‹ La BibleChapitre 10 sur 61 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

(Hébr. XLll, XLIII. Grec XLI, XLII.)

:)mme une biche languit après un ruisseau,

insi mon ame languit après toi, ô Dieu!

on ûme a soif de Dieu, du Dieu vivant :

uand reviendrai-je et paraîtrai-je à la face de Dieu ?

es larmes sont ma nourriture jour et nuit,

epuis qu'on me dit chaque jour: Où est ton Dieu?

) m'en souviens — et je verse des pleurs sur mon sort —

omme je marchais dans la foule serrée,

f)mme je la conduisais en cortège à la maison de Dieu,

vec des cris de joie et de louange, une multitude en fêle !

Pourquoi t'aflïiges-tu, mon âme?

Pourquoi murmures-tu sur mon sort?

Esjière en Dieu ! car je le louerai toujours, Lui, mon sauveur et mon Dieu.

il* mon sort mon âme s'afflige, aussi pensé-je à loi, epuis la rive du Jourdain, les IJermons et le Miç'ar. ^de sur onde mugit, au bruit de tes cascades, ^uies les vagues et les flots passeîit sur ma tète. ^ î que de jour l'Éternel commandât sa grAce, de nuit, je chanterais une prière au Dieu de ma vie. t^ieu, mon rocher, je dis: Pourquoi m'as-lu oublié? '^ï*quoi dois-je marcher en deuil, pressé par l'ennemi? - brisant les os, mes oppresseurs m'insultent, ^ ïïïe disant chaque jour : Où est ton Dieu?

Pourquoi t'affliges-lu, mon Ame?

Pouniuoi murmures-tu sur mon sort?

Kspère en Dieu î car je le louerai toujours, Lui, mon sauveur et mon Dieu.

176 PSAUMES XLIl. XUII.

Fais-moi justice, ô mon Dieu I

Plaide ma cause contre un peuple impie!

Des fourbes et des scélérats délivi-e-moi !

Car toi, Dieu, mon rempart, pourquoi me rejettes-tu?

Pourquoi dois-je marcher en deuil, pressé par l'ennemi?

Envoie ta lumière et ta fidélité pour qu'elles me guident,

Qu'elles me conduisent vers ta sainte montaj^ne, ta demeure!

Ah! que je vinsse vers l'autel de Dieu,

Vers le Dieu de mes joyeux transports ;

Kt je te louerais sur la lyre, ô Dieu, mon Dieu !

Pourquoi t'aflliges-tu mon àme?

Pourquoi murmures-tu sur mon sort?

Espère en Dieu ! car je le louerai toi^jours, Lui, mon sauveur et mon Dieu.

Ce psaume, Tun des plus beaux de toute la collection, a eu la mauvaise chance d*être maltraité à Tenvi par les copistes, les critiques et les exégètes. Dans toutes nos bibles, anciennes et modernes, originaux et traductions, mais non pas dans tous les manuscrits, il est coupé en deux, bien qu'à la lecture la plus superficielle cette division se trahisse comme une erreur.

Le poëme se compose évidemment de trois strophes, suivies d'une épode trois fois répétée dans des termes identiques. Pourvu qu'on fasse disparaître les malencontreux chifiFres des versets, les strophes sont d'une construction égale. Toutes les trois expriment les plaintes de l'auteur, succombant sous le poids de ses malheurs. Les épodes, plus brèves relativement à la mesure et au nombre des lignes, et formant, parleur identité textuelle, ce qu'on appelle aujourd'hui un refrain, expriment, par antithèse avec les strophes, un sentiment de résignation religieuse, de confiance inaltérable dans la Providence divine. Cette forme, si nettement dessinée, mais voilée par l'absurde méthode d'impression adoptée dans nos bibles pour la poésie hébraïque, suffirait à elle seule pour démontrer l'unité du psaume. Mais le même fait résulte encore d'autres preuves. Les trois strophes se lient entre elles et s'entrelacent, pour ainsi dire, par des répétitions qui ne sont pas sans grâce au point de vue poétique (comp. str. 1, lig. 6 avec str. 2, lig. 10 ; str. 2, lig. 8 avec str. 3, lig. 5; str. 1, lig. 4 avec str. 3, lig. 8). L'analyse exégétique du texte confirmera surabondamment cette démonstration purement formelle. Mais nous devons faire

valoir encore un autre argument critique en faveur de la réunion des deux parties : c'est que tous les psaumes du second livre, à l'exception de l'avant-dernier, portent des inscriptions; toutes ces inscriptions, à l'exception de deux, donnent des noms d'auteurs ou de compositeurs ; enfin, les psaumes 42 à 49 sont tous attribués à la famille des Qorahites. Il résulte de tout cela, qu'à l'époque où ces inscriptions ont été mises aux psaumes, le 43*' (hébreu) n'a pas été considéré comme une pièce séparée, car lui seul est sans inscription.

De la lecture non prévenue du texte on reçoit l'impression qu'il s'y dessine une situation tout individuelle et particulière. En effet, celui qui nous y révèle ses sentiments est loin de Jérusalem et désire ardemment y retourner (str. 1, lig. 1-4; str. 2, lig. 1,2; str. 3, lig. 6 suiv.). Il a été emmené de force, il est déporté (str. 2, lig. 8 suiv.; str. 3, lig. 5). Ses regrets ne sont pas inspirés par des préoccupations mondaines; c'est l'autel de Jéhova, c'est son sanctuaire après lequel il soupire. Ses souvenirs les plus chers, qui en ce moment provoquent ses plaintes, ce sont les solennités du culte, auxquelles il aimait à prendre part, et dans lesquelles (si notre traduction str. 1 , lig. 9 est juste) il paraît avoir rempli un rôle privilégié. Aujourd'hui il est en route pour quitter sa patrie, peut-être pour toujours. Il se trouve déjà sur la frontière, près des rives du Jourdain, non loin des sources du fleuve, à l'endroit où le traversait la grande route de la Syrie et de l'intérieur de TAsie, au pied des cîmes du IJermon, dont la tête neigeuse formait comme une borne gigantesque, derrière laquelle devaient bientôt disparaître les collines de la terre natale. Dans ce moment suprême, au bruit des flots écumeux de la rivière qui, en descendant de la montagne par un lit rocailleux, forme de nombreuses cascades et des rapides bruyants, lesquelles deviennent aussitôt pour Je poëte les symboles des malheurs qui l'accablent (str. 2, lig. 3, 4), pressé et tourmenté par une escorte (lig. 8) qui joint l'outrage à toutes ses souffrances (lig. 9, lOj, le malheureux exilé éprouve le besoin d'exhaler, dans ces strophes aussi gracieuses que touchantes, son désespoir, incessamment apaisé par de plus nobles et de plus saintes aspirations.

L'auteur était-il prêtre? C'est possible, presque vraisemblable; mais le psaume ne le dit pas explicitement. Nous constatons en tout cas que le temple de Jérusalem existait quand le psaume fut composé. Le poëte voudrait y retourner, il n'en déplore pas la

A. T. — 5« part. 12

178 PSAUMES XLIl. XLIII.

ruine. La supposition la plus naturelle est donc de songer à la première déportation des Israélites, que les Chaldéens emmenèrent en grand nombre dans la Mésopotamie (2 Rois XXIV), l'an 598 avant Jésus-Christ. Le roi lekonya et le prêtre Ézéchiel forent parmi les déportés de cette époque, et plusieurs commentateurs n*ont pas hésité à attribuer le psaume à Tun de ces personnages, ou du moins à quelqu'un de leurs compagnons d'infortune. Cependant, comme l'histoire des Israélites ne nous est connue que très-fragmentairement, et en vue de l'absence presque totale de sources historiques pour les temps qui ont suivi la reconstruction du temple, il serait téméraire de vouloir rattacher le psaume à la seule époque sur laquelle il nous est parvenu des renseignements plus explicites. Des faits analoguesont pu se produire fréquemment, et le champ ouvert aux conjectures est trop vaste pour oflFrir des chances de certitude. Il conviendra surtout de ne pas perdre de vue les résultats de la critique historique relatifs aux autres parties de cette petite collection de psaumes dits des Qora^ites. On a môme demandé s'il était bien nécessaire d'individualiser la situation dessinée par le psaume ; une interprétation qui le mettrait dans la bouche du peuple entier, gémissant dans l'exil, paraissait également satisfaire à toutes les exigences du texte et avoir pour elle l'analogie de la grande majorité des autres. La dernière strophe surtout se compose en partie de phrases usitées ailleurs pour peindre cette situation générale. Cette manière de voir ne nous paraît pas absolument inadmissible ; cependant, nous devons avouer que l'autre nous semble plus naturelle, précisément à cause du grand nombre de ces petits traits de pinceau, qui appartiennent plutôt à Texpérience individuelle qu'aux abstractions du cantique national. Quoi qu'il en soit, et quelle que soit la date de cette élégie, on comprend sans peine qu'elle a dû être accueillie et relue avec une profonde sympathie par les générations suivantes, qui pouvaient s'approprier, presque sans les changer, les paroles de ce chantre de l'exil. Tant que le peuple subsistait, combien de Juifs ne se trouvèrent-ils pas dans le cas de déplorer leur éloignement forcé du lieu saint, de gémir d'une oppression insultante, de fixer leurs regards sur les montagnes qui bornaient leur horizon dans la direction de Jérusalem, et de redire les lugubres vers dictés autrefois par des regrets semblables et par une pieuse résignation, maintenant encore leur unique (*ousolation dans le malheur. Plus tard, quand le temple fot

PSAUMES XLII. XLIIÎ. 179

détruit, et que plus d'une allusion topographique ou historique contenue dans le texte ne cadra plus avec la situation, ces détails ne gênèrent point Fintelligence et l'usage du cantique. Ses accents, devenus chers à un peuple solidaire dans ses souffrances, lui offraient toujours l'expression vraie, touchante et énergique de ce que chacun renfermait au fond de son cœur.

Voici encore quelques remarques de détail. Strophe 1 : Par respect pour la grammaire et le dictionnaire, nous avons remplacé le cerf qui hrâme par la biche qui est altérée. — La phrase : Je verse des pleurs sur mon sort, est une traduction libre de l'hébreu : je verse mon âme sur moi-même ; ou : je me verse sur moi-même au sujet de moi, qui, d'après ce qui précède, ne peut être entendu que d'un épanchement du cœur, se manifestant par d'abondantes larmes. Quant à ce qui est dit plus loin d'une foule serrée, et de conduire en cortège, ces mots sont d'une signification passablement douteuse. Il pourrait même y avoir une faute dans le texte. Cependant le sens ainsi obtenu, et assez généralement adopté de nos jours, paraît très-naturellement s'accorder avec le reste.

Strophe 2 : Le mont Miç ar n'est point nommé ailleurs, et beaucoup d'interprètes doutent même que ce soit un nom propre. Mais dans ce cas nous désespérons de lui trouver un sens plausible. Ni la petite montagne (des LXX), ni la montagne de Vopprobre, etc., n'est de force à faire pencher la balance en sa faveur. — Lig. 3, 4 : Dans les traductions vulgaires, ces lignes sont inintelligibles : un abîme appelle un autre abîme. C'est une vieille erreur de traduire tehom par abîme. C'est le bruit sourd, le mugissement des eaux, et très-souvent l'océan tout court. Or, les eaux bruyantes et impétueuses servent aux poètes à symboliser le malheur, les catastrophes, dans lesquelles l'homme est pour ainsi dire submergé. Le texte veut donc dire, par l'accumulation même des synonymes, que des malheurs de toute espèce viennent incessamment se jeter sur celui qui parle ici, de manière à ne lui laisser ni trêve, ni espoir.

Les lignes 5 et 6 de cette strophe sont plus difficiles. On a essayé de toutes les formes du discours et de tous les modes du verbe, pour leur trouver un sens. On a même proposé de les retrancher comme une interpolation, en s'appuyant sur ce que l'auteur y emploie le nom de Jéhova, tandis que partout ailleurs (20 fois) il dit simplement Bieu, Une pareille interpolation ne serait pas chose inouïe et impossible ; mais s'il y a moyen de se

180 PSAUMES XLII. XLIIK

tirer d'affaire autrement, il ne faut pas recourir à un remède aussi hardi. Seulement nous rejetons absolument toute traduction incompatible avec ce qui précède et ce qui suit; par exemple, celle qui mettrait : Dieu a envoyé, comme s'il pouvait être question d'un bienfait déjà réalisé ; ou bien : Dieu enverra^ comme s'il s'agissait d'une espérance positive. Mais ni la grammaire, ni la logique ne nous empêchent de mettre le verbe à l'optatif, et de voir là un vœu parfaitement justifié par la situation : Ah ! si Dieu me sauvait, que je m'empresserais de le glorifier dans mes chants ! Le jour et la nuit ne sont pas opposés l'un à l'autre, mais forment ensemble, d'après les lois du parallélisme, la notion du temps en général, ou plutôt celle de la durée permanente. La grâce salutaire de Dieu est commandée,, envoyée par lui comme un être personnel à son service. Alors son cantique serait woec moi, c'està-dire, je ne cesserais de chanter sa louange. Une prosopopëe semblable se trouve sir. 3, lig. 6, 7.

L'avant-dernière ligne de cette strophe contient aussi une expression assez singulière. Elle dit proprement : Da^is le brisement (le meurtre ?) da^is mes os — la double préposition est ici très-gênante, et puis, on ne sait s'il faut prendre la phrase dans le sens matériel d'un traitement brutal, ou dans une acception figurée, d'une douleur mortelle de l'âme.

A la 3® strophe nous avons mis les scélérats, etc., au pluriel (hit. : Vhomvie de la scélératesse, etc.). Le parallélisme avec le peuple nous y autorise et l'exige même.

Sur l'épode nous avons aussi deux remarques à faire. Là où nous disons : mo7i sauveur, le texte hébreu dit littéralement : les saluts de ma face. Mais la face, c'est ce que nous appelons la personne; et le prétendu pluriel exprime l'idée abstraite et générale ; c'est donc Dieu qui est le salut (sauveur) de ma personne. — Nous ne nous arrêterons pas à prouver que le texte hébreu est altéré à la lin de la première épode, dont le dernier mot [mon Dieu) a été mal à propos joint au verset suivant, de manière que la particule et, qui devait s'y rattacher, forme aujourd'hui la lettre finale du mot précédent. L'identité absolue des trois refrains décide souverainement la question.

PSAUMR XLIV. 181

(Hébr. XLIV. Grec XLIII.)

Dieu ! de nos oreilles nous avons entendu,

Nos pères nous ont raconté L'œuvre que tu as accomplie de leur temps,

Aux jours d'autrefois.

De ta main tu as chassé les nations, et les a plantés,

Tu as ruiné les peuples, et les as fait croître. Car ce n'est point par leur épée qu'ils ont conquis le pays,

Ce n'est pas leur bras qui leur donna la victoire; Mais ce fut ton bras et ta droite.

Ce fut l'éclat de ta face, parce que lu leur étais propice.

Toi, tu es mon roi, ô Dieu I

Ordonne que Jacob soit vainqueur !

Par toi, nous abattrons nos ennemis;

En ton nom, nous terrasserons nos adversaires. Car ce n'est pas dans mon arc que je me confie,

Et mon épée ne me fera pas vaincre.

C'est toi qui nous fais triompher de nos ennemis.

Et ceux qui nous haïssent, tu les confonds. Nous célébrerons Dieu tous les jours.

Et ton nom, nous le glorifierons à jamais.

Cependant tu nous as rejetés, tu nous couvres de honte.

Tu ne veux pas marcher avec nos bataillons. Tu nous fais reculer devant l'ennemi,

El ceux qui nous haïssent se chargent de butin. Tu nous livres comme du bétail à la boucherie.

Et parmi les nations tu nous as dispersés. Tu vends ton peuple à vil prix.

Et n'as point renchéri sa valeur.

Tu fais de nous un objet d'opprobre pour nos voisins,

La risée et la raillerie de nos entourages ; Tu fais de nous la fable des nations.

Un sujet de hochement de tète parmi les peuples. Tous les jours ma honte est devant moi.

Et la rougeur couvre ma face, A la voix de l'outrage et de l'insulte,

En face de l'ennemi et du persécuteur.

Tout cela est venu sans que nous t'eussions oublié,

Sans que nous eussions renié ton alliance. Notre cœur ne s'est point détourné en arrière,

Nos pas ne se sont pas écartés de ton sentier, Pour que tu aies dû nous refouler avec les chacals,

Et nous plonger dans les ténèbres.

Si nous avions oublié le nom de notre Dieu,

Et étendu nos mains vers un dieu étranger. Dieu n'aurait-il pas su rechercher cela.

Lui qui connaît les secrets du cœur?

Mais c'est pour toi que nous sommes massacrés tous les joui?)

Que nous sommes traités comme le bétail de l'abattoir!

Lève-toi! pourquoi dors-tu. Seigneur?

Réveille-toi I Ne nous rejette pas à jamais ! Pourquoi caches-tu la face?

Oublies-tu notre misère et notre oppression? Car notre àme vers la poussière est inclinée.

Notre corps est étendu par terre — Lève-toi! viens-nous en aide!

Et délivre-nous pour l'amour de ta grâce!

Ce psaume a été pour la critique moderne l'un des textes te plus positifs et les plus clairs pour établir, non plus la posâbilW ou la vraisemblance, mais la certitude de rexistence, dans h collection, de poésies qui doivent leur origine à la situation des Juifs, telle qu'elle était sous la domination des Séleucides d î l'époque des guerres de l'indépendance. Nous nous approprions sans réserve les conclusions auxquelles ont abouti, à cet égard, les études de la majorité des commentateurs de ce siècle, précédés d'ailleurs par Calvin et même par quelques pères. Toute autre hypothèse se heurte contre les considérations qui vont suivre, «I nous ne mentionnons que comme une curiosité celle qui s'obsto à loger le psaume dans l'histoire de David, en découvrant diDï 1 Rois XI, 15 les traces d'une grande défaite de ce roi, dont soi biographe n'a pourtant rien dit.

En effet, c'est bien la nation entière qui parle ici en no> collectif, et si deux fois (str. 2) le pluriel est remplacé par k singulier, le parallélisme nous fait apprécier la portée de cechaa" gement, qui s'explique par l'habitude bien connue de considértf Israël comme une unité. Mais cette nation, que dit-elle dans If psaume? Elle rappelle d'abord (str. 1) que Dieu autrefois a fail

3 à ses ancêtres la conquête de Canaan, par sa miraculeuse rveution ; elle exprime ensuite (str. 2) l'espoir que cette même rvention, s'il plaisait à Jéliova d'en gratifier son peuple, irait toujours pour le délivrer de ses ennemis, sans qu'il eût oin de tirer Tépée lui-même. Cependant ce n'est pas une spective glorieuse qui aujourd'hui captive les regards de la ion. Au contraire, elle se trouve dans le plus triste état . 3, 4), opprimée, battue, dispersée dans le monde, insultée les autres peuples, objet du mépris universel, en butte à tous outrages ; c'est comme si Dieu l'avait vendue au rabais pour i débarrasser. Pourquoi cela? Nous ne l'avons pas mérité . 5). Nous n'avons pas été infidèles à notre Dieu. Autrement ova aurait été le premier à le savoir, et nous serions les der- •s à le nier. Mais c'est tout juste le contraire. Nous sommes rimés, égorgés même, précisément parce que nous sommes les ; c'est à cause de notre foi religieuse que nous souffrons ! jsi cette complainte nationale se termine-t-elle par un appel Dieu d'Israël, qui ne voudra pas donner un démenti à sa ice et à son honneur.

Lvons-nous besoin de demander à quelle époque de son cire Israël pouvait se permettre un pareil langage, sans ourir le reproche d'une provocation téméraire et blasphémae ? Certes, ce n'a pas été du temps des anciens prophètes, qui î, depuis le premier jusqu'au dernier, abondent en plaintes tre leurs contemporains idolâtres, pervers et rebelles à Jéhova, ui tous leur représentent les calamités présentes et à venir ime des châtiments mérités. Jamais, avant le siècle de la auration, Israël n'a pu parler de son innocence, de ses soufices non méritées, au point de vue théocratique ; et dans ce le même, le souvenir de ce qui avait amené la catastrophe était ► récent pour avoir pu déjà s'effacer. Puis, des persécutions pour se de religion, des guerres de religion (str. 3) sont inconnues s l'histoire des Juifs avant l'époque d'Antiochus IV. C'est c à l'époque de ce roi, ou plus tard encore, après quelque îrs, que le psaume a dû être composé.

n'est pas divisé en strophes régulières ; mais son langage est pie et transparent, et il n'y a pas une ligne qui puisse faire ter le traducteur. Malgré cela nos prédécesseurs ont quelfois manqué le sens, surtout dans le choix du temps des tes. Ainsi, dans le 3"" distique de la première strophe, ces

mois : Tu les as plantés, tu les as fait croître (et non pas : tu les as chassés), se rapportent nécessairement aux Israélites, comparés à un rejeton exotique que Dieu a mis dans le sol de Canaan. — Dans le dernier distique de la troisième strophe, il y a une allégorie qui s'explique par l'emploi en hébreu du verbe vendre^ là où nous disons livrer. Dieu est représenté là comme un homme qui cède son bien à tout prix, au lieu de rendre l'achat difficile. — Dans la cinquième strophe, les chacals représentent sans doute le désert, dans lequel les débris du peuple vaincu auraient été refoulés. Cependant, le nom même de l'animal n'est pas bien établi. Nos anciennes traductions françaises y ont mis des dragons (peut-être des dragonnades?).

La description, qui est faite dans la A!" strophe, de l'état de la nation, pour avoir été dictée par des faits d'une triste actualité, n'a pas moins la valeur d'une prophétie plus triste encore. Vingt siècles de misères sont résumés dans ces quelques lignes, avec une éloquence qui n'a pas besoin du moindre art pour faire naître la sympathie. Et pourtant ce peuple croyait et pouvait croire avoir fait son devoir.

(Ilébr. XLV. Grec XLIV.)

Mon ('(eur 8*éincut cFun beau discours :

Je vais dire mes vers au roi,

Ma langue sera le burin d'un écrivain diligent.

Tu es beau, plus que le commun des mortels ;

La ^race est répandue sur les lèvres.

Aussi Dieu te bénit-il à jamais.

Ceins autour des reins en héros,

Ton épée, la gloire et ton ornement.

Lance ton char en triomphe,

A cause de la bonne foi [de la soumission], de la justice!

Que ta droite t'enseif;:ne des actions d'éclat !

Tes flèches aiguisées —

Sous tes coups les nations tomberont —

Au cœur des ennemis du roi !

Ton trône de Dieu subsistera à tout jamais, Ton sceptre royal est un sceptre d'équité ; Tu aimes la justice et tu hais le crime. Aussi Dieu, ton Dieu, t'a-t-il oint

De Thuile de la joie, plus que tes consorts.

La myrrhe, l'aloês et la casse, voilà tes vêtements ; Dans les salles d'ivoire des concerts te réjouissent. Des filles de rois sont parmi tes bien-aimées ; A ta droite est placée la reine.

Parée de Tor d'Ophir.

Écoute, ma fille, regarde et incline ton oreille î

Oublie ton peuple et la maison de ton père !

Si le roi convoite ta beauté.

Puisqu'il est ton maître, sois-lui soumise !

Et la fille de Tyr.... avec des présents,

Les plus riches peuples te feront hommafçe.

Elle entre toute brillante, la princesse ;

Sa robe est de tissus d'or.

Sur des tapis diaprés elle est conduite vers le roi.

Des vierges, ses compagnes, à sa suite sont amenées.

Elles sont amenées avec réjouissance et allégresse ;

Elles entrent dans la salle du roi.

A la place de tes pères seront tes fils ; Tu les établiras princes par tout le pays. Je veux célébrer ton nom d'âge en âge ; Aussi les peuples te béniront-ils à tout jamais !

î psaume présente des difficultés de plus d'un genre cl a

îu une certaine célébrité dans Thistoire de Texégèse. Sa

*est aussi peu régulière et artificielle que possible. Son texte

bablement beaucoup souffert par l'incurie des copistes, peut-

ar suite de son antiquité, si tant est qu'on doive ou veuille

isidérer comme plus ancien que la plupart des autres.

tout de suite quelques passages qui ont dû préoccuper la

3 (str. 2, lig. 1) commence par un mot grammaticalement

ble ou du moins sans aucune analogie dans la langue. On

e aujourd'hui à en simplifier la forme, en faisant dispa-

double emploi des deux premières lettres. — Quelques

lignes plus loin, le v. 5 commence dans nos éditions par la répétition du dernier mot du v. 4 (et ion oDt&^nenf). Nous Tavons simplement omis. — Dans le même verset, dans Ténumération des qualités du roi, celle des trois qui est placée au milieu est ponctuée contrairement à toutes les règles, et de plus précédée d*une particule gênante, sans compter que sa signification n*est pas claire. — Vers la fin de cette strophe, la parenthèse ^la phrase placée entre des traits) offre une construction très-peu hébruque, et de plus il manque un verbe. — Dans la première ligne de la S"" strophe, pour ne point nous écarter du texte reçu, nous avons traduit : To7i trône de Dieu, c'est-à-dire ton trône divin (ce qui revient à notre phrase moderne : par la grâce de Dieu) ; mais il se pourrait bien qu'il manquât un verbe : ton trône, Dieu [l'a érigé, établi, affermi]. — Dans la 4® strophe, nous n'arrivons à voir des concerts qu'en changeant le mot dépourvu de sens minut (de moi) en mmntm, d'après psaume CL, 4. Dans la 5^ strophe, nous avons marqué par des points une lacune probable (voyez le commentaire). — Nous passons sous silence quelques anomalies de moindre importance, qui n'affectent pas le sens.

Les difficultés sont plus grandes encore relativement au sens général du psaume. Déjà la présence de deux inscriptions différentes (outre celles qui se rapportent à la musique) fait voir les tâtonnements de l'exégèse de la synagogue. Car il y a d'abord : poésie didactique, et puis : chant des bien-aimées (grec : s%r le bien-ainie). On entrevoyait donc très-anciennement déjà qu'il est ([uestion là d'amour ; mais comme une poésie erotique n'est pas à sa place dans le livre des cantiques de la synagogue, on eut bientôt donné à ce poëme un sens mystique. Il est fort possible que le bioi-aùm des Septante doive être le Messie. En tout cas les traducteurs grecs, en mettant deux fois le nom de Dieu au vocatif (str. 3 : Ton trône, ô Dieu ! — et peut-être aussi à la 4^ ligne, comp. Ilébr. I, 8), ont élevé le roi au-dessiis du niveau des mortels.

Voici ce qu'on peut dire eu faveur de cette interprétation : Les prophètes aussi parlent de la beauté du Messie (Es. XXXIII, 17); il est nommé un héros, il écrase les ennemis d'Israël ; ce n est qu'à lui qu'on pouvait dire sans tlalterie que son trône serait éternel. La justice de sou gouvernement est vantée plus d'une fois. Mais il n'y a pas jusqu'au tableau à la peinture duquel le

psalmiste s*arrête avec le plus de complaisance, au mariage, qui ne s'accorde avec Tespérance messianique. Israël est l'épouse privilégiée du roi céleste, parée par lui de tous les ornements royaux. Mais elle ne sera pas seule, les autres nations partageront les faveurs du roi, amenées dans son palais, rangées sous sabannière. A ce point de vue général, en faisant abstraction, d'un côté, du détail des figures poétiques, de l'autre, de tout ce que la métaphysique des Pères a ajouté à la conception des Juifs, et de tout ce que l'Évangile en a retranché, on pourrait dire que ce psaume exprime poétiquement ce que les prophètes ont maintes ibis annoncé.

Cependant cette interprétation fait trop de violence au texte, et non moins à l'idée religieuse elle-même, pour pouvoir être admise. Nous n'aurons garde d'appuyer notre critique sur des faits d'une importance secondaire : P Le poëte, en débutant, ne dit en aucune façon qu'il veut parler à un roi d'un genre particulier et foncièrement différent de tous les autres. 2** En plaçant Dieu au-dessus du roi (str. 2, 3; str. 3, 4), il fait voir que celui-ci ne peut pas être Dieu lui-même. 3** La personne de la reine est distinguée, comme individi^lle y des peuples qui lui offrent des présents, ce qui détruit la prétendue allégorie mentionnée plus haut.

Il est bien plus important de relever 4** ce fait que la reine, dont les noces sont célébrées par le psalmiste, n'est pas la première femme du roi, il y en a déjà d'autres, et parmi elles des filles de rois. Or, ceci ne cadre pas avec l'allégorie messianique, ni au point de vue juif, où les autres femmes (les nations païennes) ne peuvent arriver vers le roi (se convertir), qu'autant qu'Israël sera remarié (réconcilié) d'abord ; ni au point de vue chrétien, qui ne connaît qu'une seule et unique fiancée, l'Église, formée de tous les croyants, sans distinction d'origine. Puis, 5** que veut dire cette exhortation adressée à la nouvelle reine, d'oublier son peuple et la maison de son père? Dans le sens théocratique, Israël est toujours exhorté à se souvenir de son créateur, à se rappeler ses origines. Il ne doit rien oublier, pas même ses fautes. 6® Le roi convoite la beauté de sa fiancée, et elle ne doit pas se refuser à lui. Ceci n'a pas de sens dans l'explication messianique. La fiancée (l'Église) n'est belle ({\x*après s'être donnée à son maître et sauveur. C'est de lui qu'elle tient toute sa beauté. ?• Qu*esl-ce que les fils du roi qui un jour viendront remplacer

ses pères? Nous comprendrions bien qu'on parlât des aïeux du Messie, issu de David ; mais il sera nécessairement le dernier roi, son règne ne devant pas finir. Il est vrai que le Nouveau Testament donne le nom royal aux fidèles ; mais, non-seulement cette formule ne rentre pas dans le cadre de la théologie des prophètes, elle emploierait ici le nom de rois dans un tout autre sens pour les fils que pour les pères, et se jouerait ainsi de l'intelligence des lecteurs. 8^ Les fils du roi doivent être ses lieutenants dans les différentes parties de son royaume. Comment coordonnera- t-on ce trait avec l'idée messianique? 9** Enfin, le roi du psaume a des collègues.

Ajoutons encore que l'exégèse traditionnelle prétend que le poète a en)prunté ses couleurs à l'histoire de Salomon, type du Messie (!). Étrange aberration du goût, de la morale et de la critique historique. Jamais Salomon n'a été pour les prophètes l'idéal ou le modèle d'un roi. Tout au contraire ; ses prodigalités, ses liaisons politiques, sa polygamie, son idolâtrie, ses vexations sont signalées comme autant de marques de défection au point de vue théocratique, et ce n'est certes pas dans son harem que la poésie sacrée aurait été chercher les couleurs pour ses tableaux prophétiques.

Il sera donc toujours plus simple de dire que notre psaume doit son admission au recueil officiel à une interprétation suggérée par le spiritualisme de l'exégèse théologique ; qu'il s'y agit réellement d'une noce de roi, et que tout est à prendre dans le sens propre. Sans doute, nous ne parviendrons plus aujourd'hui à déterminer le roi auquel le poëtc a dû s'adresser. La description du faste royal ne décide rien, celui-ci étant de toutes les époques, et l'adulation se faisant volontiers illusion sur la portée de la puissance. Nous dirons, pour mémoire, qu'on a voulu y voir David, marié à la fille du roi de G'es'our (2 Sam. III) ; Salomon épousant la fille d'un Pharaon (1 Rois III); A^abetlzébel (1 Rois XVI, XXIIj, celle-ci semblant être indiquée à la strophe 5 (fille de Tyr), et à cause du palais d'ivoire ; Joram et Athalie ; un roi perse, enfin, Alexandre Balas et Cléopâtro (1 Macc. X). Il n'y a absolument rien dans le psaume qui exclue l'interprétation littérale, mais rien non plus qui nous aide à l'individualiser.

Remarques de détail. Notre traduction est quelque peu libre, autrement le français aurait été parfois inintelligible. Strophe 1: vies vers, lilt. : mes œuvres. C'est le mot ^vqc poèmes. Le b^rin^

terme affectant de rappeler ou trahissant réellement les usages antiques de récriture. — Strophe 2: L'ode débute naturellement par réloge du roi qui, à une cour orientale surtout, est toujours le personnage principal. On vante son affabilité, ses vertus guerrières, sa justice, et son bonheur est représenté comme la juste récompense de toutes ces qualités. Lance ton char ; on pourrait aussi traduire : monte à cheval, chevauche. Le choix de l'expression dépendrait de Tépoque du psaume, les anciens rois ne chevauchant pas. La bonne foi et la justice peuvent être prises pour des qualités du roi ; d'autres préfèrent y voir ce que le roi guerrier veut faire prévaloir chez les autres. C'est dans ce sens qu'on comprendrait la soumissio7i. Dans le premier cas, on a proposé à tout hasard la clémence, ce que le mot ne signifie jamais. Nous supposons une faute dans le texte. — Strophe 3 : L'huile de la joie. Oindre est un terme figuré pour dire : accorder une distinction, octroyer un privilège. Il s'agit donc d'une joie, d'un bonheur, accordé à titre de récompense à ce roi, de préférence à d'autres. Pour peindre ce bonheur, le poète parle successivement des habits parfumés, d'un palais à lambris incrustés d'ivoire, etc. La reine est désignée dans le texte par un mot qui ne se rencontre que dans des auteurs parlant de princesses babyloniennes ou persanes (Néhémie, Daniel). En hébreu, on n'a d^ailleurs que le verbe correspondant employé dans un sens obscène. Ce serait là un argument à faire valoir pour une origine récente du psaume.

Dans la 5® strophe, beaucoup de commentateurs mettent la fille de Tyr (malgré la particule et) au vocatif, pour insinuer que la reine était une princesse tyrienne. Nous croyons que la fille de Tyr est au nominatif, qu elle représente, selon l'usage poétique, la population de cette ville, et qu'elle est introduite comme apportant ses dons à la reine. La phrase étant positivement incomplète, nous avons mis des points. Les Septante mettent un verbe.

(Hébr. XLVI. Grec XLV.)

Dieu est notre asile et notre force,

Un secours trouvé puissant dans les angoisses. Aussi n'avons- nous pas peur quand il l)ouleverse la terre,

Quand les montagnes ébranlées s'enfoncent dans l'océan. Que ses eaux mugissent et bouillonnent,

Que les montagnes tremblent dans sa fureur —

Les ondes d'une rivière réjouissent la cité de Dieu,

Le sanctuaire de la demeure du Très-Haut. Dieu est au milieu d'elle, elle reste inébranlable ;

Dieu la protège au lever de l'aurore.

]^\s nations s'émeuvent, les royaumes chancellent.

Il fait entendœ sa voix, la terre se rassied : L'Étemel des a.stres est avec nous,

Notre citadelle, c'est le Dieu de Jacob.

Allez voir les hauts faits de l'Éternel,

Comme il fait des choses étonnantes sur la terre! Il fait cesser les guerres jusqu'au bout du monde,

Brise l'arc, rompt, la lance, brûle les chars. tf Cessez, et sachez que c'est moi qui suis Dieu,

Élevé sur les peuples, élevé sur la terre ! * L'Éternel des astres est avec nous,

Notre citadelle, c'est le Dieu de Jacob.

Trois strophes régulières à trois distiques, suivis d'un refrain. Ce refrain s'est perdu à la fin de la première strophe, où il esl à la fois facile et nécessaire de le rétablir, parce qu'autremeol k sens reste incomplet.

Il est possible que le psaume ait été composé à roccasion d'un événement particulier. On a songé à différents sièges de JérusaleiBi dont l'ancienne histoire fait mention, à Tattaque des Syriens (Es. VII), à rinvasion de Sanhérib (Es. XXXVII). Mais le t«xle ne contient aucun indice qui permette de préciser les fato L'impression que nous en recevons n'est pas celle d'une guerff dans laquelle les Juifs auraient été engagés directement elpotf leur propre compte, mais plutôt d'une de ces grandes commotion*

politiques entre des nations prépondérantes, dans lesquelles ils pouvaient être écrasés sans moyen de se défendre, comme au septième siècle, pendant le conflit entre l'Egypte et Babylone, ou au troisième, du temps des Ptolémées et des Séleucides. Un orage pareil ne pouvait être détourné que par la protection de Jéhova, qui /ail cesser les guerres quand il veut (comp. LXVIII, 31), et qui tient sa cité debout quand le monde s'ébranle. Le psaume gagne beaucoup, au point de vue poétique, à être interprété d'après une pareille supposition, et les sentiments de confiance et de joie pieuse et résignée, qui font que ses accents répondent encore aux aspirations du chrétien (témoin le célèbre cantique de Luther), ne se dessinent que plus vivement sur ce fond-là.

Les détails poétiques ne demandent guère les soins de l'exégète. Les eaux et les montagnes englouties dans l'océan représentent les bouleversements politiques ; la rivière de la seconde strophe, c'est la grâce bienfaisante de Dieu. Le sens propre est exclu par Tabsence de toute rivière à Jérusalem. Il faut lier intimement les deux premiers distiques de cette strophe, de manière à retrouver le sujet qui manque au second. Le lever de l'aurore peut symboliser la certitude et la proximité de la délivrance. — La terre se rassied après avoir été bouleversée, litt. : elle se fond, se dissout comme une masse solide qui s'aplanit en se liquéfiant. C'est la forme poétique de la notion de toute absence de résistance.

(Hébr. XLVII. Grec XLVI.)

Peuples, battez tous des mains !

Poussez vers Dieu des cris de joie!

Car l'Ëtemel, le Très-Haut, est redoutable,

Un grand roi sur toute la terre.

Il amène les peuples à nos pieds,

Il nous soumet les nations.

Il nous choisit notre patrimoine.

Cet orgueil de Jacob qu'il aime.

Dieu remonte au bruit des acclamations, L'Éternel au son de la trompette.

Psalmodiez à Dieu, psalmodiez !

Psalmodiez à notre roi, psalmodiez !

Car Dieu est roi de toute la terre :

Psalmodiez un cantique solennel !

Dieu s'est posé comme roi des païens.

Dieu sié^e sur son trône saint.

Les princes des peuples s'assemblent,

Un peuple du Dieu d'Abraham ; Car c'est à Dieu qu'appartiennent les boucliers de la terre.

Il est élevé au-dessus de tout.

L'exégèse traditionnelle, s'en tenant au Dieu qui régnante, voit dans ce psaume une prophétie relative à l'ascension du Christ. Les modernes sont d'accord à y voir la célébration d'une victoire. Nous sommes de leur avis ; mais nous pensons qu'il serait téméraire de préciser l'événement particulier qui a inspiré le poète. On a pensé à Ézécliias, vainqueur des Philistins (2 Rois XVIII;, à Josapliat, vainqueur des Moabites (2 Ghron. XX), etc. ; mais nous ne trouvons dans le poème aucun indice sur pour diriger le choix. Au contraire, le psaume a très-peu de couleur, et, au point de vue poétique, il est si peu distingué par ses idées ou la manière dont il les exprime, qu'il ne nous semble pas trahir une bien haute antiquité.

Il y a même des obscurités que toute la sagacité des interprètes ne fait pas disparaître. Qu'un poète, même après un succès ordinaire, puisse parler de nations subjuguées (str. 2), cela n*a rien d'étonnant ; mais que veut-il dire par le ckoix du patrimoine? Le patrimoine, cet orgueil de Jacob, c'est sans doute Canaan ; mais il n'est pas probable qu'il s'agisse là de la conquête de Josué. A-t-il voulu dire simplement que l'indépendance du pays a été de nouveau assurée par une récente victoire ?

La 3'" strophe paraît devoir nous mettre en présence d'une procession solennelle vers le temple de Jérusalem pour fêter celte victoire. La trompette, les acclamations y sont à leur place, el Jéhova est censé revenir avec son peuple, et s'installer de nouveau dans son sanctuaire. C'est dans cette pensée que nous avons employé le verbe renionter, A la rigueur on pourrait aussi traduire : Il s'est levé au cri de guerre, — alors il serait question de l'entrée en campagne.

La dernière strophe est la moins claire de toutes. On peut admettre (jue les boucliers de la terre sont les mêmes personnes ([ue les princes des p(Mipl(*s. Alors le second distique déterminerait

le sens du premier, de sorte que Dieu serait représenlé comme le maître universel, auquel tous les rois (et leurs sujets) seraient soumis, et formeraient ainsi un (nouveau?) peuple de Dieu. Ce serait le chant de victoire élevé à la hauteur d'une conception religieuse et messianique. Mais est-ce bien là ce que le poëte a voulu dire?

(Hébr. XLVIII. Grec XLVII.)

Grand est TÉternel et digne d'être glorifié,

Dans la ville de notre Dieu, sa sainte montagne, Belle de hauteur, la joie du pays.

Est la montagne de Sion, Tangle du nord, La ville du grand roi.

Dieu pour ses châteaux s'est fait connaître comme un rempart ; Car voyez ! les rois se sont ligués.

Ils ont disparu tous!

Ils vinrent voir — Aussitôt stupéfaits, éperdus, ils s'enfuirent!

Un frisson les saisit.

Une douleur comme celle de la femme en travail. Avec le souffle de la tempête Tu brisas les vaisseaux de Tars'îs'.

Comme nous l'avions entendu.

Ainsi nous l'avons vu, Dans la ville de l'Éternel des astres.

Dans la ville de notre Dieu :

Dieu la conserve à tout jamais !

Dieu ! nous méditons ta grâce au milieu de ton temple. Tel ton nom, ô Dieu, Telle ta louange aux bouts de la terre !

De justice ta droite est pleine.

Que la montagne de Sion se réjouisse, Que les filles de Juda tressaillent de joie, Au sujet de tes arrêts !

A. T. — 5« part. 1H

Circulez autour de Sion, Faites-en le tour, comptez ses forts, Examinez ses remparts, traversez ses palais,

Pour le redire à une autre génération :

Que ce Dieu est notre Dieu ;

A tout jamais il nous g^uidera !

Sujet analogue (d'aucuns disent identique) à celui du psaume précédent. Celui-ci a plus de vivacité dans le mouvement et développe plus particulièrement l'idée que la ville de Jérusaleni a échappé à un grand danger, dont la menaçait une invasion ennemie. Pour ce qui est de déterminer Tépoque de l'événement, nous nous en rapportons à ce qui en a été dit plus haut. Du reste, nous pouvons nous borner à un très-petit nombre d'observations.

Strophe 1 : On ne sait pas trop bien dans quel sens Sion, la montagne du temple, est appelé Tangle (ou: l'extrémité) du nord. Comme simple indication topographique, relativement aux autres quartiers de la ville, c'est bien froid. Aussi a-t-on voulu y voir une antithèse avec une extrémité du sud^ le Sinaï, et par suite, la mention indirecte des deux résidences de Jéhova, comme qui dirait un Pé-king et un Nan-king de Terre-Sainte. C'est aller bien loin pour se tirer d'embarras. D'autres ont songé à la montagne des dieux, au fond du nord, dont parlent les mythologies orientales (Es. XIV, 13), comme si l'auteur avait voulu dire: Notre Olympe à nous, c'est Sion.

Strophe 2 : Le tableau rappelle le veni vidi vici de César. Les châteaux ou palais sont ceux de Jérusalem (et non ceux de Dieu). Les vaisseaux de Tars'is' ne nous parlent pas ici d'une bataille navale, dont l'histoire ne dit rien, par une bonne raison; mais ils représentent la puissance ennemie, dispersée comme par un miracle (comp. Es. XXXin. 23).

Dans la 3® strophe, l'antithèse entre le plus-que-parfait et le parfait, dans les premières lignes, sert à comparer les demie événements à ceux d'une époque plus reculée. Les filles de Juda^^ dans la strophe suivante, sont les villes et bourgades du pays . Enfin, l'invitation formulée dans la dernière strophe n*est pa adressée par ironie aux ennemis qui avaient voulu s*emparer Jérusalem, mais aux citoyens délivrés de leurs angoisses, qi pouvaient maintenant se convaincre que tout est sain et sauf.

Dans le texte hébreu, le psaume se termine par un mol (c^«/

deux, selon l'orthographe adoptée dans les manuscrits) qu'on traduit mal à propos : jusqu'à la mort (de manière à rejeter les mots : à tout jamais, dans la ligne précédente). C'est un de ces termes de musique, si inintelligibles généralement, et le même qui se trouve aussi (en deux formes différentes) en tête des psaumes IX et XLVI. Il est impossible de dire comment il se trouve en cet endroit. La phrase : jusqu'à la tmrt, s'exprimerait tout autrement en hébreu.

(Hébr. XLIX. Grec XLVIII.)

Écoutez ceci, tous les peuples,

Prêtez Toreille, tous les habitants du monde,

Tant gens du commun qu'hommes de condition,

Tous ensemble, riches et pauvres!

Ma bouche parlera sagesse.

Et la pensée de mon cœur, c'est le bon sens.

J'incline mon oreille à l'enseignement.

Et au son de la lyre je produis ma doctrine.

Pourquoi aurais-je peur aux jours de l'infortune, * Quand l'îniqidté de mes adversaires m^enveloppe, Qui mettent leur confiance dans leurs biens, Et se glorifient de leur grande richesse? Personne ne peut racheter son frère,

Ni donner pour lui-même une rançon à Dieu — ^ ^

X.e rachat de leur vie revient trop cher, B y renoncera pour totgours — . t •

Pour qu'il continuât à vivre indéfiniment, £t ne vît point la fosse : il la verra pourtant. ' l^es sages meurent, les sots et les stupides périssent aussiy £t laissent leurs biens à d'autres.

Bs croient que leurs maisons subsisteront toujours, fleurs demeures d âge en âge :

Ifs attachent leurs noms à leurs propriétés — Mdis l'hèmihe dans la splendeur ne persiste paJ?: H tëssémble à la bêle qui périt.

II! >•;:-• il î i|.

! ■•'1. /Il .1

Tel est le sort de ceux qui sont dans la sécurité, Et de ceux qui les suivent, approuvant leurs discours. Comme du bétail ils descendent au S'eôl, Où la mort est leur berger,

Et les hommes de bien seront leurs maîtres le lendemain. Leur forme dépérit, le S'eôl est leur demeure. Dieu seul rachètera ma vie des mains du S'eôl quand il me saisit. N'aie donc pas peur quand quelqu'un s'enrichit. Quand la splendeur de sa maison s'accroît. Car il n'emporte rien lors de sa mort. Sa splendeur ne descendra pas avec lui. Eût-il eu à se féliciter sa vie durant. Dût-on te vanter à cause de ton bien-être. Tu iras rejoindre la génération de tes pères, Qui ne reverront plus jamais le jour.

L'homme dans la splendeur, et sans intelligence, Ressemble à la béte qui périt.

Psaume didactique composé d'une espèce de préambule et de deux strophes parfaitement égales et terminées par une sorte de refrain, dont le contenu doit nécessairement être considéré comme la pensée dominante du poëme entier.

Le style ne s'élève guère au-dessus de la prosp, malgré rannonce un peu pompeuse de Tintroduction. De plus, il est assez élnbarrassé et obscur, au point que cette pièce peut justement pàâser pour une des plus difficiles de la collection. Il n'y a presque pas de verset où il ne se rencontre des énigmes et où la critique ne soit tentée de hasarder des conjectures et Texégèse forcée de se contenter de Tapparence. Cependant nous avons préféré nous en tenir partout au texte reçu, et nous nous bornons ici à ôignaler comme plus particulièrement sujette à caution la traduction des passages suivants : Strophe 1, lig. 2 (quand Tiniquité cîrconvîeni mes talons) ; lig. 5 (certes personne ne peut être racheté); lig.îf 8 (le prix du rachat dùt-il être bien grand, il cesse d'exister); lîg.^i 10 (dùt-il vivre longtemps, etc.); lig. 13 (leur tombeau^ est leur maison éternelle) ; lig. 15 (bien qu'on ait célébré leurs noms dans les pays). — Strophe 2, lig. 1 , 2 (telle est leur voie, telle lèiir eèjplérance [ou: leur fohe], telle la fin de ceux qui se Qatlént);'lïjj. 6(1?

1 Qibram pour çirham, LXX.

PSAUME XUX. 197

lendemain leur forme est pour le dépérissement du S'eôl, ils n'ont plus de demeure) ; lig. 7 (car il ne recueillera), etc.

Nous citons ces exemples, qu'il serait facile de multiplier, pour faire entrevoir aux lecteurs que le texte n'est pas dans un état bien rassurant, un auteur qui veut être compris, et qui, d'ailleurs, n'aflTecte pas un langage trop orné ou recherché, ayant dû s'exprimer de manière à pouvoir l'être, surtout quand, après tout, il n'a à dire qu'une vérité banale.

Heureusement les nombreuses obscurités qui voilent la forme de la pensée du poète, et qui nous empêchent de reconnaître la liaison logique de ses phrases, ne sont pas de nature à nous désorienter dans l'intelligence de l'ensemble. Nous tâcherons de nous rendre compte de celui-ci, en nous en tenant à la traduction préférée.

Le préamMlCy nous l'avons déjà dit, affecte un ton un peu solennel. On peut comparer à ce sujet le psaume suivant, qui renchérit encore sur le nôtre à cet égard. L'auteur appelle ce qu'il a à dire, un massai, c'est-à-dire une sentence, une maxime, une vérité pratique, formulée d'une manière brève, sentencieuse, populaire, en forme de proverbe. Il emploie, comme synonyme, un terme qui signifie proprement un 7i(mid (à délier), c'est-à-dire une énigme, un mot sur le sens duquel on est invité à réfléchir. Gomme il s'agit d'une vérité importante, l'auteur la propose comme l'ayant reçue d'abord lui-même (d'en haut) pour la propager à son tour.

Quelle est cette vérité ? Un grand nombre de commentateurs I9 formulent ainsi : Le riche meurt pour toujours, ITiomme de bien ressuscitera ; et notre psaume est allégué comme un texte à faire valoir pour étabUr la croyance à la vie future dans l'Ancien Testament. Comme nous estimons que la plupart des psaumes appartiennent à une époque comparativement très-récente de la littérature hébraïque, rien ne s'oppose à ce que nous admettions volontiers qu'il puisse se rencontrer, dans quelques-uns, des traces de la croyance à la vie à venir. La question est seulement de savoir si ces traces existent réellement. Or, ici Ton ne trouve à citer qu'une seule ligne (str. 2, lig. 7) qui semble^ faire allusion ; nous ne croyons pas que cette apparence soit plus qu'une illusion. Voici nos raisons :

P Le refrain ne formule pas l'antithèse en question ; il se borne à dire que l'homme opulent périt. 2® Deux longues strophes sont

consacrées à développer cette pensée, ou plutôt à la reproduire sous différentes formes ; nulle part Tauteur n'éprouve le besoin d'insister sur la contre-partie, qui, pourtant, ne serait pas la moins essentielle, tout le monde sachant que les hommes meurent, malgré leurs richesses, vérité qui n'exigeait pas de nouvelle révélation, tandis qu'il aurait été très-utile de proclamer bien haut celle qui n'était point encore coonue ou généralement acceptée. 3"" Il est dit formellement que les sages meurent comme les sots, sans qu'à cette occasion il soit fait une réserve en faveur des premiers. 4** L'idée que les justes seuils ressusciteront serait une idée assez étrange, que la théologie juive ne s'est point appropriée. 5^ Le lendemain de la mort des riches, les hommes de bien seront leurs maîtres : cette assertion ne paraît pas avoir pour prémisse le fait de la mort préalable de tous les deux. 6* Les riches sont évidemment représentés comme des hommes méchants, donc les bons seront les pauvres ; il y aura antagonisme entre les deux classes ; aussi bien est-il parlé de Y iniquité des adversaires, (litt. : de ceux qui me supplantent); deux fois il est parlé de la pewr qu'on éprouve quand on est malheureux et qu'un autre ne l'est pas ; on se console par l'espoir qu'on sera le mâttre le lendemain, donc les autres le sont aujourd'hui....

De tout cela il résulte que le psalmiste veut rassurer, non pas tel individu isolé, mais son peuple opprimé, à Té^aijd de I^ durée d'un état de choses déplorable : cela ue durer^pas toujours^! Nous sommes les ébionîvh (nom devenu historique^ <; vQjyez ffis,t% de la théoL apost,y livre I, chap, IX), \^ pauvres y le^ misérables; — qu'est-ce que les riches, les injustes, les maîtres auront gagné avec leurs richesses ? Rien ! C'est une satisfaction pour les malheureux, que de savoir que les heureux sont obligés de partir aussi, et c'est avec complaisance qu'ils s'arrêtent è la contemplation de celte éventualité. De fait, les biens terrestres n'assurent^ point l'avenir de ceux qui les possèdent; malgré leur richessBag^ ils périssent. Dieu seul peut sauver de la mort, quand elle vien*',^ vous saisir: heureux donc ceux qui ont Dieu pour eux! Cett-ij antithèse est nettement accusée : la richesse d'un côté. Dieu l'autre ; l'objectif des deux côtés est la présemation, Toulte autcr pensée est étrangère au texte. On voit que Fidée de laiTésurre-^ ■ lion reste en dehors de l'horizon de l'auteur, oomtne celà^a été cas Ps. XVI, 10 et XXX, 4. > ! '■ - '

(Hébr. L. Grec XLIX.)

Le dieu des dieux, TÉlernel parle,

11 convoque la terre du levant au couchant .

De Sion, parfaite de splendeur,

Dieu apparaît avec éclat.

Il vient, notre Dieu, et ne se tait point;

Un feu dévorant le précède.

Autour de lui la tempête mugit.

U convoque les cieux d'en haut.

Et la terre, pour faire la loi à son peuple.

«Rassemblez-moi mes fidèles.

Engagés dans mon alliance par un sacrifice î]>

Et les cieux proclament sa justice.

Car c'est Dieu qui est l'arbitre.

«Écoute, mon peuple, que je te parle ;

Israël, que je t'adjure !

Dieu, ton Dieu, c'est moi !

Ce n'est pas pour tes sacriflces que je te reprends ;

Tes holocaustes sont toujours devant moi.

Je ne demande point le taureau de ta maison,

Ni les boucs de ton bercail.

Car à moi sont les animaux de la forêt.

Les bestiaux sur les montagnes par milliers.

Je connais tous les oiseaux des hauteurs,

Tout ce qui se meut aux champs est à ma portée.

Si j'avais faim, ce n'est pas à toi que je le dirais;

Car la terre est à moi, et tout ce qui la rempht.

Est-ce que je mange la chair des bœufs ?

Est-ce que je bois le sang des boucs ?

Fais à Dieu sacrifice de louange,

Et acquitte ainsi tes vœux envers le Très-Haut.

Puis appelle-moi au jour de la détresse.

Je te délivrerai, et tu me glorifieras î ï)

Mais au méchant Dieu dit :

«Qu'as-tu à réciter mes commandements, El à pc«*ter ma loi dans ta bouche»

Tandis que tu abhorres la discipline, - Et que tu jettes mes paroles derrière toi ?

20() PSAUMK L.

Quand tu vois un voleur, tu te plais avec lui ;

C'est avec les adultères que tu t'associes.

Tu laisses aller ta bouche vers le mal,

Et ta langue ourdit la fraude.

Tu t'assieds pour parler contre ton frère,

Contre le fils de ta mère tu profères la calomnie.

Voilà ce que tu fais, et si je reste muet,

Tu t'imagines que je suis comme toi.

Mais je te reprendrai, et j'étalerai tout devant tes yeux.

Prenez garde à cela, vous qui oubliez Dieu :

Autrement je déchire et personne ne sauve !

Qui fait action de louange, celui-là m'honore,

Qui prend à cœur son chemin, je lui ferai voir le salut de Dieu !»

Psaume didactique, comme le précédent, avec lequel il a même quelques analogies déforme; sauf Tobscurité, qui n'existe nulle part ici. L'auteur prêche Tinutilité d'un culte purement extérieur, et se met ainsi au point de vue des anciens prophètes, pour combattre le ritualisme pharisaïque qui de plus en plus absorbait et étouffait le vrai sentiment religieux dans la partie saine et fidèle de la nation.

L'enseignement est mis dans la bouche de Dieu lui-même, comme une vérité qui, sans être nouvelle, a besoin d'être inculquée toujours. Â cet effet, le poète décrit une théophanie, accompagnée, selon l'usage, des phénomènes terribles de la nature, dans lesquels l'homme religieux est porté à voir une manifestation immédiate de Dieu. C'est de sa résidence de Sion, de sa glorieuse et splendide demeure, qu'il vient avec l'éclat du soleil levant. Ce qu'il va dire à Israël est si important que la terre et le ciel sont convoqués pour assister en qualité de témoins. Ils sont prêts à proclamer sa justice, c'est-à dire la vérité de ce qu'il promulgue, et son souverain droit de législateur. Israël» engagé d'avance dans ralliance de Dieu, dans une alliance contractée et ratifiée dans les formes religieuses consacrées, doit être prêt à accepter la loi qui va lui être notifiée.

La seconde strophe s'adresse à la partie saine de la nation qui immole des animaux sur l'autel, dans la naïve coiiyictipn que Dieu les demande, et qu'on ne peut mieux lui montrer son dévouement que par de pareilles offrandes. Mais il. n'en a pas besoin, parce qu'il n'est pas semblable aux hommes, et que, s'il l'était, il serait assez puissant pour se satisfaire lui-même. Le

commandement positif, le vrai devoir religieux est résumé dans le seul terme de sacrifice de Immnge, c'est-à-dire le culte du cœur et de Tesprit. De pareils adorateurs sont toujours sûrs d'être exaucés.

Enfin dans la dernière partie, écrite dans un style qui s'abaisse au niveau de la prose, et qui ne répond guère au ton solennel du début. Dieu s'adresse aux méchants qui croient pouvoir effacer leurs torts par des sacrifices sanglants, sans y joindre le repentir et l'amendement, ou qui pensent avoir rempli leur devoir en récitant les commandements de la loi. Ces méchants y évidemment, ne sont pas des païens, mais des juifs soi-disant orthodoxes dont la religion n'est qu'un masque. Le Nouveau Testament et les discours de Jésus aux Pharisiens fournissent ici le commentaire le plus éloquent. A l'énumération des torts de ces gens, se joint la menace.

(Hébr. LI. Grec L.)

• Aj^ pitié de moi, ô Dieu, selon ta gràee ; ...il S^Iqii ta. grande miséiticorde ^ffaCe mes péchés I , ,^. .l4iY^rmcii,l^ien,.de mon.iBi(|uité, .... . (Pt 4ç:^a i^ran^re^^ion purifiermoi^ . . , , t, ; . ,,

^Car JQ, connais mes péchas, ,

Et ma transgression est toujours devant moi, C*est contre loi, toi ^seul, que j'ai péché j Ce qui te déplaît, je Faî fait : — ** Pour que tu sois reconnu juste dans ion arrêt, '- Irréprochable daiis ton jugement.

: : «il',

Vois, je suis né dans l'iniquité ; . Dî^s le péché ma mère m'a conçu.

' '' "Vois, i^ aimes la vérité dans le cœur; "'' ïîti^giiy^rtiôi donc lïi sagesse dans mon sein! ""' ErifeVé^ hidh* péché avec lliysope poài- que je sois pur, ' » ' I ^LaVê-iRiôi, -qtii' je aéid pïtïs blahc' 't^tMe la neige !

' Fais-ihoi -entendre la joie ' et i'^ilégreâse : . •' Qm'âb trdssaiUèRt,les os que tu a» brisés!

Détourne ta face de mes péchés,

Et efface toutes mes iniquités!

Grée en moi un cœur pur, ô Dieu,

Et renouvelle en mon sein un esprit ferme !

Ne me rejette pas de devant ta face,

F]t ne me retire pas ton saint esprit !

Rends-moi la joie de ton aide.

Et par un esprit de bonne volonté soutiens-moi,

Que j'enseigne tes voies aux méchants,

Et que les pécheurs reviennent à toi!

Sauve-moi du meurtre, ô Dieu, Dieu de mon salut,

Afin que ma langue chante ta justice !

Seigneur, ouvre mes lèvres.

Pour que ma bouche proclame ta louange!

Car tu n'aimes pas le sacrifice que je pourrais donner;

A l'holocauste tu ne prends pas plaisir:

Les sacrifices selon Dieu, c'est un esprit contrit;

Un cœur contrit et brisé. Dieu, tu ne le méprises point.

Fais du bien à Sion dans ta grâce.

Rebâtis les murs de Jérusalem !

Alors tu agréeras les vrais sacrifices, holocaustes et offrandes,

Alors les taureaux monteront sur ton autel !

Ce psaume, Tun des sept psaumes péniientiaux, oonnu dansk liturgie ancienne sous le nom àxx Miserere, est l'expression francbe du besoin de tout homme d'obtenir de Dieu le pardon des péchb- Dans chacune de ses strophes on retrouve d'abord rinvocationfc Dieu comme dispensateur unique de la grâce, et l'objet de h prière est tantôt exprimé en termes propres, tantôt dans un langage plus ou moins figuré, dont les formes sont dérivées de celte idée que le péché est une souillure. L'hysope, plante dont latip servait d'ospersoir, n'est mentionné qu'à ce titre poétique; cir rien n'est plus éloigné de la pensée du poëte que d'attribuer tu* valeur intrinsèque à des ablutions purement extérieures. A «i égard, le psaume se rattache de tous points au précédent. Le aeol sacrifice selon Dieu (litt. : de Dieu), c'est-à-dire qu'il agrée coame un moyen d'expiation, c'est un cœur contrit, un repentir sisoèR qui implique l'aveu de la réalité du péché et de sa grandeur, «ib conviction que le péché est une offense directe faite à IXeu, qull n'est pas quelque chose d'accidentel, ou de passager, mais qa'il

PSAUMB LI. 203

tient à la nature de l'homme, à un penchant inné, qui ne permet à personne d'arriver par lui-même à une entière pureté. Enfin le pécheur, à ce point de vue, reconnaît que tout châtiment qui lui est infligé est juste et mérité. Cette dernière déclaration, par laquelle se termine la première strophe, doit être rattachée à ce qui précède par celte pensée non exprimée : tout cela je le dis et reconnais pofiLT que^ etc. Au repentir se joint plus loin le désir d'éviter la rechute ; dans ce but, le psalmiste réclame l'assistance de l'esprit divin.

L'analyse que nous venons de donner du psaume a eu pour but d'en relever le côté qui de tout temps l'a rendu si propre à servir d'expression au sentiment chrétien. Mais avec cela notre tâche n'est pas remplie. Nous avons encore à écarter une interprétation traditionnelle et à examiner si le psaume, d'après sa conception primitive, était directement et exclusivement destiné à servir d'interprète au repentir individuel.

Quant au premier point, tout le monde sait par Tinscription du psaume que très-anciennement déjà les Juifs l'ont rapporté à ï'aflaire de Bathséba (au moyen-âge on songeait aussi à ce qui est raconté 2 Sam. XXIV). Mais le texte ne contient pas la moindre allusion ni à l'un ni à l'autre de ces faits. Ce serait chose assez singulière que David, après avoir traîtreusement fait tuer un serviteur fidèle dont il avait déshonoré la femme, protestât n'avoir de tort que contre Dieu smd, puis priât Keu de le protéger contre le meurtre, et promît de faire en sorte que les pécheurs,' instruits par hii dans les voies de Dieu, se conver- (issent. Mais on n'a qu'à lire les dernières lignes, pour se convaincre que nous sommes ici bien loin de l'époque de David. Le pdéte demande à Dieu de rebâtir les murs de Jérusalem. Ces Hdurs sont donc abattus. Gela est si vrai, qu'on a proposé de tseirancher les dernières lignes et de les considérer comme une additicnùf liturgique pins récente. Nous ne voyons pas la nécessité ^' cette opération du désespoir. Nous entendons dans ùq psaume ' te Voix du peuple Israélite qui déplore ses anciens égarements, ' qm rdcohniît qu'il ne ^ut en obtenir le pardon et, par suite, sa |iropre' 'restauration, que par la grâce de Dieu, et non perdes ' fitefi' sanglants. C'est lé peuple qui, gémissant sous la tyrannie - ^tlrangèrë,! peut' eiprimer la crainte du meurtrev le'eat'^dire de ' l'tttiéaffitiysemeht, et qui, dans la perspective de sa réconciliation ^iBivec^Jëhovar rec(Hinlaît aussi sa miséion providentielle de pro-

pager la vraie religion, ce qui est Tune des grandes idées développées dans la seconde partie du livre d'Ésaïe.

On a prétendu qu'il y avait contradiction entre le dernier distique et ce qui avait été dit quelques lignes plus haut sur les sacrifices. Cette contradiction n'est qu'apparente. Les prophètes, tout en parlant des sacrifices comme ils le font, n'ont pas eu Tidée de les abroger, et de changer le culte public. Le verset final dit donc que lorsque le pardon sera suivi d'une véritable régénération morale, Dieu acceptera avec plaisir, de la main d'un serviteur sanctifié, les ofirandes de sa gratitude.

(Hébr. LU. GrecLI.)

Que te vantes-tu de ta méchanceté, homme puissant?

La grâce de Dieu dure toujours.

Ta langue médite la ruine, Pareille à un rasoir affilé, ô toi, artisan de fraude!

Tu aimes le mal au lieu du bien.

Le mensonge plus que la vérité; Tu aimes les discours pernicieux, langue perfide!

Dieu aussi le brisera pour toujours.

Te saisira, t'arrachera à ta tente.

Te déracinera du pays des vivants.

Les justes le verront, et craindront.

Et se moqueront de lui :

a Le voilà, cet homme qui ne prenait pas Dieu pour boulevsa. jy/,

Qui mettait sa confiance dans sa grande richesse,

Et sa force dans sa méchanceté ! »

Mais moi je serai un olivier verdoyant dans la maison de Diew;

J'ai confiance en sa grâce à tout jamais. Je te louerai toi\jours quand tu l'auras accompli;

J'espère en toi, car tu es bon, En présence de tes fidèles!

PSAUMES Lin. LIV. 205

A qui en veulent ces imprécations ? Les anciens ont découvert dans l'histoire de David le nom d'un employé de Saûl (1 Sam. XXII, 6 suiv.), qui rapporta à ce roi que David avait trouvé un asile momentané chez un prêtre des environs et qui fut ainsi la cause d'un grand massacre d'hommes innocents. Mais de massacres, notre psaume n'en dit mot ; d'hostilités guerrières, pas davantage ; la colère poétique contre un si obscur délateur serait bien déplacée. Et puis, la personne, contre laquelle l'auteur s'emporte, est un menteur ; Doëg n'avait dit que la vérité. Et son châtiment doit devenir un sujet d'actions de grâces solennelles en présence des fidèles dans la maison de Dieu ! Que tout cela cadre mal avec le récit qu'on en rapproche ! que tout cela est impossible à l'époque du fils d'Isaï !

L'olivier verdoyant dans la maison de Dieu ne peut être qu'Israël, sûr de son avenir, en promettant d'avance sa gratitude hautement manifestée quand Jéhova aura abattu le pervers qui en ce moment écrase les fidèles par ses calomnies. Si tout ne nous trompe, ce ne peut être là qu'un de ces misérables, vendus aux dominateurs étrangers et qui, s'étant faits les instruments complaisants de la tyrannie, devinrent la cause première de ce mouvement patriotique et religieux qui finit par amener la liberté.

(Hébr.. LUI. Grec LII.) Voyez notre n® 13.

iH

(Hébr. LIV. Grec UII.)

Dieu I Aide- moi par ton nom ,

Fais-moi justice avec ta puissance 1

Dieu I Écoute ma prière,

Prête l'oreille MJtx paroles de ma bouché!

Car des étrangers se sont levés' eonti^ moi, ' '

Des barbares en veulent à ma vie ; '

Ils ne se soucient pas de Dieu.

206 PSAUMR LV.

Oui, Dieu est mon protecteur,

Le Seigneur soutient raa vie.

Il fera retomber le mal sur f:eux qui me guettent —

Selon ta fidélité extermine- les !

Volontiers alors je t'offrirai mes sacrifices, Je te louerai, ô Éternel, c^r tu es bon.

Quand de toute angoisse tu m'auras délivré,

Et que je pourrai voir avec joie le sort de mes ennemis.

Les ennemis (au pluriel), qui sont des étrangerSy des barbares, hommes violents et cruels, et en même temps des païens, qui ne se soucient pas du vrai Dieu, et contre lesquels on ne se défend qu'au moyen de la prière, décident péremptoirement de la situation qui a inspiré le psaume. Ce n'est pas certes un individu qui parle, encore moins un guerrier qui a lui-même les armes à la main et qui a l'habitude d'en faire usage ; c'est un peuple paisible et opprimé, qui depuis longtemps a perdu jusqu'au souvenir de son ancien courage militaire. Il n'est pas même question d'une invasion récente de conquérants, mais d'une oppression permanante qui menace de réduire la nation à l'extrémité.

Il y a quelques réminiscences dans les expressions, tirées peut-être de psaumes plus anciens ou contemporains (comp. XXVII, 11 ; LU, 11; XXXVI, 2, etc.). Dans la première ligne, le nom de Dieu est un terme consacré pour désigner la personne avec tous ses attributs. Et dans la dernière, le texte dit simplement voir y ce qui implique l'idée du plaisir avec lequel on arrête ses regards sur un objet. Cela se dit surtout relativement à l'ennemi terrassé. Nous avons dû exprimer cela plus explicitement, le verbe voir n'ayant pas ce sens emphatique par lui seul.

(Ilébr. LV. Grec LIV.)

Prête l'oreille, ô Dieu, à ma prière.

Et ne te dérobe pas î\ raa supplication ! Ecoute- moi et exauce-moi !

J'erre en gémissant et je pousse des cris, A la voix (le l'ennemi.

Devant ro])i)ression du méchant.

Car ils font peser sur moi l*avanie,

Es me persécutent avec fureur.

Mon cœur est tourmenté dans mon sein,

Et des terreurs mortelles tombent sur moi. La crainte et le tremblement viennent m'assaillir,

Je suis saisi d'épouvante.

J'ai dit : Que n'ai-je l'aile de la colombe !

Je m'envolerais en un lieu tranqpiille ; Oui, je fuirais au loin,

J'irais demeurer au désert, Je me hâterais de trouver un refuge

Contre la tempête et l'ouragan.

Ânéantis-les, Seigneur ! déjoue leurs complots !

Je vois l'iniquité et la rixe dans la ville. Jour et nuit ils font la ronde sur ses murs ;

Le crime et la violence sont à l'intérieur ; La perversité est dans son sein,

L'oppression et la fraude ne quittent pas la place publique.

Et ce n'est pas un ennemi (jui m'outrage —

Je le supporterais !

Ce n'est pas quelqu'un qui me hait qui fait l'insolent contre moi —

Je pourrais me cacher devant lui I C'est toi, un homme comme moi.

Mon familier, mon intime — Et nous faisions ensemble bonne compagnie.

Nous allions avec la foule à la maison de Dieu !

Que la mort les surprenne !

Qu'ils descendent vivants dans le S'eôl I Car la méchanceté réside au milieu d'eux.

Pour moi, j'invoque Dieu, et l'Éternel me sauvera. Le soir, le matin, à midi, je gémis et me plains. Et il écoutera ma voix.

II nne retire sain et sauf, pour qu'ils ne puissent me toucher;

Car en grand nombre ils sont après moi. Dieu l'entendra et leur répondra de .son trône éternel,

A eux qui ne changent point

Et qui ne craignent pas Dieu.

11 étend ses mains contre ses amis,

Il viole son alliance.

Ses discours coulent comme de la crème,

Et son cœur recèle la guerre ; Ses paroles sont plus douces que Thuile,

Mais ce sont des épées nues.

Rejette sur TÉternel ton fardeau, il te soutiendra ! Il ne laissera pas toujours chanceler le juste.

Toi donc, ô Dieu, Tu les précipiteras au fond du gouffre ! Ces hommes de sang et de fraude

N'arriveront point à la moitié de leurs jours — Et moi je me confie à toi !

Voilà un poëme qui a donné bien du mal aux commentateurs et qui, en etTet, est de nature à créer de sérieux embarras même à ceux qui ne l'abordent pas avec des idées préconçues. Nous appelons tout de suite Tattention de nos lecteurs sur la cinquième strophe (et sur ravant-dcrnière), où il paraît être question d'un individu dont l'auteur avait à se plaindre plus particulièrement. On comprend que ce soit dans cette direction surtout que la conjecture se soit aventurée, et selon le point de vue où l'on se plaçait pour l'interprétation soit des psaumes en général, soit de celui-ci, on n'a pas manqué de découvrir le nom du scélérat qu'on cherchait. Nous citerons à titre d'exemples, Judas Iscarioth , Pas'^our (Jér. XX), Ahitofel, le confident d'Absalom. Ce dernier a dû être préféré par tous ceux qui croyaient ou qui croient encore à l'autorité des inscriptions. Or, il sera curieux de remarquer que le poëte se trouve, avec cet ennemi, dans la même ville, qu'il voudrait bien s'en aller et fuir, s'il le pouvait, qu'il est obligé de supporter les outrages de cet insolent adversaire. Figurez- vous maintenant que celui qui parle soit David : il n'est donc pas en fuite devant son fils ; la révolte n'a pas éclaté, mais elle se prépare. Le roi en a connaissance : au lieu de l'étoufTer en un tour de main, il compose des psaumes ; au lieu de prévenir et de déjouer les menées du fils rebelle, il ne voit que son conseiller; au lieu de faire appréhender celui-ci au corps, il le laisse faire eL se contente de le maudire ! Ajoutez à cela qu'il n'est pas question de menées révolutionnaires contre l'autorité légitime qu'aurait è revendiquer pour lui-même l'auteur du psaume; au contraire,

celui-ci est la victime de l'oppression ; Fadministration et la justice sont désorganisées, la violence et le désordre régnent dans la ville, et le roi aligne des vers lamentables. Quel tas d'absurdités ! Nous ne nous y serions pas arrêté un instant, s'il n'y avait encore tant de gens à courte vue qui se plaisent à les répéter. Et il est bon qu'au moins dans quelques occasions on signale les incongruités auxquelles aboutissent les errements de Texégèse traditionnelle.

Il y aurait à dire bien des choses aussi à l'égard des autres conjectures proposées de côté et d'autre ; mais nous nous bornerons à faire observer qu'à défaut de noms propres et d'autres indications plus précises dans le texte même, et en présence du fait bien positif de notre ignorance relativement aux détails de Thisioire, c'est une témérité de vouloir découvrir ce qu'il n'a pas plu à l'auteur de nous dire explicitement. Mais nous irons beaucoup plus loin et nous demanderons qu'on nous prouve d'abord la nécessité de songer à un individu comme étant le principal objet des invectives contenues dans le psaume. Comment une poésie d'une portée si restreinte, si évidemment personnelle (comme on la suppose), pouvait-elle devenir un cantique de la communauté? Puis, qu'on le remarque bien, le singulier alterne avec le pluriel : fes strophes 2, 4, 6, 7, 9 parlent des ennemis, la b"" et la 8** sont, ^^ beau milieu des autres, les seules qui semblent individualiser ^® tableau. Eh bien, nous soutenons que partout il s'agit des 'ûôines personnes; le tableau devient portrait, par l'entrain P^tique du discours, tout aussi naturellement que c'est le cas pour la personne qui parle, et dans laquelle nous ne reconnaisses pas non plus un seul individu, mais, comme presque Partout, la société religieuse, la classe d'Israélites qui s'inspi- ^^^nt des sentiments généralement exprimés dans les psaumes. ^^^^z donc combien ici le mouvement lyrique est fortement °^^Tqué ; sans parler de cette belle troisième strophe, remarquons ^* l)rusque transition d'une strophe à l'autre, presque partout "^ïisle psaume. Ce fait est si saillant, qu'on a cru à des lacunes, ^l^*Oîi a proposé d'en intervertir l'ordre (pour rapprocher par ^^^mple la 8* de la 5% la 6* de la 4% etc.).

I)e feit, la situation dessinée est celle que nous connaissons par

^^ nombreuses autres pièces. La population est divisée ; une

^rlîon opprime l'autre ; ce ne sont pas des ennemis extérieurs,

*^s haines nationales dont on scr plaint, mais ce sont des Israé-

210 PSAUME LTI.

lites, des compatriotes, des (soi-disant) coreligionnaires (sir. Les honnêtes gens n'ont plus le moyen de se défendre; gémissent, ils tremblent, ils se laissent aller à Timprécation, n ils ne perdent pas de vue le seul et souverain régulateur destinées humaines, dont ils implorent la justice, bien qu*a une certaine, nous oserons dire une légitime impatience.

Nous n'avons nulle part changé le texte, quoiqu*il parai avoir souflert en plus d'un endroit et que les traducteurs grecs suivent un autre, souvent moins clair encore. Nous signalen surtout comme douteuses, soit pour le sens, soit pour la leç la première ligne de la 6*" strophe, les dernières de la 7*, la p mière de la 9"". A l'égard de ces passages, notre traduction plus ou moins conjecturale. A la 4" strophe nous avons mi déjoue leurs complots, là où l'original dit : divise leur langaf Cette formule doit sans doute être expliquée par Thistoire de tour de Babel.

(Ilébr. LVI. Grec LV.)

Aie pitié de moi, 6 Dieu, les hommes s'acharnent contre moi:

Tout le jour on me combat, on m'opprime. Tout le jour ils s'acharnent contre moi, ceux qui me guettent,

(^r ils sont nombreux, ceux qui me combattent insoleromoi

Au jour (le mon alarme, c'est à toi que je me confie : Je louerai Dieu dans mes discours, Je me confie en Dieu, je ne crains rien ; Que pourrait me faire un mortel ?

Tout le jour ils nuisent à ma cause.

Contre moi ils trament de mauvais desseins.

Ils se liguent, ils complotent, ils épient mes pas. Parce qu'ils en veulent à ma vie.

Dans le crime ils cherchent le salut.

Abats les peuples dans ta colère, ô Dieu !

Toi, tu tiendras compte de ma vie errante. Mes larmes sont déposées dans ton outre.

Oui, et dans ton livre.

Alors mes ennemis reculeront au jour où je t'invoque.

!Ieci je le sais : Dieu est pour moi !

Je louerai Dieu dans mes discours,

Je me confie en Dieu, je ne crains rien ;

Que pourrait me faire un mortel?

le te devrai, ô Dieu, mes promesses votives;

Je m'acquitterai envers toi de mes actions de grAces, Quand tu auras sauvé ma vie de la mort,

Oui, et mes pieds de la chute.

Pour marcher devant toi à la lumière de la vie.

Les ennemis dont on se plaint sont encore mis au pluriel ; ce nt même des peuples, c'est-à-dire des païens. Il en résulte que mité qui leur est opposée n'est pas précisément un individu, ais un être collectif, naturellement le peuple de Dieu, dans la aie acception du mot. Il n'y a pas moyen de préciser rien de us.

Le psaume n'est pas sans difficultés. Ainsi nous nous sommes

ermis de corriger la 2® ligne de la 2*^ strophe, d'après la 5® qui

oit être exactement la même, et de la traduire d'après les LXX :

^ discours, tandis que l'hébreu dit la première fois : ses discours

romesses, paroles) ; la seconde fois il n'y a pas de pronom du

U. Ce vers, d'ailleurs, ainsi que le dernier de la troisième

>phe, a donné lieu à des interprétations très-diverses, et la

•e n'est rien moins que sûre. Le livre de Dieu, dans lequel est

rit tout ce dont il veut se souvenir, est une image assez

ue ; celle de l'outre où il recueille les larmes des affligés

le même but) ne se renconlre qu'ici.

(Ilébr. LVII. Grec LVI.)

pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi ! C'est vers toi que s'est réfugiée mon âme.

sous l'ombre de tes ailes que je me réfugierai encore, ^usqu'à ce que la tourmente soit passée.

puerai le Dieu suprême,

? Dieu qui a^it en ma faveur.

212 PSAUME Lvn.

Du haut du ciel il enverra pour me sauver,

Dieu enverra sa grâce et sa fidélité.

Celui qui s'acharne contre moi me honnit :

Au milieu des lions furieux je suis couché, D*hommes dont les dents sont des lances et des flèches,

Et la langue une épée tranchante.

Élève-toi au-dessus des cieux, ô Dieu !

Que ta majesté apparaisse sur toute la terre!

Ils ont tendu un piège à mes pas,

Mon âme y succombe; Ils ont creusé une fosse devant moi :

Ils tombent dedans.

Mon * cœur est ferme, ô Dieu, mon cœur est ferme * ;

Je chanterai, je psalmodierai.

Sus, mon âme'! sus, lyre et harpe!

Je veux réveiller l'aurore.

Je te célébrerai parmi les peuples, ô Seigneur ♦ !

Je te psalmodierai parmi les nations.

Grande est ta grâce jusques aux * cieux,

Ta fidélité va aussi loin que les nuées.

Élève-toi au-dessus des cieux, ô Dieul

Que* ta majesté apparaisse sur toute la terre 1

Ce psaume a une forme très-régulière, et n'est pas sans vivaci poétique. Mais il est peu original et contient une série de rém niscences dans les expressions et dans les images (XXXVI, 6, 8 LVI, 2, 3, etc.). Est-il d'un auteur qui s'est copié, ou d'uncomp lateur? A son tour il a été l'objet d'un plagiat plus patent enca (Ps. CVIII).

Le sujet est fort simple : c'est une prière adressée à Jéhova p Israël (ce que nous n'avons plus besoin de démontrer contre ce?^ qui voient ici David dans la caverne) ; c'est une situation triste périlleuse qui inspire le début, c'est une puissante convicti

1 A partir d^ici le texte de ce psaume est reproduit une seconde fois wtc fM^T' variantes y sous le «*> CVTII hébr. CVII grer, — ^ La répétition est omise dans Tiw/J texte. — 3 Oui, mon âme. Ces mots sont joints à la ligne précédents, oé ils jiW/* faire. — 4 Éternel. — ^au-dessus des — ^ Et que.

PSAUME LVllI. 213

religieuse qui a dicté la fin. On a tort d*en conclure que le psaume a été composé en deux fois, avant et après une délivrance. Du reste, la langue comparée à une épée, le piège tendu, etc., nous font voir qu'il ne s'agit pas d'hostilités à main armée.

Il y a cependant deux endroits d'une obscurité toute particulière et déjà anciennement sentie, comme le prouve la traduction grecque. C'est d'abord la seconde strophe, où les mots : Celui qui s^ acharne contre nwi honnit (sans régime), se trouvent intercalés dans l'original entre la première et la seconde ligne. Puis le texte continue : Mon ânie au milieu des lions y je suis couché, les furieux, les hommes,... Nous avons cherché à donner un sens à ces éléments décousus, par des transpositions plus ou moins hardies et naturellement sujettes à caution. Nous affirmons seulement que les essais antérieurs pour retrouver la pensée de l'auteur dans les mots du texte reçu, nous ont paru tout à fait inacceptables. Du reste, la grâce et la fidélité sont ici personnifiées, comme des messagers de Dieu.

Dans la 3'^ strophe, la seconde ligne, pour laquelle nous avons adopté, faute de mieux, l'interprétation assez généralement reçue, est plus que douteuse. Le parallélisme fait complètement défaut ; on attend qu'il soit dit : ils s'y prennent (dans le piège), au lieu de: m(yn âme succombe (se courbe). D'ailleurs, nous le répétons, oous regardons cette assertion comme formulée, non par l'expérience du fait, mais par l'espérance du coBur ferme qui sait que la &^Qe de Dieu est grande.

(Hébr. LVIIl. Grec LVII.)

^""il bien vrai que vous parlez selon la justice? Est-ce selon le droit que vous ju^ez les hommes? Oui! de cœur vous pratiquez l'iniquité, C'est la violence que vous débitez à plaines mains dans le pays !

^ méchants ont quitté la bonne voie depuis leur naissance,

Depuis le ventre de leur mère les menteurs se sont fourvoyés. U» venin est pareil au venin du serpent,

Ils sont comme la sourde vipère qui ferme ses oreilles,

n'écoute point la voix du charmeur,

Du magicien instruit dans son art.

Dieu ! brise-leur les dents dans la gueule,

Fracasse, 6 ÉteiTiel, la mâchoire à ces lions î Qu'ils se dissipent comme Teau qui s'écoule;

S'ils ajustent leurs flèches, qu'elles soient comme émoussées; Pareils à la limace, qu'ils se fondent en marchant,

Comme l'avorton d^une femme, qu'ils ne voient pas le soleil. Avant que vos chaudières ne sentent la ramée.

Verte ou sèche, que le tourbillon l'emporte !

Le juste se réjouira quand il verra la vengeance : Il baignera ses pieds dans le sang des méchants.

Et Ton dira : Oui, pour le juste il y a une récompense, Oui ! il y a un Dieu qui gouverne la terre I

Plainte et imprécation contre des juges injustes. II ne faut pas un grand effort d'esprit pour comprendre que ce n'est pas David qui se récrie contre la manière dont Absalom administrait la justice (2 Sam. XV, 2 et suiv. ! !), mais que c'est Israël, dans ses mauvais jours, qui est poussé au désespoir par les méchants^ païens ou indigènes, qui le vexent et l'oppriment. Lejusle qui se réjouira quand il verra la vengeance, et dont le rétablissement du droit et de la probité assurera le bonheur, ne saurait être un roi, qui n'avait qu'à dire un mot pour mettre le holà aux menées des coupables ; c'est une population injustement opprimée qui espère voir un jour que son Dieu n'a pas encore abdiqué.

Le sens général du psaume n'est pas douteux ; mais la variété des images à peine indiquées, la vivacité d'un langage passionné, l'originalité de plusieurs tournures, et sans doute aussi l'ignorance des copistes, ont rendu le texte obscur, et les anciens traducteurs déjà, comme les commentateurs modernes, se divisent sur une foule de détails et confessent ou démontrent l'incertitude du sens. Notre traduction, à son tour, n'a ni le droit ni la prétention de se dire plus sûre. Nous ne relèverons ici que quelquesunes des difficultés qu'il y aurait à signaler.

Str. 1 : Nous avons simplement omis (avec les Septante) le second mot du psaume {éleni), qui, d'après l'étymologie, pourrait signifier le silence, ou le mutisme. On entrevoit de combien de manière le silence de la justice a pu être interprété dans ce contexte, sans offrir un sens assez naturel pour être adopté généralement. D'autres ont proposé de lire éllm et de traduire au

PSAUMK LVIIK 215

vocatif: dieux, ou puissants, ce qui devait être une apostrophe adressée aux juges iniques. On citait des passages (Ps. LXXXII, 6. Exod. XXI, 6; XXII, 7 et suiv.), où Ton prétendait que les magistrats étaient désignés par ce terme honorifique, comme représentants de la divinité. En omettant le mot purement et simplement, nous avouons ne pas le comprendre. A la rigueur nous pourrions, en changeant une seule lettre, mettre le pronom vous y mais cela donnerait un sens tellement facile qu*on ne comprendrait pas Torigine de la variante. — Dans la dernière ligne, il faudrait traduire à la lettre : cous pesez la violeyicede vos mains. Peser est ici pris dans le sens commercial, où le vendeur cède la marchandise à l'acheteur au moyen d'un pesage préalable. On n'a pas besoin de songer à la balance de Thémis.

Dans la deuxième strophe, point d'obscurité. Le premier distique doit exprimer l'idée d'une mauvaise volonté enracinée, devenue une autre nature. L'image du serpent nous rappelle un art qui s'exerce encore aujourd'hui en Egypte, et par lequel on rend inoffensifs les serpents venimeux. Les anciens y voyaient un art magique. La surdité prétendue de l'animal représente l'inefficacité réelle de l'art, dans certains cas, et peut servir ici à caractériser l'endurcissement des hommes dans le mal.

La 3* strophe, destinée à provoquer la vengeance du ciel contre les malfaiteurs, est la plus difficile, l'auteur ne faisant qu'ébaucher une série de comparaisons, en partie peu transparentes. D'abord les méchants juges sont comparés à des bêtes féroces et Dieu est prié de leur briser les dents ; ensuite ils doivent ressembler à de Feau qui s'écoule, qui se perd dans le sol et ne laisse guère de traces après elle; à un limaçoQ dont la marche laisse sur la terre une traînée de matière gluante, de sorte que le préjugé populaire pouvait y voir une dissolution graduelle de l'animal lui-même (la significalion du mot que l'on traduit par linuiron, est pourtant contestée); enfin à un avorton qui est mort avant de naître. Toutes ces images symbolisent une ruine rapide et complète. Mais il y en a deux autres au sujet desquelles la science philologique confesse son insuffisance ; c'est celle des flèches, et celle de la chaudière. Quant à la première, le texte parle de bander les flèches (au lieu de l'arc), mais on ne voit pas bien qui doit les bander, ni à quel effet ; le mot émoussé que nous employons est le produit d'une conjecture ; et quant à la chaudière, il n'y a pas un mot dans toute la phrase doni le sens soit sûr. Notre traduction doit exprimer l'idée que la

vengeance divine surprendra inopinément les méchants, comit Touragan qui éteindrait un feu de fagots avant que la chaudièi fût chauU'éc.

(Hébr LIX. Grec LVIII.)

bélivre-inoi de mes ennemis, ô mon Dieu,

Mets-moi hors de l'atteinte de mes advei'saires ! Délivre-moi de ceux qui pratiquent l'iniquité,

Et des hommes sanguinaires sauve-moi !

Car, vois-tu, ils me dressent des embûches ;

Des hommes farouches se liguent contre moi ;

Sans ma faute, sans mon tort, ô Éternel ! Sans que je sois coupable, ils accourent, ils prennent position.

Lève-toi, viens au-devant de moi, regarde !

Tu es bien lahewch-Dieu, ÇebaôJ, le dieu d'Israël, lléveille-toi pour regarder après tous ces païens!

Ne fais point grâce à tous ces traîtres impies ! Chaque soir, hurlant comme des chiens, ils viennent parcourir la wî

Vois-tu, de leurs lèvres ils protèrent des injures ;

Leur bouche dit : Eh ! qui l'entend ? Mais tois. Éternel, tu ris d'eux,

Tu te moques de tous ces païens.

0 toi, qui es ma force, à toi je regai'derai ;

Dieu est mon boulevard, mon Dieu gracieux !

Dieu viendra au-devant de moi,

Il me fera contempler à l'aise ceux qui me guettent. Ne les égorge pas, de peur que mon peuple ne l'oublie, Chasse-les par ta puissance, jette-les par terre,

O Seigneur, notre bouclier !

Chaque parole de leurs lèvres est un péché dans leui" bouclwîj Puissent-ils être pris dans leur outrecuidance.

Pour les malédictions et les mensonges qu'ils pi-olèreiit! Extermine-les dans ta fureur,

Extermine-les et qu'ils ne soient plus.

Pour qu'on sache jusqu'aux extrémités de la terre, Que Dieu règne sur Jacob !

Et chaque soir, hurlant comme des chiens, ils viennent parcourir la ville.

Hé bien ! qu'ils rôdent pour chercher leur nourriture !

S'ils ne trouvent point à se rassasier, qu'ils y passent la nuit ! Mais moi je chanterai ta puissance, Et je célébrerai avec allégresse ta grâce chaque matin,

Car tu es pour moi un boulevard,

Mon refuge au jour de la détresse.

0 toi qui es ma foi*ce, à toi je psalmodierai.

Dieu est mon boulevard, mon Dieu gracieux !

Malgré les différents refrains qui caractérisent ce psaume, et qui paraissent lui donner une forme artificiellement régulière, nous ne réussissons pas à le diviser en strophes égales. Quant au sens, nous y rencontrons plus d'obscurités encore que dans les morceaux précédents. Car ce ne sont pas seulement certains vers qui se refusent à une interprétation nette et certaine, l'ensemble même est moins clair que dans les pièces analogues. Ce qui est positif, c'est qu'il ne s'agit pas d'un siège de Jérusalem, ou de telle autre ville, comme on a voulu le tirer des strophes 2 et 6, où l'on traduit la phrase : parcourir la ville, par cerner (comp. LV, 11). Bien moins encore peut-il être question de l'exégèse traditionnelle qui prétend y trouver des allusions au fait relaté 1 Sam. XIX, où des émissaires de Saûl voulaient s'emparer de la personne de David. Figurez- vous donc ces émissaires faisant chaque soir des tours de patrouille par la ville, proférant des jurements, hurlant comme des chiens, et cherchant — leur nourriture ! ! Et puis David, ainsi averti, au lieu de songer à temps à sa sûreté, composant encore des psaumes !

Nous affirmons encore une fois que celui qui, dans ce poëme, se dit eu butte à d'odieuses vexations, ne saurait être un individu, et que ce n'est pas non plus quelqu'un qui serait en mesure de se défendre les armes à la main. Les ennemis sont bien nommés des hommes sanguinaires, mais ils ne nous sont point représentés comme des militaires. Il s'agit bien plus d'injures, de mensonges, de paroles méchantes, de malédictions, d'iniquités, et ces accusations se répètent à chaque strophe, de sorte que l'on voit bien qu'il s'agit d'une oppression civile et non de massacres ou de razzias guerrières. De plus, il est question ici, à côté des traîtres (ou apostats) que nous avons rencontrés plusieurs fois déjà, d'oppres-

seurs païens, qu'il nous sera permis de regarder comme les véritables auteurs des avanies dont le psalmiste se plaint. A eux sont opposés les innocents, des hommes qui souffrent sans leur faute, sans tort de leur part, en un mot, des hommes paisibles et désarmés qui n'opposent à leurs tyrans que des prières, des soupirs et, ce qui n'est pas moins naturel et excusable, des imprécations. Nous disons des hommes (au pluriel), car le psalmiste appelle Dieu notre bouclier, le Dieu à'israëly le roi de Jacob ; c'est donc au nom d'une population fidèle qu'il parle, ce sont les sentiments de celle-ci qu'il veut exprimer. Les quelques termes militaires employés par ci par là (dresser des embûches, se liguer, être posté, boulevard), sont des tournures poétiques et ne sauraient infirmer notre manière de voir.

Le texte a positivement souffert en quelques endroits. Ainsi il est hors de doute que la fin de la 3° strophe (texte reçu : sa force) doit être corrigée d'après le refrain à la fin de la 6®. Nous avons aussi pris de là les trois derniers mots {mon Dieu gracieux) ^ qui autrement manqueraient au v. 10, le texte reçu les joignant au 11*" (4*^ strophe), mais de manière qu'on y lit: sa grâce. Les Rabbins eux-mêmes signalent une variante et les anciens traducteurs autorisent jusqu'à un certain point la conjecture. — Nous estimons aussi que le commencement de la 3® strophe est corrompu. Le texte reçu dit : de leur bouche ils profèrent, des épées sur leurs lèvres, car qui entend! Cela ne donne pas de sens, de quelque manière qu'on le tourne. Il faudrait au moins un régime au mot proférer. Nous avons changé les épées {harabot) en injures {harafot) ; et nous mettons sur les lèvres des oppresseurs ces mots : Eh ! qui l'entend ? c'est-à-dire, qui nous demanderait compte de nos actes?

Faisons encore remarquer que le mot Çebaôt (anciennement : [le dieu] des astres) est déjà devenu un nom propre (Rom. IX, 29. Jacq. V, 4), ce qui concourt à faire reconnaître l'origine assez récente du psaume. — Une petite diflSculté résulte aussi de ce que le poëte demande à Dieu de ne pas égorger les tyrans, tandis qu'immédiatement après il veut qu'ils soient exterminés. Entendil parler d'une ruine plus lente, ou plus terrible que la mort, pour que le souvenir s'en conserve mieux ? — Disons aussi que les phrases de la 6" strophe, qui parlent de nourriture et de rassasiement, ont été traduites à tout hasard, comme une imprécation. Généralement on y voit le tableau d'une situation présente dont

luleur aurait à se plaindre, mais personne ne sait expliquer 1 juste, dans ce cas, ce qu'il veut dire par la nuit passée sans anger.

(Hébr. LX. Grec LIX.)

Dieu ! lu nous as rejetés, tu nous as écrasés ;

Tu as été courroucé — rends-nous ta grâce! Tu as ébranlé le pays, tu Tas déchiré,

Répare ses brèches, car il chancelle.

Tu as durement traité ton peuple.

En guise de vin tu nous as fait boire le vertige.

Tu as donné à ceux qui te craignent un signe de ralliement

Pour s'y réfugier devant l'arc :

Pour* que tes bien -aimés soient sauvés.

Aide-nous de ta droite, exauce-nous !

Dieu a juré par sa sainteté : a Je triompherai !

S'ekem sera ma part.

Sur la plaine de Soukko^ j'étendrai le cordeau !

A moi G'iie'ad, à moi ' Menass'eh ; Ëphraîm est le rempart de ma tète,

Juda mon sceptre.

Moab est le bassin où je me baigne.

Sur Édom je jette mon soulier ; Sur moi, Philistie, pousse des cris ' ! »

Qui est-ce qui me conduira en un lieu fortifié^?

Qui me mène jusqu'en Édom?

Ah ! Dieu, toi * tu nous as rejetés.

Tu n'as point marché avec nos bataillons ! Donne-nous ton secours contre l'ennemi.

Vaine est l'aide des hommes !

C'est avec Dieu que nous vaincrons.

C'est lui qui foulera aux pieds nos ennemis !

A paritr d*iei le texte de notre peauuhe est reproduit dans la seconde partie du

CVIIJ <>CM ^ variantes qui suivent. — ^ Et à moi. — ^ Sur la Philistie je pousse

cris. Cette leçon est la seule préférable dans le second texte. Mais on obtiendrait le

\€ sens dans le nôtre au moyen d^un simple changement de voyelle^ *alê pour 'alaï :

la Philistie mon pousser des cris. — "* Le Ps. CVIII emploie ici un terme syno-

£ pins usité. — ^ Toi; innis.

Voici maintenant un psaume qui se rapporte nécessairement à un événement militaire. L'inscription veut l'expliquer en mentionnant toute une série de victoires et conquêtes de David. Les exégètes modernes qui , tout en maintenant l'autorité des anciennes inscriptions, ne peuvent se refuser à l'évidence d'après laquelle le psaume a été inspiré par une défaite, en ont imaginé une exprès (voyez l'introd. au Ps. XLIV, hébr.). Le fait est que riiistoire connue de David ne contient absolument rien qui puisse expliquer notre texte. Plus tard les occasions n'auront pas manqué, mais, si tout ne nous trompe, la 3^ strophe nous doit empêcher de songer à l'époque des deux royaumes. Or, conmie après l'exil Israël n'a plus fait de guerres, nous sommes naturellement conduits à songer à quelque fait d'armes malheureux du temps des Machabées.

La V strophe constate simplement la défaite, et s'il pouvait rester un doute à cet égard, la 4** le dissiperait, où les expressions sont bien plus nettes encore et où d'ailleurs, pour achever la démonstration, nous rencontrons toute une phrase du Ps. XLIV, V. 10, qui se rapporte soit au même événement, soit à quelque chose d'analogue (pour le m7t dn vertige^ voy. Es. LI, 17, 22. Jér. XXV, 15, etc.).

La 2° strophe, qui forme une espèce de transition à la prière et à l'espérance, commence par une phrase très-diversement traduite. Nous l'avons prise dans ce sens, que l'armée battue a trouvé quelque pari un point de ralliement, suffisamment protégé pour ne pas être tout à fait anéantie. Beaucoup de commentateurs traduisent : pour iwus lever à cause de la vérité j et ils voient là l'indice de ce que les guerres (de David) étaient des guerres de religion (?) et que cette strophe parle du motif de la guerre et non de son résultat provisoire.

La 3*^ strophe est très-originale et en même temps très-poétique. Le poëte, soit pour ranimer l'espérance et le courage des siens, soit pour déplorer plus éloquemment le malheur récent, introduit Jéhova promettant à Israël, sous la foi du serment, la possession de tout Canaan et même la victoire sur les peuples voisins. On n'a pas besoin de prendre ce passage pour la copie textuelle d'un ancien oracle ; c'est le résumé des espérances nationales, savoir l'idée (qui domine aussi chez les prophètes) de la restauration de l'empire de David. Sicliem et Soukkol, deux endroits nommés déjà dans l'ancienne histoire, représentent l'un le pays en deçà,

l'autre le pays au delà du Jourdain. Il en est de même de G'ile'ad et Menass'eh pour la partie orientale, d'Éphraïm et de Juda pour la partie occidentale. Le casque et le sceptre sont ici les attributs d'un roi guerrier, sous la figure duquel Jéhova est représenté. Le bassin pour le bain de pieds, et le soulier jeté sur un objet, sont les symboles de l'asservissement. Les cris poussés sont nécessairement ceux du triomphe ; et c'est un motif pour nous de préférer la leçon recommandée dans la note.

La 4® strophe se replace au point de vue de l'actualité. Elle contient cependant une phrase dont le sens nous échappe, parce qu'elle fait allusion à une circonstance toute particulière et aujourd'hui ignorée. Qui est-ce qui me mène en Édom? ^o\is \ienche' rions cependant pour l'explication que voici : Tout à l'heure il était dit : Sur Édom je jette mon soulier — je serai vainqueur ! La question peut donc signifier : qui est-ce qui me mettra à l'abri d'abord, et puis me donnera cette victoire promise ?

(Hébr. LXI. Grec LX.)

Écoute, ô Dieu, mes cris!

Prête roreille à ma prière !

Du bout de la terre je t'invoque

Dans la défaillance de mon cœur;

Sur un rocher, trop haut pour moi,

Toi, tu voudras me conduire !

Car tu es pour moi un refuge,

Une forte citadelle contre Tennemi.

Puissé-je toujours demeurer sous ta tente,

Me réfugier à Fabri de tes ailes I

C'est toi, ô Dieu, qui écoute mes vœux,

Tu assures l'héritage de ceux qui te craignent.

Aux jours du roi ajoute des jours ;

Que ses années durent d'âge en âge !

Qu'il demeure à jamais en présence de Dieu !

Envoie ta grâce et ta fidélité pour le garder!

Ainsi je psalmodierai sans cesse à ton nom,

Pour m'acquitter de mes vœux jour par jour !

222 PSAUMB LXll.

D est évident que Fauteur de ce psaume se trouvait loin de sa patrie ; mais il ne paraît pas exprimer direclement le désir d'y retourner, comme on le suppose communément. Du moins la 2^ strophe ne semble pas destinée à formuler ce désir. Pour un pieux Israélite, Jéhova est une citadelle, un refuge, partout où il se trouve ; sa (ente est partout où Ton reste en communion avec lui, et Vhéntage assuré à ceux qui le craignent, n*est pas seulement la terre de Canaan, mais encore la somme des biens spirituels qui sont Tapanage des adorateurs du vrai Dieu. Les psaumes ont largement contribué à spiritualiser le langage de TAncien Testament, et à préparer celui du Nouveau. Le rocher élevé est, dans le style poétique des Hébreux, le symbole soit de la sécurité, soit de la protection ; celles-ci ne pouvant être obtenues qu'avec l'aide de Dieu, il est dit que le rocher est trop haut, pour que Thomme puisse en atteindre le sommet de ses propres forces.

Nous avons donc devant nous la prière d'un Israélite vivant à Fétranger, dans un pays très-éloigné de la Palestine, et déclarant, d'une manière on ne peut plus simple, que, malgré cet éloignement local, il ne se croit ni ne se sent séparé de son Dieu. La seule difficulté réelle et insurmontable, dans cette pièce, c'est de dire de quel roi il peut être question dans la dernière strophe. L'opinion traditionnelle, qui identifie ce roi avec le poète, et qui songe à la fuite de David devant Absalom, ne mérite plus même l'honneur d'être mentionnée. Mais hors de là le champ des conjectures est vaste et nous pensons qu'il ne faudra pas même exclure la possibilité qu'il s'agisse d'un roi étranger sous le sceptre duquel l'auteur a pu vivre (comp. Ps. LXXII, hébr.;.

(Hébr. LXII. Grec LXI.)

En Dieu seul mon àme se repose :

C'est (le lui que me vient le salut.

Lui seul est mon rot^hcr et mon salut,

Ma citadelle, où je ne chancellerai point.

Jusqu'à quand vous ruerez-vous sur un homme, Le briserez- vous tous, comme un mur qui |)enche. Comme une cloison renvei'sée ?

De le renverser de sa hauteur, voilà ce qu'ils méditent;

Ils prennent plaisir au mensonge:

Avec la bouche ils bénissent, et maudissent au fond du cœur !

Repose- toi seulement en Dieu, ô mon âme!

Car c'est de lui que vient mon esj)érance. Lui seul est mon rocher et mon salut,

Ma cidatelle où je ne chancellerai point. C'est en Dieu qu'est mon aide et ma gloire;

Le rocher de ma force, mon refuge, c'est Dieu 1

Confiez- vous en lui en tout temps, ô peuple!

Épanchez devant lui votre cœur !

Dieu est notre refuge.

Les mortels ne sont que vanité,

Les fils de l'homme que néant;

Mis dans la balance, ils sont moins qu'un souffle tous ensemble. Ne vous en remettez pas à l'oppression. Dans la rapine ne mettez pas un vain espoir ;

Si votre opulence s'accroît, n'y attachez pas votre cœur !

Dieu a dit une chose.

Deux que j'ai entendues:

«C'est que la puissance est à Dieu, Et à toi. Seigneur, la grâce aussi ! j) Tu rendras à chacun selon ses œuvres.

Ce psaume rentre dans la classe nombreuse de ceux dans ^^squels l'exégèse vulgaire croit découvir le roi David fuyant devant son fils, et que l'exégèse rationnelle explique beaucoup C:ilus simplement par la situation d'Israël opprimé par ses maîtres E^aïens. ÎJ homme sur lequel le monde se rue, et qui est comparé =^ un mur déjà à moitié renversé et dont la ruine complète ne cJemande plus beaucoup d'efforts, est un être collectif, et l'auteur l\ii-même le nomme peuple, quelques lignes plus loin. La hauteur, tje laquelle on le fait tomber, c'est son antique et glorieuse indépendance nationale, le trésor de ses souvenirs et de ses espérances ; mais il est sûr de les conserver tant qu'il cherchera son aide et son salut dans la seule citadelle imprenable, à laquelle il peut se confier sans avoir à craindre une amère déception. Les forces brutales du monde, la violence, les richesses terrestres, ne

224 PSAUMB LXIII.

sont rien en comparaison du pieux attachement à Jéhova, la protection des mortels ne contrebalancera jamais celle c Très-Haut.

Le psaume se résume par une double vérité : Dieu est puissac Keu est gracieux ; c'est la consolation du présent et le gage i Tavenir. Quand la poésie est amenée à énoncer un nombre, la 1 du parallélisme exige que ce nombre ne soit indiqué que dans seconde ligne ; la première donne toujours un autre nombr inférieur d'une unité. La plupart des traducteurs» méconnaisse cette règle, se sont étrangement trompés sur le sens du texte, ont mis : Dieu a dit une fois et deux fois : Il est puissant ! < manière à séparer complètement de cette phrase celle qui suit.

(Hébr. LXIII. Grec LXII.)

Dieu 1 tu es mon Dieu que je cherche ;

Mon âme a soif de toi,

Ma chair languit après toi, Gomme une terre aride, épuisée, privée d*eau.

Aiasi dans le sanctuaire je t'ai contemplé,

Pour voir ta puissance et ta jfloire.

Mieux vaut ta grâce que la vie:

Aussi mes lèvres te glorifieront-elles.

Aiiifii je te bénirai toute ma vie;

p]n ton nom je lèverai mes mains.

Comme de moelle et de graisse mon Ame sera i*assa VA avec des lèvres joyeuses ma bouche te célébrera.

Quand je pense à toi sui* ma couche,

Je passe les veilles à médiiei* sur toi.

Car tu m'as été en aide, Kt à l'ombre de tes ailes je chante de joie.

Mon ame s'attache à toi,

Et ta droite me soutient.

Mais ceux qui cherchent ma l'uinc Doscendron! au fond do la terro.

On les livrera à la puissance de l'épée ;

Us seront la pari des chacals.

Mais le roi se réjouira en Dieu :

Quiconque jure par lui se glorifiera,

Quand la bouche sera fermée aux menteui's.

Dans la l"^ strophe le texte reçu porte : Da^is une terre aride, etc. C'est là ce qui a donné lieu à Tinscription d'après laquelle David aurait composé ce psaume au désert. Mais cette combinaison est écartée par le fait que le poème fait mention du sanctuaire, et d'un roi qu'il est impossible d'identifier avec le poète (comp. Ps. 61).

Du reste, il n'y a aucune allusion historique assez précise pour

.*<ervir à déterminer l'époque ou l'occasion de la composition de

oetle pièce. Nous exprimerons seulement la conviction qu'il ne

3 y agit pas d'un sentiment personnel, d'une situation individuelle,

is, comme dans la plupart des cas, de la communauté entière,

ses aspirations et de ses vœux. La position du peuple n'est

s dépeinte comme malheureuse ; le poëme se résume dans lïdée

son attachement religieux inébranlable et confiant à Dieu, et

l'espoir qui en est la conséquence. On voit cependant encore

' Jsraël a des détracteurs qui cherchent sa ruine ; ils sont

F^i:>elés menteurs, calomniateurs, et sont menacés d'extermina-

; leurs cadavres seront engloutis par la terre ou dévorés par

chacals. Cela nous laisse entrevoir encore une fois que le roi

^ la dernière strophe est un prince qui a puissance sur Israël,

^^^uel ce peuple a dû prêter serment, et dans la justice duquel il

' sa confiance maintenant qu'il est desservi auprès de lui. En

un cas il n'est question ici d'une époque où Israël revendiquait

droits les armes à la main.

(Hébr. LXIV. Grec LXIII.)

ficoute, ô Dieu, ma voix quand je gémis !

Quand Tennemi m'effraie, garde ma vie !

Mets-moi à l'abri des complots des scélérats,

De l'emportement de ceux qui pratiquent l'iniquité,

Qui aiguisent leur langue comme une épée,

Qui décochent leur flèche, des paroles empoisonnées,

Pour frapper l'innocent en cachette.

226 PSAUME LXiV.

A rimproviste ils le frappent, sans scrupule;

lis assurent leur mauvaise cause,

Ils ne parlent que de cacher des pièges,

Ils disent : Qui donc les verra ?

Ils ourdissent des intrigues criminelles,

L'intrigue ourdie, ils l'accomplissent;

Leur sein à tous, leur cœur est insondable.

Mais Dieu va leur lancer sa flèche :

Soudain ils sentiront les coups qui les renverseront :

Leurs calomnies retomberont sur eux,

Et quiconque les verra hochera la tète.

Alors tout homme sera saisi de crainte;

On racontera l'œuvre de Dieu,

Et l'on fera attention à ses actes.

Le juste aura sa joie et son refuge en rËternel, Et tous ceux qui sont droits de cœur triompheront l

L'auteur de ce psaume, parlant encore au nom de ses ooreB-J gionnaircs, se préoccupe à son tour, comme ceux des psai précédents, mais beaucoup plus exclusivement, des calomniflij semées contre les juifs, soit dans les masses de la populattoij païenne, soit sur le chemin des dépositaires du pouvoir. Kotrf j traduction est telle que tout commentaire est superflu; nouii devons cependant faire remarquer qu'elle n'est pas absolumefll| certaine. Dans les dernières lignes de la seconde strophe, etdaafj les premières de la troisième, le texte paraît avoir souffert ; b construction est on ne peut plus embarrassée, le sens obscur. Cependant nous n'avons changé le texte qu'une seule fois (sir. 2» lig. 6), en mettant la troisième personne (i/,y accomplissent) au lieu de la première. Mais dans les deux premières lignes de la strophe iï? suivante, nous avons changé la coupe des versets et des groupes! de mots, sans toucher du reste ni aux consonnes, ni aux voyelles.

L'emploi du nom de VÉtetniel dans le dernier distique (lequel j dérange aussi la régularité de la forme du poème) pourrai] justifier le soup(,*on d'une addition postérieure.

(Hébr. LXV. Grec LXIV.)

A toi, ô Dieu ! soumission et louange en Sion !

A toi, raceomplissement de nos vœuxl

Toi qui exauces les prières, Tous les mortels accourent vers toi.

Quand le poids des péchés nous accable, C'est toi qui pardonnes nos transgressions.

Heureux celui que tu choisis, Que tu laisses approcher pour qu'il séjourne dans tes par\'is ! Puissions-nous nous rassasier des biens de ta maison.

Au sanctuaire de ton temple !

Admirablement dans ta justice tu nous exauces,

0 Dieu, notre Sauveur !

Toi, l'espoir des extrémités lointaines

De la terre et de l'océan I

C'est toi qui, ceint de puissance,

As affermi les montagnes, Qui apaises la fureur de la mer,

La fureur de ses vagues,

Et le tumulte des nations.

Des bouts du monde les habitants admirent tes prodiges, Tu fais tressaillir le levant et le couchant.

Tu regardes la terre et la fécondes,

Abondamment tu l'enrichis; Par un ruisseau céleste, coulant à pleins l)ords,

Tu pourvois à notre subsistance.

Car c^est ainsi que tu la prépares, Arrosant ses sillons, nivelant la glèbe,

Tu l'amollis par des ondées.

Tu bénis ses jeunes pousses.

Tu couronnes Tannée de ta bonté.

Tes ornières ruissellent de fécondité; Les pacages de la lande sont fertilisés. Les collines se ceignent d'allégresse, I..es prairies se couvrent de bétail, Les plaines se revêtent de blé :

Tout est dans la jubilation et les chants retentissent.

Il nous est impossible de découvrir dans ce psaume, qui se distingue d*ailleurs par la brillante vivacité de ses couleurs poétiques, la moindre allusion historique qui nous permette d'en déterminer l'époque. Nous dirons seulement que la mention du sanctuaire de Sion exclut celle de David. Nous ajouterons que nous n'y voyons aucune trace directe, soit des institutions théocratiques, qui décideraient de l'origine antérieure ou postérieure B l'exil, soit même de la saison particulière dont le poète aurait voulu peindre la physionomie. Ce n'est pas un cantique pour la récolte, ni un morceau écrit en l'honneur d'une moisson extraordinairement abondante, ni enfin un poëme qui mettrait en regard les bienfaits spirituels et matériels dus à Jéhova, la loi et les dons du sol. C'est un hymne d'une portée tout à fait générale, et dérivant la louange de Dieu principalement de sa paternelle providence, manifestée dans le gouvernement de la nature et de la végétation.

Le psaume n'est pas d'une construction prosodique régulière. Le mouvement lyrique, fortement accentué, entraîne quelques hardiesses dans les tournures, que la traduction fait disparaître: au fond, il n'y a pas d'obscurité quant au sens. Le ruisseau céleste (litl. : de Dieu) est la pluie. Les ornières qui ruis|^ellent Ae fécondité (litt. : de graisse) sont proprenjient leç .siUoins, mav% ceux-ci sont représentés d'une manière très-spirituelle cominrk^ les traces du char du créateur qui yiaurait passé, i.r . . ^

(Hébr. LXVI. Grec LXV.)

Acclamez Dieu, toute la terre!

Cliantez la gloire de son nom !

Rendez j^lorieuse sa louange î Dites î\ Dieu : Que tes œuvres sont admirables î A cause de ta toute-puissance tes ennemis môme te flatlen Tout le monde doit se prosterner devant toi, Faire résonner la lyre en l'honneur de ton nom !

Vonez voir les hauts foit^ de Dieu I

IJ est admirable dans, ses actes pour les mordis. : , . •. ;

Il changea la mer en terre ferme, ., , ,., ,

On passa le courant à pied, ; ;

PSAUMES LXVl. 229

Là, nous nous réjouîmes en lui — Il gouverne toujours avec sa puissance, Ses yeux surveillent les nations.

Que les rebelles se gardent de lever la t^tel

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