux étrangers qui séjourneront parmi eux; car cela touche le peuple entier par suite de sa négligence.

'^ Et si c'est un individu qui manque par négligence, il offirira pour l'expiation une chèvre d'un an. Et le prêtre fera propitiation devant l'Étemel pour l'individu qui aura manqué par négligence, pour qu'il lui soit pardonné. Qu'il s'agisse d'un Israélite indigène ou d'un étranger séjournant parmi vous, vous aurez une seule et même règle pour celui qui aura commis une négligence. Mais un individu qui aurait agi haut la main ', que ce soit un indigène ou un étranger, il sera censé avoir insulté l'Éternel : cet individu sera exterminé de son peuple ; car il aura méprisé la parole de l'Éternel et enfreint son commandement. Cet individu devra être exterminé et porter sa peine.

'* Lorsque les Israélites étaient au désert *, ils rencontrèrent un homme qui ramassait du bois un jour de sabbat; et ceux qui l'avaient rencontré l'amenèrent à Moïse et à Aharôn et à toute la communauté. Et on le mit en prison parce qu'on ne savait pas bien ce qu'on aurait à faire à son égard*. Alors l'Éternel dit à Moïse: Cet homme doit être mis à mort, toute la communauté le lapidera

1 II est question ici, non de transgressions volontaires, mais d Wbli et de négligence ; seulement on ne voit pas comment des prescriptions légales, concernant les deToirs rituels de la communauté entière, auraient pu être négligées, placées qu'elles étaient sous la surveillance d'une caste si fort intéressée à leur maintien. Ne serait-ce pas encore un indice de ce que cette législation s'est formée dans d'autres conditions que celles que suppose le code ?

2 Ci-dessus v. 8. — Pour les sacrifices d'expiation à offrir en vue de péchés involontaires, voyez le passage parallèle, mais différent, Lév. IV.

3 Volontairement, par esprit de contradiction, Ex. XIV, 8.

4 Ils n'y étaient donc plus lorsque ceci fut écrit.

^ Encore une preuve de la pluralité des rédacteurs. La peine de mort était déjà décrétée, Ex. XXXI, 14; XXXV, 2. Ici les exégètes se tirent d'affaire en disant que Moïse avait précédemment oublié de déterminer le mode de l'exécution. — Sur la dive^ site des éléments dont se compose ce chapitre, voy. l'Introd., p. 246 suiv.

NOMBRES XV, 86-41. XVI, i-7. 219

hors du camp. Et on le mena hors du camp et on jeta sur lui un tas de pierres, et il mourut, comme l'Éternel l'avait ordonné à Moïse.

" Et rÉternei parla à Moïse en ces termes : Parle aux Israélites et dis-leur qu'ils se fassent toujours des houppes aux bouts de leurs vêtements *, et qu'ils mettent un fil bleu à la houppe du bout. Cela doit vous servir d'ornement, pour que, en le voyant, vous vous rappeliez tous les commandements de l'Éternel, et que vous les pratiquiez, et que vous n'alliez pas de côté et d'autre selon les penchants de vos cœurs et de vos yeux; car en suivant ceux-ci, vous deviendriez infidèles; c'est afin que vous vous rappeliez et pratiquiez tous mes commandements et que vous soyez consacrés à votre Dieu. Moi, l'Éternel, je suis votre Dieu, qui vous ai fait sortir du pays d'Egypte pour être votre Dieu : moi, l'Éternel, je suis votre Dieu.

* Qorab fils de Yiçhar * fils de Qehat fils de Lévi prit avec lui Datan et Abîram les fils d'Élîab, et on fils de Pélet, ceux-ci Reoubénites, et ils se révoltèrent contre Moïse, avec 250 Israélites, chefs de la communauté, et hommes distingués appelés aux conseils*. Ils s'assemblèrent contre Moïse et Aharôn et leur dirent : C'en est assez I la communauté tout entière est sacrée et l'Éternel est au milieu d'elle: comment donc vous élevez-vous au-dessus de la communauté de l'Éternel? * Quand Moïse entendit cela, il se jeta la face contre terre *. * [Et il s'adressa à Qorab et à toute sa bande en ces termes : Demain l'Éternel fera connaître celui qui lui appartient, et qui est consacré pour lui faire des offrandes, et celui qu'il choisira, il le laissera approcher de lui. Voici ce que vous aurez à faire: prenez des encensoirs, toi Qora^ et toute ta bande, et mettez-y du feu et de l'encens dessus devant l'Étemel, demain; et celui que l'Étemel

1 Comp. Deut. XXII, 12. D'après ce dernier passage il parait n'dtre question que de qnatre houppes^ ou glands en franges, à attacher aux quatre coins du manteau, lequel n'était, comme on sait, qu'une pièce de drap carrée. Dans notre texte, on ne sait trop ce qu'on doit entendre par la houppe du bout, au singulier, à moins qu'on ne prenne l'article dans le sens collectif. Le terme hébreu est à dériver d'une racine qui signifie briller, fleurir, et les dérivés sont employés pour parler de fleurs, de boucles de cheveux, etc. Comp. aussi Matth. XXIII, 5.

2 Et par conséquent cousin germain de Moïse et d 'Aharôn. — Le chap. XVI a été analysé dans l'Introduction, p. 58. Nous nous bornons ici à marquer les éléments élohistes par des crochets. Dans les v. 1 à 3 les deux textes sont complètement amalgamés.

3 On doit supposer que ces 250 étaient des sheikhs appartenant aux différentes tribus. C'est une conspiration, ou plutôt une double conspiration, qui a pour but de mettre fin d'un côté au gouvernement monarchique de Moïse, et de l'autre, au privilège d'Aharôn.

4 Acte de contrition et de prière. Chap. XIV, 5. — A partir du v. 5, les deux relations sont faciles à distinguer.

choisira sera le consacré. C'en est assez, Lévites * ! • Et Moïse dit à Qorab: Écoutez, Lévites! Ne vous suffit-il pas que le Dieu d'Israël vous ai distingués du reste de la communauté, pour vous laisser approcher de lui afin de faire le service de la demeure de TÉtemel, et d'avoir votre place à la tète de la communauté pour ce ministère ? C'est toi, et tous tes frères, les Lévites, avec toi, qu'il laisse approcher, et vous demandez encore le sacerdoce? Ainsi toi et toute ta bande, vous vous liguez contre l'Éternel? Car Aharôn, qui est-il, pour que vous murmuriez contre lui ' ?]

** Et Moïse envoya appeler Datan et Abîram, les fils d'Élîab ; mais ils dirent : Nous n'y monterons point ! N'est-ce pas assez que tu nous aies fait sortir d'un pays ruisselant de lait et de miel pour nous faire mourir dans ce désert, que tu veuilles encore t'ériger eo maître sur nous? Aussi bien tu ne nous a pas conduits dans un pays ruisselant de lait et de miel, et tu ne nous a pas donné un patrimoine en champs et vignobles : veux-tu crever les yeux à ces gens ? Nous n'y monterons point I Et Moïse fut très-irrité et dit à l'Éternel : Ne regarde pas leur offrande ! Je ne leur ai pas pris un seul âne et je n'ai fait tort à aucun d'eux*.

" [Moïse dit à Qora^ : Toi et toute ta bande, soyez présents de?ant l'Éternel, toi et eux et Aharôn, demain, et prenez chacun votre encaisoir, et mettez-y de l'encens, et présentez vos encensoirs devant l'Éternel, toi et Aharôn, chacun le sien, deux cent cinqtiante encensoirs*. Et chacun prit son encensoir, et y mit du feu, et de l'encens dessus, et ils se présentèrent à l'enti^ du tabernacle de communication, ainsi que Moïse et Aharôn. Et lorsque Qorat eut rassemblé contre eux toute la communauté à l'entrée du tabernacle, la gloire de rÉternel apparut à toute la communauté. Et l'Éternel s'adressa à Moïse et à Aharôn en ces termes : Séparez-vous de cette communauté, pour que je l'extermine en un clin d'œil ! Et ils se jetèrent la face

^ Cette allocution (conOrraée par ce qui va suivre) fait voir que les conjurés étaient tous des Lévites. De cette manière les Reoubénites sont ici hors de cause. Mais oa voit que le Lévite Qorat n'était pas seul non plus.

^ Il n'est qu'un simple mortel, il ne s'est pas arrogé la dignité dont Dieu Ta revêtu La lui envier, vouloir Ten dépouiller, c'est s'insurger contre Dieu même.

3 Le but de Qorat était de revendiquer les privilèges du sacerdoce pour tous les Lévites. La conjuration de Datan et consorts avait un but politique ; ils refusent de suivre Moïse plus loin. Les deux mouvements n'ont rien de commun. — Veax-ta crever les yeux ? c'est-à-dire : Crois-tu qu'ils seront assez aveugles pour ne pas voir où tu les conduis ?

* Ces derniers mots proviennent du rédacteur, qui confond les 250 conjurés politiques avec les collègues de Qorali.

contre terre et dirent : 0 Dieu, dieu de Tâme de toute chair * ! Quand un seul homme a péché, tu t'irrites contre toute la communauté? Alors rÉternel s'adressa à Moïse en ces termes : Parle à la communauté et dis : Retirez- vous des environs de la demeure de Qorab] de Datan et d'Ahiram*.

•* Et Moïse alla se rendre auprès de Da^an et d'Abîram, suivi des chefs d'Israël'. Et il s'adressa à la communauté en ces termes: Éloignez-vous des tentes de ces méchants hommes, et ne touchez à rien de ce qui leur appartient, de peur d'être emportés à cause de leurs crimes. *'Et ils se retirèrent de la demeure [de Qorah^] de Da^n et d'Ahîram, tout autour, tandis que Da^an et Abîram allèrent se placer à l'entrée de leurs tentes avec leurs femmes, leurs fils et leurs petits-enfants. Alors Moïse dit; C'est à ceci que vous reconnaîtrez que c'est l'Éternel qui m'a envoyé accomplir ces choses, et que cela n'est pas le fait de ma propre volonté : Si ceux-ci meurent comme meurent tous les hommes, et si leur sort est le sort commun des mortels *, ce ne sera pas l'Éternel qui m'aura envoyé ; mais si l'Éternel fait un miracle inouï •, et que la terre ouvre sa bouche et les engloutit, eux et tout ce qui leur appartient et qu'ils descendent vivants au S'eôl, vous reconnaîtrez que ces hommes ont méprisé l'Étemel. " Et quand il eut achevé de prononcer ces paroles, le sol s'entre-ouvrit sous eux, et la terre ouvrit sa bouche et les engloutit, eux et leurs familles, et toutes les personnes qui étaient à [Qorah '] et tout leur avoir ; et ils descendirent vivants au S'eôl, eux

1 Auteur de toute vie.

^ Le texte hébreu emploie le même terme pour la bande de Qora^ et pour la communauté israélite^ et Ton pourrait être tenté de mettre le premier terme non seulement au ▼. 16, mais encore aux y. 19 et 21. Mais on voit par le y. 24 et par l'intercession de Moïse, que le rédacteur a voulu dire que Qorab avait réussi à ameuter le peuple entier et que Jéhova avait voulu exterminer toute la communauU, et non pas seulement la bande. Les noms de Datan et d'Abîram sont ajoutés mal à propos par le rédacteur.

3 Encore des traces d'une double relation. Tout à l'heure les conjurés (Qora^tes] étaient devant le tabernacle avec des encensoirs, et Moïse faisait retirer les spectateurs ; ici il se rend aux tentes de Datan, etc., et donne les mômes ordres. Cela se rattache au Y. 12, où il était dit qu'ils avaient refusé de comparaître.

'^ Confusion. Qora^ était devant le tabernacle, v. 16 suiv.

^ Litt. : et si la surveillance (dispensation providentielle) commune à tous les hommes, est aussi faite sur eux.

^ Litt. : s'il crée une création, c'est-à-dire quelque chose de tout à fait nouveau.

'7 Un autre document atteste que la famille de Qorab a continué à exister, chap. XXVI, 58, et affirme explicitement, v. 11, que les Ris de Qorab ne périrent point. Pour se tirer d'affaire, on prétend qu'ici il n'est question que de ses domestiques ! — Mais a y regarder de près, il n'est pas question ici de Qorab. Il faut lire Da^n et Abîram. Ce sont bien eux qui sont engloutis. Qorab [v. 21) est tué par la foudre près du tabernacle.

222 iNOMBRES XVI, 33-35. XVII, 1-12.

et tout ce qui leur appartenait, et la terre se referma sur eux et ils furent exterminés du milieu de la communauté. Et tous les Israélites à Tentour s'enfuirent à leurs cris, car ils craignaient que la terre ne les engloutit aussi. [Et un feu lancé par l'Étemel dévora les deux cent cinquante hommes* qui avaient présenté l'encens.]

*Puis l'Étemel s'adressa à Moïse en ces termes: Dis à Él*azar, le fils du prêtre Aharôn, qu'il enlève les encensoirs du milieu de l'embrasement, et quant à la braise, jette-la dehors, car ils sont sacrés. Pour ce qui est des encensoirs de ces criminels punis de mort, qu'on en fasse des plaques battues pour recouvrir l'autel; car puisqu'ils les ont présentés devant l'Éternel ils sont devenus sacrés, et ils serviront de signe aux Israélites. Et le prêtre Éi'azar prit les encensoirs d'airain qu'avaient présentés les hommes brûlés, et on les étendit en plaques pour recouvrir l'auteP, pour servir de monument aux Israélites, afin qu'aucun étranger, qui ne serait pas de la race d' Aharôn, ne s'approchât pour brûler de l'encens devant l'Étemel, et n'eût le sort de Qora^ et de sa bande, selon ce que l'Éternel lui avait dit par l'organe de Moïse '.

• Cependant le lendemain toute la communauté des Israélites murmura contre Moïse et Aharôn en disant : C'est vous qui avez fait périr le peuple de l'Éternel! Mais au moment où la communauté s'attroupa contre Moïse et Aharôn, comme ils se tournèrent vers le tabernacle, voilà que la nuée le couvrit et la gloire de l'Étemel apparut*. Alors Moïse et Aharôn s'avancèrent vers le tabernacle, et rÉlernel s'adressa à Moïse ea ces termes : Levez-vous pour sortir de cette assemblée, pour que je l'extermine en un clin d'œil. Et ils se jetèrent la face contre terre et Moïse dit à Aharôn : Prends l'encensoir et jette dessus de la braise de l'autel, et mets-y de l'encens, et porte-le en toute hâte vers l'assemblée et fais la propitialion pour eux ; car la colère de l'Eternel est déchaînée et déjà le coup a porté. Et Aliarôn le prit, comme Moïse le lui avait dit, et courut au milieu de la communauté (déjà l'Éternel avait commencé à frapper le peuple), et il y mit l'encens et fit la propitiation pour le peuple. Et il se

^ Le rédacteur regarde toujours les 250 hommes comme les compagnons du Lëviu? Qorah ; voyez plus haut v. 17. On peut hésiter à cet égard, mais le v. 2 (voy. la note 3. p. 21 9) paraît dire le contraire.

2 Mais ce travail était fait depuis longtemps, d'après Ex. XXVII, 2; XXXVIII, 2

3 Les chap. XVII à XIX sont élohistes.

'* D'après d'autres passages, on devrait se représenter la nuée constamment présent*? sur le tabernacle, voyez par exemple chap. IX, 18. Il faudra peut-ôtre insister sur le mot couvri)' (envelopper, rendre invisible), et sur une manifestation éclatante et lumineuse (de la gloire) .

plaça entre les morts et les vivants, et le fléau fut arrêté*. Et ceux qui moururent de ce fléau furent au nombre de quatorze mille sept cents, sans compter ceux qui étaient morts pour l'affiaire de Qorab*. Puis Aharôn revint vers Moïse, à l'entrée du tabernacle, et le fléau fut arrêté.

*• L'Étemel s'adressa à Moïse en ces termes : Parle aux enfants d'Israël et fais-toi donner par eux un bâton par tribu, de la part de tous les émirs de leurs tribus, douze bâtons : et tu écriras le nom d'un chacun sur son bâton; et sur le bâton de Lévi, tu écriras le nom d' Aharôn*. Car il y aura un bâton pour chaque chef de tribu. Puis tu les déposeras dans le tabernacle de communication en face de la loi, où j'ai coutume de communiquer avec vous. Et le bâton de celui que je choisirai bourgeonnera, et je ferai cesser les murmures des Israélites qu'ils font entendre contre vous.

** Or, Moïse ayant parlé aux Israélites, tous les émirs lui donnèrent des bâtons, chacun un bâton pour sa tribu, douze bâtons, et le bâton d'Aharôn était parmi les autres. Et Moïse déposa les bâtons devant l'Étemel dans le tabernacle de la loi. Et le lendemain, lorsque Moïse entra dans le tabernacle, voilà que le bâton d'Aharôn, de la tribu de Lévi, avait bourgeonné; un bourgeon avait poussé et il s'était épanoui une fleur et avait mûri des amandes*. Alors Moïse emporta tous les bâtons de devant l'Étemel vers tous les Israélites et ceux-ci les virent et chacun reprit son bâton. Alors l'Éternel dit à Moïse : Remets le bâton d'Aharôn en face de la loi pour le conserver comme un signe pour ces rebelles, afin de faire cesser leurs murmures pour qu'ils ne périssent pas. Et Moïse fît comme l'Éternel le lui avait commandé. Mais les Israélites s'adressèrent à Moïse en disant : Vois-tu, nous mourons, nous périssons, nous sommes tous perdus.

1 Ce fléau est une mortalité instantanée et miraculeuse. — Tous ces récits tendent à sauvegarder le privilège exclusif de la famille d'Aharôn. On n'oubliera pas que la revendication de ce privilège était encore une aflaire litigieuse jusque vers Texil.

2 On voit ici très^clairement que l'Élohiste n'avait point parlé de la conjuration de Datan et d'Abiram.

3 II résulte de ceci que les noms à inscrire étaient ceux des douze émirs^ et non ceux des douze tribus. Mais conmie Aharôn n'était pas du nombre des 12 émîrs (chap. I, il], il faut en conclure qu'ici Menass'eh et Éphraîm ne sont comptés que pour une seule tribu. — Le bâton est le signe du commandement. — Si le nom de Lévi ne se trouvait pas au v. 18, le v. 21 pourrait Ôtre interprété de manière qu'il y aurait treize bfttons.

4 Le miracle confirme le privilège de la famille d'Aharôn^ à moins qu'on ne veuille envisager ce récit comme faisant double emploi avec les autres qui parlent de sa vocation.

224 NOMBRES XVII, 28. XVIII, i-10.

Quiconque s'approche de la demeure de TÉternel vient à mourir : est-ce que nous devons donc périr tous*?

* L'Éternel dit à Aharôn : Toi et tes fils et ta famille avec toi, vous serez responsables des délits commis dans la demeure sainte, et toi avec tes fils, vous serez responsables des fautes commises dans votre ministère. Et tes frères aussi, la tribu de Lévi, ta tribu paternelle, tu les laisseras approcher pour qu'ils t'assistent et te ser\'ent *, lorsque toi et tes fils vous serez devant le tabernacle de la loi. Ils feront le service sous tes ordres, en tout ce qui concerne le tabernacle, seulement ils ne s'approcheront pas des meubles sacrés et de l'autel, autrement vous mourriez les uns et les autres. Ils t'assisteront, et feront le service du tabernacle de communication à l'égard de tout ce qui le concerne, et aucun étranger ne s'approchera de vous. Et vous ferez le service du sanctuaire et de l'autel, de manière que la colère céleste ne vienne pas frapper les Israélites. Car voyez, j'ai choisi parmi les Israélites les Lévites , vos frères ; c'est à vous qu'ils sont donnés en propre pour l'Éternel, pour faire le service du tabernacle. Mais toi et tes fils avec toi, vous exercerez votre ministère à l'égard de tout ce qui concerne l'autel et de ce qui est derrière le rideau, et vous y ferez le service. Je fais de votre ministère un service privilégié, et l'étranger qui s'en approche sera mis à mort.

* Ensuite l'Éternel dit à Aharôn : Vois, c'est à toi que je donne la jouissance' de mes offrandes, de tout ce que les Israélites me consacrent : je te les donne pour ta part, ainsi qu'à tes fils, comme une redevance perpétuelle. Voici ce qui t'appartiendra des choses consacrées, et ce qui sera retiré du feu : tout ce (ju'on m'offrira en fait d'oblations et de sacrifices pour péchés et délits*; ce sera j)our toi et tes fils à titre de chose consacrée. C'est au Heu saint que vous le mangerez; tout ce qui est du sexe masculin en mangera';

J Lo peuple n'est ni satisfait ni rassuré par ce qui vient de se passer (comp. v. 6 s.). 11 se voit dans un danger perpétuel par suite de la présence permanente de Dieu, et de la catastrophe dont il venait d'être témoin.

^ Comp. chap. III, 5 suiv.

»* Litt. : la (jarâe ; mais on voit par la phrase suivante qu'il s'agit, non de conservation, mais de consommation. Le terme employé dans l'original s'explique très-bien par l'expression française correspondante : Voici ce que vous garderez pour vous de ce qui est offert sur l'autel, le reste étant brûlé. — Ce v. 8 est uae espèce de titre ou de rubrique pour l'énumération qui suit, et qui comprend : 1° certaines catégories de sacrifices réputés sacrés par excellence, v. 9, 10 ; 2" certaines parties des autres choses qui peuvent faire l'objet d'une offrande, savoir prémices, primeurs, dons votifs, premiers-nés, v. 11-18.

4 Comp. Lév. VI; VII.

^ On remarquera la dillorence établie à cet égard entre la première catégorie de sacrifices et celle qui va suivre. Du reste, cette prescription suppose évidemnieDi l'unité du lieu de culte, et la résidence de la famille d'Aharôn dans ce lieu unique.

ce sera pour loi chose sacrée. Et ceci t'appartiendra comme prélèvement de leurs dons, de tout ce que les Israélites feront consacrer : je te le donne à toi, et à tes fils et tes filles avec toi, comme une redevance perpétuelle. Quiconque dans ta famille est pur, pourra en manger. ** Ce qu'il y de mieux* en fait d'huile, de vin et de blé, les prémices qu'ils offriront à l'Étemel, c'est à toi que je les donne. Les primeurs de tout ce que produira leur terre et qu'ils apporteront à l'Éternel, c'est à toi qu'elles appartiendront. Quiconque dans la famille est pur, pourra en manger. Tout ce qui sera l'objet d'un vœu de consécration ' de la part des Israéhtes t'appartiendra. ** Tout premier-né d'une créature vivante qu'on présentera à l'Éternel, que ce soit homme ou béte, t'appartiendra; seulement tu auras soin de faire racheter le premier-né de l'homme, ainsi que le premier-né d'un animal impur. Et quant à la rançon, tu les feras racheter à partir de l'âge d'un mois, selon ton estimation', pour cinq sicles d'argent, du sicle sacré qui est de vingt g'érah. Mais les premiers-nés de la vache, de la brebis et de la chèvre, tu ne les feras pas racheter : ils sont sacrés; tu répandras leur sang sur l'autel et tu feras fumer leur graisse comme un feu de parfum agréable à l'Éternel. Mais leur chair sera pour toi; de même que la poitrine d'agitation et la cuisse droite. Toutes les offrandes sacrées que les Israélites présenteront à l'Éternel, je te les donne à toi, à tes fils et à tes filles avec toi, comme une redevance perpétuelle : c'est là un pacte solennellement fait^ à la face de l'Étemel pour toi et ta race.

'®Et l'Étemel dit à Aharôn : Dans leur pays tu n'auras pas de patrimoine *, et tu n'auras point de part au milieu d'eux. C'est moi qui suis ta part et ton patrimoine au milieu des Israélites. Et quant aux Lévites, je leur donne toutes les dîmes • d'Israël pour patrimoine, en retour du service qu'ils font, du service du tabernacle de communication. Et les Israélites ne doivent plus s'approcher du tabernacle,

1 Litt. : la graisse.

«Lév. XXVU,28.

3Lév. V, 15; XXVII. 2.

^ Litt. : un pacte au sel ; voyez Lév. II, 13. — Ce dernier verset résume tout ce qu} précède et n'introduit pas une troisième catégorie de revenus.

^ La tribu de Lévi n'a* pas de territoire ou domaine particulier en Canaan, comme les autres tribus : ce fait, rapporté à la volonté expresse de Dieu, sera fréquemment rappelé dans les textes du Deutéronome et do Josué. Dans la loi, les Lévites apparaissent toujours comme une caste, et ne comptent pas ordinairement parmi les douze tribus. D'après Gen. XLIX, 5 suiv. (chap. XXXIV, 25), il paraîtrait pourtant que trèsanciennement leur situation était pareille à celle des autres tribus.

6 Sur la dime, mentionnée déjà Lév. XXVII, 30 suiv., voyez surtout l'Introduction, p. 170 suiv.

A. T. 3« part. — II. 15

226 NOMBRES XVUI, 23-32. XIX, i-4.

de manière à se charger d'un péché qui les ferait mourir. Ce sont les Lé\'ites qui feront le service du tabernacle et qui en seront responsables ; ce sera la règle perpétuelle pour vos générations futures. Mais ils ne posséderont point de patrimoine parmi les Israélites. Ce sont les dîmes que les Israélites offriront à l'Étemel comme oblation, que je donne pour patrimoine aux Lévites. C'est pour cela que je leur dis : vous ne posséderez point de patrimoine parmi les Israélites.

'* Puis l'Éternel s'adressa à Moïse en ces termes : Tu parleras aux Lévites et tu leur diras : Quand vous recevrez de la part des Israélites la dîme que je vous donne de leur part pour patrimoine, vous en offrirez à l'Éternel une offrande, savoir la dîme de la dlme, et votre offrande sera comptée comme le blé venant de l'aire, et comme ce qui déborde de la cuve * . C'est ainsi que vous aussi vous présenterez une offrande à l'Étemel de toutes vos dîmes que vous recevrez de la part des Israélites, et vous en ferez une offrande pour l'Éternel, pour le prêtre Aharôn. De tout ce qu'on vous donnera, vous présenterez toujours une offrande à l'Éternel, de tout ce qu'il y aura de meilleur, la partie à consacrer. Et lu leur diras : Quand vous en aurez offert ce qu'il y a de meilleur, le reste sera compté aux Lévites comme le produit de l'aire et comme le produit de la cuve *. Et vous pourrez le manger en tout lieu, vous et vos familles; car c'est votre salaire, en retour de votre service au tabernacle de communication, et en offrant ce qu'il y a de meiUeur, vous dégagerei votre responsabilité et vous ne profanerez pas les offrandes consacrées des Israélites et vous ne mourrez point.

* L'Étemel s'adressa à Moïse et à Aharôn en ces termes : Ceci est le statut légal que TÉternel vous prescrit ' : dis aux enfants d'Israël qu'ils t'amènent une vache rousse, parfaitement saine et sans d»'}faut et qui n'ait point encore porté le joug. Vous la donnerez au prêtre Éle*azar, qui la fera sortir du camp pour qu'on l'immole en sa présence. Puis le prêtre Éle'azar prendra de son sang avec le doigt, et

ï La dîme, attribuée aux Lévites, représente pour ainsi dire leur récolte. De même que tout Israélite prélève sur sa récolte ce qu'il doit donner à la caste lévitique, de même celle-ci prélèvera sur la sienne une quote-part analogue au profit de la caste (supérieure) sacerdotale, de la famille d 'Aharôn.

2 C'est-à-dire comme leur récolte propre et ordinaire , dont ils pourront user à leur gré.

^ Suit la description fort détaillée d'un rite de purification dont l'usage est prescrit pour tous les cas où des individus (ou leurs demeures) sont entachés d'impureté par suite d'un décès et de la présence d'un cadavre. On remarquera que ce rite, tel qull est ordonné ici, n'aurait été praticable dans toute sa rigueur qu'en supposant la natii.'n entière habitant un seul endroit circonscrit dans des limites très-resserrées, puisque le texte maintient l'unité du dépôt de l'eau de purification et la proximité du lieu saint.

fera avec ce sang une aspersion contre le tabernacle jusqu'à sept fois. Ensuite on brûlera la vache devant ses yeux ; sa peau, sa chair, son sang, sa fiente, on brûlera tout. Et le prêtre prendra du bois de cèdre, et de Thysope, et du fil de couleur écarlate*, et jettera le tout dans le feu qui consume la vache. Ensuite il lavera ses habits et fera une ablution d'eau sur son corps; puis il rentrera au camp et sera impur jusqu'au soir. Et celui qui aura brûlé la vache lavera ses habits et fera une ablution d'eau sur son corps et sera impur jusqu'au soir. Ensuite un homme pur ramassera la cendre de la vache, et la déposera hors du camp en un endroit pur, afin qu'elle y soit conservée pour la communauté des Israélites, pour servir à l'eau de purification. C'est un sacrifice expiatoire. Et celui qui aura ramassé la cendre de la vache lavera ses habits et sera impur jusqu'au soir. Ce sera là une règle perpétuelle pour les Israélites et pour l'étranger qui demeurera parmi eux : quiconque aura touché le cadavre d'une personne humaine sera impur pendant sept jours. Quand un tel se sera purifié avec cette eau le troisième et le septième jour, il sera pur; mais s'il ne se purifie pas le troisième et le septième jour, il ne sera pas pur*. Quiconque aura touché le cadavre d'une personne humaine qui sera morte, et ne se purifie pas, souille la demeure de l'Éternel. Un tel doit être exterminé d'Israël, parce que l'eau de purification n'aura pas été répandue sur lui : il est impur, son impureté lui reste attachée.

** Voici la règle : Quand un homme meurt dans une tente, quiconque entre dans cette tente et quiconque s'y trouve sera impur pendant sept jours, et tout vase découvert, sur lequel il n'y aura pas de couvercle attaché, sera impur aussi. Et quiconque aura touché dans les champs un homme tué ou mort autrement, ou des ossements humains, ou un tombeau, sera impur pendant sept jours. Et l'on prendra, pour celui qui sera devenu impur, de la cendre de la victime expiatoire brûlée, et l'on versera dessus de l'eau vive dans un vase; puis un homme pur prendra une tige d'hysope et la trempera dans cette eau et en aspergera la tente, et tous les vases, et les personnes qui s'y trouveront, ainsi que celui qui aura touché les ossements, ou l'homme tué, ou le mort, ou le tombeau. *® Et l'homme pur aspergera l'homme impur le troisième jour et le septième jour, afin qu'il soit purifié le septième jour : puis il lavera ses habits et se baignera, et le soir il sera pur. Et celui qui sera devenu impur

1 Lév. XIV, 6.

2 C'est bien là le sens du texte. Si Ton néglige de mettre la conjonction en tête de la phrase, elle signifiera : Un tel doit se purifier le 3* jour, et le 7* jour il sera pur (et par conséquent aussi : s'il ne se purifie pas le 3« jour, il ne sera pas pur le septième). Comp. V. 19.

et qui ne se sera pas purifié, doit être exterminé du milieu de la communauté, car il aura souillé le sanctuaire de l'Éternel ; l'eau de purification n'ayant pas été répandue sur lui, il reste impur. Ce sera là pour vous une règle perpétuelle. Et celui qui aura fait l'aspersion avec l'eau de purification doit laver ses habits, et quiconque aura touché l'eau de purification sera impur jusqu'au soir. Et tout ce que l'homme impur touchera sera impur aussi, et toute personne qui le touchera sera impure jusqu'au soir.

*Les Israélites, toute la communauté, arrivèrent au désert de Çîn, dans le premier mois; et le peuple demeura à Qades' *, et c'est là que mourut Miryam, et elle y fut enterrée. Et comme il n'y avait pas d'eau pour la communauté, on s'attroupa contre Moïse et Aharôn. Et le peuple se prit de querelle avec Moïse, et ils dirent : Que n'avons-nous péri, lorsque nos frères périrent devant lalieweh? Pourquoi avez-vous conduit la communauté de laheweh dans ce désert, pour que nous y mourions, nous et notre bétail? Pourquoi nous avez-vous fait partir d'Egypte pour nous mener dans ce triste lieu, ce lieu où l'on ne peut semer, où il n'y a ni figuier, ni vigne, ni grenadier, et pas d'eau à boire?

•Alors Moïse et Aharôn quittant l'assemblée vinrent à l'entrée du tabernacle et se jetèrent la face contre terre, et la majesté de l'Éternel leur apparut. Et l'Éternel parla à Moïse en ces termes : Prends le bâton et assemble la communauté, toi et ton frère Aharôn, et en leur présence ordonnez au rocher de donner ses eaux, et fais sortir pour eux de Teau du rocher, pour donner à boire au peuple et à son bétail. Et Moïse prit le bâton de devant l'Éternel, comme celui-ci le lui avait ordonné. Et Moïse et Aharôn assemblèrent la communauté devant lo rocher, et il leur dit : Écoutez donc, rebelles que vous êtes, est-ce que nous vous ferons sortir de l'eau de ce rocher? Puis Moïse leva sa main et frappa deux ibis le rocher de son bâton, et les eaux en sortirent en abondance, et le peuple but, ainsi que son bétail. Mais TÉternel dit à Moïse et à Aharôn : Puisque vous n'avez pas eu confiance en moi, de manière à me glorifier aux yeux (lies

1 L'année est la quarantième depuis la sortie d'Egypte. Voyez chap. XIV, 32: XX, 22 suiv. ; XXXIII, 38. — La contrée appelée ici le désert de Çîn, était appelée plus haut (chap. X, 12; XIII, 3) le désert de Paran, car c'est là qu'une autre relation place lu localité de Qades' (chap. XIII, 20), où les Israélites se trouvent dès la seconde année sans qu'on apprenne où ils ont été pendant les 38 années intermédiaires. Comp. Deut. II, 14 et surtout Nomb. XXXIII, 16 suiv., où il n'est question que d'un seul séjour à Qades' pendant toute la durée de la migration.

Israélites, vous ne conduirez pas non plus ce peuple dans le pays que je leur donne. C'est là FEau de la querelle, au sujet de laquelle les Israélites s'étaient pris de querelle avec l'Éternel, par laquelle il se glorifia *.

** De Qades' Moïse envoya un message au roi d'Édom : Voici ce que dit ton frère Israël : Tu sais toutes les tribulations qui nous sont survenues. Après que nos pères furent descendus en Egypte, nous y demeurâmes pendant longtemps, et les Égyptiens nous maltraitèrent, nous et nos pères. Alors nous implorâmes laheweh et il nous exauça, et il se manifesta' à nous et nous fit sortir d'Egypte, et nous voilà à Qades', endroit situé sur les limites de ton territoire. De grâce, laisse-nous traverser ton pays'; nous ne passerons par aucun champ ou verger, nous ne boirons pas l'eau des puits; nous suivrons le chemin public*, sans en dévier ni à gauche ni à droite, jusqu'à ce que nous ayons traversé ton territoire. Mais les Ëdomites lui répondirent : Vous ne passerez pas par ici, autrement nous nous

1 Ce récit n'est que la reproduction, d'après une autre source, de celui que nous avons lu Ex. XVII. Cela se voit surtout à l'identité du nom donné à la localité où se fit le miracle, bien que les deux narrations placent celui-ci dans deux endroits trèséloignés l'un de l'autre. On sait que les Rabbins en ont conclu qu'il s'agissait du môme rocher qui aurait suivi les Israélites à travers le désert (1 Cor. X^ 4). — Le texte parle du bâton comme d'un objet déjà connu du lecteur, et déposé dans le sanctuaire (ou bien doit-on traduire : prends ce bâton.... et Moïse le prit d auprès de l'Éternel ; de manière qu'il serait question d'un bâton que Moïse aurait eu pour la première fois ?). Le reproche adressé aux deux chefs ne s'explique qu'autant qu'on admet que ce qui est dit au v. 6 a été la manifestation d'un sentiment de désespoir et d'incrédulité, fort déplacé après tant de miracles. Voyez cependant v. 24. On a aussi pensé que Dieu voulait blâmer Moïse de ce qu'il avait frappé le rocher, au lieu de se borner à lui parler. — Dans les derniers mots : il se glorifia, litt. : il se fit reconnaître comme le Saint (yiqqades'), terme assez recherché, l'auteur a peut-âtre voulu faire une allusion an nom de Qades' et insinuer que ce nom a été donné à cette localité à propos de l'événement en question. Le passage chap. XXXII, 8, semble autoriser la supposition qu'elle avait encore un autre nom. — La différence des deux auteurs qui ont raconté le miracle du rocher se reconnaît aussi à ce que, pour le rocher, l'auteur de l'Ex. XVII emploie un autre mot hébreu que celui de Nomb. XX. Il en est de même du terme employé pour désigner le peuple.

^ On traduit: il envoya un ange. Nous savons de reste que dans les récits mosaïques, le Maleak est toujours une manifestation personnelle de Dieu. Voy. par ex. Ex. XXIIl, 20.

3 Cela se rattacherait très-bien au récit du chap. XIV, 45. Les Israélites refusant de pénétrer en Canaan par la frontière méridionale, et battus au surplus par les Bédouins de la frontière, se tournent à l'est pour continuer leur route et se proposent de faire le tour de la mer morte pour arriver au Jourdain.

4 Litt. : le chemin du roi, comme on dit aujourd'hui encore en Orient, le chemin du Sultan, pour une route frayée ou généralement pratiquée.

230 NOMBRES XX, 19-29. XXI, i-3.

opposerons à vous les armes à la main. Et les Israélites lui dirent encore : Nous marcherons sur le chemin hattu, et si nous buvons de vos eaux, nous et nos troupeaux, nous voulons les payer : laisse-nous seulement passer à pied, ce n'est rien ! Mais ils répondirent : Vous ne passerez point! Et ils marchèrent à leur rencontre avec beaucoup de monde et à main armée. Ainsi les Ëdomites refusèrent aux Israélites le passage de leur territoire, et les Israélites se détournèrent de là*.

^^ Et ils partirent de Qadès', et ils arrivèrent, toute la communauté d'Israël, à la montagne de Hor. Et à cette montagne de Hor, sur les confins du pays d'Édom ', l'Éternel parla à Moïse et à Aharôn en ces termes : Aharôn va rejoindre ses pères, car il ne doit pas entrer dans le pays que je donne aux Israéhtes, parce que vous avez été rebelles à mes ordres près des Eaux de la querelle. Prends Aharôn et son fils Ele'azar, et fais-les monter sur la montagne de Hor. Là tu ôteras à Aharôn ses habits et tu en revêtiras son fils Éle*a2ar, et Aharôn sera enlevé et mourra là. Et Moïse fit comme l'Étemel le lui avait ordonné, et ils montèrent sur la montagne de Hor à la vue de toute la communauté. Et Moïse ôta à Aharôn ses habits, et en revêtit son fils Ele'azar. Et Aharôn mourut là sur le sommet de la montagne, et Moïse redescendit avec Ele'azar. Et toute la communauté vit qu'Aharôn était mort, et tout Israël le pleura pendant trente jours.

* Cependant le roi cananéen de *Arad, qui demeurait dans la région du midi, ayant appris que les Israélites arrivaient par la route des Atarîm, les attaqua et leur enleva des prisonniers. Alors les Israélites firent un vœu à l'Éternel en disant : Si tu nous livres ce peuple, nous vouerons leurs bourgades à la destruction. L'Éternel exauça les Israélites et livra les Cananéens, et on les voua à rextermination ainsi que leurs bourgades, et l'on nomma cet endroit Hormah *.

' Le morceau v. 14-21 appartient à la composition jéhoviste. La fin du chapitre est

d'origine élohiste.

2 Aujourd'hui encore le nom de la montagne d 'Aharôn est donné à une hauteur près des ruines de Pétra, de l'ancien chef-lieu des Ëdomites. Mais on ne voit pas trop hien comment les Israélites, après ce qui vient d'être dit des maîtres du pays, se seraient dirigés tout juste sur leur principal établissement. Il faudrait encore admettre ici une diversité totale des traditions et des sources du rédacteur. Cette dernière supposition paraît ôtre confirmée par le reproche de rébellion adressé à Moïse et à Aharôn. Le récit précédent ne disait rien qui le justifiât. — Une tradition toute différente sur le lieu de la mort d'Aharôu se trouve Deut. X, 6 suiv.

•^ 'Arad et Ilorraah sont des localités situées sur les confins du territoire de Juda et du désert méridional (Jos. XII, 14). D'après ce passage, ces lieux et leurs rois auraient été seulement vaincus par Josué, et non du temps de Moïse. D'après Juges I, 16, 17,

^Ils paiiirent de la montagne de Hor dans la direction de la mer des algues*, pour tourner le pays d'Édom, et en route le peuple perdit courage. Et il parla contre Dieu et Moïse : Pourquoi nous avez-vous fait partir de TÉgypte pour nous faire mourir dans ce désert; car il n'y a là ni pain ni eau, et nous sommes dégoûtés de cette nourriture misérable. Alors TÉtemel envoya contre eux les serpents venimeux ', qui mordaient les gens, de sorte qu'il mourut beaucoup de monde en Israël. Alors le peuple vint vers Moïse et dit : Nous avons eu tort de parler contre laheweh et contre toi : intercède auprès de laheweh pour qu'il chasse de nous ces serpents. Et Moïse ayant intercédé pour le peuple, l'Éternel lui dit : Fais-toi un serpent et mets-le sur une perche, et quiconque aura été mordu et le regardera, conservera la vie. Et Moïse fit un serpent d'airain et le plaça sur la perche; et quand le serpent avait mordu un homme, et qu'il regardait le serpent d'airain, il conservait la vie*.

cette conquête n'aurait même été faite qu'après la mort de Josué. Le nom de HormaK (ruine, destruction] est rattaché^ quant à ses origines, à des événements différents, même à une défaite des Israélites. Voyez encore Nomb. XIV, 45. Deut. I, 41 . Jos. XIX, 4. — Mais il y a plus. Si les Israélites avaient dès lors réussi a défaire et à exterminer les Cananéens du sud, on ne voit pas pourquoi ils n'auraient pas immédiatement continué leur marche dans cette direction, au lieu d'aller faire le grand détour de la mer morte. — On ne sait pas ce que c'est que la route des A(arîm. On a proposé de traduire le chemin des espions [tarîm), en rapportant le nom à ce qui est raconté au chap. XIII.

* Il faudra songer ici au golfe oriental (sinus lelaniticus] de la mer rouge, et supposer qu'il s'agit d'un trajet le long du pays des Édomites, d'abord sur sa frontière occidentale dans la direction du sud, puis sur la frontière orientale, dans la direction du nord, de manière qu'on finit par se trouver à Test de la mer morte (v. 10 suiv.]. Il faut convenir que cette partie du voyage est racontée on ne peut plus brièvement, et à vrai dire, on n'apprend pas du tout comment les Israélites se trouvent tout à coup (chap. XXI, 13; XXII, 1) au nord du pays des Moabites, conmie s'ils avaient eu à traverser une contrée sans habitants.

^ Traduction libre. Le mot hébreu ^ara/* signifie simplement serpent (voy. Es. VI} et tient peut-être étymologiquement à la même racine que le terme latin. Autrement Sarafen hébreu signifie brûler y ce qui pourrait être rapporté ici à l'effet de la morsure. Nous serions enclin à penser que le texte n'avait primitivement que le seul mot: teraftm, et que le mot plus usité nehas'tm n'est qu'une glose explicative ajoutée après coup.

3 De tout temps les théologiens ont disserté sur ce serpent conservateur. On connaît nnterprétation chrétienne (Jean III, 14). Déjà antérieurement il en est question dans le livre de la Sapience XVI, "7. Le récit mosaïque s'explique le plus facilement par ce qui est raconté au 2* livre des Rois XVIII, 4, où Ton voit qu'à Jérusalem, encore au 8* siècle avant J.-C, Dieu était adoré sous le symbole du serpent. — Chez les païens, le serpent était le symbole de la santé et du rajeunissement et servait d'attribut au dieu Esculape .

*® Ensuite les Israélites partirent et campèrent à Obot. Et de là ils partirent et campèrent à Iyè-*Abarîm, dans le désert qui est à Torient de Moab. De là ils partirent et campèrent dans le ravin de Zerd. De là ils partirent et campèrent au-delà de TAmôn qui est dans le désert en sortant du territoire des Émorites*. Car rAmôn forme la frontière de Moab, entre Moab et les Émorites. C'est pour cela qu'il est dit dans le livre des guerres de laheweh * :

Waheb dans l'ouragan,

Et les ravins, TAmôn,

Et les pentes des vallées

Qui aboutissent aux demeures de *Ar,

Et confinent à la frontière de Moab*.

** De là à Beër. C'est ce même Beër au sujet duquel l'Étemel dit à Moïse : Assemble le peuple, que je leur donne de l'eau *. C'est à cette occasion qu'Israël cbanta la cbanson suivante :

Monte, fontaine I Chantez-la I Fontaine creusée par les chefs,

1 Les différents endroits nommés ici ne sont plus connus aujourd'hui. Nous vojoaa seulement par la mention de l'AmÔn [Wadi Modjeh) que nous nous trouvons déjà bien au delà de la frontière septentrionale du pays des Édomites. Cette rivière, qui se jette dans la mer morte, formait alors la limite entre les Moabiles [au sud) et les Émorites, tribu cananéenno [au nordj. Les Israélites se trouvent sur le cours supérieur de la rivière, sur le plateau qui borde le grand désert.

2 Ce livre des «Guerres de laheweh» n'est cité que dans ce seul endroit. S'il est permis de supposer que les quelques vers qui suivent ne sont pas les seuls que l'auteur en ait extrait, mais que les deux autres fragments poétiques qui vont suivre en sont tirés également, on arrive à l'idée que ce doit avoir été un recueil de poésies anciennes, comme celui qui était intitulé «Livre du las'ar», (2 Sam I , 17. Jos. X, 12), une Anthologie.

3 Ces vers sont évidemment un fragment arraché à son contexte, et cité uniquement pour constater que la rivière Arnôn formait alors la frontière entre le territoire des Moabites et celui des Ëmorites. Il est difficile de rétablir lo sens de la phrase qui ne contient que dos accusatifs. On peut supposer qu'il man ju ' un verbe qui régissait ces accusatifs (conquérir?) et que le poëme chantait des exploits guerriers dont cette contrée avait été le théâtre. Waheb, mot iuconnu, est pris ici pour un nom propre. Au lieu de l'ouragan (Nah. I. 3), d'autres mettent: en Soufah, pris pour un autre nom propre. '.Vr était la capitale des Moabites.

^ HeiT signifie : puits. C'est le nom de beaucoup de localités du pays. Les vers qui vont être cités excluent l'idée d'un miracle et ne permettent pas de rapprocher ce détail du récit qu'on a lu naguère.

Déterrée par les nobles du peuple, Avec le sceptre, Avec leurs bâtons * !

"Puis du désert à Matjanah, et de Ma^tanab à Na^^aliêl, et de Nal^aliêl à Bamo^, et de Bamo^ à la vallée qui est dans la campagne de Moab, vers les hauteurs du Pisgah, regardant du côté du désert '.

** Les Israélites envoyèrent un message à Sillon, le roi des Émorites, pour lui dire : Laisse-nous traverser ton pays ; nous n'entrerons ni dans les champs ni dans les vergers, nous ne boirons pas l'eau des puits, nous suivrons le chemin public, jusqu'à ce que nous ayons traversé ton territoire. Mais Sîbôn ne permit point aux Israélites de passer par son territoire ; il rassembla toute sa troupe et marcha à la rencontre des Israélites vers le désert, et arrivé à lahaç, il attaqua les Israélites. Mais les Israélites le battirent et le massacrèrent, et s'emparèrent de son pays depuis l'Arnôn jusqu'au labboq ', jusqu'aux 'Ammonites, car la frontière des 'Ammonites était trop forte. Et les Israélites prirent toutes les bourgades des Émorites et s'y établirent, à Hes'bôn et dans toutes ses dépendances. Car Hes'bôn était la ville de Sihôn, du roi des Émorites, lequel avait fait la guerre au précédent roi des Moabites et lui avait enlevé tout son territoire jusqu'à l'Arnôn*. "C'est pour cela que les poètes disent*:

1 La découverte d'une source au désert était une affaire importante^ et la possession d'un pareil trésor était gardée avec jalousie et défendue avec énergie dans l'occasion. Il n'y a donc pas à s'étonner qu'elle ait pu être un sujet de poésie et de réjouissance. Les dernières lignes se joignent, non à l'acte du creusement, mais à la notion des chefs.

2 Tous ces endroits sont inconnus. On comprend seulement que l'auteur détermine la route suivie par les Israélites de manière à leur faire contourner le territoire des Moabites, pour les faire déboucher finalement par l'est, dans la plaine du Jourdain.

3 Le labboq (Wadi Zerka) est l'un des principaux afQuents du Jourdain^ venan^ également de l'est, et ayant son embouchure à peu près à égale distance des deux lacs de Génésaret et Asphaltite. Le pays de Canaan était borné à l'est par le Jourdain^ et c'est ce pays seul qui était la terre promise. Mais comme les Cananéens (Émorites) avaient conquis précédemment sur les Ammonites une partie du territoire à l'est du Jourdain, les Israélites les y remplacèrent à leur tour comme ayant reçu la mission d'exterminer les Cananéens (c'est là la théorie des auteurs hébreux. Juges XI, 12 s.). Notre texte ajoute que le conquérant Sibôn n'avait pas pu s'emparer de tout le pays des 'Ammonites, leur frontière (actuelle) étant trop forte /^ovr lui.

4 Bien entendu^ au nord de cette rivière^ le territoire moabite s 'étant étendu autrefois au-delà. Aussi bien cette partie du pays continuait-elle à s'appeler les plaines de Moab (chap. XXII, 1).

^ D'après ce qui suit, ces poètes doivent avoir été des Émorites, ou du moins les paroles sont mises dans la bouche de ce peuple qui fait la conquête du pays sur les

Venez à Çes'bôn :

Que la ville de Sîhôn soit restaurée et fortifiée! Car le feu sortit de Çes'bôn, La flamme de la cité de Sîbôn, Elle dévorera 'Ar de Moab, Les maîtres des hauteurs de TArnôn.

Malheur à toi, Moab I Tu es perdu, peuple de Kemos' ! Il laisse fuir ses fils, Et ses filles captives Du roi des Émorites, Sifeôn.

Nous les perçâmes de flèches.

Çes'bôn est ruiné, jusqu'à Dîbôn :

Nous les avons dévastés jusqu'à Nofafe, Le feu s'est étendu à Mèdebâ *.

'*Les Israélites s'établirent donc sur le territoire des Émorites. Puis Moïse envoya reconnaître la'ezer, dont on prit les dépendances, et l'on expulsa les Émorites qui s'y trouvaient. Puis ils se détournèrent et remontèrent le pays dans la direction du Bas'an*, et *0g, le roi du Bas'an, marcha à leur rencontre avec toute sa troupe pour leur livrer bataille à Édre'ï. Mais l'Étemel dit à Moïse: N'aie pas peur de lui, car je te le livre, lui et toute sa troupe et son pays, et tu

Moabites. D'autres pensent que ce sont les Israélites qui parlent et qui raillent les Moabites, en les invitant à venir reconquérir sur Israël ce que les Emorites leur avaient enlevé autrefois. Comme en tout cas nous n'avons ici qu'un fragment, il est difficile de décider. — Kemos' est le nom de la divinité des Moabites qui n'a pas pu sauver son peuple. Dans la dernière ligne, le feu est pris dans une variante inscrite en marge du texte. — *Ar de Moab signifie Moab ville.

^ Tous les endroits nommés ici étaient situés au nord de l'Arnôn, et avaient été occupés par les Moabites, que les Emorites en avaient expulsés. Ces derniers, à leur tour, sont maintenant vaincus et cbassés par les Israélites. Hés'bôn a été ruiné dans cette guerre, elle doit être restaurée pour que le conquérant Sib^n en fasse sa résidence. Comme les Israélites no sont pas, en ce moment, en guerre avec les Moabites, il nous semble impossible do mettre ces paroles dans leur boucbe. Il y a seulement à dire que, s'il fallait considérer ce fragment comme tiré du Livre des Guerres de laheweh, l'autre explication serait sans doute préférable, mais alors le texte se rapporterait à une guerre plus récente des Israélites contre les Moabites,

2 Le Bas'an (du temps des Macédoniens et des Romains Batanaea) est la contrée alpestre à l'est du lac de Génésaret. Elle comprend les étages inférieurs de l'Antilibao qui finissent par former le plateau bordant la vallée du Jourdain , parallèlement au plateau de Canaan.

en agiras avec lui comme tu en as agi avec Si^ôn, le roi des Émoriles, qui demeurait à Çes'bôn. Et ils le battirent, lui et ses (ils et toute sa troupe, jusqu'à ce qu'il n'en restât plus, et ils s'emparèrent de son territoire.

* Et les Israélites partirent et campèrent dans les plaines de Moab au-delà* du Jourdain du côté de leréfeo.

' Lorsque Balaq, le fils de Çippôr, vit tout ce que les Israélites avaient fait aux Émorites, les Moabites conçurent une grande peur de ce peuple si nombreux, et furent intimidés en face des Israélites. Les Moabites dirent aux sheïkhs des Midyanites' : Maintenant cette masse de gens va dévorer tout ce qui est à l'entour, comme le bétail broute la verdure de la campagne. Et Balaq, fils de Çippôr, qui à cette époque était roi des Moabites, envoya un message à Bile'am fils de Be*ôr, à Petôr sur l'Euphrate, dans le pays de ses compatriotes ', pour l'appeler auprès de lui, en lui faisant dire : Voilà qu'il est venu un peuple de l'Egypte, qui couvre toute la surface du pays et qui s'est établi en face de moi. Maintenant viens et maudismoi ce peuple ♦, car il est plus fort que moi : peut-être vaincrai-je, et le battrons-nous, et le chasserai -je du pays ; car je sais que celui que tu bénis est béni, et celui que tu maudis est maudit. ''Les sheïkhs des Moabites et des Midyanites partirent en emportant le salaire du devin*, et quand ils furent arrivés auprès de Bile'am, ils lui rapportèrent les paroles de Balaq. Et il leur dit : Passez la nuit ® ici et je vous répondrai d'après ce que laheweh me dira. Et les chefs Moabites restèrent chez Bileam. Or, Dieu vint vers Bile'am et lui dit : Qui sont ces gens que tu as chez toi ? Et Bile'am dit à Dieu : Balaq fils de Çippôr, le roi des Moabites, m'a mandé ceci : Le peuple qui est sorti d'Egypte, le voilà qui couvre toute la surface du

I Sur ce terme, voyez Tlntrod., p. I3l suiv.

