I-iève-toi, ô Éternel, dans ta colère
Élève-toi contre les fureurs de mes adversaires !
Réveille-toi pour moi !
Apprête le jugement — Que l'assemblée des nations t'environne ! Au-dessus d'elle, dans la hauteur, assietls-toi !
C'est l'Éternel qui juge les peuples :
Rends- moi justice. Éternel !
Selon mon droit et mon innocence.
Qu'elle cesse enfin, la malice des méchants! Puisses-tu affermir le juste,
Toi qui sondes les coiurs et les reins, Juste Dieu!
Mon bouclier est par devers Dieu :
Il sauve ceux qui ont le cœur droit.
Dieu est un juste juge.
Un dieu vengeur tous les jours.
Oui, certes il reviendra :
Il aiguisera son épée.
Il bandera son arc et l'ajustera, Il préparera ses armes meurtrières, Il mettra le feu à ses flèches —
Voyez donc ! Il avait conçu le crime, Et il porte la peine dans ses flancs, Kt il met au monde une déception.
Il a creusé une fosse et l'a rendue pmfonde: Et il tombe dans le trou qu'il a fait. Son ci'ime i^etombera sur sa tète,
Sur .son chef son forfait redescendra.
Je louerai l'Éternel pour sa justice.
Je chanterai le nom de laheweh, le Très-Haut!
Quoi qu'en disent les commentateurs modernes, nous n'avons u découvrir dans ce psaume la régularité strophique qu'ils rétendent y voir. Mais ce qui pourrait nous gêner davantage, 'est la diversité des explications données de plusieurs passages, t provenant surtout des préjugés traditionnels relatifs à l'oriine du poëme. Nous l'étudierons sans nous préoccuper de inscription.
Dès le début nous voyons qu'il s'agit, pour le poëte ou pour eux au nom desquels il parle, d'implorer le secours de Jéhova outre les dangers qui les menacent de la part de certains adveraires. C'est Dieu seul qui doit et peut défendre le juste innocemlent persécuté. Celui-ci ne songe pas à se servir d'armes latérielles. Sa résignation, sa confiance en Dieu, jointe au Smoignage de sa conscience, lui lient lieu l'épée et de bouclier x>mp. str. 4).
Cette dernière idée est très-énergiquement développée dans les trophes suivantes. Le suppliant demande sans hésiter que éhova soit arbitre entre lui et ses ennemis. S'il est coupable, il ccepte, comme une peine méritée, leur haine et leurs vexations, 1 mort même, s'il le faut. Si j'ai fait ceci^ dit-il ; c'est-à-dire des hose du genre de celles qu'il va énumérer, à titre d'exemple, lais il a cherché à vivre en paix avec tout le monde, il n'a point lé l'agresseur, aucun crime n'a souillé sa main. On peut convenir [ue cette partie du tableau présente quelque analogie avec la ituation de David poursuivi par Saûl , bien entendu , d'après 'idée qu'on se fait vulgairement de ce rapport. On a même rouvé dans le texte une allusion directe aux scènes décrites Sam. XXIV et XXVI, en traduisant (v. 5) : tandis qne fai ^iwrè .... au lieu de : et dépouillé, —
liOger l'âme dans la poussière, est une tournure poétique pour rc : faire mourir. Nous disons \âme, et non Y honneur. Le mot fcreu signifie bien souvent la gloire, l'honneur, mais les poètes ■niploient aussi pour ce qu'il y a de plus excellent dans l'homme, -«t«, et ici c'est le parallélisme qui décide.
a troisième strophe répète la même provocation avec une tourne plus poétique encore. Jéhova doit s'asseoir dans la hauteur y son tribunal, et les nations se rangeront autour de lui pour endre l'arrêt suprême qu'il va prononcer. Ici nous entrevoyons 5 celui dont la cause doit êlre jugée n'est pas un simple indiu, semblable à des milliers d'autres ; mais le peuple de Dieu
lui-même, Israël, fidèle à son Dieu, est persécuté à cause de cette fidélité. C'est bien là le seul plaideur qui puisse se présenter devant un juge si sévère et demander son arrêt avec une assurance si hardie. On conçoit aussi que ce n'est que pour une cause si grande, une cause entre peuples, que les autres nations sont assemblées autour du trône de Dieu.
Quelques phrases de ce passage ont été diversement expliquées. Au lieu de l'impératif: Apprête le jugement, c'est-à-dire : Apprêteloi à juger, on met plus littéralement: tu as apprêté, etc., c'està-dire : tu veux que justice soit faite. Reste à savoir si la logique ne doit pas décider, plutôt que la grammaire, la syntaxe restant neutre. Il en sera de même de ce mot: Assieds-loi! où nous admettons une anomalie de forme verbale. D'autres traduisent : Retourne à ta hauteur, reprends ta place de juge. Quant au réceil de Dieu, cet anthropomorphisme revient plusieurs fois dans nos textes : voyez surtout XLIV, 24.
Le sens de la cinquième strophe est très-con lesté. Voici celui que notre traduction exprime : Le sujet serait ce Dieu vengeur dont il vient d'être parlé. C'est lui qui déjà prépare ses armes, et justice sera faite. Le poëte est parfaitement rassuré sur Tissue définitive de sa cause. Les amies appartiennent à la poésie et Ton n'a pas même besoin de changer les flèches en foudres. Cependant au lieu de : Certes il reviendra (VI, 5), ce qui est en hébreu une formule de serment, d'autres préfèrent traduire : S'il ne revient pas, s'il ne se convertit pas (l'ennemi). Mais dans ce cas le sujet changerait brusquement trois fois de suite. Une autre interprétation rapporte toute la tirade à l'ennemi [S'il cantinue à
préparer ses armes ) et la joint intimement à la strophe
suivante, pour dire : voici quel en sera le résultat, cela n'aboutira pas. En tout cas, ici l'auteur exprime l'idée que plus le méchant s'efforce de ruiner le fidèle serviteur de Dieu, plus il travaille à sa ruine propre. Les images de la grossesse conduisant à un avortement, et de la fosse qu'on creuse et dans laquelle on tombe soi-même, ont d'autant moins besoin d'explication, que le texte la donne lui-même el qu'elles sont devenues proverbiales.
PSAUME Vin. 77
Éternel, notre Seigneur !
Que ton nom est grand par toute la terre, Toi, dont la magnificence s'étend par dessus les cieux !
Sur la voix des enfants Et des nourrissons tu fondes ta puissance.
En vue de tes ennemis, Pour faire taire l'impie et l'adversaire.
Quand je vois tes cieux, l'œuvre de tes mains, La lune et les étoiles que tu y as placées — Qu'est-ce que l'homme, pour que tu penses à lui ? Et le mortel, pour que tu le regardes?
Et peu s'en faut que tu n'aies fait de lui un dieu : De gloire et d'honneur tu l'as couronné.
Tu as fait de lui le maître de tes œuvres, Tu as mis toutes choses sous ses pieds.
Brebis et bœufs, tous à la fois.
Et aussi les bétes des champs.
Oiseaux du ciel, poissons de la mer.
Tout ce qui parcourt les sentiers des ondes.
Éternel, notre Seigneur !
Que ton nom est grand par toute la terre.
Ce petit poëme, sans aucune prétention à quelque artifice de forme, n'a besoin d'aucun commentaire. Il est sublime par sa simplicité même. La grandeur de Dieu , révélée par Tunivers, œuvre de ses mains, révélée au besoin par la bouche de ses plus faibles créatures, dont la voix est toujours assez puissante pour imposer silence à celle de l'impiété, est mise en regard de la petitesse de l'homme. Et pourtant l'homme est le roi de la création ; ses prérogatives sont telles qu'il est comme un dieu au milieu de son entourage visible. Il n'y a pas d'être sur la terre dont il ne se sente le maître, avec les moyens qui lui sont octroyés. Quel qu'ait pu en être l'auteur, ce psaume fait honneur à lui et à son siècle.
Nous ajouterons quelques remarques de détail. La phrase : la magnificence s étend par-dessus les cieux, est incertaine. Il y a
dans le texte une faute évidente, qu'on a essayé de corriger par différentes conjectures. Peu importe : le poëte a décomposé la notion de lunivers, en mettant en regard le ciel et la terre, témoins tous les deux de la grandeur du créateur.
Plus loin nous disons : tu fondes ta puissance, et non : ta Itntange. Le mot hébreu n*a pas cette dernière signification. C'est un rapprochement très-hardi, que d'établir la puissance de Dieu (naturellement en tant que le monde la doit connaître) sur ce qu'il y a de plus faible. Le paradoxe est d'un bel effet poétique.
Enfin nous avons mis: tu as presque fait de lui wh dieu, et non : tu l'as rendu peu inférieur à Dieu. Le nom de dieu est ici purement abstrait, pour la notion d'une nature surhumaine en général. C'est pourtant cette phrase qui a complètement voilé le sens de tout le poëme aux anciens exégètes. Les Septante ont mis d'abord les a7iffes à la place de Dieu-, puis les chrétiens ont substitué au peii du degré \epeu du temps, et c'est ainsi qu'en fin (le comple le psaume s'est trouvé être une prédiction relative au Christ (Iléb. IL 6 et suiv.).
(Hébr. IX et X. Grec IX.)
,h? veux cél<^brer TÉternel de tout mon cœur, Je veux raconter toutes tes merveilles ;
Je veux me réjouir avec alléi^^resse à cause de toi, Chanter ton nom , A Très-Haut !
Parce que mes ennemis reculent ,
Qu'ils trébuchent et périssent devant toi :
Car tu as soutenu mon droit et ma cause ; Tu t'es assis sur ton siéj^e en juste juge.
Tu menaças les païens, tu fis périr le méchant,
Tu effaças leur nom à tout jamais.
L'ennemi ... ils .<ont achevés ! ruines éternelles !
Tu détruisis leurs villes, leur souvenir est perdu.
Et fâternel trône à perpétuité.
Il a établi son siège pour le jugement : Il jugera le monde avec justice,
Et rendra aux nations des arrêts équitables.
Que rÉtemel soit une cidatelle pour le malheureux,
Une retraite sûr au temps de la détresse, Et ceux qui connaissent ton nom se confieront à toi ,
Puisque tu n'as pas délaissé, ô Éternel, ceux qui te cherchaient.
Psalmodiez à TÉternel qui trône à Sion,
Annoncez aux nations ses hauts faits !
ZsLT le vengeur du sang versé s'en est souvenu,
Il n'a pas oublié ce cri des opprimés :
cAie pitié de moi, Éternel! Vois comme mes ennemis m'oppriment, Toi qui peux me faire remonter des portes de la mort !
wfin que je puisse proclamer toute ta gloire,
Qu'aux portes de Sion je me réjouisse de ton aide! »
* païens s'enfoncent dans la fosse qu'ils ont creusée. Dans le filet (ju'ils ont caché leur pied s'est pris, 'ernel s'est manifesté : il a fait justice,
Enlaçant le méchant dans l'œuvre de .ses mains.
léchants s'en iront au séjour des morts. Tous les païens qui oublient Dieu.
malheureux n'est pas oublié pour toujours, Ni l'espoir des opprimés perdu à jamais.
>i, Éternel ! que le mortel ne l'emporte i)oint ! hie les païens soient jugés devant toi !
les de terreur, ô Éternel !
ue les païens sachent qu'ils sont mortels !
80 PSAUMKS IX. X.
Pour<iuoi, à Éternel, le tiens-lu à l'écart?
Te voiles-tu au temps de la détresse?
A cause de Torgueil des méchants le malheureux se consume,
11 est surpris par les intrigues qu'ils trament.
Le méchant s'applaudit de ses mauvais dé.sirs,
Le spoliateur donne congé à Dieu et le mépri.se. «]\ n'y regarde pas ! il n'y a pas de Dieu î »
Dans son outrecuidance, voilà toutes ses pensées. Ses entreprises réussissent en tout temps ; Tes jugements sont trop loin de lui :
De tous ses adversaires il se moque.
Il dit dans son cœur : «Je ne chancellerai point, Dans un long avenir sans adversité. ï>
De malédiction sa bouche est pleine, de fraude et de vexation, Sous sa langue est la malice et l'iniquité. Il se met en embuscade dans les hameaux,
En cachette il égorge l'innocent,
Ses yeux épient le misérable.
Il est aux aguets en cachette, comme le lion dans son hallier.
Il est aux aguets pour saisir le pauvre, 11 le saisit en l'attirant dans son filet. Il se tapit, il se baisse,
Kt le misérable tombe dans ses grifl'es.
Il dit dans son cœur: «Dieu l'oublie!
Il a voilé sa l'ace, il ne le verra jamais î »
Love-toi, Éternel î Dieu, lève ta main !
N'oublie pas les malheureux !
Pourquoi le méchant oublierait-il Dieu ?
Dirait-il en son cdîur : Tu n'y regardes pas ?
Tu le vois ! tu regardes à la peine, A la douleur, pour t'en charger :
C'est à toi que s'en remet le misérable : A rorplielin. loi tu viens en aide !
11 brise le bras du méchant,
Et le scélérat — tu chercheras .sa méchanceté sans la trouver. I/Éternel est roi à tout jamais :
Les païens ont disparu de son territoire.
Éternel ! tu as écouté le désir des malheureux,
Tu as affermi leur cœur, prêté ton oreille, Pour que justice fut faite à l'orphelin et au malheureux.
Et que l'homme de la terre cessât de te braver!
Le psaume que Ton vient de lire ne présente rien qui soit particulièrement intéressant ou nouveau, quant à son sujet. Ce sont des plaintes, des vœux, des actions de grâces, comme on les trouve dans cent autres poésies de cette collection, sans aucune allusion spéciale par laquelle on pourrait arriver à préciser l'époque ou l'occasion de son origine. Mais à un autre point de vue, c'est bien la pièce la plus curieuse du livre. On aura remarqué que nous avons distingué dans le texte un certain nombre de quatrains nomérolés, mais numérotés de manière que lâ série des chiffres reste incomplète, puis quelques quatrains >âns numéros, enfin une tirade dont la forme est toute différente. ^oici la raison de cet arrangement.
Nous avons dit que dans la bible grecque, et par suite aussi a ri s la Vulgate et dans toutes les bibles catholiques, le poëme '^ nous avons devant nous ne forme qu'une seule pièce. Il est ^ile de prouver que cette combinaison ou cohésion est plus ienneque celle qui en fait deux morceaux séparés, comme c'est as dans le texte hébreu traditionnel, et par suite dans les
1 es protestantes. Mais elle n'est pas seulement plus ancienne, est primitive. En effet : 1° le psaume fait partie d'une collec- ^^^ de poésies (III-XLI), originairement isolée ou particulière. ^^^ t toutes les pièces, à une seule exception près, sur laquelle nous ^^iendrons, portent une inscription qui les attribue à David. Le ^ ^ IX est également précédé d'une pareille inscription, tandis ^^^ le Ps. X n'a pas d'inscription du tout. Nous en conclurons ^^^ l'époque de l'origine de ces inscriptions la séparation n'avait ^^Tît encore été opérée. 2° Le psaunif» était primitivement alpha-
.\. T. — 5' part. (>
bélique, c'est-à-dire composé de 22 strophes égales, commençant chacune par une autre lettre de l'alphabet, dans Tordre reçu. Comme il nous a été impossible de reproduire un pareil arrangement dans une traduction française, nous nous sommes contenté de désigner par des numéros la série des lettres représentées dans le texte actuel. On voit aussi que celui-ci ne nous donne plus le poëme complet. Les numéros 4, 5, 11, 13-18 manquent ; seulement le S*' et le 11" paraissent n'avoir subi qu'une légère altération, qui en a fait disparaître la lettre caractéristique, tandis que le 4" est simplement omis, et les autres (13-18) ont été remplacés par une rédaction nouvelle et étrangère. Il est évident que l'auteur auquel est due celle-ci n'est pas le même que celui qui a fait le psaume alphabétique. Il serait absurde de supposer que celui-ci n'aurait pas réussi à achever son œuvre d'après cette ordonnance plus artificielle ; mais il est bien possible qu'un autre, en retouchant une œuvre plus ancienne, ne se soit pas astreint à cette forme, peut-être même qu'il ne l'ait pas reconnue. 3** Enfin, c'est chose à remarquer que les de^ix psaumes actuels contiennent quelques expressions qui leur sont communes et qui ne se rencontrent pas ailleurs (ceux qui peuvent consulter le texte hébreu pourront surtout comparer IX, 10 avec X, 1, 18), et que les morceaux intercalés, comparés avec les fragments de la rédaction primitive, présentent des phénomènes analogues (X, 8, 10, 14).
Malgré cela, la plupart des commentateurs modernes maintiennent la séparation introduite par les Rabbins, et cela pour un motif très-spécieux, qui probablement a aussi guidé les critiques juifs. Le point de vue du Ps. IX, la situation d'Israël qu'il dépeint (ou, si l'on veut, la position personnelle du poète), paratt être tout autre que dans le Ps. X. Dans le premier, effusion d'actions de grâces à l'occasion d'un événement heureux ; dans le second, cris d'anxiété demandant la délivrance d'un état d'adversité et de malheur. Quelques-uns vont jusqu'à ne tenir aucun compte des arguments à faire valoir pour une unité primitive, d*autTes se contentent de dire que le second rédacteur, dans des circonstances différentes, a mis à profit une portion d'un poème plus ancien, pour en faire une pièce nouvelle, de sorte que nous aurions aujourd'hui: 1** un psaume d'actions de grâces, forméde la première moitié d'une pièce autrefois plus complète, 2° un psaume plaintif, pour la composition duquel son auteur aurait utilisé quelques strophes de l'autre.
Nous ne partageons pas celte manière de voir. Il nous semble évident que si l'ancien psaume (alphabétique) avait été consacré exclusivement à formuler des actions de grâces (à Toccasion d'une victoire, par exemple), aucun de ses éléments n'aurait pu servira composer la seconde pièce, et de plus on ne voit pas pourquoi la première n'aurait pas été conservée en entier. Il faut tâcher de trouver une autre solution du problème. Or, P il n'est pas exact de dire que le psaume alphabétique soit exclusivement destiné à exprimer la reconnaissance du peuple à l'occasion d'un événement heureux — (car il est hors de doute qu'il s'agit ici des intérêts du peuple et non des sentiments d'un simple individu, v. str. 6, 7, 19, 22). — Il y a plusieurs strophes qui, au contraire, implorent avec instance le secours de Dieu. Déjà la sixième pourrait être citée ici, en tant qu'elle formule un vœu ; mais les strophes 12, 19 et 20 décident la chose péremptoirement. On pourrait y ajouter la 11®, si l'on voulait la regarder comme ayant appartenu au psaume primitif, comme le pensent beaucoup de commentateurs. 2** Il est tout aussi peu exact de dire que le Psaume X actuel est d'un bout à l'autre une complainte, un cri d'angoisse adressé à un Dieu qui paraîtrait avoir oublié les siens. Les deux dernières strophes n'auraient pas de sens comme péroraison d'une pareille pièce.
Ajoutons à cela qu'il est question àepaïe7is opposés au peuple de l'Éternel, et que celui-ci est désigné par les noms de malheureux, d'opprimés, de misérables (str. 3, 6, 7, 9, 10, 12, 19, 20, 21, 22), et représenté tant dans les anciennes parties que dans les intercalations, comme exposé, dans son extrême faiblesse, à toutes les avanies de ses oppresseurs. Enfin, la mention réitérée du nom théocratique de Jérusalem (str. 7, 8) nous fait voir que dans aucun des éléments de ce poëme nous ne nous trouvons en face de l'époque de David, qui, du temps de sa fuite devant Saiil, n'a pas pu parler de Jérusalem, et qui, depuis son établissement dans cette ville, n'a jamais pu se plaindre comme le poète le fait ici. L'application du psaume à l'affaire d'Absalom est tellement absurde, que nous nous bornons à prier nos lecteurs de relire le texte en vue d'une pareille supposition.
