Ils arrivent à Haran où Térab meurt
XII, 4^, 5. Abram quitte Haran pour aller en Canaan.
Il prend avec lui Lot.
D'un côté il s'agit d'une migration de nomades, commencée par le père, continuée par le fils, avec indication d'une station iutermédiaine. Le lieu de départ et le but sont clairement indiqués. Ce récit, comme on le voit par les chiffres, est intercalé dans un autre, où ni l'une ni l'autre de ces localités n'est nommée, où il n'est pas question du père, et où toute l'expédition est rattachée à un ordre de Dieu. La double mention de Lot prouve que notre texte actuel est une combinaison de deux récits originairement diflérents.
Autre exemple :
Chap. XXVII, 41 ss. 'Éçaw, frustré du droit de primogéniture, menace de mort son frère qui s'enfuit à I|aran.
XXVIII, 9. 'É^aw quitte également son père, se marie à l'étranger et s'établit en Sé'îr (chap.
xxxn, 3).
Chap. X XVIII, i ss. Jacob, no devant pas épouser de femme cananéenne, va en chercher une chez ses cousins en Paddan-Aram.
10 ss. Isaac demeure à Beer- S'éba'.
£"71 route, Jacob a le songe de J 'échelle et nomme le lieu Bèt-El.
XXIX ss. Il reste chez Laban, s'y marie et enj^endre onze fils.
XXXII. Il retourne en Canaan et est nommé Israël, en suite d'une lutte nocturne avec Dieu.
XXXIII. *É^w se réconcilie avec .lacob et retourne à §é'ir (v. 16).
XXXV, 16 ss. Ra^iel meurt près de Bèt-Lébem en mettant au monde le douzième fils de Jacob.
(Isaac demeure chap. XXXV, 27).
à Hébrôn,
XXXV, 9 ss. A son retour. Dieu lui apparaît et change son nom en Israël en un lieu nommé, à cause de cela^ Bèt-El.
23 ss. Jacob ramène à son père les douze fils qui lui étaient nés en Paddan-Aram.
Isaac est enterré par ses deux fils qui demeurent avec leur père à Hébrôn.
Ici nous n'aurons pas besoin de relever les faits qui établissent la pluralité des relations primitives. Le rédacteur, qui emprunte tour à tour à Tune et à Tautre les éléments de son récit, suit la même méthode que celui auquel nous devons les livres dits de Samuel, dans leur forme actuelle.
Nous signalons en passant l'histoire de Dînah et du massacre des Sichémites (chap. XXXIV), composée également de deux textes originairement différents et sur laquelle le commentaire donnera les explications nécessaires. Nous avons hâte d'arriver à un épisode plus connu, justement estimé comme le plus poétique et réputé le mieux arrangé de l'épopée patriarcale. C'est l'histoire de Joseph. Et pourtant, à y regarder de près, le compilateur a été ici d'une singulière maladresse. De fait il y a, dans cette partie de la Genèse, deux traditions différentes combinées dans un même récit. D'après Tune, Joseph a été vendu^d^x ses frères à une caravane à'Ismaéliles qui allaient trafiquer en Egypte ; d'après l'autre, ils l'ont jeté dans une citerne vide, pour l'y faire périr, et cela sur le conseil de l'aîné qui voulait le sauver secrètement. Mais il fut trouvé par une caravane de Midyanites qui Y enlevèrent, de sorte que Reouben, revenant sur les lieux et ne l'y voyant plus, se livre au désespoir. Les deux versions reparaissent dans la suite du récit. A Pharaon, Joseph dit (chap. XL, 15) : J'ai été ravi dans mon pays, et à ses frères il dit (chap. XLV, 4) : Vous m'avez vendu. D'un côté, Joseph est vendu au chef des satellites de Pharaon, qui lui accorde sa confiance jusqu'à ce que, sur la dénonciation de sa femme, il le fasse mettre en prison. De l'autre
côté, Joseph, qui n'e pas prisonnier, se trouve être surveillant des prisonniers en sa qualité d'homme de confiance du chef des satellites (chap. XXXIX et XLI). Le nom de Potîfar appartient aux deux relations ; dans Tune, c'est le nom d'un grand seigneur égyptien auquel Joseph est vendu par les Midyaniles (chap. XXXVII, 36), dans l'autre, c'est celui du beau-père de Joseph (chap. XLI, 45). Dans l'une, Juda s'offre généreusement pour libérer son jeune frère (chap. XLIV) ; dans l'autre, lui et sa race sont l'objet d'une accusation des plus injurieuses (chap. XXXVIII). Les passages chap. XLV, 16 suiv. et XLVI, 31 suiv. appartiennent à deux relations primitivement indépendantes l'une de l'autre. Il en est de même de chap. XL VII, 11. comp. avec v. 27.
Le nom de Joseph est interprété d'après deux étymologies différentes (Gen. XXX, 23, 24), ainsi que le sont aussi ceux de deux de ses frères (v. 18 suiv.),
Dans l'histoire de Moïse elle-même, ainsi que dans celle de Josué, les exemples ne sont pas moins nombreux, et nous n'avons que l'embarras du choix. En voici quelques-uns des plus frappants.
La mission de Moïse est racontée deux fois ; il y a même des traces d'une troisième relation, combinée avec l'une des deux autres. Chap. UI-VI, 1 . Dieu se révèle à Moïse au IJoreb dans le buisson ardent, l'envoie vers les Israélites qu'il a pris en pitié, et lui enjoint de les emmener smts le prétexte d'un sacrifice à faire dans le désert. A cette occasion, il dit: Je suis celui qui est. Moïse, craignant que les Israélites ne l'écoutent pas, objecte qu'il ne sait pas parler. Il lui est promis que son frère Aharôn parlerait pour lui et que lui. Moïse, serait le dieu â! Aharôn, cest-à-dire qu'il l'inspirerait. Des miracles confirment ces promesses. Moïse part, rencontre son frère en roule, et tous les deux vont accomplir leur mission ; le peuple les reçoit avec joie, mais loin de réussir*, ils ne font qu'aggraver la situation. -— Chap. VI, 2-12. Dieu se révèle à Moïse, il n'est pas dit où, et l'envoie délivrer son peuple. (Du prétexte, il n'en est pas question.) A cette occasion, il se nomme Jèhovah. Le peuple refuse d* écouter le prophète. Celui-ci, découragé, craint naturellement que Pharaon ne l'écouterait pas non plus, et il ajoute qu'il ne sait pas parler. ... — La suite manque ; seulement au v. 13, Aharôn, dont il n'avait pas encore été question , est tout à coup introduit comme envoyé également en Egypte. Après cela (chap. VI,
14-27), il est intercalé une notice généalogique sur les tribus de Reouben, deS'imeon et de Lévi. Enfin, v. 28, Dieu parle à Moïse octogénaire en Egypte^ se nomme Jéhotah, et Tenvoie demander la liberté des Israélites. Moïse objecte qu'il ne sait pas parler, il lui est répondu qu'Aharôn serait son prophète et que lui serait dieu pour Pharaon. Si l'on ne voulait pas séparer ce dernier morceau du précédent, il faudrait au moins reconnaître que la généalogie est insérée par une autre main et que le v. 28 se rattache directement au v. 12. Mais dans ce cas il est évident que ce second récit ne sait rien d'une apparition dans le buisson ardent du IJoreb, puisque Moïse reçoit sa mission en Egypte même. Nous signalerons encore spécialement le quatrième chapitre, où d'abord (v. 1-9) il est ordonné à Moïse de faire des miracles devant le peuple, afin d'être accepté par lui comme son libérateur. Plus loin (v. 21), c'est devant Pharaon que doivent se faire ces miracles. Et dès l'abord Pharaon doit être menacé de la mort de son premier-né (v. 23) en cas de refus, menace qui, ailleurs, n'est introduite qu'après beaucoup d'autres.
Mais c'est surtout l'histoire des plaies d'Egypte qui est très instructive. Le nombre de ces plaies, devenu proverbial, est le résultat de la combinaison de deux formes de la tradition.
(^hap. VII, 14-18. Moïse, sur Tordre de Dieu, menace Pharaon de clianfçer Teau du Nil en sang, au moyen de so>i bâton, qui avait autre- Ibis (chap. IV, 3) été changé en serpent. Après avoir vainement demandé qu'il soit permis aux Israélites d'aller offrir un sacrifice (tu désert y
VII, 20b, 21. Moise lève son bâton, frappe Teau du Nil qui est changée en sang,
VII, 23, 24. mais Pharaon ne le prend pas à cœur et rentre chez lui.
Vil, 25-29 {Bibles françaises, chap. VIII, 1-4). Moïse menace Pharaon de la plaie des grenouilles qui viendront dans les maisons et dans les meubles, s'il persiste à refuser aux Israélites d'aller offrir
un sacrifice au désert.
Chap. VII, 8-13. Ahnrôn change S071 bâton en dragon. Les magiciens de Pharaon ayant fait de même, celui-ci refuse de laisser partir les Israélites en toute liberté, et n'écoute pas les prophètes, mais reste endurci comme Dieu l'avait prédit.
VII, 19, 20». Aharôn, avec son bâton, change en sang toutes les eaux d'Egypte, môme celles qui étaient dans des vases.
VII, 22. Les magiciens ayant fait de même, le roi n'écoute pas les prophètes, mais reste endurci, comme Dieu l'avait prédit.
VIII, 1-3 (5-7). Aharôn, avec son bâton, fait venir des grenouilles, qui se répandent dans le pays. Les magiciens ayant fait de même,
\lUy 4-41a (8-15»). Pharaon demande grâce, mais la plaie ayant cessé, il persiste dans son refus.
VIII, 16-28 (20-32). Moïse menace Pharaon de la plaie des taons y s'il persiste à refuser aux Israélites d'aller offrir un sacrifice au désert. Le roi feint de se rendre, mais la plaie ayant cessé, il persiste dans son refus. (Les. Israélites avaient été épargnés.)
IX, 1-7. Moïse menace Pharaon d'une épizootie, laquelle, en effet, fait périr tout le bétail des Égyptiens, en épargnant celui des Israélites. Malgré cela, le roi persiste dans son refus.
IX, 13-34. Moïse menace Pharaon de la plaie de la grêle, s'il [)ersiste à refuser aux Israélites d'aller offrir un sacrifice au désert.
La plaie survient, les Israélites sont épargnés. Malgré cela, le roi persiste dans son refus.
YIII, 11*> (15*»). le roi n'écoute pas les prophètes, comme Dieu l'avait prédit.
VIII, 12-15 (16-19). Aharôn, avec son bâton, change toute la poussière d'Egypte en moustiques.
Les magiciens essaient en vain de faire de même, mais Pharaon n'écoute pas les prophètes, et reste endurci, comme Dieu l'avait prédit.
IX, 8-12. Moïse et Aharôn prennent de la suie, la jettent au vent, et aussitôt les Égyptiens, y compris les magiciens, sont couverts de tumeurs et de pustules.
Mais le roi n'écoute pas les pro~ phètes et reste endurci, comme Dieu l'avait prédit.
IX, 35. Le roi n'écoute pas les prophètes et reste endurci comme Dieu l'avait prédit [le récit relatif à la plaie a été omis par le compilateur y pour ne pas faire double emploi].
Nous laissons à nos lecteurs le soin de se convaincre, par la comparaison de ces deux colonnes, qu'il y a eu là deux relations des plaies d'Egypte, aujourd'hui combinées entre elles. Les plaies elles-mêmes ne sont pas, à tous égards, les mêmes des deux côtés, mais ce qui nous semble plus digne d'attention, c'est que la forme du récit est différente dans l'une et dans l'autre série. Il paraît même que vers la fin le fond était le même dans les deux relations, et la diversité ne se révèle plus que dans certaines formules propres à l'un ou à l'autre narrateur. Ainsi ce qui est raconté dans lechap. X (sauterelles et ténèbres) appartient à la suite de la première colonne, mais chacun de ces deux récits se termine par la phrase constamment employée dans l'autre : Dieu endurcit le cœur de Pharaon (chap. X, 20, 27). Cependant la preuve la plus palpable de ce que primitivement la double relation a existé jusqu'au bout, c'est que, au chap. XI, 4-8, Moïse adresse à Pharaon un discours menaçant, après que, au chap. X, 28, 29, le prophète lui eut déclaré positivement qu'il ne
reviendrait plus. Ces derniers versets doivent être un fragment de la seconde relation .
En laissant de côté, pour le moment, et sauf à y revenir à une autre occasion, les divers récits relatifs à l'institution de la fête de Pâques, nous allons nous arrêter encore au passage de la mer rouge, pour prouver que le texte actuel se compose de deux éléments foncièrement distincts, mais enchevêtrés l'un dans l'autre d'une manière assez singulière. (Exode XIV.)