^ Ces Midyanites sont à considérer comme les voisins des Moabites du côté de l'orient, et en tout cas à distinguer de ceux que nous avons trouvés dans les environs du Sina!, et dont les sheïkhs^ père et fils^ étaient alliés de Moïse (Ex. II suiv. ; XVIII]. Il s'agit d'une alliance entre les deux peuplades contre les Israélites.

3 II était donc Araméen.

^ Le roi moabite, avant d'attaquer les Israélites, veut s'assurer la victoire, en appelant à son aide un fameux devin dont les paroles, accompagnées de rites religieux, étaient censées avoir un effet magique.

^ Comp. 1 Sam. IX, 7. 1 Rois XIII, 7; XIV, 3, etc. La mention du salaire ne prouve pas le moins du monde que l'auteur veut représenter Bile*am comme un faux prophète. Au contraire, il fait de lui un serviteur de Jéhova (v. 8, 18, etc.).

^ Probablement cela doit signifier que Bile*am attendait one révélation par la voie d'un songe. On remarquera la naïveté du récit qui suit, et qu'on aurait tort de décolorer par une interprétation psychologique, c'est-à-dire rationaliste.

pays : or, va me le maudire ; peut-être alors serai-je à même de le chasser. Alors Dieu dit à Bile'am : Ne va pas avec eux, ne maudis pas ce peuple, car il est béni.

" Le lendemain^ Bile am s'étant levé, dit aux chefs de Balaq : Retournez dans votre pays, car laheweh ne veut pas me permettre d'aller avec vous. Alors les chefis Moabites se mirent en route et retournèrent auprès de Balaq et lui dirent: Bile*am a refusé d'aller avec nous. Alors Balaq envoya encore des chefs plus nombreux et plus nobles que ceux-là, et quand ils arrivèrent auprès de Bile'am ils lui dirent : Voici ce que dit Balaq ûls de Çippôr : Ne te laisse pas dissuader de venir chez moi ! Je te comblerai d'honneurs et je ferai tout ce que tu me demanderas ; mais viens et maudis-moi œ peuple ! ** Mais Bile*am répondit aux gens de Balaq : Quand Balaq me donnerait sa maison pleine d'or et d'argent, je ne pourrais désobéir aux ordres de laheweh, mon dieu, pour faire quoi que ce soit. Cependant vous aussi, restez ici cette nuit, pour que j'apprenne ce que laheweh aura encore à me dire*. Et Dieu vint à Bile*am pendant la nuit et lui dit : Si ces hommes sont venus t'appeler, mets-toi en route et va avec eux ; seulement tu feras ce que je le dirai. Le lendemain, Bile*am s'étant levé, sangla son ânesse et partit avec les chefs Moabites.

"Et Dieu fut irrité de ce qu'il y allait*, et laheweh se manifesta' en se plaçant dans son chemin, pour s'opposer à lui comme

1 La noavelle demande de Balaq motive une nonvelle consultation du prophète. Cette fois-ci il reçoit la permission de partir, mais à la condition de ne dire que c« qui loi sera inspiré. On voit le but du récit. Il doit aboutir à une bénédiction d'Israël, à de brillantes promesses pour lavenir ; mais il y a gradation dans les scènes qui en forme£t le cadre. D'abord défense absolue de partir dans le but de maudire ; ensuite permission de partir, mais sous la réserve indiquée. C'est à tort qu'on insinue que l'appât du gain a fait changer Bile*am de résolution. La pointe du récit est exclusivement à chercher dans l'intention de Dieu de glorifier Israël ; Bile'am est son instrument.

2 Après ce qui précède, cette assertion doit paraître assez singulière, et l'on pourrait être amené à croire que nous avons, dan 3 ce qui suit, une autre version de la légende. Ce serait sans doute l'explication la plus simple de l'apparente contradiction, et cela d'autant plus que celte scène aboutit (v. 35) à la même injonction que l'autre ,\. 20 Cependant on peut à la rigueur se tirer d'affaire, en disant que le rédacteur a voulu exprimer de nouveau, et plus solennellement encore, l'idée que les machinations de l'ennemi devaient aboutir à la gloire d'Israèl. Un changement dans les dispositions de Dieu n'est pas sans exemple dans les récits bibliques. Plusieurs auteurs sont d'avis que Bile*am, au fond, s'était mis en route, non pour obéir à Dieu, mais pour gagner de l'argent, et que c*e>t là ce qui irrita Dieu. Le texte, v. 18, dit le contraire.

3 Nous ne répéterons pas pour la dixième fois ce qui a été dit dans maint endroit déjà : le inaleak n'est pas un ange^ mais Dieu lui-même se manifestant. Aussi bien les deux noms alternent-ils ici comme ailleurs, et Bile*am ne manque pas d'adorer ie maleak.

il était monté sur son ànesse, accompagné de ses deux serviteurs. Or, Tànesse voyant la présence de laheweh, qui était placé dans le chemin tenant son épée nue à la main, s'écarta du chemin et alla dans les champs , et Bile'am frappa Tânesse pour la faire rentrer dans le chemin. Alors laheweh se manifesta en se plaçant dans un chemin creux des vignes, où il y avait un mur de chaque côté. Et l'ànesse voyant la présence de laheweh, se serra contre le mur et y froissa la jamhe de Bile*am, qui la frappa de nouveau. Puis laheweh se manifesta encore plus loin et l'arrêta à une place étroite, où il n'y avait pas moyen de s'écarter ni à droite ni à gauche. Et l'ànesse, voyant la présence de laheweh, se coucha à terre sous Bile'am, et celui-ci se mit en colère et frappa l'ànesse avec son bâton. *' Alors laheweh ouvrit la bouche de l'ànesse *, et elle dit à Bile'am : Que t'ai-je fait pour que tu m'aies battue déjà trois fois? Et Bile'am dit à l'ànesse : Parce que tu as été méchante envers moi ; si j'avais une épée, c'est que je te tuerais sur le champ. Alors l'ànesse dit à Bile'am : Mais je suis pourtant ton ànesse que tu as montée de tout temps jusqu'à ce jour : ai-je l'habitude d'en agir ainsi à ton égard ? Et il dit : Non ! Alors laheweh dessilla les yeux de Bile'am, et il aperçut la présence de laheweh, lequel se tenait dans le chemin l'épée nue à la main, et il s'inclina et se jeta la face contre terre. Et laheweh lui dit : Pourquoi as-tu frappé ton ànesse déjà trois fois ? Vois-tu, moi je suis venu m'opposer à toi, parce que ce chemin te conduit à ta perte, à mes yeux. Et l'ànesse me vit et s'écarta de moi déjà trois fois : si elle ne s'était pas écartée devant moi, c'est que maintenant je t'aurais tué, toi, en lui laissant la vie à elle. '♦ Alors Bile'am dit à laheweh qui se manifestait à lui : J'ai eu tort ; c'est que j'ignorais que tu t'étais placé dans le chemin en face de moi. Maintenant si cela te déplaît*, je m'en retournerai. Et l'apparition dit à Bile'am : Va toujours avec ces gens ; mais tu ne diras que ce que je te dirai. Et Bile'am s'en alla avec les chefs de

I L'orthodoxie moderne qui, à l'égard des miracles, se plaît à marcher sur les brisées du rationalisme vulgaire, fait rêver à Bile*am que son ftnesse parlait. Il nous suffit de savoir que les auteurs hébreux ne marchandent pas les miracles et que l'antiquité mentionne plus d'une fois des bêtes parlantes, non seulement dans Homère (Iliade XIX, 404], mais souvent dans Pline, Tite-Live et ailleurs, ainsi que dans la Bible même (Gen. III, 1). La légende ne laisse pas d'être très-spirituelle : la brute même est mieux inspirée que le devin. On ne négligera pas la circonstance que la scène se répète jusqu'à trois fois par une espèce de gradation. La naïveté du récit se montre aussi dans la conversation prolongée du prophète et de sa monture, et dans la circonstance que dans tout cela il n'est plus question ni des deux serviteurs, ni des chefs Moabites, qui pourtant devaient être présents.

^ Il est évident que ce mot ne pouvait s'adresser qu'a Dieu même.

Balaq. Lorsque Balaq apprit que Bile'am arrivait, il alla au -devant de lui vers la ville* de Moab, qui est sur TArnôn à l'extrême frontière. Et Balaq dit à Bile'am : J'ai envoyé vers toi pour te quérir ; pourquoi n'es-tu pas venu? n'aurais-je donc pas pu t'honorer? Bile'am répondit à Balaq: Me voilà bien arrivé chez toi; mais puis-je donc dire quoi que ce soit? Je ne puis dire que ce que Dieu met dans ma bouche. Puis Bile'am alla avec Balaq et ils vinrent à Qiryat-Houçot ; là Balaq fit immoler du gros et du menu bétail et l'envoya à Bile'am et aux chefs qui étaient avec lui. Et le lendemain, Balaq prit Bile am avec lui et le lit monter à BamcJ- Ba'al, d'où il pouvait apercevoir la partie la plus rapprochée du peuple *.

•Alors Bile'am dit à Balaq : Construis-moi ici sept autels et prépare-moi ici sept taureaux et sept béliers. Et Balaq fit ce que Bile'am avait dit, et Balaq et Bile'am sacrifièrent sur chaque autel un taureau et un bélier. Puis Bile'am dit à Balaq : Reste auprès des victimes, tandis que je m'en irai, peut-être laheweh viendra-t-il au-devant de moi; alors je te rapporterai ce qu'il m'aura révélé. El il alla à un endroit déboisé', et Dieu vint au-devant de lui. El il lui dit : J'ai arrangé les sept autels et j'ai sacrifié sur chaque autel un taureau et un bélier. Alors laheweh mit une parole dans la bouche de Bile'am et dit : Retourne vers Balaq et parle ainsi ! Et il retourna vers lui et le trouva placé auprès des victimes avec tous les chefs Moabites. ' Et il proclama son oracle en ces termes :

D'Aram Balaq m'a mandé,

Le roi de Moab, des montagnes de l'orient : Allons ! maudis-moi Jacob !

Allons ! menace Israël !

Comment maudirais-je ce que Dieu ne maudit pas?

Comment menacerais-je ce que laheweh ne menace pas? Quand je le vois du sommet des rochers.

Que je le contemple du haut des collines,

1 On pourrait peut-être traduire : jusqu'à une ville (un endroit) sur la frontière de son pays, pour le recevoir dignement.

*^ Bile'am est conduit sur une hauteur d'où l'on découvrait les dernières tentes du camp des Israélites. C'est de là qu'il devait prononcer sa malédiction. (Le texte dit à U lettre : l'extrémité du peuple.)

^ Cette circonstance peut faire penser que Bile'am voulait reconnaître la volonté de Dieu par un phénomène dans l'atmosphère, comme les augures observaient le vol dfs oiseaux. La phrase qui précède n'exclut pas cette combinaison. Voyez la note sur cbap. XXIV. 1 .

NOMBRES XXIU, 9-17. 239

Voyez, c'est un peuple qui demeure à part, Et ne se compte pas parmi les nations * .

Qui a compté la poussière de Jacob, Ou calculé le quart d'IsraëP?

Puissé-je mourir de la mort des justes ', Et que ma destinée soit pareille à la leur!

"Alors Balaq dit à Bile'am : Qu'est-ce que tu fais donc? C'est pour maudire mes ennemis que je t'ai mandé, et voilà que tu les bénis ! Et il répondit : Je n'ai garde de dire autre chose que ce que laheweh met dans ma bouche. Alors Balaq lui dit : Viens avec moi à un autre endroit d'où tu les pourras voir; tu n'en vois que l'extrémité, tu n'en vois pas la totalité ♦, et de là tu me les maudiras. Et il l'emmena au plateau des sentinelles *, au sommet du Pisgah, et il construisit sept autels et sacrifia un taureau ef un bélier sur chaque autel. Puis il dit à Balaq : Reste ici auprès des victimes, tandis que moi j'aurai une rencontre •. Et laheweh vint au-devant de Bile'am et mit une parole dans sa bouche, et lui dit : Retourne auprès de Balaq et parle ainsi. Et il retourna vers lui et le trouva placé auprès des victimes, avec les chefs Moabites. Et Balaq lui dit :

1 La première ligne de ce distique pourrait^ à la rigueur^ 6tre prise dans un sens matériel, pour dire qu'Israël ne se mêle pas aux autres peuples ; mais la seconde fait Toir que l'auteur a voulu revendiquer pour sa nation une place privilégiée ; c'est le point de vue théocratique qui s'accuse ici.

^ Le texte reçu doit dire : et le nombre du quart d'Israël. Mais la sjntaxe n'y trouve pas son compte. On propose de remplacer le nombre {mispar) par : qui a calculé {mi sapar) ; il n'y aurait qu'une lettre à intercaler. Mais le parallélisme ne sera parfait que si l'on se décide à changer le quart (roha*) en myriades (ribbot). La mention du quart (de l'un des quatre camps du cbap. II) n'a rien à faire ici, et pourrait tout au plus exprimer l'idée que le total serait plus innombrable encore.

3 II y a peut-être dans le choix de ce terme (ies'arîm) une allusion à un certain nom poétique donné aux Israélites dans d'autres pièces du temps {ies'ouroûn, Deut. XXXII, 15: XXXIII, 5).

^ Le sens a paru discutable. L'auteur aura voulu dire : Balaq conduisit le prophète à un endroit d'où il pouvait voir le camp entier^ croyant que cet aspect lui ferait comprendre la grandeur du péril. D'autres, au contraire, traduisent : Tu n'en verras qu'une partie et non le tout ; et ils supposent que Balaq croyait que Bile'am, ayant vu la totalité, n'a pas osé maudire, mais qu'il maudirait quand il ne verrait qu'une partie. Mais après avoir vu le tout, comment plus tard pouvait-il se faire illusion sur le nombre? D'ailleurs le passage chap. XXII, 41 décide la question.

^ Il s'agit d'un endroit d'où Ton avait une vaste vue sur la plaine du Jourdain. De pareilles localités doivent être nombreuses dans cette contrée (v. 28. Deut. XXXIV, 1).

6 Voyez chap. XXIV, 1 . D'après ce dernier passage, on doit songer à ce que Bile*am voulait aller à la rencontre des signes (augures de l'avenir).

240 NOMBRES XXIIl, 18-26.

Qu'est-ce que laheweh a dit ? " Et il proclama son oracle en ces termes :

Hé bien! Balaq, écoute!

Prête-moi Foreille, fils de Çippôr!

Dieu n'est pas un homme, pour mentir,

Ni un mortel, pour se repentir.

Aurait-il parlé, pour ne pas agir?

Aurait-il promis, pour ne pas accomplir? Voyez! c'est une bénédiction que j'ai reçue*,

S'il a béni, moi je n'en rétracterai rien. Il n'aperçoit pas de mal en Jacob,

Il ne voit point de misère ' en Israël : laheweh, son dieu, est avec lui;

Il l'acclame comme son roi '.

C'est Dieu qui les fait sortir d'Egypte;

Ils * s'élancent haletants comme le buflle. Car il n'y a point d'augure en Jacob,

Point de divination en Israël :

En son temps il est dit à Jacob,

A Israël, quelle est l'œuvre de Dieu*.

Voyez ce peuple! comme la lionne il se lève;

Comme le lion il se redresse; Il ne se repose qu'il n'ait dévoré sa proie

Et bu le sang de ses victimes.

*^ Alors Balaq dit à Bile'am : Tu ne les maudiras ni ne les l>éniras'î Bile*am reprit et dit à Balaq : Je te l'avais bien dit : Je ferai ce que

1 Qu'il m'a été enjoint de prononcer.

2 Conséquence du mal (du péché).

3 Litt. : il y a en lui acclamation de roi^ c'est-à-dire qu'Israël protégé par son Dieu, qui est son vrai roi (Ex. XV, 18. Deul. XXXIII, 5), pourra se livrer à la joie comme c'est l'usage l jrs d'une fête célébrée pour l'avènement d'uu roi.

^ Les Israélites dans leur marche victorieuse. Le pronom est au singulier dans l'original, mais pour qu'il n'y ait point d'équivoque, nous mettons le pluriel (chap. XXIV, 8) ; il nous répugne de voir Jéhova s'élancer comme un buHle, bien que maintes fois ailleurs il soit comparé ù un lion, ou à un aigle. — Pour l'animal en question, voyez la note sur Job XXXIX, 9 suiv.

^ Le sens est: Comme Jéhova est toujours au milieu de son peuple, celui-ci n'a pas besoin des artifices de la divination vulgaire ; toutes les fois qu'il eu est besoin, Dieu lui fait connaître son œuvre, c'est-à-dire ses desseins et sa volonté. Cette interprétation s'accorde parfaitement avec le texte et il n'est pas nécessaire d'y voir une prophétie: • il sera dit,i etc.

^ Cela revient à dire : Si tu ne veux pas les maudire, du moins ne les bénis pas!

NOMBRES XXIII, 27-30. XXIV, i-6. 241

laheweh me dira. Cependant Balaq dit à Bile'am : £h bien, va, je t'emmènerai à un autre endroit; peut-être plaira-t-il à Dieu que tu me les maudisses de là. Et Balaq emmena Bile'am sur le sommet du Pe'ôr, qui domine le désert. Et Bile'am dit à Balaq : Construismoi ici sept autels, et prépare- moi ici sept taureaux et sept béliers. Balaq fît ce que Bile'am avait commandé, et sacrifia sur chaque autel un taureau et un bélier.

* Comme Bile'am voyait qu'il plaisait à laheweh de bénir Israël, il n'alla pas, comme les autres fois, prendre les augures*; il tourna sa face vers le désert, et ayant levé les yeux, il vit les Israélites campés par tribus. Alors l'esprit de Dieu vint sur lui et il proclama son oracle en ces termes :

Oracle de Bile'am fils de Be'or,

Oracle de l'homme aux yeux fermés.

Oracle de celui qui entend les paroles de Dieu,

[Et qui connaît la pensée du Très-haut,] Qui voit les visions du Tout- puissant.

Qui se prosterne, quand ses yeux s'ouvrent ^ : Que tes tentes sont belles, ô Jacob'!

Tes demeures, ô Israël! Elles s'étendent comme des vallons.

Comme des jardins sur le bord de la rivière. Comme des aloès plantés par laheweh,

Comme des cèdres sur le bord de l'eau.

1 Traduction libre ; le texte se sert d'un terme qui pourrait se rendre par : sorcelleries. La phrase : comme les autres fois, fait voir qu'il faut entendre de la môme manière ce qui est dit plus haut (chap. XXIII, 3« 15) d'une rencontre avec Dieu.

^ Cet exorde est destiné à donner du relief à la prédiction suivante. Bile'am y est explicitement caractérisé comme un vrai prophète par une série de phrases synonymes. Il n'y a de controversé que le sens de la seconde ligne, où nous avons mis des yeux ftrmétf et non des yeux ouverti, comme on traduit généralement. Le verbe ne se rencontre pas ailleurs dans la même forme, et l'on n'y voit qu'un double emploi avec la 6* ligne. Nous croyons plutôt que les deux distiques forment une antithèse. Bile'am a naturellement les yeux fermés, c'est Dieu qui les lui ouvre, c'est-à-dire qui lui fait des révélations, et alors il se prosterne plein de respect et de reconnaissance. Nous avons inséré (entre crochets^ une ligne qui nous paraît avoir été oubliée par un copiste ; elle est nécessaire pour rétablir la régularité de la versification et s'est conservée dans le passage parallèle, v. 16.

^ L'oracle se rattache pour la forme à l'aspect du camp que Bile'am a devant lui. Mais au fond il se rapporte ù Ta venir, à l'établissement d'IsraCl dans la terre promise.

A. T. 3« part. — II. 16

L'eau ruisselle de ses seaux,

Et ses semailles sont bien arrosées * ; Son roi s'élève au-dessus d'Agag,

Et sa royauté sera puissante*.

C'est Dieu qui le fait sortir d'Egypte ',

Il s'élance haletant comme le buffle; Il dévore les peuples, ses ennemis;

Il ronge leurs os, et les écrase avec ses flèches. Puis il se couche et se repose comme le lion ;

Comme la lionne — qui oserait le troubler? Béni soit qui te bénit,

Qui te maudit, soit maudit!

*°Balaq se mit en colère contre Bile'am et lui dit en frappant des mains : C'est pour maudire mes ennemis que je t'ai mandé, et voilà trois fois que tu ne fais que les bénir! Hâte-toi de retourner chez toi ! Je m'étais proposé de t'honorer : vois-tu, c'est laheweh qui te refuse cet honneur. Alors Bile'am répondit à Balaq : Mais déjà aui messagers que tu as envoyés vers moi j'ai dit en propres termes : Quand Balaq me donnerait sa maison pleine d'or et d'argent, je ne pourrais désobéir aux ordres de laheweh pour faire quoi que ce soit à mon gré; mais ce que laheweh me dira, je le dirai! Or, vois-tu, je retourne chez moi ; mais va, je veux t'avertir de ce que ce peuple fera à ttm peuple dans la suite des temps *. *' Et il proclama son oracle en ces termes :

Oracle de Bile*am fils de Be'or,

Oracle de l'homme aux yeux fermés ; Oracle de celui qui entend les paroles de Dieu

Et qui connaît la pensée du Très-haut;

^ Cette traduction est la plus simple et la plus naturelle ; on sait le prix qui s'attache en Orient ù l'abondance des eaux. Cependant nous ne nions pas que la setnence pourrait 6tre employée ici, comme souvent ailleurs, pour la race, de sorte qu'il serait qui"*tion de l'accroissement de la population. Mais alors il faut être conséquent et interpréter aussi les eaux et les seaux dans le même sens. Tout considéré, cette dernière interprétation semble être recommandée par ce qui précède.

2 A partir d'ici la prophétie devient plus précise. Le roi qui s'élève au-dessus d'Agtg (1 Sam. XV) n'est autre que SaUl.

3 Chap. XXIII, 22.

^ La prophétie va porter maintenant sur des événements plus éloignés encore que ceux auxquels il vient d'être fait allusion, et elle passe des généralités aux détails de l'avenir; plus particulièrement elle répond à la boutade du roi moabito par une menace contre sou peuple.

SI

Qui voit les visions du Tout-puissant,

Qui se prosterne quand ses yeux s'ouvrent. Je le vois, mais non présent.

Je l'aperçois, mais non prochain — Un astre surgit de Jacob,

Un sceptre s'élève d'Israël * :

H frappe Moab d'un bout à l'autre.

Et extermine la race guerrière*.

Édom devient son domaine,

Sé*ir, son ennemi, devient son domaine ' ; Israël sera victorieux; De Jacob doit venir le dominateur.

Il exterminera en tout lieu ce qui survit*.

Puis apercevant les 'Amaléqites, il prononça son oracle et dit :

*Amaleq est à la tète des peuples.

Mais son avenir est la ruine*.

Puis apercevant les Qénites, il prononça son oracle et dit:

Ta demeure est assurée.

Ton aire placée sur le rocher;

^ De tout temps l'exégèse, des Juifs et des chrétiens, a vu ici une prédiction messianique. Si cela était, il faudrait avouer que le prophète assignerait au Messie un rôle comparativement bien modeste, et surtout peu évaugélique. Mais il ne s'agit pas de cela. Le texte a en vue le roi David, le fondateur de la monarchie Israélite, et ses victoires sur tous les peuples voisins.

8 Et non les enfants de Seth, ce qui serait une singulière promesse pour les Israélites, lesquels, d'après la Genèse, sont tout aussi bien des enfants de Seth que tous les autres mortels, la race de Caîn ayant péri dans le déluge. Le mot hébreu S^et, qui ne se trouve qu'en ce seul endroit (et avec une variante d'orthographe, Lament. III, 47), est très-bien expliqué dans le livre de Jérémie (chap. XL VIII, 45] par un équivalent plus usité, qui signifie : tumulte, bruit de guerre, dévastation. Les enfants du tumulte sont les guerriers qui font le tumulte, comme les enfants de la désobéissance sont ceux qui désobéissent. Le môme passage du prophète nous autoriserait au besoin à remplacer le mot inconnu ^rçr, qu'on traduit à tout hasard par exterminer, par celui de çàgd^ qui signifie (le sommet dej la tête.

8 Édom est le nom du peuple, Sé'ir celui du pays qu'il occupe.

^ La soumission des Edomites à main armée a dû être accomplie à plusieurs reprises, soit par les rois Isaldes (2 Rois XIV), soit encore par le prince Hasmonéen Jean Hyrcan, ce peuple ayant toujours réussi à secouer son joug après une courte servitude. Ici cependant nous n'avons pas besoin d'aller au-delà de l'époque de David (2 Sam. VIII), dont il a aussi été question dans les lignes précédentes.

5 i Chron. IV. 42.

Malgré cela, Qaïn doit être détruit Quand TAssyrien t'emmènera captif*.

*^Puis il prononça son oracle et dit :

Ah! qui vivra quand Dieu fera cela?

Des navires du côté de Kitt-îra —

Ils humilieront Ass'our, ils humilieront *Éber;

Lui aussi finira par être ruiné*.

**Et Bile'am se remit en route et retourna chez lui, et Balaq aussi s'en alla de son côté.

* Pendant que les Israélites demeuraient à S'ittîm ', le peuple commença à se hvrer à la débauche avec des filles moabites*, et

^ Cette strophe est obscare et difficile, non seulement au point de vue de la syntaxe qui permet des interprétations diverses, mais surtout en tant qu'il s'agit de la perspective historique. Les Qénites apparaissent toujours comme amis et alliés des Israélites. Du temps de Saûl, nous les trouvons môles aux *Amaléqites (i Sam. XV^ 5), mais antérieurement déjà ils sont établis (en partie du moins) au nord de la Palestine (Ju^ I, 16; IV, 11; V, 24). La demeure assurée sur les rochers ne cadre pas avec cette dernière notice, laquelle seule nous expliquerait la déportation par les Assyriens (2 Rois XV, 29).

^ Même observation générale. Kittim était primitivement le nom de nie de Chypre, mais plus d'une fois les auteurs Hébreux se servent de ce nom pour désigner l'Europe. Nous sommes persuadé que le texte veut dire que l'Asie ('Eber est le nom générique des peuples Sémites au-delà de l'Euphrate, Gen. X, 21) finira par Ctre soumise par l'Europe. Lui aussi ne peut pas se rapporter aux navires, mais à Ass'our (= *Eb«r). Ordinairement on voit ici une allusion à une victoire des Tyriens sur le roi assyrien Salmanassar. On en conclut que les oracles de Bile'am ont été ^composés au huitième siècle, du temps d'Ésaïo. — Nous hasarderons une autre conjecture, que nous soumettons* à Teppréciation des juges compétents. Nous avons des doutes relativement à l'authenticité des v. 20-24 ; ils se distinguent déjà par la forme des quatre proclama' tions solennelles qui précèdent et qui aboutissent à la glorieuse époque de David. Ce qui suit, nous semble Ôtre une série d'additions plus récentes. En tout cas, ceux qoi voient le Messie dans l'étoile de Jacob seront très-embarrassés d'expliquer ces versets, dont le contenu vise un état de choses bien antérieur à Tépoque messianique.

«^ S'ittîm, ou plus complètement Abel s'ittîm (oasis des acacias), doit être cherché dans les plaines de Moab (chap. XXII, 1). C'était la dernière station avant le passage du Jourdain (Jos. II, 1).

"^ Il y a dans ce chapitre deux versions d'un même fait, toutes les deux tronquées. Chap. V, 1 -5 il est question de relations des Israélites avec des filles moahites, ce qui donna lieu à des orgies païennes. Sur l'ordre de Dieu, les che/s égorgent les coupables; le texte mentionne encore l'ordre, mais non l'exécution, A partir du v. 6, il est queitJM de relations semblables avec les Midganites (comp. chap. XXXI). Mais le commence-

celles-ci invitèrent le peuple aux festins de leurs dieux, et le peuple y prit part et adora leurs dieux, et les Israélites s'attachèrent au Ba*al de Pe'or*. Alors TÉternel s'irrita contre les Israélites et dit à Moïse : Assemble tous les chefs du peuple, et fais attacher au gibet ^ ces gens en l'honneur de l'Éternel à la face du soleil, pour que sa colère se détourne d'Israël. Et Moïse dit aux juges d'Israël : Égorgez

chacun ses gens, qui se sont attachés au Ba'al de Pe'ôr

'Et voilà qu'un des Israélites vint amener la Midyanite'

auprès de ses frères, à la face de Moïse et de toute la communauté des Israélites pendant qu'ils étaient à pleurer à l'entrée du tabernacle. Voyant cela, Pine^as, le fils d'Éle'azar, du fils du prêtre Aharôn, se leva du milieu de la communauté, saisit une lance, entra après cet Israélite dans l'alcôve et les transperça tous les deux, l'Israélite et la femme, par le ventre. Alors le fléau cessa parmi les Israélites. Et le nombre de ceux qui périrent par ce fléau fut de vingt-quatre mille. *® Alors l'Éternel s'adressa à Moïse en ces termes : Fîne^as, le fils d'Éle'azar, du fils du prêtre Aharôn, a détourné mon courroux des Israélites en prenant fait et cause pour moi au milieu d'eux, pour que je ne les achevasse pas dans mon emportement. Par cette raison, déclare que je lui remets mon alliance de salut*. Ce sera pour lui et pour sa race après lui un pacte éternel quant au sacerdoce, parce qu'il a pris fait et cause pour son Dieu et accompli l'expiation pour les Israélites. Le nom de l'Israélite qui avait été tué avec la femme Midyanite, était Zimrî fils de Saloû; c'était un chef de clan des S'ime'onitcs ; et le nom de la femme Midyanite qui avait été tuée, était Kozbi fille de Cour, lequel était un chef de clan des Midyanites. Et l'Éternel dit à Moïse : Attaquez les Midyanites et massacrez-les; car ils vous ont aussi attaqués par leurs intrigues avec lesquelles ils vous ont circonvenus dans l'affaire de Pe'ôr et de Kozbi, la fille du chef Midyanite, leur sœur, qui fut tuée le jour du fléau survenu à cause de Pe'ôr.

ment du récit manque, car la suite fait voir qu'il doit avoir été dit auparavant que Dieu envoya une peste au camp des Israélites à cause de leur péché, et les Israélites, dans le morceau qui nous reste, en sont déjà au repentir, quand un acte de sévérité isolée accompli par un simple prêtre^ fait cesser le fléau. De plus, les Midyanites sont punis eax-roômes (v. 16), tandis qu'il n'est pas question d'une punition des Moabites.

1 Pe'or est un nom de lieu, et non celui d'un dieu particulier.

2 2 Sam. XXI, 6 suiv. Il s'agit d'une pendaison après le supplice.

3 On remarquera l'article, qui prouve que la narration ne peut pas avoir commencé ainsi. Il y aurait lieu de traduire : sa Midyanite.

•* Celte expression un peu recherchée doit désigner le droit d'hérédit^î et la succession perpétuelle des descendants de Pine^ias dans la souveraine sacrificature.

246 NOMBRES XXV, 19. XXVI, i-i8.

*» Après ce fléau * TÉternel • parla à Moïse et à Éle'azar fils du prêtre Aharôn, en ces termes : Faites le relevé ' de toute la communauté des enfants d'Israël, de vingt ans et au-dessus, d'après leurs familles, tout ce qui est apte au ser\'ice en Israël. Et Moïse et le prêtre Éle'azar leur parlèrent dans les plaines de Moab sur le Jourdain de leré^o, et dirent: De vingt ans et au-dessus, comme rÉtemel l'a ordonné à Moïse ' et aux Israélites à leur sortie d'Egypte.

* Reouben l'aîné d'Israël. Les fils de Reouben : Qanôk, le clan des Hanokites ; de Palloû le clan des Pallouites ; de ^Jeçrôn le clan des ^eçronites ; de Karmi le clan des Karmites. Voilà les clans des Reoubénites, et il en fut enregistré quarante-trois mille sept cent trente. Et les fils de Palloû, Éliab ; et les fils d'Éliab, Nemouél, Datan et Abîram. C'était ce Datan et Abîram qui avaient été députés de la communauté et qui avaient cbercbé querelle à Moïse et à Aharôn, avec la bande de Qora^, quand elle se souleva contre l'Éternel, lorsque la terre ouvrit sa bouche et les engloutit, eux et Qorab, et que la bande périt, le feu dévorant les deux cent cinquante hommes, dont il fut fait un exemple. Mais les fils de Qorati ne périrent point ♦.

" Les fils de S'ime'on d'après leurs clans : de Nemouël le clan des Nemouélites ; de lamîn le clan des lamînites ; de Iakîn le clan des Iakînites ; de Zéra^ le clan des Zar|^ites ; de S'aoul le clan des S'aouHtes. Voilà les clans des S'imeonites: vingt-deux mille deux cents '.

" Les fils de Gad d'après leurs clans: de Çefôn le clan des Çetônites ; de Çagg'î le clan des Hagg'ites ; de S'ounî le clan des S'ounites; d'Oznî^ le clan des Oznites; de *Érî le clan des *Érites; de Arôd le clan des Arôdites ; de Areëlî le clan des Areëlites. Voilà les clans des Gadites : quarante mille cinq cents enregistrés.

1 La coupe des chapitres dans le texte hébreu est ici on ne peut plus absurde.

2 Ce second relevé (comp. chap. II) est motivé par le fait de la mort de tous ceui qui avaient été enregistrés la première fois (chap. XIV, 29), et parce qu'il s'agissait maintenant de déterminer la part do chaque tribu au territoire à conquérir. Voyei cependant une remarque faite à la p. 256 de l'Introduction.

3 La mention de Moïse à la troisième personne peut paraître gênante, et la phrase semble incomplète. Cependant il est hors de propos de changer le texte pour ces raisons.

** Pour les clans des Reoubénites, voyez les listes de Gen. XL VI, 9. Ex. VI, 14. — L'histoire de Datan et consorts se lit au chap. XVI. — Sur les v. 9-11, voyez 1 Introduction, p. 263.

^ Dans les textes cités tout à l'heure, ainsi que dans la Chron. IV, 24, les clans des S'imeonites sont en partie autres.

<•» Variante, Gen. XLVI, 12.

" Les fils de Juda^ *Er et Onan, qui moururent au pays de Canaan ^ Les fils de Juda d'après leurs clans : de S'élah le clan des S'élanites ; de Perç le clan des Parçites ; de Zéra^ le clan des Zarbites. Et les fils de Perç furent : de ^eçrôn le clan des geçronites ; de ^amoul le clan des Çamoulites. Voilà les clans de Juda : soixanteseize mille cinq cents enregistrés.

" Les fils de Yiççakar d'après leurs clans : de f^la* le clan des Tôla'ites ; de Pouwwah le clan des Pounites ; de las'oub * le clan des las'oubites ; de S'imerôn le clan des S'imeronites. Voilà les clans de Yi^çakar: soixante quatre mille trois cents enregistrés.

*• Les fils de Zebouloun d'après leurs clans : de Serd le clan des Sardites; d'Élôn le clan des Élonites; de la^leêl le clan des Ia]|^leélites. Voilà les clans des Zeboulonites : soixante mille cinq cents enregistrés.

** Les fils de Joseph d'après leurs clans, Menass'eh et Éphraïm. Les fils de Menass'eb ' : de Makir le clan des Makîrites (Makir engendra G'ilead); de G'ile'ad le clan des G'ile'adites. Voici les fils de G'ile ad : de lézer le clan des lézrites ; de Helq le clan des Helqites ; d'Açrîël le clan des Açriéllites ; de S'ekm le clan des S'ikmites ; de S'emîda* le clan des S'emidaltes ; de ^efr le clan des flefrites. Çélofbad le fils de Hefr n'avait point de fils, mais seulelement des filles, et ces filles se nommaient Ma^lah, No ab, goglah, Milkah et firçah *. Voilà les clans des Menass'ites : cinquante-deux mille sept cents enregistrés. Voici les fils d'Épbraïm d'après leurs clans ^ : de S'ou^éla^ le clan des S'outal^ites ; de Bekr le clan des Bakrites ; de Ta^an le clan des Ta^anites. Et voici les fils de S'ou- |éla^ : de *Éran le clan des 'Éranites. Voilà les clans des Éphraïmites : trente-deux mille cinq cents enregistrés. Voilà les fils de Joseph d'après leurs clans.

'* Les fils de Benjamin d'après leurs clans : de Bêla* le clan des Bale'ites ; de As'bel le clan des As'bélites ; de Ahîram le clans des Ali^ramites ; de S'efoufam le clan des S'oufamites ; de ^oufam le clan des ^oufamites. Et les fils de Bêla' furent Ard et Na'aman ; le clan des Ardites ; de Na'aman le clan des Na'amites. Voilà les Benjaminites d'après leurs clans : quarante-cinq mille six cents enregistrés •.

1 Gen. XXXVIII.

«Variante, Gen. XL VI, 14.

S La table généalogique de la Chron. VII^ 14 suiy. est très-différente à l'égard de cette tribu. La mention de G'ile*ad, qui n'est positivement qu'un nom dé district, nous fait voir comment de pareilles généalogies se formaient dans l'occasion.

4 Comp. cbap. XXVII et XXXVI.

^ Même observation que pour les Menass'ites^ 1 Chron. VII^ 20 suiv.

^ Variantes nombreuses, Gen. XLVI, 21. 1 Chron. VII, 6 suiv. ; VIII, 1 suiv.

*^ Voici les fils de Dan d'après leurs clans : de S'ou^am le clan des S'ouli^amites. Voilà les clans de Dan d'après leurs dans. Tous les clans des S'ouhamites soixante-quatre mille quatre cents enregistrés*.

** Les fils d'As'er d'après leurs clans : de Yimnah le clan de Yimnah; de Yis'wi' le clan des Yis'wites; de Beri'ah le clan des Beri'ites. Des fils de Beri'ah, de ^Jebr le clan des Qebrites ; de Malkiël le clan des Malkiélites. Et le nom de la fille d'Âs'er était §ara]^. Voilà les clans des Aspérités : cinquante-trois mille quatre cents enregistrés.

*^ Les fils de Nef^alî d'après leurs clans : de laii^çeêl le clan des la^çeëlites ; de Gouni le clan des Gounites ; de leçr le clan des Yiçrites; de S'illem le clan des S'illémites. Voilà les clans des Nefélites d'après leurs clans : quarante-cinq mUle quatre cents enregistrés.

^* Voilà le nombre des Israélites enregistrés : Six cent un mille sept cent trente*.

1 Ce texte, dans sa forme actuelle, est suspect. Ua seul nom propre et trois fois le pluriel. Cepeudant dans la Genèse, l. c, v. 23^ il n'y a également ^'un seul nom, mais il diffère de celui qui se trouve ici.

2 Ce nom se lit deux fois dans la Genèse, y. 1 1, avec une légère variante. ' Il sera intéressant de comparer les chiffres des deux recensements :

chap. IL

chap. XXVI

Reouben

o ime on

Gad

Judd

Yissakar

Zebouloun

Éphralm

Menass'eh

Benjamin

Dan

As'er

Neflalî

Sur ce tableau nous ferons les remarques suivantes : l" Le fait que dans l'espace de 40 ans le chiffre total n'aurait point changé sensiblement nous fait concevoir de graves doutes à l'égard de l'énorme et rapide accroissement dans les quatre siècles antérieurs, où de 70 individus mules on serait arrivé à 600,000 mules au-dessus de vingt acSv 2" Les nombres sont tous ronds, ce qui fait voir qu'il ne s'agit pas ici de renseignements statistiques exacts. 3» Les différences en partie très-sensibles d'un recensement à l'autre pourraient s'expliquer par des causes naturelles, mais ce qui ne s'explique pis

'' L'Éternel s'adressa à Moïse en ces termes : C'est entre eux que le pays sera réparti comme patrimoine, d'après le nombre des têtes. A ceux qui sont plus nombreux tu donneras un patrimoine plus grand, à ceux qui sont moins nombreux tu donneras un patrimoine moins grand : à chacun il sera assigné son patrimoine en raison du nombre d'hommes enregistrés. Seulement ce sera au sort que se fera la répartition du pays; et c'est aux noms des tribus patriarcales que s'établiront les domaines respectifs*. C'est d'après le sort que se fera la répartition des domaines entre les plus ou moins nombreux*.

*' Et voici quels étaient les Lévites enregistrés d'après leurs clans : de G'ers'ôn le clan des G'ers'ounites ; de Qe^at le clan des Qehatites ; de Merarî le clan des Merarites. ** Voici les clans des Lévites : le clan des Libniles, le clan des ^ebronites, le clan des Ma^lites, le clan des Mous'ites, le clan des Qor^ites'. Et Qe^at engendra *Àmram ; et le nom de la femme de 'Amram était lokébed, fille de

da tout, c'est que rétablissement territorial des différentes tribus n'est dans aucun rapport avec les cbiffres du dernier dénombrement. Juda et Joseph avec 1 60,000 hommes auraient accaparé plus de la moitié du territoire à partager ; Éphraïm avec 82,000 hommes aurait été la tribu dominante pendant la période des Juges ; Dan avec 64,000 hommes aurait dû se contenter de quelques villages et aurait été obligé de chercher à travers champs (Juges XVIII) une place convenable^ même après la conquête ; les trois tribus d'As'er, de Neftalî et de Zebouloun, avec 160,000 hommes, quoique égales à celles nommées en premier lieu, auraient été refoulées dans le nord (en Galilée) I où elles avaient de la peine à se maintenir contre les indigènes. Tout cela nous semble fort sujet à caution. Mais comme les données historiques et géographiques sont incontestables, c'est aux chiffres du Pentateuque que s'attachera le doute. (Nous avons déjà touché à ces questions dans Tlntrod., p. 77 suiv., p. 85 suiv.

1 Le texte est ici extrêmement concis et en apparence obscur ; cependant nous ne nous tromperons pas en disant qu'il signifie que chaque tribu aura son domaine propre et distinct, lequel portera le nom de la tribu. Ces tribus sont appelées patriarcales, parce qu'eUes se nommaient d'après les 12 patriarches, fils de Jacob.

^ Cela revient à dire, sans doute, que chaque tribu recevra une portion du territoire à conquérir, proportionnelle au nombre de ses membres, que ces portions formeront des districts cohérents. La relation du livre de Josué constate que les choses se sont passées tout autrement. Du reste, notre texte ne parle pas de la répartition des terres entre les familles de chaque tribu, et surtout il ne dit rien de la façon dont on s'y serait pris pour déterminer et délimiter ces portions. Évidemment le rédacteur avait devant lui la situation de fait, telle qu'elle s'était formée par la conquête même, et il l'explique assez naïvement d'après une conception purement théorique, mais en réalité inexécutable, à moins d'une opération cadastrale dont la haute antiquité n'avait pas les moyens. Et comment accorder la répartition au sort avec celle d'après le nombre ? Nous avons exposé nos doutes sur toute cette affaire dans l'Introduction, 11. ce.

' Pour les variantes, voyez le chap. III. Ex. VI. Les v. 58-61, paraissent être une addition faite au texte primitif.

250 NOMBRES XXYI, 60-65. XXVn, 1-8.

Lé\iy qui naquit à Lévi en £^ypte; elle enfanta à *Âmram Âbarôn et Moïse et leur sœur Mir^am. Et à Aharôn naquirent Nadab, Ahîhoû, Éie'azar et I^amar. Et Nadab et Âbihoû moururent lorsqu'ils présentèrent devant TÉtemel du feu étranger. •* Le nombre des enregistrés de Lévi fut de vingt-trois mille mâles âgés d*un mois et au-dessus ^ ; car ils ne furent point enregistrés avec les autres Israélites, parce qu'il ne leur fut point donné de patrimoine comme à ceux-ci.

*' Voilà quel fut le résultat du recensement que Moïse et le prêtre Éie'azar firent des Israélites dans les plaines de Moab sur le Jourdain de lerého. Et parmi eux il n'y avait plus un seul de ceux dont Moïse et le prêtre Aharôn avaient fait le recensement dans le désert du Sinaï. Car l'Étemel avait dit d'eux : Ils doivent mourir au désert, et aucun d'eux ne survivra, si ce n'est Kaleb le fils de lefounnéh et Josué fils de Noun.

* Cependant les filles de Çelofl^ad ' fils de Hefr, fils de G'ile*ad, fils de Makir, fils de Menass'eh, appartenant aux clans de Menass'eh fils de Joseph (les noms de ses filles étaient Maf^lah, No'ah, Qoglah, Milkah et Tirçah), vinrent se présenter devant Moïse et le prêtre Éle*azar et devant les émirs et toute la communauté à l'entrée du tabernacle, et dirent : Notre père est mort au désert, mais il n'était pas de la bande de ceux qui conspirèrent contre rËtemel, de la bande de Qorat; il est mort de mort naturelle sans laisser de fils. Pourquoi le nom de notre père serait-il effacé dans son clan, par la seule raison qu'il n'a pas eu de fils? Donne-nous un patrimoine parmi les parents de notre père !

* Or, Moïse ayant porté leur cause devant rÉternel, celui s'adressa à lui en ces termes : Les filles de Çelofhad ont raison ; donne-leur un })ien-fonds pour patrimoine parmi les parents de leur père et reporte sur elles le patrimoine de leur père. Et dis aux Israélites : Si un homme meurt sans laisser de fils, vous reporterez son patri-

1 Comp. chap. III, 39.

2 Voyez chap. XXVI, 32 suiv. — Comme le recensement ne comprenait que les mâles adultes (chefs de famille), des filles orphelines sans frères n'avaient rien à attendre de la répartition. Or, ce n'est pas précisément ce dont les fiUes de Çeloftiad se plaignent, car en thèse générale les filles n'héritaient pas du patrimoine de lear père. Mais elles disent que, dans la position qui est faite à leur famille, le uotn même de leur père disparaîtra, parce qu'il ne pourrait se perpétuer que par des fils, dans la généalogie. Elles demandent donc une portion de terre, dans la pensée que le nom paternel s'attachera au sol et que leurs descendants, quand elles se marieront, adopteront ce nom comme celui de leur aïeul. Il y a plus d'un exemple de cett« combinaison (Esdr. II, 61, et ci-dessous chap. XXXII, 41). Voyez du reste le chap. XXXVI.

moine sur sa ûlle; et s'il n*a pas de ûlle, vous le donnerez à ses frères; et s'il n'a pas de frères, vous le donnerez aux frères de son père ; et si son . père n'a pas de frères vous donnerez son patrimoine à son plus proche parent dans son clan pour qu'il en prenne possession. Et ceci doit être pour les enfants d'Israël une règle de droit, comme l'Étemel l'a commandé à Moïse*.

*■ L'Étemel dit à Moïse : Monte sur ces montagnes de 'Abarîm et regarde le pays que je donne aux Israélites. Et quand tu l'auras vu, tu seras réuni aux tiens, toi aussi, comme l'a été ton frère Aharôn, parce que vous vous êtes élevés contre mes ordres au désert de Çîn, quand la communauté murmura, au lieu de me glorifier, à propos de l'eau produite sous leurs yeux*. (Il s'agit de l'eau dite de la querelle de Qades' au désert de Çîn.) " Alors Moïse parla à l'Étemel en ces termes : Plaise à l'Étemel, le dieu de l'âme de toute chair', de préposer à la communauté un homme qui marche à sa tète, soit pour sortir, soit pour rentrer, qui l'emmène et qui la ramène ♦, pour que la communauté de l'Éternel ne soit pas comme un troupeau sans berger. Et l'Éternel répondit à Moïse : Prends Josué, le fils de Noun, un homme en qui est l'esprit, et impose-lui la main ; tu le mettras en présence du prêtre Éle'azar et de toute la communauté, et tu l'installeras devant eux, et tu lui donneras une part de ta dignité pour que toute la communauté d'Israël lui obéisse. Et il se présentera devant le prêtre Éle'azar, et quand celui-ci aura consulté pour lui l'oracle selon la règle de l'Ourim, lui et toute la commu-

1 Cette loi a été dictée par le principe de rimmutabilité de la fortane patrimoniale, qui est posé aiUeurs aussi (Deut. XXI]. C'était, comme beaucoup d'autres lois agraires chez divers peuples, un essai de consolider les familles et de les maintenir en possession du bien une fois acquis. Ce n'est pas ici le lieu d'examiner quand une pareille loi a pu être promulguée ; mais nous ne nous tromperons pas en disant qu'elle n'a pas résisté aux chances et aux exigences de la vie réelle. Déjà du temps des prophètes le partage des terres était livré aux hasards de la fortune individuelle, et si après la restauration il y a eu un moment favorable pour l'application du principe (et pour la promulgation d'une pareille loi ?), ce moment passa bien vite, surtout quand une bonne portion du peuple abandonna l'agriculture pour se livrer à l'industrie et au commerce. Aucune législation n'a jamais réussi à changer la nature des choses et des hommes. Du reste, il faut remarquer que cette partie de la législation a aussi en vue le maintien de la séparation des tribus. Voir au chap. XXXVI.

2 Cette phrase, assez peu claire dans l'original, s'explique par le passage parallèle chap. XX, 12, 24. Nous l'avons traduite un peu librement, le sens n'étant pas douteux.

3 Chap. XVI, 22.

4 Ces antithèses expriment l'idée de la totalité des occasions où le commandement peut s'exercer.

nauté des Israélites sortiront et rentreront d'après ses ordres*. Et Moïse fit comme TÉternel lui avait ordonné : il prit Josué et le mit en présence du prêtre Éle'azar et de toute la communauté, et lui imposa les mains et l'installa, comme l'Éternel l'avait ordonné par l'organe de Moïse.

* L'Éternel s'adressa à Moïse en ces termes ' : Donne tes ordres aux Israélites et dis-leur : Vous aurez soin de m'offrir au temps prescrit mes oblations, ce qui est ma part des sacrifices*, en odeur qui me soit agréable. Et tu leur diras : Voici quels sont les sacrifices que vous offrirez à l'Éternel : chaque jour * deux agneaux d'un an et sans défaut comme holocauste perpétuel; vous immolerez l'un le matin, et l'autre entre les deux soirs ; vous y joindrez comme oblation un dixième d'éfah de farine fine trempée d'un quart de hîn d'huile d'olives. C'est l'holocauste perpétuel, tel qu'il a été immolé sur le Sinaï, un sacrifice d'odeur agréable à l'Étemel. Pour chaque agneau il y aura une libation d'un quart de hîn : vous verserez une libation de vin fermenté à l'Éternel dans le sanctuaire*. Vous immolerez le second agneau entre les deux soirs, avec une oblation et une libation comme celles du matin, un sacrifice d'odeur agréable à l'Éternel. Et aux jours de sabbat, deux agneaux d'un an et sans défaut, et deux dixièmes de farine fine trempée d'huile, avec la libation : l'holocauste de chaque sabbat avec sa libation s'ajoutera à l'holocauste perpétuel.

**Et au commencement de chaque mois* vous offrirez en holocauste à l'Éternel deux jeunes taureaux et un bélier, et sept agneaux d'un an et sans défaut, ainsi que trois dixièmes de farine fine trempée d'huile , par taureau , pour oblation, et deux dixièmes de farine fine trempée d'huile pour le bélier, pour oblation; et un dixième de farine fine trempée d'huile, par agneau, pour oblation; c'est un sacrifice holocauste d'odeur agréable pour l'Éternel. Et la libation à y joindre sera d'un demi hîn de vin par taureau, et d'un tiers de hîn pour

^ Il faut bien distinguer ici deux choses : le choix et riDstallation de Josué, choses qui sont faites une fois pour toutes, et puis l'exercice permanent des fonctions du futur chef; celui-ci, ne pourra rien faire sans avoir consulté l'oracle (voyez sur l'Ourîm Ex. XXVIII, 30) ; il se présentera (chaque fois que cela sera nécessaire) devant le prêtre, et selon la réponse donnée par celui-ci au nom de Dieu il agira, lui et le peuple.

2 Comp. Lévit. XXIIl.

3 Litt. : ma nourriture quant à mes feux. Lév. 111, 11. -i Ex. XXIX, 38 suiv. (voir l'Introd.. p. 262).

^ D'autres traduisent : dans un vase sacré. L'usage constant du terme hébreu dans l'autre sens paraît s'opposer à cette interprétation. G C'est-à-dire le jour de la nouvelle lune.

le bélier, et d'un quart de hîn par agneau. Voilà quel sera Tholocauste mensuel, pour tous les mois de Tannée. Outre l'holocauste perpétuel *, on immolera à l'Éternel un bouc de chèvres pour l'expiation, avec sa libation.

**Et le quatorzième jour du premier mois il y aura la Pâque de l'Étemel*. Le quinzième jour de ce mois commencera la fête; on mangera des pains sans levain pendant sept jours. Le premier jour il y aura convocation sacrée; vous ne vaquerez à aucun travail; et vous offrirez à l'Éternel en sacrifice holocauste deux jeunes taureaux, un bélier et sept agneaux d'un an et sans défaut ; avec une oblation de farine fine trempée d'huile, savoir trois dixièmes par taureau, deux dixièmes pour le bélier, et un dixième pour chacun des sept agneaux; de plus, un bouc pour l'expiation, pour obtenir la propitiation. Tout cela se fera indépendamment de l'holocauste du matin, compris dans l'holocauste perpétuel. Vous ferez de même chaque jour pendant les sept jours; c'est la part des sacrifices' d'odeur agréable qui revient à l'Éternel ; et cela se fera, indépendamment de l'holocauste perpétuel, avec sa libation. Et le septième jour il y aura encore convocation sacrée, et vous ne vaquerez à aucun travail.

'"Et le jour des prémices, lorsque vous en offrirez à l'Éternel une nouvelle oblation après les semaines* révolues, il y aura convocation sacrée et vous ne vaquerez à aucun travail; et vous offrirez en holocauste d'odeur agréable à l'Éternel deux jeunes taureaux, un bélier et sept agneaux d'un an, en y joignant une oblation de farine fine trempée d'huile, trois dixièmes par taureau, deux dixièmes pour le bélier, et uA dixième pour chacun des sept agneaux; puis un bouc de chèvres pour faire propitiation pour vous. Vous les immolerez indépendamment de l'holocauste perpétuel et de l'oblation y afférente ; ils seront sans défaut et vous y joindrez les libations d'usage.