De tout cela nous tirons la conséquence que le psaume, dans sa forme actuelle (IX, X), date d'une époque où les Juifs étaient en butte à des vexations de tyrans étrangers, contre lesquels, cependant, ils avaient pris les armes, avec des chances variées de
succès et de revers, et que leur triomphe définitif n'était rien moins qu'assuré, malgré des avantages plus ou moins récents. Mais il ne faut surtout pas perdre de vue que ce n'est pas seulement un ennemi étranger et en armes auquel on a ici affaire, mais un parti indigène d'hommes impies, qui font cause commune avec cet ennemi, si ce n'est toujours par des violences ouvertes, du moins par la calomnie et les dénis de justice. C'est principalement ce dernier élément qui a suggéré au second rédacteur l'idée de compléter un tableau dans lequel ce trait n'était que faiblement accusé (str. 19, 20). En réunissant les deux portions (IX et X) on trouvera toujours que le poëme est décousu et peu transparent ; enfin, qu'il ne nous retrace pas une situation bien nette ; mais en les séparant on ne gagne pas grand' chose à cet égard, et tout aussi peu trouvera-t-on mieux en scindant les deux éléments. C'est que le psaume alphabétique primitif est tronqué, et Tintercalation n'a pu que créer de l'obscurité. Tout ce que nous pouvons dire, c'est que le dernier rédacteur a dû trouver que certains éléments de l'ancien psaume se prêtaient à la combinaison qu'il méditait, et que même le souvenir glorieux d'une victoire remportée naguère pouvait servir de préambule à un énergique appel au souverain dispensateur do tout bien dans un moment moins propice.
En fait de détails, il n'y a presque rien dans le texte qui réclame une explication spéciale, bien qu'au point de vue philologique il y ait quelques difficultés qu'il est cependant hors de propos de discuter ici (par ex. str. 3, deuxième distique, où les villes détruites sont sujettes à caution ; str. 21, la phrase : cherch-er la méckanceié sans la trouver, doit indiquer, selon l'opinion commune, une extermination complète).
On remarquera que nous avons mis la S'' strophe entre guillemets, de manière à y voir ce cin des opprimés dont parle le vers précédent. Autrement il faudrait bien convenir qu'aucune strophe ne prouve aussi bien que celle-ci que déjà l'ancien psaume alphabétique, tout en faisant hommage à Dieu d'un secours antérieur, est essentiellement destiné à l'implorer de nouveau. — Dans la 20'' strophe, la phrase: prendre en main la peine, etc., veut dire : s'y intéresser pour faire justice. XÀfyrphelin est à prendre au sens ligure.
PSAUMK XI. 85
filébr. XI. (jlrec X.)
(Test vers rÉterncI que je me réfugie î
Gomment donc pouvez- vous me dire :
«Fuyez, oiseaux, vers vos montagnes !
Car voyez, les méchants bandent l'arc,
Ils ajustent leur flèche sur la corde,
Pour tirer dans l'obscurité sur les honnêtes gens.
Quand les fondements sont renversés,
Le juste, que peut-il faire V»
L'Ëternel dans son saint palais, L'Éternel dont le trône est au ciel,
Ses yeux voient, Ses regards sondent les moitels.
L'Éternel sonde le juste.
Mais il hait le méchant et l'ami du crime. Il fera pleuvoir sur les méchants des filets; Le feu, le soufre, l'ouragan embrasé Seront la part de leur calice.
Car l'Éternel est juste, il aime la justice ; Les hommes de bien contempleront sa face.
Les deux parties du psaume, trop irrégulières d'ailleurs pour être appelées des strophes, forment entre elles une antithèse qui en fait ressortir clairement la pensée fondamentale. Quand le danger vient assaillir le juste, ses amis pusillanimes lui conseillent de fuir et de chercher une retraite où Torage ne l'atteindra pas. Le poète répond que celui dont la conscience est tranquille ne craint pas les hommes et ne se laisse pas guider par la peur. Il s'en remet à Dieu, qui finira par donner à chacun ce qui lui revient.
Partout dans ce psaume ce sont deux catégories d'hommes que l'auteur oppose l'une à l'autre, ou, si Ton veut, il y en a trois : les méchants agresseurs, les justes attaqués mais confiants, cl les gens de petite foi qui, en présence du malheur, oublient Dieu et sa providence. Partout nous rencontrons le pluriel employé concurremment avec le singulier, ce qui nous fait voir que ce dernier ne représente pas un individu déterminé, mais un type ou une tendance. Nous ne nous arrêterons donc pas à chercher
dans Hiistoire (de David?) nii fait spécial qui aurail pu donner lieu à cette noble profession de foi, et nous ne voyons pas pourquoi elle ne serait pas regardée plutôt comme le sentiment d une génération pieuse et iidèle à la foi de ses pères, mais exposée pour cela même aux attaques d*un monde impie et païen.
Quelques-unes des ligures qui ornent le texte peuvent avoir besoin d'explication. Les oiseaux représentent la faiblesse en butte aux persécutions. Cette métaphore amène celle des flèches et des montagnes. Il serait ridicule de vouloir prendre cela pour (les traits historiques. Les fondements nous mettent devant 1« yeux une maison qui s'écroule, par ex. par suite d'un tremblemeul de terre ; dans un pareil cas, que faire ? La fuite seule offre nne chance de salut. Des filets qui pleuvent ou tombent du ciel, «il pour notre goût une chose assez singulière. Il faut pourtant a rappeler que cette figure des filets, pour désigner les di«n, moyens par lesquels la justice céleste arrête et saisit le coupaliie, est très-fréquenlc. Cependant nous comprenons qu'on ait prqtfi ici des changements dans le texte : au lieu de pahîm^ filets, ^iUi, cendre, ou péham, charbon. \1 ouragan embrasé est le samoûB- Le calice est la destinée. Cette expression, fréquente dans 1» psaumes et les prophètes, nous est connue par le Nouveau Te* ment (Matth. XX, 22; XXVI, 3î>). Pouvoir ér^»/<wi/?/é?r la ftce* Dieu, c'est une preuve qu'il ne la cache pas, qu'il est propot Sonder, implique ici le résultat de l'examen, qui ne peut** que favorable.
(Hébr. XII. Grec XI.)
Aide-nous, Étei'iiel, car les hointiies pieux disimraissent, (iVn est fait de la lidélité parmi les mortels. Ils se parient en mentant l'un à Tautre ; D'une lèvTC hypocrite Ils parlent dans la duplicité du cœur.
Que rÉternel coupe toutes ces lèvres hyiwcriles,
La langue qui parle insolemment !
De ceux qui disent : Par notre langue nous sonnnes pubsanU
Nous avons notre bouche — qui serait notre maître *?
«A cause de la ruine des humbles, A cause des soupirs des malheureux, Tantôt je me lèverai, dit rÉternel, J'assurerai le salut à celui qui y aspire ! »
Les paroles de l'Éternel sont des paroles pures ; C*est de l'argent purifié au creuset, en terre, Et sept fois refondu.
Toi, Éternel, tu voudras les garder, Les préserver à jamais de cette engeance ; Tout autour d'eux s'agitent les méchants, Tandis que la terreur domine les mortels.
Le poëte commence par une plainte générale sur la démoralisation des hommes, laquelle se manifeste surtout en ce qu'il n y a plus ni foi ni loi dans les rapports sociaux. Le mensonge, la duplicité, riiypocrisie (litt. : la lèvre lisse, c'est-à-dire, trompant en flattant) régnent partout, et les honnêtes gens, en petit nombre, se perdent dans la masse et disparaissent de plus en plus.
Ce fait si triste et désespérant lui inspire le vœu de voir Dieu intervenir de sa main puissante, en faisant taire, par un châtiment exemplaire, Toutrecuidance de ceux qui prétendent ainsi audacieusement jouer le rôle de maîtres. Le mal étant résumé dans l'idée des discours, le châtiment est peint avec des couleurs analogues : la langue doit leur être coupée. (Au lieu de : par notre langue nous sommes puissants, on pourrait aussi traduire : nous donnons de la puissance à notre langue ; au fond la différence ne serait pas grande.)
La certitude de Taccomplissement de ce vœu est exprimée sous la forme d'une promesse directe mise dans la bouche de Jéhova. Les humbles et les malheureux sont ici, comme partout dans les psaumes, les Israélites restés fidèles, et opprimés soit par des étrangers, soit par des compatriotes mondains, prévaricateurs ou apostats. (Au lieu de : celui qui y aspire, d'autres veulent mettre : celui qu'on vexe, litt. : sur lequel on souffle, contre lequel on s acharne, comp. X, 5.)
Une promesse de Dieu ne saurait tromper. Sa parole est pure Comme l'argent qui a passé au creuset, sans alliage, sans arrièrepensée. (Le mot que nous rendons par creuset est incertain ; d'autres mettent l'atelier.) La refonte septuple est une hyperbole,
88 l'SAlîME Xlll.
le métal n\3ti uyuiil pas besoin : le sens doit être que la iidélilé de Dieu à sa promesse est incomparablement plus grande que la pureté de l'argent affiné. Ainsi il y a lieu d'espérer que les quelques honnnes pieux qui existent encore seront mis sous la sauvegarde de Dieu, au milieu de cette race perverse qui revient sans cesse à la charge contre eux et les fait trembler pour leur existence. C'est du moins le sens que nous croyons trouver dans le dernier distique, que les anciens déjà ne comprenaient plus et sur lequel les modernes se divisent à l'infini. Probablement le texte est corrompu, (^est surtout le mot de terr&nr qui est contesté: on le remplace tour à tour par la bassesse^ le mépris, la tempête, voire même par la sangsue.
A part ces quelques difficultés étymologiques, tout est clair dans ce psaume. Il nous est impossible d y voir la moindre allusion à Saiil ou à Absalom. Les fidèles sont au pluriel et il n'est pas question d'aftaires militaires.
aiébr. Xlll. Grec Xll.)
Jusqu'à (|uaii(l, Ktcrnel, m'oublieras-lu toujours?
Jusqu'à (|uaiul me cacheras-tu ta l'ace?
Jusqu'à ([uaiid iogcrai-je les soucis dans mon àiiie,
Le chagrin dans mon cœur chaque jour?
Jusqu'à quand l'ennemi aura-t-il le clessus ?
Ue^^arde, exauce-moi, Éternel, mon Dieu !
Rassérène mes yeux, Pour que je ne m'endorme pas du sommeil de la mort, Pour que l'eimemi ne dise : Je l'ai vaincu !
Que mes adversaires ne se l'éjouissent quand je tonil)erai.
Et moi, dans ta j^ràce je mets ma confiance : Puisse mon cœuv se réjouir de ton aide ! Puissé-je chanter l'Éternel Pour CAî qu'il m'aura accordé!
liC point de vue individuel paraît plus franchement prédominer dans ce psaume que dans les précédents, dans lesquels, à vrai dire, l'imagination des interprètes a seule pu le trouver. Cepen-
daul celle forme du discours ne préjuge pas la question de savoir si le sentiment exprimé dans le texte est réellement et purement individuel, ou partagé par un plus ou moins grand nombre de personnes. De fait, il n'y a pas d'allusion à des événements particuliers; toute interprétation historique serait hasardée, et en fin (le compte nous ne voyons aucun motif de séparer ce morceau de ceux que nous venons d'étudier. Il y a quelque chose de mesquin à voir partout des individus se plaignant d'autres individus et importunant Dieu de leurs affaires privées, dont on n'arrive pas à se faire une idée bien claire, tandis que tout est naturel, légitime, touchant, quand nous songeons aux malheurs d'une nation opprimée et trahie même par une partie des siens. Nous laissons à d'autres le plaisir de voir ici encore les fantômes de Saiil, d'Absalom et des Philistins.
Le péril de la mort pourrait bien ne pas être à prendre dans le sens propre. En tout cas, rasséréner (éclairer) les yeux en est l'antithèse et signifie doue conserver la vie.
(Hébreu XIV, LUI. Grec XIII, LU )
L*iinpie dit dans son cœur :
Il n'y a point de Dieu !
(k»rrorapus, abominables dans leurs acles,
Aucun ne lait le bien.
L'Éternel, du haut des cieux,
Regarde les mortels, i*our voir s'il y a quelqu'un de sa^^e
Qui cherche Dieu.
Tous se sont détournés ;
Ensemble ils se sont pervertis :
Aucun ne fait le bien,
Pas même un seul.
Ah! ils verront, tous ces ouvriers d'iniquité,
Qui dévorent mon peuple, Qui mangent leur pain
Sans invoquer l'Éternel?
90 PSAUMK XIV.
Là, la terreur les surprend,
Car Dieu est avec la rai^e juste !
Vous prétendez conlbndre le dessein du malheureux ;
Mais rÉlernel est son refuge.
Ah! que de Sion vînt le salut d'Israël,
Quand rfiternei restaurerait son peuple !
Que Jacol) tressaillît de joie, Qu'Israël pût se réjouir !
Avant d'essayer rinterprétation de ce psaume difficile à plus (l'un égard, nous devons avertir le lecteur qu'il revient une seconde fois dans le Psautier, au second livre, sous le n" 53 (hébreu). Gomme cette seconde copie renferme des variantes trèsnotables, qui en partie facilitent rinlerprétalion, en partie la rendent plus difficile encore, il conviendra de faire marcher de front rétude des deux textes, et nous devons en conséquence insérer ici-mémo la deuxième récension :
L'impie dit dans son cœur :
Il n'y a point de Dieu î (Corrompus, abominables dans leur scélératesse,
Aucun ne Fait le bien.
Dieu, du haut des cieux,
I{e|,^arde les mortels, Pour voir s'il y a quelqu'un de sajçe
Qui cherche Dieu.
Kux tous ont tourné ;
Ensemble ils se sont pervertis ; Aucun ne fait le bien.
Pas même un seul.
Ah ! ils verront, ces ouvriers d'iniquiti».
Qui dévorent mon peuple, Qui mandent leur pain
Sans invoquer Dieu !
Là, la terreur les surprend
Où il n'y avait point de terreur ; (^ar Dieu disperse les ossements de ceux qui t'assiégei »^*
Tu les confonds, parce que Dieu les rejette.
Ah ! que de Sion vint le salut disraël, Quand Dieu restaurerait son peuple !
Que Jacob tressaillit de joie, Qu'Israël pût se réjouir!
La première strophe est la même dans les deux textes, à lexception d'un seul mot. Or, comme Toriginaldil littéralement: ils résident abominable leur action (XIV) ou leur scélératesse (LUI), celte dernière expression étant plus énergique, et pour ainsi dire mieux colorée, on pourrait être amené à la considérer comme un changement de seconde main. Le sens reste le même. La perversité des hommes est posée comme un fait général, et rien ne nous conduit à croire que l'auteur aurait eu en vue un seul peuple, soit le sien, soit les étrangers. Encore moins nous laisserons-nous persuader que V impie (au singulier) est quelque personnage historique. La perversité est rattachée à l'athéisme pratique comme à sa racine ; car la négation de Dieu, q!ie le texte signale, est sans doute moins cette négation philosophique, inconnue à Tantique paganisme, que Tindifl'érence immorale qui agit comme s'il n'y avait pas de Dieu.
Dans la seconde strophe nous remarquons la substitution du lerme de Dieu à celui de l'Éternel (laheweh). Or, il faut savoir que cette substitution est constante dans tout le second livre, dont le rédacteur a dû vouloir éviter l'emploi d'un nom divin qui, de son temps, commençait à être entouré d'un respect si scrupuleux, qu'il a finalenent porté les docteurs à n'en plus permettre la prononciation. Ce fait à lui seul doit nous faire reconnaître le texte du psaume LUI comme une retouche du XI V^ Pour ce qui est du sens, c'est le même que celui de la première strophe ; seulement l'assertion de la perversité universelle est formulée d'une manière plus poétique, en ce qu'elle est représentée comme le résultat des observations directement faites par Dieu lui-même, par ce Dieu qui sait et voit tout. Le sage, opposé à Vimpie de la première strophe, est naturellement celui qui règle sa conduite sur la conviction de la toute-présence d'un Dieu saint et juste.
La troisième strophe, qui, du reste, ne fait pas avancer l'explication, offre quelques variantes sans importance, que nous avons Cependant tâché de faire sentir dans la traduction.
Les difficultés commencent avec la quatrième strophe, dont les Variantes cependant ne valent pas la peine d'être relevées. Cons-
psai;mk XIV.
tuions d'ahonl que, ù iiioius de déchirer le psaume en lambeaux incohén;nls, il faudra admettre que les oucriers d'iuiqaUi jii décorent Israël sont les mêmes qui ont été dépeints dans leslrois premières stroplies. Mais on n'est pas obligé de conclure de Vanfr thèse de ces ouvriers d'iniquité et de '^?ion peuple j quelesprenûeB aient été des étrangers, des conquérants oppresseurs. Le tablen semble devoir plutôt nous i'aire songer à un état de choses tdqne les prophètes le retracent à cliaque page, ort le peuple de Ditu^ dans le vrai sens du mot, était réduit à une petite minorité, eloà Tanarchie, la corruption morale et sociale avait envahi la natioi. L'universalité du mal n'exclut donc pas le bon noyau, el « méconnaît positivement Tintention du psalmiste quand on loi fait proclamer ici la vérité prêchée par le christianisme, à savoir que fons les hommes sont pécheurs (Rom. III, 10 suiv.). Il ne s'agï pas de cela dans notre texte, où la race jUrSte, mais momentanément muilhenrense, est opposée à Tengeance des pervers. En toi* cas Fauteur ne se compte pas au nombre des coupables.
Los exégètes n'ont pas pu tomber d'accord sur le sens de li plirase : (Qui) viangeat leur jjain. Plusieurs disent : qui dévorai mon peuple comim on mange du pain, avec la même insouciance, ou avec le même plaisir. Nous pensons que la locution : nmfi son pain pourrait simplement signifier : vivre, suivre son traiii passer sa vie ; ce serait avec la ligne suivante une formule aastf bien choisie pour caractériser Tathéisme pratique, le matérialisme immoral et irréligieux. La strophe commence par une phn* elliptique : Ils cerrotU, ils reconnaîtront, — sans qu'il y ait © régime. Mais il n'est pas difficile de trouver celui-ci dans respri général du psaume : Ils disent qu'il n y a pas de Dieu — ehbifD» ] ils verront...! Tout ce qui suit confirme cette explication. I^ difficulté est factice ou imaginaire, en ce qu'on ne s'est passouveM que les mots: K si-ce ([m ne pas.,,? -ç^v lesquels la phrase commence, représentent toujours une affirmation positive, catégori(ptf. En conséquence, au lieu du fulur {iéde*Of(, LXX), on a misl^ prétérit ■iade'oii) pour faire dire au poëte : N'ont-ils point d'inldl*' gence ?
L'avant-dernicre strophe formule cette même menace û'ui* manière plus énergique. Mais ici les deux textes se séparent absolument l'un de Taulre. Prenons d'abord celui du psaume Xl^* Là, la terreur les surprend... (litl. : Là ils s'effraient d'n* frayeur...). Cet adverbe là, qui a toujours une signification locale,
fait tableau. Nous les voyons là, devant nous, ces hommes criminels ; là, au milieu de leurs intrigues, de leurs exactions, de leurs plaisirs, la main de Dieu les saisit, et les voilà frappés de stupeur. Car il y a certainement un Dieu juste et vengeur, auquel le malheureux opprimé peut s'adresser avec confiance. Cette conflance, cette piété, cette réclamation adressée au protecteur suprême, c'est ce que notre texte appelle le dessein du malheureux, que le méchant croit pouvoir confondre, c'est-à-dire traverser, empêcher d'aboutir, ou du moins mépriser.
Mais le texte du psaume LUI est ici tellement différent, qu'il a suffi de ce seul verset pour rendre douteuse l'interprétation du psaume entier et dérouler la plupart des interprètes. On a cru y reconnaître une allusion à quelque événement particulier. H est question d'un siège, auquel Dieu met lin en dispersant les ossements des assiégeants. Serait-ce là une simple image ? Si non, s'agit-il d'un événement contemporain ou antérieur? La strophe entière se rapporte-t-elle à cet événement? Enfin, ce texte est-il la clef de l'origine de la seconde édition du poëme ? Sans no!is arrêter aux innombrables réponses données à ces questions, nous allons exposer notre manière de voir.