V. 5fe-7. Les Israélites sont partis avec la permission de Pharaon (chap. XII, 31), mais celui-ci s'en repent et se met à leur poursuite avec tout ce qu'il peut rassembler de chars en Egypte.
10-14. A son approche, les Israélites ont peur et font des reproches à Moïse qui les rassure.
19, 20. La nuée (chap. XIII, 21), signe visible de la présence de Dieu, se place entre eux et les Égyptiens et empêche ceux-ci d'arriver jusqu'aux Israélites, qu'ils suivent la nuit durant.
24, 25. Vers le matin. Dieu jette une panique dans l'armée égyptienne, qui rebrousse chemin et se met à fuir.
27b. Sa fuite la ramène à la mer où elle périt,
30, 31. et les Israélites voient leurs ennemis gisant sur le rivage.
V. 1-4, 5û. Les Israélites sont partis sans permission (chap. IX, 35, XI, 10) ; par l'ordre de Dieu, Moïse les fait camper sur le bord de la mer.
8, 9. A l'instigation de Dieu même. Pharaon se met à leur pouisuite avec ses chars, ses cavaliers et toute son armée, et les atteint.
15-18.... (lacune) Dieu dit à Moïse : Pourquoi cries-tu ? et lui ordonne de faire passer la mer au peuple.
21-23. Moïse lève son bâton, les eaux se divisent et ouvrent une route sèche aux Israélites. Les Égyptiens les suivent.
2b, 27a. Dès que les Israélites ont passé. Moïse lève son bâton de nouveau, la mer revient,
28, 29. et submerge les Égyptiens.
Il sera superflu de relever les points qui démontrent qu'il y a ici encore combinaison de deux récits différents. Ils se rattachent tous les deux à d'autres, également différents, que nous avons indiqués en parenthèse. D'après l'un, c'est Moïse qui a peur, d'après l'autre, il rassure le peuple. Le miracle, tant de fois rappelé dans la littérature hébraïque, n'est explicitement compris que dans le second récit, d'après lequel les Égyptiens sont noyés avant d'avoir pu arriver à terre. L'autre relation dit clairement qu'ils ont passé le golfe, eux aussi, et que leur ruine a été causée par une panique qui les rejeta dans la mer.
Nous mentionnons encore les nombreux passages où il est
parlé des entrevues de Moïse avec Dieu sur la montagne, chap. XIX, 3, 7, 8, 14, 20, 25; XX, 18; XXIV, 1, 3, 9, 12, 18; XXXI, 18 ; XXXII, 15, 31 ; XXXIV, 2, 29. Il est difficile de se refuser à l'idée qu'il y a là une simplification à faire, en admettant une pluralité de récits primitifs parallèles.
Voici cependant, dans cette catégorie, un fait des plus intéressants, et au sujet duquel le doute est impossible. C'est l'histoire des espions envoyés par Moïse dans le pavs de Canaan (Nomb. XIII-XIV).
Chap. XIII, i-17a {Bibles françaiseSy 2-18»). Moïse envoie douze liommes pour explorer le pays de Canaan : parmi eux se trouvent Josiié et Caleh.
21 (22). Ils parcourent le pays jusqu'au fond du Liban,
Chap. XIII, 17^-20 (Bibles françaises^ 18^-21). Moïse leur dit d'explorer la partie méridionale du pavs jusqu'au plateau (de Juda).
22-24 (23-25). Ils arrivent jusqu'à Hébrôn et à la vallée d'Es'kol. Ils y voient des géants, et emportent des fruits.
27-31 (28-32). A leur retour, ils racontent ce qu'ils ont vu, des géants et des villes fortes, et ils font peur au peuple. Le seid Kaleb cherche, mais en vain, à lui inspirer du courage.
XIV, ib, 2«. Le peuple se met à pleurer et à murmurer contre Moïse et Abarôn.
3, 4. Il parle de se donner un autre chef et de retourner en Eg)pte.
H-25. Jéhova, irrité contre le peuple, menace de l'exterminer par la peste. Moïse intercède.
Jéhova pardonne, mais il déclare qu'aucun de ceux qui ont été témoins de ses miracles ne verrait le pays de Canaan, le seul Kaleb excepté.