* Puis le premier jour du septième mois il y aura convocation sacrée; vous ne vaquerez à aucun travail; ce sera le jour du son des trompes. Vous offrirez en holocauste d'odeur agréable à l'Éternel un jeune taureau, un bélier, et sept agneaux d'un an et sans défaut, en y joignant une oblation de farine fine trempée d'huile, trois dixièmes pour le taureau, deux dixièmes pour le bélier, et un dixième pour chacun des sept agneaux; puis un bouc de chèvres pour l'expiation, pour faire propitiation pour vous; indépendamment de

1 Quotidien.

2 L'agneau pascal se mangeait le 1 4 avant le coucher du soleil ; immédiatement après commençait le 15, premier jour de la semaine sainte.

3 Mâme observation que pour le v. 2.

4 Les sept semaines qui séparent la Pentecôte de la fête de Pâques.

rholocauste perpétuel et de son oblation, et des libations y afférentes, selon la coutume; ce sera un sacrifice d'odeur agréable à l'Étemel .

' Et le dixième jour de ce même septième mois il y aura convocation sacrée ; vous vous imposerez un jeûne et vous ne vaquerez à aucun travail. Vous offrirez à l'Éternel en holocauste d'odeur agréable un jeune taureau, un bélier et sept agneaux d'un an qui doivent être sans défaut, en y joignant une oblation de farine fine trempée d'huile, trois dixièmes pour le taureau, deux dixièmes pour le bélier, un dixième pour chacun des sept agneaux; puis un bouc de chèvres pour l'expiation; indépendamment du sacrifice d'expiation prescrit pour le jour de la propitiation*, ainsi que de l'holocauste perpétuel et de son oblation et libation.

^^£t le quinzième jour du septième mois il y aura convocation sacrée; vous ne vaquerez à aucun travail, et vous célébrerez une fête à l'Étemel pendant sept jours. Vous offrirez en holocauste, comme sacrifice d'odeur agréable à l'Éternel, treize jeunes taureaux, deux béUers et quatorze agneaux d'un an, qui doivent être sans défaut. Vous y joindrez une oblation de farine fine trempée d'huile, trois dixièmes pour chacun des treize taureaux, deux dixièmes pour chacun des deux béliers, et un dixième pour chacun des quatorze agneaux; puis un bouc de chèvres pour l'expiation, indépendamment de l'holocauste perpétuel et de son oblation et libation. *' Le second jour, douze jeunes taureaux, deux béUers et quatorze agneaux d'un an et sans défaut. Vous y joindrez l'oblation et les hbations pour les taureaux, les béliers et les agneaux en raison de leur nombre, selon la coutume; puis un bouc de chèvres pour l'expiatioh, indépendamment de rholocauste perpétuel et de son oblation et de ses libations. ^^ Le troisième jour, onze taureaux, deux béliers et quatoi-ze agneaux d'un an et sans défaut. Vous y joindrez l'oblation et les libations pour les taureaux, les béliers et les agneaux en rai.son de leur nombre, selon la coutume; puis un bouc pour l'expiation, indépendamment de Tholocaste perpétuel et de son oblation et libation. '* Le quatrième jour, dix taureaux, deux béliers et quatorze agneaux d'un an et sans défaut. Vous y 'joindrez l'oblation et le:? libations pour les taureaux, les béliers et les agneaux en raison de leur nombre, selon la coutume; puis un bouc de chèvres pour

1 Sur ce sacrifice d'expiation, voyez les prescriptions qu'on lit au seizième chapitre du Lévitique. C'est du reste chose assez curieuse que dans cet autre texte, d'ailleurs si détaillé,, il uo soit pas dit mot de ce qui est ordonné ici. On est tente de croire que les nombreuses victimes demandées dans ces deux chapitres du livre des Nombres accusent une législation supplémentaire et d'origine encore plus récente que les passages parallèles.

l'expiation, indépendamment de l'holocauste perpétuel et de son oblation et libation. '• Le cinquième jour, neuf taureaux, deux béliers et quatorze agneaux d'un an et sans défaut. Vous y joindrez l'oblation et les libations pour les taureaux, les béliers et les agneaux en raison de leur nombre, selon la coutume; puis un bouc pour l'expiation, indépendamment de l'holocauste perpétuel et de son oblation et libation. '• Le sixième jour, huit taureaux, deux béliers et quatorze agneaux d'un an et sans défaut. Vous y joindrez l'oblation et les libations pour les taureaux, les béliers et les agneaux en raison de leur nombre, selon la coutume; puis im bouc pour l'expiation, indépendamment de l'holocauste et de son oblation et de ses libations. *'Le septième jour, sept taureaux, deux béliers et quatorze agneaux d'un an et sans défaut. Vous y joindrez l'oblation et les libations pour les taureaux, les béliers et les agneaux en raison de leur nombre, selon la coutume; puis un bouc pour l'expiation, indépendamment de l'holocauste perpétuel et de son oblation et libation. '* Le huitième jour il y aura assemblée solennelle ; vous ne vaquerez à aucun travail, et vous offrirez en holocauste un sacrifice d'odeur agréable à l'Étemel, un taureau, un bélier, sept agneaux d'un an, sans défaut, en y joignant l'oblation et les hbations pour le taureau, le bélier et les agneaux, en raison de leur nombre, selon la coutume ; puis un bouc pour l'expiation, indépendamment de l'holocauste perpétuel et de son oblation et libation*.

"Voilà ce que vous immolerez à l'Éternel dans vos fêtes, indépendamment de ce que vous offrirez individuellement par suite de vœux', ou comme offrandes volontaires en fait d'holocaustes, d'oblations, de libations ou de sacrifices d'actions de grâces. * Et Moïse ^it part aux Isreébtes de tout ce que l'Étemel lui avait ordonné'.

* Moïse s'adressa aux chefs des tribus israélites en ces termes : Voici ce que l'Éternel ordonne : Quand un homme fait une promesse

1 Le nombre des béliers et des agneaux est doublé pour chaçue jour de la fôte ; celui des taureaux est quintuplé pour la durée entière de la fête, soixante- dix, inégalement répartis sur les 7 jours, au lieu de sept fois deux, comme cela était prescrit pour la fSte de Pâques. La fête du 1" mois était celle de la fin de Tannée et du travail cbampêtre, et de la dernière récolte. Peut-être le nombre décroissant des taureaux immolés devait-il signifier que cette période de la vie de la nature et des travaux ruraux tirait à sa fin, mais notre observation sur le v. 11 n'en subsistera pas moins.

^ Dont il va être question .

3 La coupe des cbapitres est fausse dans les bibles cbrétiennes (et même dans le texte bébreu imprimé), mais non dans celles des Rabbins, qui commencent une nouvelle section avec le v. 2.

256 NOMBRES XXX, 3-t7.

à rÉternel sous forme de vœu*, ou qu'il se lie et s'engage par un serment, il ne doit pas manquer à sa parole, mais agir conformément à ce qu'il a dit. Si une jeune fille, qui est encore dans la maison paternelle, fait une promesse à l'Éternel sous forme de vœu et se lie par un engagement, et que son père, ayant connaissance de son vœu, et de rengagement par lequel elle se lie, garde le silence, ces vœux et ces engagements, par lesquels elle s'est liée, sont valables; mais si le père fait opposition, au moment où il a connaissance des vœux et des engagements par lesquels elle se lie, ceux-ci ne seront point valables, et l'Étemel pardonnera à la fille à cause de l'opposition faite par le père. ' Et si elle vient à se marier, étant liée par un vœu, ou par une promesse faite à la légère, par laquelle elle s'est engagée, et que son mari l'apprenne, si, au moment où il en a connaissance, il garde le silence, les vœux et les engagements, par lesquels elle s'est liée, sont valables; mais si le mari, au moment où il en a connaissance, fait opposition, il résilie' le vœu qu'elle a fait et déclare non avenue la parole légère par laquelle elle s'est engagée, et l'Éternel pardonnera à la femme. Mais le vœu d'une veuve ou d'une femme divorcée, par lequel elle s'est engagée, reste valable. **Si une femme fait un vœu dans la maison conjugale, ou si elle se lie par un engagement sous la foi du serment, et que son mari en ait connaissance et garde le silence sans faire opposition, tous les vœux et les engagements, par lesquels elle s'est liée, sont valables. Mais si le mari, au moment où il en a connaissance, les résilie, rien de tout ce qui sera sorti de sa bouche en fait de vœux et d'engagements ne sera valable : le mari l'a résilié et l'Étemel pardonnera à la femme. Tout vœu et tout engagement fait sous la foi du serment à TefTet d'une abstinence, pourra être déclaré valable ou résilié par le mari. Si le mari garde le silence, à partir du jour où il en a eu connaissance, par ce fait même il déclare valables tous les vœux de sa femme et tous les engagements par lesquels elle s'est liée; si, au contraire, il les résilie', après en avoir eu connaissance, il en est responsable.

" Voilà les règles que rÉternel prescrivit à Moïse, relativement aux droits du mari et de la femme, ainsi que du père et de sa jeune fille, quand elle est encore dans la maison paternelle.

^ L'objet du vœu pouvait être un don à faire à l'autel (en hébreu : nedr), ou une abstinence temporaire [issar). (Comp. v. 14. Lév. XXVII.) Cette loi réserve explicitement les droits du père et du mari et consacre l'assujettissement de l'autre sexe. Il n'y a de libres que les veuves et les femmes divorcées.

'■^ Annule, casse.

'^ Ultérieurement, après un délai.

* L'Éternel s'adressa à Moïse en ces termes : Venge les enfants d'Israël sur les Midyanites * ; après cela, tu seras réuni à tes pères '. Alors Moïse dit au peuple : Mobilisez parmi vous des hommes pour une expédilion; ils doivent aUer contre Midyan, pour exécuter la vengeance de l'Éternel . Ce seront mille hommes par tribu, de toutes les tribus d'Israël, que vous enverrez faire cette expédition. Et ils fournirent mille hommes par tribu, des clans d'Israël, en tout douze mille guerriers pour cette expédition. Et Moïse les fit partir pour l'expédition, mille hommes par tribu, eux et Pinefeas le fils du prêtre Éle'azar, qui emportait les instruments sacrés ', les trompettes d'alarme. 'Et ils firent l'expédition contre Midyan, comme l'Étornel l'avait ordonné h, Moïse, et ils égorgèrent tous les maies *. Ils égorgèrent aussi les rois Midyanites avec les autres, Éwî, Reqm, Cour*, Qour et Réba*, les cinq rois Midyanites, et ils massacrèrent aussi Bile*am fils de Be or ®. Et les Israélites emmenèrent les femmes des Midyanites et leurs enfants, toutes leurs hôtes et leurs troupeaux ', et ils pillèrent tout leur avoir, et ils brûlèrent toutes leurs bourgades et leurs campements où ils habitaient, et ils prirent tout ce butin et tout ce qu'ils avaient saisi en fait d'hommes et de bètes, et ils amenèrent auprès de Moïse et du prêtre Éle'azar, et à la communauté d'Israël, au camp dans les plaines de Moah sur le Jourdain de leréfeo, les prisonniers avec le butin et tout ce qu'ils avaient saisi. Moïse et le prêtre Éle'azar et tous les émirs de la communauté allèrent à leur rencontre hors du camj». ** El Moïse s'emporta contre les commandants de l'armée, les chefs de mille et les chefs de cent hommes qui revenaient de l'expédition, et leur dit : Vous avez donc laissé la vie à toutes les femmes ? Mais ce sont elles qui sur le conseil de Bile*am^ ont été pour les Israélites la cause d'une désobéissance

1 Le récit qui va suivre se rattache à la seconde partie du chap. XXV [surtout V. t6 suiv.). On le voit surtout par le rôle éminent qui est assigné ici à Pine^as. — Il n'est pas question des Moabites.

» Chap. XXVII, 13.

3 Satoir les trompettes, et pas autre chose. L'auteur ne peut pas avoir songé à Tarche ou à Toracle (ourim), puisqu'il dit qu'Ële'azar était pontife, et par conséquent seul compétent pour loracle, et que l'arche ne peut être désignée par un mot mis au pluriel.

4 Adultes, comp. v. 17.

5 Chap. XXV, 15.

^ Lequel, d'après la relation jéhoviste, chap. XXIV, 25, était tranquillement rentré chez lui sur les bords 'îe l'Euphrate. Voyez la note 8 ci-après.

"^ Les bêtes étant distinguées des tr(»upeaux, il faudra songer ù des bètes de somme, des ânes, comme la suite du récit le prouve.

8 L'histoire de Bile'am, telle qu'elle est racoLlée aux chap. XXII ù XXIV, et même les récits du chap. XXV ne disent rien d'un pareil conseil.

A. T. 3- part. — II. 17

envers rÉternel, dans Faflaire de Pe*or, et il en résulta ce lléau pour la communauté de FÉternel. Maintenant tuez tous les enfants mâles, ainsi que toutes les femmes qui ont eu commerce avec des hommes, mais quant aux jeunes filles vierges encore, vous les laisserez vivre et vous les garderez. Mais vous-mêmes, vous resterez campés hors du camp pendant sept jours, quiconque a tué un homme ou touché un cadavre, et purifiez-vous le troisième et le septième jour *, vous et vos captifs ; et purifiez aussi tous les vêtements, et toutes les choses faites de cuir, et tout ce qui est fait de poil de chèvres, et tous les ustensiles de hois. '*Et le prêtre Éle'azar dit aux gens de guerre qui avaient pris part à Texpédition : Voici la règle de la loi que TÉtemel a prescrite à Moïse : L'or, l'argent, l'airain, le fer, l'étain, le plomb, enfin tout ce qui supporte le feu, vous le ferez passer par le feu pour le purifier, seulement il faut encore le purifier avec l'eau de purification; et tout ce qui ne supporte point le feu, vous le ferez passer par l'eau; et le septième jour vous laverez vos vêtements et vous serez purs, et après cela vous pourrez rentrer au camp.

'* Puis l'Éternel s'adressa à Moïse en ces termes : Fais le relevé de tout ce qui a été pris et emmené en hommes et en bétail, toi et le prêtre Éle'azar et les chefs de clans de la communauté*. Et prélève un tribut pour l'Éternel sur les gens de guerre qui ont fait l'expédition à raison d'un sur cinq cents •, des hommes, des bœufis, des ânes et des moutons. Vous prendrez cela sur leur moitié et lu le donneras au prêtre Éle'azar, comme une offrande à l'Étemel ♦ ; et sur la moitié des autres Israélites tu prendras un sur cinquante, des hommes, des bœufs, des ânes et des moutons, et de toutes les luHcs^, et tu les donneras aux Lévites qui fonctionnent à la demeure (le rKlernel. Et Moïse et le prêtre Ele'azar firent comme rEternel l'avait ordonné. ^' Or, le butin, le praluit du pillage que les L^ens

^ Comp. cliap. XIX, 11 suiv., où il est aussi question de la puritication des vèteuieiils, etc.

2 Comp. Jos. XXII, 8. 1 Sam. XXX, 24 suiv. 2 Macc. VIII, 28 suiv.

^ C'est la même proportion qu'à l'égard de la dîme: la caste sacerdotale reçoit la dixième partie de ce que reçoit la caste Icvitique ; et avec cela elle est cerlainemeDl U mieux partagée, dans une proportion énorme. Car les prêtres sont les fils d'Aharùn, qui à cette époque ne pouvaient Ctre encore que très-peu nombreux (Nomb. III, 4;. tiindis que les Lévites étaient 23,000 (chap. XXVI, 62). C'est là encore une preuve patente que la rédaction date d'une époque très-éloignée du siècle de Moîse. Vovez d'ailleurs, pour les chifFrcs, la suite du texte et l'Introd., p. 171.

* Il s'agit nécessairement d'un véritable partage de butin et non d'un sacrifice, c*r on n'a pas immolé les filles, sans doute. •' Voir lu note 7 de la page 257.

de Texpédilion avaient emporté, fut de six cent soixante-quinze mille moutons, soixante-douze mille bœufs, soixante-un mille unes, et en fait de personnes, trente-deux mille filles vierges. Et la moitié, savoir la part de ceux qui avaient fait l'expédition, fut d'un total de trois cent trente-sept mille cinq cents moutons, dont le tribut pour l'Éternel fut de six cent soixante-quinze; puis de trente-six mille bœufs, dont le tribut pour l'Étemel fut de soixante-douze; puis de trente mille cinq cents ânes, dont le tribut pour l'Éternel fut de soixante-un; puis de seize mille personnes, dont trente-deux* comme tribut pour rÉtemel. Et Moïse donna le tribut prélevé pour l'Éternel au prêtre Éle'azar, comme l'Éternel le lui avait ordonné. Et de la moitié qui revenait aux Israélites et que Moïse avait séparée de celle des gens qui avaient fait l'expédition (cette moitié était de trois cent trentesept mille cinq cents moutons, de trente-six mille bœufs, de trente mille cinq cents ânes, et de seize mille personnes), de cette moitié Moïse prit un sur cinquante, hommes et botes, et les donna aux Lévites qui fonctionnaient à la demeure de l'Éternel, comme l'Éternel le lui avait ordonné.

*® Alors les commandants des bataillons de l'armée, les chefs de mille et les chefs de cent, s'approchèrent de Moïse et lui dirent : Tes serviteurs ont fait le relevé des gens de guerre que nous avons eus sous la main, et pas un homme n'a manqué. Et nous apportons comme offrande à l'Éternel chacun ce qu'il a trouvé en fait d'objets d'or, chaînettes, bracelets, cachets, anneaux et boucles, pour obtenir propitiation pour nous devant l'Éternel. Et Moïse et le prêtre Éle*azar reçurent de leurs mains cet or, le tout en objets fabriqués; et tout cet or de l'offrande apportée à l'Éternel se monta à seize mille sept cent cinquante sicles', de la part des chefs de mille et des chefs de cent. (Les. autres gens de l'expédition avaient fait du butin chacun pour son compte'.) Et Moïse et le prêtre Éle*azar prirent cet or des mains des chefs de mille et de cent, et le portèrent au tabernacle pour servir de signe- de commémoration aux Israélites devant l'Éternel.

1 Les prêtres^ au nombre d'une douzaine peut-être, reçurent 32 filles à partager entre eux, les 23,000 Lévites^ dont la moitié au moins devaient être adultes, en eurent en tout 320. Les 12,000 combattants (dont pas un n'avait péri dans ce massacre d'une population qui possédait 800,000 bêtes} en eurent 16,000. On se demande pourquoi ces Arabes nomades du désert n'avaient pas de chameaux, bien que partout ailleurs où il est question d'eux, ils n'en manquent pas (Gen. XXXVII, 25 suiv. Juges VI, 5). Ce dernier passage, comp. cbap. VIII, 10 du même livre, nous donne la mesure de la valeur historique du présent récit.

3 Plus de 250 kilogrammes, dont on ferait aujourd'hui 800,000 fr., sans tenir compte de l'alliage.

3 Cela veut dire qu'ils le gardèrent et ne suivirent pas lexemple des chefs.

260 NOMBRES XXXII, l-lTî.

* Et les Reoubénites et les Gadites * avaient des troupeaux nombreux et très-considérables, et comme ils virent que le pays de Ia*ezer et le pays du G'ile'ad étaient une contrée propre à l'élève du bétail, ils vinrent parler à Moïse et au prêtre Éle*azar et aux émirs de la communauté, en leur disant : 'AtarôJ, Dîbôn, Ia*ezer, Nimerah, IJes'bôn, Éle'aleh, Çebam, Nebô, Be'ôn', cette contrée que l'Éternel a soumise à la communauté d'Israël, est un pays propre à l'élève du bétail, et tes semteurs ont des troupeaux. Et ils dirent : Si tu veux nous faire une grâce, que ce pays soit donné comme patrimoine à tes serviteurs : ne nous fais point passer le Jourdain. • Moïse répondit aux Gadites et aux Reoubénites : Vos frères doivent aller à la guerre et vous voulez rester ici ? Pourquoi voulez-vous vous opposer au désir des Israélites de passer dans le pays que l'Éternel leur a donné? C'est ainsi qu'ont fait vos pères, quand je les envoyai de Qades'- Barné'a pour explorer le pays. Ils y montèrent jusqu'à la vallée d'Es'kol, et quand ils eurent exploré le pays, ils ôtèrent aux Israélites le désir d'entrer au pays que l'Éternel leur donnait. Alors l'Éternel s'irrita contre eux et il fit ce serment : Assurément ces hommes qui sont sortis d'Egypte, de vingt ans et au-dessus, ne verront pas la terre que j'ai promise par serment à Abraham, à Isaac et à Jacob, puisqu'il^ refusent de m'obéir; il n'y aura d'excepté que Kaleb le fils de lefounneh, le Qenizzite', et Josué le fils de Noun, car ceux-ci ont obéi à l'Éternel. Ainsi l'Éternel fut irrité contre Israël, et il leur fit parcourir le désert pendant quarante ans, jusqu'à ce que la génération qui avait fait ce qui déplaisait à l'Éternel eût disparu. Et voilà que vous vous mettez à Ja place de vos pères, une masse de prévaricateurs, pour augmenter encore la colère de l'Éternel contre Israël. Si vous vous détournez de lui, il continuera à laisser le peuple dans le désert et vous le ruinerez tout entier.

^^ Alors ils s'approchèrent de lui et dirent : Nous voulons construire ici des hercails pour nos troupeaux et des bourgades pour nos enfants, et nous-mêmes nous voulons prendre les armes et marcher à la tète des Israélites jusqu'à ce que nous les ayons établis dans leui

- La narration dans ce morceau, v. 1-32, est visiblement décousue, et il y a quelques redites. Ceci peut déjà faire soupçonner qu'elle est le résultat d'un travail de compilation. Cette supposition est amplement confirmée par divers faits. Il est parlé des espion» qui n'arrivent que jusquà la vallée d'Es'kol (texte jéhoviste), et en même temps de Josué comme ayant été de la partie (texte élohisle, voyez l'Introd., p. 57). Puis il nés: d'abord question que de deux tribus, plus loin il est encore parlé d'une troisième. Comp. aussi ce qui a été dit dans l'Introd., p. 213, sur le 22* chap. de Josué.

'-^ Au lieu de Sebam, on lit ailleurs Sibmah ; au lieu de Be'on, Me'on ou Ba'al Me*on : ce peuvent être ici des fautes de copistes.

•^ Sur Kaicb le Qenizzite, voyez l'Introd., p. 45.

domaine ; en attendant, nos enfants demeureront dans les places fortifiées à Tabri des habitants du pays *, et nous ne retournerons chez nous que lorsque les Israélites auront pris possession de leurs domaines respectifs. Car le nôtre ne sera pas avec le leur de l'autre côté du Jourdain au loin ; mais notre propriété nous est échue au-delà du Jourdain ^ vers l'orient.

*^ Alors Moïse leur dit : Si vous faites cela, si vous marchez à la guerre devant' l'Éternel, et que tous vos combattants passent le Jourdain devant lui, jusqu'à ce qu'il ait chassé ses ennemis et que le pays soit conquis par lui, alors vous pourrez vous en retourner, et vous serez quittes envers l'Éternel et Israël, et ce pays-ci sera votre propriété de par l'Éternel. Mais si vous ne le faites pas, hé bien, vous serez prévaricateurs envers l'Éternel et vous verrez quel est votre péché quand il retombera sur vous. Construisez-vous des bourgades pour vos enfants et des bercails pour votre bétail, et faites ce que vous venez de promettre.

'* Les Gadites et les Reoubéniles dirent à Moïse : Tes serviteurs feront comme mon seigneur l'ordonne. Nos enfants, nos femmes, nos troupeaux et toutes nos bêtes resteront là dans les bourgades du G'ile'ad, et tes serviteurs, tous ceux qui portent les armes, marcheront à la guerre devant l'Éternel, comme mon seigneur le dit.

'• Alors Moïse donna à leur égard des ordres au prêtre Éle'azar et à Josué fils de Noun, et aux chefs de clan des tribus israélites, et leur dit: Si les Gadites et les Reoubénites passent le Jolirdain avec vous devant l'Éternel, tous ceux qui sont aptes à la guerre, et que le pays soit conquis par vous, vous leur donnerez le pays du G'ile*ad en propriété; mais s'ils ne passent pas avec vous en armes, alors ils s'établiront parmi vous dans le pays de Canaan. Et les Gadites et les Reoubénites répondirent en disant : Ce que l'Éternel ordonne à tes serviteurs, nous le ferons. Nous marcherons en armes au pays

I Ceci sent encore la légende. Plus haut (chap. XXI, 32, 35) il avait été dit que les habitants du pays avaient tous péri ou étaient chassés, et Textermination plus récente encore des Midyanites devait ôter à ce qui pouvait en rester toute envie d'y revenir. D'un autre côté, s'il y avait encore des attaques à craindre, comment croire qu'on aurait laissé les enfants (et les femmes) seuls, sans autre défense que des murs qui dans ce court espace de temps ne pouvaient guère devenir formidables, et cela pour toute la durée d'une guerre dont oti ne pouvait prévoir la fin prochaine ? Voyez encore l'Introduction, p. 78.

^ Ce mot a été écrit par un auteur vivant à l'ouest du Jourdain, et non pas prononcé par des hommes qui se trouvaient à l'est.

3 Cette expression peut provenir de ce que l'arche était portée au combat ; cependant il est possible aussi qu'elle ne doit désigner que le caractère sacré de la guerre.

262 NOMBRES XXXÎl. 32-42.

(le Canaan devant FÉtemel^ et nous aurons notre domaine et notre propriété au-delà du Jourdain *.

" Alors ' Moïse leur donna, aux Gadites, aux Reoubénites, et à la demi-tribu de Menass'eh fiLs de Joseph, le royaume de Si^ôn, roi des Kmorites, et le royaume de *0g, roi du Bas'an, le pays avec ses bourgades et les territoires qui les entouraient. Et les Gadites bâtirent Dibon, 'AtaroJ, 'Aro*êr, *Atrot-S'ofan, la'ezer, Ic^behab, Bèt-Nimerah, Bét-Haran, des endroits fortiûés et des parcs pour le bétail. Et les Reoubénites bâtirent Çes'bôn, Éle'aleh, Qiriyataïm, Nebô, Ba*al- Me'ôn, dont les noms furent changés •, et $ibmah. Et ils donnèrent des noms aux bourgades qu'ils bâtirent. Et les Makirites, fils de Menass'eh, allèrent dans le G'ile'ad et en firent la conquête en chassant les Émorites qui s'y trouvaient*. El Moïse donna le G'ile*ad aux Makirites fils de Menass'eh, et ils s'y établirent. Et laîr fils de Menass'eh alla s'emparer de leurs bourçs, et on les appela les bourgs de laïr^. Et Nobafe alla s'emparer de Qenat et de ses dépendances, et on l'appela Nobab d'après son nom.

^ Voyez la note sar le v. 19. — On se rappellera que le pays de Canaan proprement dit {la terre promise), était borné à Test par le Jourdain. Le fait que plusieurs tribos étaient établies hors de cette limite^ à l'est du fleuve, demandait une explication, et le morceau qu'on vient de lire est destiné à la donner. Elle est incomplète, en ce sens que les Reoubénites et les Gadites ne furent pas les seules tribus occupant le platean oriental, comme le dit explicitement la suite du texte.

^ Ce qui suit, v. 33-42, doit être détacbé du récit précédent. C'est une notice géographique écrite par une autre main. On remarquera qu'il y est question pour la première fois d'une tribu plus puissante que celles de Gad et de Reouben, et occupant un territoire plus vaste, la tribu de Menass'eh. Ensuite il y est question de nombreuses villes ou bourgs bâtis par ces tribus, c'est-à-dire rebâtis et repeuplés par elles, ce qui n "a pas dû se faire dans les quelques semaines qui se sont écoulées, d'après nos textes, entre la pr(?sente scène et le passage du Jourdain. C'est évidemment un résumé d'histoire composé à distance, et énumérant les principaux établissements des Israélites (devenus sédentaires) au-delà du Jourdain. Ensuite il est à remarquer que dans d'autres temps et textes plusieurs des endroits attribués ici aux Gadites appartenaient aux Reoubénites (Jos. XIIIJ. Cela ne fait aucune difficulté, quand on songe à toutes les guerres (civiles et autres) qui ont changé les titres de propriété, après l'époque de Moïse et de Josué.

•^ Texte suspect.

'^ Le G'ile'ad, contrée située sur les deux rives du labboq (Wadi ZerkaJ, affluent du Jourdain, était occupé dans les temps historiques par les Menass'ites, dans sa partie septentrionale, et par les Gadites, dans sa partie méridionale Si l'on prenait ce texte pour la continuation des récits précédents, il y aurait une confusion évidente. Car les Emorites avaient déjà été vaincus et chassés antérieurement (chap. XXI, 31}. Pour Makîr, voyez chap. XXVI, 29.

•'• Encore une tradition confuse. Ce laïr a vécu plusieurs générations après Moïse, dapr^s Juges X, 3. D'après Josué XIII, 30, les bourgs dits de lalr étaient situés en

NOMBRES XXXIII, i-l6. 263

* Voici les stations des Israélites qui sortirent du pays d'Egypte avec armes et bagages sous la conduite de Moïse et d'Aharôn. Moïse consigna par écrit leurs marches par stations*, d'après Tordre de l'Éternel, et voici quelles furent leurs stations dans leurs marches. Ils partirent de Ra emesés le quinzième jour du premier mois * ; ce fut le lendemain de la Pàque que les Israélites se mirent en route, la main haute, et sous les yeux de toute l'Egypte ; pendant que les Ég)'ptiens enterraient ceux d'entre eux que l'Éternel avait frappés, savoir tous leurs premiers-nés, en exerçant ses jugements contre leurs dieux.

* Les Israélites partirent de Ra'emesés et campèrent à Soukkot. Puis ils partirent de Soukkot et campèrent à Étam, qui est sur la lisière du désert. Puis ils partirent d'É^am et revinrent à Pî-Habirot, qui est en face de Ba*al-Çefôn, et ils campèrent devant Migdol. Puis ils partirent de Pî-Hafeirot et traversèrent la mer, vers le désert, et après avoir fait trois journées de marche par le désert d'É^am, ils campèrent à Marah. Puis ils partirent de Marah et arrivèrent à Êlîm, où il y avait douze sources d'eau et soixante-dix palmiers, et ils y campèrent. *® Puis ils partirent d'Êlîm et campèrent sur les bords de la mer aux algues. Puis ils partirent de la mer aux algues et campèrent dans le désert de Sîn*. Puis ils partirent du désert de Sîn et campèrent à Dofqah. Puis ils partirent de Dofqah et campèrent à Alous'. Puis ils partirent d'Alous' et campèrent à Refidîm, et le peuple n'y trouva pas d'eau à boire. ** Puis ils partirent de Refidîm et campèrent au désert du Siriaï. Puis ils partirent du désert du Sinaï et campèrent aux Tombes de la convoitise*. Puis

Bas'an, comp. Deut III, 14 ; tandis que 1 Rois IV, 13 les met en G'ile'ad, comme le fait notre texte. D'après 1 Chron. II, 22, laïr était Judéen. Tout cela s'explique quand on voit, dans ces noms propres, non des individus, mais des clans, et qu'on tient compte de la mutabilité de la possession. A chaque nom de clan ou de localité on supposait un aïeul du même nom, comme le prouve encore le dernier verset du chapitre.

1 Le terme hébreu ne signifie pas proprement station, mais l'acte de décamper, de se mettre en route en levant le camp. La racine signifie arracher les pieux fichés en terre pour 7 attacher les cordages de la tente. — On remarquera que le rédacteur cite un écrit attribué à Moïse, comme un ancien document qu'il insère dans son livre. La nomenclature des stations diCTère en partie de celles que nous avons rencontrées plus haut (Introd., p. 90).

«Exode XII, iSsuiv.

8 Jusqu'ici la série des stations s'accorde avec les données de l'Exode XII, 37 ; XIII, 20; XIV, 1; XV, 22, 27; XVII, 1. Les deux stations suivantes, Dofqah et Aicus', n'ont point été mentionnées précédemment.

"^ Entre le Sinaî et les Tombes de convoitise, le texte du chap. X, 12, 33 ; XI, 3 parait intercaler d'autres stations. Après cela, nous nous retrouvons au chap. XI, 35. Mais à partir de Hacérot nous perdons le fil de la précédente narration (chap. XII, 16;

ils partirent des Tombes de la convoitise et campèrent à Haçérot. Puis ils partirent de Çaçérot et campèrent à Ritmah. Puis ils partirent de Ritmah et campèrent à Rimmôn-Perç. '** Puis ils partirent de Rimmôn-Perç et campèrent à Libnah, Puis ils partirent de Libnah et campèrent à Rissah. Puis ils partirent de Rissah et campèrent à Qehélatah. Puis ils partirent de Qehélatah et campèrent au mont S'efr. Puis ils partirent du mont S'efr et campèrent à Haradah. *' Puis ils partirent de haradah et campèrent à Maqhélo^. Puis ils partirent de Maqhélot et campèrent à Ta^at. Puis ils partirent de Tabat et campèrent à T^rab- Puis ils partirent de Tara^ et campèrent à Mitqah. Puis ils partirent de Mitqah et campèrent à Ças'monah. ^® Puis ils partirent de ^as'monah et campèrent à Mosérôt. Puis ils partirent de Mosérôt et campèrent à Benô la'aqan. Puis ils partirent de Bené la'aqan et campèrent à Hor-haggidgad. Puis ils partirent de Hor-haggidgad et campèrent à lotba^ah. Puis ils partirent de lotbajah et campèrent à 'Abronah. '* Puis ils partirent de *Abronah et campèrent à 'Eçyôn-G'ébr. Puis ils partirent de *Eçyôn-G'ébr et campèrent au désert de Çin, c'est-à-dire à Qades'. Puis ils partirent de Qades' et campèrent au mont Hor, sur la lisière du pays d'Édom. '* Le prêtre Aharôn monta à la montagne de Hor, sur l'ordre de rÉternel, et y mourut, la quarantième année après la sortie des Israélites de rÉgypte, le premier jour du cinquième mois. Âharôn était âgé de cent vingt-trois ans quand il mourut sur le mont Hor*. Or, le roi Cananéen de *Arad, qui demeurait au midi du pays de Canaan, apprit que les Israélites arrivaient '.

XIII, 3^26; XIV, 25; XX, 1, 14), pour nous retrouver en6n avec chap. XX. ^2 au mont Hor. — La plupart des noms des stations intermédiaires sont inconnus et ne peuvent plus ôtre identifiés avec des localités marquées sur les cartes actuelles. Quelques-uns (comme ceux qui sont inscrits au v. 30 à 33] nous reviendront dans un outre itinéraire, dont un fragment se lit au chap. X du Deutéronome. L'existence réelle de toutes ces localités (qui en tout cas n'ont pas été des villes, et probablement pas toutes des villages) ne saurait Ctre raisonnablement mise en doute. Autre chose est la question de l'exactitude de l'itinéraire. Ainsi il est matériellement impossible que celte innombrable caravane n'ait fait qu'une seule station d'Eçyon-G'ebr, situé sur le golfe élanitique (Deut. II, 8. 1 llois XXII, 49), jusqu'à Qades', situé sur la limite de Canaan, sans compter que d'après l'autre relation on dirait que les Israélites ont stationné deux fois à Qades' (chap. XIII, 26; XIV, 25; XX, 1), ce qui doit également être la suite d'une confusion dans l'arrangement des textes. Voyez du rest« l'Intro» duction, p. 90.

^ La mort d'Aharôn a déjà été racontée au chap. XX, 24 suiv., et il y a contradiction entre ce dernier passage et Deut. X, 6.

"^ Celte phrase évidemment tronquée s'est déjà trouvée plus haut, chap. XXI, t. immédiatement après le premier récit de la mort d'Aharôn, et fait ainsi reconnaître ces lignes (v. 38-40) comme un fragment intercalé par le rédacteur dans la liste des stations.

** Puis ils partirent du mont Hor et campèrent à Çalmonah. Puis ils partirent de Çalmonah et campèrent à Pounôn. Puis ils partirent de Pounôn et campèrent à Obot. Puis ils partirent d'Obo^ et campèrent à *Iyè-*Abarim, sur la frontière de Moab. Puis ils partirent de 'lyîm et campèrent à Dibôn Gad. Puis ils partirent de Dîbôn Gad et campèrent à 'Almon-Diblataïmah. Puis ils partirent de 'Almon-Diblalaîmah et campèrent dans les monts *Abarîm, en face du Nebô. Puis ils partirent des monts *Abarim et campèrent dans les plaines de Moab, sur le Jourdain de leré^o ; ils campèrent dans les plaines de Moab sur le Jourdain depuis Bè^ les'imo^ jusqu'à Abel-S'ittim ^

*^ Dans les plaines de Moab sur le Jourdain de lerébo, TÉternel parla à Moïse et lui dit : Parle aux Israélites et dis-leur : Quand vous aurez passé le Jourdain et que vous serez entrés au pays de Canaan, vons chasserez devant vous tous les habitants du pays ; vous détruirez toutes leurs idoles , et toutes leurs images de fonte et vous ruinerez tous leurs hauts-lieux ; vous prendrez possession du pays et vous vous y établirez : car c'est à vous que je le donne pour le posséder. Vous le répartirez entre vous au sort par clans ; aux plus nombreux vous assignerez un patrimoine plus grand, aux moins nombreux un patrimoine plus petit ; à chacun appartiendra ce que le sort lui assignera ; vous ferez la répartition entre vous par tribus patriarcales'. Mais si vous ne chassez pas devant vous les habitants du pays, ceux que vous y laisserez deviendront des épines dans vos yeux et des dards dans vos côtés, et ils vous serreront de près dans le pays que vous habiterez ; et ce que j*ai voulu leur faire à eux, je vous le ferai à vous.

* Et l'Éternel parla à Moïse en ces termes : Donne tes ordres aux Israélites et dis-leur : Quand vous entrerez au pays de Canaan, voici quel sera le territoire qui doit vous échoir comme propriété : le pays de Canaan selon ses hmites. Votre frontière méridionale' partira du

1 D'après cette liste, qui introduit quelques noms que nous avons déjà rencontrés au chap. XXI, 10 suiv., on est amené à croire que la caravane passa au nord du pays d'Édom par le chemin le plus direct pour arriver au Jourdain en tournant la mer morte. D'après chap. XXI, i, au contraire, elle aurait fait le long détour du pays des Âdomites.

S Reproduction de ce qui est dit Nomb. XXVI, 52 s.

' Bien que la situation de toutes les localités nommées ici ne puisse plus être exactement déterminée, le tracé général sera facile à établir si l'on tire sur la carte une ligne droite depuis la pointe méridionale de la mer morte jusqu'à l'angle sud-est de la mer Méditerranée. Arorient, cette ligne prend naissance à \^ Montée des scorpions^ c'est-àdire probablement à la digue transversale naturelle qui sépare les eaux du Ghor [de la vallée du Jourdain et de ses lacs) de celles de VArabah (de la vallée qui aboutit au golfe élanitique}. A l'ouest, elle aboutit à l'embouchure du torrent d'Egypte, c'est-à-dire au Wadi el Arish. Le désert de Çin reste au sud de cette ligne.

désert de Çin, du côté d'Édom ; elle partira, vers Torient, de l'extrémité du lac salé ; puis elle tournera au midi de la montée des scorpions et passera à Çin ; elle se dirigera au sud de Qades'-Barnéa*, puis sur Çaçar-Addar, et passera à 'Açmôn; et de 'Açmôn la frontière se tournera vers le torrent d'Egypte et aboutira à la mer. • Et quant à la frontière occidentale, la grande mer sera votre frontière. Ce sera là votre frontière vers l'ouest*. Et voici quelle sera votre frontière septentrionale : depuis la grande mer vous tracerez une ligne jusqu'à la montagne de Hor ; de là vous tracerez une ligne vers ïlamat, et la frontière viendra aboutir à Çedad ; puis elle se dirigera sur Zifrôn, et aboutira à Çaçar-'Ênan. Ce sera là votre frontière septentrionale*. *°Puis vous vous tracerez une ligne pour la frontière orientale depuis Çaçar-'Ênan jusqu'à S'efam, et cette frontière descendra de S'efam à Riblah, à l'est de 'Aïn, puis elle descendra et touchera le bord oriental du lac de Kinnéret ; ensuite elle descendra au Jourdain et aboutira au sac salé*. Voilà quel sera votre territoire selon ses frontières tout autour.

*' Moïse transmit cet ordre aux enfants d'Israël en disant : Voilà le territoire que vous vous partagerez par la voie du sort, et que l'Éternel a prescrit de donner à neuf tribus et à la demi-tribu. Car la tribu des Reoubénites et la tribu des Gadites, pour leurs familles, ainsi que la moitié de la tribu de Menass'eb ont déjà reçu leur

^ Délimitation idéale ou purement théorique. Jamais les Israélites ne sont parvenos à déloger ou à soumettre les populations qui occupaient la côte, les Philistins au sud et les Phéniciens au nord. Ils ne l'ont môme jamais essayé ; car la notice Juges I, 18 n'est confirmée par aucun autre texte. Ce n'est qu'entre ces deux peuples, au promontoire du Carmel et dans les contrées avoisinantes, qu'ils ont réussi à atteindre la mer.

2 Celle-ci est aujourd'hui la moins facile à déterminer. Tous les noms du texte, à l'exception d un seul (qui ne peut que nous égarer), sont inconnus. La montagne de Ilor, qu'on ne confondra pas avec celle du sud [Hor signifie montagne), doit être quelque promontoire formé par le Liban. Hamat est une ville souvent nommée dans la Bible et existant encore aujourd'hui au nord, dans la Syrie, mais qui ne paraît pas avoir jamais été soumise aux Israélites. Il se pourrait que ce nom désignât ici, non cette ville, mais le territoire dont elle était le chef-lieu, de manière que la frontière de Canaan aurait touché à celle de Ilamat. Le point aboutissant au nord-est ne peut pas être déterminé avec ce que dit le texte. Le fait est que les Israélites ne paraissent avoir étendu leur domination que jusqu'au pied des deux hautes chaînes du Liban, tout au plus, et temporairement, jusqu'à la digue transversale dans la vallée qui les sépare. En tout cas, le Ilermôn (masse méridionale de l'Antiliban, Djebel el Tseldj) n'y a pas été compris.

•^ Quoique les noms propres des v. 10 et 11 nous soient inconnus, il est clair que c'est la vallée du Jourdain môme, depuis les sources du fleuve jusqu'à son embouchure, avec les lacs qu'il traverse, qui est indiquée ici comme limite orientale. Le pays à l'orient du Jourdain reste en dehors. Sur les diverses délimitations du territoire Israélite, voy. l'Introduction, p. 48.

patrimoine. Ces deux tribus et la demi-tribu ont reçu leur patrimoine au-delà du Jourdain de leré^o vers l'orient.

** Puis rÉternel parla à Moïse en ces termes : Voici les noms des hommes qui répartiront le pays entre vous : le prêtre Éle'azar et Josué fils de Noun. De plus, vous prendrez un émir par tribu pour faire la répartition. Voici les noms de ces hommes : de la tribu de Juda, Kaleb fils de lefounnéh ; de la tribu des S'ime'ônites, S'emouël fils de *Ammihoud ; de la tribu de Benjamin, Élîdad fils de Kislôn ; de la tribu des Danites un émir, Bouqqî fils de loglî ; des enfants de Joseph, de la tribu des Menass'ites un émîr, IJannîël fils d'Éfod ; de la tribu des Éphraïmites un émîr, Qemouël fils de S'iftan; de la tribu des Zeboulounites un émîr, Éliçafan fils de Parnak ; de la tribu des Yissakarites un émîr, Paltîël fils de *Azzân ; de la tribu des As'érites un émîr, Ahihoud fils de S'elomî ; et de la tribu des Neftalites un émîr, Pedahel fils de 'Ammihoud. Voilà ceux que rÉternel désigna pour faire la répartition entre les enfants d'Israël au pays de Canaan * .

* L'Étemel parla à Moïse dans les plaines de Moab sur le Jourdain de leréko, en ces termes : Ordonne aux Israélites de céder aux Lévites, sur la part qui leur doit échoir en propriété, des bourgades pour s'y établir; et la banlieue de ces endroits, la terre à l'entour, vous la leur donnerez aussi. Ces bourgades leur serviront de lieu d'habitation *, et leurs banlieues seront pour leur bétail, et pour leurs biens et pour toutes leurs bêtes. Et les banlieues des bourgades que vous donnerez aux Lévites, depuis le mur d'enceinte vers le

1 Le texte ne nomme que dix répartiteurs, parce que Grad et Reouben sont hors de cause. Ils ne sont point nommés ailleurs, à Texception de Kaleb, et les deux directeurs de Topération, le prêtre et le général en chef. Ils sont nommés émirs, c'est-à-dire chefs de tribus, et si leurs noms ne sont plus les mômes qu'au chap. II, cela s'explique par le fait que la précédente génération a dû disparaître.

^ Cette ordonnance relative aux villes l&oitiques, que nous rencontrons encore ailleurs dans la loi [Lév. XX V^ 32 s. Jos. XXIJ, est inconnue à l'histoire, et de plus, passable^ ment obscure, sans compter qu'elle ne cadre pas bien avec la loi qui ne permet pas aux Lévites de fonctionner ailleurs qu'au lieu saint unique. D'abord on n'apprend pas si les Lévites ne doivent avoir que leur demeure dans certaines villes, ou si ces villes doivent être occupées par eux exclusivement. Ce qui est dit de la banlieue, semble militer en faveur de cette dernière interprétation, qui cependant est positivement contraire aux faits. Du reste, la loi considérée en théorie est tout a fait conforme aux autres dispositions relatives aux Lévites (chap. XVIII, 20, 23). Ils n'ont pas de territoire propre comme tribu agglomérée; ils doivent recevoir la dime de tous les Israélites, ce qui aurait été très-difficile à exécuter s'ils avaient tous habité un seul point du pays. Pour le fond, voy. l'Introduction, p. 173, où est aussi discutée la question soulevée a propos de ce qui va suivre.

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dehors, seront de mille coudées de tous côtés. Et vous mesurerez, en dehors de la bourgade, le côté oriental, deux mille coudées, et le côté méridional, deux mille coudées, et le côté occidental, deux mille coudées, et le côté septentrional, deux mille coudées, la bourgade au centre. Voilà quelles seront les banlieues de ces bourgades*. •Et pour ce qui est des bourgades que vous donnerez aux Lévites, ce seront les six lieux de refuge que vous aurez désignés pour que les meurtriers s'y retirent, et en outre vous leur en donnerez quarantedeux autres : et le nombre total des bourgades que vous donnerez aux Lévites sera de quarante-huit avec leurs banlieues. Et quant à CCS bourgades, à prendre sur le patrimoine des Israélites, chaque tribu en donnera aux Lévites en raison de la part qui lui sera échue: celle qui en aura plus en donnera plus, et celle qui en aura moins en donnera moins*.

^ L'Éternel parla à Moïse en ces termes : Parle aux Israélites et dis-leur : Quand vous aurez passé le Jourdain pour entrer au pays de Canaan, vous choisirez des bourgades qui vous serviront de lieux de refuge, où se retirera le meurtrier qui aura tué un homme par mégarde. Ces bourgades vous serviront de lieux de refuge contre le vengeur', afin que le meurtrier ne soit pas mis à mort avant d'avoir

^ Ces lignes contiennent un problème géométrique qui a paru insoluble à beaucoup d'interprètes^ et qui Test en effet avec nos traductions vulgaires. La difficulté provient de ce que le v. 4 parait parler d'une forme circulaire, ou de ce qu'on traduit péah par angle. Mais le texte parle d'un carré dont chaque côté a 2000 coudées, soit un kilomètre ; du centre (iddal) de la bourgade (ou du carré) à la limite, il y aura donc une ligne (perpendiculaire au côté) de 1000 coudées ou 500 mètres.

2 Ce qui est dit au 21 • chapitre de Josué est en contradiction avec cet ordre de Moïse. Voir l'Introduction, loc. cit.

3 Nous conservons co terme faute de mieux, mais nous tenons à déclarer qu'il ne répond pas à la notion exprimée par l'original. Le godl (dont le nom se rencontre fréquemment dans les causes civiles) n'est pas un vengeur (ultor), mais l'ayant-droit qui réclame, qui fait une revendication (vindex). On sait que chez beaucoup de peuples, à défaut d'institutions juridiques et légales, ou par l'effet des mœurs barbares, le plus proche parent avait le devoir et était tenu d'honneur de l'éclamer de la part du meurtrier le sang de la victime, c'est-à-dire de le tuer ù son tour. De fait, cela revenait ù une vengeance privée, mais le terme de goël ne dit pas cela. La loi (qui est reproduite plusieurs fois, Ex. XXI, 12. Deut. IV, 41 s. ; XIX, 1 ss.) est un essai de parer aux inconvénients de cette coutume, qui pouvait entraîner à des actes de criante injustice et à des haines do famille permanentes. Le législateur constitue ici une espèce de jury pour juger le degré de culpabilité. Les mœurs traditionnelles sont telles qu'au premier moment il n'y a que la fuite qui puisse sauvegarder la vie d'un homme qui aurait commis un homicide involontaire ; puis, dans le cas où le jury aurait prononcé un verdict Je condamnation, la même coutume populaire prévalait et le coupable était livré à la partie lésée.

comparu devant la communauté pour être jugé. Et les bourgades que vous désignerez comme lieux de refuge seront au nombre de six. Trois de ces bourgades, vous les désignerez au-delà * du Jourdain, et les trois autres au pays de Canaan. Ce seront des lieux de refuge; c'est aux Israélites et aux étrangers établis parmi eux que ces bourgades serviront de lieux de refuge, pour que quiconque aura tué un homme par mégarde puisse s'y retirer. *• Mais s'il l'a frappé avec un instrument de fer de manière qu'il en soit mort, c'est un meurtrier; un tel meurtrier doit être mis à mort. Et s'il l'a frappé avec une pierre lancée de sa main et qui pouvait donner la mort, et que l'autre en soit mort, c'est un meurtrier ; un tel meurtrier doit être mis à mort. Ou bien s'il l'a frappé avec un instrument de bois qu'il tenait à la main, et qui pouvait donner la mort, et que l'autre en soit mort, c'est un meurtrier ; un tel meurtrier doit être mis à mort. C'est le vengeur du sang qui mettra à mort le meurtrier; il pourra le tuer dès qu'il le rencontrera. Si quelqu'un frappe un autre par haine, ou s'il lui jette une pierre avec préméditation, de manière qu'il en meure, ou s'il l'a frappé de sa main par inimitié de manière qu'il en soit mort, celui qui a frappé doit être mis à mort, c'est un meurtrier ; le vengeur du sang pourra le tuer dès qu'il le rencontrera. ** Mais s'il l'a frappé par hasard et non par inimitié, ou qu'il ait jeté contre lui quelque instrument sans préméditation, ou si, sans le voir, il a laissé tomber sur lui quelque pierre qui pouvait donner la mort, et que l'autre en soit mort, sans qu'il ait été son ennemi, et sans qu'il ait cherché à lui faire du mal, dans ce cas la communauté interviendra, d'après ces règles, entre celui qui aura frappé et le vengeur du sang, et la communauté mettra le meurtrier à l'abri du vengeur du sang en le faisant retourner au lieu de refuge où il se sera retiré, et il y restera jusqu'à la mort du grand-prêtre qu'on aura oint de l'huile sainte*.

1 Remarquez cet au-delà opposé ù Canaan, lieu de séjour de l'écrivain. Introduction, p. I3l s.

^ On voit ici combien les lois sont impuissantes contre les mœurs. La communauté a beau absoudre le meurtrier dans les cas précités, cela ne le garantit pas contre la haine du Goël. Il n'y a pour lui de salut que dans une espèce d'exil. S'il quitte imprudemment son asile, tant pis pour lui, il risque d'être tué et son meurtrier n'est pas responsable. De pareilles lois ne s'expliquent pas par n'importe quelle combinaison mystique qu'il plait aux commentateurs d'imaginer. Elles montrent que la législation, avec ses intentions civilisatrices, avait à lutter contre des obstacles presque insurmontables, et qu'elle n'est pas parvenue à créer, du premier coup, un état social régulier et digne de ce nom. Cela se voit surtout par ce qui est dit de la mort du grand-prêtre. C'était, à vrai dire, abandonner la vie de Thomme au pur hasard ; car le prêtre pouvait mourir le lendemain. Tout ce qu'on peut y voir, c'est que le législateur, par cette disposition additionnelle, espérait faire gagner du temps au fugitif, et permettre à la passion de son adversaire de s'apaiser.

Mais si le meurtrier sort du territoire de son lieu de refuge où il se sera retiré, et que le vengeur du sang le trouve hors de ce territoire, et le tue, il ne sera pas responsable du sang versé. Car . l'autre aurait dû rester dans le lieu de refuge jusqu'à la mort du grand-prêtre, et ce n'est qu'après la mort du grand-prêtre que le meurtrier pourra retourner dans sa propriété. ** Ce sera là une règle de droit perpétuelle partout où vous serez établis : toutes les fois que quelqu'un aura tué un homme, c'est sur la déposition de témoins qu'on mettra à mort le meurtrier; mais un témoin unique ne devra pas déposer contre quelqu'un de manière à le faire condamner à mort*, et vous n'accepterez point de rançon pour la vie d'un meurtrier condamné à mort, mais il doit être mis à mort. Vous n'accepterez pas non plus de rançon pour laisser fuir quelcju'un au lieu de refuge, sauf à revenir habiter le pays avant ' la mort du prêtre. Vous ne devez pas profaner le pays dans lequel vous vous trouvez, car le sang profane le pays et il n'y a point d'expiation pour le pays à l'égard du sang qui aura été versé, si ce n'est moyennant le sang de celui qui l'a versé*. Et vous ne souillerez pas le pays où vous demeurerez et au milieu duquel moi je demeure aussi : car moi l'Éternel, je demeure au milieu d'Israël.

* Les chefs de famille du clan des G'ile'adites, descendants de Makir fils de Menass'eh, des clans des fils de Joseph, vinrent parler en présence de Moïse et des émîrs, chefs de famille des Israélites, et dirent : L'Éternel a ondonné à mon seigneur de donner le pays en propriété aux Israélites par la voie du sort, et mon seigneur reçut Tordre de la part de l'Éternel de donner le lot de notre iVêre Çelofliad à ses filles *. Or, si elles se marient à quelqu'un des fils des autres tribus d'Israël, leur patrimoine sera distrait de celui do nos pères, et ajouté à celui de la tribu dans laquelle elles se marieront, et sera distrait de notre lot. Et quand viendra le

1 Comp. Deut. XVII, 6; XIX. 15.

2 Et non pas : après. Le texte dit qu'il faut que le réfugié reste dans Tasilc et ne doit pas obtenir sou exeat au moyen d'une rançon.