La première ligne étant la même des deux côtés, nous nous en tiendrons à l'explication donnée. La terreur survient là oie il ny en avait point. Les deux membres de cette phrase se présentent dans l'original d'une manière plus paradoxale, le relatif qui doit les joindre ensemble étant omis, comme c'est l'habitude dans la poésie. Maintenant il faut se rappeler que dans le langage biblique les termes qui marquent une crainte signifient tout aussi bien le respect (par ex. de Dieu), que l'angoisse qu'inspirent ses menaces et ses châtiments. Le poëte dit donc, moyennant une tournure visant à la pointe : Il y aura la (mauvaise) peur, là où il n'y avait pas la (bonne) peur ; ils n'ont pas voulu craindre Dieu comme les fidèles le craignent, ils apprendront à le craindre comme les méchants doivent le craindre. Les mots: Tu les confonds (si le texte n'a pas souffert, ce dont nous sommes presque convaincu), doivent s'adresser à cette partie d'Israël qu'il s'agit de consoler en ce moment. Aujourd'hui ce sont tes oppresseurs qui triomphent, ton tour viendra de les voir terrassés. Car Dieu disperse les ossements de cen^ qui f assiègent: l'adversaire le plus fonnidable, le plus puissant ne résiste pas un instante la main de Dieu, quand il lui plaît de la lever pour frapper. Il a sauvé autrefois Jérusalem,
prêle à devenir la proie des hordes sauvages de Sanhérîb — en une seule nuit Tange extenninateur joncha de leurs cadavres les alentours de la ville. On voit le sens que nous donnons à k phrase ; le psaume n'a pas été composé à Toccasion de la ruiaede l'armée assyrienne ; mais cet événement sert ici d'omemenl poétique au discours. Il va sans dire que nous n'insistons pas sur le nom de Sanhérîb ; tout événement analogue, la coutume barbare de laisser sans sépulture les corps des vaincus tués au combil, pouvait suggérer l'expression. En aucun cas nous n'admettons que le second texte soit Toriginal, qu'il ait eu en vue le iail mentionné, et que le rédacteur de l'autre (Ps. XIV) ait ensuite décoloré son modèle.
Reste la dernière stroplie, identique dans les deux réccnsioas. Elle parle de la restauration d'Israël, ou, d 'après rinterprétationpte généralement reçue, du retour des captifs. Il est impossible id de songer à David ; il faut au moins descendre jusqu'à Tépoquek Jérémie et de la première déportation. On a même compiri Jér. X, 17-25 comme offrant quelques ressemblances frappante» avec le psaume, et on a conclu que le prophète pourrait bien en être l'auteur. Mais rien n'empêche de supposer au psaone une origine beaucoup plus récente encore, une époque anlérieore à la ruine de Jérusalem n'étant pas indiquée, vu Tabsence totale d'une velléité guerrière et do to!itc nécessité de songer î des ennemis du dehors.
(H.M)r. XV. Grec. XIV.)
Éleniel ! Qui demeurera sous ta tente?
Qui habitera sur ta sainte monlajçne?
(Jlelui qui marche droit et pratique la justice, Kl parle selon la vérité dans son cœur; Qui ne calomnie point avec sa langue.
Ne fait point de mal à son procliain, Ni ne profère Toutraj^^e contre son voisin. T/honinie réprouvé est méprisable à ses yeux. Mais il honore ceux (jui craignent rKteniel.
Aurait-il juré à son détriment, il n'y change rien.
Son argent, il ne le prête pas à usure,
Et n'accepte pas de cadeau aux dépens de l'innocent.
Celui qui a|2^t ainsi ne sera jamais ébranlé.
Psaume didactique, sans prétention aux allures de la poésie, ni pour le fond, ni pour la forme. Il répond simplement et nettement à la question posée au premier verset : Quels sont les caractères de l'homme que Dieu reconnaît comme citoyen de sa cité ? La réponse contient des traits généraux d'abord, puis spéciaux.
La vérUé n'est pas la véracité, mais tout ce qui est conforme à la volonté de Dieu. Parler dans le cœur, c'est penser. Être ébranlé, est le commencement de la chute, et choir, c'est ici être malheureux, et non pécher (ce qui serait une froide tautologie) . Sur la 8^ et la 10® ligne les commentaires varient. On a proposé de traduire : // est réprouvé, méprisable à ses yeux, c'est-à-dire, il se reconnaît (malgré toutes ses vertus) comme un pauvre pécheur, idée chrétienne, étrangère à l'Ancien Testament et mal placée dans ce contexte. L'autre ligne a été traduite ainsi : Aurait-il juré au mécharU^ etc., c'est-à-dire, il est fidèle à son serment, même envers un méchant.
La sainte montagne, comme terme technique pour le rapport avec Dieu, nous mène bien loin de David.
(Hébr. XVI. Grec XV.)
Garde-moi, ù Dieu! Je me réfugie vers toi. Je dis à rÉternel : Mon Seigneur, c'est toi ! Je n*ai pas de bonheur plus grand que toi. Tu Tes pour les saints qui sont dans le pays. Et les nobles, à qui je prends plaisir.
Ils multiplient leurs douleurs, ceux qui courent ailleurs. Je ne verserai point leurs libations de sang ; Je ne veux pas prendre leurs noms sur mes lèvres. L*Éternel est la part de mon lot et de ma coupe : C'est toi qui assures mon sort.
96 PSAUMK XVI.
Ma part m'est échue en une belle terre: Oui, mon patrimoine me paraît bien beau. Je l)énirai l'Éternel qui m'a conseillé. Même de nuit mon cœur me le rappelle, Je me représente l'Éternel constamment ; Tant qu'il est à ma droite, je ne chancelle pas.
(^est pourquoi mon cœur se réjouit, Kt mon Ame tressaille de joie ; Oui, mon corps demeure en sûreté.
Car tu n'abandonneras pas mon àme au SheAI,
Tu ne permettras pas que ton fidèle voie le tombeau.
Tu me montreras le sentier de la vie.
Devant ta face il y a plénitude de joie.
Il y a des délices à ta droite, à tout jamais !
Le texte de ce psaume paraît sérieusement endommagé dans les premiers versets, et la traduction , par conséquent, sujette à caution. Gela influe même sur Tinterprétation de Tensemblc. Dans cet état de choses, il faut aborder celle-ci par ce qu'il y a de plus clair et de plus sûr.
Le psaume paraît exprimer un sentiment individuel et ne point être composé directement pour Tusage de la communauté. Les deux dernières lignes de la première strophe (si tant est que nous en ayons bien rendu le sens) parlent bien d'autres saints dans le l)ays, auxquels le poète s'associe ; mais cela même peut confirmer la justesse de notre point de vue. Dans la seconde ligne de la dernière strophe nous avons mis ton fidèle au singulier, avec les Septante et d'après une variante inscrite en marge du texte hébreu, lequel porte lui-même tes fidèles au pluriel. Le contexte n'est guère favorable à celte dernière leçon. Cependant ce que nous venons de dire n'est proposé ici que comme le plus vraisemblable ; une nécessité absolue de se restreindre à ce point de vue individuel n'existe pas.
Quoi qu'il en soit, l'idée dominante est incontestablement celle du bonheur d'être avec Dieu. Celte idée est exprimée surtout par plusieurs images empruntées à la possession territoriale et à la boisson. De même que le laboureur est heureux de se savoir propriétaire d'une belle ferre, de même le poëte se félicite du ht qui lui est échu dans son rapport avec un Dieu protecteur ; la
satisfaction qu'il en ressent est comparée à la jouissance qu'on éprouve à vider une coupe de vin exquis. Une douce joie le pénètre, il est rassuré. Il compte échapper à tous les dangers; son Dieu le protégera contre les chances de mort. Cette dernière idée est exprimée en trois phrases absolument synonymes, et ce serait une erreur que d'interpréter les sentiers de la vie, par les moyens moraux et religieux de gagner la vie éternelle, dans le sens de l'Évangile.
Voilà certainement la pensée fondamentale du psaume, et les trois dernières strophes sont à cet égard suffisamment transparentes. Mais la fin de la première et le commencement de la seconde sont d'une obscurité désespérante, et d'autant plus irrémédiable que les difficultés ne résident guère dans les mots, maïs plutôt dans la construction syntactique, qui est telle, qu'il n'y a pas moyen de se rendre compte, ni de la liaison ni de la portée des diverses phrases. C'est là ce qui nous fait croire que le texte est altéré, peut-être qu'il y a de notables lacunes.
Prenons d'abord le commencement de la seconde strophe, où nous avons pu croire reconnaître une antithèse entre les sentiments du psalmiste et les tendances de certaines gens qui ne les partagent pas. Notre traduction exprime l'idée que ces gens, courant aiUeiirs, après un autre (dieu), se nuisent à eux-mêmes, et que le pieux poète repousse toute espèce de communion avec eux ; mais rien n'est moins sûr que cette interprétation. Au lieu de douleurs (sens ordinaire du mot hébreu), d'autres mettent idoles ; alors leu7'S libations et leurs noms seraient ceux de ces idoles. Encore faut-il observer que dans l'un comme dans Taulre cas le texte reçu ne dit pas : ils multiplient, à l'actif, mais : ils sont multipliés (au neutre ou au passif), ce qui présente l'inconvénient que le verbe est au masculin et le substantif au féminin. Nous avons donc cru pouvoir changer la voyelle et mettre l'actif pour le neutre ^ De manière ou d'autre, le sens qu'on obtient paraît assez plausible ; mais la fin de la première strophe reste inintelligible. C'est nous qui avons librement ajouté ces mots : Tu Ves, qui ne se trouvent pas dans le texte, uniquement pour pouvoir établir une liaison quelconque entre ce qui précède et le datif : Aux saints. Quels sont ces saints? Nous supposons que ce sont tous les hommes pieux en Israël. Mais les nobles ? Le mot hébreu
1 YarhoH pour Yirhon,
A. T. — 5« part. 7
ne désigne nulle pari la noblesse du caractère, toujours celle de la position sociale. Gomment cette classe de la société a-t-elle rhonneur d'être assimilée comme telle aux saints? Cette difficulté ne disparaît pas si nous mettons, comme on Ta proposé : (Mon bonheur) est parmi les saints, etc. ; ou bien encore : (Je dis cela) av^ saints, etc.
Remarquons encore que la version grecque a mis mal à propos la jnUrèfactwi à la place du tombeau, ce qui a fait croire aux interprètes chrétiens que le psalmiste a voulu parler du Christ, dont le corps, bien qu*enterré, n'a pas subi la décomposition et n'a pas été laissé à Tenfer (Actes II, 25 ; XIII, 35). Mais dans ce cas il faudrait aussi admettre que c'est le Christ hii-même qui parle dans tout le psaume, ce qui se heurterait contre les antres parties.
(Hébr. XVII. Grec XVI.)
Écoute, ô Éternel, Tinnocence !
Exauce mes crisi Prête Toreille à la prière
De mes lèvres sans fraude !
Que ma cause triomphe devant toi —
Tes yeux voient ce qui est juste.
Si tu sondes mon cœur,
Si tu m'examines la nuit.
Si tu m'éprouves, tu ne trouveras point de malice en moi ;
Il n'en passe pas par ma bouche.
Quant aux actes des hommes,
Selon la parole de tes lèvres, Je me garde des voies du scélérat.
Mes pas s'attachent à tes ornières,
Et mes pieds ne trébuchent point.
Quand moi je t'appelle, C'est que tu m'exauceras, A Dieu !
Incline ton oreille vers moi !
Écoute mes paroles ! ^ Montre ta g^râce admirable,
O toi. Sauveur des ronfianfs,
MAUME XVII. 99
Gontre les rebelles^ par ta main puissante!
Garde-moi comme la prunelle de rœil; De l'ombre de tes ailes couvre-moi
Contre les méchants qui m'attaquent, Les ennemis qui s'acharnent autour de moi !
Ils ont fermé leur cœur à la pitié,
Leur liouche parle avec orgueil.
A chaque pas maintenant ils me circonviennent,
Ils ont l'œil sur moi pour me jeter à terre, Pareils au lion qui s'acharne après sa proie,
Au jeune lion blotti dans son repaire.
Lève-toi, Étemel !
Oppose-toi à lui, terrasse-le !
Sauve-moi du scélérat par ton glaive!
Des hommes, par ta main, ô Éternel !
Des hommes de ce monde, Dont la part est dans la vie.
Dont tu remplis le ventre de tes trésors,
Qui sont riches en enfants.
Et qui laissent leur abondance à leurs neveux !
Moi, puissé-je contempler ta face en justice, Me rassasier de ta vue au réveil !
Ce psaume, comme le précédent, oflfre des difïîcullés sérieuses, provenant sans doute également d'altérations du texte ; mais son sens général ne saurait être contesté. C'est un appel pressant adressé au Dieu d'Israël, en faveur d'un fidèle serviteur exposé aux aUac[ues des méchants. Nous ne perdons pas un mot pour affirmer que ce serviteur n'est pas le chef de bande, l'aventurier pourchassé par Saûl, mais un homme profondément pieux et imbu des principes de la religion des prophètes, qui n'attend que de Dieu seul, et nullement de son épée, la sécurité et la liberté qu'il a perdues.
La seule chose à demander, c'est s'il s'agit réellement d'un individu isolé, ou plutôt d'un peuple malheureux et n'ayant que sa foi pour se défendre et pour se soutenir ? Nous penchons fortement pour cette dernière opinion. Non-seulement les ennemis, les mÀïhants sont presque partout introduits en nombre pluriel, ce qui permettra de supposer un rapport analogue du côté opposé ; mais une fois môme le pluriel est explicitement appliqiié au sujet
100 PSAUMB XVII.
qui parle. A la quatrième strophe, où notre traduction dit: Â chaque pas ils me circonviennent, — le texte porte littéralement : nos pas — ils nous circonviennent (avec une variante pour le second pronom). Nous avons effacé cette particularité pour rendre la traduction plus coulante.
L'Israélite qui parle, soit en son nom particulier, soit au nom de la communauté, affirme d*uu bout à Tautre son innocence et sa justice ; cela sera acceptable, même pour un lecteur chrétien, en tant qu'il s'agit là de la fidélité religieuse, opposée à l'apostasie ou à rindifférentisme pendant la persécution païenne.
Quelques passages réclament une explication spéciale. Str. 1 : Que nui cause triomphe decant loi! Lilt. : Que mon droit sorte de devant toi ; il est question d'un droit à reconnaître et à proclamer par le juge après l'examen de la cause. — Dans la seconde strophe, nos lecteurs ne s'apercevront guère des difficultés que présente l'original, et que notre traduction a plutôt effacées que résolues. Il est clair que le poète, silr de sa conscience, déclare n'avoir pas à craindre l'œil scrutateur de Dieu, qui, la nuit même, où les hommes ne voient rien, pénètre les secrets de leurs actes et de leurs pensées. Mais la construction des lignes du milieu n*est rien moins que transparente. Les rabbins prescrivent de traduire ainsi : Si tu m'éprouves, tu ne trouveras rien : j'ai (peutêtre) des pensées (mauvaises), mais elles ne passent pas, etc. Nous lisons zitmètatl (substantif) pour Kimnwtl (verbe), et nous faisons ainsi disparaître une restriction qui affaiblirait singulière* ment les assertions de l'auteur.
La troisième strophe est très-claire. Disons seulement que la figure des ailes de Dieu est empruntée à la nature qui enseigne aux oiseaux à protéger leurs petits sous leurs ailes. L^image revient plus d'ime fois dans les psaumes. Voyez surtout XGI, 4, Sans ce dernier passage, on pourrait être tenté de substituer aux ailes les pans du manteau, qu'on désigne en hébreu par le môme mot, et qui se prêteraient mieux encore à représenter la môme idée, surtout si l'on en rapprochait l'allégorie du rapport conjugal entre Jéhova et Israël. Comp. Éz. XVI, 8. Ruth III, 9.
Dans la quatrième strophe, dès la première ligne, on rencontre un mot que nous avons traduit par cœur, et qui signifie ordinairement graisse. On en a conclu que le poète veut insinuer que les gens qu'il accuse n'ont que de la graisse au lieu de cœur, qu'ils sont insensibles et stupides. Ne serait-il pas plus simple de dire que
le terme choisi signifie proprement lenveloppe du viscère, le péricardium, dont les Grecs aussi (çpeve;) se servaient autrefois pour parler du siège de Tintelligence ? Nous avons déjà eu Toccasion de dire que le texte de la troisième ligne de cette strophe paraît être dérangée. Mais cela est bien plus positivement le cas dans les lignes du milieu de la strophe suivante, que nous avons traduites, tant bien que mal, avec le sentiment de n'avoir pas les moyens de prouver la justesse de notre traduction, et laissant même à dessein du vague dans les termes. Voici ce qu'il y a de positif à regard de ce passage : Il doit faire le portrait de ceux contre lesquels le poëte implore le secours de Dieu ; ils sont donc de ce inonde (comme ce monde les produit, comme est la majorité opposée au petit nombre des fidèles), leur part c'est la vie, tandis que la part de l'homme pieux, c'est Jéhova (XVI, 5) ; la vie est ici la vie matérielle, opulante, prolongée, l'honnête homme étant généralement pauvre et exposé à toutes sortes de dangers. Les enfants nombreux représentent, comme la transmission de l'héritage, la propriété durable. En un mot, les biens de la terre sont donnés abondamment à ces méchants, la prière de Thumble Israélite ne les demande pas, ne les leur envie pas ; il voudrait seulement être protégé contre d'odieuses vexations (comp. CXLII, 6).
Enfin, le distique final contient deux expressions que nous avons exprès laissées dans un certain clair-obscur, de peur d'en forcer le sens. Que veut dire ce mot : contempler la face de Dieu en justice ? S'agil-il de la justice de Dieu qu'on voudrait voir enfin se dévoiler? ou bien de la justice propre du suppliant qui, en la faisant valoir, peut réclamer à bon droit la protection divine ? Et puis, de quel réveil est-il question? Gela veut-il dire : dès demain ? ou : tous les jours (III, 6; ? ou : au sortir de cette nuit d'angoisses? ou : à toK réveil, quand toi tu te décideras à agir en ma faveur (VII, 7)? Beaucoup d'interprètes pensent au réveil pour la vie future et voient ici une trace de la croyance à l'immortalité. Si celte idée était clairement exprimée ici, nous ne verrions pas de motif pour l'éliminer du texte, car le psaume ne pouvant être de David, et devant appartenir à un âge bien plus récent de la littérature religieuse d'Israël, la présence de l'idée d'une résurrection ne nons gênerait pas (car l'ancienne littérature nomme la mort un sommeil dont on ne se réveille pas. Jér. LI, 39. Comp. Job XIV, 12). Mais il y a pourtant à dire que même dans les psaumes
il n'y a pas im seul passage qui affirme explicitemeDi la vie d'outre-tombe. On ne voit pas non plus comment l'auteur arriverait à parler ici de résurrection, alors qu'il n'a nulle part été question de la mort comme d'un fait intervenu, et si nous avons raison de dire qu'il y a là un cantique national, et non un épanchement exclusivement individuel, la résurrection est hors de question. L'Israélite peut parler de coir Dieu, sans songer à mourir préalablement (LXIII, 3).
(iiébr. XVIII. Grec XVII.)
Je t'aime, ô Éternel, ma force * !
L'Éternel est mon rocher, mon château et mon libérateur'. Mon Dieu est ma roche* où je me réfugie, Mon bouclier, ma corne victorieuse.
Ma citadelle*
J'invoque l'Éternel, le glorieux.
Et de mes ennemis je suis délivré I
Les liens ^ de la mort m'enveloppaient, Kt^ les torrents de la ixiine me frappaient d'épouvante; Les liens du S'eôl m'avaient enlacé, Devant moi j'avais les lacets de la mort. Dans ma détresse j'appelai l'Éternel, Kt vers mon Dieu je criai au secours ' : De son palais il écouta ma voix.
Et mes cris parvinrent* à ses oreilles.
Et la terre bondit et trembla.
Les fondements des montagnes* s ébranlèrent, Us s'émurent de son courroux.
La fumée sortait de ses narines.
* Comme ce psaume se rencontre une seconde fois dans la Bible, savoir «a 22* cbap. du 2* livre de Samuel, nous ajouterons ici en note les variantes de l'autre récensioD.
1 Cette ligne manque dans Vautre tewte. — 2 S. ajoute: a moi. — ^ Le Dieu de ma roche. — ^ S. aj.i et mon refuge, mon sauveur, tu me sauves de la violence. — ^ Oui, les brisants. — ^ Et manque. — "^ S. inet ici un terbe synonyme. — S parrinrent, omis. — ** des cieuz.
Un feu dévorant de sa bouche, La braise en jaillissait ardente.
Il abaissa les cieux et descendit, Un noir nuage sous ses pieds.
Monté sur le Keroûb il vola, Il plana*® sur les ailes du vent, Se donnant les ténèbres pour enveloppe"*. Tout autour de lui, sa tente*'
C'étaient les eaux ténébreuses *^ les nuages amoncelés. De l'éclat qui l'entourait ses nuages s'élancèrent **, La grêle **, et les *® charbons en feu.
Et l'Éternel tonna dans les*' cieux. Le Très-Haut fit éclater sa voix.
[La grêle et les charbons de feu **] Et il décocha ses** traits et les dispersa, Il lança '*> des foudres**, et les mit en déroule. Et les profondeurs des ondes'* se découvrirent. Et les fondements de la terre furent mis à nu. Devant ta voix, ô Éternel '% qui grondait. Devant le souffle haletant de tes** narines.
D'en liaut il étendit sa main pour me saisir ; Il me retira des vastes ondes ; Il me délivra de mon farouche ennemi.
Et de mes adversaires trop forts pour moi. Ils m'avaient surpris au jour de mon infortune. Mais l'Éternel devint** mon soutien.
Il me fit .sortir** au large; Il m'a dégagé, parce qu'il était content de moi.
L'Éternel m'a ti*aité selon ma justice *', Selon la pureté de mes mains il m'a i^*om pensé. Car j'ai gardé les voies de l'Étemel, Et n'ai point péché contre mon Dieu.
*® il apparat. — ^ * pour enveloppe, omû. — •* sa demeure. — ^^\es masses d'eau.
— 14 ges nuages s'élaûcèrent, omis. — ^^ omis. — ^^ sortirent brûlants des. — ^"^ du baal des* — ^^ Cette ligne manque non-seulement dans Vautre texte ^ mais aussi dans le$ LXX, et nous la regardons comme le produit d'une erreur de copiste. — *^ des.
— «0 OMM. — 81 la foudre. — '-^a de la mer. — ^3 la voix de l'Éternel. — «*» ses.
— *5 fut. — *^ construction changée. — 27 synonyme.
Mais toutes ses lois m'étaient présentes,
Et je n'écartais pas de moi '" ses commandements.
J'étais sans défaut à son égard *®,
Et je me gardais de toute iniquité.
L'Éternel m'a rendu selon ma justice '", Selon la pureté de mes mains '* qu'il avait devant les yeux. Avec celui qui est pieux, tu te montres plein de grâce, Avec l'homme" intègre tu agis avec int^ité, Avec celui qui s'est purilié tu te montres sincère". Avec l'homme faux tu agis perfidement".
C'est que toi'*, tu viens en aide aux gens humbles, Et tu fais baisser les yeux aux orgueilleux'*.
Oui, c'est toi qui allumes'^ mon flambeau, C'est l'Éternel, mon Dieu '', qui éclaire ma nuit. Oui, avec toi je m'élance sur les bataillons, Et avec mon Dieu je franchis la muraille. Ce Dieu — sa voie est irréprochable, La parole de l'Éternel est sans alliage ; il est un bouclier pour tous ceux qui se contient en lui.
Car qui est Dieu ", si ce n'est l'Éternel ? Qui est un rocher, hormis*® notre Dieu? Ce Dieu — c'est lui qui me ceint de force*®, 11 fait que mon chemin est sans défaut *^ 11 lend mes *' pieds agiles comme ceux de la biche. Et me met en sûreté sur mes hauteurs.
11 enseigne à mes mains à combattre, Et mes bras bandent l'arc d'airain.
Tu me prêtes le bouclier de ton salut. Ta droite me soutient ♦•, et ta clémence me fait grandir. Tu rends ma démarche altière.
Et mes chevilles ne chancellent point.
je ae m'écartais pas de. — '^^'^ eavers lui — «^^ tfHOnifme. — 31 ma pureté. — 3* le héros. — •** variantes d'orthot/raphe ou de /orme verbale. — 3** C'est que toi, omis. — 3^ tu abaisses les yeux sur les orgueilleux. — ^^ Étemel» c'est tm qui m. ^- 3'' mon Dieu, o«*«. — '^^ synontfHie. — «^^ si ce n'est. — 40 ^e Dieu est aie citadelle, ma force. — 4- Il guide l'homme intègre dans son chemin (en hébreu U- difirmitê^ e»f peu sensible). — *l'^ ses. — 43 Cet hémistiche est omis.
PSAUME XVIll. 105
Je poursuis mes ennemis, je les atteins ^^,
Je ne reviens pas avant de les avoir achevés.
Je les assomme de sorte qu'ils ne peuvent plus se relever ^^.
Ils sont renversés- sous mes pieds.
Tu me ceins de force pour le combat, Tu fais plier sous moi mes adversaires. Mes ennemis, tu les chasses devant moi, Et ceux qui me haïssent, je les anéantis ^*. Ils crient au secours*' — personne ne les sauve — Vers l'Éternel, et il ne les exauce pas. Je les broie comme la poussière qu'emporte le vent^*, Comme la boue des rues je les balaie *'.
Tu m'as délivré des attaques du peuple *®, Tu m'as fait *" chef des nations :
Un peuple que je ne connaissais pas, vient me servir. Au seul bruit de mon nom ils me prêtent obéissance. Les fils de l'étranger me flattent **.
Les fils de l'étranger perdent courage.
Ils sortent en tremblant^' de leurs châteaux.
Vive l'Éternel ! béni soit mon rocher ! Qu'il soit exalté, le Dieu** de mon salut! Le Dieu qui m'a donné de me venger.
Et qui a fait plier** les peuples sous moi, Qui m'a sauvé *^ de mes ennemis !
Oui *', tu m'as élevé au-dessus de mes adversaires, Tu m'as arraché à l'homme criminel*'.
Aussi le louerai-je parmi les nations, ô Éternel *• ! A ton nom je ferai retentir*® ma lyre. C'est lui qui rend éclatantes les victoires de son roi; A son oint il accorde sa grâce, A David et à sa race éternellement I
Le premier fait qui doit nous occuper dans l'interprétation de ce psaume, c'est l'existence de deux textes identiques d'un bout
^'^ je leB écrase. — ^^ je les achève, je les assomme, de sorte qu'ils ne se relèvent plus. ^- -A^ pour qiie je les anéantisse. — ^"^ ils regardent. — ^^ poussière de la terre.
— ■*• je les écrase, je les foule. — 5<* de mon peuple. — 5* Tu m'as préservé pour être.
— ^ €§$ deu» lignes transposées et quelques variantes dans les formes des mots. — ^^ ils «• odgiMoi pour sortir. — ^^ le Dieu du rocher. — ^^ qui a assujetti. — ^^ dégagé.
— **' omiê, — 58 variante de forme. — 59 transposition. — ®0 variante de forme.
a Taulre pour le foud. mais différents par une masse de variantes, généralement de peu (rimportaiice, et en partie telles que la traduction ne peut pas même les faire sentir. Aussi en avons-nous négligé un certain nombre dans les notes. D'où viennent ces variantes i L'auteur aurail-il fait lui-même deux éditions de son poème, comme on le prétendait autrefois? La pièce aurait-elle été d'abord conservée par la mémoire et mise par écrit plus tard seulement et par ditlérentes mains ? Dans ce cas, sans doute, les variantes seraient plus nombreuses et plus importantes. Ou enfin, les différences doivent-elles leur origine à la négligence des copistes, ou à des corrections critiques appliquées à un texte réputé difficile ou fautif? Les savants ont tour à tour donné la préférence à l'un des deux textes, de manière à le regarder comme le seul authentique. Aujourd'hui cependant on reconnaît que les bonnes leçons se retrouvent dans les deux recensions, quoique celle que nous avons devant nous paraisse plus souvent mériter d'être adoptée que celle du livre de Samuel. Dans cette dernière on trouve des omissions (notes 1,8, 11, 14, 15, 20, 34, 37, 43, 59) qui pourraient être attribuées à la négligence. Mais l'autre n'en est pas exempte non plus (notes 4, 45). Si telle leçon du psaume est plus simple (notes 3, 10, 54), moins oiseuse (46), plus naturelle (9, 35, 40, 44, 50, 53), plus difficile, et partant plus ancienne (10, 20, 28, 55), telle leçon du livre de Samuel, en revanche, est recommandée par le parallélisme (5) ou comme évitant une froide répétition (18;. Du reste, la plupart des variantes portent sur quelques lettres seulement, bien que cela ne ressorte pas de la traduction (10, 12, 13, 17. 19, 21, 22, Zi, 24, 25, 27, 30, 32, 33, 38, 41, 42, 46, 47, 49, 50, 53, 58, etc.). à quoi il faut ajouter les nombreuses additions ou omissions de la conjonction ft. Tout cela prouve que les copistes y sont pour beaucoup, et que le texte de l'Ancien Testament ne nous est pas parvenu dans un état d'intégrité tel qu'il nous interdise absolument les corrections ou les conjectures, là où nous n'en possédons qu'une seule récension.
Quant à l'origine du psaume, il est de ceux qui, même aux yeux d'une critique un peu soupçonneuse, paraissent élevés audessus de tout doute. L'inscription l'attribue à David, le serDÎienr de Dieu, qui aurait dit à l Eternel les paroles de ce canêifne^ le Jour ok r Eternel Veut délicré de la maiit de tous ses ennemis^ ei de la main de SailL Cette assertion semble confirmée par le fait
que le psaume se trouve inséré avec la même inscription dans rhistoire même du roi, par la mention de son nom dans le psaume, et par le contenu, la personne qui y parle se posant comme un roi victorieux et conquérant.
Ces arguments ne nous paraissent pas absolument concluants. 1* L'inscription est empruntée au rédacteur du livre de Samuel, lequel, en insérant la pièce à la fin de la biographie du roi, ajoutait naïvement qu'elle récapitulait pour ainsi dire son histoire. Mais c*est là précisément une méprise évidente. Le poëme se rapporte de toute nécessité, non aux expériences de toute une longue carrière militaire, mais à un événement particulier, à une victoire brillante remportée dans un péril imminent et suprême. 2* Le surnom donné à David (le serviteur de Dieu), et la phrase qui dit : le jour où Dieu leut délivré de tous ses ennemis, trahissent un auteur qui embrassait, à une grande distance, toute la vie de David, déjà colorée par la tradition légendaire. Il n'y a pas là de garantie pour la certitude de Tallégation relative à ses droits d'auteur. 3** Placer Saùl après les autres ennemis, est également une singulière appréciation de l'histoire. 4^ Dans le psaume luimême, il n'y a pas la moindre allusion à un fait connu de cette histoire, laquelle couperait court à toute hésitation. 5" Le nom de liavid se trouve à la vérité dans le dernier verset, mais s'il y est de la main de l'auteur (ce dont on a pu douter), il y est aussi fait mention de la race de David, et rien ne s'oppose à ce que le poète ait appartenu à cette race. 6** Le ton superbe du vainqueur n^exclut pas un roi postérieur. Chacun peut apprécier ses hauts faits comme bon lui semble. T" La mention des lois et commandoments de Dieu (v. 23), peut-être même celle du temple (v. 7), que nous avons cependant remplacé par le palais (céleste), cadrerait mieux avec une époque moins ancienne, et ceux-là surtout qui tiennent à attribuer à David le 51** psaume, devraient s'arrêter devant ces éloges prétentieux que l'auteur décerne si ingénument a sa vertu sans tache.
Du reste, les détails ne présentent aucune diflSculté sérieuse. La versification n'est pas régulière et si, en suivant le sens, nous avons pu généralement constituer des strophes de huit lignes, nous n'entendons pas dire que le poëte ait voulu s'astreindre à cette forme. On peut même dire que la marche du poëme. considéré dans son ensemble, a plutôt quelque chose d'épique que de lyrique.
108 PSAUME XVIÏI.
La première strophe est une espèce d'exorde. Comme il s'agit de rendre grâces à Dieu pour une délivrance accomplie, le ]30ële débute en exaltant cette puissance libératrice d*une manière générale, par une série d'épithètes figurées. Le bouclier, le chftteau fort situé sur une roche escarpée, sont des images de la sécurité ou de la protection ; la corne introduit de plus Tidée de la puis-» sance agressive.
La seconde strophe rappelle le péril aujourd'hui heureusement écarté. Il ne nous est pas décrit en détail et d'après sa nature» mais la suite nous autorisera à songer de préférence à une attaque hostile du dehors. La grandeur de ce péril se reconnaît à ce que Fauteur insinue quatre fois de suite qu'il y allait de sa vie. Il le dit à la fois en termes formels et d'une manière figurée. La mort est personnifiée, non-seulement avec son nom propre, mais encore en tant qu'elle est représentée par le lieu où séjournent les ombres. le S*€Ôl, mot que nous aimons mieux conserver que de le traduire par enfer, parce que cette dernière expression a changé de sens dans le langage moderne. Les images sont empruntées d*un côté à la chasse, où les liens et les lacets menacent les animaux, de Tautre côté à une terrible inondation qui emporte tout, ou, diaprés l'autre texte, aux vagues qui viennent avec fureur se briser contre la côte.
Le salut est opéré (la victoire assurée) par une intervention personnelle de Jéhova. C'est dans cette partie surtout que se révèle le talent du poëte. Les éléments du tableau delà théophanie ne sont pas précisément autres que dans les nombreux passages analogues, mais les couleurs sont plus vives et l'expression plus énergique qu'ailleurs. L'orage et le tremblement de terre forment les décors de la scène ; les noirs nuages sont la fumée qui sort des narines de Dieu, siège de la colère, qui elle-même est un feu, d'où jaillissent des étincelles, les éclairs. Le char de Dieu est appelé Keroàhy et nous voyons par le parallélisme ce qu*est la tempête elle-même qui est désignée par ce nom, et que, par conséquent, rien n'est absurde comme la combinaison populaire et traditionnelle qui fait des ^chérubinsti des anges à forme humaine. La fin de la 4* strophe paraît êlre en désordre. Le texte du livre de Samuel est plus simple, mais probablement tronqué. On voit cependant que le poëte veut dire que la personne de Dieu, voilée au dehors par de noirs nuages, est entourée à l'intérieur d'une lumière éblouissante, du foyer de laquelle jaillissent les éclairs en traversant l'enveloppe ténébreuse.
Le but de cette apparition de Dieu est de chasser l'ennemi. Cet eDoenii est enfin introduit dans la 5^ strophe, mais sans être nommée ni môme annoncé. Il se présente et se découvre sous un simple pronom (il les dispersa, etc.). On aurait tort de croire que sa déroute a dû être occasionnée par un orage. Cet orage n'est que le symbole de la présence personnelle du Très-Haut, ou, si Ton veut, l'image de sa colère. Pour s'en convaincre, on n'a qu'à voir la suite du tableau, où d'abord il est question du fond de la mer mis à nu par la tempête, et ensuite, de ce que la main de Dieu retira son protégé des vastes ondes. Si l'on devait prendre cela à la lettre, il faudrait songer à une bataille navale, qui aurait manqué de faire périr les deux partis !
Avec la 7® strophe, le ton général du poëme commence à baisser et se rapproche sensiblement de la prose. L'idée dominante est ici que la délivrance était méritée; et cette assertion, de personnelle qu'elle était, est élevée immédiatement à la hauteur d'un principe : Dieu en agit avec les hommes, comme les hommes le font avec lui. Il y a là un rapport d'exacte justice, lequel s'énonce même dans l'original d une manière beaucoup plus positive, nous dirions volontiers plus crue, que ne le fait sentir notre traduction, qui a un peu adouci les expressions, de sorte que l'anthropomorphisme qui est au fond de la pensée paraît moins choquant. Cependant nous n'avons pas dû l'efl'acer complètement, en disant par ex. : avec l'homme faux tu agis selon sa perfidie. Non, le poëte dit que Dieu agit perfidement, en ce que les moyens employés par sa justice pour arriver à punir le coupable, sont de nature à surprendre celui-ci, à tromper ses espérances, à le faire tomber dans le piège, quand il s'y attend le moins.
La 9* strophe ramène les expériences personnelles du poëte. Il parle au présent de sa situation assurée et victorieuse. Elle est l'accomplissement des promesses divines qui ne sauraient tromper. Sans doute, la victoire est due aussi à la valeur du chef; mais s'il a le courage de se jeter sur les rangs ennemis et de monter à l'assaut» s'il est agile à la course et puissant dans le maniement des armes, c'est qu'il doit ces qualités à son céleste protecteur. Le cktmm sans défaul est à prendre dans le sens militaire (et non moral), oomme celui qui ne manque pas son but. Le reste n'a pas besoin d'explication. Mais on sent que le psaume s'allonge trop et finit par se traîner dans des répétitions.
110 PSAUME XJX.
Hébr. XIX. !-•;. Grec XVIIl, l-l.J
Ijtis cieux i-acoritent la {gloire de Dieu, I>î firrnaineiit, œuvre de ses mains, la proclame.
!>• jour au jour en transmet le message, Tne nuit à l'autre en donne connaissance.
(le n'(»si point un discours, ce ne sont pas des paroles,
I^ur son ne se fait point entendre :
Par toute la terre leur voix retentit,
Leurs accents vont jusqu'à Textrémité du monde, Où il a établi la tente du soleil.
Olui-ci, pareil au jeune époux il sort de sa chambre, Joyeux, comme un (ruerrier, il va |iarcourir sa carrière;
Au bout du ciel est son lieu de départ, A l'autre l)0ut va son orbite,
Hien n'est à couvert contre son ardeur.
I^ gloire de Dieu proclamée par la beauté de la nature. Psaume (run mouvement lyrique très-accentué et en même temps d^uae simplicité pleine de fraîcheur. C'est sans doute à tort qu*oo Ta considéré comme un fragment, à cause de sa fin un peu brusque. Nous aimons mieux y voir un argument à faire valoir en faveur d(; son antiquité, qui serait ainsi attestée par un défaut de forme qu'une poésie plus artificielle eût facilement évité.
Pour les détails, nous nous bornerons à un petit nombre d'observations. Dans la première strophe on traduit ordinairement: Le firmament proclame Tœuvre de ses mains, ce qui doit signifier : ce qu'il sait et peut faire. Le passage parallèle VIII, 4 et les accents môme militent en faveur du sens que nous avons exprimé. Le second distique veut dire que cette proclamation de la gloire de Dieu est continuelle et permanente. Chaque jour la renouvelle, (rhdque nuit en lègue le devoir à celle qui lui succède. Le jour et la nuit sont personnifiés et dotés de la conscience et de rintelli* gence de ce qu'ils voient à tour de rôle des grandes œuvres de Dieu.
La s(»conde slroplie. telle qu'elle se présente dans le texte, semble devoir dire ({ue la proclamation delà gloire de Dieu par la
PSACMB XIX. 111
nature ne se fait point en discours ou paroles ordinaires, mais que néanmoins la terre entière en reçoit communication. C'est donc une prédication à la fois muette et éloquente. Cependant comme cette antithèse n'est pas marquée dans le texte par une particule, beaucoup de traducteurs ont cru y voir plutôt cette idée : ce n'est pas un •discours çui ne serait pas entendu (intelligible). Au v. 5 la leçon est douteuse. Le texte hébreu dit : leur dornaine, litt. : le cordeau, c'est-à-dire, la portion de terrain qui leur est échue. Ce serait l'espace dans lequel la voix peut se faire entendre. Les Grecs paraissent avoir eu un autre texte en traduisant : leur voix (qlm ^onr qv>M). Et cette leçon nous a paru préférable.
La dernière ligne de la seconde strophe individualise le tableau de la nature. Le bout du monde amène, par une transition des plus naturelles, la mention du soleil levant, qui offre en même temps l'un des plus beaux spectacles de la nature. Il faut seulement se rappeler qu'en hébreu on ne dit pas : le soleil se lève, mais il sort; cela explique suflBsamment la suite de la peinture. Radieux, comme le nouveau marié sortant de la chambre nuptiale dans la plénitude du sentiment de son bonheur, le soleil apparaît à l'horizon ; plein de vigueur, comme un agile guerrier, il s'élance dans sa carrière, sans sentir la fatigue avant d'être arrivé à son terme.
(Hébr. XIX, g-15. Grec XVIII, 8-15.)
I^ loi de rÉternel est parfaite,
Restaurant l'âme; L'enseignement de TÉtemel est sAr,
Instruisant l'ignorance;
Les ordres de l'Étemel sont droits^
Réjouissant le cœur; Le commandement de l'Éternel est clair,
Éclairant les yeux.
La crainte de l'Étemel est pure,
Subsistant à jamais ; Les arrêts de l'Éternel sont vrais,
Kt justes tous ensemble.
112 PSACMKXIX.
Ils sont plus précieux que l^or.
Que beaucoup d*or Gn; Plus doux que le miel,
Qui découle des i-ayons.
Ton serviteur aussi est éclairé par eux;
A les observer il y a grand profit.
Ses fautes, qui les connaît?
Absous-moi de celles que j'ijçnore î
De l'outrecuidance retiens ton serviteur,
Qu'elle ne me subjugue! Alors je serai sans défaut,
Absous d'un grand péché.
Agrée les paroles de ma bouche,
Accueille les pensées de mon cœur, Éternel, mon ixïcher, mon libérateur !
Dans tous nos textes, anciens et modernes, ce psaume se présente comme une partie intégrante du précédent. Un petit nombre de critiques seulement se sont affranchis de rautorité des rabbins et y ont vu une pièce nouvelle et indépendante. La versification, le ton, la valeur poétique, le sens, tout nous semble plaider pour la séparation. Ceux qui persistent à combiner les deux parties, prétendent que le psalmiste a voulu exprimer cette idée, aujourd'hui si familière à la religion, que Dieu se révèle a la fois dans la nature et par sa parole. Mais à y regarder de près. le second psaume n'est nullement composé dans le but de faire voir que Dieu est révélé dans la loi, mais que cette loi révèle à l'homme ses devoirs, et que celui-ci a toujours besoin du pardon de Dieu. Il n y a donc pas Tombre d'un parallélisme entre les deux pièces, et la seconde est d une portée essentiellement didactique et morale.
Nous avons dit que la première partie porte le cachet de Tantiquité, du moins que rien ne nous oblige à la rapprocher de la situation d'Israël, telle que nous Tont dessinée la plupart des psaumes précédents. Ici, au contraire, nous voyons un poète aux yeux duquel la vie religieuse se renferme dans le cadre d'un code écrit, très-riche en détails, et qui ne connaît pas d*autre mesure pour la valeur de l'individu . Il y a môme quelques mots qui pourraient nous permettre de préciser les résultats de ce
critère : Ainsi, la crainte de Dieu nommée parallèlement à la loi, aux commandements, etc., n'est évidemment pas la qualité morale individuelle, mais l'ensemble des prescriptions relatives au rapport de rhomme avec son créateur et juge, la reUffio7i, dans le sens légal et officiel. Le profit offert en perspective au fidèle observateur de la loi, ne nous fera pas sortir non plus de la sphère du judaïsme. Jéhova, qualifié de libéra teur, aura surtout mérité ce nom depuis la restauration. Le ffra?id péché y àoni Israël ipourra être absous, serait celui des générations antérieures qui avaient attiré sur elles la catastrophe de l'exil. Enfin, il y a des interprètes qui à Vontrecuidance (c'est-à-dire, aux péchés sciemment commis, en opposition avec les fautes commises légèrement et par ignorance) substituent les orgueillmix (les Septante ont même les étrangers)^ c'est-à-dire ces mêmes apostats, païens ou impies, naguère désignés par le nom de méchants, et sous le joug desquels soupiraient les fidèles Israélites.
L'agencement strophique du psaume serait parfait s'il ne manquait une ligne à la fin.
(Hébr. XX. Grec XIX.)
Que l'Éternel t'exauce au jour de la détresse? Que le nom du Dieu de Jacob le mette en sûreté !
Qu'il t'envoie du secours de son sanctuaire! Que de Sien il te soutienne !
Qu'il se souvienne de toutes tes oiîrandes, £t qu'il agrée tes gras holocaustes!
Qu'il te donne selon tes désirs,
Et qu'il accomplisse tous tes desseins !
Nous fêterons joyeusement ta victoire,
Au nom de notre Dieu nous dresserons l'étendard :
Que l'Éternel accomplisse tous tes vœux !
Or, je sais que TÉtemel rendra son oint victorieux ; Il l'exaucera du haut de son céleste sanctuaire, Avec le puissant secours de sa droite.
A. T. — 5« pan. )
Que les autres vantent leurs chars et leurs chevaux, Nous, nous exalterons le nom de lahewéh, noire Dieu !
Kux, ils sont renversés, ils tombent — Nous, nous restons debout et fermes.
Étemel, donne la victoire au roi î Exauce-nous quand nous t'implorons !
Le psaume est adressé à un roi allant à .la guerre. Cela ne souffre pas la moindre difficulté. D'après la première ligne, la guerre paraît avoir été chanceuse ; cependant la confiance religieuse fait taire les appréhensions et est sûre d'avance de la victoire. Le poëte n'étant pas le roi lui-même, puisque c'est à cehii-ci que le discours s'adresse, David ne peut être Tauteur. Nous doutons même en général qu'il s'agisse de lui. La mention de Sion, l'antithèse entre les formidables armements des ennemis et (par conséquent) une puissance militaire inférieure du côté d'Israël, enfin le mot : nous nous vêlerons (si nous n'appuyons pas trop ici sur le sens ordinaire), tout cela nous semble militer en faveur de quelque événement plus récent, que nous n'osons préciser.
(Hébr. XXI. Grec XX.)
Éternel ! Le roi se réjouit de ta puissance ;
A cause de ta victoire, cx)mbien sa joie est $2:rande î
Tu lui as accordé le désir de son cœur ;
Le vœu de ses lèvres, tu ne Tas pas repoussé.
Tu es'venu au devantjde lui avec les bénédictions du bonheur. Tu as mis sur sa této une couronne d*or. Il te demandait la vie : tu la lui as donnée, Des jours prolonjîés à tout jamais.
Grande est sa j^loire par ta victoire.
Tu Tas comblé d'honneur et d'éclat.
Oui, tu as fait de lui un objet de l>énédiction pour toujours.
Tu Tas récréé de joie en ta présence.
Car le roi se confie en FÉternel,
Et par la grâce du Très-Haut il ne chancellera pas.
Ta main saura trouver tous tes ennemis,
Ta droite atteindra ceux qui te haïssent.
Tu les mettras comme dans une fournaise embrasée, Au moment où tu paraîtras ; L'Éternel les anéantira dans sa colère, Le feu les dévorera.
Tu extirperas leurs rejetons de la terre.
Leur race d'entre les mortels.
Quand ils projettent contre toi quelque malice.
Qu'ils ourdissent une trame, ils ne prévaudront pas.
Car tu leur feras tourner le dos.
Tu dirigeras ton arc contre eux.
Lève-toi, Étemel, dans ta puissance.
Que nous chantions sur nos lyres tes hauts faits !
Ce psaume invile le lecteur à des rapprochements avec celui qui précède. Beaucoup de commentateurs y ont vu et le même événement, et le même auteur. Après les vœux pour le succès, la joie après la victoire. En tout cas, Tanalogie est telle, qu*on comprend que le compilateur du recueil ait joint les deux pièces, et, relativement au nom de David, il y a lieu de faire la même réserve que tout à l'heure.
n se trouve cependant dans notre texte quelques allusions dont la portée nous échappe : la couroiine posée (récemment ?) sur la tête du vainqueur ; le prolongement de la vie qui lui est accordé. A partir de la quatrième strophe, Tallocution n'est plus adressée à Dieu, mais au roi vainqueur, auquel est promise une prospérité permanente et un triomphe continuel sur ses ennemis.
(Hébr. XXII. Grec XXI.)
Mon Dieu, mon Dieu ! pourquoi m'as-tu ahandonné ?
Si loin de mon aide !
De mes paroles de gémi.ssement !
Mon Dieu ! Je t'appelle de jour, et tu ne réponds pas.
De nuit — sans trouver de repos !
Pourtant, toi tu es le Saint,
Assis sur ton trône, glorifié par Israël!
C'est en toi qu'avaient confiance nos pères,
Ils avaient confiance — et tu les sauvais ;
C'est à toi qu'ils adressaient leurs ci-is.
Et ils étaient délivrés ;
Leur confiance n'était point déçue !
Et moi, je ne suis qu'un vermisseau.
Et non point un homme.
L'opprobre des autres, méprisé des ^ens. Quiconque me voit, me raille; On ricane, on hoche la tète :
« Qu'il s'en remette à lahewéh ! «Il le sauvera, il le tirera de là, puisqu'il l'aime!»
Mais toi, tu m'as tiré du ventre de ma mère,
Tu m'as fait reposer en paix sur le sein maternel ;
C'est sur toi que j'ai été rejeté dès ma naissance;
Depuis que j'ai vu le jour, tu es mon Dieu !
Ne t'éloigne pas de moi, car la détresse est proche,
Et personne ne me vient en aide !
Des taureaux nombreux m'entourent.
Les puissants de Bas'an me cernent.
Contre moi ils ouvrent la gueule — Comme un lion qui rugit et déchire.
Je suis comme une eau qui s'écoule, Tous mes membres se disjoignent ; Mon cœur est comme de la cire, Il se fond dans mes entrailles.
Ma force se dessèche comme un tesson d'argile.
Ma langue est collée h mon palais :
Tu m'étends dans la poussière de la mort !
Car des chiens m'entourent.
Une troupe de scélérats de tous cAtés,
S'attachent, comme un lion, h mes main.i:, à mes pi
Je puis compter tous mes os;
Eux ils me regardent, et se repaissent de cette vue
lis se partagent mes dépouilles.
Et sur mes vêtements ils jettent le sort.
toi, Éternel, ne l'éloigné pas de moi !
Toi, ma force, Iskte-toi de venir à mon secours!
Réserve ma vie du glaive, Ion unique vie de la dent du chien !
)élivre-moi de la gueule du lion !
>es cornes des buffles ! exauce-moi !
e redirai ton nom à mes frères, ilieu de l'assemblée je te célébrerai.
; qui craignez l'Éternel, célébrez-le !
tous de la race de Jacob, honorez-le ! îévérez-le, race d'Israël !
;ar il n'a point méprisé,
point dédaigné la misère du malheureux ;
point voilé sa face devant lui :
luand il l'implora, il Fa écouté ! ]»
je devrai de te louer en nombreuse assemblée!
acquitterai de mes vœux
in présence de ceux qui le craignent.
lalheureux seront nourris et rassasiés;
leront l'Éternel, ceux qui le cherchent.
Que votre cœur se récrée à jamais ! »
ctrémités de la terre se souviendront de l'Éternel, t se convertiront à lui!
t toi se prosterneront toutes les familles des peuples! ar c'est à laliewéh qu'appartient la royauté, C'est lui qui règne sur les nations.
nourriront, ils se prosterneront,
es opulents de la terre;
evant lui s'inclineront
îeux qui sont courbés vers la poussière,
uiconque ne sustentait pas sa vie.
La postérité l'adorera:
rlera du Seigneur aux âges à venir.
8 viendront annoncer sa justice, nouvelle génération, que c'est lui qui Ta fait !
psaume simple, transparent, sans aucune diflBicullé :1e ou autre, se renfermant partout dans les généraiant nulle part allusion à des faits particuliers qu'il
s'agirait de retrouver par des combinaisons critiques plus ou moins ingénieuses, et qui pourtant a occasionné de chaudes controverses et des divisions incroyables parmi les commentateurs, fourvoyés par le besoin de découvrir des traces imapnaires d'une histoire individuelle.
Le morceau se compose de deux parties. Dans la première, h personne qui parle déplore ses malheurs, parle des daugers mortels qui la menacent, décrit Tétat d'humiliation et de misère auquel elle est réduite, et implore à grands cris le secours fm Dieu qui semble avoir abandonné le suppliant. Cette prière fervente, par cela même qu'elle maintient le rapport entre le fidèle et son Dieu, lui donne l'espérance d'être exaucé. Aussi li seconde partie du poëme se met-elle au point de vue de celte perspective et salue d'avance avec effusion TefiTet de la grte divine, au point d'oublier complètement la situation présente. Dj a plus : l'horizon s'élargit, et la gloire de l'avenir apparaît comoe beaucoup plus brillante, que l'abaissement du moment naétf ténébreux. Quant à la forme, elle est assez libre. Les coupes li texte, telles que nous les avons faites, tout en se réglant sur le contenu, sont arbitraires, mais on y voit pourtant que, selon ks sentiments prédominants, les allures de la versification sofli tantôt plus régulières et plus uniformes, tantôt se redsenteri davantage du mouvement lyrique de la pensée.
La question est de savoir qui parle dans ce psaume ? L'inscription veut que ce soit David, et il va sans dire que la «perséc»lion» de Saiil fait les frais de l'exégèse qui se croit obligée fc souscrire aux conjectures des rabbins. Nous ne nous amusero» pas à combattre une interprétation impossible. Il est évident q* celui qui parle ici est en butte à la persécution à cause de sa foi* Jéliova, et que ses persécuteurs sont des adversaires religiwtt. Jéhova trôïie sur les louanges d'Israël (locution dépendante fc cette autre plus ancienne : il trône sur les keroùbs), ilrésidedaa» un temple où tout Israël vient l'adorer. Saûl était-il donc hW* tique ou chisma tique à l'époque où^ roi légitime, il cherchait i s'emparer de la personne du coureur d'aventures au désert! B où donc était le temple en question, de son temps ? D'autres oit compris qu'il ne s'agit pas là d'expéditions militaires, devais queurs et de vaincus, mais d'un rapport tel que nous venons k' le faire entrevoir. Ils ont pensé à quelque prophète persécuté, H le nom de Jérémie s'est présenté très-naturellement à leur espi*'
PSAUME XXll. 119
(Jér. XXXVII, 15 suiv.). A première vue, cette combinaison est Irès-spéciepse, et si nous ne prenons en considération que la première partie du psaume , nous ne voyons guère ce qu'on pourrait objecter : les taureaux, les buffles, les chiens, les lions, appartenant au langage poétique, ne seraient pas de nature à nous gêner. Mais la seconde partie? L'incarcération de Jérémie eut lieu quelques mois avant la ruine de Jérusalem, prédite et affirmée par lui à maintes reprises. Peut-on croire qu'il se soit imaginé que le désastre n'aurait pas lieu et que les païens se convertiraient, si lui était sauvé du péril qui menaçait ses jours ?
Mais le sujet du psaume, la personne qui y parle, est-ce donc bien un individu ? Elle parle constamment au singulier ; les strophes 3 et 4 surtout semblent exclure tout doute à cet égard : fJe suis une chétive créature, je n'ai plus rien de ce qui fait l'homme, ni force, ni courage ; et pourtant depuis que je suis né, j'ai pu m'en remettre à loi pour mon existence, etc. » — Malgré cela, nous sommes d'un avis contraire. Déjà la seconde strophe, en parlant de 7ios pères, en leà* mettant en regard de la situation priante, nous laisse entrevoir un parallélisme plus parfait entre deux périodes de l'histoire, n'importe à quelle époque le poète ait songé en parlant des temps où les prières d^ Israël étaient plus promptement exaucées. Ensuite, cette longue nomenclature de l)étes farouches et cruelles nous met en présence (à moins que notre sentiment ne nous trompe fort) non de quelques individus, mais d'ennemis attroupés, départis puissants, de peuples hostiles. Mais ce qui, à notre avis, doit couper court à toute hésitation, ce sont les quatre dernières strophes. Ici, la délivrance du prétendu individu devient le sujet des actions de grâces de tout Israël présent et à venir ; le malheureux se change, dans le texte même, en les malheureux, et ces niai he^ir eux , on le sait, sont, dans le style des psaumes, les fidèles opprimés ; enfin, en vue de cette même délivrance, le monde païen entier se convertira ; riches et pauvres jouiront de la grâce de Dieu, et on annoncera aux générations futures qiiil Va fait!
Le psaume dépeint et déplore la profonde misère du peuple de Dieu sou» la tyrannie païenne ; il constate que sa foi ne chancelle point et qu'il a constamment les yeux tournés vers Jéhova , qu'il est sur d'être finalement exaucé, et que ce glorieux accomplissement des anciennes promesses sera un motif pour le monde de reconnaître enfin le seul vrai Dieu. A plus d'un égard on est
120 PSAUMK XXII.
ramené, tant par la peinture générale que par certaines exprès- » sions particulières , à la seconde partie du livre d'Esaïe (voyei par ex. XLI, 14; XLIX, 7; LU, 14; LUI, 2, 3)'. Gda ne prouve pas que le psaume date de la même époque, mais cela permet de croire que le poète s'est inspiré de ce grand modfle, et qu'en tout cas il n'est pas antérieur. Rien n*empêche de descendre beaucoup plus bas dans l'histoire, si Ton tient à déterminer l'antiquité relative du poëme.
En fait de détails, nous ne nous arrêterons qu'à quelques rares expressions. Strophe 1 : Si loin de mon aide y donne un sens assez plausible ; le parallélisme pourrait recommander la conjecture: & nwn invocatmi (il n y aurait guère qu'à changer une voyelle;. Strophe 5 et suiv. : Les puissants sont les taureaux, d'après une métaphore usitée très-généralement. Les pâturages du Bas'an étaient célèbres pour la beauté de la race qu'ils nourrissaienl. L'eau qui s'écoule et la cire qui se fond, sont également des images fréquemment employées pour l'absence de toute vigueur physique ou morale. Il en est de même des membres qui se disjoignent, dont les articulations et les tendons refusent le service. Au lieu de la force qui se dessèche, on propose de lire le palais {hki pour khi). Il faudra alors employer quelque synonyme dans la ligne suivante, où le texte parle proprement des mâchoires. Enfin la maigreur, symptôme de l'épuisement absolu, complète la description allégorique. — Dans la seconde partie, il n'y a qu'à rappeler que la nourriture et le rassasiement dont il est parlé, sont à prendre dans le sens figuré, pour le bonheur en général.
Tout le monde sait que Jésus, attaché à la croix, a prononcé les premières paroles de ce psaume (Matth. XXVII, 46). Cela engagea les chrétiens, dès l'abord, à reconnaître le Seigneur luimême dans la personne qui parle dans le psaume. Le partage des vêtements du crucifié et le sort jeté sur sa robe furent immédia* lement retrouvés (Jean XIX, 24), et plus tard on découvrit que les Septante avaient traduit au v. 17 : ils creusèrent mes mains el mes pieds (au lieu de: comme un lion). Non-seulement on y voyait une allusion directe au supplice de la croix, en changeant creuser en perforer, maison en conclut que les pieds aussi avaient été percés, contrairement à l'usage ; el c'est ainsi qu'on représente le crucifix jusqu'à nos jours. Il est difficile de dire comment les (irecs sont arrivés à cette traduction, un simple changement de lettre ne suffisant pas (comme un lion, cQsikaari\ ils creusèrent.
PSAUME XXIll. 121
serait iarau). Mais tout ce système d'interprétation repose sur une notion de la prophétie dont la science ne s'accommode plus ; un poète anôien (David), oubliant complètement et sa personne et son siècle, se serait transporté en esprit dans Tâme d'un personnage appartenant à un avenir lointain, et aurait décrit, dans une peinture de détails accidentels, les destinées de ce personnage. Puis il convient de remarquer : P que les souffrances du psalmiste (ou de ceux au nom desquels il parle) durent depuis longtemps ; 2* qu'il demande, avec instance et angoisse, que Dieu lui sauve la vie ; 3° qu'en parlant de sa mort, il se sert de la figure de l'épée ; 4** que finalement il ne meurt pas^ à moins qu'on ne veuille dire que sa prière n'a pas été exaucée ; 5** que la perspective brillante par laquelle le psaume se termine ne présuppose pas une résurrection, mais Téloignement du danger déploré dans la première partie.
(Hébr. XXIII. Grec XXII.)
L'Éternel est mon berjjer, je ne manque de rien. Sur des prés verdoyants il me fait paître, Au ruisseau du repos il me conduit.
Il restaure mon àine ; II me mène dans les bons sentiers, Pour l'amour de son nom.
Dussé-je marcher par le vallon ténébreux, Je ne crains pas de mal, car tu es avec moi : Ton bâton, ta houlette me rassurent.
Tu dresses ma table à la face de mes ennemis, Tu parfumes d'huile ma tète,
Ma coupe est pleine jusqu'aux bords.
Oui, le bonheur et la ^rùce me suivent. Tous les jours de mon existence:
Dans la maison de l'Eternel je demeure pour longtemps.
Ce psaume exprime la tranquillité et le bonheur de ceux qui se savent protégés de Dieu, sous deux images également familières
à la poésie hébraïque. La première est celle du troupeau dirigé par un berger soigneux ; la seconde, celle d'un festin abondant, auquel on s'assied après s'être oint la tête. Les deux tableaux sont entrecoupés de phrases qui ne rentrent pas dans l'all^orie, par ex. la mention des ennemis, la demeure dans la maison de rÉternel, etc. D'un autre côté, l'âme restaurée et le vallon ténébreux se combinent aisément avec les métaphores.
Le psaume ainsi compris n'exige en aucune façon une interprétation historique. C'est le suprême mauvais goût que d*y voir une allusion à David, trouvant des provisions dans le désert pendant sa fuite devant Absalom. Il est plus naturel d'y trouver l'expression d'un sentiment commun à tous les fidèles. Le berger suppose le irmpeauj et non une brebis isolée. La mention du temple exclut l'époque de David, et rien ne nous empêche de rapprocher le psaume de la majorité de ceux qui les précèdent.
A la dernière ligne le texte reçu dit : je reviens à la maison, etc. {s'abti), ce qu'on pourrait regarder comme une -allusion directe à l'exil. Nous avons cependant changé la voyelle {s'iàii), je demeure.
(Uébr. XXIV, 1-6. Grec XXIII, 1-6.)
A rÉlernel appartient la terre et ce qui la remplit, La terre entière et ceux qui y demeurent.
C'est lui qui Ta fondée sur les mers ; Sur les ondes il Ta établie.
Qui osera monter à la montagne de TÉtei'nel ?
Qui se présentera dans sa sainte demeure? C*est rhomme aux mains pures, au cœur sincère, Qui ne porte point ses désirs vers le mensonge.
Ni ne jure pour tromper.
Il emportera la bénédiction de rÉternel,
Et le salut de Dieu, son sauveur.
Telle est la génération de ceux qui se réclament de lui,
Tel est Jacob, qui recherche ta face.
Noos divisons en deux le Ps. 24 de nos éditions. On a de la peine à se rendre compte des motifs qui ont pu porter les anciens à combiner les deux pièces. Examinons d'abord chacune à part et indépendamment de Tautre.
Dieu est grand et adorable. Il est le créateur de Tunivers, et cette création est une merveille qui dépasse Finlelligence humaine. La terre est là, solidement assise sous nos pieds, et aucun mortel ne comprend comment elle repose sur sa base, supposée liquide. Qui osera s'approcher d'un tel Dieu, dont la majesté doit confondre les mortels? C'est l'homme juste et pur. Lui seul a ce privilège, et peut le faire impunément. Loin d'être repoussé, il est comblé de bienfaits. De tels hommes existent-ils? Oui, c est le peuple d'Israël, le peuple attaché à Dieu et à sa loi.
On voit que Jéhova est en pleine possession de sa montagne, que le temple est le centre d'une nation de fidèles adorateurs. Cela ne sent guère l'époque des prophètes, qui font un bien autre tableau de leurs contemporains, et exclut formellement celle de David. Du reste, pas d'allusions historiques. C'est un chant religieux des moins individuels.
(Hébr. XXIV, 7-10. Grec XXIll, 7-10.)
Portes, ouvrez- vous grandes !
Exhaussez-vous, portails antiques !
Que le roi {i^lorieux entre!
Qui est ce roi glorieux?
C'est l'Ëtemel, le puissant, le héros, L'Étemel, le héros du combat.
Portes, ouvrez-vous grandes!
Ëxhaussez-vous, portails antiques!
Que le roi glorieux entre !
Qui est-il, ce roi glorieux?
C'est rÉternel des armées !
C'est lui qui est le roi glorieux !
La forme des vers est différente de celle du morceau précédent. Le ton et le contenu le sont encore davantage. On voit que le poète demande que les portes (sans doute celles du temple) s*exliaussent, élèvent leurs linteaux, pour laisser passer le roi glorieux, qui est ici appelé le héros du combat, et en général désigné par des épithètes guerrières. Il est peu probable que ce soient là des formules banales sans portée particulière. Aussi a-t-on de tout temps vu là un cantique destiné à accompagner rentrée triomphale de Tarche ; mais nous insisterons sur ce que les portes antiques du temple nous mènent bien loin de Tépoque de Salomon, et excluent formellement celle de David. Le psaume est composé de façon qu'on est tenté d'y voir la présence de plusieurs voix ou chœurs qui alternent.
On le voit, dans ce morceau c'est Jéhova qui doit rentrer chez lui ; dans l'autre, c'est Israël qui obtient cette entrée. Aucune liaison, aucune transition ne trahit l'unité de la pièce dans sa forme actuelle. Mais on conçoit : P que les collecteurs aient pu se laisser guider par cette analogie éloignée de la double entrée ; et même 2® que dans l'usage pratique, à une époque où les souvenirs guerriers avaient pâli, on n'ait pas fait attention à ce qui les rappelait directement, pour ne plus s'arrêter qu'à l'idée de la communauté entre le peuple et son Dieu.
Nous rejetons de la manière la plus absolue l'interprétation qui veut que le psaume ait été composé pour l'installation de l'arche à Jérusalem (2 Sam. VI j ou pour la dédicace du temple.
(Hébr. XXV. Grec XXIV.)
Vers toi, A Elernel, j'élève mon âme, (\ mon Dieu !
En loi je me confie, puissé-je n*être pas déçu, Puissent mes ennemis ne pas triompher de moi !
PSAUMB XXV. 125
Non certes, ceux qui espèrent en toi ne sont pas déçus Déçus seront ceux qui sont rebelles sans cause.
Tes voies, ô Étemel, fais- les moi connaître, Dans tes sentiers instruis-moi !
Fais-moi marcher en ta vérité
Et instruis-moi, car tu es Dieu, mon sauveur. En toi j'espère tout le jour.
Souviens-toi, Éternel, de tes compassions et de tes bontés. Car elles datent de bien loin.
Les péchés de ma jeunesse, mes rébellions, oublie-les, Selon ta bonté pense à moi, par grâce, ô Éternel !
L'Éternel est bon et juste.
Aussi montre-t-il aux pécheurs leur chemin.
Il fait marcher les humbles dans la justice, Aux humbles il enseigne sa voie.
La grâce et la fidélité marquent les voies de l'Éternel, Pour ceux qui gardent son alliance et ses commandements.
Pour l'amour de ton nom, ô Éternel, Pardonne mon offen.se, car elle est grande.
Quel est l'homme qui craint rÉternelV
C'est celui auquel il enseigne la voie qu'il doit choisir.
Lui-même demeurera dans le Iwnheur, Kt sa postérité possédera le pays.
L'amitié de l'Ëtemel est pour ceux qui le craignent. Pour les instruire dans son alliance.
Mes yeux ne se détournent jamais de l'Éternel^ Car c'est lui qui dégage mes pieds du piège.
Tourne-toi vers moi et aie pitié de moi, Car je suis isolé et malheureux.
Mets à l'aise mon cœur plein d'angoisses, Et de ma détres.se retire- moi!
Regarde ma misère et mes peines, Et pardonne tous mes péchés.
Regarde mes ennemis, car ils sont nomhreux, il me haïs.sent d'une haine criminelle.
Garde mon dme et sauve-moi.
Que je ne sois pas déçu en me i^fugiant vers toi !
Que l'intégrité et la droiture me protègent, Puisque j'ai espéré en toi I
[Dietij délivre Israël de totUei; ses détresses!]
Ce psaume est alphabétique et se compose de vingt-deux distiques, commençant chacun par une autre lettre de Talphabet. Cependant la régularité même de cette forme fait reconnaître que le texte ne nous est pas parvenu dans son intégrité primitive : P Le premier distique est incomplet ; il ne reste plus qu'un seul mot de la seconde ligne, et les rabbins, ne sachant qu'en faire, ont joint ce mot au second distique, sans s'apercevoir qu'ils masquaient ainsi la lettre par laquelle celui-ci devait commencer. 2° n manque également une ligne au cinquième distique, si bien que les premiers ordonnateurs du texte reçu ont fondu deux strophes en une seule, à trois lignes, masquant ainsi la lettre initiale de la sixième. 3** A la fin de la huitième strophe ily a une phrase qui traîne et allonge outre mesure la seconde ligne : pour ramour de ta bonté. Étemel! Ne serait-il pas possible que cette phrase eût formé primitivement le complément de la cinquième strophe, et qu'oubliée par un copiste, puis écrite en marge, elle eût fini pour être insérée à une fausse place ? 4** La dix-neuvième strophe commence avec le même mot que la vingtième. Cela ne peut être attribué qu'à une faute de copiste. Probablement il y avait un mot ou une phrase trop recherchée et qu'on a rendue plus simple, sans s'apercevoir qu'on dérangeait l'alphabet. Il est impossible d'admettre que le poète lui-même n'ait pas eu l'adresse de rester fidèle à la forme adoptée. 5** Enfin il y a à la fin une ligne isolée, étrangère à Tordre alphabétique, et qui a tout l'air d'une addition liturgique ou explicative , le reste du psaume parlant, comme d'habitude, au singulier. Déplus, Dieu est nommé Elohîm, partout ailleurs lahewéh.
Il ne faut pas chercher, sous une forme de ce genre, une suite logique dans les idées ; la composition dépend trop des nécessités accidentelles. Nous nous bornerons donc à constater que ce cantique reproduit, comme beaucoup d'autres : P la mention des tribulations dont gémit Israël (str. 17 et suiv.) ; 2** le souvenir des anciens bienfaits de Jéhova et la conviction qu'il est le protecteur de ses fidèles serviteurs (str. 7, 9 et suiv.) ; 3** l'aveu des péchés antérieurs qui ont pu amener les malheurs du peuple (str. 8) ; 4" la demande du pardon (str. 8, 12, 19) ; 5** l'espoir de l'obtenir et par conséquent d'être délivré de la situation malheureuse du moment (str. 2, 3, 6, 16, 21, 22); 6** la promesse d'être docile aux instructions de Dieu (str. 4 et suiv.) ; 7* la perspective d'un meilleur avenir (str. 14 et suiv.). Toutes
ces idées, entremêlées de confessions générales de la foi en un Dieu qui aime la justice, ne se suivent pas, comme on voit, dans un ordre régulier.
Le psaume entier n^est pas Texpression des sentiments dun seul individu, mais il est inspiré par une situation commuDe à plusieurs, ou nationale. Ainsi, les péchés de la jeunesse, sont les égarements d'Israël dans les anciens temps (dans les temps des prophètes), et les bontés qui datent de bien longteiKps (et non de l'éternité, comme le veulent nos traductions), sont celles mentionnées dans l'histoire du peuple. Appliquer tout cela à David. et songer à Bathséba, à propos des péchés de la jeunesse, c'est le comble de l'absurdité, surtout quand après il est question de l'isolement.
Nous avons aussi changé le texte dans la dix -huitième strophe, en détachant la dernière syllabe du mot qui termine la première ligne, pour la joindre au mol qui commence la seconde iharhîhM)' La leçon reçue ne donne pas de sens plausible.
(Hébr XXVI. Grec XXV.)
Fais- moi justice, ô Éternel, car j'ai marché en intéjrrité, Je me suis confié en l'Éternel sans broncher.
Sonde-moi, ô Éternel, et mets-moi à Pépreuve? Passe au creuset mes reins et mon cœur.
Car ta grâce a été devant mes yeux, Et j'ai marché dans ta vérité.
Je ne me suis pas assis avec les menteurs. Et avec les hypocrites je n'ai point convei*sé.
J'ai haï la société des pervers,
Et je ne demeure point avec les méchants.
Je lave mes mains en innocence,
Et je veux faire le tour de ton autel, «N Éfernel !
Pour faire entendre des actions de ççràces^ Et raconter toutes tes merveilles.
Éternel ! J'aime le séjour de ta maison, Et le lieu où demeure ta jj^loire.
N'enlève pas mon âme avec les pécheurs, Ma vie avec les hommes de sang,
Dont les mains sont chargées de crimes, El dont la droite est remplie de présents.
Moi je marche en intégrité :
Délivre-moi, sois-moi propice!
Quand mon pied sera placé sur le sol uni, Dans les assemblées je bénirai rftlernel !
Voilà bien un poëte qui n'a rien à se reprocher et qui se sépare
es méchants, au passé comme au présent. Et Ton veut que ce
3it le même qui, au psaume précédent, demandait si humblement
ardon des fautes de sa jeunesse, et l'on veut encore que ce soit
avid appelant l'œil de Dieu sur la différence morale entre lui et
^n fils Absalom ! ! De pareilles hallucinations exégétiques n'ont
as môme besoin d'être réfutées. Nous maintenons qu'il y a là
core un cantique mis dans la bouche de la communauté des
^es, qui, fermement attachés à la foi de leurs pères et réglant
r vie sur les commandements de Dieu, attendent que celui-ci
protège contre les avanies que leur fait subir l'esprit d'un
de méchant et prévaricateur. Ils ont fait leur devoir, Jéhova
Ira ses promesses. Les méchants sont plus spécialement
fiés comme menteurs et hypocrites, c'est-à-dire, comme
ites de nom, mais non de cœur, puis comme hommes de
persécuteurs ne reculant pas devant la violence et le crime
il s'agit de leurs passions et de leur intérêt, et qui, en leur
\ de juges, se laissent corrompre par des présents, pour
échir le bon droit des faibles.
Tnier distique de ce poëme très-régulier dans sa forme, est
*ement compris dans le sens moral et pris pour une simple
ion : Mon pied est placé sur le sol uni (de la droiture).
comprenons tout autrement. Le sol uni doit être opposé
min raboteux et difficile, et la métaphore exprimera le
T. — 5* part. 9
sens matériel d*une condition facile et heureuse. Ensuite nous mettons les deux lignes dans la dépendance Tune de l'autre : Mon pied éMnt placé — je bénirai. Je ne serai pas ingrat quand je serai délivré. Déjà les strophes six et sept disaient la mémo chose.
[Mèhr. XXVII, 1-6. Grec XXVI. 1-6.)
L'Éternel est ma lumière et mon sahit :
De qui aurais-je peur?
L*fiternel est le boulevard de ma vie:
Qui aurais-je à redouter?
Quand les méchants vinrent m'atlacfuer
Pour dévorer ma chair, Ce sont eux, mes ennemis et |>ersécuteurs.
Qui trébuchèrent et tombèrent.
Qu'une armée vienne camper contre moi,
Mon cœur ne craint rien; Que la ^erre éclate contre moi.
Malgré cela, moi je suis confiant.
Je ne demande qu'une chose à TÉtemel, et la réclame.
(Test de demeurer dans sa maison ma vie durant. Pour voir de près la bénignité de TÉternel,
Kt contempler son sanctuaire.
(]ar il me mettra à couvert sous un abri,
Au jour de la calamité; Il m'abritera dans l'asile de sa tente,
Il m'élèvera sur le rocher.
Désormais ma tête s'élèvera
Au-dessus de mes ennemis à l'entour :
J'immolerai dans son tabernacle des sacrifices de jubilali Je chanterai, je psalmodierai h l'Éternel !
Psaume aussi distingué par la régularité de sa forme que pa gracieuse simplicité de son sujet. Il exprime les sentiments
gratitude et do sécurité du pouple d'Israël, se confiant en ^*
lion de Jéhova, surtout après les preuves déjà- acquises, itre récemment, de lefficace de ce secours. Le langage est > choisi, sans la moindre exagération dans les images, le nombre nous n'en signalerons que deux pour en préciser is: le rocker élevé, emplacement ordinaire des citadelles, ! symbole de la sûreté; la le7tle est le terme poétique pour neure en général, et ne prouve pas le moins du monde que iple (de Salomon ou de Zeroubbabel) n'a pas encore été îiil à l'époque de la composition de la pièce.
(Hébr. XXVII, -T-H. Grec XXVI. 7-14.)
Écoute ma voix, 6 Éternel!
J'appelle, sois-moi propice! exauoe-moi!
«Cherchez ma face!» disais-tu,
Et mon cœur te répond :
Oui, ta face, ô Étemel, je la cherche î
Ne me cache pas ta face !
N'écarte pas ton seniteur dans ta colère!
Tu as été mon aide;
Ne me repousse ni ne me délaisse, 0 Dieu, mon sauveur!
(Lir père et mère m'ont abandonné,
Mais rÉternel me recueillera.
Montre-moi ton chemin, ô Éternel î Conduis-moi dans un sentier uni,
A cause de ceux qui me guettent.
Ne me livre pas à Tavidité de mes adversaires ! Car il s'élève contre moi des témoins menteurs,
Et qui ne respirent que la violence.
Ah! .si je ne croyais pas voir la bonté de l'Éternel
Sur la terre des vivants! —
Espère en l'Éternel !
Sois fort! Que ton cœur reste ferme!
Espère en l'Éternel !
132 PSAUME XX Vin.
Le lecteur, après avoir lu attentivement le Ps. XXVII de nos éditions ordinaires, ainsi coupé en deux, n*aura guère besoin d'autres arguments pour se convaincre de la justesse de notre procédé critique. Une forme toute différente, un point de vue plus différent encore, font ressortir ce qu'il y a de factice et de gênant dans la combinaison traditionnelle. Nous ne nous rangeons pas même à l'avis de ceux qui, tout en reconnaissant la différence des deux parties, pensent que la seconde n'est qu'un appendice joint par un poète postérieur à une poésie plus ancienne. Tout au contraire, la présente pièce nous apparaît comme parfaite par ellemême, et ne nous semble pas accuser une plume travaillant en sous-œuvre. Il est vrai que la forme du cantique est plus libre, ou si l'on veut plus négligée, mais pour la tournure des pensées et la vivacité de l'expression elle ne se placera pas à un rang trop inférieur. Deux fois même l'élan lyrique est tel que la phrase reste en arrière de l'idée. Ainsi à la première strophe notre traduction a dû insérer le mot : disais-tn, étranger au texte, pour faire disparaître une obscurité bien plus grande encore dans l'original; et à la dernière, il y a une phrase syntactiquement incomplète, mais assez facile à compléter; une aposiopèse d'un certain effet rhétorique.
Il est évident que le psaume u été inspiré par une situation triste : il est parlé de la colère de Dieu, de la violence d'adversaires qui guettent avec avidité celui ou ceux qui n'ont d'autre ressource que l'aide de Jéhova. Au-delà de ces généralités il sera difficile de rien préciser. Pour le sentier imi, comp. XXVI, 12. Vabandayi de la part de père et mère doit être pris dans un sens proverbial, pour le délaissement le plus absolu, le plus douloureux. Qu'on mette donc cette phrase dans la bouche de David fuyant devant Absalom ! !
(llébr. XXVIII. Grec XXVlî.)
C'est loi, Kternel, que j'invoque:
Mon l'ocher, ne sois pas sourd à mes cris î Pour que, toi restant muet devant moi,
Je no resstMTihle à ceux qui descencient au tombeau.
PSAUME XXVUl. 133
Écouté )a voisc de mes supplications,
Quand j'implore ion secours,
Quand je lève mes mains Vers le chœur de ton sanctuaire.
Ne m'emporte pas avec les méchants,
Avec ceux qui pratiquent l'iniquité;
Qui parlent en amis avec leurs prochains, Et ont la malice dans le cœur.
Rends-leur selon leur conduite.
Selon la méchanceté de leurs actes !
Rends-leur selon l'œuvre de leurs mains, Donne-leur la récompense méritée !
Puisqu'ils ne veulent pas avoir égard
A la manière d'agir de l'Éternel,
A l'œuvre de ses mains, Il les détruira, et ne les restaurera point.
Béni soit l'Éternel!
Car il a écouté la voix de ma supplication.
L'Éternel est ma force et mon bouclier :
C'est en lui que se conGe mon cœur.
Quand je serai secouru mon cœur tressaillera, Et dans mes chants je le célébrerai.
L'Éternel est la force de son peuple.
Une citadelle protectrice de son oint.
Sauve ton peuple, bénis ton héritage, Sois leur berger, et soutiens-les à jamais!
Simple prière. La dernière strophe fait voir clairement qu'il ne s'agit pas là des embarras accidentels d'un individu, roi ou particulier, mais du peuple de Dieu, et que ce peuple (l'oint de Dieu), fort de son attachement à Jéhova et a sa loi, se prévaut de sa bonne conscience pour s'assurer de la protection d'en haut contre les méchants, c'est-à-dire les apostats, les païens, ou les oppresseurs quelconques dont il a à souffrir.
Malgré cette simplicité de l'exposé, l'exégèse a été déroutée par une circonstance que la seule inspection du texte aurait fait remar-
134 PSAUMK XXIX.
quer au lecteur. Entre la 5*" et la & strophe il y a un distique isolé qui parle de la protection divine comme déjà obtenue, comme d*un fait accompli. Ceci a donné lieu à Thypothèse que ce distique, avec les deux strophes finales, serait une addition postérieure (du même auteur) et que dans Tintervalle des deux parties de la composition se placerait un événement que le poëte pouvait regarder comme la réponse de Dieu à sa prière. Dans ce sens, on a traduit à la 6*^ strophe : J'ai été secouru^ et mon cœur tressaille. Nous aimons mieux supposer que le distique en question est étranger au texte primitif et a dû cire ajouté arbitrairement. Il y a d'autres exemples de ces gloses additionnelles (voyez par ex. le psaume suivant).
Remarques particulières. Str. 2 : Nous avons hasardé 1 emploi du terme chœur , pour marquer la partie intérieure du temple (le Saint des Saints), où Jéhova était censé résider. Str. 5: La manière d'agir de l'Étemel, c'est celle qui suit les règles de la plus rigoureuse justice. Les méchants oublient cela.
[Hébr. XXiX. Grec XXVIJl.)
Rendez à TÉternel, 6 lils de Dieu,
Rendez à TÉternel gloire et honunage !
Rendez à TEternel la gloire de son nom !
Prosternez-vous devant lui en sainte parure !
fia voix de FÉternel au-dessus des eaux —
Le Dieu de majesté fait éclater le tonnerre. L'Éternel, au-dessus des vastes eaux.
Que la voix de TEteiiiel est puissante !
Que la voix de TÉternel est belle !
La voix de rÉternel brise les cèdres,
L'Étemel brise les cèdres du Liban.
Il les fait bondir comme un jeune taureau, Le Liban et le S'iryon comme le petit du buffle.
La voix de l'Éternel darde des flammes de feu.
La voix de rÉtemel fait trembler le désert, L'Éternel fait trembler le désert de Qades'.
La voix de TËternel fait faonner les biclies, Elle effeuille les forêts.
Mais dans son palais tout s'écrie : Gloire !
L'Éternel siège au-dessus de Tonde, Il siège en roi à jamais !
Que rÉternel prèle force à son peuple,
Que l'Éternel bénisse son peuple de prospérité !
La pensée dominante de ce psaume, c'est la grandeur de Dieu telle qu'elle se manifeste dans Torage, spectacle à la fois terrible et magnifique. Le poëte saisit dans la nature quelques traits propres à justifier l'impression que l'homme reçoit de ce phénomène, sans entrer dans la peinture des détails. La beauté de cette petite pièce consiste bien plus dans la grandeur du tableau que dans l'art de l'exposition. Les phrases alignées sans variation, le parallélisme se bornant à des répétitions, la monotonie de toutes les formes, pourrait presque sembler être un produit de l'étude qui se serait appliquée à faire retentir, dans une versification en apparence si pauvre de ressources, les coups redoublés du tonnerre toujours égaux et toujours terribles.
Cependant, à y regarder de près, il y a proprement deux scènes qui forment le pendant l'une de l'autre. L'une se passe sur la terre, où l'on voit l'orage éclater dans toute sa furie, comme nos climats ne la connaissent guère. Les cèdres du Liban, ces colosses de la végétation, volent en éclats ; leurs troncs gigantesques sont enlevés du sol et sautent aussi légèrement que le bœuf dans la prairie. La montagne elle-même frémit et tremble, fouettée par la tempête. Les éclairs sillonnent un ciel plus noir que la nuit la plus profonde. Les vastes déserts, tels que celui de Qades', au sud de Canaan, où rien n'arrête l'élément, sont balayés par l'ouragan ; leur sable devient une mer mouvante, l'atmosphère un océan, chassant sur son lit ébranlé et emportant avec lui tout ce qu'il rencontre sur son passage. Les arbres qui peuvent résister, sont comme pelés; les animaux sont saisis d'effroi, et leurs frissonnements convulsifs leur font devancer l'heure de la nature. Il n'est pas question de l'homme dans cette description. Il se
13(i PSAUM£ XXIX.
retire muet devant la terrible majesté de ce spectacle ; mais ou sent, en le contemplant avec le poëte, qu'une angoisse involontaire se mêle à cette autre impression dont Thomme seul est capable.
Au-dessus de cet effroyable bouleversement, qui semble devoir faire sortir le monde de ses gonds, Jéhova est assis majestueuse* ment sur son trône. Le déluge qui va inonder la terre, c'est le parvis de la sainte demeure, c'est le marche-pied de son siège (XVIII, 12). Il le contemple d'un œil serein, et de sa main de roi il arrêtera les éléments quand il lui plaira. Autour de lui, les puissances qui sont ses messagers, on dirait les prêtres de son céleste sanctuaire, revêtus de leur costume sacré, se pressent pour le glorifier. Ce qui effraie le mortel est un sujet de sainte admiration pour eux. Quelle magnifique antithèse et en si peu de lignes !
C'est pourtant ce second tableau qui a été en partie très-mal compris par les interprètes. La plupart n'ont su que faire de ces vastes eaux, au-dessus desquelles Dieu fait gronder le tonnerre. A la y strophe, on a vu un orage éclatant en pleine mer; à la dernière, on a poussé le mauvais goût jusqu'à découvrir le déluge de Noé ! Les fils de Dieit (en hébreu, il y a ce qu'on appelle un pluriel, des dieitXy ce qui revient à dire une qualification abstraite, de nature divine), ont aussi exercé la sagacité des commentateurs. Les Alexandrins leur ont substitué des béliers, les Français les ont changés en princes. Mais il est question d'êtres célestes; seulement nous ne croyons pas que le poëte parle d'anges, dans l'acception populaire de ce mot, c'est-à-dire d'êtres ailés à forme humaine. Il personnifie les forces de la nature par lesquelles il plait au Tout-puissant de manifester sa présence. Les éclairs, les vents (CIV, 4), voilà les fils qui, au début comme à la fin du psaume, chantent la gloire de celui qui les appelle à parler aux hommes en son nom et par sa voix. Us reçoivent ses ordres, ils les accomplissent, et reviennent à lui pour lui faire hommage d'une gloire dont ils ont été les révélateurs. Notre mesquine mythologie judéo-chrétienne nous a fait perdre la mesure d'une si sublime conception.
La voix de TÉternel n'est pas le lonnerre à lui seul, dans le sens physique, mais l'ensemble des phénomènes de l'orage, considérés précisément comme une manifestation divine. Il ne faut donc pas reprocher au poëte d'avoir parlé du tonnerre comme
produisant Téclair. Pour le bufflCy voyez Deut. XXXIII, 17. Nous avons dit : le petit, à cause du parallélisme ; le texte ne Texige pas. Le S'iryôn doit être Tune des principale cimes du Liban.
Si la beauté et Toriginalité de la conception, la vigueur de la peinture, la rudesse même de la forme, sont des signes plus ou moins sûrs de l'antiquité, ce psaume doit être l'un des plus anciens de la collection. Mais c'est tout ce qu'on peut dire. Une preuve positive, dans n'importe quel sens, n'existe pas, car le dernier distique est évidemment un hors-d'œuvre, une addition récente et liturgique, pour donner à ce poème originairement étranger au culte, les allures d'un cantique d'église.
(Hébr. XXX. Grec XXIX.)
Je t'exalte, ù Ëternel, parce que tu m'as i>auvé, Et n'as point permis à mes ennemis de se réjouir.
Éternel, mon Dieu!
Je t'ai supplié, et tu m'as jjuéri.
Ëternel, tu as retiré mon ùme du S*eôl, Tu m'as fait revivre d'entre les morts.
Psalmodiez à l'Éternel, vous ses fidèles, Et célébrez sa sainte gloire !
Car sa colère est pour un moment,
Pour toute une vie sa faveur; Le soir ce sont les larmes qui nous hantent, Mais le matin c'est l'allégresse.
Moi, je disais dans ma sécurité :
If Je ne serai point ébranlé à tout jamais. »
Ta faveur. Éternel, m'avait placé sur de fortes montagnes
Tu cachas ta face et je fus troublé.
« C'est toi. Éternel, que j'invoquerai.
C'est l'Éternel dont j'implorerai la grâce :
Quel profit à verser mon sang !
A me faire descendre dans la fosse?
La poussière te célébrera-t-elle ?
Proclamera-t-elle ta fidélité?
Écoute, ô Éternel, aie pitié de moi !
Étemel, 8ois->moi en aide ! »
Tu an changé mon deuil en danse de joie, Tu as <lénoué mon cilice,
Tu m'as ceint d'allégi'esse,
Pour que mon cœur te psalmodie, Et qu'il ne garde pas le silence:
Éternel, mon Dieu, à jamais je te célébrerai î
Les Rabbins ont intitulé ce psaume : Cantique pour Tinauguratioû de la maison. De là des hypothèses variées pour lui donner une origine de circonstance. On a songé tour à tour à Tinauguration du premier et du second temple. Mais comme la pièce porte en même temps le nom de David, on a admis que ce roi Faurait composée d'avance pour l'éventualité de la construction du sanctuaire par son fils. D'autres ont pensé qu'il s'agissait de Tinauguration du palais royal après sa profanation par Absalom ! De fait, il n'y a, dans tout le psaume, pas une ligne, pas un mot qui se rapporte de près ou de loin à une cérémonie quelconque de l'un ou de l'autre genre. Nous en concluons que l'inscription nous apprend simplement qu'à une époque récente la synagogue avait choisie ce psaume pour le chanter le jour de la Qanoukka, fête d'actions de grâces, instituée au commencement de la guerre de l'indépendance (1 Macc. IV, 59), en commémoration des premiers succès obtenus après la triste période de l'humiliation et de la persécution. La nation remise en |)ossession de son temple semblait sortir du tombeau. Cette lointaine analogie a pu décider le choix des ordonnateurs du culte.
Le psaume en lui-même paraît énoncer, comme tant d*autres» des sentiments individuels. Cependant nous avons vu maintes fois que ces sentiments deviennent aisément ceux de la communauté tout entière ; nous ajouterons ici que la seconde strophe sort de ce cadre plus étroit et nous laisse entrevoir que dès l'origine il s'agissait bien d'une expérience collective. La même conséquence est encore à déduire d'un autre fait : le psaume parle d'un grand péril d'où Jéhova a dégagé celui ou ceux qui parlent dans le texte ; or, ce péril est représenté à la l** strophe comme une maladie, puisqu'il est parlé de guérison ; à la seconde strophe nous rencontrons des larmes, à la 4" il est question de verser du sang. Evidemment il ne s'agit pas ici d'un fait individuel; ce sont des images diverses peignant un danger public dans ses formes variées. Disons encore qu'à la première ligne il
y a un mot {tu mas saucé) qui signifie proprement : tu ni as puisée c'est-à-dire retiré de Teau, laquelle, comme ou sait, est une image très-usitée pour un péril suprême. La manie de l'individualisation a engagé plusieurs commentateurs à voir là Jérémie plongé dans la citerne !
La seconde strophe exprime une idée très-belle : Dieu, tout en uous affligeant par des épreuves, n'aime pas à les prolonger outre mesure. A ce point de vue, le moment est opposé à la vie, pour la durée respective de la colère et de la faveur. Le soir l'est au matin, comme la période qui finit à celle qui va commencer. Si le parallélisme était plus parfait dans le texte, nous aurions volontiers traduit : les pleurs se couchent avec nous, les cris de joie avec nous se réveillent.
Dans les strophes 3 et 4 il importe de se rendre compte de Texposition syntactique des pensées de l'auteur (parlant en nom collectif). Israël était en sécurité et disait : «Je ne serai point ébranlé.» C'est que la faveur de l'Éternel (pensait-il) Yavait placé sur de fortes montagnes ^ Les fortes montagnes (litt. : les montagnes de force), sont l'image de la sûreté, en tant qu'elles servent de retraite inaccessible aux attaques de l'ennemi (XVIII, 34). Mais tout à coup la situation changea ; Jéhova cacha sa face (courroucé pour un moment, str. 2). Alors je dis : J'invoquerai, etc. Ce futur, qui a arrêté les interprêtes, et que la plupart ont hardiment changé en prétérit, s'explique dès qu'on maintient que le poète parle rétrospectivement. Il se reporte au moment du danger, reproduit les sentiments qui le dominaient alors, pour regagner plus loin la situation actuelle qui est celle de la délivrance. Puis il redit sa prière d'alors : Quel profit, etc. (sur ce passage, comp. la note sur VI, 6).
Dans la dernière strophe, l'antithèse du deuil et de la danse, comme des deux manifestations les plus opposées, appartient à la poésie ; et ce n'est que le mauvais goût qui pouvait y découvrir David dansant devant l'arche, sans réfléchir à ce que l'histoire ne sait rien d'un cilice qu'il aurait porté la veille. — Le cœur qui psalmodie doit remplacer la gloire de nos traductions ordinaires. Les Hébreux désignent par des noms honorifiques les parties du corps considérées comme sièges des fonctions psychiques. Seulement le texte est fautif et il faut y joindre le pronom (CM II, 2).
* Lisex : Uhartr^,
140 PSAUMK XXXI.
(llébr. XXXI. Grec XXX.)
C*est vei-s toi, ô Éternel, que je me réfujjie : Puissé-je n'être jamais confondu !
Dans ta justice sauve-moi !
Incline vers moi ton oreille!
Hàte-toi de me délivrer ! Sois pour moi un rocher fortifié, Une citadelle pour me sauver!
Car ma roche et ma citadelle, c'e^t toi, Et pour la gloire de ton nom Tu me conduiras et me guideras.
Tu me feras sortir du piège qu'ils m'ont tendu, Car toi, tu es ma forteresse.
C'est en tes mains que je remets mon esprit; Tu m'as racheté. Éternel, Dieu fidèle.
Je hais ceux qui révèrent les vanités du néant ; Moi, c'est en l'Éternel que j'ai confiance. Ah, que je tressaille et me réjouisse de ta grâce. Quand tu auras eu égard à mon atYliction, Et pris connaissance des angoisses de mon cœur. Et que,, au lieu de me livrer à l'ennemi. Tu auras mis mes pieds au lai'ge !
Aie pitié de moi, Éternel ! je suis dans la détresse : Dans le chagrin dépérissent Mon œil, mon dme et mes entrailles.
Oui, ma vie se consume dans la douleur. Et mes années dans le gémissement ; Ma force chancelle par suite de mon péché, Et mes os dépérissent.
A force d'ennemis je suis un opprobre pour mes voisins, Hn sujet d'effroi pour ceux que j'ai connus; Ceux qui me voient dehors s'enfuient devant moi. Je suis effacé des cœurs comme un mort. Je suis comme un vase brisé.
J'entends les propos de la foule: Terreur tout autour! Comme ils se concertent contre moi, Et méditent de m'ôter la vie.
Mais moi, ô Étemel, c'est en toi que j'ai confiance. Je dis : Mon Dieu, c'est toi !
C'est dans ta main que sont mes destinées : Arrache-moi à mes ennemis, à mes persécuteurs ! Fais luire ta face sur ton serviteur ! Sauve-moi dans ta grâce !
Ëternel ! Que je ne sois pas déçu Lorsque je t'appelle î Que tes méchants soient confondus.
Qu'ils soient réduits au silence du S'eôl I Qu'elles deviennent muettes, les lèvres menteuses, Qui parlent contre le juste insolemment, Avec orgueil et dédain !
Qu'elle est grande, ta bonté Que tu réserves à ceux qui te craignent. Que tu accordes devant les hommes à ceux qui se retirent Tu les abrites à l'abri de ta face, [vers toi !
Contre les cabales des gens ; Tu les préserves dans ton asile Contre les attaques de leurs langues.
Béni soit l'Éternel, De ce qu'il m'a octroyé sa grâce En un lieu fortifié !
Moi, je disais dans ma frayeur :
Loin de tes yeux me voilà rejeté !
Mais tu as écouté la voix de ma supplication, Lorsque je t'implorai.
Aimez l'Éternel, vous tous ses fidèles ! L'Étemel garde ceux qui tiennent ferme ; Il paie avec usure Celui qui agit avec insolence.
Soyez forts I Que votre cœur reste ferme, Vous tous qui espérez en l'Éternel !
Malgré rapparence du contraire, nous considérons ce psaume, d'un bout H l'autre, comme une prière adressée à Dieu pour obtenir une délivrance. On a cru quelquefois qu'il s'agissait du siège d'une ville ; mais les passages sur lesquels se fondait cette opinion (str. 1, 2 et surtout 9), ne sont que des images par lesquelles la protection divine est comparée au rempart d'une cita-
délie. Cette image se mêle même à celle d'un f^ége, au fond incompatible avec Tautre, mais marquant le danger, comme Tautre la protection. Tc»ut cela n'est que de la poésie. Autrement il faudrait aussi conclure de la 4^ strophe que le poète avait la plithisie. Ilny apasunmotdans lepoëme qui doive nous faire penser à des événements militaires. Les ennemis dont il est question (str. 3,6), sont des adversaires d'un autre genre. Ils haïssent les pieux Israélites parce qu'ils adorent eux-mêmes d'autres dieux (sir. 3) ; ils sont désignés par le terme usité dans les psaumes pour les païens (les mècMnU, str. 7) ; leurs armes sont les incriminations, les calomnies, le mépris, l'insolence qui se manifeste dans cette sourde oppression de l'homme pieux et humble, par une puissance arrogante et peu délicate dans ses procédés (str. 5, 7, 8^. De tout cela il résulte que nous avons devant nous, non Texpérience isolée d'un individu, une plainte dictée par un fait particulier, mais l'expression d'un sentiment universel, le tableau d'une situation nationale, où le pouvoir était d'un côté et le droit de l'autre, où les intérêts de la religion et l'exercice des devoirs étaient gênés et compromis par l'outrecuidance d'un monde étranger et hostile.
Le psaume est peu original. Il se compose en partie de redites et d'emprunts. S'il se rencontre plus souvent avec Jérémie, cela ne prouve pas que ce prophète en soit l'auteur ; il y a aussi des emprunts très-évidents faits à d'autres textes (comp. par ex. str. 3, la phrase : ceux qui révèrent les vanités du néant, pour dire les idolâtres, avec Jonas II, 9; str. 4, l'œil qui dépérit de chagrin, avec Ps. VI, 8; str. 5, les propos de la foule, etc., avec Jér. XX, 10; str. 8, l'abri et l'asile, etc., avec Ps. XXVII, 5; str. 9, loin de tes yeux, etc., avec Jonas II, 5). La régularité strophique laisse à désirer, et la division que nous avons réussi à établir pour masquer ce défaut, n'était peut-être pas dans l'intention de l'auteur. L'interprétation messianique, basée autrefois sur la comparaison de l'avant-dernière ligne de la 2'' strophe, avec Luc XXIII, 46, ne mérite plus l'honneur d'être citée.
La plupart des interprêtes ont été d'avis qu'à partir de la str. 8 (v. 20), il est parlé d'une délivrance déjà accomplie, de sorte que le ton général du psaume changerait tout à coup (car la fin de la 2*' strophe s'explique facilement par l'ancienne histoire d'Israël, que le poëte rappelle au Dieu fidèle à ses promesses), et qu'on aurait à se demander à quoi bon le ton lamentable du commencement, si tout était déjà réglé conformément aux vœux du
suppliant? Mais ni la grammaire, ni le contexte ne demande une pareille interprétation. Seulement ici, comme cent fois ailleurs, la prière arrive à tranquilliser Tâme, à lui faire envisager la situation comme n'étant pas désespérée. Dieu étant toujours là pour protéger les siens. Ce sentiment finit par prédominer sur celui de Tangoisse et de l'impatience. Voilà pourquoi de pareils poèmes, quoique nés d'une situation particulière à la nation juive, se prêtent encore à servir d'expression au sentiment chrétien, qui n'aura guère qu'à en élaguer les imprécations antipathiques à Tesprit évangélique. Du reste , la 8* strophe forme la transition de la première phase à la seconde, et la fin de la dernière fait clairement voir que l'accomplissement des vœux du peuple est encore attendu.
(Hébr. XXXII. Grec XXXI.)
Heureux celui dont la faute est eÛ'acée,
Dont le péché est couvert!
Heureux Thomme à qui TÉternel ne compte pas son iniquité,
Et dans l'esprit duquel il n'y a pas d'hypocrisie!
Tant que je me taisais, mes os se consumaient.
Dans mes gémissements de tout le jour; Car nuit et jour ta main s'appesantissait sur moi ;
Ma sève se changeait en sécheresse d'été.
Mon péché, je te l'ai fait connaître,
Ma faute, je ne l'ai point cachée.
Je disais : je vais confesser mes méfaits à l'Hternel !
Et toi, tu ôtas la coulpe de mon péché.
Ainsi donc, que tout fidèle t'invoque,
Au moment où il peut te trouver!
Certes, quand les grands flots débordent.
C'est lui seul qu'elles n'atteindront pas.
Toi, mon abri, tu me préserves dans la détresse.
Tu m'environnes de chants de délivrance. «Je l'instruirai et t'enseignerai le chemin que tu dois suivre,
Je te conseillerai, mon œil sera sur toi!»
144 PSAUME XXXÎI.
Ne soyez pas comme le cheval,
Comme le mulet inintelligent, Dont, par le mors et le frein, il faut assujettir la bouche,
Autrement il ne se rend pas à votre appel.
Des douleurs en jjrand nombre attendent le méchant ;
L'Éternel entoure de sa {frâce celui qui se confie en lui. Réjouissez-vous en TÉternel, justes, et tressaillez.
Poussez des cris d'alléjrresse, vous qui êtes droits de cœur!
La première strophe proclame heureux celui auquel Dieu a pardonné ses péchés, et nous entrevoyons que le poète est amené par sa propre expérience à faire cette déclaration, qui s'adresse avant tout à lui-même. On verra cependant que bientôt Tapplication universelle prédomine, et qu'à regarder l'ensemble, nous avons là moins un épanchement personnel qu'un morceau didactique. Dans la dernière ligne, en mettant le mot hypocrisie^ nous avons exprimé l'idée d'une confession de péchés, faite sans rélicence. Nous anticipons ainsi sur les strophes suivantes. On pourrait cependant mettre simplement le mot fraude, et n'y voir alors qu'un quatrième synonyme, après le péché, la faute et l'iniquité.
La seconde strophe parle de l'étal moral du pécheur avant d'avoir obtenu son pardon. Il se tait, il essaie d'oublier ses fautes, comme si par là il pouvait les cacher à Dieu. Mais sa conscience ne lui laisse pas do repos, ses os, ses forces morales et physiques se consument de plus en plus, sa sère vitale se dessèche, il risque de périr. Nous ne sommes pas bien sûr du sens de la dernière ligne. On pourrait traduire : ma sève lovrne (comme le lait) par suite de la sécheresse, laquelle serait alors l'image du châtiment. Mais le mot hébreu que nous avons rendu par sète est lui-même fort douteux ; les Septante ont un tout autre texte, et de nombreuses conjectures ont vainement cherché à écarter la difficulté.
Une salutaire résolution a mis fin à ce triste état. «J'ai dit : Je veux me jeter entre les bras de Dieu, et voilà qu'aussitôt mon cœur a été soulagé, etc.» Ainsi, les strophes 2 et 3 se placent avant la première, dans l'évolution logique et psychologique des faits décrits. Nous ferons encore remarquer qu'en disant: Je €a\ fait connaître — au passé, nous nous tenons au sens de l'ensemble. Le texte dit au futur: ie ferai, etc. Le poëte se reporte
PSAITME XXXIII. 145
au moment où il prenait sa résolution. Car dès la seconde ligne, dans les mots : je n'ai point caché — il arrive au prétérit.
La quatrième et la cinquième strophe peignent le bonheur de cette réconciliation ; mais ici le ton change et tourne à l'exhortation. Les grands (lots sont, comme partout, les malheurs. Ceux-ci étant considérés comme une punition du ciel, il va sans dire que celui auquel Dieu a pardonné en est exempt. Le deuxième distique de la cinquième strophe sera convenablement mis dans la bouche de Dieu.
La traduction de la seconde moitié de Tavant-dernière strophe est fort sujette à caution. Le mot que nous avons rendu par la bouche, litt. : la joue (Ézéch. XVI, 7), d'après les Septante, est traduit généralement par Yorne^nent, et l'on prétend que la bride, etc., est nonamée ici par le poëte l'ornement du cheval, ce qui doit dire : l'attirail destiné à le dompter. La dernière ligne est encore plus obscure, et nous admettons volontiers que le texte ait souffert.
Ce psaume compte au nombre de ceux que l'ancienne Église a nommés pénitentiaux, et la théologie s'est surtout servie du premier verset comme d'un passage classique en faveur du dogme du pardon gratuit. L'interprétation traditionnelle qui rapporte ce poème à l'histoire de David et de Balhséba est en contradiction avec le récit de 2 Sam. XII, qui parle d'un avertissement doiAé au roi par le prophète, alors qu'il était encore plongé dans la sécurité d'une jouissance criminelle, tandis que le psalmiste se sent malheureux jusqu'au moment où il arrive par lui-même à rhumble aveu de sa faute. La seconde moitié du psaume (strophes 4-7) est absolument étrangère à la situation indiquée par le fait en question.
(Hébr. XXXIII. Grec XXXII.)
Justes, réjouissez- vous en rÉternel 1
La louange sied bien aux hommes droits.
Célébrez rÉternel avec la lyre,
Faites résonner pour lui le luth à dix conles !
Chantez-lui un cantique nouveau,
Faites bien retentir vos instruments et vos cris î
A. T. ~ 5« part. 10
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me à la louange de Jéliova, célébré ici, comme dans de 3UX autres psaumes, à la fois comme créateur lout-puissant livers et comme protecteur du peuple élu. Sa forme est et régulière : six strophes, dont la première et la dernière
distique de moins que les quatre du milieu. Les distiques )us d'un parallélisme parfait. Le langage est transparent, îs et les ligures se tiennent dans le niveau des conceptions ires. C'est évidemment pour l'usage public et liturgique, îoyen de réminiscences largement empruntées à la poésie des prophètes, que ce psaume a été composé, a une époque 'ativement récente. Aucune allusion particulière ne nous même de préciser celle-ci, et il serait téméraire de vouloir r la mention d'un événement militaire de fraîche date dans -dernière strophe. Au contraire, nous y voyons le reflet ècle où Israël ne maniait plus d'autres armes que celles de re. Raison de plus pour conserver à cette ode sa place dans iieil de poésies chrétiennes.
3 la seconde strophe il est question de la parole de Dieu eux sens ou applications. C'est d'un côté la parole créatrice ré l'univers du néant, de l'autre c'est la parole théocratique, iromesse, qui a pour caractères la justice et la fidélité. Le de la bouche n'est qu'un synonyme poétique de la parole ; n'a pas empêché le scolasticisme de nos pères de voir là la mention simultanée du verbe et de V esprit/) un e des plus importants pour établir que l'Ancien Testament lait le dogme de la Irinité. Ce qui est dit àeseaux s'explique n. I, 6, 7.
teur paraît cependant n'avoir parlé du créateur toutït que pour exalter davantage la gloire du Dieu d'Israël. ît, les quatre dernières strophes s'expliquent très-bien dans j. Il commande, et c'est fait! Il a promis de conserver à son la possession de Canaan, — il saura déjouer toutes les
hostiles des païens. Il connaît tous les mortels, il saura aître les siens, quelque part qu'ils se trouvent. La puissance ,rice de Jéhova vaut mieux que la force matérielle des rois empires.
(Hébr. XXXIV. Grec XXXIII.)
Je bénirai l'Éternel en tout temps; (]k)nstamment sa louange sera dans ma Iwuche.
De l'Éternel mon àme redira la gloire : Les humbles l'entendront et se réjouiront.
Glorifiez l'Étemel avec moi !
Kxaltons ensemble son nom !
J'ai cherché l'Éternel, il m'a exaucé,
Et de toutes mes craintes il m'a affranchi.
Quand on regarde à lui, on est rasséréné, On n'est pas exposé à rougir.
Tel homme humble appelait, l'Étemel l'écouta, Et de toutes ses angoisses il le délivra.
L'Éternel se manifeste, en campant
Autour de ceux qui le craignent, et les sauve.
Sentez et voyez combien l'Éternel est bon : Heureux l'homme qui se réfugie vers lui !
Oaignez l'Éternel, vous .ses saints,
(^ar rien ne manque à ceux qui le craignent.
PSAUME xxxiv. 149
Les Jeunes lions seraient réduits et affaniés, Que ceux qui cherchent l'Éternel ne manqueraient d'aucun
hien.
Allons, mes fils, écoutez-moi!
Je vous enseignerai la crainte de TÉternel.
Quel est l'homme qui aime la vie,
Qui désire des jours à goûter le bonheur ?
Qu'il mette sa langue en garde contre le mal, Et ses lèvres contre des paroles de mensonge.
Évite le mal et tais le bien.
Recherche et poursuis la paix !
La lace de l'Éternel est cx)ntre les malfaiteurs, . I^our efl'acer leur souvenir de la terre.
Les yeux de l'Éternel sont sur les justes. Ses oreilles sont à leurs prières.
(juand ils crient, l'Éternel écoute,
Et de toutes leurs angoisses il les affranchit.
L'Éternel est près de ceux qui ont le cœur brisé, Il vient en aide à ceux qui ont l'esprit contrit.
Nombreuses sont les afflictions du juste, Mais de toutes l'Éternel le délivre.
Il prend sous sa garde tous ses os.
Pas un seul d'entre eux n'est brisé.
150 l'SAUMK XXXIV.
Le malheur t'ait périr le méchant,
ile\i\ qui haïssent le juste en portei'ont la peine.
1 /Éternel protège la vie de ses serviteurs, Quiconque se réfugie vers lui est exempt de peine.
i^saume alphabétique, composé de 22 distiques, comme le 25'' (numéro du texte hébreu). Il ne nous est pas parvenu dans sa forme primitive. Le 6° distique (lettre Waw) est perdu; puis, un grammairien juif a trouvé nécessaire d'intervertir l'ordre des distiques 16 et 17, pour rétablir la série usuelle de l'alphabet ÇAi?t précédant Pë); tandis que l'auteur avait adopté l'ordre contraire, comme il se trouve aussi consacré par les trois élégies Lament. II, III, IV. Il paraît qu'à Tégard de ces deux lettres l'usage des écoles n'a pas toujours été le même. Ici il est de toute évidence que le IS*' distique n'a de sens qu'autant qu'il suit le 1& et non le 17®. Enfin, comme au psaume 25, une main étrangère a ajouté un 23*^ distique hors rang, probablement pour terminer le cantique par une formule favorable et rassurante (et non pas, comme on l'a pensé, parce que l'alphabet hébreu avait autrefois 23 lettres).
Pour ce qui est du contenu, la lecture la plus superficielle montre que nous avons ici un morceau d'une valeur poétique très-médiocre et composé d'une série de lieux communs, arrangés sans suite logique, selon les besoins de la forme choisie par l'auteur. Les intentions sont au contraire excellentes, la foi est à toute épreuve. On voit clairement qu'il ne s'agit pas d'un événement particulier, ni d'une disposition purement individuelle. C'est la communauté qui fait sa profession, pour dire que toutes les calamités déjà essuyées n'ont pas pu lui ôter la conviction que Dieu est avec ceux qui le craignent, les justes, les humbles j c'està-dire, les hommes pieux, qui pour cela même souffrent dans ce bas-monde.
Strophe 8 : L'Éternel se manifeste y etc. On traduit communément : L'ange de l'Éternel. Mais d'abord un ange ne peut pas^ c'àvciçeT autour de toute une population. Ensuite, Maleak n'est pa& un ange dans le sens populaire du mot, mais une manifestatwm quelconque de la divinité, sons n'importe quelle forme, et par
n'importe quel moyen. Ici c'est donc une locution poétique pour exprimer l'idée d'une protection visible, formule sur le sens de laquelle personne ne se méprend. — Strophe 11 : Les lions sont les animaux auxquels leur force physique assure constamment leur subsistance. Les justes, par les soins de la Providence, sont bien plus sûrs encore à cet égard. — La strophe 14 est la réponse à la Li*. Seulement elle est formulée dans le texte à l'impératif (Garde ta langue !), ce qui efface le rapport et isole la question.
(llébr. XXXV. Grec XXXIV.)
Sois Fadversaire, ô Éternel, de aies advei-saires,
Combats ceux qui me combattent ! Saisis le bouclier et la iH)ndache,
Et lève-toi pour me venir en aide !
Brandis la lance, arrête mes persécuteurs î
Dis-moi : Je suis ton soutien !
Qu'ils soient confondus de honte ceux qui en veulent à ma vie !
Qu'ils reculent en roussissant ceux qui méditent mon malheur ! Qu'ils soient comme le brin de paille au vent,
Quand Tan^^e de l'Éternel le chasse; Que leur chemin soit ténébreux et glissant,
Quand l'ange de l'Éternel les poursuit !
Car sans raison ils m'ont tendu leur tilet,
Sans raison à ma vie ils ont creusé une lusse.
Que la ruine les surprenne inopinément !
Qu'ils se prennent dans le filet qu'ils ont tendu î
Qu'ils y tombent avec fracas!
Alors mon àme se réjouira en l'Éternel,
Elle sera dans l'allégresse à cause de son aide.
Tous mes ossements diront :
Étemel, qui comme toi peut
Arracher le malheureux à qui est plus tort que lui, L'humble et le pauvre à son spoliateur?
152 PSAUMK \XXV.
Il s'élève (les témoins criminels —
Ils mo (lueslionnent siii- ce (|ue j'ipioiv. Ils me rendent le mal pour le bien :
 moi, le délaissement !
El moi, quand ils étaient nmlades.
Je revêtais le ciliée, .le me mortifiais par le jeune.
Et ma prièiHi était incessante; .le marchais comme s'il s'ajçissait d'un IVère ou d'un ami.
Gomme pleurant une mère j'étais rourln'* dans le deuil.
Et de ma chute ils se réjouissent ensemble,
Ils s'assemblent contre moi, Me frappant sans que je sache pourtjuoi ;
Ils me déchirent sans relâche.
Avec des railleries profanes et boullbnnes
Ils grincent des dents contre moi.
Seigneur! jusqu'à «luand seras-tu spectateur?
Délivre ma vie de leurs avanies,
Mon unique vie de ces lions !
Je te louerai en giande assemblée, Au milieu d'un peuple nombreux je te célébrerai.
Que mes ennemis menteurs ne se réjouissent pas à mon sujet î
Que ceux qui me haïssent sans raison ne clignent pas des yeux!
(lar ils ne prêtèrent pas des paroles de |kû.\,
Et contre les paisibles du pays ils ourdissent des intrigues.
Ils ouvrent la bouche large contre moi,
Ils disent : Ha ! ha ! nous le voyons !
Tu le vois. Éternel ! ne reste pas muet !
Seigneur, ne reste pas éloigné !
IX»vt^toi, l'éveille-toi, jwur me faire justice,
Mon Dieu, mon Seigneur, pour défendre ma cause! Juge-moi selon ta justice, Éternel, mon Dieu!
Qu'ils ne se réjouissent pas à mon sujet !
Qu'ils ne disent \yoh\i dans leur cieur : Ha ! nous y voilà !
Qu'ils ne disent |)oint : Nous l'avons anéanti ! Qu'ils soient confondus et i*ougissent tous ensemble.
Ceux qui se réjouissent de moit malheur; Qu'ils soient couverts de honte et d'ignominie,
Ceux qui me traitent avec arrogance !
PSAUMK XXXV. 153
Puissent-ils se réjouir avec allégresse,
Ceux qui s'intéressent à mon droit,
Puissent-ils dire toujours : Grand est rfiternel, Qui aime le bonheur de son serviteur!
Et ma langue proclamera ta justice, Ta louange, tous les jours]
Pour la forme, ce psaume a quelque ressemblance avec le 31'' (hébr.); généralement régulier, il comprend quelques strophes qui n'offrent pas la même disposition prosodique que les autres (3, 5, 8, 12). Il convient cependant de dire que la troisième nous est probablement parvenue incomplète, comme nous tâcherons de le faire voir plus bas.
Quant au but et au contenu, on dirait, d'après Texorde, qu'il s'agit d'une expédition guerrière pour laquelle le poète (roi !) réclamerait l'assistance de Dieu. Mais on s'aperçoit bientôt que cette apparence est trompeuse. Il n'est pas question de batailles, ni d'attaques venant du dehors, à main armée, mais plutôt de vexations et d'avanies exercées dans les relations civiles. Les personnes qui ont à se plaindre' et au nom desquelles l'auteur prend la parole, sont, comme ailleurs, les malheureux, les humbles, les paisibles du pays, ceux dont la cause est la juste, qu'on traite avec arrogance; des faux témoins s'élèvent contre eux, on ourdit contre eux des intrigues, on leur intente des procès pour des choses qu'ils ignorent, c'est-à-dire dont ils sont parfaitement innocents ; les armes des ennemis sont des railleries, des propos injurieux, des gestes provocateurs et des grimaces grossières. Avec tout cela nous nous trouvons sur un terrain que nous connaissons déjà suflSsamment, et nous n'avons pas besoin, pour comprendre un texte assez transparent, de pousser une reconnaissance du côté de la caverne d'AdouUam, 1 Sam. XXIV. Les imprécations — que l'histoire, du reste, ne met point dans la bouche de David, qui les aurait ainsi jetées à la tête de Saûl — s'expliquent et s'excusent quand nous songeons à la triste situation des Juifs fidèles, à Tépoque où, sous le gouvernement macédonien, non-seulement le paganisme officiel, mais surtout les tendances hellénistes d'un grand nombre de gens, indifférents ou apostats, pesaient sur la partie saine de la population.
Il y a cependant quelques passages obscurs dans ce poëme, dont le langage n'est pas sans originalité ; on y rencontre des exprès-
154 PSAUMK XXXV.
sions inconnues, et i)eul-ètre le texte a-t-il souffert de côté et d'autre.
Str. 1 : Brandis la lance ; litt. : dégaine, ce qui se dit ailleurs de i'épée. La pointe aurait-elle été d'ordinaire dans un fourreau pour la préserver de la rouille? Arrête mes persécuteurs : beaucoup de commentateurs traduisent : présente la lance et la hacher la sagaris des anciens, à rencontre de, etc. La ponctuation rabbinique paraît favoriser cette interprétation. Mais la hache n*a jamais été une arme de guerre chez les Israélites, et déjà les Septante ont pris le mot segor comme l'impératif du verbe sagar^ fermer (le passage).
Dans la seconde strophe nous avons conservé, faute de mieux, l'expression usuelle de Vange de Dieu, mais c'est en maintenant dans son entier l'observation faite sur Ps. XXXIV, 8. L'ange est ici la personnification de l'action divine qui chasse l'ennemi ; ou plutôt de l'ouragan qui chasse le brin de paille, et qui renverse le voyageur marchant dans la nuit sur un chemin glissant.
Dans la 3*^ strophe nous reconnaissons deux fautes dans le texte. Celui-ci dit d'abord : ils ont caché la fosse de leur filet. . . . ils ont creusé (sans régime). On admet assez généralement aujourd'hui qu'il y a ici une transposition, causée par une inadvertance de copiste et facile à corriger ; nous reportons la fosse de la première ligne à la seconde {Cacher un filet, c'est le tendre de manière qu'on ne s'en aperçoive pas en temps utile). Ensuite nous supposons qu^me ligne entière est perdue; le parallélisme semble demander qu'à côté du filet dans lequel doit se prendre celui qui l'a tendu, il soit question de la fosse, où doit tomber celui qui l'a creusée. On ne tombe pas avec fracas dans un filet.
Str. 4 : Tous mes ossements. Nous disons en français : