JOSUÉ VI, 20-27. VIT
'® Alors le peuple se mit à crier et Ton sonna des trompettes. Dès que le peuple eut entendu le son des trompettes il poussa de grands cris et la muraille tomba sur place, et le peuple monta à l'assaut de la ville, chacun droit devant lui. Quand ils eurent pris la ville, ils mirent au ban tout ce qui s'y trouvait, hommes et femmes, jeunes et vieux, bœufs, moutons et ânes, et firent passer tout au fil de Tépée. Et Josué dit aux deux hommes qui avaient exploré le pays : Allez à la maison de cette courtisane et faites en sortir cette femme avec tout ce qui tient à elle, comme vous le lui avez juré. Et les jeunes gens qui avaient servi d'espions y allèrent, et firent sortir Raf^ab et son père et sa mère et ses frères et tout ce qui tenait à elle, et toute sa parenté, et les laissèrent en dehors du camp d'Israël. Puis ils mirent le feu à la ville et brûlèrent tout ce qui s'y trouvait ; ils réservèrent seulement l'argent et l'or et les objets d'airain et de fer, pour les donner au trésor de la maison de l'Étemel *. Quant à la courtisane Ra^ab et à sa famille, et à tout ce qui tenait à elle, Josué la laissa vivre, et elle demeura parmi les Israélites jusqu'à ce jour, parce qu'elle avait caché les messagers que Josué avait envoyés reconnaître leribo'.
*• Dans ce temps-là Josué fit un serment et dit : Maudit soit pour l'Éternel, l'homme qui relève et rebâtit cette ville de lerî^o; qu'au prix de son aîné il en pose les fondements, et qu^au prix de son cadet il en pose les portes*. Et l'Éternel était avec Josué et sa renommée se répandait par tout le pays.
* Cependant les Israélites commirent un délit à l'égard de ce qui était mis au ban, en ce que *Akan fils de Karmî, fils de Zabdi, fils de ZéraJI^ de la tribu de Juda en déroba quelque chose, et l'Éternel fut irrité contre les Israélites. Or, Josué envoya des gens de léri^io vers le 'Aï, qui est près de Bèt-Awen à l'est de Bèt-El, et leur dit : Allez explorer le pays ! Et ces gens allèrent explorer le 'Aï. A leur retour ils dirent à Josué: Il n'est pas nécessaire que tout le peuple
^ Du temple ! ! Le tabernacle n'est jamais nommé ainsi. Le môme terme, qui trahit évidemment une origine du texte bien postérieure à l'époque mosaïque, se rencontre aussi Ex. XXIII, 19. XXXIV, 26.
^ Double emploi avec les v. 22, 23, qui interrompent du reste le récit, autrement on dirait que ce furent ces mêmes espions qui mirent le feu à la ville. S'il est dit que Ra^ab demeure encore en Israël, il s'agit naturellement de ses descendants. Voyez la note sur chap. II, 21.
3 Le livre des Rois I, 16, 34 raconte une histoire qui est mi9e en rapport avec cette malédiction prophétique. Mais dans l'intervalle Ieri|;io existait. Juges III, 13. 2 Sam. X, 5 et môme Jos. XVIII, 21! On croit écarter cette difficulté, soit en disant que la ville ne fut pas rebâtie exactement sur la môme place, soit en supposant que la nouvelle ville ne fut pas une forteresse.
874 JOSOÉ VII> 8^15.
y^iàiUe ; il suffira de 4eux ou trois miUè hommes et ils fêàstàioai le *Aï; tu n'as pas besom de domier cette peine. à terni le peuirie,€ar ils sont peu nombreux. Alors environ trois mille hommes du pi»i|^ j allèrent, mais ils forent mis en fuite par les -gens du *A]^ qui en tuèrent environ trente-mk et les pouraiivirent hors de la porte jus» qu'aux carrières et les défirent à la descente ^Là^dessns le penpk perdit courage et fut au désespoir*. Alors Joîsué décbim ses haUte d; se jeta la face contre t^tre devant l'ardie de l'Étemel jusqu'au soir, lui et les cfaefe d'Israël, et ils mirent de la poussière sur hnr tête. 'Et Josué dit : Ah Seigneur lahevvèh, pourquoi dotic âs^tn fût passer le Jourdain à ce peuple, pour nous livrer aiix Ëmcnritea, pour noua exterminer ? Ah, que ne nous sommes-nous déddte à rest^ mi-delà du Jourdain* I De grâce. Seigneur, que/doâB-ge dire^ aprfcs qii'Israôl à tourné le dos devant l'ennemi? MaiiË si les Geinaiiéens et tous les habitants du pays apprennent cela, c'est qu'ils nous cerneront et extermineront jusqu'à notre nom de ce pays: Et que fiHns4n pour ta grande gloire? Alors l'Étemel *dit à Josué: cLève-toil Poiu«quoi te jettes-tu la face contre terre? Israël a conimis un péché: ils ont transgressé le pacte que je leur ai imposé, ils ooi prû de ce qui était au ban, ils en ont dérobé et caché, et ils l'ont mis parmi leurs bagages. Les Israélites ne pourront tenir tète à leurs ennemis, parce qu'ils sont 'au ban ^ix-mèmes. Je ne serai plt» avec vous à moins que vous n'exterminiesE du milieu de vous èe qui est au ban. Eh bien, va sanctifier le peuple et dis-lui: Sanctifiez- vous pour demain, car voici ce qiÉe dit l'Étemel, le IMeu d'Israël : Il y a un ban parmi vous, Israélites vous ne pourrez tenir tète à vos ennemis jusqu'à ce que vous l'ayez éloigné du milieu de vous. Demain donc vous vous présenterez tribu par tribu, et la tribu que l'Étemel désignera * se présentera clan par clan, et le clan que l'Étemel désignera se présentera famille par famille, et la famille que l'Étemel désignera se présentera homme par homme. Et celui qui sera désigné comme étant au ban, on le brûlera, lui et tout ce qui tient à lui, pour avoir transgressé le pacte de l'Éternel et commis un forfait en Israël.
^ Ces localités nous sont inconnues. De même que les carrières et la descente, le '^1 aussi (avec l'article) doit être proprement un nom commun comme le G'ilgal de la page précédente. 'Aï, Bêt-El, Bêt-Awen doivent avoir été situés à quelques lieues au nord de Jérusalem, sur le plateau. Ieri|^o se trouvait dans la plaine du Jourdain.
^ Litt. : le cœur devint de l'eau. Le liquide n'a pas de consistance. L'image ordinaire pour cette notion est celle de la cire fondue.
s Quel langage pour un général qui a perdu 36 hoomies sur 600,000, et cela par sa propre faute I On voit clairement que l'histoire est écrite dans un but tout particulier, qu'on n'a pas de peine à découvrir.
^ Par le sort.
josuÉ VII, 16-26. 375
*^ Le lendemain matin Josué fit venir les Israélites tribu .par tribu, et ce fut la tribu de Juda qui fut désignée. Puis il fit venir les clans de Juda, et le sort désigna le clan des Zar^iites^ Puis il fit venir le clan des Zarf^ites, bomme par homme, et ce fut Zabdi qui fut désigné. Puis il fit venir la famille de celui-ci homme par honune et ce fut 'Akan qui fut désigné, le fils de Karmî, fils de 2^di, fils de Zéraf^, de la tribu de Juda. Alors Josué dit à 'Akan : Mon fils, rends gloire et hommage à l'Éternel, le Dieu d'IsraêP et dis-moi ce que tu as fait ; ne me cache rien ! Alors 'Akan répondit à Josué : C'est vrai I J'ai commis un péché contre l'Éternel, le Dieu d'Israél. Voici ce que j'ai fait : j'ai \ai parmi le butin un beau manteau de S'ine'ar', et deux cents sicles d'argent et un lingot* d'or du poids de cinquante sicles, j'ai convoité cela et je l'ai pris ; vous trouverez tout cela enfoui en terre dans ma tente, et l'argent au-dessous. •' Josué envoya des gens qui coururent à la tente, et l'on trouva ces objets enfouis dans la tente, et l'argent au-dessous. Et ils les emportèrent de la tente et les apportèrent à Josué et aux Israélites et ils les déposèrent devant l'Eternel. Alors Josué prit 'Akan le fils de Zéralii, et l'argent, et le manteau, et le lingot d'or, et ses fils et ses filles, et son bœuf, et son âne, et son menu bétail, et sa tente, et tout ce qui tenait à lui, et tout Israël avec lui et on les fit transporter à la plaine de 'Akor. Là Josué dit : Pourquoi nous as-tu ruinés? Que l'Éternel te ruine aujourd'hui! Et tout Israël le lapida, puis on les brûla et on les tua à coups de pierres^. Puis on entassa sur lui un grand tas de pierres qui existe encore, et le courroux de l'Éternel fut apaisé. C'est pour cela que cet endroit est appelé la plaine de 'Akor* jusqu'à ce jour.
1 Les descendants du bis -aïeul de *Akan.
2 C'est-à-dire : confesse ! avoue que le sort dirigé par Dieu a découvert le vrai coupable.
3 Babylonien.
4 En hébreu : une langue. On ne sait ce qui doit être désigné par là ; peut-être était-ce une cuiller. Un sicle équivaut à 15 grammes ; le lingot pesait donc 'i&O grammes (2400 fr.). Les 200 sicles valent 600 fr.
^ Cette dernière phrase, qui fait double emploi, a assez l'air d'une note marginale destinée à expliquer le synonyme précédent, et surtout à changer le singulier en pluriel. En tout cas la combustion ne se faisait qu'après la mort, pour aggraver la peine. — On remarquera aussi la différence dans les pronoms. Elle est peut-être l'effet de la négligence du rédacteur. Il sera plus important de noter la contradiction entre cet acte et la loi, Deut. XXIV, 16.
6 Jeu de mots étymologique. L'auteur met en rapport le nom de la plaine avec le nom de l'individu et avec le verbe *akar, ruiner.
376 josuÉ VIII, 1-13.
* Et l'Éternel dit à Josué : N*aie pas peur et ne te laisse pas effrayer ! Prends avec toi tous les hommes de guerre et mets-toi en marche vers le *Aï. Vois-tu, je te livre le roi du 'Aï, et son peuple et sa ville et son pays. Et tu agiras à Tégard du *Aï et de son roi, comme tu as agi à Tégard de lerîbo et de son roi : seulement vous pourrez en prendre pour vous-mêmes le butin et le bétail. Place une embuscade contre la ville du côté de l'ouest*. Alors Josué se mit en marche vers le 'Aï avec tous les hommes de guerre, et il choisit trente mille vaillants guerriers et leur fit prendre les devants pendant la nuit. Et il leur donna ses ordres en disant : Voyez, vous allez vous mettre en embuscade contre la ville du côté de l'ouest : ne vous en éloignez pas trop et tenez-vous tous prêts. Moi et tout le monde que j'aurai avec moi, nous nous approdierons de la ville, et quand ils sortiront à notre rencontre comme la première fois, nous prendrons la fuite devant eux. Et quand ils seront sortis pour se mettre à notre poursuite (parce qu'ils diront: ils fuient devant nous comme la première fois), nous les attirerons loin de la ville ; et pendant que nous nous retirerons ainsi devant eux, vous sortirez de l'embuscade et vous vous emparerez de la ville, et l'Éternel, votre Dieu, vous la livrera. Et quand vous aurez mis la main sur la ville vous y mettrez le feu, et vous agirez d'après le commandement de l'Éternel. Voyez, vous avez mes ordres. Josué les fit donc partir et ils allèrent se mettre en embuscade entre Bèt-El et le 'Aï, à l'ouest du 'Aï, tandis que Josué passa cette nuit avec le gros de la troupe. Le lendemain matin il passa celle-ci en revue, puis il se mit en marche avec les chefs Israélites, à la tète du peuple, dans la direction du 'Aï. Et tous les hommes de guerre qui étaient avec lui marchèrent et s'approchèrent et arrivèrent en face de la ville, et c^iinpèrent au nord du *Aï, ayant la vallée entre eux et la ville. " Il prit environ cinq mille hommes * et les mit en embuscade entre Bèt-El et le *Aï, à l'ouest de la ville. Et lorsque le peuple, eut dressé son camp qui était au nord de la ville, et mis son embuscade à l'ouest, Josué passa cette même nuit au milieu de la plaine'. **0r,
ï L'attaque ouverte devant se faire du côté opposé.
'-^ Ces 5000 hommes sont embusqués précisément au môme endroit que les 30.000. Cela n'est pas probable. Il y a donc ici quelque erreur. Est-ce une simple et oiseuse répétition de sorte qu'il suffirait de corriger l'un de ces nombres par l'autre (une emlnscadc do 30,000 hommes est chose incroyable), ou bien y aurait-il eu deux relations ditrérentes que le rédacteur aurait assez mal à propos juxtaposées? Ea tout cas, ce qui est dit aux v. 12 et 13 rend le récit on ne peut plus obscur, tandis que tout le reste est clair
^ Le texte reçu ne présente auc m sens plausible, ni quant à la syntaxe, ni quant à la topo^^raphie. Nous avons essoy»' de le faire accorder avec le reste tant bien que mal.
JosuÉ Vin, 14-28. 377
quand le roi du *Aî vit cela, les gens de la ville, roi et peuple, se hâtèrent de sortir à la rencontre des Israélites pour le combat, à la place convenue à rentrée du steppe ; mais ils ne savaient pas qu'il y avait une embuscade contre eux du côté de l'ouest. Et Josué et tout Israël se laissèrent battre et s'enfuirent devant eux dans la direction du désert. Alors on appela à grands cris tout ce qui se trouvait de monde dans la ville, pour les poursuivre, et en poursuivant Josué ils s'éloignèrent de la ville. Et il ne resta personne soit au 'Aï soit à Bèt-El, qui ne courût après les Israélites et ils laissèrent la ville ouverte et se mirent à la poursuite des Israélites. Alors l'Éternel dit à Josué : Étends le javelot que tu tiens à la main contre le 'Aï, car je te le li\Te ! Josué étendit contre la ville le javelot qu'il tenait à la main. Alors les gens de l'embuscade quittèrent en toute hâte leur place, et accoururent dès qu'il étendit la main * ; ils entrèrent dans la ville, la prirent et se hâtèrent d'y mettre le feu. Cependant les gens du 'Aï ayant regardé en arrière, et ayant aperçu la fumée qui montait au ciel, et n'ayant plus les moyens de fuir de quelque côté que ce fut, la troupe qui fuyait vers le désert se tourna contre celle qui la poursuivait, et Josué et tout Israël, voyant que les embusqués avaient pris la ville et que la fumée en montait, revinrent à la charge et battirent les gens du 'Aï. Les autres étant sortis de la ville à leur rencontre, ceux du 'Aï se trouvèrent pris au milieu ayant les Israélites des deux côtés, et ceux-ci firent main basse sur eux jusqu'à ce qu'il n'en resta plus un seul qui pût s'échapper. Quant au roi du 'Aï, ils le prirent vivant et l'amenèrent à Josué. Et quand les Israélites eurent achevé d'égorger tout ce qu'il y avait d'habitants du 'Aï dans la campagne, au désert où ils les avaient poursuivis, et que tous eurent été passés au fil de l'épée, jusqu'à ce qu'il n'y en eût plus, ils revinrent au 'Aï et en massacrèrent les habitants, et le nombre de ceux qui périrent ce jour-là tant hommes que femmes, fut de douze mille, la totalité des gens du 'Aï. Et Josué ne retira sa main, qu'il avait étendue avec le javelot, que lorsque tous les habitants eurent été exterminés. Il n'y eut que le bétail et le butin de cette ville que les Israélites prirent pour eux-mêmes, selon l'ordre que l'Éternel avait donné à Josué. Et Josué brûla le 'Aï et en fit un monceau de ruines tel qu'il est encore
' On se demande comment des gens embusqués à l'ouest de la ville ont pu voir une main levant un Javelot, à une grande distance à l'est de la ville? Car Josué accompagnait les siens dans leur fuite simulée (v. 15}. Les commentateurs placent Josué sur une éminence, et supposent une éminence analogue à l'ouest occupée par une sentinelle. — On pourrait aussi demander comment les gens de Bêt-El ont pu se joindre aux habitants du 'Al, sans tomber entre les mains des Israélites embusqués qui se trouvaient entre les deux endroits ?
378 JosuÉ VIII, 2M&.
aujourd'hui*. Quant au roi du 'Aï il le fit pendre* à Tarbre jusqu'au soir; et au coucher du soleil Josué ordonna de descendre le cadavre de Tarbre, et on le jeta à l'entrée de la porte de la ville et on amoncela par dessus un grand tas de pierres qui subsiste encore aujourd'hui.
^^ [Après cela Josué bâtit un autel à l'Éternel, le Dieu d'Israël, sur le mont 'Êbal % comme Moïse, le serviteur de l'Étemel, l'avait ordonné aux enfants d'Israël, comme cela est écrit au livre de la loi de Moïse, un autel de pierres entières sur lesquelles le fer n'avait point été porté, et ils y offrirent des holocaustes à l'Étemel et y firent des sacrifices d'actions de grâces. Et il grava sur ces pierres une copie de la loi de Moïse, que celui-ci avait écrite en présence des Israélites. Et tout Israël, avec ses chefs, ses officiers et ses juges se tenait des deux côtés de l'arche en face des prêtres-lévites qui portaient l'arche de l'alliance de l'Éternel, les étrangers comme les nationaux, une moitié vers le mont G'erizzîm et l'autre moitié vers le mont Êbal, comme autrefois Moïse, le serviteur de l'Étemel, avait ordonné de bénir le peuple d'Israël. Après cela il proclama toutes les paroles de la loi, la bénédiction et la malédiction, d'après ce qui est écrit dans le livre de la loi. Il n'y eut rien de tout ce que Moïse avait prescrit, que Josué ne proclamât en présence de toute la communauté d'Israël, y compris les femmes, les enfants, et les étrangers qui faisaient la route avec eux.]
^ Le nom de 'A! signifie lui-même : tas de décombres^ et n'a probablement été donné à la localité qu'après une première destruction. Si la ville n'existait plus du temps du rédacteur (au sixième siècle), ou du moins de Tauteur du présent récit, cela n empêche pas qu'elle ait été rebâtie dans Tintervalle ; elle est plusieurs fois mentionnée comme existante par différents auteurs : Ésaïe X^ 28. Ësdr. II, 29.
^ Après l'avoir tué ; car le supplice par pendaison n'était pas en usage. Deul. XXI , 22.
3 Les monts *Ëbal et G'erizzîm sont situés à dix lieues de distance, au nord de Bêt-El et du Aï, près de l'antique ville de Sichem, qui est entre les deux baateurs. Comme il n'est pas question de cette ville ici, tandis que la suite du récit (chap. IX, 1 ss.) se rattache fort bien ù chap. VIII, 29, il y a lieu de penser que la note relative à la scène des deux montagnes est une intercalation provenant d'une autre source, et interrompant ici la narration principale. Elle se rattache intimement à ce qui est dit au chap. XXVII du Deutéronome. Nous n'aurons pas besoin de faire remarquer que rinscription de ia loi mosaïque sur les pierres brutes (Ex. XX, 25) d'un simple autel est impossible. Le passage, quelle qu'en soit la valeur bistorique, prouve à lui seul qu'en parlant de la loi, le rédacteur n'a pas pu avoir en vue ce que nous appelons de ce nom aujourdTiui. On n'oubliera pas non plus que les guerriers seuls avaient quitté le camp du G'ilgal (chap. VIII, 1 ss.). Ici tout à coup les femmes et les enfants, même les étrangers, se trouvent ù Sichem. Nouvelle preuve que nous avons là des récits d'origine différente.
josuÉ IX, 1-14. 379
* Cependant lorsque tous les rois d'au delà du Jourdain * apprirent cela^ savoir ceux de la montagne et de la plaine, et de tout le littoral de la grande mer, vers le Liban, les Qi^titeâ, les Ëmorites, les Cananéens, les Qiwwites et les lebousites, ils se rassemblèrent pour combattre Josué et les Israélites d'un commun accord *.
' Or, les habitants de G'ibe'ôn ' ayant entendu ce que Josué avait fait à leribo et au *Aï, agirent aussi de leur côté avec ruse, et allèrent se munir de provisions^, et chargèrent leurs ânes de sacs usés, et d'outrés à vin usées, trouées et ravaudées, et se chaussèrent de sandales usées et rapetassées, et mirent des vêtements usés, et le pain qu'ils emportaient comme provision était sec et moisi. C'est ainsi qu'ils se rendirent auprès de Josué au camp du G'ilgal, et lui dirent à lui et aux Israélites : Nous venons d'une contrée lointaine; or, faites alliance avec nous. Mais les Israélites répondirent à ces 9iwwites : Peut-être vous demeurez au milieu de nous ; comment ferions-nous alliance avec vous * ? Alors ils dirent à Josué : Nous sommes tes serviteurs ^. Et Josué leur dit : Qui êtes- vous et d'où venez-vous ? Ils répondirent : C'est d'un pays très-éloigné que tes serviteurs sont venus, sur le renom de ton Dieu laheweh; car nous l'avons entendu prôner, ainsi que tout ce qu'il a fait en Egypte; et aux deux rois des Ëmorites au delà du Jourdain, à Sijj^on, le roi de Çesb'ôn, et à 'Og, le roi du Bas'an à 'As'tarôt- Et nos chefs et tous les habitants de notre pays nous ont dit : Prenez avec • vous des provisions pour la route et allez à leur rencontre et dites-leur : nous sommes vos serviteurs; et maintenant faites un pacte avec nous. Voici notre pain que nous avons emporté chaud de chez nous comme provision quand nous partîmes pour aller vers vous, et le voilà sec et moisi; et voilà les outres à vin qui étaient neuves quand nous les remplîmes et les voilà trouées, et voici nos habits et nos souliers usés par la longueur du voyage. Et on accepta de leurs provisions'' sans consulter l'oracle^. Et Josué les reconnut comme amis et fit un
1 Chap. V, 1 .
S Cette notice préliminaire et générale n'est point confirmée par la suite du récit, nous ne voyons point que les indigènes aient fait une ligue entre eux et aient opéré en commun. Elle aussi nous parait provenir d'une autre rédaction.
8 Au sud de Bêt-El, à deux lieues au nord de Jérusalem.
4 Leçon des anciennes versions, confirmée par le texte hébreu du v. 12.
^ Les habitants de Canaan ne devant point être traités en amis.
G Ce qui était moins que des alliés. Ils offrent de se mettre dans la dépendance d'Israël.
*? Acte d'hospitalité qui engage d'honneur ceux qui y participent.
8 Litt. : la bouche de l'Étemel (Nomb. XXVII, 21).
380 Josué IX, 15-25.
pacte arec eux à l'effet de les laisser vivre, et les chefs de la communauté confirmèrent cela par serment. **0r, aa bout de troti jours, après qu'on eut fait un pacte avec eux, on apprît qu'ils demeuraient tout près et même au milieu d'eux*. [Alors ' les Israélites se mirent en marche et arrivèrent à leurs bourgades le troisième jour. (Leurs bourgades étaient G'ibe*ôn, Kefîrah, BeêrdI et Qiryaf-Ie'arim '.) Mais les Israélites ne les tuèrent pas, parce que les chefs de la communauté s'étaient engagés envers eux par un serment au nom de laheweh, du Dieu d'Israël. Et comme toute b communauté se mit à murmurer contre les chefs, ceux-ci dirent : Nous nous sommes engagés envers eux par un serment prêté aa nom de laheweh, du Dieu d'Israël; maintenant nous ne pouvons
porter la main sur eux : Voici ce que nous ferons à leur égard ^
et laissons-leur la vie sauve, pour ne pas attirer sur nous la vindicte divine à cause du serment que nous avons fait. Les chefs dirent donc : Qu'ils vivent I Et ils devinrent bûcherons et porteurs d'ean pour toute la communauté, comme les chefs l'avaient ordonné à leur égard ^.] Et Josué les ayant fait appeler, leur adressa la parole en ces termes : Pourquoi nous avez-vous trompés, en disant : nous sommes loin de vous, tandis que vous demeuriez au milieu de nous? Or donc, soyez maudits ; vous serez serfs à jamais, et bûcherons et porteurs d'eau à la maison de mon Dieu*. Et ils répondirent à Josué et dirent : C'est qu'on avait rapporté à tes serviteurs ce que ton dieu laheweh avait commandé à son serviteur Moïse, savoir que tout ce pays vous serait donné et que vous deviez exterminer tous ses habitants, et nous craif^nions beaucoup pour notre vie de votre part, et nous fîmes ce que nous avons fait. Maintenant nous sommes
' Au milieu des Israélites, dont le rédacteur parle comme étant déjà les maîtres de t^mt le pays.
2 Sur les V. 17-21 voy. Tlntrod., p. 212.
•^ Il paraît d'après cela que ces endroits formaient une espèce de confédération, ou que les trois derniers étaient dans une sorte de vasselage à Tégard de G'ibe'ôn.
'^ Ou bien il manque ici quelques mots, ou bien le rédacteur a mal rédigé et arrangé ses phrases. On peut môme dire que le désordre provient d'un procédé de compilation. Car do fuit le récit est double. D'abord ce sont les chefs qui disposent des G'ibéonitcsî et ensuite Josué y revient comme si la chose n'avait pas déjà été faite.
•'' Nous savons que plus tard, du temps de Salomon, de nombreux restes des anciens Cananéens furent réduits à la condition servile et employés aux travaux publics. Ce fuit est reporté ici ù l'époque de la conquête, laquelle, comme il va sans dire, n'était pas aussi cruelle que le livre de Josué a l'air de l'insinuer, ou du moins ne réussit pas ù exterminer les habitant?,
** I/histoiro mosaïque et celle de Josué ne savent rien d'une maison de Dieu. Le rédacteur se met au point de vue de son temps.
JOSUÉ IX, 26,27, X, 1-iO. 381
en ton pouvoir : fais ce qui te semble bon et juste ! Et il en agit ainsi à leur égard; il les sauva des mains des Israélites pour qu'ils ne les égorgeassent point, mais il les destina dès lors à devenir bûcherons et porteurs d'eau pour la communauté et pour l'autel de l'Éternel, à l'endroit que celui-ci choisirait*, et ils le sont encore aujourd'hui •.
* Lorsque Adonî-Çédeq, le roi de Jérusalem', apprit que Josué avait pris le *Aï et qu'il l'avait mis au ban, et qu'il avait fait à cette ville et à son roi ce qu'il avait fait à lerî^o et à son roi, et que les habitants de G'ibe'ôn avaient fait leur paix avec les Israélites et qu'ils restaient au milieu d'eux, on y eut une grande peur. Car G'ibe'ôn était une ville grande comme n'importe quelle ville royale, et plus grande que le 'Aï, et toute sa population était guerrière. Alors Adonî-Çédeq, le roi de Jérusalem, envoya vers Hôham, le roi de ^ébr9n, et vers Piream, le roi de larmouf, et vers lafia*, le roi de Lakis', et vers Debîr, le roi de 'Églôn, et leur fît dire : Venez vers moi et joignez-vous à moi pour que nous châtions G'ibe'ôn, de . ce qu'elle a fait sa paix avec Josué et les Israélites. Et les cinq rois des Émorites se réunirent et se mirent en marche avec toutes leurs troupes, le roi de Jérusalem, le roi de Çébrôn, le roi de larmout, le roi de Lakîs' et le roi de 'Églôn, et ils mirent leur camp devant G'ibe*ôn et l'assiégèrent. Cependant les gens de G'ibe*ôn envoyèrent vers Josué au camp du G'ilgal * et lui firent dire : N'abandonne pas tes serviteurs; mets-toi en marche en toute hâte, sauve-nous, viens à notre secours, car tous les rois des Émorites qui demeurent dans les montagnes * se sont ligués contre nous. Alors Josué se mit en marche depuis le G'ilgal, lui et toute sa troupe armée, tous ses vaillants guerriers. Et l'Étemel dit à Josué : N'aie pas peur d'eux; je te les livre; pas un seul d'entre eux ne te tiendra tète. Et Josué vint à eux inopinément : il avait marché toute la nuit depuis le G'ilgal. Et l'Éternel jeta une panique parmi eux à l'approche des Israélites, et leur fît essuyer une grande défaite à G'ibe'ôn et les
1 Dans le Pentateuque cette phrase désigne toujours Jérusalem, dont le sanctuaire n'existait pas du temps de Josué.
^ De fait, des serfs d'origine cananéenne sont encore nommés Esdr. II, 55. Néh. VIT, 57.
3 Selon toute probabilité ce nom ne fut donné à la ville des lebousites que bien plus tard, par David.
^ Josué est toujours au G'ilgal à son quartier général. D'après un morceau intercalé plus haut (chap. IX, 17 s.), il aurait déjà été à GWeôn.
^ Ou mieux : sur le plateau méridional, plus tard le territoire de Juda, entre la mer morte et la plaine des Philistins, à laquelle on arrivait par la montée (descente) de Bôt-Horôn.
382 JosuÉ X, 10-19.
poursuivit dans la direction de la montée de Bé^-Borôn et les battit jusque vers 'Azéqah et Maqqédah. Et quand en fuyant devant Israël ils arrivèrent à la descente de Bê^Çorôn, jusque vers *Azéqah, rÉtemel jeta sur eux de grosses pierres du haut du ciel, et ceux qui périrent par les pierres de la grêle furent plus nombreux que ceux que les Israélites égorgèrent avec Tépée *.
"Alors Josué parla à TÉtemel, le jour où celui-ci livra les Émorites aux Israélites; il dit en présence des Israélites :
Soleil arrête-toi à G'ibe'ôn,
Et toiy lune, dans la plaine d'Âyyalôn! Et le soleil s'arrêta et la lune resta à sa place Jusqu'à ce que le peuple se fût vengé de ses ennemis.
Cela se trouve bien écrit au livrn de las'ar. Et le soleil s'arrêta au milieu du ciel et né se pressa pas de se coucher, environ un jour entier. Et il n'y a jamais eu de jour pareil à celui-ci, ni avant ni après, où l'Étemel ait obéi à un homme; car l'Étemel combattit pour Israël. [Et Josué retourna au camp du G'ilgal, et tout Israël avec lui*]
**Et ces cinq rois s'enfuirent et se cachèrent dans la caverne i Maqqédah. Et l'on vint rapporter à Josué que les cinq rois s'étaient cachés dans la caverne à Maqqédah. Alors Josué dit : Roulez de grosses pierres à l'ouverture de la caverne et placez-y du monde pour les garder. Mais vous autres, ne vous arrêtez point; poursuivez
ï Comme l'auteur lui-même nous dit que les pierres tombées du ciel étaient de la grêle, nous nous bornons à citer d'autres passages parallèles: Es. XXX, 3<>; XXXII, 19. Job XXXVIII, 23. Sir. XLVI, 6. Ex. IX, 19.
'-^ C'est là l'un des passages de l'histoire biblique qui a donné le plus de mal aux commentateurs, depuis que la critique a osé manifester des doutes à l'égard des miracles par trop étonnants. Nous n'avons garde de reproduire toutes les explications malavisées qui ont été données de celui-ci. Nous nous bornerons à faire remarquer que le rédacteur puise ce qu'il raconte dans une vieille poésie, insérée dans une anthologie d'anciens chants guerriers, dont nous avons déjà fait la connaissance 2 Sam. I, 18. Et il lui est arrivé ce qui arrive encore à quelques exégètes de nos jours, il a pris la poésie pour de l'histoire. Comp. Iliade II, 413; XVIII, 239. Odyss. XXIll, 241. Du reste tout ce morceau est étranger à l'ensemble du récit dans lequel il se trouve encadré ici. Car il raconte que Josué avec toute son armée retourna au Gilgal, tandis que la suite dit clairement qu'il resta à Maqqédah, près d'une caverne où les rois s'étaient caché?, et qu'il fit continuer la poursuite, tuer les rois, puis prendre Maqqédah elle-même et tenir la rompagne sans désemparer. Il y a là encore évidemment une trace palpable de la compilation de matériaux divers et non concordants. — Nous avons restreint la citation poétique à quatre vers. C'est la combinaison qui nous parait la plus vraisemblable. Nous ne pensons pas qu'elle s'étende plus loin.