3 Cette idée est reproduite plus d'une fois dans les récits historiques. Voyez par exemple 2 Sam. III, 29, 1 Rois II, 5 s.

* Chap. XXVII, 1 ss. Il avait été dit qu'à défaut de fds, les fdles hériteraient dos bien> paternels; mais si ces fdles héritières contractaient mariage en dehors de leur tribu, leur patrimoine passait à une autre tribu. Dans ce cas, le patrimoine commun et clos de la promitre tribu était entamé, su limite enfreinte, et il s'ensuivait une espèce dintrusiou étrangère, ce qui était contraire à l'esprit de la législation (ou à l'état de choses primitit après la conquête), d'après laquelle les domaines des tribus devaient rester séparés.

NOMBRES XXXVI, 5-l3. 271

jubilé * pour les Israélites, leur patrimoine se trouvera ajouté à celui de la tribu dans laquelle elles se seront mariées, et distrait de celui de nos pères. ' Alors Moïsoj d'après l'injonction de TÉtemel, donna ses ordres aux Israélites en disant: La réclamation de ceux de la tribu de Josepb est juste. Voici ce que TÉternel ordonne aux filles de Çelof^ad : elles pourront se marier à qui elles voudront, seulement elles devront se marier dans une famille de la tribu de leur père, afin qu'aucun patrimoine des Israélites ne passe d'une tribu à l'autre, mais que chaque tribu reste en posession du patrimoine de ses pères. Et toute fille héritière d'un patrimoine dans l'une des tribus d'Israël se mariera à quelqu'un d'une famille de sa tribu paternelle, afin que les Israélites restent en possession chacun du patrimoine de ses pères, et qu'aucun patrimoine ne passe d'une tribu à l'autre, mais que chaque tribu garde le sien. Les filles de Çelof^iad firent ce que Moïse leur ordonna : Ma^lah, 'Jirçàh, ^oglah, Milkah et No'ah se marièrent dans leur proche parenté, à des hommes des clans Menass'ites de la race de Joseph, et leur patrimoine resta à la tribu dont la famille de leur père faisait partie.

*' Voilà les lois et commandements que l'Éternel fit promulguer par Moïse pour les Israélites, dans les plaines de Moab sur le Jourdain de lerébo*.

^ Lév. XXV, 10. Dans Tannée du jubilé, les biens-fonds devaient revenir au premier possesseur, si dans TiotervaUe il y avait eu mutation de propriété. Cette disposition ne pouvait profiter aux Menass'ites dans le cas présent ; car par le fait du mariage

des 61les de Çelof^ad avec des étrangers, ceux-ci seraient devenus les véritables propriétaires.

* Sur cette formule de clôture, voyez l'Introduction, p. 245.

Voici les discours que Moïse adressa à tout Israël, au delà du Jourdain, au désert, dans la plaine [en face de Souf, entre Paràn et Tofel, et Laban, et IJaçéroJ, et Dî-zahab, à onze journées du IJoreb, sur la route des montagnes de Çé'îr, jusque vers Qades'-Barnéa'J. Ce fut le premier jour du onzième mois de la quarantième année que Moïse parla aux enfants d'Israël, conformément à ce que rÉtemel lui avait ordonné de leur dire, après qu'il eut battu Sî^on, le roi des Émorites, qui résidait à IJes'bôn, et *0g, le roi du Bas'an, qui résidait à 'As'tarot, à Édréï. Ce fut au delà du Jourdain, dans le pays de Moab, que Moïse entreprit d'expliquer la loi qui suit, en disant^ :

I Cette espèce de préambule ou de titre amplifié du livre présente une certaine difficulté que les commentatenrs n'ont pas réussi à écarter. Nous ne saurions, pour notre part, nous refuser a l'impression qu'il est destiné à annoncer ou introduire ce qui va suivre, ce qui est appelé Y explication de la loi qui suit^ et à déterminer la localité où cette communication de Moïse a eu lieu. Or, cette localité nous semble clairement déterminée quand il est parlé du pays de Moab (ailleurs appelé la plaine de Moab], au delà du Jourdain. De plus, nous y trouvons la fixation de l'époque à laquelle ce code est rapporté, c'est la quarantième année depuis la sortie d'Egypte. Ce qui est dit de la victoire sur les rois Émorites, Nb. XXI, ne peut laisser aucun doute à cet égard, et jamais personne n'aurait hésité à se rendre à cette évidence, sans les indications géographiques que nous avons mises entre crochets. En tant que les localités désignées en cet endroit nous sont connues [car toutes ne le sont pas], elles nous ramènent à une époque antérieure, et à vrai dire, si tant est que Souf doive être identifié avec le golfe de Suez, ou du moins être cherché de ce côté-là, la nomenclature semble devoir embrasser toute la période de la migration depuis la sortie d'Egypte, jusqu'à l'arrivée sur la frontière de Canaan (Qades'-Baméa'J .

A. T. 3« part. — II. 18

274 DEUTÉRONOME I, 6-t3.

• L'Éternel, notre Dieu, nous a parlé au IJoreb en ces termes : «Vous vous êtes assez longtemps arrêtés à cette montagne. Partez, et dirigez-vous vers les montagnes des Émorites et de leurs voisins, qui sont dans la plaine, sur le plateau, dans le bas pays, au midi et sur le littoral *, le pays des Cananéens et le Liban, jusqu'au grand fleuve, TEupbrate. Voyez, je vous livre ce pays î Allez * donc prendre possession du pays que TÉternel a promis par serment de donner à vos pères, Abraham, Isaac et Jacob, et à leur race après eux.» 'A cette époque je vous disais : Je ne puis me charger de vous, à moi tout seul. L'Éternel votre Dieu vous a multipliés, et vous êtes aujourd'hui aussi nombreux que les étoiles du ciel. Puisse l'Éternel, le dieu de vos pères, augmenter votre nombre mille fois encore, et vous bénir comme il l'a promis : mais comment porterais-je à moi seul la charge et le fardeau de vos affaires? Choisissez des hommes sages, prudents et connus dans vos tribus, pour que je les mette à votre tête '. Et vous me répondiez en disant : La chose que tu nous pro-

Cela a donné lieu à dilTérentes hypothèses qui nous semblent contraires à Tesprit do texte. On a traduit : Voilà les discours, etc., comme si cette première phrase (et elle seule) se rapportait au passé. On s'est efforcé de trouver les lieux nommés dans le texte au pays de Moab mâme, ou bien on a prétendu étendre le nom de la plaine (de MoabJ jusqu'à la mer rouge, pour arriver ainsi au voisinage du I^oreb. On a enfin proposé de regarder les discours qui stiivent comme le résumé ou la reproduction de tous les discours antérieurs. Et c'est là certainement le point de vue de ceux qui ont donné au dernier livre de la loi le nom de Deutéronome, ou Seconde législation. Mais il nous est impossible d'admettre que Tauteur ait voulu exprimer cette pensée ; car dans les pages qui suivent^ et qui contiennent un discours de Moïse, il n'est pas question de reproduire des choses déjà dites ; le prophète résume l'histoire de la migration elle-même jusqu'au moment présent. Nous ne pouvons donc voir dans la phrase en question qu'une addition étrangère, écrite précisément dans l'hypothèse mentionnée en dernier lieu. — Pour les noms propres, voy. Nomb. X, 12 ; XI, 35 ; XII, 16, et peut-être XXXIII, 22 (Libnah pour Laban?). — Il sera superflu de faire remarquer que celui qui raconte que Moïse a parlé aux Israélites au deUi du Jourdain (à l'orient, Nomb. XXXII, 19), a vécu et écrit lui-mOme en-deçu. Voyez du reste sur les quatre premiers chapitres de ce livre, l'Introduction, p. 204 s.

1 Plaine [du Jourdain'?), plateau, bas pays, midi et littoral, forment la division a la fois naturelle et usuelle du territoire (la Philistie comprise). Comp. Jos. X, 40 ; XI, 16. etc. On peut cependant dire que cette division naturelle était essentiellement usitée dans et pour le royaume de Juda. Seulement dans ce dernier cas on nommait le midbar (steppe , et non V^arabah (plaine).

'^ Cette phrase nous paraît devoir être mise encore dans la bouche de Dieu.

'^ Ceci rappelle les deux relations Ex. XVIII et Nomb. XI, avec lesquelles la nôtre a des analogies qui vont jusqu'à l'identité textuelle, mais dont oUe se sépare au>si par des variantes notables. Ici le choix des chefs et juges est placé au Sinaî même, tandis que dans l'Exode il était fait antérieurement, et que dans les Nombres il ne se fait que plus tard. Ici c'est le peuple qui fait le choix, ailleurs c'est Moïse; d'autres varianU's

poses de faire est bonne. Alors je pris les chefs de vos tribus, des hommes sages et connus, et je les plaçai à votre tète comme chefs de mille, de cent, de cinquante et de dix, et comme officiers dans vos tribus. Et en même temps je donnai des ordres à vos juges en disant : Écoutez les causes de vos frères et jugez avec justice entre Tun et l'autre, et entre eux et l'étranger; n'ayez point égard aux personnes ; écoutez le plus petit comme le plus grand ; n'ayez peur de personne; car le jugement relève de Dieu. Et si une affaire vous parait trop difficile, portez-la devant moi, pour que je l'entende. A cette époque je vous prescrivis tout ce que vous aviez à faire.

"Puis nous partîmes du IJoreb et nous traversâmes tout ce. grand et terrible désert que vous avez vu, dans la direction des montagnes des Émorites*, comme l'Éternel notre Dieu nous l'avait commandé, et nous arrivâmes à Qades'-Barnéa*. Là je vous dis : Vous voilà arrivés aux montagnes des Émorites que l'Éternel notre Dieu veut nous donner. Voyez, l'Éternel, votre Dieu, vous livre ce pays ; montez-y, emparez-vous en, comme l'Étemel, le Dieu de vos pères, vous l'a promis ; n'ayez pas peur, ne craignez rien ! Alors vous vîntes à moi tous et vous dîtes : Nous voulons envoyer en avant des hommes qui exploreront ce pays pour nous ', et qui nous feront un rapport sur la route par laquelle nous y entrerons, et sur les villes vers lesquelles nous arriverons. *' Cette proposition me convint, et je pris douze hommes d'entre vous, un par tribu. Et ils s'y dirigèrent et allèrent à ces montagnes, et ils arrivèrent à la vallée d'Es'kol, et ils explorèrent le pays. Et ils emportèrent des produits du pays et nous les rapportèrent, et ils nous rendirent compte en disant : c'est un beau pays que celui que l'Étemel notre Dieu nous donne. Mais vous ne voulûtes pas y monter et vous fûtes rebelles à l'ordre de rÉtemel, votre Dieu. Vous vous mîtes à murmurer dans vos tentes %

sont moins importantes ; cependant elles prouvent également que nous avons ici une autre conception de l'histoire. Cela est encore le cas relativement au nombre des personnes choisies.

1 Cette désignation est très-vague. Nous trouvons des Emorites des deux côtés du Jourdain et dans la partie méridionale de Canaan. On pourra môme dire que les Émorites sont placés ici pour les Cananéens en général. Les montagnes sont en tout cas le plateau^ en opposition avec la plaine du Jourdain et le littoral de la Méditerranée. Qades'-Barnéa* se*' trouve sur la frontière méridionale du pays de Canaan, et c'est par là que Moïse voulait'y pénétrer.

* Pour l'histoire des espions, il faut comparer Nomb. XIII, XIV, où elle est un peu autrement racontée.

^ Cela doit dire que l'opposition commença par se manifester secrètement, dans des conciliabules. Les paroles prêtées aux Israélites ne se lisent pas dans l'autre relation. On remarquera aussi que Moïse, d'après la conception générale des récits mosaïques, s'adresse ici à une génération différente de celle qui avait refusé d'aller en avant.

et VOUS (lisiez: C'est parce que l'Étemel nous hait qu'il nous a fait sortir du pays d'Egypte, pour nous livrer aux Émorites, afin de nous anéantir : où devons-nous aller ? Nos frères nous ont tout à fait découragés en disant : c'est un peuple plus grand que nous et de plus haute taille ; nous y avons même vu des géants. '• Et je vous dis * : Ne vous laissez pas effrayer et n'ayez pas peur d'eux ! L'Éternel, votre Dieu, qui marche à votre tète, combattra aussi pour vous, comme il l'a aussi toujours fait pour vous et sous vos yeux en Egypte, et dans le désert, où vous avez vu que l'Éternel, votre Dieu, vous a portés, comme un père porte son enfant, pendant tout le trajet que vous avez fait jusqu'à votre arrivée en ce lieu-ci. Et avec cela vous refusiez d'avoir foi en l'Éternel, votre Dieu, qui marchait à votre tète pour vous trouver un lieu de campement, de nuit dans le feu, pour que vous vissiez la route où vous marchiez, et de jour dans la nuée. '* Quand l'Éternel entendit vos discours, il en fui irrité et jura en disant : «Pas un seul de ces hommes, de cette génération méchante, ne verra le beau pays (jue j'avais juré de donner à vos pères • : Kaleb seul, le fils de lefounneh, le verra, et à lui et à ses fils je donnerai le territoire où il a passé, parce qu'il a pleinement satisfait l'Éternel.» Contre moi aussi l'Éternel était courroucé à cause de vous, et il dit: «Toi, tu n'y entreras pas non plus'! Josué le fils de Noun, ton serviteur, y entrera : encourage-le, car il le partagera aux Israélites. Et vos petits enfants, dont vous dites qu'ils seront ravis, et vos fils qui aujourd'hui ne distinguent pas encore le bien et le mal, ce sont eux qui y entreront, c'est à eux que je le donnerai et ce sont eux qui s'en empareront. Mais vous, tournezvous et partez pour le désert dans la direction de la mer aux algues *.))

** Alors vous prîtes la parole et vous dites : Nous avons péché contre l'Éternel ; nous voulons monter et combattre, tout comme l'Éternel notre Dieu nous l'a commandé. Et chacun de vous ceij^il son épée, et vous vous hasardâtes à marcher vers les montagnes. Mais rÉlcrnel me dit : Dis-leur : «N'y allez pas et n'attaquez pas, de peur que vous ne soyez repoussés par vos ennemis, car je ne serai pas avec vous.» Et je vous parlai, mais vous ne vouliUes pas écouter; vous fûtes rebelles à l'ordre de l'Éternel, et dans votre outrecuidance vous marchâtes vers les montagnes. Alors les Émorites qui habitaient ces montagnes marchèrent à votre rencontre et vous

^ L autre relation ne mentionne pas ce discours. '^ Nomb. XIV, 23.

•^ Nomb XX, 12, oii cependant \p. motif est un outre. "* Direction qui les éloignait de Canaan .

DEUTÉRONOME I, 44-46. II, t-8. 277

pourchassèrent comme un essaim de guêpes, et vous battirent en Çé'ir jusqu'à IJormah*. Alors vous en vîntes à pleurer devant rÉternel, mais il ne vous écouta point, et ne voulut point vous entendre. Et vous demeurâtes à Qades', pendant un long temps, aussi longtemps que vous y êtes restés *.

* Puis nous nous tournâmes et nous partîmes pour le désert, dans la direction de la mer aux algues, comme TÉternel me l'avait ordonné, et nous tîmes le tour des montagnes de Sé*ir pendant un long temps. Alors l'Éternel s'adressa à moi en ces termes : Vous avez assez longtemps fait le tour de ces montagnes; tournez- vous vers le nord. Donne des ordres au peuple et dis-lui : Vous allez passer sur le territoire de vos frères les fils de 'ɧaw ' qui demeurent en Çé'îr ; ils ont peur de vous *, mais soyez bien sur vos gardes et ne vous chamaillez pas avec eux, car je ne vous donnerai rien de leur pays, pas même la largeur d'une semelle : car c'est à 'Éçaw que j'ai donné les monts de §é'îr en propriété. Vous achèterez d'eux des vivres pour de l'argent, pour avoir de quoi manger, et vous vous procurerez de l'eau de chez eux à prix d'argent, pour avoir à boire; car l'Éternel votre Dieu vous a bénis dans toutes vos affaires * ; il s'est intéressé à votre passage à travers ce grand désert : voilà (quarante ans que l'Éternel votre Dieu est avec vous, et ne vous a laissés manquer de rien.

•Puis nous passâmes d'auprès de nos frères, les fils de 'Éçaw qui demeuraient en §é'îr, en quittant le chemin de la plaine, Êlat et *Eçyôn-G'ébr, et nous nous tournâmes pour marcher dans la direction des steppes de Moab*. Et l'Éternel me dit : N'attaquez pas

I Voyez pour cette histoire, Nomb. XIV,, 41 s., où d'autres noms sont nommés à la place des Ëmorites. — Les anciennes versions ont mis : depuis Sé'ir, ce qui ne fait pas disparaître la difficulté. Çé*îr, les montagnes des Édomites, n'ont pas été le théâtre de cette affaire.

^ Gela veut dire un temps indéterminé. Le rédacteur aurait-il été d'avis que les Israélites y passèrent les trente-huit ans au sujet desquels les autres textes se taisent ? (Voyez cependant V. 14.)

3 Le passage par le pays des Édomites aurait été tenté» mais en vain, d'après Nomb. XX^ 14 s. Ici il n'est question que d'un projet, mais non d'une tentative^ et la caravane passe à côté. Si le sens du présent récit devait être que le projet fut exécuté, et que les Édomites vendirent réellement des vivres (chap. II, 29), il serait en contradiction avec l'autre texte. Pour ce qui est dit des montagnes de Sé'ir, dont on doit avoir fait le tour, voyez la note sur Nomb. XXI^ 4.

^ Le contraire est dit Nomb. XX, 18 s.

^ C'est-à-dire : vous avez de quoi payer.

G La notice géographique relative à la route suivie n'est pas trop claire. *Élat et 'Eçyon-G'ebr sont deux ports sur le golfe oriental de la mer rouge. La plaine {'Ârabah)

les Moabites, et n'engagez point de combat avec eux; car je ne vous donne rien de leur territoire en propriété, puisque c'est aux enfants de Lot* que j'ai donné 'Ar^ en propriété. ^^[AiUrefois c'étaient les Émîtes qui y demeuraient, un peuple grand, nombreux et de haute taille, comme les ^Anaqites, Us passaient pour géants tout comme les ^Anaqites, et les Moabites les appelaient Ém^ites. Et en Sé*ir demeuraient autrefois les horites, mais les fils de *Ésaw les dépossédèrent et les extenninèrent et s'établirent à leur place, comme les Israélites Vont fait également à l'égard de leur propre territoire que l'Étemel leur avait donné, '] Or, mettez-vous en marche et passez le ravin de Zerd! Et nous passâmes le ravin de Zerd. Et le temps que nous mîmes à marcher depuis Qades'-Barnéa* jusqu'au passage du ravin de Zerd fut de trente-huit ans, jusqu'à ce que toute la génération des gens de guerre eût disparu du camp, comme l'Éternel le leur avait juré *. Aussi bien la main de l'Étemel fut contre eux, aiin de les faire disparaître du camp jusqu'à extinction.

*• Puis, quand tous les gens de guerre parmi le peuple furent morts jusqu'au dernier, l'Éternel s'adressa à moi en ces termes : Vous allez passer aujourd'hui par le territoire de Moab *, le pays de 'Al', et vous vous trouverez tout près des 'Ammonites et en &ce d'eux : ne les attaquez point et n'engagez point de combat avec eux, car je ne vous donne rien du territoire des 'Ammonites en propriété, puisque c'est aux fils de Lot que je l'ai donné en propriété. '•[/( est également considéré comme un pays de géants; des géants y demeuraient autrefois; et les ^Ammonites les appelaient Zame-

ne peut être que la longue dépression du sol qui relie, comme une espèce de détroit terrestre^ la mer rouge à la mer morte. Sé'ir est le district montagneux qui longe cette ruelle. Le pays des Moabites est à l'est de la mer morte. On se dirigea donc d'abord vers le sud, jusqu'à la tôte du golfe, et puis on reprit la direction du nord, à l'est de r'Arabah.

J Gen. XIX, 37.

2 Nomb. XXI, 15.

3 Cette parenthèse interrompt le discours et est étrangère à la rédaction du récit. On remarquera qu'il y est question de la conquête de la Palestine comme d*un fait passé. Sur les Horites, voy. Gen. XXXVI, 20. Émîm pourrait être traduit par : Terrible». Une parenthèse analogue se rencontre quelques lignes plus bas (Introduction, p. 206).

1 Nomb. XIV, 29; XXVI, 65. — Le genre de mort n'est pas autrement déterminé, seulement la cause en est attribuée à Dieu même, qui les fit disparaître. Ce verbe est (•rdinaircraent employé d'une déroute causée par une panique ; ici il signifie plutôt une mortalité plus universelle et partant moins naturelle. V^i gens de guerre^ l'auteur désigne généralement les adultes, c'est-à-dire ceux qui l'avaient été à la sortie d'Egypte.

^ L'auteur paraît supposer un passage paisible et rapide à travers ce pays. Comp. cependant Nomb. XXII s.

zoummites; c'était un peuple grand, nombreux et de haute taille, comme les 'Anaqites, mais VÈtemel les extermina devant eux et Us les dépossédèrent et s'établirent à leur place^ comme il l'avait fait aussi pour les fils de *ÉsaWy devant lesquels il extermina les Horites qu'ils dépossédèrent, et à la placée desquels ils se sont établis jusqu'à ce jour. De même les 'Aiuwites, qui avaient leurs hameaux du côté de 'Azzah : les Kaftorites venus de Kaftor les exterminèrent et s'établirent à leur place*,] Mettez-vous en marche, partez et passez le ravin d'Arnon * ! Voyez, je vous livre Sî^ôn, le roi de ^es'bôn, TÉmorite, et son pays; commencez, emparez-vous en, et engagez le combat avec lui. Désormais je vais inspirer à tous les peuples sous le ciel la peur et la terreur à votre sujet; de manière qu'en entendant parler de vous ils trembleront devant vous et seront saisis d'angoisse.

'•Alors de la steppe de Qedémôt, j'envoyai vers Sî^ôn, le roi de Qes'bôn, des messagers avec des paroles de paix, en lui faisant dire : Nous désirons passer par ton territoire; nous suivrons la route sans en dévier ni à gauche ni à droite : tu nous vendras des vivres pour de l'argent, pour que nous ayons de quoi manger, et tu nous donneras de l'eau pour de l'argent, pour avoir à boire : nous nous bornerons à passer tout simplement (c'est ainsi qu'en ont agi ' envers nous les fils de *Ëçaw^, demeurant dans $é*ir, et les Moabites qui habitent 'Ar) jusqu'à ce que nous ayons passé le Jourdain pour entrer dans le pays que laheweh, notre Dieu, nous donne. Mais Sib^n, le roi de IJes'bôn, refusa de nous laisser passer chez lui; car l'Éternel, votre Dieu, avait raidi son esprit et endurci son cœur, afin de vous le livrer, comime cela est arrivé. Et l'Étemel me dit : Vois-tu, je suis prêt à vous livrer Sî^ôn et son pays : commencez,

1 Pour la parenthèse en général, voyez la note ci-dessus. L'interpolation est ici plus évidente encore que dans le premier cas. Le glosateur se laisse mÔme aller à ajouter une notice assez déplacée en cet endroit sur le pays des Philistins, dont les anciens habitants sont expulsés par des étrangers venus de Kaflor, c'est-à-dire de llle de Crète (Amo8 IX, 7. Jér. XLVII, 4). D'après Jos. XIII, 3, les *Awwites ont encore existé du temps de la conquête. Voyez aussi la note sur 1 Sam. XXX, 14.

2 Frontière septentrionale du pays de Moab. D'après cela il faut supposer que les 'Ammonites étaient établis plus à Test (au nord-est des Moabites), puisque, en sortant du pays de Moab, on se trouvait immédiatement sur le territoire des Émorites.

3 Ceci n'est pas dit au chapitre correspondant des Nombres (chap. XXI). — Il y a une apparente contradiction entre l'ordre de Dieu et le procédé de Moïse. Mais celui-ci est représenté ici comme voulant avoir un prétexte pour les hostilités, sachant d'avance, que sa demande ne serait pas accordée. L'assertion relative aux Édomites est en contradiction avec Nomb. XX, 20.

4 Voyez la note sur le v. 4.

280 DEUTÉRONOME II, 82-87. III, t-7.

emparez-vous en, pour en prendre possession ! '* Et Sif^ôn, avec toute sa troupe, marcha à notre rencontre pour nous combattre, vers lahaç; mais TÉternel, notre Dieu, le remit entre nos mains, et nous le massacrâmes, lui et ses fils*, et toute sa troupe; et nous primes alors toutes ses villes et nous mîmes au ban toute la population mâle, ainsi que les femmes et les enfants, sans laisser \ivre personne. Nous nous réservâmes seulement le bétail, et le butin des villes que nous avions prises. Depuis *Aro'ër, sur le bord du ravin d'Amôn, et la ville '^ de cette vallée, jusqu'en G'ile'ad, il n'y eut pas un seul endroit qui nous résistât; l'Éternel, notre Dieu, les remit tous entre nos mains. Seulement vous ne touchâtes pas au territoire des 'Ammonites, à tout ce qui se trouve du côté du ravin du labboq', ainsi qu'aux bourgades de la montagne et à tout ce que rÉtemel, notre Dieu, avait défendu.

* Puis nous montâmes dans la direction du Bas'an, et 'Og, le roi du Bas'an, avec toute sa troupe, marcha à notre rencontre pour nous combattre, vers Édré*i. Mais l'Éternel me dit : N'ayez pas peur de lui, car je vous le livre, ainsi que sa troupe et son pays, et vous en agirez à son égard comme vous en avez agi avec Sîhôn, le roi des Éraorites, qui résidait à Çes'bôn. Et l'Éternel, notre Dieu, nous livra aussi 'Og, le roi du Bas'an. avec toute sa troupe, et nous les massa* crames de manière à ne laisser vivre personne*. Nous prîmes alors toutes ses villes; il n'y en eut pas une que nous ne leur ayons enlevée : elles étaient au nombre de soixante, tout le district d' Argob *, le royaume de 'Og dans le Bas'an; toutes ces villes étaient fortlGées, à hautes murailles, à portes et verroux, sans compter les endroits ouverts, en grand nombre. Et nous les mîmes au ban, comme nous Tavions lait pour Sihôn, le roi de IJes'bôn ; de manière à faire mourir toute la population mâle, ainsi que les femmes et les enfanU?. Mais tout le bétail et le butin des villes, nous nous le réservâmes.

1 Dont il n'est pas fait mention dans Tautre relation. Dans le récit de la conquête du Bas'an (chap. lll, 3) la différence se reproduit, mais dans le sens opposé.

2 La cilk (par excellence), c'est précisément *Ar [ville], le chef-lieu des Moabites, laquelle^ étant située sur l'Arnôn^ se trouve former le point de départ de la conquête.

3 Comme le labboq se jette dans le Jourdain en traversant le district du G'ile'ad. et passe ainsi sur le territoire israélite, il ne peut être question ici que de son cours supérieur.

-1 Norab. XXI. 33 s.

^ On ne voit pas trop bien si Argob et Bas'an sont synonymes, ou si le premier nom désigne seulement une portion du royaume. Bas'an est la contrée à l'est du lac de Tibériade, la contrée alpestre au sud de l'Antiliban. On est enclin à identifier l'Argt^b avec le llaurùn des cartes actuelles, où la nature du terrain et sa formation volcanique facilitait beaucoup les travaux de fortification. D'après v. 14, c'est plutôt en G'ile'ad.

* C'est ainsi que, dans ce temps-là, nous enlevâmes leur territoire aux deux rois des Émorites au delà du Jourdain % depuis le ravin de l'Arnôn jusqu'aux monts Hermôn [Les Sidoniens appellent le Hermôn Siryôyi, et les Émontes rappellent Sejiîr^], toutes les villes du plateau, tout le G'ile'ad et tout le Bas'an, jusqu'à Salkah et Édré'i, les villes du royaume de 'Og dans le Bas'an [*0g, le roi du Bas'an, était le seul survivant du reste des géants : son lity un lit de fer, se trouve encore au chef-lieu des 'Ammonites, il est long de neuf coudées ordinaires et large de quatre coudées *], et nous prîmes possession de ce pays en ce temps-là, depuis 'Aro'ër qui est situé sur le ravin d'Arnôn. *' Et je donnai aux Reoubénites et aux Gadites la moitié du G'ile'ad avec ses villes; et le reste du G'ile'ad*, avec tout le Bas'an, le royaume de *0g, je le donnai à la demi-tribu de Menass'eh, tout le district d'Argob [Tout ce pays du Bas'an était appelé un pays de géants, laïr, fils de Menass'eh, conquit tout le district d*Argob jusqu'aux confins des G'es'ourites et des Ma'akatiteSy et nomma ces endroits [le pays du Bas'an) les bourgs de laïr, nom qui leur est resté *] ; et à Makîr * je donnai le G'ile'ad ; et aux Reoubénites et aux Gadites je donnai une portion du G'ile'ad jusqu'au ravin de l'Arnôn, vers le milieu du ravin et de son territoire, jusqu'au ravin du labboq, au territoire des 'Ammonites, et la plaine et le Jourdain, et le territoire depuis Kinnéret jusqu'au

1 Cette phrase parle d*un fait déjà éloigné qui s'est passé au delà du Jourdain. Elle est donc écrite en-deçà et après l'époque de Moïse.

^ Les noms de Çirjon, ou S'iryôn, et de Senir^ se rencontrent aussi chez les Hébreux, Ps. XXIX, 6. Éz. XXVII, 5. Cant. IV, 8, etc. Le Hermôn est proprement la partie la plus méridionale et la plus élevée de rAntiliban. Ce n'est pas une cime isolée, mais tout un système de montagnes, et les différents noms locaux s'expliquent sans peine.

3 Celte autre note, qui ne saurait dater de Tépoque de Moïse, prouve certainement qu'on montrait à Rabbah un objet qu'on appelait le lit de 'Og. Mais *0g n'était pas roi des 'Ammonites, et n'avait pas neuf coudées de long sur quatre de large. Les voyageurs modernes ont trouvé dans le pays beaucoup de sarcophages très-grands, en basalte, servant aujourd'hui d'abreuvoirs. Nous savons trop bien avec quelle facilité la tradition attache des légendes et des noms propres à des pierres ou d'autres objets plus ou moins singuliers, pour avoir besoin de nous livrera des conjectures au sujet de ce lit de géant.

^ Le labboq formant la limite entre les deux portions.

^ Encore une note étrangère qui interrompt le récit. La mention de laîr, conquérant Menass'ite (Nomb. XXXII, 39 s.), fait double emploi avec ce qui précède. Pour le glosateur, ce laïr est im personnage d'un autre âge. D'ailleurs le livre des Juges (chap. X, 3} contredit directement la présente tradition. Les G'es'ourites et les Ma*akatites doivent ôtre cherchés dans le voisinage du Hermôn.

6 Nom d'une portion de la tribu de Menass'eh.

282 DKUTÉRONOME III, 17-28.

lac de la plaine, le lac salé, au-dessous des versants du Pisgah, à Torient*.

** Alors je vous * donnai des ordres en disant : L'Éternel, votre Dieu, vous a donné ce pays-ci pour le posséder; vous allez passer en armes, tout ce qu*il y a parmi vous d'hommes vaillants, à la tète de vos frères, les fils d'Israël. Seulement vos femmes, vos enfants et votre bétail (je sais que vous en avez beaucoup) resteront dans vos bourgades que je vous ai données, jusqu'à ce que l'Éternel ait donné du repos à vos frères comme à vous, et qu'ils aient pris possession, eux aussi, du pays que l'Étemel, votre Dieu, leur donne au-delà du Jourdain; puis vous retournerez chacun dans la propriété que je vous ai donnée. Et en même temps je donnai des ordres à Josué en disant : Tu as vu de tes yeux ce que l'Éternel, votre Dieu, a fait à l'égard de ces deux rois : il en agira de même à l'égard de tous les royaumes où tu vas passer. N'ayez pas peur d'eux, car c'est l'Éternel, votre Dieu, qui combattra pour vous.

**En ce temps-là j'adressai à l'Éternel cette prière* : Tu as montré jusqu'ici à ton serviteur ta grandeur et ta puissance : car quel est le Dieu, dans le ciel ou sur la terre*, qui ferait des œuvres et des miracles pareils aux tiens? Je voudrais bien passer aussi et voir ce beau pays au delà du Jourdain, ces belles montagnes et le Liban! Mais l'Éternel s'irrita contre moi- à cause de vous et ne m'écouta point ; mais il me dit : C'est assez ! ne me parle plus de cela ! monte au sommet du Pisgah et porte tes yeux à l'occident, et au nord, et au midi et à l'orient, et regarde : car tu ne passeras pas ce Jourdain-là. Donne tes ordres à Josué, encourage-le et fortifie-le, car c'est lui qui le passera à la tète de ce peuple, et qui les mettra en

1 La description est un peu obscure et le texte paraît fautif. Il est clair toutefois que les deux tribus s'étendaient, du N. au S., du labboq a l'Amon, sur le cours inférieur de ces deux rivières (de \k \q moi mi lieii), et de l'O. à l'E., du Jourdain et de sapUiine, jusqu'au territoire occupé par les Ammonites au delà du cours supérieur du labboq, qui décrit un arc, en allant d'abord du sud au nord avant de tourner à l'ouest ; le lac de la plaine est la mer morte ; le Pisgah est la chaîne qui ferme la vallée du Jourdain à l'orient. Kinnéret est Génésaret.

2 Aux trois tribus transjordaniennos (Nomb. XXXIl).

3 Ceci ne se trouve pas dans les textes du livre précédent. Voyez cependant Nomb. XX VII, 18 s.

** Le fond de ce récit se retrouve Nomb. XXVII, 12 s.

5 Cette phrase est assez singulière dans la bouche du prophète qui prêche le monothéisme le plus absolu. Mais elle se retrouve bien des fois dans la littérature hébraïque de tous les âges, et prouve seulement que la croyance à la pluralité des dieux était populaire et généralement répandue.

possession du pays que tu vois. Nous demeurâmes * dans la vallée en face de Bêf-Pe'ôr.

* Maintenant donc, Israélites, écoutez les statuts et commandements que je vais vous faire connaître pour que vous les pratiquiez, afin de conserver la vie et d'arriver à prendre possession du pays que vous donne TÉternel, le Dieu de vos pères. Vous n'ajouterez rien à ce que je vous ordonne et vous n'en retrancherez rien, de manière à observer les commandements de l'Étemel, votre Dieu, tels que je vous les prescris. Vous avez vu de vos yeux ce que l'Éternel a fait à cause du Baal de Pe'ôr^; et que l'Éternel votre Dieu a exterminé du milieu de vous quiconque s'est attaché au Ba'al de Pe'ôr; mais vous, qui restiez attachés à l'Éternel votre Dieu, vous êtes encore tous en vie. Voyez, je vous fais connaître des statuts et des commandements comme l'Éternel, mon Dieu, me l'a ordonné, afin que vous agissiez en conséquence au pays où vous allez entrer pour en prendre possession. Observez-les et pratiquez-les, car ce sera là votre sagesse et votre bon sens aux yeux des peuples, qui apprendront à connaître toutes ces lois ; et ils diront : ce ne peut être qu'un peuple sage et sensé que ce grand peuple-là. Car quel est le grand peuple dont le dieu soit aussi près de lui que l'Étemel, notre Dieu, l'est de nous, toutes les fois que nous l'invoquons? et quel est le grand peuple qui ait des statuts et des commandements aussi justes que toute cette loi que je vous propose aujourd'hui ? ' Seulement prenez garde à vous, et veillez bien sur vous-mêmes, afin de ne pas oublier les choses que vos yeux ont vues, et afin qu'elles ne sortent pas de votre cœur, votre vie durant, mais que vous les fassiez connaître à vos fils et aux fils de vos fils. Rappelez-vous ce jour où vous vous présentâtes devant l'Éternel, votre Dieu, au Ijioreb, lorsque l'Éternel me dit : Rassemble-moi ce peuple pour que je lui fasse entendre mes paroles, afin qu'ils apprennent à me craindre, pendant tout le temps qu'ils vivent sur cette terre, et qu'ils l'enseignent à leurs fils. Alors vous vous approchâtes et vous vous présentâtes au pied de la montagne, et la montagne brûlait de feu, jusqu'au cœur du ciel, dans les ténèbres, les nuages et l'obscurité*. Et l'Éternel vous parlait du milieu du feu ; vous entendiez le son des paroles, la voix seule,

1 Que Ton traduise : nous demeurâmes, ou : nous demeurions, il reste la difficulté (ju'on se trouvait en cet endroit depuis Nomb. XXI, 10, et que Moïse y reste jusqu'à sa mort, Deut. XXXIV, 6. Pourtant dans l'intervalle se placent les conquêtes qui viennent d'être rappelées, et le temps passé^ s'applique assez peu à la situation où l'on y est encore. C'est un rédacteur qui parle à ses lecteurs, et non Moïse qui parlerait à ses compagnons.

2 Nomb. XXV.

3 A côté du récit Ex. XIX, celui-ci apparaît comme une exagération.

mais vous ne voyiez point de forme*. Il vous promulgua son pacte, qu'il vous ordonna de mettre en pratique, les dix commandements, et les écrivit sur deux tables de pierre. Et à moi, en ce jour-là, l'Éternel ordonna de vous enseigner des statuts et des lois que vous deviez mettre en pratique dans le pays où vous alliez passer pour en prendre possession. " Or donc, puisque vous n'avez point vu de forme le jour où l'Éternel vous parla au ^oreb du milieu du feu, prenez bien garde à vous-mêmes pour que vous n'agissiez pas mal en vous faisant des images de la forme d'un objet quelconque, que ce soit la figure d'un homme ou d'une femme, ou la figure de quelque quadrupède de la terre, ou la figure de quelque oiseau ailé qui vole au ciel, ou la figure de quelque chose qui rampe sur la terre, ou la figure de quelque poisson dans l'eau, au-dessous de la terre ; et pour que, en levant les yeux vers le ciel, et en voyant le soleil et la lune et les étoiles, toute l'armée céleste, vous ne vous laissiez séduire à adorer ce que l'Éternel, votre Dieu, a réservé à toutes les autres nations qui sont sous le cieP, tandis que l'Éternel vous a pris et vous a retirés du fourneau à fer ', de l'Egypte, pour que vous fussiei son peuple à lui, comme vous l'êtes aujourd'hui. ** Puis l'Étemel s'irrita contre moi à cause de vous et jura que je ne passerais point le Jourdain*, et que je n'entrerais point dans ce beau pays que l'Éternel, votre Dieu, vous donne en propriété. Car je vais mourir sur cette terre, je ne passerai point le Jourdain ; mais vous le passerez et vous vous emparerez de ce beau pays-ci. Prenez garde à vous, afin de ne point oublier le pacte que l'Éternel votre Dieu a fait avec vous, en vous faisant des images de la forme de tout ce que l'Éternel votre Dieu vous a défendu. Car rÉternel, votre Dieu, est un feu dévorant, un dieu jaloux. ^^ Lorsque vous aurez eu des fils et des petits-fils, et que vous aurez vieilli dans ce pays^, et si alors vous agissez mal en vous faisant des images d'une forme quelconque, et que vous fassiez ce qui déplaît à l'Éternel, votre Dieu, de manière à l'irriter, je prends aujourd'hui à témoin contre vous le ciel et la terre, que vous périrez promptement et disparaîtrez du pays pour la conquête duquel vous allez passer le Jourdain ; vous

' La personne qui parlait restait invisible. — Ici encore le récit de TEx. XXIV, 11,1" diffère du nôtre.

"'^ Tout ce qui se passe ici-bas est l'effet de la volonté de Dieu. A Télection du peuple d'Israël correspond nécessairement le rejet des autres peuples, lesquels sont livrés à l'ignorance du vrai Dieu et à l'idolâtrie.

•^ Dont le feu intense représente les cruelles vexations autrefois endurées en Epypte.

•' Chap. I, 37; III, 26. Nomb. XX, 12, où cependant il n'est pas parlé d'un serment.

'* Comme le discours s'adresse à la nation et non aux individus, cette phrase exprime l'idée d'un séjour en Canaan d'une série de générations.

n'y prolongerez pas vos jours, mais vous y serez exterminés totalement ; et rÉternel vous disséminera parmi les nations, et il ne restera de vous qu'un petit nombre au milieu des peuples chez lesquels l'Éternel vous emmènera, et là vous adorerez des dieux faits de main d'homme , de bois et de pierre, qui ne voient, ni n'entendent, ni ne mangent, ni ne sentent'. Là vous en viendrez à chercher l'Éternel votre Dieu, et vous le trouverez, si vous le recherchez de tout votre cœur et de toute votre âme; dans votre détresse, quand toutes ces choses vous seront arrivées, dans la suite des temps, vous vous convertirez à l'Éternel, votre Dieu, et vous écouterez sa voix*. Car l'Éternel, voire Dieu, est un Dieu miséricordieux : il ne vous délaissera point, il ne veut pas votre malheur, il n'oubliera pas le pacte qu'il a juré à vos pères. *' Consultez plutôt les temps anciens qui ont précédé les vôtres depuis le jour où Dieu a créé l'homme sur la terre, et d'une extrémité du ciel à l'autre, si jamais il s'est passé des choses aussi grandes, si jamais on a rien entendu de pareil, si jamais aucun peuple a entendu, comme vous, la voix de Dieu parlant du milieu du feu, et a eu la vie sauve ' ? Ou si jamais un dieu* a tenté de venir se choisir un peuple, du milieu d'un autre*, avec des épreuves, des miracles, des prodiges et des combats, avec une main puissante et à bras étendu, avec de grandes terreurs, comme l'Éternel, votre Dieu, l'a fait pour vous en Egypte sous vos yeux? C'est à vous que cela a été montré, pour que vous reconnussiez que l'Éternel est Dieu et qu'il n'y en a point d'autre. Il vous a fait entendre sa voix du haut du ciel pour vous instruire, et sur la terre il vous a fait voir son grand feu, et du milieu de ce feu vous avez entendu sa voix. ''C'est parce qu'il a aimé vos pères, qu'il a élu leur race après eux^, et vous a fait sortir d'Egypte en personne et par sa grande puissance, pour chasser devant vous des peuples plus grands et plus puissants que vous, et pour vous conduire dans leur pays et vous le donner en propriété, comme cela arrive aujourd'hui, afin que vous reconnussiez aujourd'hui et que vous prissiez à cœur que l'Éternel est Dieu et qu'il n'y en a point d'autre, ni au ciel en haut, ni en bas sur la terre. Observez donc ses lois

^ Cela ne veut pas dire que c'est le propre du vrai Dieu de manger et de sentir. La formule analyse simplement la notion de la vie.

« Comp. Jér. XXIX, 12.

3 La vue de Dieu est fatale à l'homme. Gen. XVI, 13. Juges VI, 22.

4 Un autre que Jéhova.

^ Comme Jéhova Ta fait en Egypte.

^ I^ texte dit : sa race après lui, l'auteur ayant songé de préférence o Abraham. Dans la traduction cela aurait été équivoque.

et ses commandements que je vous prescris aujourd'hui, afin (pie vous soyez heureux, vous et vos fils après vous, et que vous prolongiez vos jours, à jamais, dans le pays que TÉternel, voire Dieu, vous donne.

** A cette époque * Moïse désigna trois viU^s au delà du Jourdain, vers r orient y pour servir de lieti de refuge ù celui qui aurait tué un autre sans préméditation, et sans l'avoir haï antérieurement, afin qu'en se réfugiant dans l'une de ces xnlles il cojiservât la vie: savoir Beçr dans le steppe, dans le pays du plateau^ pour /es Reouhénites, Râmot en G'ile'ad pour les Gadites, et Golan en Bas'an pour les MenassHtes.

1 Voyez Nomb. XXXV. Sur les dilTérences qui résultent de la comparaison des divers textes relatifs aux villes de refuge, voyez l'Introduction, p. 64 s. Pour ce qui concerne le présent paragraphe, c'est évidemment une intercalation assez maladroitemeat faite. Le v. 44 se rattache par la copule au v. 40 (Introduction, p. 205).

Et ceci est la loi que Moïse promulgua en présence des enfants d'IsraëP.

♦* Voici les statuts, décrets et ordonnances que Moïse proclama pour les enfants d'Israël lors de leur sortie d'Egypte, au-delà du Jourdain, dans la vallée, en face de Bêt-Pe'ôr, dans le pays de Sîbôn le roi des Émorites qui résidait à Hes'bôn, et que Moïse et les Israélites avaient battu lors de leur sortie d'Egypte, et dont ils avaient conquis le pays, ainsi que le pays de 'Og, du roi du Bas 'an, de ces deux rois des Émorites au-delà du Jourdain, vers l'orient, depuis 'Aroër sur les bords du ravin d'Amôn jusqu'à la montagne de §iôn', autrement dite Ijiermôn, avec toute la plaine au-delà du Jourdain vers l'orient, et jusqu'à la mer de la plaine au pied ' du Pisgah.

' Moïse convoqua tout Israël et leur dit : Écoutez, Israélites, les décrets et les ordonnances que je proclame aujourd'hui devant vous ; apprenez-les et ayez soin de les mettre en pratique. L'Éternel, notre Dieu, a fait un pacte avec nous au Ijioreb. Ce n'est pas avec nos pères* que l'Éternel a fait ce pacte, mais avec nous-mêmes qui sommes tous encore en vie aujourd'hui^. C'est face à face que l'Éternel vous a parlé sur la montagne du milieu du feu. Moi, j'étais placé entre l'Éternel et vous à cette époque, pour vous annoncer

1 Nous estimons que cette phrase appartient au rédacteur qui a écrit le résumé historique et les exhortations, chap. I-V, 40; et qui a voulu introduire ainsi le code mosaïque compris dans les chap. V et suiy., et auquel les versets chap. IV, 45-49 servent de titre. Nous y joignons aussi les premiers mots du chap. V.

* Comp. chap. III, 9.

3 Litt. : au-dessous des ravins. Le terme hébreu désigne les profondes érosions faites par les torrents sur les flancs du plateau.

4 Comme les personnes auxquelles Moïse s'adresse ici sont censées avoir été témoins de la scène du Sinaî^ les pères doivent avoir été les générations antérieures. Il n'est plus question du fait signalé chap. I, 35, d'après lequel les auditeurs actuels de Moïse doivent avoir été différents de ceux du Sinaï. L'auteur se met au point de vue de la solidarité et de la continuité de la nation. Voyez cependant l'Introduction, p. 165. 207.

5 Chap. IV, 33.

la parole de Dieu, parœ que vous aviez peur du feu, et vous n*osiez monter à la montagne. Il disait * :

''Moi, l'Éternel, je suis ton Dieu, qui t'ai tait .«^rlir du pays d'Egypte, de ce lieu de servitude : tu n'auras point d'autre dieu en face de moi.

* Tu ne te feras [)oint d'idole, ni aucune figure de choses qui sont au ciel en haut, ou sur la terre en bas, ou dans les eaux plus bas que la terre: tu ne te prosterneras pas devant elles, ni ne les adoreras. Car moi, l'Éternel ton Dieu, je suis un dieu jaloux, punissant la faute des pères sur les fils, sur la troisième et sur la quatrième génération de mes ennemis, et accordant ma grâce à la millième génération de ceux qui m'aiment et qui gardent mes conmiandements.

"Tu ne prononceras point le nom de l'Éternel, ton Dieu, pour le mensonge ; car l'Éternel ne laissera pas impuni celui qui prononcera son nom pour le men.songe.

" Observe le jour du repos pour le sanctifier, comme l'Éternel, ton Dieu, te l'a ordonné. Durant six jours tu travailleras et feras toute ta besogne. Mais le septième, qui est le jour du repos consacré à l'Éternel, ton Dieu, tu ne feras aucune besogne, ni toi, ni ton fils ou ta fille, ni ton esclave ou ta servante, ni ton bœuf ou ton âne, et tout ton bétail, ni l'étranger qui demeure chez toi, afin que ton esclave et ta servante puissent se reposer comme toi. Et tu te souviendras que tu as été esclave dans le pays d'Egypte, et que l'Éternel, ton Dieu, t'en a retiré, avec sa main puissante et d'un bras étendu. C'est pour cela que l'Éternel ton Dieu t'a commandé de férier le jour du repos.

'^ Honore ton père et ta mère, comme T Éternel, ton Dieu, te l'a ordonné ; afin que tes jours se prolongent et afin que tu sois heureux dans le pays que l'Éternel, ton Dieu, te donne.

*^ Tu ne tueras point, et tu ne commettras pas d'adultère, et tu ne déroberas point, et tu ne déposeras pas contre ton prochain comme faux témoin. Et tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain ; et tu ne désireras pas la maison de ton prochain, son champ ni son esclave, ni sa servante, son bœuf ni son une, ni rien de ce qui appartient à ton prochain '^

' Ex. XX. — Quant à la présence du peuple au Sinaï, le récit de l'Exode fchap. XIX, 12, 2\] diiïère de celui-ci.

2 En comparant le texte du Décalogue tel qu'il est donné ici avec celui qu'on lit Ex. XXII, on trouve quelques dilFérences sans importance, dans l'emploi ou Tomission des copules, et quelques variantes dans les synonymes (v. 12, 16, 17). Mais il y en a d'autres plus marquantes, notamment dans les motifs de la loi du sabbat, v. 15, et dans les éléments du dernier article (v. 18). Nous avons discuté la portée de ces variantes dans rintrod., p. 182 s. Pour le reste, nous renvoyons au commentaire sur l'Exode.

** Voilà les paroles que TÉternel a dites à toute votre assemblée sur la montagne du milieu du feu, des nuages et des ténèbres, et à haute voix, et il ne le fit que cette seule fois. Et il les écrivit sur deux tables de pierre qu'il me donna. Et lorsque vous entendîtes cette voix du milieu des ténèbres, la montagne étant tout en feu, vous vîntes à moi, tous les chefs de vos tribus et vos sheikhs, et vous dites : L'Éternel, notre Dieu, nous a fait voir sa gloire et sa grandeur, et nous avons entendu sa voix du milieu du feu. Aujourd'hui nous avons vu que Dieu peut parler à l'homme sans que celui-ci meure. Maintenant pourquoi nous exposerions-nous à mourir*? car ce grand feu-là pourrait nous dévorer; si nous continuions à écouter la voix de TEternel, notre Dieu, nous mourrions. Car quel est le mortel qui puisse écouter comme nous la voix du Dieu vivant, parlant du milieu du feu, et rester en vie? Vas-y toi, et écoute ce que l'Éternel, notre Dieu, dira, et puis tu nous rapporteras ce que rÉtemel, notre Dieu, t'aura dit, pour que nous l'entendions et le fassions. *^ Et l'Éternel, ayant entendu vos discours, comme vous me parliez, me dit : J'ai entendu les discours de ce peuple qu'il t'a adressés ; ils ont bien parlé. Ah ! si c'était là toujours leur sentiment, de me craindre et de garder tous mes commandements, afin qu'ils fussent heureux, eux et leurs fils, à jamais ! Va leur dire : retournez à vos tentes ! Et toi, reste ici auprès de moi, pour que je te dise tous les commandements, décrets et statuts que tu leur enseigneras, afin qu'ils les pratiquent dans le pays que je leur donne en propriété. Ayez donc soin de faire • comme l'Éternel, votre Dieu, vous l'ordonne; n'en déviez ni à droite ni à gauche. Marchez en toutes choses dans les voies que l'Éternel, votre Dieu, vous prescrit, pour que vous viviez et soyez heureux et que vous prolongiez vos jours dans le pays dont vous allez prendre possession^.

* Voici maintenant le statut, les ordonnances et commandements que l'Éternel^ votre Dieu, ordonne de vous apprendre, pour les mettre en pratiqpie dans le pays où vous allez passer pour en prendre possession ; afin que vous craigniez l'Étemel votre Dieu, en observant, vous et vos fils et vos petits-fils, votre vie durant, tous ses commandements et ses ordonnances que moi je vous prescris, et afin que vos jours se prolongent. Et quand vous les aurez entendus, Israélites, ayez soin de les mettre en pratique, afin que vous soyez heu-

^ L'expérience une fois faite ne prouve rien pour Tavenir.

^ Nous nous trompons fort, ou ce morceau suppose qu'il n'y a pas eu au Sinaï d'autre promulgation de lois que celle du décalogue. Du moins Tauteur n'insiste que sur ces deux points : Mors vous ne vouliez plus rien entendre, de peur de mourir, et vous chargiez Moïse de prendre les ordres de Dieu ; maintenant faites ce qu'il commande : Voici ses commandements, etc. (Introduction, p. 165 s.)

A. T. 8* part. — II. 19

reux et que vous vous multipliiez, comme rÉternel» le dieu de vos pères, vous Ta promis, dans ce pays ruisselant de lait et de miel.

^Écoutez, Israélites! rËtemel notre Dieu est le seul Éternel'. Vous aimerez TÉtemel votre Dieu de tout votre cœur et de toute votre âme et de toutes vos forces. Que les choses que je vous prescris aujourd'hui vous tiennent à cœur. Vous les inculquerez à vos fils, et vous vous en entretiendrez, quand vous serez tranquilles chez vous et quand vous voyagerez au dehors, en vous couchant et eD vous levant. Vous les attacherez à vos mains pour qu'elles vous servent de signes et elles seront devant vos yeux comme un bandeau ', et vous les inscrirez sur les poteaux de vos maisons et sur vos: portes*.

'® Et quand rÉternel, votre Dieu, vous aura conduits dans le pays qu'il a promis de vous donner, en le jurant à vos pères, Abraham, Isaac et Jacob, dans ces grandes et belles villes que vous n'ave? pas bâties, dans ces maisons remplies de toutes sortes de biens que vous n'avez pas amassés, à ces citernes creusées que vous n'avez pas construites, dans ces vignes et ces olivaies que vous n'avez pas plantées, et que vous en jouirez à satiété, alors gardez-vous bieD d'oublier l'Étemel qui vous a retirés du pays d'Égjpte, de ce lieu de servitude. C'est l'Éternel, votre Dieu, que vous devez craindre, c'est lui que vous devez adorer, c'est par son nom que vous devez jurer. Vous ne suivrez pas d'autres dieux, les dieux des nations qui vous entourent. Car c'est un dieu jaloux que l'Étemel, votre Dieu, qui est au milieu de vous. Autrement la colère de l'Éternel, votre Dieu, s'enflammerait contre vous et il vous exterminerait de la surface de la terre.

** Vous ne provoquerez point l'Éternel, votre Dieu, comme vou.^ l'avez provoqué à Massah * . Observez bien les commandements de l'Éternel, votre Dieu, et les lois et les ordonnances qu'il vous a prescrites, et faites ce qui est bon à ses yeux, afin que vous soyez heureux, et que vous arriviez à prendre possession du beau pays que l'Éternel a promis à vos pères sous la foi du serment, quand il abattra tous vos ennemis devant vous, comme il l'a promis.

* Le seul auquel revient ce nom. C'est plus que s'il y avait : le seul Dieu.

-^ Voy. Ex. XIII, 16.

^ Cette dernière injonction peut être prise daus le sens littéral et matériel. Du moins l'usage de pareilles inscriptions religieuses existe encore aujourd'hui, surtout chez les Mahoraétans. Les Juifs écrivent les textes du chap. Vî, 4-9, et XI, 13-20, sur <ie petites feuilles de parchemin, qu'on enferme dans des boîtes placées aux linteaux de> portes. Quant à ce qui est dit dans le verset précédent, nous pensons que la Synagogue a eu tort de l'interpréter dans le sens matériel. Comp. la note sur Ex. XllI, 9.

-» Ex. XVII, 7.

^" Lorsque demain vos fils vous demanderont' : qu'est-ce que ces lois, ordonnances et commandements que TÉtemel, notre Dieu, vous a prescrits ? vous leur direz : Nous étions esclaves de Pharaon en Egypte, et l'Étemel nous a retirés de là avec sa puissante main ; il a fait sous nos yeux des miracles, de grands et terribles prodiges, en Egypte, contre Pharaon et toute sa maison, et il nous en a retirés, afin de nous conduire dans le pays au sujet duquel il avait fait serment à nos pères de nous le donner. Et l'Éternel nous a ordonné de mettre en pratique tous ces commandements-là, en le craignant comme notre dieu, pour que nous fussions heureux, et qu'il nous conservât la vie, comme il Ta fait jusqu'ici. Et ce nous sera compté pour justice, si nous avons soin de mettre en pratique tous ces commandements, en face de l'Éternel, notre Dieu, comme il nous l'a prescrit.

' Lorsque l'Éternel, votre Dieu, vous aura fait entrer dans le pays où vous allez vous rendre pour en prendre possession, et qu'il aura chassé devant vous de nombreux peuples, les Ijiittites, et les G'irgas'ites, et les Émorites, et les Cananéens, et les Perizzites, et les ^iwwites, et les lebousites, sept peuples plus nombreux et plus puissants que vous, et que l'Éternel, votre Dieu, vous les aura livrés et que vous les aurez battus, alors vous devrez les mettre au ban ; vous ne ferez point de pacte avec eux, et vous ne leur ferez point grâce'. Vous ne contracterez point avec eux des mariages, vous ne donnerez point vos filles à leurs fils, et vous ne prendrez point leurs filles pour les vôtres. Car ils détacheraient vos fils de moi, de manière qu'ils serviraient d'autres dieux, et la colère de l'Éternel s'enflammerait contre vous et vous exterminerait promptement. * Voici, au contraire, ce que vous leur ferez ; vous renverserez leurs autels, vous briserez leurs colonnes, vous abattrez leurs Astartés ', et vous brûlerez leurs idoles. Car vous êtes un peuple consacré à l'Éternely votre Dieu; c'est vous qu'il a choisis d'entre tous les peuples de la terre pour être un peuple qui lui appartint en propre. Ce n'est pas à cause de votre nombre supérieur à celui des autres nations que l'Étemel s'est attaché à vous et vous a choisis, car vous êtes la plus petite de toutes. Mais c'est à cause de l'amour que l'Éternel a pour vous, et parce qu'il a voulu garder le serment qu'il avait juré à vos pères, qu'il vous a emmenés avec sa main puissante, et vous a délivrés de la main de Pharaon, roi de l'Egypte, de ce lieu de servitude. Vous devez donc reconnaître que l'Éternel, votre Dieu, est Dieu, le dieu

1 Comp. Ex. XII, 26; Xlll, 8, etc.

« Exode XXIII. 24, 32; XXXIV, lis., etc.

3 Voyez Juges II, 13; III, 7, etc.

fidèle, qui garde son pacte et sa grâce jusqu^à la millième génération à ceux qui l'aiment et qui observent ses commandements, mais qui rend aussi directement, à ceux qui le haïssent, ce qui leur est dû, en les exterminant ; oui, il le leur rend directement et sans délai. Observez donc les commandements, les lois et les ordonnancés que je vous prescris aujourd'hui, de manière à les mettre en pratique.

" Et pour autant que vous obéirez à ces ordonnances et que vous les observerez et les mettrez en pratique, TÉternel, votre Dieu, vous gardera aussi sa grâce et le pacte qu'il a juré à vos pères ; il vous aimera, il vous bénira, il vous multipliera * ; il bénira le fruit de vos entrailles et le fruit de vos champs, votre blé, votre vin et votre huile ; il rendra fécondes vos vaches et vos brebis ', dans le pays qu'il a juré à vos pères de vous donner. Vous serez le plus béni de tous les peuples; il n'y aura parmi vous et dans votre bétail, ni faiblesse génitale ni stérilité. L'Éternel éloignera de vous toute maladie ; et toutes ces malignes épidémies de l'Egypte que vous connaissez, ce n'est pas à vous qu'il les infligera, mais il les fera subir à vos ennemis. Mais vous devrez dévorer tous les peuples que l'Éternel, votre Dieu, va vous livrer : vous n'aurez pas pitié d'eui et vous n'adorerez point leurs dieux, car ce serait un piège pour vous.

*^ Que si vous deviez dire en vous-mêmes : ces peuples sont plus nombreux que nous, comment pourrions-nous les déposséder? n'ayez pas peur d'eux, mais souvenez-vous plutôt de ce que l'Étemel, votre Dieu, a fait à Pharaon et à tous les Égyptiens ; rappelez-vous ces grandes épreuves que vous avez vues de vos propres yeux, res miracles et ces prodijj^es, et comment rÉternel, votre Dieu, vous a emmenés avec sa main puissante et d'un bras étendu : voilà comment il en aj^ira à l'égard de ces peuples dont vous avez peur. ^® Oui, rÉternel, votre Dieu, enverra contre eux les frelons', jusqu'à ce quo tout ce qui en reste et tout ce qui voudra se cacher devant vous soil exterminé. Ne vous laissez donc pas effrayer à cause d'eux, car TÉlerneL votre Dieu, un dieu grand et redoutable, est au milieu de vous. Mais il chassera ces peuples devant vous peu à peu ; vous ne pourrez pas les achever promptement, de peur que les bétes sauvages ne se multiplient à vos dépens. L'Éternel, votre Dieu, vous les livrera, et

1 Voyez les passages parallèles Ex. XXIII, 25 s. Deut. XXVIII. 1 s., etc.

2 A la lettre : il bénira les portées de vos bestiaux et les amours de votre menu bétail. Cette dernière expression est intéressante dans ce sens que le texte emploie !e pluriel du nom de la déesse Astarté, personnification du principe de la fécondité. Ceiit locution n'a pu se former que chez un peuple sémite païen. Plus exactement encore elle correspond au latin Vénères.

3 Comp. le passage analogue, Ex. XXIII, 27 s.

DEUTÉRONOÎJE VII, 23-26. VIII , 1-7. 293

les dispersera au moyen d'une grande panique jusqu'à ce qu'ils soient exterminés. Et quand il vous aura livré leurs n»is, vous ferez disparaître leurs noms de dessous le ciel : nul ne vous résistera en face, jnsqu'à ce que vous les ayez exterminés. Vous brûlerez les idoles de leurs dieux, sans convoiter l'or et l'argent qui les recouvre, et sans vous l'approprier, de peur de vous y laisser prendre comme au piège; car elles sont en aiM)mination à l'Étemel, votre Dieu. Vous n'introduirez point dans vos maisons d'abomination pareille ; autrement vous seriez mis au ban comme eux ; vous les aurez en borreur et en abomination, car ce sont des choses vouées à la destruction.

*Vous aurez soin de mettre en pratique tous les commandements que je vous prescris aujourd'hui, afin de conserver la vie et de vous multiplier, et d'arriver à vous emparer du pays que l'Éternel a promis à vos pères par serment. Souvenez-vous du chemin que l'Éternel, votre Dieu, vous a fait faire à travers le désert, ces quarante ans durant, afin de vous humilier* et de vous mettre à l'épreuve, et pour connaître le fond de votre cœur, pour savoir si vous observeriez ou non ses commandements. Il vous a humiliés, il vous a fait souffrir la faim , il vous a nourris de la manne , que vous ne connaissiez point, ni vous ni vos pères, pour vous apprendre que l'homme ne vit pas de pain seul, mais bien de tout ce qui sort de la bouche de l'ÉterneP. Vos habits ne se sont pas usés sur vos corps, vos pieds ne se sont pas enflés durant ces quarante années ^ Reconnaissez donc en vous-mêmes que l'Éternel, votre Dieu, a eu soin de vous comme un père du fils qu'il dirige et corrige*. * Observez les commandements de l'Éternel, votre Dieu, en marchant dans ses voies et en le craignant. Car l'Étemel, votre Dieu, vous conduit dans un beau pays, un pays riche en ruisseaux, en lacs* et en sources,

1 De voas faire sentir votre dépendance, votre conservation étant l'effet de la seule providence et non de vos propres soins.

^ Ce qui sort de la bouche de Dieu n'est pas ici sa parole, par elle-même, son enseignement, sa loi, mais l'expression de sa volonté créatrice et conservatrice, qui sait et peut suppléer à ce qui, dans le cours ordinaire des choses, est la nourriture usitée et réputée indispensable.

3 Ceci doit être compris comme un miracle. L'auteur suppose évidemment que dans le désert les Israélites n'auraient pas eu autrement les moyens de se pourvoir du nécessaire, et que leurs longues courses dans un pays aride et pierreux auraient dû a la fin user leurs forces. En regard de cette conception il conviendra de mettre la description du splendide tabernacle.

^ Nous mettons deux mots à la place du terme unique de l'original, qui correspond a la fois à la notion de l'éducation et du châtiment.

5 Le mot hébreu du texte est partout ailleurs employé pour désigner l'océan (et non l'abîme, comme le veulent nos traductions usuelles). Ici il est au pluriel et comprend sans doute tous les grands amas d'eau du pays, peut-être aussi le Jourdain.

qui jaillissent dans les vallées et dans les montagnes ; un pays à froment et à orge, un pays rempli de vignes, de figuiers, de grenadiers, d'oliviers et de miel, un pays où vous ne mangerez point votre pain dans la misère, et où vous ne manquerez de rien ; un pays dont les pierres sont du fer, et des montagnes duquel vous extrairez Tairain*. Aussi, quand vous y mangerez à satiété, vous bénirez TÉternel, votre Dieu, au sujet de ce beau pays qu'il vous donne. "Gardez- vous bien d'oublier l'Éternel, votre Dieu, en ne point observant ses commandements, ses ordonnances et ses lois que je vous prescris aujourd'hui, de peur que tout en mangeant à satiété, en bâtissant de belles maisons pour y demeurer, et tandis que votre gros et menu bétail se multiplie, que vous amassez de l'or et de l'argent, et que tout votre avoir s'augmente, votre cœur ne devienne fier, et que vous n'oubliiez l'Éternel, qui vous a retirés du pays d'Egypte, de ce lieu de servitude, ce dieu qui vous a fait traverser ce grand et terrible désert, avec ses serpents, ses dragons et ses scorpions, cette terre aride et sans eau, ce dieu qui a fait sortir pour vous de l'eau de la pierre du rocher, et qui vous a nourris dans ce désert de la manne que vos pères n'avaient point connue, pour vous humilier et vous mettre à l'épreuve, afin de vous faire du bien par la suite. *'Et si vous deviez dire en vous-mêmes : c'est notre vigueur, c'est notre propre force qui nous a procuré toutes ces richesses, souvenez-vous bien de l'Éternel, votre Dieu : car c'est lui qui vous donne la force de vaincre, afin de ratifier ce pacte qu'il avait juré à vos pères, comme il le fait aujourd'hui. Mais si vous deviez oublier l'Éternel, votre Dieu, et courir après d'autres dieux pour les adorer et pour vous prosterner devant eux, je vous l'atteste aujourd'hui solennellement : vous périrez! Vous périrez, comme les peuples que l'Éternel extermine devant vous, pour n'avoir pas écouté la voix de l'Éternel, votre Dieu.

* Écoutez, Israélites ! Vous allez aujourd'hui passer le Jourdain, pour soumettre des peuples plus grands et plus puissants que vous, de grandes villes avec des murs qui touchent au ciel, la grande et gigantesque nation des *Anaqites' que vous savez, et au sujet desquels on vous a dit : Qui oserait tenir tète aux 'Anaqites? Eh bien, sachez qu'aujourd'hui c'est l'Éternel, votre Dieu, qui marche à votiv

^ C'est ici le seul passage de rAncien Testament dans lequel il soit question du travail des mines (Job XXVIII ne se rapporte pas à la Palestine). Il n'est guère probable que les Israélites se soient adonnés à ce genre d'industrie. Les explorations modernes ont constaté la présence du fer en différents endroits du pays. Cependant les pierre^ ^ui sont du />>• pourraient être du basalte, qui se rencontre en quantité dans plusieurs districts.

-* Chap. I, 28.

tète, comme un feu dévorant : c'est lui qui les exterminera et les abattra devant vous, et vous les déposséderez et les ferez périr promptement % comme l'Éternel vous Ta promis. Et quand l'Étemel, votre Dieu, les aura repoussés devant vous, ne dites pas en vousmêmes : c'est à cause de notre justice que l'Étemel nous a conduits à la conquête de ce pays-ci ! tandis que c'est à cause de la méchanceté de ces peuples qu'il les a chassés devant vous. Non, ce n'est pas à cause de votre justice et de la droiture de vos cœurs que vous arrivez à prendre possession de leur pays; mais c'est à cause de la méchanceté de ces peuples que l'Éternel, votre Dieu, les chasse devant vous, et pour accomplir la promesse qu'il a faite, sous la foi du serment, à vos pères, à Abraham, à Isaac et à Jacob.

^ Reconnaissez donc que ce n'est pas à cause de votre justice que l'Étemel, votre Dieu, vous donne ce beau pays pour en prendre possession; car vous êtes un peuple au cou raide. Rappelez-vous plutM et n'oubliez pas comment au désert vous avez irrité l'Étemel, votre Dieu. Depuis le jour auquel vous êtes sortis d'Egypte, jusqu'à votre arrivée en ce lieu -ci, vous n'avez cessé d'être en révolte contre l'Éternel. Au ^oreb, vous l'avez irrité et il s'est fâché contre vous au point de vouloir vous exterminer. • Lorsque * je montai à la montagne pour recevoir les tables de pierre, les tables du pacte que l'Éternel faisait avec vous, je restai sur la montagne quarante jours et quarante nuits sans manger et sans boire, et l'Éternel me remit les deux tables de pierre écrites de son doigt, et sur lesquelles se trouvaient textuellement les paroles qu'il vous avait dites sur la montagne, du milieu du feu, au jour de l'assemblée. Au bout des quarante jours et des quarante nuits, l'Éternel me remit les deux tables de pierre, les tables du pacte, et me dit : Hâte-toi de descendre d'ici, car ton peuple, que tu as conduit hors de l'Egypte, commet un grand péché ; ils se sont bien vite écartés duchemin que je leur ai prescrit et se sont fait une idole en fonte. "Et l'Éternel me dit encore : Je vois ce que c'est que ce peuple ; il a le cou raide. Laisse-moi les exterminer et effacer leur nom de dessous le ciel ; mais de toi je ferai une nation plus puissante et plus nombreuse qu'eux. Alors je me détournai et

1 Le contraire a été dit, et avec des formules identiques, chap. VU, 22. L'accord se rétablira au besoin si l'on songe ici aux conflits partiels, et plus baut à Tacbèvement définitif de la conquête.

^ Ce qui suit correspond au récit de l'Ex. XXXII, avec quelques légères différences. Ainsi, dans ce dernier passage il n'est pas question d'un jeûne de Moïse, et les quarante jours sont pris dans Ex. XXIV, 18. L'intercession en faveur du peuple qui est placée ici après la descente de la montagne est mentionnée Ex. XXXII antérieurement, ou plutôt elle y est reproduite deux fois. En général, le récit de notre texte, comparé à l'autre, est beaucoup simplifié. — Les v. 9 - 12 ne forment qu'une seule phrase en hébreu.

296 DBUTÉRONOMB IX, 15-29. X, 1.

je descendis de la montagne qui était tout en teu, en tenant les tables du pacte dans mes deux mains. Et lorsque je vous aperçus, voilà que vous aviez péché contre rËternel, votre Dieu ; vous vous étiez fait un taureau en fonte et vous vous étiez bien vite écartés du chemin que TÉternel vous avait prescrit. Alors je saisis les deux tables, et je les jetai de mes deux mains et je les brisai devant vos yeux. Puis je me prosternai aux pieds de l'Éternel, comme la première fois, quarante jours et quarante nuits sans manger et sans boire^ à cause de tous vos péchés que vous aviez commis en faisant ce qui déplaisait à TÉternel, de manière à l'irriter. Car j'avais peur de la colère et de l'indignation dont l'Étemel était transporté contre vous, de manière à vouloir vous exterminer : mais l'Éternel m'exauça encore cette fois. '® Contre Aharôn aussi l'Éternel était très-irrité, de manière à vouloir le faire mourir, et j'intercédai aussi pour Aharôn à ce moment-là. Et le corps du délit, le taureau que vous aviez fabriqué, je le pris, et je le jetai au feu, et je le mis en pièces, en le broyant jusqu'à ce qu'il fût réduit en poudre, et j'en jetai la poussière dans le ruisseau qui descendait de la montagne. **De même à Tabe'érah, et à Massah, et à Qibrot haftaawah*, vous avez excité le courroux de l'Éternel. Et lorsque de Qades'-Bamé*a l'Éternel voulait vous faire marcher, en disant : Marchez, emparezvous du pays que je vous donne ! vous vous révoltâtes contre l'ordre de l'Éternel, votre Dieu, vous n'eûtes point confiance en lui et vous ne voulûtes pas obéir à sa voix. Ainsi vous avez été en révolte contre l'Éternel depuis que je vous connais.

»*Je me jetai donc aux pieds de l'Éternel, durant les quarante jours et les quarante nuits que j'y passai (car il avait déclaré qu'il vous exterminerait), et je suppliai TÉternel et je dis : Seigneur lahewôh, ne détruis pas ton peuple, qui est ta propriété, et que tu as délivré par ta grandeur, et retiré d'Egypte avec ta main puissante. Souviens- toi de tes serviteurs, Abraham, Isaac et Jacob ! n'aie pas égard à la raideur de ce peuple, à sa méchanceté, à son péché, de peur qu'on ne dise dans le pays d'où tu nous as retirés : c'est parce que lahewêh n'a pu les faire entrer dans le pays qu'il leur avait promis ; et c'est parce qu'il les haïssait, qu'il les en a fait sortir pour les faire périr dans le désert. Et pourtant c'est ton peuple et ta propriété, que tu as emmené avec ta grande puissance et de ton bras étendu.

* Alors l'Éternel me dit : Taille-toi deux tables de pierre pareilles aux premières*, et monte vers moi sur la montagne, et fais-toi une

1 Ex. XVII, 7. Nomb. XI, 3, 34; XIV.

2 Ex. XXXIV, 1.

DEUTÉRONOMB X, 2-11. 297

arche de bois *, et j'écrirai sur ces tables les paroles qui se trouvaient sur les premières que tu as brisées, et tu les mettras dans Tarche. Je fis donc une arche de bois d'acacia, et je taillai deux tables de pierre pareilles aux premières, et je montai à la montage en tenant les deux tables dans ma main. Et il écrivit sur ces tables ce qui avait été écrit la première fois, c'est-à-dire les dix commandements que l'Étemel avait proclamés sur la montagne, du milieu du feu, le jour de l'assemblée. Puis l'Éternel me les ayant remises, je m'en retournai et je descendis de la montagne et je déposai les tables dans Tarche que j'avais faite, et elles y restèrent, comme l'Éternel me l'avait commandé.

•[Les* Israélites partirent de Be'érof-Benè-Ia'aqan vers Môsérah. C'est là que mourut Âharôn et qu'il fut enterré, et son fils Éle*azar devint prêtre à sa place. De là ils transportèrent leur camp à Goudgod, et de Goudgod à lotba^ah , dans une contrée bien arrosée. C'est dans ce temps-là que l'Éternel désigna la tribu des Lévites pour porter l'arche de l'alliance de l'Éternel, pour être à ses ordres, pour être ses ministres et pour donner la bénédiction en son nom, jusqu'à ce jour. C'est pourquoi les Lévites n'ont point de part ni de patrimoine parmi leurs frères ; c'est l'Étemel qui est leur patrimoine, ainsi que TÉternel, votre Dieu, vous Ta dit.]

^® Mais moi je restai sur la montagne, comme la première fois, quarante jours et quarante nuits *, et l'Éternel m'exauça cette fois encore, et ne voulut point vous détruire. Et il me dit : Va te mettre en route à la tête de ton peuple, pour qu'ils aillent prendre possession du pays que j'ai juré à leurs pères de leur donner^.

1 Daprès TEx. XXV, 10 s., cet ordre est de beaucoup antérieur à la confection des secondes tables.

^ Nous avons bien de la peine à nous persuader que les v. 6-9 appartiennent à la rédaction du discours de Moïse, dans lequel ils se trouvent insérés. D'abord on ne voit pas trop bien comment le prophète arriverait à parler de stations fort éloignées du Sinal (Nomb. XXXUI^ 80 s.], sauf à revenir ensuite à cette dernière localité pour continuer de façon à ce que son discours se rattache intimement au v. 5. Ensuite la mort d 'Aharôn est combbée avec une autre localité, Nomb. XX, 28. La tribu de Lévi avait été désignée pour le sacerdoce bien avant la mort d 'Âharôn, Nomb. III s. ; VI, 22; VIII, 23 ss. Lév. VIII s., etc. Nous reconnaissons donc ici un fragment étranger au contexte, et dont la présence s'explique d'autant moins facilement qu'il se termine par une phrase rédigée en forme d'allocution. Il faudra bien supposer que l'interpolateur a entendu mettre sa notice (puisée à une autre source] dans la bouche de Moïse. — Notez aussi qu'ici ce sont les Lévites, sans distinction, qui portent l'arche (comme au chap. XXXI, 25), et non des prêtres considérés comme une caste privilégiée (Introduction, p. 169).

3 Ex. XXXIV, 28.

^ Cet ordre de partir est mentionné Ex. XXXII, 34 ; XXXIII, 1 , avant la confection des secondes tables.

298 DEUTÉRONOMR X, 12-22. XI, 1-6.

*' Maintenant, Israélites! qu'est-ce que TÉtemel, votre Dieu, vous demande, si ce n'est de le craindre, de marcher dans ses voies en toutes choses, de Taimer, et de le servir de tout votre cœur et de toute votre âme, en observant ses commandements et ses ordonnances, que je vous proscris aujourd'hui pour votre bien. Voyez, c'est à l'Éternel qu'appartiennent les cieux, et les cieux des cieux, et la terre avec tout ce qu'elle contient : et ce sont vos pères seuls auxquels l'Éternel s'est attaché de manière à les aimer, et c'est leur race qu'il a élue après eux, c'est vous, d'entre tous les peuples, comme aujourd'hui encore. Purifiez donc votre cœur par la circoncision*, et ne raidissez plus votre cou. Car l'Étemel, votre Dieu, est le dieu des dieux et le seigneur des seigneurs : c'est le grand dieu, puissant et terrible, qui n'a point égard aux personnes et qui ne se laisse pas séduire par des présents, qui fait droit à l'orphelin et à la veuve, et qui aime l'étranger de manière à lui donner du pain et des vêtements. Aimez donc aussi l'étranger, car vous avait été étrangers dans le pays d'Egypte. Craignez l'Éternel, votre Dieu, et adorez-le, attachez-vous à lui et jurez par son nom. C'est lui qui doit être l'objet de votre louange, lui, votre Dieu, qui a fait pour vous ces choses grandes et étonnantes que vous avez vues de vos propres yeux. C'est au nombre de soixante-dix personnes que vos pères descendirent en Egypte, et maintenant l'Étemel, votre Dieu, vous a rendus nombreux comme les étoiles du cieP.

* Aimez donc l'Éternel, votre Dieu, et observez toujours ses prescriptions et ses lois, ses ordonnances et ses commandements, et reconnaissez aujourd'hui — car ce n'est pas pour vos enfants qui n'ont rien vu ni rien su ^ — l'instruction * de l'Éternel, votre Dieu, sa grandeur, sa main puissante et son bras étendu, ainsi que ses miracles et les hauts faits qu'il a opérés au milieu de l'Egypte, sur le roi Pharaon et sur tout le pays, et ce qu'il a fait à l'armée des Égyptiens , à leurs chevaux et à leurs chars , qpiand il fit passer sur eux les eaux de la mer aux algues, lorsqu'ils vous poui^suivaient etque l'Éternel les anéantit pour toujours ; puis ce qu'il a fait pour vous au désert jusqu'à votre arrivée en ce lieu, et ce qu'il a fait à Datan et à Abîram, les fils d'Éliab le Reoubénite, sous lesquels la terre ouvrit

1 Lév. XXVI. 41.

^ Comp. chap. VII, 7. Gen. XLVI, 27.

"^ Il manque un verbe dans le texte. Le sens est sans doute : ce que je vais dire oe s'adresse pas a vos enfants nés seulement dans ces derniers temps, et n'ayant pas pu être instruits par l'expérience ; c'est à vous, hommes adultes et témoins oculaires des faits, que je m'adresse.

"^ Qui consistait essentiellement dans l'exemple des châtiments infligés aux adversaires de Dieu (voy. p. 293, note 4).

DEUTÉRONOBfB XI, 6-19. 299

sa bouche pour les engloutir avec leurs familles et leurs tentes et avec tous ceux qui les suivaient, au milieu de tout Israël ^. Car vous avez vu de vos yeux toutes les grandes choses que l'Éternel a faites.

* Observez donc tous les commandements que je vous prescris aujourd'hui, afin d'être forts et d'arriver à vous emparer du pays où vous allez passer pour en prendre possession, et afin de prolonger vos jours sur la terre que l'Étemel a juré à vos pères de donner à eux et à leur race, une terre ruisselant de lait et de miel. Car le pays dans lequel vous allez entrer pour en prendre possession, n'est point comme le pays d'Egypte d'où vous sortez, et que vous avez arrosé avec le secours de vos pieds*, comme un jardin potager, lorsque vous faisiez vos semailles. Mais le pays où vous allez passer pour en prendre possession, est un pays de montagnes et de vallées ; c'est par la pluie du ciel qu'il est abreuvé d'eau; c'est un pays dont l'Éternel, votre Dieu, prend soin, et sur lequel les yeux de l'Étemel sont fixés depuis le commencement de l'année jusqu'à sa fin.

"Or, si vous voulez bien obéir aux commandements que je vous prescris a^jourd'hui, de manière à aimer l'Étemel, votre Dieu, et à le servir de tout votre cœur et de toute votre âme, je vous donnerai ' de la pluie pour votre terre en son temps, la pluie d'automne et la pluie du printemps, pour que vous puissiez récolter votre blé, votre vin et votre huile; et je vous donnerai de l'herbe dans vos champs pour votre bétail, afin que vous puissiez manger et vous rassasier. Prenez donc garde à ce que votre cœur ne soit séduit, et que vous ne vous détourniez pour adorer d'autres dieux et pour vous prosterner devant eux, de peur que la colère de l'Étemel ne s'enflamme contre vous et ne ferme les cieux, de sorte qu'il n'y aurait pas de pluie, et que la terre ne donnerait plus ses produits, et que vous ne périssiez promptement dans ce beau pays que l'Éternel vous donne. *• Prenez donc bien à cœur les choses que je vous dis, et retenez-les, attachez-les à vos mains pour vous servir de signes et qu'elles soient devant vos yeux comme un bandeau. Faites-les apprendre à vos fils en leur en parlant, quand vous serez tranquilles chez vous ou quand

1 Nomb. XVr(IntroducaoD,p. 190).

^ Au moyen de machines hydrauliques mises en mouvement par le pied, à l'effet de répandre les eaux du Nil sur des terres qu'elles ne parvenaient pas à recouvrir naturellement. Le texte oppose la condition de la fécondité dans l'un des deux pays à celle qui est propre à l'autre : l'É^plien se l'assure par son travail, le Cananéen dépend du ciel. Mais Canaan n'est pas pour cela dans une meilleure condition ; au contraire, les mauvaises chances fj sont fréquentes : il s'agit donc avant tout de se concilier la faveur du dispensateur de tout bien.

3 Le style prophétique permet, comme on sait, cette espèce d'identification de l'orateur avec Dieu.

300 DBUTÉRONOMB XI, 90-8i.

?ou8 voyagerai au dehors^ en voua couchant et en voua levant. Inacrivei-lea aur lea poteaux de voa maiaona et aur voa portée *, afin que voa joura et ceux de voa fila deviennent nombreux, autant que lea joura du ddi au-deaaua dé la terre, dana œ paya que l'Élenid a juré à voa pèrea de leur donner *. Car ai voua obacûrves bien toua les oommandeinenta que je voua preacria, de manière à lea m^tre en pratique, en aimant l'Étemel, votre dieu, en marchant toigoura dana aea voiea, et en voua attachant à lui, l'âtemel chaaaan devant voua toua cea peuples, et voua dépœaéderei dea peuplea plua granda et plua f<»ia que vous. Toua lea lieux que foulera la plante de voa pieda aèrent à voua ; voa limitea a'étendront du déaot au Liban, du fleuve de l'Ëuphrate à la mer de l'Occident*. Nul ne voua réaiatera; l'Ëtemel, votre Dieu, répandra la crainte et la terreur devant voua aur tout le paya où voua paaaerei, ainsi qu'il voua l'a promis.

MYoyei, je vous propose aiiyourd'hui une bénédiction et une malédiction : la bénédiction, ai vous obéisseï aux commandements de l'Étemel, votre Dieu, que je vous prescris aiyourd'hui; et la malédiction, ai voua n'obéisses pas aux commandementa de l'Étemel, votre Dieu, et si vous vous détournes de la voie que je voua preacria aujourd'hui, pour auivre d'autrea dieux que vous n'avez pas afqpria i connaître*. Et lorsque l'Étemel voua aure Mt entrer dans le paya dont vous ailes prendre possession, vous proclameres la bénédiction sur le mont G'erisim et la malédiction sur le mont *Êba]. Ils sont situés au-delà du Jourdain, derrière la route ocddoitale, dana le paya dea Cananéens qui demeurent dana la plaine, esk face de (Vilgal, prèa dea chênes de Moreh^. Car vous ailes passer le Jourdain pour

1 Répétition de ce qui a été dit aa chap. VI, ▼. 6 s.

^ C'est-à-dire *. vous y resterez indéfiniment.

3 Sur cette fixation des frontières, voyez l'Introduction, p. 48.

^ Par la révélation qm vous a instruits sur vos devoirs religieux, des dieux étrtngws, qui ne se sont pas manifestés à vous comme Jéhova par des miracles et des bienfaits.

^ C'est entre les montagnes de G'erizîm et de *Ébal qu'est située l'une des plus anciennes villes du pays, S'ekém (Sichem, aujourd'hui Nablous), dont le nom se rencontre déjà dans les légendes patriarcales (Gen. XII, 6 ; XXXIV; XXXVII, 18) et dans les traditions de l'âge héroïque (Juges IX). Les deux cimes, d'une hauteur absolue d'environ huit cent mètres, situées au centre du pays, paraissent dtre choisies id comme théâtre de la première grande solennité religieuse à y célébrer (chap. XXVII). Pour en indiquer' plus exactement la situation, l'auteur dit qu'elles se trouvent derrière la grande route qui traverse le pays du nord au sud, et qu'il appelle la route occidentale, parce qu'il y en avait une parallèle à l'orient du Jourdain. Derrière, veut dire ici au-delà, vers l'ouest. Ces routes (qui d'ailleurs ne sont pas des chaussées européennes) existent de fait encore aujourd'hui. Le nom de G'ilgal revient à plusieurs localités dont il est fait mention dans l'histoire de Josué, de Samuel, d'Élie, etc. Les chênes de Moceb (Gen. XII, 6] ne nous aident pas à faire un choix entre elles.

DEUTÉRONOME XI, 3i. 32. XII, 1-7. 301

prendre possession du pays que TÉtemel, votre Dieu, vous donne, et lorsque vous en aurez pris possession et que vous y demeurerez, vous aurez soin de mettre en pratique toutes les lois et toutes les ordonnances que je vous propose aujourd'hui.

* Voici les statuts et ordonnances * qpie vous aurez soin de mettre en pratique, dans le pays qpie FÉternel, votre Dieu, vous donne pour en prendre possession, aussi longtemps que vous vivrez sur la terre. Vous détruirez absolument tous les lieux où les peuples que vous dépossédez adorent leurs dieux, sur les hautes montagnes, et sur les colhnes, et sous tous les arbres touffus; vous renverserez leurs autels, vous briserez leurs colonnes, vous brûlerez leurs Astartés, vous abattrez les idoles de leurs dieux, et vous ferez disparaître leur nom ' de ce lieu-là. Vous n'en agirez pas de même à l'égard de l'Éternel, votre Dieu*. Au contraire, c'est à l'endroit que l'Éternel, votre Dieu, choisira d'entre toutes vos tribus pour y établir son nom et pour y demeurer*, que vous le chercherez* et vous y viendrez apporter vos holocauses et vos sacrifices, vos dîmes, vos prémices, vos offrandes votives et volontaires et les premiers- nés de votre gros et menu bétail, et vous ferez là vos repas en présence de l'Éternel, votre dieu, et vous vous y réjouirez vous et vos familles, avec tout ce que vos mains auront acqpiis", et avec quoi l'Éternel vous aura

1 C'est ici que commence la série des lois spéciales qui forment le code deutéronoinique (chap. XII -XXVIJ. La première proclame la défense absolue de la pluralité des lieux de culte, qu'une législation plus ancienne (Ex. XX, 24) avait tolérée explicitement.

^ Le nom des divinités cananéennes. La coutume de désigner des localités par le nom des divinités qu'on y révérait a été commune à tous les peuples.

3 La formule n'est pas bien précise. Mais elle doit dire qull ne sera pas permis d'accomplir des rites religieux en tout lieu, au gré des gens.

4 Le liêu que Jéhova choisira, dans la pensée du rédacteur, ne saurait dtre autre que Jérusalem, et non une localité préalablement non déterminée, et éventuellement variable. Ceux qui interprètent le texte dans ce dernier sens, veulent pouvoir y loger les divers lieux de culte mentionnés dans lliistoire ancienne. Ils ne songent pas que ces divers lieux servaient au culte simultanément et non pas successivement, ce qui est contraire à l'esprit de la présente loi. D'ailleurs la chose est décidée par le fait que le Deutéronome date de l'époque que nous avons indiquée.

^ Cette phrase s'emploie surtout de la consultation de l'oracle.

^ En distinguant les holocaustes et les sacrifices, l'auteur a en vue les deux espèces principales de ces cérémonies, dans l'une desquelles la victime était consumée en entier sur l'autel, tandis que dans l'autre il s'agissait plutôt d'un festin sanctifié par la consécration de certaines parties de l'animal. Ces festins étaient des réjouissances et se faisaient avec le produit du champ et du troupeau, le fruit du travail béni par, Dieu. — Pour les dîmes, voyez chap. XIV, 22 ss.

302 DBDTteONOMB XH, 8-i8.

bénis. ^Yous ne ferez plus comme nous faisons id «yourd'hui, chacun selon son bon jdaisir* : car vous n'êtes point encore parvenus au repos et à la possession que l'Étemel, votre Dieu, vous donne. Biais lorsque vous aurez passé le Jourdain, et que vous dem^irerez dans le pays que l'Étemel, votre Dieu, vous donne en propriété, et qu'il vous aura assuré le repos à l'égard de tous vos ennemis à l'entour, et que vous serez en parbite sécurité, alors ce sera à l'endroit choisi par l'Étemel pour y établir son nom, que vous apporterez tout ce que je vous prescris, vos holocaustes et vos sacrifices, vos dîmes et vos prémices, et tout ce que vous aurez choisi dans les vœux que vous ferez à l'Étemel, et vous vous réjouirez en présence de l'Étemel, votre Dieu, vous et vos fils et vos filles, vos esclaves et vos servantes, et les Lévites 'qui demeureront parmi vous', car ils n'ont ni part ni propriété à c6té de vous. Gardez-vous d'oflfrir vos holocaustes à tout endroit que vous verrez. Ce n'est qu'à l'endroit choisi par l'Étemel dans l'une de vos tribus que vous offrirez vos holocaustes et que vous ferez tout ce que je vous prescris. «•Cependant vous pourrez tuer et manger de la viande, selon vos désirs, et partout où vous demeurerez, autant que l'Éternel, votre Dieu, vous aura béni; purs et impurs en pourront manger, comme on mange du gibier * : seulement vous ne mangerez pas le sang, vous le laisserez écouler à terre comme de l'eau. Hais vous ne pourrez pas manger partout où vous demeurerez la dîme* de votre blé, de votre vin et de votre huile, ni les premiers-nés de votre gros et menu bétail, ni ce que vous aurez consacré par un voeu, ni vos offrandes volontaires et vos prémices. Ce n'est qu'en présence de rÉtemel, votre Dieu, que vous pourrez manger cela, à Tendroit que l'Étemel aura choisi, vous et vos fils et vos filles, vos esclaves et

1 Les autres livres ne mentionnent rien de pareil.

^ Litt. : dans vos portes, location très-familière à cet auteur (voir Tlntrodaction, p. 183 s.]. — La recommandation d'admettre les Lévites à ces festins est motivée ici et fréquemment aiUenrs dans ce livre^ par la considération qu'ils n'ont pas d'antres ressources. Ils sont assimilés aux classes indigentes (chap. XVI, il, etc.), ce qui est incompatible avec la supposition que la dime était organisée comme cela |est prescrit Nomb. XVIII. (Introduction, p. Mi s.)

3 Le gibier (c'est-à-dire les ruminants sauvages, chap. XIV, 5] n'était pas défendu, mais il ne servait pas aux sacrifices. Le texte dit donc que la consommation ordinaire de la viande, hors des sacrifices et festins religieux, pouvait se faire partout, b loi ne concernant que les actes du culte. Les personnes en état d'impureté (Lév. XII) étaient exclues de ces derniers.

4 La dîme dont parle le Deutéronome est autre chose que celle des Nombres, car elle est consommée par celui qui l'offre, et le Lévite est invité, par charité, a y prendre part (Introduction, p. 171 s.).

VOS servantes, et les Lévites qui demeureront parmi vous, et vous vous réjouirez en présence de TÉternel, votre Dieu, en y employant tout ce que vos mains auront acquis. Gardez-vous d'abandonner les Lévites, aussi longtemps que vous serez dans votre pays.

'® Si rÉtemel, votre Dieu, étend vos frontières comme il vous Ta promis, et que vous disiez : Je veux manger de la viande ! votre désir étant d'en manger, vous pourrez en manger selon vos désirs. Si l'endroit que TÉternel aura choisi pour y établir son nom est trop éloigné de vous, vous tuerez de votre gros ou menu bétail que l'Éternel vous aura donné, ainsi que je vous l'ai prescrit, et vous en mangerez partout où vous demeurerez, selon vos désirs * ; seulement vous le mangerez comme on mange du gibier, purs et impurs en mangeront ensemble. Mais abstenez-vous absolument de manger le sang, car le sang, c'est l'âme, et vous ne devez pas manger l'âme avec la chair'. Vous ne le mangerez pas ; vous le laisserez écouler à terre comme de l'eau. Vous ne le mangerez pas, afin que vous soyez heureux, vous et vos enfants après vous, pour avoir fait ce qui plaît à l'Éternel. Mais pour ce qui est des choses consacrées ou promises par vœu, vous les prendrez et vous viendrez au lieu que l'Étemel aura choisi, et vous offrirez vos holocaustes, chair et sang, sur l'autel de l'Éternel, votre dieu, et le sang de vos autres victimes devra être versé sur l'autel; mais quant à la chair, vous la mangerez. Observez et écoutez toutes ces choses que je vous prescris, pour que vous soyez heureux, vous et vos fils après vous à jamais, pour avoir fait ce qui est bien et ce qui plaît à l'Étemel, votre Dieu.

'• Lorsque l'Éternel, votre Dieu, aura exterminé devant vous les peuples vers lesquels vous allez pour les déposséder, et que vous les aurez chassés et que vous demeurerez dans leur pays, gardez-vous de donner dans le piège en suivant leur exemple, après qu'ils auront été détruits devant vous, et de rechercher leurs dieux, en disant . De la façon dont ces peuples ont adoré leurs dieux, ainsi nous vou-

^ Cela est dit pour préciser la portée de la loi. Il serait impossible de venir à l'endroit unique, choisi par Jéhova pour le culte, toutes les fois que l'on voudrait manger de la viande. On en mangera partout et tant qu'on voudra, seulement on se gardera d'y Joindre des sacrifices. Une autre loi, Lév. XVII, 3 s., est plus exigeante.

2 Ce passage montre clairement que le mot néftî ne correspond pas exactement à la notion actuelle de Vàmt, en tant qu'on attribue à celle-ci une nature absolument différente du corps. C'est plutôt le principe de la vie physique, l'élément qui donne la vie au corps, qu'on se représentait volontiers comme un souffle (Gen. II, 7. Ps. CIV, 29 s., et<ï.) . La circonstance que la vie disparait avec la cessation de la respiration et avec l'effusion complète du sang, a donné lieu à cette combinaison de Vàmt et du sang. Le passage Gen. IX, 4 est surtout instructif à cet égard.

304 DECTéRONOME XII, Si. XUI , 1-9.

Ions faire, nous aussi*. N*en agissez pas ainsi envers rËtemely votre Dieu ; car tout ce que rËtemel a en horreur et ce qu'il déteste, ils le font à leurs dieux : car ils font même mourir par le feu leurs fils et leurs filles, en l'honneur de leurs dieux.

* Vous aurez soin de mettre en pratique toutes les choses que je vous prescris, sans y rien ajouter ni en rien retrancher*.

' S'il se présente au milieu de vous un prophète ou quelqu'un qui aurait un songe, et qu'il vous annonce un signe ou prodige, lequel signe ou prodige arriverait réellement ', et qu'il vous dise : Allons i d'autres dieux (que vous n'aurez pas connus *) et servons-les ! vous n'écouterez pas les paroles de ce prophète ou de ce songeur ; car c'est l'Étemel, votre Dieu, qui vous met à l'épreuve, pour reconnaître si vous l'aimez de tout votre cœur et de toute votre âme. Cest l'Étemel, votre Dieu, que vous devez suivre et craindre, ce sont ses commandements que vous devez observer, c'est sa voix que vous devez écouter, c'est lui que vous devez servir, c'est à lui que vou-s devez vous attacher. Et ce prophète-là, ou ce songeur, doit être mis à mort, car il aura prêché la révolte contre rÉternel, votre Dieu, qui vous a retirés du pays d'Egypte, et qui vous a rachetés de ce lieu de servitude ; il a voulu vous faire sortir de la voie dans laquelle l'Éternel, votre Dieu, vous a ordonné de marcher, et vous exterminerez le mal du milieu de vous^.

' Si votre frère, le fils de votre mère, ou votre fils ou votre fille, ou votre femme bien-aimée*, ou votre ami intime voulait vous séduire secrètement, en disant : Allons servir d'autres dieux ! de ces dieux que vous n'avez point connus, ni vous ni vos pères, des dieux des peuples voisins, proches ou éloignés, d'un bout de la terre à Fautre, vous ne lui obtempérerez ni ne Técouterez; vous n'aurez pa^î

1 Les peuples de l'antiquité croyaient que chaque pays, et même chaque localité, avait sa divinité particulière; l'habitant nouvellement arrivé ne pouvait donc, dans leur opinion, ?e dispenser de la reconnaître à son tour, à moins de s'exposer à sa colère Voilà pourquoi les conquérants, au lieu de détruire les temples des vaincus, finirent par associer les dieux étrangers aux leurs propres. Comp. t Sam. XXVI, 19. Ruth, I, 15 s.

* La loi qui suit concerne l'embauchage pour Tadoration des faux dieux. Ce crime sera puni de mort.

^ L'auteur suppose donc que les faux prophètes peuvent faire des miracles ;Ex. Vil, 11 , etc. 2 Thess. II. 9\ Le miracle ne prouve donc rien par lui-môme, sa valeur doit être examinée et contrôlée d'après le but auquel il doit servir.

•iChap. XI, 28.

'* Formule propre au Deutéronome (Introduction, p. 167).

^ Litt. : la femme de ton sein. Le législateur énumère de préférence les personnes qui doivent être les plus chères à quelqu'un, pour insister sur ce que tous les sentiments doivent se taire dans le cas du crime en question.

DELTÉROXOME XIII, 10-19. XIV, 1-4. AOd

pitié de lui, ni ne l'épargnerez, ni ne le cacherez * ; au contraire, vous devez le faire mourir. Votre main sera la première à lui donner la mort, et les mains de tout le peuple s'y joindront. Vous Tassommerez de pierres de manière qu'il meure, parce qu'il a cherché à vous détourner do l'Étemel, votre Dieu, qui vous a retirés du pays d'Egypte, de ce lieu de servitude, et afin que tout Israël l'apprenne, et craigne d'agir de nouveau d'après ce mauvais exemple.

*' Si vous apprenez, au sujet de l'une des bourgades que l'Étemel, votre Dieu, vous donne pour y habiter, qu'on dise : Il est sorti du milieu de vous des hommes pervers, qui ont séduit leurs compatriotes en disant : Allons servir d'autres dieux ! (que vous n'auriez pas connus), vous examinerez la chose, et si, après une information et enquête faite avec soin, la chose se trouve être vraie et positive, que cette abomination ait été commise au milieu de vous, vous ferez passer au fil de l'épée les habitants de cet endroit, en le mettant au ban avec tout ce qui s'y trouve, et en égorgeant ses hôtes; puis vous amasserez tout son butin au milieu de la place et vous mettrez le feu à la bourgade et à tout son butin, comme un holocauste ' pour l'Éternel, votre Dieu, et elle sera à jamais un monceau de ruines et ne sera plus rebâtie. Et rien ne restera entre vos mains de ce qui aura été mis au ban, afin que l'Éternel revienne de sa colère et vous accorde sa grâce et sa miséricorde, et vous multiplie, comme il Ta juré à vos pères, si vous écoutez la voix de l'Éternel, votre Dieu, de manière à observ^er tous ses commandements que je vous prescris aujourd'hui, en faisant ce qui est juste aux yeux de l'Éternel, votre Dieu.

* Vous êtes les enfants de l'Éternel, votre Dieu : vous ne vous ferez pas d'incision, ni ne vous raserez le front pour un mort'. Car vous êtes un peuple consacré à l'Éternel, votre Dieu, et c'est vous que l'Éternel a choisis pour être son peuple à lui, d'entre toutes les nations qui sont sur la surface de la terre.

' Vous ne mangerez rien de ce qui doit être considéré comme abominable*. Voici les bêtes que vous pourrez manger: le bœuf, le

^ Pour le soustraire au châtiment.

^ Le terme hébreu [Kalîl) n'est pas le même que celui qui est ordinairement employé pour les victimes consumées entièrement sur l'autel i^olah). Cependant il y a des passages où il est pris dans le sens de celui-ci (Deut. XXXIII, 10. Lév. VI, 15 s.), et il est hors de doute que la destruction par suite du vœu appelé le han (l'interdit, kérem) était considérée comme un acte religieux. Voyez par exemple 1 Sam. XV, 30 s.

3 Voyez Lév. XIX, 28; XXI, 5.

^ Pour ce qui concerne les viandes permises ou défendues, voyez Lév. XI. Les variantes sont peu nombreuses. Les observations à faire à ce sujet ont été discutées dans l'Introduction, p. l80.

A. T. 3« part. — II. 20

menu bétail, moutons et chèvres, le cerf, le chevreuil, le daim, le bouquetin, les différentes espèces d'antilopes *, et en général toute bète qui a Tongle fendu et le pied fourché, tout ce qui rumine parmi les bêtes ; voilà ce que vous pourrez manger. Cependant vous ne mangerez pas les suivantes d'entre celles qui ruminent et celles qui ont Tongle fendu et fourché : le chameau, le lièvre et la gerboise; car ils ruminent bien, mais ils n'ont pas Tongle fendu. Ils doivent être impurs pour vous. Puis le porc, car il a bien l'ongle fendu, mais il ne rumine point ; il doit être impur pour voue. Vous ne mangerez pas de leur chair ni ne toucherez leurs cadavres.

• Voici ce que vous pourrez manger de tout ce qui vit dans l'eau : tout ce qui a des nageoires et des écailles, vous pourrez le manger. Mais ce qui n'a point de nageoires ni d'écaillés doit être impur pour vous: vous ne le mangerez point.

** Vous pourrez manger tous les oiseaux purs. Mais voici ceux d'entre eux que vous ne mangerez point : l'aigle, l'orfraie, le vautour, le milan ', toutes les espèces de faucons, toutes les espèces de corbeaux, l'autruche, le coucou, la mouette, toutes les espèces d'é|>erviers, le hibou, la chouette, le chat-huant, le pélican, le cormoran, le plongeon, la cigogne et les hérons de toute espèce, la huppe, la chauve-souris. Tout insecte ailé doit être considéré par vous comme impur, et il ne doit pas être mangé ^. Ce sont les oiseaux pui*s que vous mangerez.

'" Vous ne mangerez pas d'une bête crevée. Vous pourrez la donner aux étrangers qui demeurent parmi vous, pour qu'ils la mangent, ou bien la vendre à quelqu'un du dehors *. Car vous êtes un peuple consacré à rÉternel, votre Dieu.

Vous ne ferez point cuire le chevreau dans le lait de sa nu'^re ^

" Vous auiez à mettre à part la dîme de tout le produit de \o.s semailles, de ce que rapportent vos champs d'année en année. VA vous mangerez en présence de FEternel, votre Dieu, à l'endroit qu'il aura clioiî-^i pour y établir son nom, la dîme de votre Mé, de votre

' L'énumération des espèces raunque dans l'autre texte. A notre tour, nous en >uf>primons trois, en les remplaçant par le nom générique des antilopes, parce qu'il nous e-t impossible de les identifier. En tout cas nous ne nommerions pas la girale, parce qn i". aurait été ridicule d'en permettre la viande aux habitants de la Palestine.

^^ Le texte du Deutéronome offre ici trois noms au lieu de deux qu'on lit à reTidrri; correspondant, Lév. XI, 13, mais probablement l'un des trois ne s'y trouve <j u- j-ar suite de lu double orthographe due à une méprise de copiste.

-^ Ici les sauterelles ne sont pas exceptées.

■^ Les prescriptions dotmées Exode XXII, 30. Lév. XVII. 15. diflèrent iiotuliU*mvi;i de celle-ci.

•> Ex. XXIIl. U)

DBUTÉRONOME XIV, 23-29. 307

vin et de votre huile, et les premiers-nés de votre gros et menu bétail, afin que vous appreniez à craindre en tout temps l'Éternel, votre Dieu *. Et si le chemin devait être trop long pour vous, de manière que vous ne pourriez emporter tout cela, l'endroit que r Étemel aura choisi pour y établir son nom étant trop éloigné, et r Étemel vous ayant bénis', vous le donnerez pour de l'argent, et vous serrerez cet argent dans vos mains, et vous irez à l'endroit que l'Éternel aura choisi, et vous donnerez cet argent pour tout ce que votre cœur désirera, en fait de gros et de menu bétail, de vin et autres boissons, et en général pour ce qui pourra vous convenir, et vous le mangerez là en présence de TÉternel, votre Dieu, et vous vous réjouirez, vous et votre famille. Et vous n'abandonnerez pas les Lévites qui demeureront parmi vous, car ils n'ont ni part ni propriété parmi vous.

'•Au bout de trois ans vous mettrez à part toute la dîme de vos produits de cette année- là et vous la déposerez dans vos bourgades • : pour que les Lévites, qui n'ont ni part ni propriété parmi vous, et les étrangers, et les orphelins, et les veuves, qui demeureront parmi vous, viennent manger et se rassasier; afin que l'Éternel, votre Dieu, vous bénisse dans tous vos travaux et entreprises.

^ La dîme, d'après ce texte, n'est pas une redevance à payer aux prêtres, mais une portion du revenu à consacrer par un sacrifice d'actions de grâces, suivi d'un festin de famille. Le Lévite y aura sa part par pure charité : il est recommandé aux autres Israélites, qui ne lui doivent rien à titre obligatoire et en quantité réglementaire. — Mais il y a ici une autre difficulté à signaler. La consommation, en un seul voyage et festin, de la dixième partie de toute la récolte est chose excessive, au moins pour les familles jouissant d'une certaine aisance; et les moins aisés auraient été plus qu'imprudents s'ils avaient ainsi gaspillé leurs ressources, au lieu de les répartir prudemment sur l'année entière. On se tire d'embarras en disant que la dime a été réglée et payée (aux Lévites) pendant des siècles et même chez les chrétiens, sans que les gens soient morts de faim pour cela. Mais c'est qu'ici il est question d'une consommation en famille et non d'une dîme à donner aux Lévites. (Introduction, p. 171 s.)

^ D'après le contexte, cette bénédiction doit se rapporter à l'extension du territoire. Or, au point de vue de la tradition. Moïse devait considérer la Palestine entière comme domaine des IsraéUtes dès la conquête, qui est supposée prochaine. Ce pays était déjà assez étendu pour motiver la clause qu'on va lire, et il n'était pas nécessaire d'en parle^* comme d'une simple éventualité. Nous estimons donc avoir ici encore un indice de ce que, à l'époque de la rédaction du Deutéronome, les Israélites étaient réduits ù un territoire très-peu étendu.

•^ Autre dime, et celle-ci exclusivement affaire de charité. Il ne s'agit pas du sanctuaire, ni d'un sacrifice, mais d'une distribution d'aumônes, et il est intéressant de voir que les Lévites, assimilés aux orphelins et aux veuves, sont censés en avoir besoin, tandis qu'avec la dîme prescrite Lév. XXVII, 30, ils ont dû devenir les gens les plus riches du pays.

DBtrréRONoi» zv; 1-11:

'An bout de sept aiw vous ferez reUtebe. ' Voicî ce iftie oe «era que cette relâche: tout créancier fera relâche à l'égard de ce qull aura prêté à quelqu'un d'autre; il n'exigera rien de l'autre, de son frère; car on aura proclamé relâdie au nom de l'Étemel. A l'égaid de l'étranger vous pourrei être exigeants; mais à l'égard de ce que vous aurei chez tos frères, vous ferez relâche*. Cependant il n'f aura point de pauvres chez vous * ; car l'Étemel, ' votre Dieu, vous bénira dans le pays qu'il vous donne en propriété pour en prendre possession; pourvu que vous écoutiez sa voix, de manière ft avoir soin de mettre en< pratique tous ces commandements que je vous prescris aijgourd'hui. Oui, l'Étemel, votre Dieu, vous bénira comme il vous l'a promis, et vous ferez des prêts à beaucoup de- peuples, sans avoir besoin d'emprunter vous-^mèmes, et vous dominerez sur beaucoup de peuples, et ils ne domineront point sur vous.

^S*il se trouve parmi vous un pauvre, d'entre vos (hères, dan^ l'une de vos bourgades, dans le pays que l'Étemel, votre Dieu, vou» donne, vous n'endurcirez point votre cœur, ni ne fermerez votre main pour votre pauvre firère, mais vous lui ouvrirez votre main et vous lui prêterez de quoi pourvoir à ses besoins, autant qu'il loi faudra. Gardez-vous d'avoir dans votre cœur une pensée vilaine, de manière à dire : La septième année approche, l'année de relâche ! et de voir de mauvais œil votre pauvre frère et de ne rien lui donner : de peur qu'il n'invoque l'Étemel contre vous, et que vous ne vous chargiez d'un péché. Donnez-hii plutêt, et que votre cœur ne loi donne pas â regret, car en raison de cela l'Étemel, votre Dieu, vous bénira dans tous vos travaux et dans toutes vos entreprises. Car les pauvres ne manqueront pas dans le pays'; c'est pourquoi

^ On a soavent donné à cette disposition de la loi une portée qu'elle o'a pas, ni ne pouvait aToir^ en y voyant une remise complète et absolue de toutes les dettes. Si cela avait été l'intention du législateur, il aurait du même coup tué le crédit : per> sonne n'aurait plus rien prêté, dans la prévision de Tabolition légale de la dette après un laps de temps donné. A la rigueur on aurait pu se couvrir en exigeant préalablement des intérêts exorbitants, mais cela était défendu (chap. XXill, 20). La vérité est que le remboursement ne devait pas être exigible durant la septième année, laquelle n'eft pas ici a dater de l'époque du prêt, mais à identifier avec Tannée sabbatique (Ex. XXIII, 10 s.], et où, par conséquent, le débiteur était censé n'être pas à même de s'acquitter.

^ Cette remarque doit dire que l'injonction qui précède ne trouvera guère d'af^lication, si toutefois Israël reste avec Jébova dans son rapport normal. €^r alors la bénédiction céleste sera si abondante, que personne ne se trouvera dans la gêne pour avoir besoin de faire un emprunt.

^ On est facilement amené à penser que ce morceau a été primitivement écrit par une autre main que celle qui a rédigé le paragraphe précédent (v. 4).

DBUTÉRONOME XV, 11-28. 309

je vous donne ce commandement : Ouvrez vos mains pour vos frères, pour vos pauvres et vos indigents dans votre pays.

** Lorsque quelque Hébreu, homme ou femme, vous aura été vendu, et qu'il vous aura servi pendant six ans, la septième année vous le renverrez en liberté de chez vous * . Et en le renvoyant en liberté de chez vous, vous ne le laisserez pas partir les mains vides. Vous aurez soin de lui remettre une bonne charge de choses provenant de votre bétail, de votre aire, et de votre pressoir : vous lui donnerez de ce que vous aurez vous-mêmes par la bénédiction de rÉternel, votre Dieu, et vous vous souviendrez que vous avez été esclaves dans le pays d'Egypte et que TÉtemel vous a rachetés. C'est pour cela que je vous prescris cela aujourd'hui. Mais s*il devait vous dire : Je ne veux pas sortir de chez vous ! (parce qu'il vous aime, vous et votre famille, pour s'être trouvé bien chez vous), alors vous prendrez l'alêne et vous la ferez passer par son oreille et dans la pone, et il restera à votre service à perpétuité. Vous en agirez de même à l'égard de votre servante. Que cela ne vous paraisse pas dur d'avoir à le laisser partir de chez vous librement; car il a travaillé pour vous pendant six ans et un mercenaire vous aurait coûté le double. Et l'Eternel, votre Dieu, vous bénira dans tous vos travaux.

*** Vous consacrerez à l'Éternel, votre Dieu, tous les premiers-nés mâles qui vous naîtront de votre gros et menu bétail. Vous ne ferez pas travailler les premiers-nés de votre gros bétail, et vous ne tondrez pas les premiers-nés de votre menu bétail. C'est en présence de l'Éternel que vous les mangerez, vous et votre famille, d'année en année, à l'endroit qpie l'Éternel aura choisi. Cependant s'ils devaient avoir un défaut, s'ils étaient boiteux ou aveugles, ou qu'ils eussent une mauvaise qualité quelconque, vous ne les immolerez pas à l'Éternel, votre Dieu ; vous les mangerez chez vous, purs et impurs ensemble, comme on mange le gibier. Seulement vous n'en mangerez pas le sang; vous le verserez par terre comme de l'eau '.

1 Le législateur qui venait de proclamer la triste vérité qu'il y aura toujours des pauvres, s'occupe de leur sort à un autre égard encore. Le pauvre pouvait se vendre comme esclave, ou vendre sa fille (Ex. XXI, 7J, quand il manquait de ressources suffisantes pour se sustenter^ lui et sa famille ; il pouvait aussi 6tre vendu par son créancier. C'est en vue de ces cas que la présente loi (déjà promulguée à une autre occasion, avec quelques légères modifications, loc. cit.) établit des règles inspirées par un sentiment d'humanité. On remarquera qu'ici la septième année se compte a partir de l'entrée au service, et n'est pas une année fixe comme dans la loi précédente.

«Comp. les lois Ex. XllI , 11 s.: XXII, 29. Nomb. XVIll, 15 s. Deut. XII, 17 s. ; XIV, 23. Les différences que présentent ces divers textes ont été discutées dans l'Introduction, p. 63.

* Observez le mois d'Abîb pour faire la Pâque * à TÉtemel, votre Dieu, car c'est dans le mois d'Abib qu'il vous a fait sortir d'É^-pte, pendant la nuit. Et vous ferez à TÉtemel le sacrifice pascal , avetdu gros et menu bétail, à l'endroit qu'il choisira pour y établir son nom. Vous ne mangerez avec cela rien de fermenté; durant sept jours vous mangerez avec cela du pain azyme, conmie nourriture de misère, parce que vous êtes sortis d'Egypte avec précipitation; c'est afin de vous souvenir, votre vie durant, de votre sortie d'Egypte. On ne devra pas voir de levain chez vous, dans tout votre territoire, pendant sept jours, et de la chair des animaux immolés le soir du premier jour il ne doit rien rester jusqu'au lendemain. Vous ne pourrez faire le sacrifice pascal dans telle bourgade que l'Étemel, votre Dieu, vous donne, mais c'est à l'endroit qu'il choisira pour y établir son nom que vous ferez le sacrifice pascal, le soir, au coucher du soleil; c'est le moment où vous êtes sortis d'Egypte. Vous le ferez cuire et vous le mangerez à l'endroit que l'Étemel aura choisi, et le lendemain vous vous en retournerez chez vous. Durant six jours vous mangerez des pains azymes, et le septième jour il y aura une solennité pour l'Éternel, votre Dieu, et vous vous abstiendrez de tout travail.

® Puis vous compterez sept semaines : c'est du jour où l'on commencera à porter la faucille aux blés que vous compterez sept semaines, et vous ferez une fête des semaines à l'Éternel, votre Dieu, moyennant une oblation volontaire que vous donnerez en proportion de la bénédiction que vous aurez reçue de l'Éternel. Et vous vous réjouirez en présence de l'Éternel, vous et vos fils et vos filles, vos esclavos et vos servantes, et les Lévites qui demeureront parmi vous, el les étranji^ers, les veuves et les orphelins qui seront parmi vous, à l'endroil que TÉternel aura choisi pour y établir son nom. Et vous vous souviendrez que vous avez été esclaves en F]jfy}>le, el vous observerez ces statuts et les mettrez en pratique^.

1 A lé^'ard des grandes fOtes (comp. Ex. XII, Xlll. XXIII, XXXIV. Nomb. IX. XXVllI, XXIX. Lév. XXIII; il y a également lieu d'observer que les prescriptions n«' sont pas partout les mOmes (Introduction, p. 174). Eu tenant compte de tous les détail.< on arrive à constater que les prescriptions du Deutéronome, ainsi que celles d'Ex. XIII, XXIII, XXXIV, sont antérieures à celles contenues dans les autres textes. — Ici il y a cela de particulier, qu'après le repas pascal, qui doit se faire à Jérusalem, chacun retournera chez lui. Mais comme îe septième jour il doit y avoir encore une sol*'nnit4?. cela paraît nécessiter un second pèlerinage. On se tire d'affaire en disant qu'il s'agit (pour les étranger>} seulement de rentrer du temple au logis qu'ils occupaient temporairement en ville. La formule employée dans le texte, et qui est d'un usage fréquent dans l'Ancien Testament (vous irez à vos tentes), se rapporte invariablement au domicile ordinaire.

'-^ Encore ici il n'est nullement question d'une redevance réglementaire à percevoir par la caste lé\itique. mais d'une réjouissance en famille à l'occasion de racht'vemeni de la

''Vous ferez la fête des tabernacles durant sept jours, lorsque vous aurez fait rentrer les produits de votre aire et de votre pressoir *. Et vous vous réjouirez à cette fête, vous et vos fils et vos filles, vos esclaves et vos servantes, les Lévites, les étrangers, les orphelins et les veuves qui demeureront parmi vous. Durant sept jours vous ferez cette fête à l'Éternel, votre Dieu *, à l'endroit qu'il aura choisi, lorsqu'il vous aura bénis dans toutes vos récoltes et dans tous vos travaux, et vous vous livrerez entièrement à la joie.

*• Trois fois chaque année toute personne mâle parmi vous se présentera devant l'Éternel, votre Dieu, à l'endroit qu'il aura choisi* : à la fête des pains azymes, à la fête des semaines, et à la fête des tabernacles, et l'on ne se présentera pas les mains vides, chacun viendra avec son don, selon la bénédiction que l'Éternel, votre Dieu, vous aura accordée.

"•Vous établirez des juges et des magistrats* dans toutes vos bourgades que l'Éternel, votre Dieu, donnera à vos tribus, afln qu'ils jugent le peuple en prononçant des arrêts justes. Vous ne ferez point fléchir le droit, vous n'aurez point égard aux personnes, vous n'accepterez pas de cadeaux, car les cadeaux rendent aveugles les yeux des sages et gâtent la c^use des innocents. C'est le droit seul

moisson, réjouissance à sanctitier par une offrande d'action de grâces, et par un acte de charité en faveur des indigents, parmi lesquels figurent les Lévites ruraux, dont la position est censée gênée par la centralisation du culte à Jérusalem. Eux aussi doivent être conviés à la fête, qui ne peut être célébrée qu'au seul lieu saint légal.

1 C'est-à-dire après les dernières récoltes ; car les produits de l'air* sont rentrés depuis longtemps à l'époque de cette fête. On remarquera aussi que d'après ces textes les fêtes sont toutes mobiles; du moins les époques n'en sont pas fixées exactement. La Pâque se célébrera dans le courant du mois d'Abib ; la PentecOte sept semaines après le commencement de la moisson ; la fête des tabernacles après l'achèvement de toutes les récoltes. Mais cela dépendait de différentes circonstances fortuites et locales.

^^ Cette phrase implique les rites religieux mentionnés à loccasion de la fête précédente ; car, d'après la conception de la Loi, Jéhova n'est présent qu'à Jérusalem, et ce n'est que là qu'il accepte des offrandes.

^ Ex. XXIII, 17 ; XXXIV, 23.

^ Le texte emploie ici deux termes. Le sens du second n'est pas déterminé dans les passages où il se rencontre. On a pensé qu'il s'agit de personnages qui manient la plume ; mais il est peu probable que dans chaque petite localité, et pour des affaires de peu de conséquence, on ait rédigé des actes judiciaires quelconques. Ce qui nous frappe davantage, c'est que la loi ne dit mot ni sur le nombre des juges, ni sur le mode de leur élection. C'est encore un de ces cas où l'on est amené à penser que l'usage avait déjà réglé la chose à l'époque de la promulgation du code, et que le but du législateur était simplement de faire les recommandations morales et pratiques qui suivent.

312 DEUTÉRONOME XVJ , 21, 22. XVU, 1-9.

que vous devrez rechercher, afin de vivre en possession du pays que rÉternel, votre Dieu, vous donne.

'' Vous ne planterez pas d'idoles d'Aslarté, d'aucune espèce de bois, à côté de Tautel que vous élèverez à TÉtemel, votre Dieu, et vous n'érigerez point de colonne, chose que i'Ëternel hait '.

* Vous n'immolerez point à l'Éternel, votre Dieu, des bètes qui aient un défaut, un vice quelconque ; car l'Éternel a cela en horreur.

^ S'il devait se trouver parmi vous, dans l'une de vos bourgades que l'Éternel, votre Dieu, vous donne, un homme ou une femme qui ferait ce qui déplaît à l'Éternel, en violant son pacte, et qu'il allât, servir d'autres dieux et se prosterner devant eux, le soleil ou la lune, ou les astres en général, ce que je vous ai défendu, et que cela vous soit dénoncé et que vous l'appreniez, et qu'après une recherche faite avec soin la chose se trouve être vraie et positive, que cette abomination ait été commise en Israël, vous mènerez cet homme ou cette femme qui aurait commis ce crime, à votre place publique, et vous les assommerez à coups de pierres pour les faire mourir'. C'est sur la déposition de deux ou de trois témoins que le condamné sera mis à mort; il ne le sera pas sur la déposition d'un seul témoin ^ La main des témoins sera la première à lui donner la mort ♦ et les mains de tout le peuple s'y joindront, et vous exterminerez le mal du milieu de vous.

' Si quelque affaire judiciaire devait être trop difficile pour vous, que ce soit une cause de meurtre, ou de contestation, ou de coups, toute affaire de procès qui se produirait devant vous, vous irez vous rendre à l'endroit que l'Éternel, votre Dieu, aura choisi. La vous vous adresserez aux pnMres lévitiques et au juj^o qui y sera à ce

1 Nous avons conservé le mol planter, bieu qu'il puisse favoriser rinterprélation trèsrépandue, qui voit dans les Asch(^res des arbres ou des bocages. Le passage 1 Rois XIV. 23 (auquel on pourra aussi voir une note sur les colonnes)^ prouve à lui seul que cette interprétation est erronée, car on y lit que les Israélites construisaient des Aschères sous les arbres. Comme ailleurs il est dit que ces S3'mboles de la déesse Astarté doivent être brftlés, ou en conclura qu'ils étaient de bois, comme les colonnes étaient de pierre. Mais ni les uns ni les autres n'étaient des statues de forme humaine.

2 Corap. chap. XIll. Ex. XXII. 19. Lév. XX, 2.

'^ Nomb. XXXV, 30.

** On verra dans cette clause une précaution contre le faux témoignage. Le législateur pouvait admettre que tel qui se serait permis de mentir, tant qu'il ne s'agirait que dune dénonciation, serait arrêté par des scrupules religieux au moment où il devrait tuer un innocent, dont le sang retomberait immanquablement sur lui-même. Cette précaution pouvait manquer son but dans l'un ou l'autre cas, mais elle l'aura atteint dans beaucoup d'autres, vu l'énergie de la croyance en la justice divine. On peut comparer ici par exemple 2 Sam. 111, 28. 1 Rois II, 5.

DBUTËRONOMË XVII, 10-18. 313

moment et vous leur demanderez conseil, et ils vous expliqueront l'afiaire * ; et vous agirez conformément à la déclaration qu'ils vous auront faite, à Tendroit que l'Éternel aura choisi, et vous aurez soin d'agir selon leurs instructions. C'est d'après l'instruction qu'ils vous auront donnée et d'après l'arrêt qu'ils auront prononcé que vous agirez, sans vous écarter, ni à droite ni à gauche, de la déclaration qu'ils vous auront faite. Celui qui aurait la présomption de ne point obéir au prêtre cpii est placé là pour le service de l'Éternel, votre Dieu, ou au juge, cet homme doit mourir, et vous exterminerez le mal du milieu d'Israël, afin que tout le peuple l'apprenne et craigne d'avoir encore une pareille présomption.

** Lorsque vous serez arrivés dans le pays que l'Éternel, votre Dieu, vous donne, et que vous en aurez pris possession et que vous y demeurerez, et que vous direz : Nous voulons mettre à notre tête un roi, comme tous les peuples nos voisins ' ! vous mettrez à votre tète un roi que l'Éternel, votre Dieu, choisira ; c'est parmi vos frères que vous prendrez le roi à mettre à votre tête. Vous ne pourrez pas mettre à votre tète un étranger qui ne serait pas votre frère. Seulement il ne devra pas avoir un grand nombre de chevaux, ni ramener le peuple en Egypte pour se les procurer, vu que l'Éternel vous a dit : Vous ne reprendrez plus ce chemin-là. Et il ne devra pas prendre beaucoup de femmes, de peur cpie son cœur ne se détourne. Et il ne devra pas non plus amasser trop d'or et d'argent'. Et quand

1 II ne s'agit pas ici d un appel ou d'une seconde instance ; car les premiers juges, d'après notre texte, loin d'avoir prononcé un arrêt contre lequel les parties réclameraient, sont censés avoir déclaré que la cause est trop difficile, qu'ils ne trouvent pas de verdict de culpabilité ou de non- culpabilité dans un procès criminel, ou de décision arbitrale dans une affaire civile. Dans ces cas on doit avoir recours à un juge prononçant au sanctuaire, c.-à-d. au nom de Dieu, et dont l'arrêt est si bien définitif et exécutoire, qu'un refus d'y obéir serait un crime de lèse-majesté. Les trois termes de meurtre, contestation et coups reviennent à ce que nous appellerions causes criminelles, civiles et correctionnelles. Sur la formule: prêtres -lévitiques, voyez llntrod. p. 169. — Il semble assez difficile de dire a quoi le législateur a songé en nommant en même temps le Juge qui y sera à ce moment. Pour notre part, nous croyons qu'il avait en vue les personnages connus sous le nom des Juges (prétendus successeurs de JosuéJ, et qu'il se les représentait comme portant ce titre dans le sens vulgaire et civil de ce mot. Ce qui nous confirme dans cette opinion, c'est qu'immédiatement après il parle des rois et de la monarchie, comme d'une autre institution éventuelle. Car il ne faut pas oublier que toutes ces lois sont mises dans la bouche de Moise.

2 Phrase qui rappelle 4 Sam. VIII, 5.

3 Cette loi sur la royauté fournit à la critique l'une des preuves les plus palpables de ce que la législation dont elle fait partie n'est pas l'œuvre de Moïse, mais date d'une époque postérieure au règne de Salomon. C'est le portrait de ce roi qui s'y reconnait à tous les traits (1 Rois Y, X. XIJ. Mais ce qu'il importe de relever avant tout, c'est

il s'installera sur son siège royal, il se fera une copie de celte loi, en en prenant le texte des prêtres lévitiques * ; il l'aura par devers lui et la lira toute sa vie, pour qu'il apprenne à craindre l'Étemel, son Dieu, en observant toutes les prescriptions de cette loi, et ces statuts, pour les mettre en pratique ; afin que son cœur ne devienne pas orgueilleux de manière à dédaigner ses frères, et qu'il ne s'écarte des commandements, ni à droite, ni à gauche, et que son règne, et celui de ses fils se prolonge en Israël.

* Les prêtres lévitiques, toute la tribu de Lévi, n'auront point de part ni de propriété parmi les Israélites : c'est de ce qui revient à l'Éternel, de ses feux *, qu'ils auront à se nourrir. Ils n'auront point de propriété parmi leurs frères ; c'est l'Éternel qui sera leur apanage, comme il le leur a déclaré.

' Et voici quelle sera la redevance qui reviendra aux prêtres de la part du peuple, de la part de ceux qui offriront un sacrifice de gros ou de menu bétail : on donnera aux prêtres l'épaule, les deux mâchoires et le ventricule*. Vous leur donnerez aussi les prémices de votre blé, de votre vin et de votre huile, ainsi que les prémices de la tonte de votre bétail. Car ce sont eux que l'Étemel, votre Dieu, a choisis d'entre toutes vos tribus, pour être à son ser\ice comme ministres, de père en fils, perpétuellement.

•Lorsqu'un Lévite*, de l'une de vos bourgades, de tout le pays

quMl est impossible de se figurer ud législateur qui, tout en réglant une masse de petits détails de la vie civile et religieuse, aurait abandonné la question capitale de la constitution politique au caprice du peuple, et se serait borné, pour Vécentualité de l'établissement de la monarchie, à défendre au roi la polygamie (permise aux simples citoyens et la manie d'avoir beaucoup de chevaux, sans déterminer ses autres droits ou devoir*. Le fait est que lorsque la présente loi fut publiée, la monarchie existait depuis longtemps, avec toutes les extravagances du despotisme et du luxe de l'Orient, et la nation se trouvait même déjà dans un état de décadence et de faiblesse qui rendait Tun et l'autre aussi ridicule que ruineux. Comp. l'Introduction , p. 117.

^ La /of que le roi doit copier, n'est pas le Pentateuque, mais tout au plus le Deutérouome ou peut-être seulement le présent article ou paragraphe.

2 Sur cette expression, voyez Lév. I, 9, et pour tout le paragraphe, comp. N(^mb. XVIII, 20 s.

'^ Les parties nommées ici sont autres que celles nommées Lév. Vil, 32 s. Les anciens, et ceux d'entre les modernes qui veulent à tout prix maintenir l'unité de li législation dite mosaïque, se tirent aisément d'atlaire, en supposant que les deux prescriptions ont dû être combinées de manière que la redevance serait encore plus considérable. On est môme allé jusqu'à dire que celle qui est mentionnée ici s'appliquait aussi à la boucherie privée en dehors des sacrilices.

"* Comme au v. 3 il est question du prôtre et ici du Lévite, on en a conclu que ie Deutéronome aussi distingue les deux ordres. Le texte qu'on va lire prouve le contraire. La personne qui préside au sacrifice s'appelle prêtre, tout Lévite peut remplir cette

DEUTÉRONOME XVIIÏ, 6-i6. 315

d'Israël, où il demeurera, viendra de son propre gré à Tendroit que l'Éternel aura choisi, et qu'il y fasse le service au nom de TÉternel, son Dieu, comme tous ses frères, les Lévites qui seront 4à au service de l'Éternel, il recevra sa part comme les autres, indépendamment de ce tpi'il peut vendre de son patrimoine*.

•Lorsque vous serez entrés dans le pays que l'Étemel, votre Dieu, vous donne, vous ne vous laisserez pas engager à pratiquer les abominations de ces peuples-là. Il ne doit se trouver personne parmi vous qui fasse passer son fils ou sa fille par le feu ', point de devin, de sorcier, d'enchanteur, de magicien, de nécromancien, qui consulte les morts, ou tpii pratique d'autres arts de ce genre • : car l'Éternel a en horreur quiconque fait de telles choses, et c'est à cause de ces abominations que l'Éternel, votre Dieu, chasse ces peuples devant vous. Vous devez vous attacher entièrement à l'Éternel, votre Dieu. Car les peuples que vous allez chasser écoutent les sorciers et les devins, mais à vous l'Éternel, votre Dieu, le défend. " C'est un prophète * comme moi, du milieu de vous, parmi vos frères, que l'Éternel, votre Dieu, suscitera pour vous : c'est lui que vous écouterez. Ce sera comme vous l'avez demandé à l'Éternel au Hioreb, le jour de l'assemblée, quand vous disiez : Nous ne voulons plus entendre la

fonction, pourvu qu'il vienne au sanctuaire central et unique. C'est tout juste le contraire de ce qui est ordonné dans les autres livres. Avant la centralisation du culte, il pouvait y avoir partout des Lévites et des sacrifices. Par l'interdiction des autres lieux de culte on leur coupait les vivres. Ils sont donc autorisés à fonctionner à Jérusalem, sans y rester à demeure fixe.

* Les Lévites, comme individus, pouvaient avoir une propriété, une fortune patrimoniale. Ce n'est que comme tribu qu'ils ne possédaient pas de territoire. Le texte, qui n'est pas parfaitement clair, doit sans doute dire qu'à l'égard des revenus privés et particuliers que le Lévite peut réaliser, la loi ne prescrit rien, et qu'ils ne sont pas pris ici en considération. D'autres ont pensé qu'elle veut lui permettre de vendre le patrimoine lui-môme, pour aller s'établir à Jérusalem.

2 Lév. XVIII, 21 ; XX, 2 ss.

3 Ex. XXII, 17. Lév. XIX, 26, 31 ; XX, 6, 27. — La traduction des différents termes est faite ici un peu au basard, parce que nous ne connaissons pas exactement tous les genres de divination et de sorcellerie en usage parmi les Israélites.

4 C'est bien à tort qu'on a vu ici une propbétie messianique en insistant sur le singulier. Le propbète promis, étant opposé aux devins et auw faux prophètes, il est évident que le texte veut dire : vous n'aurez pas besoin des uns et vous n'écouterez pas les autres, car Jébova aura soin de vous faire toujours parvenir sos instructions directes et authentiques. En d'autres termes : la révélation continuera partout où le besoin s'en fera sentir, et Dieu suscitera toujours les organes de sa volonté. C'est la théologie chrétienne (protestante) qui a méconnu cette grande et féconde pensée du prophète israélite. — On remarquera d'ailleurs que si l'interprétation messianique était fondée, il s'ensuivrait que le Messie ne serait pas plus grand que Moïse.

voix de l'Éternel, notre Dieu, et nous ne voulons plus voir ce grand feu, de peur que nous ne mourions. L'Éternel me dit alors : Ils ont bien parlé *• Je leur susciterai un prophète comme loi parmi leurs frères, et je mettrai mes ordres dans sa bouche pour qu'il leur dise ce que je lui commanderai. Et si quelqu'un devait ne pas écouter mes ordres, qu'il proclamera en mon nom, je lui en demanderai compte. Mais un prophète qui aurait l'audace de proclamer en mon nom des ordres que je ne lui aurais pas donnés, ou qui parlerait au nom d'autres dieux, ce prophète-là doit mourir. Et si vous dites en vous-mêmes : Gomment saurons-nous quel est l'ordre que l'Étemel n'aura point donné? Si un prophète parle au nom de l'Éternel et que la chose n'arrive pas et ne s'accomplit pas, c'est un ordre que l'Éternel n'aura point donné : le prophète aura parlé dans sa présomption, vous ne devez pas en avoir peur*.

•Lorsque l'Éternel, votre Dieu, aura exterminé les peuples dont il vous donne le pays, et que vous les aurez dépossédés et que vous serez établis dans leurs villes et dans leurs maisons, vous désignerez trois villes au milieu de votre pays que l'Éternel, votre Dieu, vous donne pour en prendre possession. Vous y frayerez la route, et vous diviserez en trois districts le territoire que l'Éternel, votre Dieu, vous aura donné en propriété. Ce sera pour que tout meurtrier puisse s'y réfugiera Et voici comment on procédera à l'égard du meurtrier qui pourra s'y réfugier pour conserver la vie. Si quelqu'un a tué un autre par mégarde, et sans lui avoir porté haine auparavant, par exemple, s'il est allé avec l'autre à la forêt pour couper du bois, et que, comme il levait la main avec la cognée pour porter un coup, le fer, s'échappant du manche, ait atteint l'autre de sorte qu'il en est mort, un tel pourra se réfugier dans l'une de ces villes pour conserver la vie, de peur que le vengeur du sang, en poursuivant le meurtrier dans l'eflervescence du moment, ne l'atteigne, le chemin étant trop long, et ne le frappe à mort, bien qu'il ne l'ail pas mérité, puisqu'il n'avait pas porté haine à l'autre auparavant. Voilà pourquoi je vous ordonne de désigner trois villes. Et si l'Éternel, votre Dieu, étend votre territoire, comme il l'a juré à vos pères, et qu'il vous donne

' Encore ici nous rencontrons une grande vérité historique et psychologique sous la forme d'un récit. L'inspiration est le privilège de quelques hommes d'élite, choisis par la Providence. La foule ne se sent pas même de force à la recevoir.

'^ Le critère est bien insuffisant. 11 ne s'applique qu'aux prédictions et non a renseignement lui-même, et encore dans ce cas spécial, la vérification peut se faire attendre longtemps.

3 Nous avons rencontré trois fois déjà (Ex. XXI, 12: Nomb. XXXV. et Deut. IV, 41 s.) une loi concernant les asiles. Les différences de ces textes ont été discutées dans l'Introduction, p. 64 s.

DBUTÉRONOMB XIX. 9-21. 317

tout le pays qu'il leur a promis, en tant qne vous aurez eu soin de mettre en pratique tous les commandements que je vous prescris aujourd'hui, en aimant TÉtemel, votre Dieu, et en marchant toujours dans ses voies, alors vous ajouterez encore trois villes à celles-ci, afin qu'il ne soit pas versé de sang innocent sur la terre que l'Éternel, \-otre Dieu, vous donne en propriété, et cpie vous n'en soyez responsables ^ '* Mais si quelqu'un hait un autre, et se jette sur lui dans un guet-apens et le frappe à mort, dans ce cas, s'il se réfugie dans l'une de ces villes, les sheikhs de son endroit enverront pour le faire retirer de là et le remettront entre les mains du vengeur du sang afin qu'il soit mis à mort. Vous n'aurez point pitié de lui, et vous effacerez d'Israël le sang innocemment versé pour tpie vous soyez heureux.

** Vous ne déplacerez point les bornes de votre voisin, telles que vos pères les ont posées* sur votre patrimoine que vous posséderez dans le pays qpie l'Étemel, votre Dieu, vous donne en propriété.

** Un témoin unique • ne doit pas prévaloir cx)ntre quelqu'un à l'égard de tel crime ou délit que ce soit, en fait de transgressions quelconques qu'on peut avoir commises. C'est sur les dires de deux témoins ou de trois que la c^use doit être jugée. Si un faux témoin s'élève contre quelqu'un pour l'accuser d'un méfait, les deux hommes entre lesquels la contestation a lieu, doivent se présenter en face de l'Étemel, devant les prêtres et les juges qui y seront en ces temps là *, et les juges examineront bien la chose ; et s'il se trouve que le témoin est un faux témoin, et qu'il a fait une déclaration mensongère contre l'autre, vous le traiterez comme il se proposait de faire traiter l'autre, et vous exterminerez le mal du milieu de vous, afin que les survivants l'apprennent et craignent de faire, à leur tour, une pareille action méchante au milieu de vous. Vous n'aurez point pitié de lui : vie pour vie, œil pour œil, dent pour dent, main pour main, pied pour pied * !

1 Le sang innocent versé (m^me par un inconnu] crie vers le ciel et demande vengeance. Si le coupable n'est pas puni, la vengeance du ciel frappe ceux qui auraient dû le punir. S'il n'est pas connu, il faut un acte expiatoire pour écarter les conséquences de cette omission. (Chap. XXI. Comp. Nomb. XXXV, 33. 2 Sam. III, 28. 1 RoisII, 5.)

2 Traduction exacte de l'hébreu ; le choix du temps prouve que le rédacteur vivait à une époque où les héritages des diverses familles étaient délimités depuis longtemps, comme cela était naturel chez un peuple agriculteur. En traduisant (contrairement à la règle de la syntaxe) : que vos pères auront posées, on se heurte contre l'objection que le législateur, parlant à un peuple qui ne connaissait pas la propriété foncière individuelle, aurait dû commencer par dire : vous poserez des bornes.

3 Nomb. XXXV, 30. Deut. XVII, 6.

•A Deut. XVII. 9.

5 Exod. XXI, 23 suiv. Lév. XXIV, 49 suiv.

318 DEUTÉRONOMB XX, 1-10.

* Lorsque vous marcherez au combat * contre vos ennemis, et que vous verrez des chevaux et des chars*, une troupe plus nombreuse que vous, n'ayez pas peur d'eux, car l'Éternel, votre Dieu, sera avec vous, lui qui vous a retirés du pays d'Egypte. Et lorsque vous serez sur le point d'engager le combat, le prêtre' s'avancera et parlera au peuple, et lui dira : Écoutez, IsraéHtes ! vous allez maintenant engager le combat avec vos ennemis ; que votre cœur ne faiblisse pas ; n'ayez pas peur, ne craignez rien, ne tremblez pas devant eux ! Car c'est l'Éternel, votre Dieu, qui marche avec vous pour combattre vos ennemis, pour vous donner la victoire. Puis les officiers s'adresseront au peuple et diront : Quel est l'homme qui a bâti une maison neuve et ne l'a point encore inaugurée * V Qu'il s'en aille et retourne chez lui, de peur qu'il ne meure dans le combat et qu'un autre ne l'inaugure. Et quel est l'homme qui a planté une vigne ', et n'en a pas encore mangé les fruits*? Qu'il s'en aille et retourne chez lui, de peur qu'il ne meure dans le combat, et qu'un autre n'en mange les fruits. Et quel est l'homme qui s'est fiancé à une femme et ne l'a pas encore épousée? Qu'il s'en aille et retourne chez lui, de peur qu'il ne meure dans le combat et qu'un autre ne l'épouse'. Ensuite les officiers continueront à parler au peuple et diront : Quel est l'homme qui a peur et qui a perdu courage? Qu'il .s'en aille et reloume chez lui, pour que ses frères ne perdent pas courage également. Et quand le:5 officiers auront achevé de parler au peuple, les capitaines des troupes se mettront à la tète du peuple.

*® Lorsque vous arriverez devant une ville pour l'a-ssiéger, vous la

' Les prescriptions relatives à la guerre sont particulières au Deutéronome et il ne se rencontre rien d'analogue dans les autres livres, comme cela a été le cas pour la loi sur la royauté fchap. XVII, 14 suiv.). Cela confirme encore notre supposition que la législation du Deutéronome seule est antérieure à la ruine politi'jue de la nation.

' Ciimp. Juges 1, 19 ; 1\ , 3. 1 Sara. XIII, 5. Psaume XX, 8, etc.

•^ Pour la présence du prêtre, voyez par exemple Nomb. XXXI, 6. I Sam. IV'

* Ce terme se rapporte sans doute ù quelque fête do famille célébrée à l'occasion <le l'ai'hèvement des travaux de construction.

^'* Ou un vorgor.

'*• Litt. ; et ne l'a pas encore profanée. Ce terme s'explique par la loi Lév. XIX, 23. qui sanctionne le pieux usage de consacrer les premiers fruits à Dieu. Profaner veut donc dire : faire servir à la consommation personnelle et domestique.

' Ces motifs d'exemption du service militaire, au moment même de la bataille ont leur raison d'être dans le fait psychologique que dans certaines circonstances rattachement à la vie est un sentiment trop puissant pour ne pas neutraliser le courage et pir î-ui'e rendre contagieuse lu faiblesse Cependant tout ce qui est dit ici a plutôt l'air d'une théorie inspirée par un sentiment d'humanité, que d'une règle pratique. Du moins danriiistoire (\('< an('i<»ns Israélites il n'y en a pas la moindre trace.

sommerez de faire sa paix^ Et si elle consent à la paix et s'ouvre à vous, toute la population qui s'y trouvera sera réduite en servage et sujette à la corvée*. Mais si elle refuse la paix et veut guerroyer avec vous, vous la bloquerez. Et si TÉternel, votre Dieu, vous la livre, vous ferez passer au fil de Tépée tous les mâles qui s*y trouvent. Mais les femmes et les enfants et le bétail, et tout ce qui se trouvera dans la ville en fait de butin, vous l'enlèverez pour vous, et vous jouirez du butin de vos ennemis que TÉternel, votre Dieu, vous aura donné. Voilà ce que vous ferez à Tégard de toutes les villes trèséloignées de vous, et qui ne sont pas du nombre des villes de ces peuples-ci. Mais dans les villes de ces peuples-ci, que TÉternel, votre Dieu, vous donne en propriété, vous n'y laisserez pas une àme en vie. Mais vous les mettrez au ban, les ^Jittites, les Émorites, les Cananéens, les Perizzites, les ^Jiwwites et les lebousites, comme l'Éternel vous l'a commandé, afin qu'ils ne vous apprennent pas à imiter toutes les horreurs qu'ils font pour leurs dieux, et que vous ne péchiez point contre l'ÉterneP.

** Lorsque vous bloquerez une ville pendant longtemps, et que vous l'assiégerez pour la prendre, vous ne détruirez pas ses arbres en les abattant à coups de cognée ; vous en mangerez les fruits, mais vous ne les cxjuperez pas *. Car les arbres de la campagne sont-ils des hommes qui devraient être assiégés par vous*? Seulement les arbres que vous connaîtrez comme n'étant point fruitiers, ceux-là vous pourrez les détruire et les couper pour construire des

1 De capituler .

•^ Voyez Juges I, 28, 30, 33, etc. i Rois IX, 21 .

3 Si l'on devait se récrier contre la cruauté de ces injonctions et en prendre texte pour condamner le législateur, nous ferons observer encore qu'à vrai dire la chose n'était pas si terrible qu'elle parait être. Les Cananéens devaient être exterminés (en théorie) pour que les Israélites ne fussent pas entraînés à participer à leur culte. Or, malgré la barbarie des anciens temps, ils ne l'ont pas été et à l'époque de la promulgation du Deutéronome ce qui en restait était absorbé par la population Israélite. Quant aux guerres étrangères, les Israélites n'étaient plus dans le cas d'en faire à cette époque ; la loi parle donc d'éventualités qui ne se sont jamais présentées, et ce qui plus est, elle veut mettre un frein à la rage barbare qui autrefois massacrait tout, jusqu'aux enfants à la mamelle.

^ La destruction des arbres fruitiers, par exemple des palmiers, arbres si précieux et si difficiles à remplacer, ainsi que la ruine des puits et des sources, étaient (et sont encore !) des moyens de guerre aussi odieux que terribles. On voit que nous avons eu raison de dire que la présente législation, bien comprise, vise à faire faire des progrès à la civilisation.

^ La forme interrogatoire, absolument nécessaire pour trouver un sens ù la phrase, est obtenue par le changement d'une seule voyelle.

machines de siège * contre la Tille qui sera en guerre avec vous, jusqu'à ce que vous vous en empariez.

* Lorsque sur le territoire que TÉternel, votre Dieu, vous donne en propriété, on trouvera le corps d'un homme assassiné, gisant dans les champs, sans qu'on sache qui l'a tué, les citoyens et les juges iront mesurer les distances jusqu'aux endroits situés à l'entour du cadavre, et l'endroit le plus voisin du cadavre étant déterminé, les citoyens de cet endroit prendront une génisse avec laquelle on n'aura pas encore travaillé, et qui n'aura pas encore tiré au joug, et ils la mèneront à un ravin à eau permanente, et où on ne laboure ni ne sème, et là, dans le ravin, ils casseront le cou à la génisse. Puis on y fera venir les prêtres de la famille de Lé\n (car ce sont eux que l'Éternel, votre Dieu, a choisis pour le servir et pour prononcer la bénédiction en son nom, et c'est d'après leur décision que se jugeront toutes les querelles et lésions) et tous les citoyens de l'endroit voisin du cadavre laveront leurs mains au-dessus de la génisse à laquelle on aura cassé le cou dans le ra\in, et ils diront à haute voix : Nos mains n'ont point versé ce sang et nos yeux ne l'ont pas vu. Pardonne à ton peuple Israël que tu as racheté, ô Étemel î et ne rends point ton peuple responsable d'un sang innocent! De cette manière ils seront exempts à l'égard de ce sang. Et vous ôterez ainsi le sang innocent du milieu de vous ; car vous devez faire ce qui plaît à l'Étemel '.

*® Lorsque vous marcherez au combat contre vos ennemis et que l'Éternel, votre Dieu, vous les livre, et que vous leur fassiez des prisonniers, dans ce cas, si vous voyez parmi les captives une femme belle (le figure que vous aimeriez et que vous désireriez prendre jK>ur femme, vous la conduirez dans votre maison et là elle se rasera la t(^te et se fora les ongles ; elle rttera les vêtements qu'elle a portés comme captive, et elle restera dans votre maison, et pleurera <îon

' De-- machines de siège du temps de Moïse et pour les nomades qui ne savaient pas onoore se servir des chevaux !

- Le motif de cette disposition l(^gislative est parfaitement clair et fait ressortir le caractère religieux des procédés judiciaires en général. Le sang versé demande vengeance. Si le crime n'est pas puni par ceux qui auraient la mission d'y veiller, c'est sur eux-mOmes, et sur la communauté dont ils sont les représentants, que retombe la responsabilité. Or. il se peut que l'auteur du crime reste inconnu et se soiistrait à li vindicte publique. Dans ce cas il faut qu'il y ait un rite expiatoire. On remarquera qu'il n'est pas question d'un sacrifice ; ce sont des laïques qui tuent la victime, et cela d une manière différente de l'immolation rituelle. Le prêtre n'y est appelé que comme témoin, représentant le juge céleste. L'endroit choisi est un terrain non défriché, le sang de l'animal tué à la place du coupable ne doit pas entrer dans un sol exploité fcomp Oen. IV, 11), l'eau courante doit l'emporter.

DKUTÉRONOME XXI, 13-24. 321

père et sa mère un mois durant, et puis vous cohabiterez avec elle, comme mari et femme. Mais si elle ne vous plaît plus, vous la laisserez partir comme elle le désirera, mais vous ne devez pas la vendre pour de l'argent, ni la traiter durement, parce que vous avez vécu avec elle maritalement * .

*^ Si un homme a deux femmes dont il aime Tune et méprise l'autre, et qu'elles lui aient donné des fils toutes les deux, le fils aine étant celui de la méprisée, dans ce cas, lorsqu'il fera à ses fils le partage de son avoir, il ne pourra pas donner le droit d'aînesse au fils de la femme aimée, de préférence à celui de la femme méprisée, lequel est Taîné, mais il devra reconnaître comme l'aîné le lils de la femme méprisée, de manière à lui donner deux parts de tout ce qu'il se trouvera posséder : car c'est à lui, qui le premier lui a valu le titre de père *, qu'appartient le droit d'aînesse '.

'•Si un homme a un fils indocile et rebelle, qui ne veut pas écouter la voix de son père et de sa mère, et qui ne leur obéit pas même (ipiand ils l'auront châtié, le père et la mère le saisiront et l'amèneront devant les citoyens de leur endroit sur la place publique, et leur diront : Notre fils que voici est indocile et rebelle ; il ne veut pas écouter notre voix, il est dissipé et ivrogne. Alors les gens de l'endroit le lapideront de sorte qu'il meure et vous exterminerez le mal du milieu de vous, et tout Israël l'entendra et sera sur ses gardes*.

1 Les mœurs du temps permettaient le massacre en masse (ie la population adulte d'une ville ou d un village pris à main armée ; on emmenait les vierges comme esclaves (Nomb. XXXI, M). La présente loi est faite pour ménager à celles-ci un sort moins triste que celui que l'antique barbarie pouvait leur réserver. Elle tend à les faire considérer comme Israélites, en leur prescrivant à elles de se couper les cheveux et les ongles, et de changer de vêtements, pour figurer ainsi le changement de nationalité, et a leurs maîtres, de n'user de leurs droits qu'après une période de deuil, les parents de son esclave ayant péri, et surtout de ne pas la traiter comme une esclave étrangère, qu'on pouvait revendre. C'est là encore une de ces nombreuses lois destinées à adoucir ]es mœurs, mais apparemment celle-ci est intervenue trop tard pour trouver encore son application. — Du reste, elle fait une concession qui ne s'accorde pas avec la prescription absolue du chap. VII, 2 suiv. Il conviendra sans doute de la mettre en rapport aTec ce qui est dit chap. XX, 13 suiv.

* Litt. : çui est quasi primitiœ rigoris eius.

3 Le cas prévu ici devait se présenter d'autant plus souvent que la polygamie (considérée ici comme un fait existant dont le législateur ne se préoccupe pas autrement] amenait naturellement dans la maison des femmes de plus en plus jeunes et préférées. — C'est d'ailleurs le seul passage de l'Ancien Testament qui nous apprend que le fils aîné, d'après le droit coutumier, recevait le double de ce qui revenait à ses frères. Les filles n'héritaient pas quand il y avait des fils (Nombr. XXX VI).

^ Cette loi est évidemment destinée à circonscrire le droit du père sur ses enfants dans des limites plus étroites. Il ne doit plus lui dtre permis de tuer lui-mdme son fils,

A. T. 3- part. — IL 24

322 DBUTBRONOBfE XXI» 22, S8. XXU , 1-7.

'^ Si un homme s'est rendu coupable d'un délit punissable de mort, et qu-il soit mis à mort et suspendu à un arbre, son oadavre ne doit pas passer la nuit à cet arbre, mais vous renterrerex le jour même, car un pendu est maudit de Dieu, et vous ne devez pas rendre impur le territoire que l'Éternel, votre Dieu, vous donne en propriété *.

* Lorsque vous verrez le bœuf ou la brebis de votre frère errant à l'écart, vous ne vous retirerez pas de votre côté, mais vous aurei soin de les ramener à voire frère. Et si votre frère ne demeui^ pas dans votre voisinage ou que vous ne le connaissicB points tous les: recueillerez chez vous et les garderez jusqu'à ce que votre frère vienne les. chercher et que vous puissiez les lui rendre. Vous en agirez de même à l'égard de son ân6> ou à l'égard de son manteau, et en général à l'égard de tout ce qu'il aura p^du et que voas auriez trouvé ; vous ne devrez pas le laisser en vous retirant K

* Lorsque vous verrez l'àne de votre frère ou son bœuf tombé sur la route, vous ne vous retirerez pa^ de votre côté, mais tous aura soin de l'aider à le relever.

^ Une fenune ne doit pas porter d'habits d'homme, et un homme ne doit pas prendre des vêtements de femme ; quiconque fait cela e.st en abomination à l'Éternel '.

* Si vous rencontrez en chemin un nid d'oiseau, sur quelque arbre ou sur la terre, avec des petits ou des œufis, la mère étant assise sur les petits ou les œufs, vous ne prendrez pas la mère avec les petits, mais vous laisserez partir la mère, et vous prendrez la couvée, afin d'être heureux et de prolonger vos jours *.

soit par suite d'un emportement momentané, soit sur les insinuations d'une marâtre. Il doit le faire juger, le cas échéant, par les citoyens de son village qui peuvent le connaître, et en exposant ses motifs et griefs . Après tout, la loi reste draconienoe , mais l'autorité paternelle est Tun des principes fondamentaux de l'antique société.

^ La pendaison n'était pas la forme du supplice, mais une aggravation infamante dr la peine après la mort (2 Sam. XXI, 6 suiv. 1 Sam. XXXI, 10. Nomb. XXV, 4;. Et en tout cas il ne s'agit pas du crucifiement, chose inconnue aux anciens Israélites ,- Tapplication faite de ce texte. Gai. III, 13, est arbitraire, d'autant plus que la malédiction est à prendre ici dans un tout autre sens qu'à l'égard de Christ.

'^ Pour cette injonction et la suivante comp. Ex. XXIII, 4. 5.

^ Nous ignorons jusqu'à quel point cette défense était motivée p:)r des faits. M«i> elle s'explique sufBsamment par les abus auxquels pouvaient donner lieu des déguisements ou des velléités d'émancipation.

'^ La police de nos jours ordonne mieux que cela, et l'on ne voit vraimect pas quel profit il peut y avoir à prendre des petits d'oiseaux. C'est une industrie de polisson>. Tout ce qu'on peut dire, c'est que le législateur voulait empêcher qu'on prît la int^re sauf à laisser mourir de faim les petits.

DRUTÉRONOME XXII, 8-19. 323

' * wLoraque vous bâtirez une maison neuve vous mettrez un garde-fou au toit, pour que votre maison ne soit pas responsable du sang versé) si quelqu'un venait à en tomber'.

* Vous ne planterez pas dans votre verger deux espèces de plantes ; autrement le produit appartiendra au sanctuaire, plantation et produit. Vous ne labourerez pas en attelant ensemble un bœuf et un àne. Vous ne vous revêtirez pas d'habits faits d*un tissu de laine et de lin K-

*' Vous vous ferez des glands en franges aux quatre bouts du manteau dont vous vous couvrirez^.

^' Si un homme après avoir épousé une femme et cohabité avec elle,, vient à s'en dégoûter, et lui impute des choses qui fassent parler d'elle, et hd fait une mauvaise réputation, en disant: J'ai pris cette femme, mais lors de la consommation du mariage je ne l'ai pas trouvée vierge, alors le père et la mère de la jeune personne prendront les marques de sa \irginité et les produiront devant les citoyens de l'endroit sur la place publique, et le père leur dira : J'avais donné ma fille en mariage à cet homme- là, et quand il en lut dégoûté il lui imputa des choses qui font parler d'elle, en disant : Je n'ai pas trouvé ta fille vierge. Or, voici les marques de la virginité de ma fille. Et ils déploieront le drap devant les citoyens de l'endroit *. Alors ceux-ci prendront cet homme et le châtieront *, en lui imposant une amende de cent sicles d'argent qu'ils donneront au père de la jeune personne, pour avoir fait une mauvaise réputation à une vierge israélite*. Et elle restera sa femme, sans qu'il puisse

^ Les toits des maisons étant plats, de manière qu'on pouvait s y promener pour prendre Tair, cette ordonnance de police (qui n'a probablement pas été rendue sous les tentes da désert) était très-sage. Il n'y a même rien que de naturel dans l'idée qu'un aecident survenu par suite de la non-observation de cette règle, et qui aurait coûté la vie à on homme, entraînerait d'autres malheurs en guise d'expiation.

^ Voyez Lév. XIX, 19 où le même principe est formulé un peu autrement et avec d'autres applications encore. Ce qui dans ces divers préceptes s'explique le plus facilement, c'est la défense d'atteler ensemble un bœuf et un âne. Ces deux animaux étant de force inégale, et travaillant de deux manières différentes aussi, c'est un sentiment de bonté, comme nous en avons déjà rencontré plusieurs exemples, qui a dicté la règle.

3 Nomb. XV, 38.

* Cela fait supposer que le lit nuptial se trouvait dans la maison des parents de la mariée, ou ({ue ceux-ci, après la noce, se mettaient en possession de cette pièce de conviction. On sait que des usages pareUs, et beaucoup plus choquants encore, sont communs aux populations de l'Orient, de nos jours même, surtout dans les classes inférieures.

^ En lui administrant des coups (comp. chap. XXI, 18) dont le nombre a été fixé à 40 d'après chap. XXV, 8.

^ Le payement des dommages et intérêts était prescrit, parce que la femme aurait pu être renvoyée à son père et retomber à la charge de sa famille.

tSrZA DEUTÉBONOME XXII, 20-29. XXin, 1^.

jamais la répudier. Mais si le fiui est vrai et que les marqDes de la vir^nité ne «'y trouvent pas, on conduira la jeune peraonne à la porte de la maison de son père, et les gens de rendroh h lapide* ront et elle sera mise à mort pour aroîr commis une infamie en Israël en se prostituant dans la maison patemdle, et tous exterminerez le mal du milieu de vous.

** Si un homme est trouvé couché avec une femme mariée^ tous les deux doivent mourir, l'homme qui a couché avec la femme, ainsi que la femme, et vous exterminerez le mal d^Israêl *.

" Si une fille vienre est fiancée à un homme et qu'un autre la rencontre dans la bourgade et couche avec elle, vous les mènerei tous les deux à la place publique de Tendroit et vous les lapiderez de manière à les faire mourir, la Glle parce qu^elle n'a pas appelé au secours, et Fhomme parce qu'il a violé la femme de son prochain', et vous exterminerez le mal du milieu de vous. Bfais si rhomme a rencontré aux champs la jeune personne fiancée, et a couché avec elle en lui faisant \iolence, lliomme seul qui a couché avec elle devra mourir; mais vous ne ferez rien à la fille, elle n'a pas encouru la peine de mort, c'est le même cas que si un homme se jette sur un autre et l'assassine. Car c'est aux champs qu'il Ta renrx)ntrée, la fiancée peut avoir crié, mais personne ne sera venu à son secours.

*• Si un homme rencontre une fille vierge non fiancée, et la saisit et couche avec elle, et qu'ils soient surpris, l'homme donnera an père de la fille cinquante sicles d'argent, et sera obligé de l'épouser pour l'avoir violée, et sans pouvoir jamais la répudier.

' Nul ijV'pousera la femme de son père, ni n'entrera dans le lit do son pèro".

' Celui qui aura été mutilé par compression ou par amputation sora exclu de la communauté de l'Éternel ♦. Sera exclu ésralement le

1 Lôv. XX. 10.

'^ Les fiançailles sont considc^Tées comme une consécration préalable du mariage, et par conséquent comme un acte qui lie les contractants civilement et religieusement.

•^ Les traductions modernes ont eu raison de rattacher ce verset au chapitre précèdent. -- Comp. du reste Lévit. XVIII, 7. Le texte dit à la leltre : Nul ne découvrira le pan du manteau de son père, c'est-à-dire ne soulèvera la couverture de la couche de ses parents, pour s'y mettre à la place de son père. On songera de préférence à de* rapp')rts incc-tueux entre une femme et son beau-fils, comme à un cas qui pouvait n'Otre pas trop rare [Gen. XXXV, 22. 1 Cor. V, 1).

'^ Il faut voir ici l'intention du législateur d'interdire la castration en général, au moins celle des hommes. (Quant aux animaux, ceux qui l'avaient subie ne devaient pâ5 .servir dans les sacrifices (Lév. XXII, 24). — L'idéalisme prophétique a pu ne p«s cnir compte de ce principe, Ésaïe LVI, 4.

DBUTÉRONOME XXIII, S-ll. 325

bàtardy fruit d'un inceste ' ; il sera exclu même dans la dixième ^nération. Seront exclus les 'Ammonites et les Moabites, à tout jamais; même dans la dixième génération ils seront exclus de la communauté de rÉternel, parce qu'ils vous ont refusé le pain et Teau pendant votre trajet après la sortie d'Egypte ', et parce qu'ils ont pris à gage Bile'am le fils de Be'ôr, de Pejôr en Mésopotamie, pour qu'il vous maudit. (Mais l'Éternel ne voulut point écouter Bile*am; il changea ta malédiction en bénédiction parce qu'il vous aimait.) Jamais et en aucun temps vous ne ferez rien pour leur prospérité et leur bien-être. Mais vous n'aurez point en aversion les Édomites, qui sont vos frères^; ni les Égyptiens, dans le pays desquels vous avez séjourné. Les fils qui leur naîtront à la troisième génération, pourront être reçus dans la communauté de l'Éternel.

'® Lorsque vous serez au camp dans une expédition contre vos ennemis, gardez-vous de toute chose inconvenante. Si quelqu'un d'entre vous devait être impur par suite d'un accident nocturne, il devra sortir du camp, et ne point y circuler, mais sur le soir il se lavera avec de l'eau, et après le coucher du soleil il pourra rentrer au camp^. Vous aurez aussi une place hors du camp pour vous y retirer au besoin. Et vous aurez parmi vos ustensiles un pieu, avec lequel vous creuserez un trou quand vous irez vous asseoir dehors, et ensuite vous recouvrirez vos excréments^. Car l'Éternel, votre Dieu, marche au milieu de votre camp, pour vous préserver et pour vous livrer vos ennemis. Votre camp doit donc être sacré, de peur qu'en voyant quelque chose de honteux il ne se retire d'auprès de vous.

'•Vous ne livrerez point à son maître l'esclave qui l'aura quitté et se sera réfugié chez vous. Il restera chez vous dans votre pays*, à l'endroit qu'il aura choisi parmi vos bourgades, où cela lui convient, et vous ne le molesterez pas.

' C'est la traduction, recommaDdée par le Talmud et les Rabbins, d'un mot autrement inconnu et d'origine douteuse.

^ Ceci n'est pas raconté ailleurs, et quant aux Moabites, on lit tout juste le contraire, chap. II, 29. — Pour Bile'am, voyez Nomb. XXII, suiv. et Tlntrod. p. 190.

3 Et pourtant ils avaient fait ce qui est ici reproché aux 'Ammonites et aux Moabites (Nomb. XX, l8). C'est encore un indice de compilation.

■* Lév. XV, l6; comp. Nomb, V, 2.

«"^ A la rigueur il n'est question ici que du cas d'une expédition militaire, où l'existence d'un camp sédentaire aura été extrêmement rare. Mais indépendamment de cela, la prescription nous paraît être du nombre de celles qui découlaient d'un principe tbéocratique idéal [v. 15], et qui n'avaient guère la chance d'entrer dans la pratique. La propreté n'est pas précisément la vertu de l'orient.

^ Ce mot fait voir qu'il s'agit d'un esclave venu de l'étranger et non de quelqu'un qui aurait été au pouvoir d'un Israélite.

326 DEUTÉRONOMB XXIII, 18-26. XXIV, 1^.

^'11 ne doit pas y avoir parmi les gargoiis et les filles d^Israêl, quelqu'un ou quelqu'une qui se livre k la prostitution religiease', et le salaire d'une pareille prostitution ne doit pas être porté à hi maison de rÉternel, votre Dieu, par suite de quelque vora; rÉtemei a en horreur l'une de ces choses à l'égal de l'autre.

*^ Vous ne demanderez point d'intérêt à ^-os frères, que c^ soit pour de l'argent prêté, ou pour des vivres, ou pour quelque chose que ce soit qu'on peut prêter à intérêt '. C'est de l'étranger que vous pourrez exiger des intérêts, mais non de vos frères, pour que l'Éternel, votre Dieu, vous bénisse dans toutes vos entreprises, dans le pays où vous allez entrer pour en prendre possession.

2* Lorsque vous ferez un vœu à l'Étemel •, votre Dieu, ne tardei pas à l'accomplir; autrement l'Éternel le réclamerait de vous et cela vous serait compté pour un péché; mais si \'OU8 vous abstenez de faire un vœu, ce n'est point un péché. Ce que votre bouche a promis, tenez-le, et agissez conformément aU vœu que vous aurcx fait librement à TÉternel, à ce que vous aurez prononcé de votre bouche.

** Si vous entrez dans la vigne d'un autre, vous pourrez manger des raisins à votre appétit et vous rassasier, mais vous n'en mettrez point dans un vase pour les emporter. Si vous entrez dans le champ de blé d'un autre, vous pourrez arraclier des épis avec les mains \ mais vous ne porterez point la faucille sur la moisson d'un autre.

* Si quelqu'un prend une femme et l'épouse, et qu'elle lui déplaît, parce qu'il aura trouvé en elle quelque chose qui le dégoûte, et qu*il lui écrit une lettre de divorce et la lui remet et la renvoie de chez lui, et si, après être sortie de sa maison elle va en épouser un autre, et si ce second inari n'en veut plus à son tour, et la reiivoit» de chez lui en lui écrivant une lettre de divoice qu'il lui reniet, ou bien si et* second mari, (|ui Ta prise [)0[ir lemme, vient ù mourir',

^ C'est chose connue que l'antiquilé, el notamment l'Orienl sémitique, rattachait la prostitution au culte de certaines divinités, et que certains temples se faisaient nu revenu par ce moyeu. Le terme de chien qui se lit dans le texte orig^inal a éU* pris dans son sens propre par quelques interprètes, mais c'est positivement à tort. Il e«st absurde de croire qu'on ait vendu des chiens pour en porter le prix au temple.

•^ Ex. X\II, 2{. L6y. XXV, 3r>.

•^ Sur les va'ux. voyez Lév. XX\'1I et Nomh. XXX.

* Comp. Matth. XII, 1 suiv. Luc VI, 1 suiv.

'^ C'est jusqu'ici que s "étend rantécédent de la phrase, le conséquent ne commeno»* fjuavec le v. 1. Toute autre traduction est fausse. Le législateur n'a pas Imtention d'ord )nner qu'on écrive une lettre de divorce ; il sait que cette coutume existe. Il ne veut pas permettre ou défendre le divorce : il en parle comme d'un fait plus ou moin-i i'récjuent Ce qu'il veut, c est que la femme divorcée ne rejoigne plus jamais son mar.

le premier mari qui Fa répudiée ne pourra, pas la reprendre pour sa femme après qu'elle s'est laissé souiller V : car c'est là une abomination aux yeux de VÉierael, et vous: ne devez pas profaner le pays que l'Éternel^ votre Ciieu, vous donne en propriété.

^ Lorsque un homme prendra une nouvelle femme ', il n'aura pas à aller en guerre; et on ne lui imposera aucune charge: il sera exepipté. pendant, une année pour sa maison» afin de rendre heureuse la femme qu'il aura prise. .

,?Oa.,ne prendra pas^ • à titre .de gage, soit les deux pierres mplaires, soit le.. cavalier; ce serait prendre la. vie même?.

^S'il se trouve que ..quelqu'un ait commis un rapt sur la personne d'un de ses frères, d'un Israélite^ et qu'il l'ait traité .comme esclave ou vendu^ le ravisseur doit être mis à mort, et vous exterminerez le mal du milieu de vous*.

^ ^fe^ttez-vous en garde contre la plaie de la lèpre, en observant et en faisant tout ce que vous, enjoindront les prêtres lévitiques. Vous aurez soin d'agir d'après les ordres que je leur ai donnés ^ Rappelez-vous ce que l'Éternel, votre Dieu, a fait à Miryam pendant le trajet après votre sertie d'Egypte*.

Le motif qui a dicté cette défense paraît avoir été d^empêcher l'abus du droit de divorcer, le mari devant y regarder à deux fois avant de répudier sa femme, la sépara* tion pouvant devenir définitive et irrémédiable, en cas de convoi en secondes noces de la part de la feomie. On conviendra que c'était là un moyen trè9-peu efficace d'atteindre le but. — Nous avons traduit par : quelçue c^se qui le dégoûte, un mot sur le sena duquel les jurisconsultes du temps de Jésus-Cbrist n'étaient pas encore d'accord (Mattb. XIXJj les uns l'interprétant de manière que le mari pouvait répudier sa femme pour le moindre motif et par pur caprice, les autres y voyant une restriction trèssérieuse à des motifs moraux. Nous ne croyons pas cependant que le législateur ait pensé ici à Tadultère [comme le fait Jésus), car l'adultère était puni de mort. — La meation d'une lettre de divorce, suffit à elle seule potir assigner à cette loi une date très-récente.

î Par un autre, comp. Lév. XV, 18.

^ Que ce soit la première ou une autre. Comp. du reste chap. XX, 7.

3 La moutura se faisait dans cbaque ménage au moyen d'un moulin à bras composé de deux pierres, dont la supérieure (mobile) est le cavalier (en bébreu, la voiture). C'était donc le meuble le plus indispensable pour la nourriture journalière. Plus bas, V. 12, il est question, dans le même sens, du manteau qui servait au pauvre de couchette ou de couverture (Ex. XXII, 25).

4 Ex. XXI, 16.

îi Lév. XIII ; comp. rintrod. p. 179.

^ Nomb. XII, 10 suiv. Cet exemple ne paraît pas cité à propos. Miryam fut punie par la lèpre pour son péché et ensuite guérie miraculeusement, sans l'intervention des prêtres. Mais dans ce qui précède ici il est question de précautions à prendre contre la contagion.

'^ Lorsque vous prêterez quelque chose à un autre^ vous u'enlrerez point dans s^ maison pour prendre de lui son. ^ge; vous resterez dehors et celui auquel vous aurez fait le prêt vous apportera k gage dehors. Et si c'est un homme pauvre, vous ne vous coucherez pas sur ce qu'il a engagé. Vous lui rendrez son gage au coucher du soleil pour qu'il puisse se coucher sur son manteau et qu'il vous bénisse, et cela vous sera compté comme un acte de justice aux yeux de l'Éternel, votre Dieu.

*^Vous ne ferez point de tort au mercenaire pauvre et indigent; qu'il soit de vos frères, ou des étrangers qui demeurent dans votre pays et dans vos bourgades. Vous lui donnerez son salaire chaque jour avant le coucher du soleil (car il est pauvre et il l'attend avec impatience), pour qu'il n'invoque pas l'Étemel contre vous et que cela vous soit compté pour un péché * .

*^Les pèi*es ne doivent pas être mis à mort pour les fils, m les fils pour les pères ; chacun doit mourir pour son propre crime *.

*''Vous ne ferez pas fléchir le droit de l'étrangei et de l'orphelin, et vous ne prendrez pas pour gage le vêtement de la veuve*, mai« vous vous souviendrez que vous avez été esclaves en Egypte, et que l'Éternel, votre Dieu, vous a rachetés de là. Voilà pourquoi je vous prescris d'en agir ainsi.

*^ Lorsque vous ferez la moisson dans votre champ et que vous y aurez oublié une gerbe, vous n'y retournerez pas pour la prendre. Ce sera pour l'étranger, pour Torphelin et pour la veuve, afin que l'Étemel, votre Dieu, vous bénisse dans tous vos travaux. Lorsque vous ferez la cueillette de vos olives, ne faites pas fouiller les branches : ce sera pour l'étranger, pour l'orphelin et pour la veuve. Lorsque vous ferez la vendange dans vob'e vigne, ne faites pas grappiller : ce sera pour l'étranger, pour l'orphelin et pour la veuve. Rappelez-vous que vous avez été esclaves en Egypte ; c'est pour cela que je vous prescris d'en agir ainsi *.

* Lorsqu'il y aura une querelle entre des hommes, ils se présenteront devant les juges pour qu'on les juge, et Ton absoudra l'innocent et l'on condamnera le coupable. Si le coupable a mérité la

1 Lév. XIX. 13.

2 L'usage de faire périr toute la famille d'uu criminel (surtout dans les cas de lèsemajesté) était commun à plusieurs peuples de l'antiquité. L'histoire vante à cet égard la conduite du roi Amaçyah (2 Rois XIV, G). — Ce qui est dit du gouvernement providentiel (Ex. XX, 5] s'explique à un autre point de vue.

3 Ex. XXI!, 20 suiv.; XXIII, 9.

^ Comp. Lév. XJX. 9: XXIII, 22.

bastonnade *, le juge le fera coucher par terre et frapper en sa présence d'un nombre de coups proportionné à son délit. Il lui en fera donner quarante au plus, pour que votre frère ne soit pas publiqpiement déshonoré, en recevant beaucoup de coups en sus.

^ Vous ne musellerez pas le bœuf pendant qu'il travaille dans Faire '.

* Si des frères demeurent ensemble et que l'un d'eux vienne à mourir sans laisser de iils, la veuve du défunt ne doit pas se marier au dehors à un étranger ; c'est son beau- frère qui doit cohabiter avec elle, en l'épousant sous la condition du lé virât ', c'est-à-dire que le ûls aine qu'elle mettra au monde représentera le nom du frère défunt, pour que son nom ne soit pas effacé en Israël. Et si l'autre ne consent pas à épouser sa belle-sœur, celle-ci se présentera devant les citoyens à la place publique et dira : Mon beau-frère refuse de maintenir le nom de son frère en Israël ; il ne veut pas m'épouser sous la condition du lévirat. Alors les citoyens de son endroit le feront appeler et lui parleront, et s'il persiste à dii^ qu'il ne veut pas la prendre, elle s'approchera de lui en présence des citoyens, lui ôtera le soulier du pied et lui crachera au visage en disant à haute voix : Voilà comment il faut traiter celui qui refuse d'édifier la

1 II n'est pas (question ailleurs explicitement de ce mode de punition. Cependant on peut le reconnaître dans ce qui est dit Lév. XIX^ 20. Deut. XXI, 18 ; XXII^ 18. — La jurisprudence des temps postérieurs s'arrêta à 39 coups [2 Cor. XI, 24), peut-être dans la prévision qu'on pourrait 8*étre trompé en comptant. Les coups s'appliquaient au dos (Prov. X, 13; XIX, 29; XXVI, 3, etc.).

^ Encore aujourd'hui en Orient il est d'usage d'étendre les javelles sur l'aire et de faire égrener les épis par des bœufs ou des chevaux, qui piétinent dessus. La bête qui travaille pour vous doit avoir, pour ainsi dire, son salaire, tout aussi bien que l'ouvrier mercenaire. On sait l'interprétation qu'a donnée saint Paul de cette maxime (1 Cor. IX, 9).

3 Le lévirat [du latin levir, beau -frère) est une institution commune à beaucoup de peuples de l'Orient, et destinée, soit à pourvoir à l'entretien de la veuve, soit (comme ici) à empêcher autant que possible qu'un bien-fonds ne sorte de la famille, ce qui pourrait avoir lieu si la veuve se remariait au dehors. Le législateur restreint cependant cette espèce d'obligation à des fVëres demeurant dans la même localité, parce que autrement la charge de faire valoir la propriété du défunt serait trop incommode. Mais il y a encore un autre motif indiqué dans le texte. En l'absence de noms de famille, le souvenir des individus (la seule immortalité qu'on connût) ne se conservait que par les généalogies. Par une fiction légale, Tamé des ûls nés d'un mariage entre beau-frère et belle-sœur, était censé être le fils du premier mari de celle-oi, et'ajoutait son nom au sien, au lieu du nom de son père véritable (voyez sur cette institution le commentaire sur Genèse XXXVIII. Matth. XXII, 24 s., et l'introduction au livre de Kuth). Ce qui est dit du soulier s'explique par le fait que le droit de propriété sur un terrain ou un objet quelconque, se déclarait d'une manière symbolique en ce qu'on mettait son soulier dessus. Un déchaussé (va-nu-pieds) est un homme méprisé et méprisable.

380 DEUTSaONOMB XXV, .40-19. XXVI, i-2.

maison de 3on frère. Et parmi les Israélites il portera le nooi da déchaussé.

^^ Lorsque des hommes auront une rixe ensemble. Tua avee l'autre, et que la femme de l'un survienne pour arracher son mari aux mains de celui qui le frappe, et qu'elle étende sa main pour saisir ses parties honteuses, vous lui couperez la main sans piUé*.

*' Vous n'aurez point dans votre bourse deux poids, l'un plus grand et l'autre plus petit. Vous n'aurez point dans votre maison deux mei^res, l'une plus grande, l'autre plus petite. Vous aurez des poids exacts et justes et des mesures exactes et justes, pour que vos jouj^s se prolongent dans le pays que l'Éterael, votre Dieu, vous donne. Car il a en horreur quiconque ferait autrement, et coounet^ trait une fraude*.

'^ Souvenez- vous de ce que vous ont fait les *Amaléqites pendant votre trajet, après la sortie d'Egypte; comme ils vous ont attaqués en route, et sont tombés sur vos traînards s^ns aucune crainte de Dieu, pendant que vous étiez vous-mêmes épuisés de fatigue. Aussi,' quand l'Éternel, votre Dieu, vous aura donné du repos à l'égard de tous vos ennemis à l'entour, dans le pays qu'il vous donne en propriété pour vous en emparer, vous effacerez la mémoire des *Amaléqites de dessous le ciel : N'oubliez pas cela ' !

* Lorsque vous serez entrés dans le pays q\xe l'ÉtemeL, votre Dieu vous donne en propriété, et que vous en aurez pris possession et que vous y demeurerez, vous prendrez des prémices* de tous les produits que vous obtiendrez de la terre que l'Étemel vous donne, et vous les mettrez dans une corbeille et vous irez à l'endroit que

1 On peut voir ici à quel niveau, en fait de mceurs, se trouvait le peuple auquel le^s législateurs israélites avaient atraire.

2 Lév. XIX, 35 s. Le grand poids, quand il s'agit d'acheter à prix débattu, le petit, pour la vente. Des deux côtés il y aurait fraude Pour la mesure, le texte nomme S|>ccialement Vi'foh, à titre d'exemple.

•^ Ceci se rapporte à ce qui est raconté Ex. XVII, 8 s. ; mais il y a ici des détailqui manquent dans l'autre récit. Tomber sur les traînards f litt. : couper la queue. La ruine totale des 'Amaléqites est rapportée à l'époque de Saûl, i Sam. XV.

* Des prémices (et non pas : les prémices) et l'emploi d'une corbeille, semblent indiquer qu'il ne s'agit que d'une petite quantité. Malgré cela, cette loi n'a dû être mise en pratique que bien difficilement. Car elle suppose une migration, réitérée dans les ditferentes saisons, d'un membre de chaque famille, chargé de son panier, pour aller à Jérusalem depuis tous les cantons de la Palestine. Elle se conçoit très-bien ù une époque où le culte était libre et établi en de nombreux endroits. Du reste, le véritable but en est clairement exprimé par les paroles mises dans la bouche des contribuables: elle-' attestent la reconnaissance, de la part du peuple, des bienfaits dont Dieu a comblé ses élu>. — Sur les prémices, voyez chap. XVIII. 4. Nomb. XVIII. 12.

DEtJTÉRONOME itiVI,' 3:44: 931

KÉternel, votre Dieu, aura choisi pour y établir son nom, et vou« vous rendrez auprès du prêtre qui y sera alors et vous lui éitea: Nous attestons aujourd'hui à l'Étemel, ton Dieu, que nou9 soihmes entrés dans le pays qu'il avait juré à nos pères dé nous donner. Et le prêtre prendra la coii)eille de vos mains, et la déposera devant Tautel de TÉteme), votre Dieu. Et vous reprendrez la parole et tous dii^ à la face de TÉternel: «Notre père était un Araméen nomade'; il descendit en Egypte et y vécut étranger avec un petit nombi^ de personnes, et il y devint un peuple grand, puissant et nombreux. Et les Égyptiens nous maltraitèrent et nous opprimèrent et nous impo-^ sèrent de durs travaux. Alors nous implorâmes l'Éternel, le Dieu de nos pères, et il nous exauça et eut égard à notre misère, à nos peines et à notre oppression. Et il nous retira de l'Egypte avec une main puissante et le bras étendu, et avec des signes et des prodiges grands et terribles. Et il nous mena en ce lieu-ci, et nous donna ce pays, un pays ruisselant de lait et de miel. Or voici, nous apportons les prémices des fruits du sol, que toi, Étemel, tu nous as donné. i Et vous les déposerez devant l'Éternel, votre Dieu, et vous vous prosternerez devant lui, et vous vous réjouirez, vous et le Lévite et l'étranger qui seront parmi vous*, de tous les biens que l'Étemel, votre Dieu, vous aura donnés, à vous et à vos familles.

*• Lorsque vous aurez achevé de livrer la dîme de tous vos produits la troisième année (l'année de la dîme') et que vous l'aurez donnée au Lévite, à l'étranger, à l'orphelin et à la veuve pour qu'ils en jouissent dans vos bourgades et s'en rassasient, vous direz en face de l'Éternel, votre Dieu : Nous avons ôté de notre maison ce qui était sacré, et nous l'avons donné au Lévite, à l'étranger, à l'orphelin et à la veuve conformément à l'ordre que tu nous en as donné ; nous n'avons point transgressé tes commandements et nous ne les avons pas oubliés. Nous n'en avons pas mangé pendant que nous étions en deuil *, nous n'en avons rien ôté pendant que nous

^ II ne s'agit pas spécialement de Jacob ou d'Abraham, mais en général des origines de la nation. Sans doute^ la forme de la pensée est dictée par la tradition relative à Jacob, mais l'intention du rédac. ur est de faire ressortir Tantithèse entre la vie nomade (litt. : il était perdu, errant) et la possession d'un territoire fertile, des proiaits duquel on fait hommage à celui qui Ta assigné au peuple, placé jadis dans une condition si précaire.

«Chap. XII. 12; XIV, 29; XVI, 11, 14.

3 Chap. XIV, 28.

^ Le deuil rappelle la présence, au moins passagère, d'un mort dans la maison, et par conséquent un état d'impureté, dans lequel il était défendu de toucher à des choses consacrées.

étions impurs *, nous n*en avons rien donné pour un mort • : nous avons obéi à l'Éternel ^ notre Dieu, nous avons agi en tout selon ses commandements. Regarde du haut des cieux, de ta sainte demeure, et bénis ton peuple d'Israël, et la terre que tu nous as donnée, comme lu l'avais juré à nos pères, ce pays ruisselant de lait et de miel.

'• Aujourd'hui l'Éternel, votre Dieu, vous ordonne de mettre en pratique ces lois et ces commandements '. Ayez donc soin de les garder et de les mettre en pratique de tout votre cœur et de toute votre âme. Aujourd'hui vous avez provoqué de la part de l'Éternel la déclaration qu'il sera votre Dieu, et que vous aurez à marcher dans ses voies, à observer ses lois, ses commandements et ses ordonnances, et à lui obéir. Et l'Éternel vous a demandé aujourd'hui la promesse que vous voulez être son peuple à lui, comme il vous l'avait dit, et que vous garderez tous ses commandements ; afin que le Très-haut vous mette au-dessus de toutes les nations qu'il a faites, en gloire, en renom et en splendeur, et que vous soyez un peuple consacré à l'Éternel, votre Dieu, comme il l'avait dit.

* Moïse * et les sheikhs d'Israël donnèrent leurs ordres au peuple en ces termes : Gardez tous les commandements que je vous prescris aujourd'hui. Et lorsque vous aurez passé le Jourdain et que vous serez dans le pays que l'Éternel, votre Dieu, vous donne, vous érigerez de grandes pierres, et vous les enduirez de chaux, et vous y inscrirez toutes les paroles de cette loi ', dès que vous y aurez passé,

^ Voyez sur les cas d'impureté, Lév. XIl-XV.

'^ On s'envoyait des mets à loccasion d'un décès. Jér. XVl, 7. Osée IX. 4. Tobie IV, 17. L'emploi d'une partie de ce qui avait été prélevé comme dîme, pour une pareille destination, est assimilé à celui qui est défendu pour le cas d'un décès dans la famille même.

3 Ceci est maintenant une espèce de péroraison, qui termine cette collection de lois. chap. XII -XXVI. Elle exprime encore très-nettement l'idée fondamentale soit delà législation, soit de la religion mosaïque elle-même, savoir Tidée d'un contrat synalUgmatique entre Jéhova et Israël : Dieu demande au peuple la promesse de garder ses commandements, mais le peuple de son côté provoque de la part de Dieu la promesse qu'il le prendra sous sa protection particulière et le mettra au-dessus de toutes les autres nations.

■* Sur le chap . XXVII, voyez l'Introduction, p. 208.

^ C'est une question fort superllue que de demander ce qui devait être inscrit sur ces pierres, les malédictions qui vont suivre, ou les lois en général, ou le Pentateuque tout entier. La réponse est simple. Le rédacteur n'a pu songer ici qu'à ce qu'il avait sous les yeux en fait de lois, c "est-à-dire les lois contenues dans le livre même qu'il allait terminer par ce récit additionnel, c'est-à-dire celles du Deut. V-XXVI. ou, si l'on

afin de vous établir dans le pays (jue TÉternel, votre Dieu^ vous donne, un pays ruisselant de lait et de miel, comme l'Étemel, le Dieu de vos pères, vous Ta promis. Lors donc que vous aurez passé le Jourdain, vous érigerez sur le mont 'Êbal * ces pierres, au sujet desquelles je vous donne aujourd'hui cet ordre, et vous les enduirez de chaux. Et vous y bâtirez un autel à l'Éternel, votre Dieu, un autel de pierres que le fer n'aura pas entamées; c'est de pierres entières* que vous bâtirez l'autel de l'Éternel, votre Dieu, et vous y offrirez des holocaustes à l'Éternel, et vous ferez des sacrifices d'actions de grâces, que vous y mangerez pour vous réjouir en face de rÉterneî, votre Dieu. Et vous inscrirez sur ces pierres toutes les paroles de cette loi, bien distinctement.

• Ensuite Moïse et les prêtres lévitiques parlèrent à tout Israël en ces termes : Faites silence, Israélites, et écoutez ! Aujourd'hui vous êtes devenus le peuple de l'Éternel, votre Dieu. Obéissez-lui donc et mettez en pratique ses commandements et ses lois que je vous prescris aujourd'hui.

** Ce même jour Moïse donna au peuple les ordres que voici : Lorsque vous aurez passé le Jourdain, les uns se placeront sur le mont G'erizzîm pour bénir le peuple, savoir: S'ime'ôn, Lévi, Juda, Yiççakar, Joseph et Benjamin. Et les autres se placeront sur le mont 'Êbal pour maudire, savoir : Reouben, Gad, As'er, Zebouloun, Dan et Neftalî'. Et les Lévites* prendront la parole et diront à tous les Israélites à haute voix :

veut, chap. XII -XXVI. Mais avec cette restriction mÔme lee pierres devaient offrir des surfaces d'une prodigieuse dimension. Ce qui est raconté Josué VIII, 30 s. semble provenir d'une autre conception. Des inscriptions faites sur de la chaux ne pouvaient pas avoir de longue durée. Aussi bien l'histoire n'en parle-t-elle nulle part.

* Chap. XI, 29. Le Pentateuque samaritain y a substitué la montagne de G^erizzim, située du côté opposé de la vallée de Sichem, et sur laquelle se trouvait le temple éphraïmite.

2 Ex. XX. 25.

3 Nous n'avons pas les moyens de reconnaître le motif de cette division des tribus. Il est vrai que la première série n'offre que des noms de fils de femmes légitimes de Jacob ; mais Reouben et Zebouloun, qui figurent dans la seconde série, appartenaient à la même catégorie. D'ailleurs tout à l'heure le mont 'Ébal était choisi pour y établir l'autel.

^ Les Lévites ne sont pas distingués des prêtres dans le Deutéronome. Il y a donc dans notre texte une notable confusion. La tribu entière doit se placer sur le G'erizznn pour bénir, et ici elle se trouve sur le *Ébal pour maudire. On remarquera encore que les formules de bénédiction correspondantes, censées être mises dans la bouche des tribus placées sur l'autre montagne, ne sont pas autrement mentionnées. On se tire d'affaire en distinguant de la tribu quelques individus chargés de prononcer les formules en question. Pourquoi le texte ne dit-il pas cela? et qui donc devait prononcer les formules de bénédiction? Évidemment la rédaction qui nous est parvenue est incomplète.

334 DEUTÉRONOMB XXVII, 15-26. XXVIU , i-3.

. ^^ Maudit soit celui qui £ait une idole sculptée ou. en fonte, œuvre des mains d'un artiste, chose que VÉternel a en horreur, el qui i'érige en secret * ! Et tout le peuple répondra et dira : Ainsi soit^ !

Maudit soit celui qui avilit ' son père ou sa mère l Et tout le peuple dira : Ainsi soit^il I

Maudit soit celui qui déplace les bornes d'un autre ! Et tout le peuple dira : Ainsi soit^il l

Maudit soit celui qui détoorne un aveugle du bon diemin! £t kmi Je peuple dira: Ainsi soit-il !

. Maudit soit celui qui fait fléchir le droit de Tétranger, de Torphelin, ou de la veuve ! Et tout le peuple dira ; Ainsi soit^il I .

Maudit soit celui qui couche avec la femme de son. père, et qui entre dans son lit! Et tout le peuple dira: Ainsi soit-il 1

Maudit soit celui qui abuse charnellement d'un animal : Et tout le peuple dira : Ainsi soit-il !

Maudit soit celui qui couche avec sa sœur consanguine ou utérine ! Et tout le peuple dira : Ainsi soit-il !

Maudit soit celui qui couche avec la mère de sa femme ! Et tout le peuple dira : Ainsi soit-il 1

Maudit soit celui qui tue un autre clandestinement! Et tout le peuple dira : Ainsi soit-il !

Maudit soit celui qui accepte un cadeau pour condamner à dknI un innocent ! Et tout le peuple dira : Ainsi soit-il I

Maudit soit celui qui ne ratifie pas les paroles de cette loi en les mettant en pratique ! Et tout le peuple dira : Ainsi soit-il !

* Si vous voulez bien obéir à TÉtemel % votre Dieu, en ayant soin de mettre en pratique tous ses commandements que je vous prescris aujounrhui, rÉternel vous élèvera au-dessus de toutes les nations de la terre ; et toutes les bénédictions que voici vous seront accordées et s'accompliront sur vous, si vous obéissez à TÉternel, votre Dieu. Vous serez bénis à la ville, vous serez bénis à la campagne. Béni sera lo

1 Pour les diverses malédictions ou comparera : 1° L'idolâtrie, Ex. XX, 4. 2» Le mépris des parents, Ex. XXI, 17. 3° Le déplacement des bornes, Deut. XIX, 14. 4" Le détournement de l'aveugle, Lév. XIX, 14. 5" La mauvaise administration de la justice. Deut. XXIV, 17. 6", 8", 9° L'inceste, Lév. XVIII. 7 s. 7*' Le crime contre nature. Lév. XVIII, 23. 10° L'assassinat, Ex. XX, 13. 11» Le meurtre judiciaire, Ex. XX1I1.7 La douzième est pour ainsi dire la récapitulation des autres, et le nombre de douze esl certainement intentionnel, puisque nous en avons trouvé trois qui, au fond, pouvaient t^tre confondues.

'^ Méprise, déshonore.

^ Ce morceau qui forme la péroraison du livre se rattache au chap. XXVI Le chap. XXVII est une iutercalation étrangère à la rédaction primitive.

DBUTÉRONOMB XXVIII , 3>20. 335

fruit de vos entrailles* et le fruit de vos champs, et le fruit de votre bétail; vos vaches et vos brebis seront fécondes. Bérii sera votre panier et votre pétrin*. Vous serez bénis dans toutes vos entre* prises ■. L'Étemel fera que vos ennemis, qui s'élèveront contre vous, soient mis en déroute devant vous : ils marcheront contre vous par une seule route, ils fuiront devant vous par sept routes^. Puisse^ l'Éternel faire arriver chez vous la bénédiction, dans vos greniers et dans toutes vos af!iEiires, et vous bénir dans le pays qu'il vous donne. Puisse-t-il vous constituer en un peuple sacré, comme il tous Ta juré, en tant que vous observerez ses commandements et que vous marcherez dans ses voies, de manière que toutes les nations de la terre voient que vous êtes justement nommés le peuple de Dieu, et qu'ils vous craignent. L'Étemel vous comblera de biens, et donnera la fécondité à vos femmes, à votre bétail et à vos champs, dans le pays qu'il a juré à vos pères de vous donner. L'Éternel vous ouvrira son grenier d'abondance, le ciel, pour vous donner en son temps la pluie qu'il faut à votre terre, et pour bénir tous vos travaux, afin que vous puissiez prêter à beaucoup de peuples, sans avoir besoin d'emprunter vous-mêmes. L'Éternel vous mettra à la tète et non à la queue, et vous ne ferez que monter sans descendre, si vous écoutez les commandements de l'Éternel, votre Dieu, que je vous prescris aujourd'hui pour les observer et les mettre en pratique, et que vous ne vous écartiez pas des choses que je vous prescris aujourd'hui, ni à droite ni à gauche, en allant servir d'autres dieux. ** Si, au contraire, vous n'obéissez point à l'Éternel, votre Dieu, en ayant soin de mettre en pratique ses commandements et ses lois que je vous prescris aujourd'hui, alors toutes les malédictions que voici vous frapperont et s'accompliront sur vous. Vous serez maudits à la ville, vous serez maudits à la campagne. Maudit sera votre panier et votre pétrin. Maudit sera le fruit de vos entrailles et le fruit de vos champs. Vos vaches et vos brebis seront stériles. Vous serez maudits dans toutes vos entreprises. L'Éternel enverra contre vous l'imprécation, la panique et la menace, à propos (le tout ce que vous entreprendrez, jusqu'à ce que vous soyez ruinés,

1 Vous aurez beaucoup d'eufants.

^ Vous ne souffrirez jamais de la disette. Le panier représente les fruits récoltés^ le pétrin l'abondance des grains et de la farine.

8 Litt. : à votre entrée et à votre sortie. Locution proverbiale.

^ Ils seront dispersés.

^ Nous maintenons Toptatif, car la promesse est conditionnelle et Texpérience avait prouvé (à Tépoque de la rédaction du livre) que la condition n'avait point été remplie, — La bénédiction est ici, pour ainsi dire, une puissance ou force personnelle que Dieu envoie.

et anéantis promptement, à cause de vos méfaits, et pour m'avoir abandonné. L'Éternel fera que la peste s'attache à vous, jusqu'à ce qu'elle vous ait exterminés du pays où vous allez entrer pour en prendre possession. L'Éternel vous frappera de consomption, de fièvre, d'inflammation, de sécheresse, d'aridité *, de charbon et de nielle, et tout cela vous poursuivra jusqu'à ce que vous ayez péri. Le ciel au-ilessus de vos tètes sera d'airain, et la terre sous vos pieds sera de fer. L'Éternel fera que la pluie qu'il faut à votre terre soit du sable et de la poussière', qui tombera du ciel sur vous jusqu'à ce que vous soyez ruinés. ** L'Étemel vous fera battre par vos ennemis ; vous marcherez contre eux par une seule route et vous fuirez devant eux par sept routes, et vous serez l'objet des vexations' de tous les royaumes de la terre. Vos cadavres seront la pâture , de tous les oiseaux et de toutes les bètes sauvages que personne n'en chassera. L'Éternel vous frappera de la lèpre d'Egypte, de tumeurs, de dartres et de gale, dont vous ne pourrez être guéris. L'Étemel vous frappera de délire, d'aveuglement* et de stupeur d'esprit, et en plein midi vous marcherez à tîUons comme l'aveugle dans l'obscurité, et sans trouver le bon chemin, et vous serez toujours opprimés et pillés sans que personne vienne à votre secours. '® Quand vous vous fiancerez à une femme, un autre la possédera ; quand vous bâtirez une maison, vous n'y demeurerez pas; quand vous planterez une vigne, vous n*en goûterez pas le fruit*. Vos bœufs seront égorgés sous vos yeux et vous n'en mangerez pas ; vos ânes seront enlevés en votre présence et ne vous seront pas rendus ; votre bétail sera livré à vos ennemis et personne ne viendra à votre secours. Vos fils et vos filles seront livrés à d'autres peuples ; vos yeux le verront et no ce^ seront de se consumer de regret, et votre main sera impuissante. Un peuple auparavant inconnu mangera les produits de votre sol et do. votre travail, et vous serez toujours opprimés et écrasés, et vous deviendrez fous à l'aspect de tout ce que vous verrez. ^* L'Éternel vous frappera d'ulcères malins et incurables aux genoux et aux jambes ®, depuis la plante des pieds jusqu'au sommet de la tètr*.

^ Le texte reçu dit : de l'épée, leçon fort incommode ici [herè pour hqrh). La guerre n'est ment ionni'e que plus bas.

2 L'cxtnme s(^chcresse augmente la poussière que le veut emporte au loin.

^ On pourrait traduire : le jouet, c'est-à-dire un objet qu'on jette de cOté et d autre.

■^ Le contexte recommande de prendre toute celte phrase au figuré, pour les maladies et fléfaillances mentales. La cécMé physique est introduite dans la ligne suivante comme terme de comparaison.

'» Chap. XX, 5 suiv.

^ Allusion à l'une des formes les plus cruelles de la lèpre.

DBUTÉRONOME XXVIIl , 36-53. 337

L'Éternel vous fera aller, vous et votre roi, que vous aurez placé à votre tête, chez une nation inconnue à vos pères et à vous, et là vous servirez d'autres dieux, du bois et de la pierre*, et vous serez l'objet de la stupeur et de la raillerie^ la fable des peuples chez lesquels l'Étemel vous conduira. Vous jetterez du grain en abondance dans vos champs, et vous récolterez peu de chose, parce que la sauterelle le dévorera. Vous planterez des vignes et vous les cultiverez, et vous n'aurez ni des vendanges à faire, ni du vin à boire, parce que la vermine aura tout mangé. Vous aurez des oliviers dans tout votre territoire, mais vous ne vous oindrez pas d'huile, parce que les olives seront tombées. ** Vous aurez des fils et des filles, mais ils ne vous resteront pas, car ils seront emmenés captifs. Le hanneton ' s'emparera de tous vos arbres et des fruits de vos champs. Les étrangers qui résideront parmi vous s'élèveront de plus en plus, et vous, vous baisserez de plus en plus. Ils deviendront vos créanciers, et vous ne serez pas les leurs ; ils seront à la tète, et vous serez à la queue. *^ Toutes ces malédictions vous arriveront, vous poursuivront et vous atteindront, jusqu'à ce que vous soyez ruinés, pour n'avoir pas obéi à l'Éternel, votre Dieu, en observant les commandements et les lois qu'il vous prescrit-; et elles resteront sur vous et sur votre race comme un signe et un prodige éternellement. Parce que vous n'aurez pas servi l'Éternel, votre Dieu, avec joie et de bon cœur, à cause de ses nombreux bienfaits, vous servirez vos ennemis, que l'Éternel enverra contre vous, et vous serez en butte à la faim, à la soif, au dénûmcnt, à la disette de toutes choses, et il vous imposera un joug de fer jusqu'à ce que vous soyez exterminés. *^ L'Éternel fera lever contre vous un peuple venant de loin, de l'extrémité de la terre, et fondant sur vous avec la rapidité de l'aigle ; un pe uple dont vous ne comprendrez pas la langue, un peuple au regard farouche, qui ne respectera pas le vieillard, ni n'aura pitié de l'enfant*. 11 mangera votre bétail et le produit de vos champs jusqu'à ce que vous soyez ruinés ; il ne vous laissera ni blé, ni vin, ni huile, ni rien de la progéniture de votre gros et menu bétail, jusqu'à ce qu'il vous ait fait périr. Il vous assiégera

' Cette phrase est suggérée à l'auteur par le fait de la ruine du royaume d'Ephraîm et de ses conséquences.

^ Nous demandons l'hospitalité pour cet insecte. Le nom hébreu est emprunté au bruit qu'il fait en volant, or, comme la sauterelle, à laquelle on songera de préférence, a déjà été désignée par un autre nom, et que le grillon ne fait pas de mal aux arbres, nous mettons un insecte ù nous connu pour exprimer au moins l'idée de l'original.

2 Comp. les menaces analogues d'Esaîe, relatives aux Assyriens (chap. V, 26 suiv. : XXVIII, il; XXXIII, 19) et celles de Jérémie (chap. XLVIII, 40; XLIX, 22) et d'Habacuc [chap. I, 8) relatives aux Chaldéens,

A. T. 3« part. — II. 22

338 DBUTÉRONOMB XXVIU, 58-65.

dans vos villes, jusqu'à ce qu'il ait abattu dans tout le pa3f8 vos pfais hautes et plus fortes muraiUes, dans lesquelles vous mettei votre confiance, et quand il vous assiégera dans toutes les villes du pays que rÉtemel, votre Dieu, vous donne, vous en viendrei, dans h détresse et dans l'angoisse où vous réduiront vos ennemis, à manger le fruit de vos entrailles, la chair de vos fils et de vos filles que l'Étemel vous aura donnés*. L'homme le plus doux parmi vous, et le plus sensible, portera envie à son frère, à la femme qui partage sa couche, à ce qui lui reste d'enfîBuits, et refusera de donner à l'an d'eux un morceau de la chair de ceux qu'il mangera, parce qu'il ne lui reste plus rien d'autre, dans la détresse et dans l'angoisse où vous réduiront vos ennemis, dans toutes vos villes. La femme la plus douce et la plus sensible parmi vous, qui n'aura jamais essajé de toucher la terre de la plante de ses pieds, par exc^ de délies* tesse, portera envie à l'homme qui partage sa couche, à son fils et à sa fille, même au siget de l'arriëre-faix qui sera sorti d'elle *, et des enfants qu'elle mettra au monde, quand elle les mangera clandestinement à défaut de toute autre chose, dans la détresse et dans l'angoisse où vous réduiront vos ennemis dans vos villes. '* Si vous négligez de mettre en pratique toutes les paroles de cette bi, qni sont écrites dans ce livre*, de manière à craindre ce nom vénérable et redoutable, le nom de l'Étemel, votre Dieu, il vous firappaa de calamités extraordinaires, vous et votre race, de calamités grand» et continuelles, de maladies malignes et opiniâtres ; il ramènera sur vous toutes les plaies d'Egypte qui vous ont effrayés, et elles s'attacheront à vous. Même toutes sortes de maladies et de calamités non consignées dans le livre de cette loi *, l'Étemel les amènera sur vous jusqu'à ce que vous soyez exterminés ; et il ne restera de vous que peu d'individus, au lieu que vous aurez été nombreux comme les étoiles du ciel, parce que vous n'aurez pas obéi à l'Éternel, votre Dieu. Et de môme que l'Éternel avait du plaisir à vous faire du bien et à vous agrandir, de même il aura du plaisir à vous ruiner ot à vous exterminer, et vous serez arrachés du sol dont vous allez prendre possession. Et l'Éternel vous dispersera parmi toutes les nations d'une extrémité de la terre à l'autre, et vous v senirez d'autres dieux inconnus et à vous et à vos pères, du bois et de la

' Des fdits de ce genre sont signalés à l'occasion d'un siège de Saroarie '2 Rois VI, 28 suiv.), du siège de Jérusalem par les Chaldéens [Lament. II, 20; IV, tO), et du siège de la môme ville par les Romains {dans Josèphe).

^ Quand elle accouchera au fort de la famine, elle commencera par cette» nourrit-ire dégoûtante, et puis elle s en prendra au nouveau -né.

^ Celui dont nous lisons ici la dernière page et qui fut publié sous Josias.

* Dans ce qui vient d'être énuméré .

DEUTÉRONOMK XXVIII, 65-69. 339

pierre. Et chez ces nations vous n'aurez pas de repos, ni de place tranquille où vous mettrez le pied; FÉternel fera en sorte que votre cœur y soit troublé, que vos yeux s'éteignent et que votre àme se consume. Votre vie vous apparaîtra comme suspendue à un fil, vous n'en serez jamais siïrs, mais vous serez en alarme nuit et jour. Le matin vous direz : Que n'est-il déjà soir ! et le soir vous direz ; Que n'est-il déjà matin ! et cela par suite des terreurs qui vous hanteront, et du spectacle que vous aurez sous les yeux. Et l'Éternel vous ramènera en Egypte ' sur des vaisseaux (bien que je vous aie dit que vous ne verrez plus le chemin qui y conduit) et vous serez obligés de vous y laisser vendre comme esclaves à vos ennemis et il n'y aura pas même d'acheteur!

•' Voilà les paroles du pacte que l'Éternel ordonna à Moïse de faire avec les Israélites dans le pays de Moab, indépendamment du pacte qu'il avait fait avec eux au Qoreb *.

' Comp. Osée VIII, 13; IX, 3, etc. La servitude d'Egypte s'était gravée si profondément dans les souvenirs des Israélites que la menace de son retour se place ici trèsconvenablement à la fin de toutes les autres malédictions. Elle renchérit même sur l'histoire, car Témigration du temps de Moïse avait été volontaire : le retour est forcé ; il se fera par m^r ; il n'y aura pas moyen d'échapper en route, et les vaisseaux sont naturellement ceux des Phéniciens, marchands d'esclaves.

'^ Les bibles hébraïques joignent ce verset à ce qui précède, et nous aussi nous y voyons la phrase finale du code deutéronomique. Les bibles modernes en font le premier verset (l'inscription ou le titre] de la narration qui suit. La mention du Horeb nous ramène à la première ligne de ce code, chap. V, 2.

* Moïse convoqua tous les Israélites et leur dit*: Vous avez vu tout ce que rÉternel a fait sous vos yeux dans le pays d'Éjjrypte, à Pharaon et à tous ses sei-viteurs et à tout son pays ; les grandes épreuves que vous avez vues de vos propres yeux, ces jçrands signes et miracles. Mais jusqu'à ce jour l'Éternel ne vous a point donné un cœur pour comprendre, ni des yeux pour voir, ni des oi-eilles pour entendre *, bien que je vous aie conduits pendant quarante ans ]»ar le désert, sans que vos vêtements se soient usés sur vous, ni vos souliers sous vos pieds'. Vous n'avez pas mangé de pain, vous n'avez bu ni vin ni liqueur forte, afin que vous reconnussiez que moi * je suis l'Éternel, votre Dieu. Et lorsque vous arrivâtes en ce lieu -ci, Siljon le roi de ^les'bon et *0g le roi du Bas'an marchèrent contre nous pour nous attaquer, mais nous les battîmes, et nous prîmes leur pays et nous le donnâmes en propriété aux Reoubénites, aux Gadites, et à la demi -tribu des Menass'ites. Observez donc les paroles do co pacto et inetloz-les on pratique, afin do réussir dans tout ce (|U(* vous entroprondrez. '•* Vous êtes tous placés aujourd'hui en face do l'Etornol, votre Dieu, vos onùrs, vos tribus, vos sjioikhot vos niaj^istrals, tout Israol, vos oniants, vos tennnos et los oti*arij^^Ts qui sont dans votre camp'', doj)uis ceux qui fondent votre Imis,

^ Sur les deux cliap. XXIX et XXX, voyez rintroduction, p. 209.

'^ Réllexions sur l'histoire des Israélites, ({ui, pour la forrao, se rattachent aux évonements du désort, mais qui, au fond, sont provoquées et justifiées bien davantage pdr l'expérience (jue les prophètes avaient faite })en(iant toute la série des siècles s-iivants.

•^ (lornp. cha[). \ III. 3 s,

* A |)lusieurs reprises le discours, mis d'abord dans la boucne de Moïse, passe à 1j première j)ers(>nne, et c'est Dieu lui-même qui parle.

•' Lémi^Tation des Israélites avait entraîné aussi des gens d'origine ditréreulc. di^it cependant les textes parlent assez dédaigneusement (Nomb. XI. 4, comp. Ex. XII. I^S Cependant il sera plus siinjde de penser à l'état des choses, tel qu'il s'est formé hwu plus tard, où les populations commencèrent à s'entremCler, et où les législateurs durent s'occuper aussi des devoirs à imposer aux habitants de nationalité étrangère.

jusqu'à ceux qui puisent votre eau * ; c'est pour entrer avec l'Éternel, votre Dieu, dans l'alliance qu'il fait en ce jour avec vous sous la foi du serment, pour vous constituer aujourd'hui comme son peuple, et pour qu'il soit votre Dieu, comme il vous l'a promis, et comme il l'a juré à vos pères, à Abraham, à Isaac et à Jacob. Et ce n'est pas avec vous seuls que je fais ce pacte sous la foi du serment. Mais je le fais et avec ceux qui sont placés aujourd'hui ici avec nous en face de l'Éternel, votre Dieu, et avec ceux qui n'y sont point en ce jour*. **Car vous savez comment nous avons demeuré dans la terre d'Égyple, et comment nous avons passé au milieu des peuples par lesquels vous avez passé ^. Et vous avez vu leurs horreurs et leurs idoles de bois et de pierre, d'argent et d'or, qui sont chez eux : Qu'il n'y ait donc point parmi vous homme ni femme, famille ni tribu, dont le cœur se détourne aujourd'hui de l'Éternel, votre Dieu, pour aller adorer les dieux de ces peuples ! Qu'il n'y ait point parmi vous de racine qui produise la ciguë ou l'absinthe*. Que personne, en entendant les paroles de ce serment, ne se félicite en son cœur en disant : «Je serai à mon aise, tout en marchant dans l'endurcissement de mon cœur*!» de manière que ce qui est arrosé périsse avec ce qui a soif*. L'Éternel ne lui pardonnerait point, mais sa colère et son indignation s'enflammerait contre cet homme, et sur lui s'appesantiraient toutes les malédictions consignées dans ce livre, et l'Éternel effacerait son nom de dessous les cieux ; il le retrancherait, pour son malheur, de toutes les tribus d'Israël, d'après les malédictions du pacte, consignées dans le livre de cette loi. '* Et les générations à venir, vos fils qui surgiront après vous, et les étrangers qui viendront d'un pays lointain, quand ils verront les calamités et

* C'est-à-dire qui font le service d'esclaves (Jos. IX, 21, 27). Il n'est pas question ailleurs de pareilles conditions sociales dans l'histoire mosaïque.

*^ Cela veut dire sans doute que le pacte doit aussi obliger les générations futures.

3 Ceci doit s'expliquer par la phrase qui suit. Vous avez vu les idoles des peuples avec lesquels vous avez été en contact jusqu'ici. On vous parle donc de choses que vous connaissez.

** 11 ne s'apit pas autant de poison que de plantes au goClt amer et détestable, et qui servent ici de ligure pour les fatales conséquences et les sévères châtiments que provoquerait l'idolûtrie (comp. la note sur Lament. III, 15).

5 Je n'ai rien à craindre ; quoi que je fasse (relativement aux actes du culte), personne n'y regardera.

^ Ces derniers mots ne sont pas la continuation du discours frivole pr^té aux récalcitrants, mais ce sont des paroles de Moïse, annonçant le châtiment inévitable. Ce qui est arrosé et ce qui a soif, est l'une des nombreuses locutions figurées de l'Ancien Testament pour exprimer l'idée de la totalité. Il n'est pas question d'ivresse. Le sujet est la terre, qui sera enveloppée dans la ruine causée par le péché de ses habitants.

342 DEUTBHONOME XXIX, 21-28. XXX, 1-5.

les fléaux dont l'Éternel aura frappé cette terre, tout son sol iie\eiiu soufre, sel et embrasement S où il n'y aura plus de semailles ni lie végétation, où il ne croîtra plus aucune plante utile, comme après la ruine de Sedom, de 'Amorah, d'Admah et de Çeboyîm. que rÉtemel détruisit dans sa colère et dans sa fureur, tout le mond^ dirait : Pourquoi l'Éternel en a-t-il a«ri ainsi avec ce pays-ci? Pourquoi cette grande et ardente colère? Et Ton répondrait : Cest pane qu'ils ont abandonné le pacte de l'Étemel, du Dieu de leurs pères, qu'il avait fait avec eux lorsqu'il les retira du pays d*Égypte, et qu'ils sont allés adorer d'autres dieux, et se prosterner devant des dieux qu'ils n'avaient point connus et qu'il ne leur a^-ait point assiirné>. Voilà pourf|uoi la colère de l'Étemel s'embrasa contre ce pays, d«» manière à amener sur lui toutes les malédictions consignées dans ce livre. Et l'Éternel les arracha à leur patrie, en colère, en fureur, en grande irritation, et les jeta dans un autre pays, où ils s^^iit maintenant '. Ce qui est caché est pour l'Éternel, notre Dieu : ce qui est révélé est pour nous et nos enfants à tout jamais ', atin que nous mettions en pratique toutes les paroles de cette loi. * Cependant, lorsque toutes ces paroles se seront accomplies sur vous, cette l)énédi<:tion ou * cette malédiction que je vous offre en perspective, et que vous vous les serez rappelées à vous-mêmes, au milieu de tous les |>cuples où l'Eternel, votre Dieu, vous aura chassés, alors, si vou»» vous convertissez à l'Éternel, votre Dieu, pour lui obéir en tout ce que je vous prescris aujourd'hui, vous et vos enfants, de tout votre cceur et de toute votre âme, l'Éternel, votre Dieu, vous restaurera, et aura [ûtié de vous, et il vous rassemblera de nouveau du milieu «le tous les |>ou[>les parmi lesquels il vous aura dispersés. Quand vou> seriez disséiuinés jusqu'à rextréinité du monde, rÉternel, vi»ti"»' Dieu, vous rassemhlerait et vous repierulrait de là ! Et il vous ramènera MU pays que vos pères avaient possédé, atin que vous le |K>s>t''-

' I/autcur a en vuo les Iraditious relatives ii la ruine de Sodome Gen. XIX .

'^ Eiicr»re ici 1 on voit que le rédacteur se place au point de vue de l'expt^rience.

'* Cette jihrase qu'on peut mettre, à la rigueur, dans la bouche des per>ouue< vJUî sont censées parler, v, 24 s., mais qui, comme ce qui précode, représente la pensée du législateur exprime cette dfiuhle idée : 1" Par le présent pacte nous connaissons uot-r devoir, la volonté de Dieu nous est révélée, ainsi (jue la sanction pénale qui v est jointe. 2" Quant à l'avenir. Dieu seul le sait : ce qui revient à dire : les destinées futures de la nation in'jotird'hci ih'jiortt'^, sont pour le moment inconnues. D'après ce qui se lit imn^idi;jte;iient au[)aravanl. c'est la seule exjdicati'n naturelle. Aussi ce passatre est-il tri'>impf)rtdnt pour déterminer l'époque de la rédaction.

' Kl non pa^ : r( : car ici. le rédacteur revient au point de vue mosaïque et pr.'pl'ftiqne^ qui réserve l'alternative : mais malgré cela, la pensée dominante est détermir.<f [>ar l'h:-toire et l'expéritmce. comme cela se voit clairement par tout ce qui suit.

diez aussi, et il vous rendra plus heureux et plus nombreux que vos j>ères. Il circoncira vos cœurs *, et les cœurs de votre race, jwur que vous Taimiez de tout votre cœur et de toute votre àme, afin que vous conserviez votre vie. Et il fera tomber toutes ces malédictions sur vos ennemis, sur ceux qui vous haïssent et qui vous ont pei^sécutés. Et vous, si vous revenez à obéir à rÉternel, et que vous mettiez en pratique tous les commandements que je vous prescris aujourd'hui, il fera réussir et prospérer tout ce que vous entreprendrez ; il donnera la fécondité à vos femmes, à votre bétail et à votre sol, et vous rendra heureux ; car TEternel prendra de nouveau plaisir à vous, pour votre bieiî, comme il a pris plaisir à vos pères ; si tant est que vous obéissiez à T Éternel, votre Dieu, de manière à observer ses commandements et ses ordres consignés dans ce livre de la loi, et que vous vous convertissiez à l'Éternel de tout votre cœur et de toute votre àme. ** Car ces commandements que je vous prescris aujourd'hui ne sont pas trop difficiles pour vous, ou hors de votro portée. Ils ne sont pas dans les cieux, de sorte qu'on dut dire : Qui montera pour nous au ciel pour nous les apporter et pour nous les faire entendre, alin que nous puissions les mettre en pratique? Et ils ne sont pas au delà de la mer, de sorte qu'on dût dire : Qui passera pour nous au delà de la mer |K)ur nous les apporter et pour nous les faire entendre, afin que nous puissions les mettre en pratique ? Au contraire, cette parole est très-près de vous ; elle est dans votre bouche et dans votre cœur, de manière que vous puissiez l'accomplir -. ** Voyez î je mets aujourd'hui devant vous la vie et le bonheur, la mort et le malheur ', en vous reconmiandant aujourd'hui d'aimer l'Éternel, votre Dieu, de marcher dans ses voies et d'observer ses commandements, ses lois et ses ordonnances, afin que vous conserviez la vie, que vous grandissiez, et que l'Éternel vous bénisse dans le pays où vous allez entrer pour en prendre possession. Mais si votre cœur devait se <létourner, si vous n'obéissiez point, et que vous vous laissiez entraîner à vous prosterner devant d'autres dieux et à les adorer, je vous annonce dès aujourd'hui que vous péi'irez certainement, et que vous ne prolongerez pas vos joui^s dans le pays, dans lequel vous allez entrer, en passant le Jourdain, pour en prendre possession. Je prends à témoins contre vous aujourd'hui le ciel et la terre : C/est la vie et la mort, la bénédiction et la malé-

^ Chap. \. 16.

* Le sens est clair: ce qui est dit du ciel et de la mer (et non pas : de l'abîme^ est l'expression ligun^e et très-pittoresque de la formule qui procède : hors de votre portée. On sait l'usage que l'apôtre Paul a fait de ce passage. Rom. X, 6 s.

^ Comp. le passage parallèle ù la Un de la première moitié du livre, chap. XI, 26 s.

344 DEUTÉRON03IE XXX, 19, 20. XXXI. l-tl.

rlictioD, que je mets aujourd'hui devant vous : choisissez donc la vie, afin que vous viviez, vous et votre race, en aimant TÉternei, votre Dieu, en lui obéissant et vous attachant à lui (car c'est de lui «pie dépend votre vie et sa durée), alin de rester dans le pays que rÉternel a promis par serment à vos pères, à Abraham, à Isaac •*! à Jacob.

• Moïse * alla dire toutes ces choses aux Israélites. Il leur dit : Je suis îigé aujourd'hui de cent vingt ans, je ne puis plus taire ma beso*^e', et l'Éternel m'a dit : Tu ne passeras pas ce Jourdain. C'est l'Éternel, votre Dieu, qui marchera devant vous ' ; c'est lui qui exterminera ces peuples devant vous pour que vous puissiez recueillir leur héritage ; c'est Josué qui marchera devant vous comme rÉternel l'a dit. Et rÉternel fera d'eux ce qu'il a fait de Si(^n et de *i.Vdes rois des Émoriles, qu'il a ruinés avec leur pays. Et quand l'Étemel vous les livrera, vous en agirez avec eux selon les ordnîs que je vous ai donnés*. Soyez forts et courageux, n'ayez pas peur et ne tremblez pas de\'ant eux, car l'Étemel, votre Dieu, marchera avec vous ; il ne vous laissera pas faiblir ni ne vous abandonnera.

" Puis Moïse appela Josué et lui dit en présence de tous les Israélites : Sois fort et courageux î car c'est toi qui entreras avec ce peuple dans le pays que l'Éternel a juré à ses pères de lui donner, et c'est toi qui leur en feras la répartition. L'Étemel marchera devant toi ; c'est lui qui sera avec toi ; il ne te laissera pas faiblir ni ne t'abandonnera ; n'aie pas peur et sois sans crainte !

** Moïse écrivit cette loi et la remit aux prêtres de la famille de l>'*vi, qui |M)rtaieiit l'anhe de l'alliance de rÉternel, et à tous le< ^heikli.s d'Lsrael. Kt il leur donna ses ordres en disant : Au lK»ut *\e se[)t ans, à Frpoque de l'année «le relàrhe, lors de la fête de> tal»eina<lês , loixjue tous les Israélites viendront roniparaître devant l'Eteirir*!, votie Dieu, au lieu qu'il aura choisi, vous lirez cette l«'i en piv<ence de tous les Israélites, de manière qu'ils l'entendent'.

• L andlysf critique àes 'luatr*^ derniers chapitres se trouve dans l'Introd.. p. îîl»' -

- I^iîl,: s rtir et entrer, f:"e-t-a-dire vd<[uer aux atTdires. cornp. Nomb. XW'II. '.*. bar.- uri autre passage, chap XXX.I\ . 7, il est dit que Mo.se conserva toutes ses lorcfS jusq'.j"d la tir;.

•' Cie'te proiii'^sse -e lie a ce qui préc-.'de par ia pensée intermédiaire : V- us ne sort.* pa- ahanlcrin-'S pour cela.

i Ex. XWIV. Il s. N.)raL XXXIII, ÔI s. Deut. VIK 2.

• l'tAiT lann-e de reLiche, voyez chap. XV; pour la fête des tabernacles, cluj a\1 i:}. jC, (jn reiiiurqiera 1 qu'il n'est pas parlé d'un dépôt à Taire de la l;i .ÎiILl ar(,r.e. '2 .juil a'»r-t pari- que (i"un seul exemplaire d'jnt on ferait la lecture à Jr' ■.■-

'^' ". :'?v.:rit :*' peipl^ assemblr. une ! i^ tous les sept ans: 3^ qu'il est dit qu«* M. Se

Vous assemblerez le peuple, hommes, femmes et enfants, ainsi que les étrangers qui demeureront parmi vous, pour qu'ils l'entendent, et qu'ils l'apprennent, et qu'ils craignent l'Éternel, votre Dieu, et «{u'ils aient soin de mettre en pratique toutes les paroles de cette loi, et que vos enfants, qui ne l'auront point encore connue, l'entendent et apprennent à craindre l'Éternel, votre Dieu, pendant tout le temps que vous vivrez dans le pays dans lequel vous allez entrer en passant le Jourdain, pour en prendre possession.

** [L'Éternel dit à Moïse : Vois-tu, tes jours s'approchent de leur lin ; appelle Josué, et présentez -vous auprès du tal)ernacle pour que je lui donne mes ordres. Et Moïse et Josué se présentèrent au tabernacle. Alors l'Éternel apparut dans le tabernacle dans une colonne de nuée, et cette colonne de nuée s'arrêta à la porte du tabernacle*. Puis l'Éternel dit à Moïse : Vois-tu, quand tu seras couché avec tes pères, ce peuple ira se prostituer avec les dieux des étrangers, au milieu desquels il va entrer, et il m'abandonnera et rompra le pacte que j'ai fait avec lui. Alors ma colère s'embrasera contre lui, et je l'abandonnerai, et je cacherai ma face devant lui, de sorte qu'il sera consumé, et que de grandes calamités et tribulations Tatteindront. Alors il dira : Certes, c'est parce que notre Dieu n'est plus au milieu de nous, que ces calamités nous ont atteints ! Mais moi je cacherai

écrivit (au passé défini] cette loi maintenant, ce qui résulte assez clairement du v. 24; enfin 4° que le texte ne préjuge pas la question de savoir ce qu'il écrivit ; dans la pensée du rédacteur ce peut avoir été tout aussi bien le livre compris dans ce que nous appelons le Deutéronome, que le Pentateuque tout entier. Cependant l'expression des v. 9^ 1 1 ss. : 11 écrivit cette loi, vous lirez celte loi, pratiquez cette loi, semble militer en faveur de la première interprétation.

Wl y a encore ici des traces non méconnaissables de deux narrations enchevêtrées l'une dans l'autre. V. 14-15, Jéhova appelle Moïse et Josué au tabernacle pour donner des instructions à celui-ci. Les v. 16 ù 22 contiennent uue prédiction relative à la future idolâtrie des Israélites, qui jure avec le contenu des v. 1 à 13, lesquels semblent annoncer une disposition didérente du peuple et un tout autre rapport de Jéhova avec lui. Cette défection est peinte d'avance dans un cantique que Jéhova communique à Moïse (v. 19] pour le faire apprendre par cœur aux Israélites. Moïse exécute cet ordre, V. 30. Mais auparavant [v. 23-29] le texte reprend la narration commencée au v. 9, et raconte que Moïse, après avoir terminé la rédaction de la loi, la remit aux Lévites, pour la déposer ù côté de l'arche. Puis il est dit que cette loi témoignerait contre les rebelles, comme tout à l'heure c'était le cantique qui devait rendre ce témoignage, et la rébellion est signalée comme se produisant dès à présent [m>me avant la conquête], tandis que v. 16 elle est prédite comme une éventualité future et Jos. XXIV, 31, la recule explicitement au delù de l'époque de Josué. Les deux points de vue peuvent se justifier, mais dans cette juxtaposition ils trahissent des mains difi'érentes. — Notez encore 1* que le tabernacle (v. 14] n'est mentionné nulle part dans le Deutéronome; 2" que Josué est ici installé par Jéhova, ailleurs (Nomb. XXVII, 18) il l'est par Moïse, comme c'est aussi le cas plus bas, chap. XXXIV. 9.

346 DEUTÉRONOMK XXXI, 19-30.

cei'tainemcnl alors ma face, à cause de tout le mal qu'il aura fait en se tournant vers d'autres dieux. Or donc, écrivez le chant que voici*, et faites-le apprendre aux Israélites; mettez-le dans leur bouche, pour qu'il me serve de témoignage contre eux. Quand je les aurai fait entrer dans le pays que j'ai promis à leurs pères sous la foi du serment, ce pays ruisselant de lait et de miel, et qu'ils se sei'ont repus, rassasiés et engraissés, et qu'ils se seront tournés vers d'autres dieux pour les adorer, et qu'ils m'auront rejeté et rompu mon pacte, quand alors de grandes calamités et tiibulations les atteindront, ce chant déposera conti^e eux comme témoin (car il ne sera pas oublié et restera dans la bouche de leur postérité) : car je connais leurs pensées qu'ils forment dès à présent, même avant que je les fasse entrer dans le pays que j'ai juré de leur donner. ^*El Moïse écrivit ce chant ce jour-là et le tit apprendre aux Israélites.]

" Et il donna ses ordres à Josué fils de Noun, en disant : Sois fort et courageux ! car c'est toi qui feras entrer les Israélites dans le pays (jue je leur ai promis par serment, et moi je serai avec toi. ** Kt quand Moïse eut achevé de mettre jpar écrit les {Kiroles de cette loi, il donna des ordi*es aux Lévites, porteurs de Tarche de l'alliance de l'Éternel, en disant : Prenez le livre de cette loi et déposez-le à côté de l'arche de l'alliance de rÊtemeL votre Weu, pour qu'il y sei've de témoin contre vous. Car je connais, moi, votre insubordination et votre entêtement ; voyez, aujoui-d'hui, pendant que je vi» encore avec vous, vous êtes rebelles contre rÉternel, à plus forte l'aison !e serez- vous après ma mort. .Vssemblez autour de moi tous les sheikhs de vos tribus, et vos ma^ristriN, i^z -lue je leur fasse entendre toutes ces p;\i\>les, et que ;»^ ; renr:»^ i v. ii.oin contiv eux le ciel et la terre. i'.;ir w >a:> t :*■:'.! vl f.fn^ j.,i : ..r; vous irez vmupei'dre, et que vous nus •-? u -h '••:•<: :n a ,e qu^ je \ous a; tracée, et que le màlhtui- :m -r-i si:- u^ ;;j.j.> .i suite des teIn[^^, parce que vous ferez ve :- •••-ni t ': •■• 'it-*. -: li.anière à lirritei pai' vos actes '

[*° Alors Moïse récita ->,'\u: -^ - ■ — ■>- ««iv la roniimji;;»iit'* d'Israël, le chant qui suit. ..s.:/^ : : '-uj

1 Chap. XXXII.

'^ Il est impossible de méconnallrt- .;us; .e rvic ■-: - e:. -j:-.a"a2* : .e M ::<tf t -" la loi, qu'il acheva cette besogne, etqual.r^ :". :■: :-?>*?- :•. riU iri^t; -i.-r:. i v-- :

l'arche par les Lévites, distingue sa propre rT?viac::^r. 7. r'a'-irr-iie -^n." f? :•? :e :.•

Moïse avait écrit. Il parle donc de la loi eonte par V s* .-''rimt; i ir.ti -iiiri*? i.d" r-n"

de son propre ouvrage que nous avons entre »es r:!:--? ^ yw- j-^si ;jn W\!I. 44-

•• Le V. 30 se rattache directement au \ . i?*2

DEUTÉRONOME XXXII, l-";. 347

Prêtez Toreille, ô cieux, que je parle, Et que la terre écoute les paroles de ma bou<Jie ! Que mon instruction se répande comme la pluie, Que ma parole découle comme la rosée, Ciomme l'ondée sur la verdure, Comme les gouttes abondantes sur la caini>agne * !

Car je proclame le nom de l'Éternel :

Rendez hommage à notre Dieu, A ce rocher*, dont les actes sont irréprochables. Dont toutes les voies sont justes ; A ce Dieu fidèle et sans fraude

Qui est juste et droit !

Elle a mal agi envers lui, Cette race peiTerse et corrompue ; Ils ne sont plus ses entants, mais leur opprobre*. Est-ce ainsi que vous récompensez l'Éternel, Peuple imprudent et insensé?

N'est-il point votre pèi-e, votre créateur? N'est-ce pas lui qui vous a faits et formés?

Rappelez-vous les jours de l'antiquité, Songez aux années des générations passées î

1 Le [joëme devant proclamer certaines vérités morales résultant de l'histoire, l'auteur convie le monde entier à l'écouter. Ce qu*il va dire n*est pas une composition de pur agrément, c'est une instruction, un enseignement salutaire, et comme tel comparable à une pluie bienfaisante ;És. LV, 10. Job XXIX, 22. Ps. LXXII, 6).

* Cette métaphore est très-fréquente chez les poètes hébreux, comp. Ps. XVIII, 3 ; XXXI, 3: LXXI, 3, etc. Ici elle insinue indirectement qu'Israël aurait bien fait de S'en tenir à celui qui lui offrait toute espèce de sécurité et de protection, et qui lui avait fait de si brillantes promesses. Nous disons : actes irréprochables, et non œuvres parfaites, parce qu'il ne s'agit pas de la création, mais des rapports de Jéhova avec Isradl.

3 Ces deux lignes sont traduites un peu au hasard, et nous n*oserions affirmer que le texte est parfaitement intact. L'ensemble de la strophe nous autorise bien a regarder la race israélite comme sujet de la phrase, et non pas, comme on l'a cru, l'opprobre (le vice, l'impiété) qui aurait corrompu la race. Nous avouerons seulement que cette idée accessoire qu'Israël est son opprobre [à lui-même, ou celui des vrais enfants de Dieu), reste ici comme suspendue en l'air. S'il y avait une préposition on pourrait traduire : par [à cause de) sa honte, ses actes honteux, ils ont cessé d'être le peuple de Dieu. — Quoi qu'il en soit, on remarquera que dès le début le poète parle de ces tendances de la nation comme d'un fait accompli et appartenant à l'histoire.

348 DEUÏKRONOME XXXll , 7-11.

Interrogez vos pères, pour qu'ils vous le disent. Vos vieillards, qu'ils vous en parlent*.

Lorsque en séparant les mortels Le Très-haut assigna leur patrimoine aux nations^ Il fixa les limites des peuples D'après le nombre des fils d'Israël.

Car la part de l'Éternel, c'était son peuple, Jacob était le lot de sa propriété '.

Il le trouva dans une tei're inculte, Dans la solitude, au milieu des hurlements du désert ; Il le protégea, il ne le perdit plus de vue. Il le garda comme la prunelle de son œil. Pareil à l'aigle qui fait lever sa couvée, Planant au-dessus de ses petits.

Il étendit ses ailes et le saisit.

Et l'emporta sur ses pennes'.

^ L'histoire d'Israël est la base de renseignement religieux pour cette nation, soit pour lui rappeler les bienfaits de Jébova et les devoirs qui en découlent, soit pour lui remettre bous les yeux les conséquences de ses transgressions (Ps. LXXVUI, CV. CVl, CXXXV, GXXXVl. Néb. IX. Sir. XLIV s. Actes VII. XIII, etc.). — Cette stropbe contient deux éléments qui sont inconciliables avec l'époque de Moïse : les nombreuses générations précédentes et Vatiti^uit^ invoquées comme témoins de It conduite d'Israël, et les vieillards qui ne peuvent pas môme avoir existé alors d'aprèf Nomb. XIV, 26 s.

"^ Avec cette strophe, l'auteur commence ù rappeler lui-mOrae cette histoire instructive. L'établissement de la nation dans sa patrie actuelle est le fait ca])ital de ces jour^ de Vantiquité, dont ses contemporains, auxquels il s'adresse, sont bien éloignés, commt on voit. — Dans ce qui est dit de la séparation des mortels, il n'est pas absolument nécessaire de voir une allusion ù l'histoire de la tour de Habel. Il suffit d'v voir la constatation de la diversité des peuples et de leurs demeures (Actes XVI I, î?6,. Quant hxïx peuples dont les limites ont été fixées, ils peuvent ôlre identiques avec les iiaiions de la ligne précédente. C'est alors une simple ré[)étition, et le sens est qu'ils reçurent leur part de manière à laisser la place nécessaire aux Israélites. Nous inclinons cependant it croireque les /;fw/)/<?5 sont les douze tribus Dent. XXXIIl, 3, 19. Gen. XLIX, 10. etc.;. qui ont dû recevoir leurs domaines respectifs d'après leur nombre. Jébova, en donnant d tous une patrie, dut en réserver une à lu race qu'il avait préférée aux autres.

•* En disant que Die i trouva Israël au désert, TauU^ur exprime l'idée que l'histoire théocratique de la nation commence au pied du Sinaï. Dans la perspective, ce qui précédait cette époque s'elTace pour le spectateur; eu revanche, les hurleme fit s sont le produit de l'imagination du poète placé à distance. — Pour l'image de l'aigle qui apprend à voler à ses petits. com{). Ex. XIX, 4, expliqué par Deut. I. 3l . Les deux dernières lignes ont pour sujet Dieu (jui emmène Israèl ou ('anuan. et non l'aigle, qu'. ne porte point ses petits.

L'Éternel seul le conduisit :

Nul dieu étranger n'y était.

Il le conduisit en triomphe sur les hauteurs du pays*, Et lui fit manger les produits de la campagne, Il lui fit sucer le miel de la roche, L'huile recueillie sur la dure pierre, La crème des génisses, le lait de la chèvre; n lui donna la graisse des agneaux, Les béliers de Bas'an et les boucs, La fleur de farine du froment*.

Et à boire, du vin, le sang du raisin.

Mais ce cher Israël' devint gras et regimba. Il devint gras, gros et replet, Il abandonna le dieu qui l'avait fait.

Et méprisa le rocher qui faisait son salut. Ils excitèrent sa jalousie par leurs dieux étrangers. Et l'irritèrent par leurs idoles.

Ils sacrifièrent à de faux dieux ♦ ; A des dieux qu'ils n'avaient pas connus, A des dieux nouveaux, survenus naguères, Que leurs pères n'avaient point révérés*.

1 Es. LVHI, 14. Deut. XXXIII, 29. Ailleurs cette phrase est employée surtout de Dieu même qui annonce sa présence par les gros nuages qui s'attachent aux sommets des montagnes. Il s'agit ici de la conquête de Canaan, dont la fécondité est décrite en termes brillants. Le miel de la roche pourrait s'entendre littéralement de miel recueilli dans les crevasses des rochers où les abeilles sauvages lauraient déposé : mais l'huile de la pierre ne peut s'expliquer qu'en supposant des oliviers plantés avec succès, même dans un sol en apparence ingrat.

^ La fleur de farine, litt. : la graisse des reins, c'est-à-dire la partie la plus grasse du corps animal. La graisse se prend en hébreu pour ce qu'il y a de plus excellent. Autrement, la combinaison de la graisse des reins du froment serait une figure par trop hardie.

3 Litt. : ce petit vertueux (Es. XLIV, 2. Deut. XXXIII, 5, 26). On prend le mot communément pour un diminutif d'Israël, qu'il désigne en tout cas. Mais proprement c'est le diminutif de l'adjectif tas^ar qui signifie : honnête, droit. Ici il est pris ironiquement, ailleurs c'est un terme de caresse et d'amour. — Dans ce qui va suivre, nous Bvons partout conservé la 3* personne ; le texte change à tout instant en y mêlant la seconde.

4 Faux dieux ; litt. : des maîtres non-dieu (Ps. CVI, 37] . Quelques commentateurs donnent au mot que nous traduisons par maîtres (synonyme de Baal), la signification de mauvais esprits, démons.

^ Le livre de Josué (chap. XXIV, 14) représente cela tout autrement.

:^UM) DEUTÉRONOME XXXIl , 18-25.

Us délaissèrent le rocher qui leur avait donné la vie. Ils oublièrent le dieu qui les avait enfantés.

L'Étemel le vit, et en fut irrité ; Il rejeta ses fils et ses filles, n dit: Je cacherai ma face devant eux, Je verrai bien quelle sera leur fin ; Car ils sont une engeance perverse,

Une race sans foi !

Ils ont excité ma jalousie Avec un dieu qui n'en est pas un; Ils m'ont irrité avec leurs vaines idoles : Eh bien, moi, j'exciterai leur jalousie Par un peuple qui n'en est pas un, Je les irriterai par une nation impie *.

Car le feu de ma colère est allumé.

Il brûle jusqu'au fond du S'e(M ; Il dévore la terre et ses fruits, 11 embrase les fondements des montagnes '.

J'accumulerai sur eux des c^ilamités.

J'épuiserai mes traits contre eux :

Consumés qu'ils seront par la famine.

Rongés par la fièvre et par l'affreuse peste. Je lancfTai encore contre eux la dent des bétos. Et le venin i\o>i rej)tilos de la terre.

Au dehors, c'est l'épée (jui les (bViinera, A l'intéricHir ce sera la terreur :

Jeunes <rens et vierji^es, Nourrissons et hommes à cheveux blancs.

' D après les nombreux pas<aj:es parnllèlfs dans les propht^tes. il est corlain que i«* peuple f»>ï/>/> est un peuple païen, qui n'est pas un peuple dans le nirMne sens qu'lsraï*]. lequel est reconnu cuinuie tel et sien par Jéhova ; et l'irritation consiste «uns lulldiju* virlorieuse par laquelle s'accomplissent les punitions célestes méritées par la iialiivi rebelle. Rien n'est plus étrunj/er au contexte que l'idée que les païens fmj-l-tf^i'-iii i«-- Juils dans la tbéocratie et dans l'utrection de Dieu (Rom. X, 19^

- Cette stropbe exprime en termes j)oéliqucs et hyperboliques l'iilée que Jékova e?'. irrité. Le feu, le s'heôl, etc. appartiennent à la métaphore, et ne doivent pas êtr»' pri'» à la lettre ; d'autant moins que la première li^rue dit proprement : un feu est uliuMii' dans mon nez. — Les menaces qui suivent correspondent ù celles du chap. XXVllI

DEUTKRONOME XXXII , 26-34- 351

Je (tirais: Je les ferai disparaître avec un souffle, J'effacerai Jeur mémoire parmi les hommes ; Si je ne craij^nais que l'ennemi ne m'insulte, Et que leurs adversaires, en se méprenant, Ne vinssent à dire: C'est notre puissante main, Kt non pas laheweh qui a fait tout cela * î

Oui *, c'est un peuple privé de raison, Chez lequel il n'y a point d'intelligence. S'ils étaient sages, ils y prendraient garde ; Ils auraient égard à la fin qui les attend.

Comment un seul en chasserait -il mille ', Kt deux en mettraient-ils en fuite une mvriade. Si ce n'était que leur rocher les eût vendus, Kt que rftternel les eût livrés?

Car leur rocher n'égale pas le notre, Kt nos ennemis eux-mêmes en sont juges !

C'est que leur vigne provient de celle de Sedom,

Et <les C4impagnes de *Amorah ; l^urs raisins sont des raisins vénéneux,

Ils ont des grains amers.

Leur vin, c'est du fiel de serpent.

C'est le terri hie venin de la vipère *.

Oui, je retiens cela auprès de moi, (ilela est scellé dans mon dépôt * :

* La m-l'iûe idée est très-poétiquement développée. Es. X. 5 suiv. Comp. Exod. XXXII. Vl. Noinb. XIV, 13. Deut. IX. 28.

^ Cette strophe et les deux suivantes ne continuent point le discours de Jéhova.

3 Cela doit être une allusion à une récente et complète déroute des Israélites, dont il D*j a pas d'exemple dans l'histoire mosaïque. La défaite dont il est parlé Nomb. XIV, 45 est autrement motivée. Pour la formule, comp. Lév. XXVI, 8. Le rorher est la divinit<> nationale à laquelle on se tio.

** La comparaison d'Israël avec un cep de vigne est assez fréquente (Es. V. Jér. II. Os. X. Ps. LXXX). L auteur veut donc dire que le peuple, par ses actes, trahit son origine, une affinité avec ce qu'il y avait de plus criminel dans la tradition locale (Es. I, 10). Les raisins, le vin, qui sont le fruit de la vigne, représentent les actes d'Israël.

^ Jéhova reprend la parole et déclare que les méfaits d'Israôl ne sont pas oubliés, mai:* soigneusement /.'ardt's jusqu'au jour du châtiment. L'image est prise d'un magasin ou d'un livre.

352 DEUTÉRONOMK XXXII, 35-41.

A moi la vengeance el la rémunération Quand leur pied viendra à trébucher*, Car il est proche, le jour de leur ruine, Et ce qui leur est préparé s'avance en hâte.

Oui, rÉternel juj^era' son peuple.

Mais il aura pitié de ses serviteurs, Quand il verra que la main^ leur fait défaut, Que c'en est fait de ce qui est caché ou lâché *.

Kt il dira : Où sont donc leurs dieux ? Ces rochers qui devaient les protéger? Eux qui ont mangé la graisse de leurs sacrifices, Et bu le vin de leurs libations?

Qu'ils se lèvent, qu'ils viennent à votre secours, Qu'ils vous mettent à couvert * !

Comprenez maintenant que moi je le suis, moi •, Qu'il n'y a point de Dieu à cùté de moi. C'est moi qui fais vivre ou mourir.

Je frappe et je guéris, moi.

Et de ma main nul ne délivre.

Oui, je lève ma main aux cieux '.

Et je dis : Par ma vie éternelle !

Quand j'aurai aiguisé l'éclair de mon épée, Et que ma main aura saisi l'arrêt •,

1 Quand lo moment de leur ruine chute^ arrivera. On voit par le contexte que »? passage ne dit pas ({ne Dieu srid a le droit d'exercer une vengeance et que les hommes ne doivent pas empiéter sur ce privilège. C'est là une idée très-belle, mais noire |«^'te n'a pas songé ù cela R(mî. \II, 19).

'^ Ceci forme la transition ù l'idée d'un changement final dans la destinée de la nation. Le mot jcfjcr e>i érpiivoque en ce qu'il comprend des arrt'ts de deux espèces. le vers suivant fait voir que le retour en grâce n'est pas exclu.

•' La puissance, la force de se défendre contre les ennemis qui viennent l'assaïUir

* Sur celte locution proverbiale, voyez 1 Rois XIV, 10.

'> .'Vu moment ou il veut tendre lu main à son peuple malheureux, Jéhova lui fait sentir la vanité de ses superstitions idolâtres et polythéistes.

'' Moi seul je suis Dieu.

"* Anlhropomorphi*-me t. es- prononcé. Dieu étant ici placé sur la terre levant la ma>p au riel pour jurer.

^ Nous avons traduit ces deux dernières lignes à la lettre, pour faire remarquer 1« licence poétique qui entremOle les images ; aiguiser l'&lair de l'épée, pour : aigui'^r lépéc brillante : .'ioisir VarrCt pour : mettre la main à son exécution.

Je ferai retomber ma vengeance sur mes adversaires, Et je rendrai la pareille à ceux qui me haïssent.

J'enivrerai mes flèches de sang, Mon glaive se repaîtra de chair.

Du sang des tués et des captifs, De la tête chevelue de l'ennemi*.

Glorifiez son peuple, ô nations ' !

Car il venge le sang de ses serviteurs ; Il fait retomber sa vengeance sur ses adversaires, Et purifie sa terre et son peuple'.

** Moïse vint prononcer toutes les paroles de ce chant devant le peuple, lui et Hos'éa*, le fils de Noun. Et lorsqu'il eut fini de parler aux Israélites il leur dit: Prenez à cœur toutes les choses que je vous ai solennellement enjointes aujourd'hui, pour les recommander à vos fils, afin qu'ils obsei-vent et mettent en pratique toutes les paroles de cette loi. Ce n'est pas là chose vaine pour vous; mais c'est votre vie même, et c'est par là que vous prolongerez vos jours dans le pays dont vous allez prendre possession en passant le Jourdain.

*' Ce jour-là même l'Éternel s'adressa à Moïse eiî ces • termes : Monte sur ces montagnes de 'Abarim, sur le mont Nebo qui est dans

1 Dans cette strophe (dont les images se rencontrent plusieurs fois, 2 Sam. I, 22. Es. XXXIV, 5 suiv., etc.] il faut joindre la troisième ligne à la première, et la 4* à la seconde. Le parallélisme est entrelacé. Pour la tête chevelue, voyez Ps. LXVIII, 22. Le sens de chevelu est garanti par Nomb. VI, 5. Cependant on traduit communément le mot par chefs, comp. Juges V, 2. Uae abondante chevelure passait pour un signe de grande force physique.

2 Le monde entier est appelé à se réjouir de la glorieuse manifestation de Jéhova, hn purifie son peuple, c'est-à-dire qui en ôte les péchés, soit par le châtiment, soit par le pardon et la restauration.

3 II est superflu de prouver par des arguments que ce poôme n'est pas de Moïse. Il suffira de faire remarquer qu'il contient un résumé rétrospectif de l'histoire religieuse des Israélites depuis le trajet du désert. Il est parallèle, d'un bout à l'autre, à la plura^ lité des discours prophétiques que nous possédons encore. Tout ce qu'on peut accorder, c'est qu'il est antérieur à la catastrophe de Samarie, en ce qu'il ne fait pas mention de l'exil et ne désigne pas nominativement les étrangers qui serviront d'instruments à la vengeance divine. Il doit donc avoir fait partie de la composition jéhoviste dont le rédacteur l'a inséré dans son ouvrage, s'il n'en a pas été l'auteur lui-même. Cela déterminera en même temps l'origine des v. 14-22 et 30.

A. T. 3* part. — II. 23

354 DEUTKRONOME XXXII , 49-52. XXXIII, 1-3.

le pays de en face de Moab lérébo, et qui regarde le pays de Canaan que je donne aux enfants d'Israël en propriété. Tu mouiTas sur cette montagne où tu vas monter, et tu seras réuni aux tiens, comme ton frère Aharôn est mort sur le mont Hor et a été réuni aux siens, parce que vous avez été désobéissants envers moi au milieu des Israélites, aux eaux de Merîba^Qades' dans le désert de Çîn, parce que vous ne m'avez pas respecté au milieu des Israélites * . Car tu verras devant toi ce pays, mais tu n'y entreras point, dans ce pays que je donne aux Israélites.

* Et voici la bénédiction que Moïse, l'homme de Dieu, prononça sur les Israélites avant sa mort. Il dit * :

L'Éternel est venu du Sinaï, Il leur apparut de §é*lr.

Il fit éclater sa lumière du mont Paran Il arriva du milieu de ses saintes myriades ',

De sa droite leur vient la protection * ; Oui, il aime les tribus :

1 Nomb. XXVII, 12 suiv. L'indisation précise de la situation du mont Nebo (aa pied duquel les Israélites sont campés en ce moment] se comprend sous la plume d'an auteur postérieur.* — Sur les y. 48-52 voyez l'Introduction, p. 211 .

^ Le texte d'un morceau poétique qui suit est un des plus obscurs de tout rÂncien Testament, et très-probablement il ne nous est pas parvenu dans une parfaite intégrité. Aussi bien les essais d'interprétation pour les détails sont-ils tout aussi divergents que les opinions qu'on s'est formées sur l'crigine même de la pièce entière. Nous réservons pour la fin nos observations générales.

^ La première strophe parle par manière d'introduction d'une apparition de Jébova, sans doute comme inaugurant ses rapports avec la nation. Il vient du Sinaî [dont Sé'ir et Paran sont ici les synonymes), comp. Juges, V, 4, 5. Ps. LXVIII, 8,9. Hab. 111,3. On aurait tort d'insister sur la valeur géographique réelle de ces noms propres, car alors on ferait venir Jéhova à la fois de tous les points de l'horizon. Les traducteurs grecs, qui peut-être n'ont pas eu tort, ont môme découvert un quatrième synonyme dans la dernière ligne, où au lieu des saintes myriades {^odes'), ils expriment le nom de Qades'. Si Ton conserve le texte reçu, il s'agit des anges dont il quitte l'assemblée pour descendre sur terre. — L'emploi du pronom (il leur apparut) peut faire croire à la perte d'une strophe antérieure.

** Phrase désespérément difficile. Le texte reçu offre un mot persan et inconnu à l'ancien hébreu, au moyen duquel on traduit : le feu de la loi. D'autres y voient simplement des éclairs, ou des torrents de pluie, ou la colonne de feu, en joignant cette ligne à la strophp précédente. Quoique la versification soit fort irrégulière, nous croyons •levoir la joindre ù ce qui suit, mais nous avouons que notre traduction est sujette à caution.

DEUTKJRONOME XXXIII, 3-7. 355

Tous ses saints sont dans sa main, Ils suivent ses pas * .

Moïse proclama ses paroles ; Il nous prescrivit la loi, L'héritage de la communauté de Jacob.

Il y eut un roi en Israël', Quand les chefs du peuple s'assemblèrent, Les tribus d'Israël toutes ensemble.

Que Reouben vive et ne meure point !

Que ses hommes soient peu nombreux * !

^ Et voici ce qu'il dit de Juda :

Ëcoute, Éternel, la voix de Juda, Et ramène-le vers son peuple*!

Que sa main combatte pour lui.

Et sois son aide contre ses ennemis!

1 Ici les saints ce sont les Israélites. Nous avons partout mis les pronoms à la 3' personnoj bien qu'en hébreu ils alternent d'une manière très-capricieuse : ses saints sont dans ^amain. etc. Pour le sens, comp. Ps. XLIY, suiv. Pour le brusque changement des pronoms les exemples abondent.

^ Évidemment cela ne se rapporte pltis à Moïse. Mais s'agit-il bien de Jéhova, comme le pensent la plupart des interprètes en traduisant : il fut roi? D'après nous, il y aurait là, après les débuts au Sinaî, après la législation, la mention d'une troisième époque principale de l'histoire. Il y en aurait même une quatrième, si l'on se décidait à voir dans la ligne qui parle d'un héritage, le fragment d'une strophe qui aurait parlé de la conquête. Du reste, dans cette première ligne le nom d'Israël est remplacé dans l'original par cette formule intraduisible que nous avons déjà rencontrée, chap. XXXII, 15.

3 Singulière bénédiction, à laquelle on a voulu échapper par différentes manipulations faites avec le texte. On a proposé de répéter la négation, ou de changer les hommes [metîm] en morts [métîm). Il serait possible qu'il y eût là une lacune dans le texte, puisqu'on s'attend en cet endroit à une mention de la tribu de S'im*eôn, dont il n'est pas question [comp. cependant Gen. XLIX, 3, 4 s.]. C'est à cette tribu que se rapporterait la seconde ligne du v. 6, et entre les deux aurait été perdu le commencement de la strophe relative à S'ime*ôn et la fm de celle concernant Reouben. Cependant l'absence du nom de S'im'eôn pourrait aussi s'expliquer par le fait qu'à l'époque de la composition du poëme cette tribu s'était déjà complètement confondue avec celle de Juda.

^ Encore une phrase hérissée de difficultés, toute simple qu'elle est. Â quoi est-il fait allusion ici? A l'exil? Mais le poëme est positivement antérieur à l'exil, et vers

8 Et de Lévi il dit :

Ta vérité et ta lumière* A l'homme qui t'est fidèle, Que tu as éprouvé à Massah, Auquel tu as eu affaire aux eaux de Merîbah*. Qui dit de son père et de sa mère; Je ne les ai point vus; Qui ne reconnaît pas son frère, Et ne veut rien savoir de ses fils'.

Mais ils observent tes commandements Et sont les gardiens de ton pacte.

Ils enseignent tes statuts à Jacob

Et ta loi à Israël.

Ils présentent l'encens à tes narines, Et l'holocauste sur ton autel.

Bénis, ô Éternel, sa fortune Et agrée l'œuvre de ses mains !

Brise les reins de ses adversaires. Et que ses ennemis n'osent pas se lever !

*^ Et de Benjamin il dit :

Le bien -aimé de l'Éternel Demoui'e en sûreté auprès de lui.

11 le protège toujours Et réside entre ses épaules *.

quel peuple alors Juda devait-il être ramené ? Ou bien simplement à quelque guerre entreprise par Juda seul? Et pourquoi n'est-il pas question de la royauté de Juda"? L'auteur n'aurait-il pas été un Éphraïraite qui désirait rallier Juda ? Tout ce que nous pouvons voir dans ce texte, c'est qu'au moment où il fut écrit, Juda s'est trouvé dans une position très-critique et avait essuyé de grands revers ; l'éclat de la d\niastie doit avoir singulièrement pûli ù cette époque.

ï L'oracle Ourhn we toumnttui (Ex. XKVlll, 30), ou plutôt le droit d'en ^tre le dépositaire.

2 Ex. XVn. Noml). XX.

•* C'est-à-dire qui n'ont égard qu'à Dieu seul, et auxquels toutes les considérations terrestres (domestiques, matérielles) doivent être étrangères, soit dans l'administratioa de la justice, soit dans l'euseignement de la loi.

** Le temple de Jérusalem était construit sur le territoire de cette tribu, et sur uue hauteur dominée des deux côtés par des montagnes plus élevées.

" Et de Joseph il dit » :

Que sa terre soit bénie de TÉternel, Par ce que le ciel a de plus précieux, la rosée, Par Tonde cachée sous terre.

Par ce que le soleil produit de plus précieux, Par ce que les saisons font pousser de plus précieux. Par ce que donnent les hauteurs des monts éternels, Par ce que les collines antiques ont de plus précieux. Par ce qu'il y a de plus précieux dans ce qui remplit la terre. La faveur de celui qui apparut dans le buisson' Vienne sur la tête de Joseph, Sur le chef du prince de ses frères. Gloire à son taureau premier-né.

Ses cornes sont des cornes de buffle' ; Avec elles il culbute les peuples, Jusqu'aux extrémités de la terre tous ensemble. Voilà les myriades d'Éphraïm, Voilà les milliers de Menass'eh !

^^Et de Zebouloun il dit :

Réjouis-toi Zebouloun dans tes courses, Et Yiçsakar dans tes tentes * !

1 Dans cette strophe il y a plusieurs lignes textuellement identiques avec le passage correspondant de la bénédiction de Jacob, Gen. XLIX, 25, 26. Cela a pu faire naître le soupçon que les onze premières lignes (v. 13-16] pourraient être une addition étrangère au texte primitif, une imitation servile de l'autre poème. Ce soupçon peut s'appuyer sur le fait que partout ailleurs celui-ci porte le caractère de l'originalité, et qu'aucune tribu n'occupe une place aussi étendue dans le texte. Cependant comme la question se rattache à celle de l'époque de la composition, nous aurons à j revenir.

^ Allusion à l'histoire mosaïque, Ex. III.

3 Comme ces cornes représentent ici les deux portions de la tribu de Joseph (Éphralm et ManasséJ, cela prouve que les anciens, en mettant à la place du buffle un animal imaginaire à une seule corne (la licorne) , se sont trompés et ont induit en erreur leurs nombreux successeurs. — Du reste, on ne sait trop quel est le taureau premier-né de Joseph; la plupart des interprètes prennent le moi taureau pour un collectif et traduisent: le premier-né de ses taureaux, en songeant à Ëphraîm, auquel son grand-père accorda le droit de primogéniture (Gen. XLVIIIJ ; mais nous ne voyons pas trop comment il s'agirait là d'Éphraïm seul, puisqu'il est dit que ce premier-né a deux cornea, et que ces cornes sont les deux demi-tribus Ëphraim et Menass'eh. Nous reviendrons à ce passage dans la note finale.

^ Les courses (litt. : la sortie) et les tentes (le chez soi) sont opposées les unes aux autres pour exprimer Tidée de la totalité ; l'auteur ne veut pas dire que Zebouloun sort et que Yissakar reste à la maison. Les deitx tribus seront heureuses, soit qu'elles sortent

358 DRUTBRONOMR XXXIII, 19-28.

Ils appellent les peuples à la montagne, Pour y immoler des sacrifices légitimes. Ils sucent ce qui afflue de la mer, Les trésors cachés du sable*.

20 Et de Gad il dit :

Béni soit celui qui met Gad au large ! Il est couché comme le lion, Et déchire Tépaule et le crâne.

Il s'est choisi la première place.

Où était réservé le lot du chef :

Il marche à la tète du peuple, Remporte les victoires de TÉternel Et exécute ses arrêts en Israël '.

" Et de Dan il dit :

Dan est un jeune lion, Qui s'élance du Bas'an.

-' Et de Neftalî il dit :

Neftali est rassasié de faveurs, Comblé des bénédictions de rÉternel :

Qu'il prenne possession de l'ouest et du midi * !

(pour des expéditions), soit qu'elles restent paisiblement chez elles. Ces deux tribas sont voisines, elles ont la même mère (style de l'ethnographie mythique, Gen. XXX, 1 8s. , et paraissent avoir eu un lieu de culte central et commun, à l'égard duquel on a tantôt songé au Karmel, tantôt au T&^or. Mais il n'est pas précisément nécessaire de songera une montagne déterminée. En tout cas c'est la leur dont l'auteur parle, et une autre que celle désignée plus haut a propos do Benjamin.

1 On songera à la poche, à la pourpre, au verre surtout.

2 Bien que Tune ou l'autre phrase de cette strophe présente de grandes difficultés philologiques, le sens général nous semble assez clair, dès qu'on se rappelle que Gad était l'une des tribus qui commencèrent la conquête par la prise do possession du territoire à Test du Jourdain, et que pendant des siècles elle avait à le disputer aux Bédouins, ses voisins. Beaucoup de commentateurs ont cru reconnaître dans le chef Moïse, et le lot réservé devait être son tombeau. Et pourtant ils prétendaient que Moïse est l'auteur (le cette pièce.

3 Ordinairement on traduit : de la mer et du pays chau4 ; passe pour la mer, parce que cette tribu était établie à l'ouest du lac de Tibériade ; mais nulle part darôm^ le sud, ne signifie le pays chaud, et le plateau de la Galilée n'aura pas été la partie la plus chaude de la Palestine. Nous nous en tenons à la signification usitée, iam se disant pour ouest, le côté de la mer (Méditerranée), et le poOte dit simplement: qu'il s étende au large î

" Et de As'er il dit :

Béni soit As'er parmi * les fils !

Qu'il soit le bien-aimé de ses frères!

Qu'il plonge son pied dans l'huile !

Que ton boulevard soit de fer et d'airain, Et que ton repos dure autant que tes jours I

'^0 Israël, nul n'est égal à Dieu, A travers les cieux il accourt ' à ton aide, Porté sur les nues dans sa majesté.

Le dieu d'autrefois est ton refuge :

Ses bras te soutiennent comme jadis.

Devant toi il chasse l'ennemi.

Et dit : Extermine î

Et Israël demeure en sécurité, La souche de Jacob, isolée du monde; Dans un pays de blé et de vin.

Où le ciel répand sa rosée.

Heureux toi, ô Israël ! Qui est ton pareil ? Peuple victorieux par l'Éternel, Qui est ton bouclier protecteur.

Et l'épée qui te rend glorieux !

Tes ennemis viennent te flatter, Et toi, tu foules leurs hauteurs.

Cette seconde pièce poétique, comprise dans la dernière rédaction du Code mosaïque, est également de nature à provoquer des observations critiques relatives à l'époque de son origine. Déjà la place qu'elle occupe fait voir clairement que c'est ime intercalation faite après coup dans un texte étranger. Le 32« chapitre se termine par l'injonction faite à Moïse de monter sur le Nebo pour y voir la future patrie des Israélites et pour y mourir, et le 34® continue en disant que Moïse se rendit à cette injonction. La main qui a assigné

1 C'est-à-dire : plus que les autres fils de Jacob. On n'oubliera pas que As'er doit signifier heureux (Gen. XXX, 13).

^ Nous sommes obligé d'affaiblir le sens de l'original, qui dit : il va (vient, monte} en voiture. On connaît l'usage des podtes hébreux, qui représentent les nuages de la tempête comme le véhicule qui porte Dieu quand il vient se manifester à la terre dans l'orage. Voyez par exemple le Ps. XVIII. str. 3 et suiv.

au second poème la place qu'il occupe aujourd'hui a donc maladroitement interrompu une narration dont antérieurement les éléments se suivaient d'une manière naturelle et régulière. Mais ce qui, dans la combinaison actuelle, est bien plus choquant encore, c'est que les deux poèmes sont écrits à deux points de vue diamétralement opposés. Le premier, comme nous l'avons \'u, est le résuma' versifié de l'ardente et sévère polémique des prophètes contre les vices du peuple et notamment contre ses péchés religieux. Le second voit tout en beau, et fait un tableau brillant de la gloire et de la puissance de la nation. Il faut être bien décidé à faire prévaloir la lettre et la tradition aux dépens de l'esprit et du bon sens pour mettre ces deux pièces dans la même bouche et au même jour. Il conviendra donc d'examiner le texte pour découvrir, s'il y a lieu, des données positives qui pourront guider une critique libre de préjugés, dans la fixation de l'époque qui aura produit cette pièce. Et tout d'abord il est évident qu'elle est une imitation de celle que nous Hsons au 49^^ chapitre de la Genèse et qui est connue sous le nom de la bénédiction de Jacob. Or, comme celle-ci appartient, comme nous l'avons prouvé, au siècle de David, la bénédiction de Moïse doit être d'une origine plus récente. Aussi n'aurons-nous pas besoin de prouver que Moïse n'en est pas l'auteur. Moïse est introduit (v. 1) par le rédacteur comme VJiomme de Dieti; le texte luimême (v. 3) dit : Moïse no\i8 prescrivit la loi. Au v. 5 il est question d'un roi en Israël. Nous avons dit dans la note sur ce passage qu'il est difficile de décider à qui ce terme se rapporte; mais nous pensons qu'en tout cas l'emploi même de ce mot ne s'expliquerait guère à une époque où personne en Israël ne songeait à la royauté. Le v. 12 Hiit allusion à l'existence du temple de Salomon construit sur le territoire de la tribu de Benjamin. Nous n'insisterons pas sur ce qui paraît être dit (v. G) de la décadence de la tribu de Reouben, et sur Tabsence de la tribu de S'ime'ôn, parce que le texte peut être incomplet en cet endroit. Auti^ment il nous conduirait positivement à une période de Thistoire bien postérieure à David. Mais nous devons surtout considérer ce qui est dit des trois tribus de Lévi, de Juda et de Joseph. Dans la bénédiction de Jacob, Lévi était maudit, ici il est dans la pleine jouissance de ses prérogatives. Or, il est certain que cette tribu n'arriva que peu à pou à se créer une position prééminente (et cela seulement à Jérusalem), et que nous pouvons entrevoir que son influence (assez contestée d'abord, comp. v. 11) datait do réjx)que du prêtre loyada* et de la révolution qui coûta la vie à Athalie. Li tribu de Juda, tout au contraire, si glorieusement exaltée dans la bénédiction de Jacob, so fait assez petite ici (v. 7) et la gloire de sa dynastie a dû s'éclipser. En revanche, c'est Joseph qui tient le

premier rang, lors même que nous retrancherions du texte, comme interpolées (voir la note du v. 13) quelques-unes des lignes consacrées à cette tribu. Ceci nous conduit vers la fin du neuvième siècle où les Judéens avaient été écrasés par ceux d'Israël, et où larobe*am II rétablit les anciennes frontières et poussa ses conquêtes bien au delà. Ce roi ne serait-il pas désigné personnellement (v. 17) comme le taureau premier- né de Joseph (comme Agamemnon Test dans Homère)? En tout cas nous ne pouvons descendre au-dessous de cette époque. Car après la mort de ce roi commença la période de décadence et d'anarchie pour le royaume des dix tribus, et le poème ne contient pas la moindre allusion à des faits de ce genre. Nous n'aurons donc pas besoin d'ajouter que (v. 19) il est question de sacrifices légitimesy offerts autre part qu'à Jérusalem et qu'il n'est pas encore parlé d'une différence entre les prêtres et les lévites. — Il serait possible que nous n'ayons plus cette pièce dans sa forme parfaitement authentique. Nous avons entrevu une lacune au V. 6. Les v. 13 à 16 ont l'air d'être une interpolation. Enfin, les formules prosaïques qui se lisent en tête de la plupart des strophes (Il dit ;) paraissent aussi être étrangères au texte proprement dit. L'une d'elles (v. 18) ne cadre pas bien avec ce qu'elle annonce.

' Moïse monta des plaines de Moab au mont Nebô, le sommet de Pisgah, qui est en face de leré^o, et l'Éternel lui montra tout le pays : le G'ile*ad jusqu'à Dan, et tout Neftalî, et le territoire d'Éphraïm et de Menass'eh, et. tout le pays de Juda jusqu'à la mer occidentale, et le Midi, et le cercle de la plaine de lerétio (la ville des palmiers) jusqu'à Ço*ar*. Et l'Éternel lui dit : Voici le pays au sujet duquel j'ai fait serment à Abraham, à Isaac et à Jacob, en disant : C'est à votre race que je le donnerai ! Je te le fais voir, mais tu n'y passeras point.

1 Cette nomenclature comprend tout le territoire occupé plus tard par les Israélites. Les districts à Test du Jourdain sont désignés par le nom de G'ilc*ad ; le pays de Canaan proprement dit (entre le Jourdain et la Méditerranée) est subdivisé, du nord au sud, par les cantons de Dan, Neftali, Menass'eh, Ephraîm, Juda cl le Midi (NegbJ : enfin le bassin du Jourdain, qui sépare les deux plateaux, est indiqué par le Ki/tkar (cercle), le Ghor des Arabes, c'est-à-dire le territoire entre le lac de Génézaret et la mer morte. leré^o est située près de la pninte septentrionale de cette mer, Çoar prîis de la pointe méridionale.

*Et Moïse, le serviteur de TÉternel, mourut là dans le pays de Moab, comme TÉternel l'avait dit*, et on Tenterra* dans la vallée, au pays de Moab en face de Bêt-Pe'or, et personne n'a connu son tombeau jusqu'à ce jour. Moïse était âgé de cent vingt ans, lors de sa mort : ses yeux n'avaient pas faibli et sa vigueur ne l'avait pas quitté. Et les Israélites pleurèrent Moïse dans les plaines de Moab durant trente jours, et lui firent ainsi un deuil complet.

^ Et Josué, le fils de Noun, fut rempli de l'esprit de sagesse, car Moïse lui avait imposé les mains, et les Israélites lui obéirent, et firent à cet égard ce que l'Éternel avait enjoint à Moïse. Mais il ne s'éleva plus en Israël de prophète pareil à Moïse avec qui l'Éternel traitait face à face, relativement aux signes et aux prodiges que l'Étemel lui fit accomplir en Egypte contre Pharaon et ses gens et tout son pays, et relativement à la puissance que Moïse montra et à la crainte qu'il inspira, à la vue de tout Israël.

l Les Rabbins traduisent très-littéralement : par la bouche de Dieu, et interprètent cela de manière à dire que Dieu le fit mourir en lui donnant un baiser.

^ Traduction autorisée par des centaines d'exemples. La tradition veut qu'il soit dit : Il (Dieu) l'enterra, parce qu'autrement la note qui suit sur la localité du tombeau ne serait pas justifiée. On ajoute qu'il faut que Dieu lui-même l'ait enterré, son corps ne devant pas se décomposer (Matth. XVII), mais se conserver comme celui d'Ëlie.

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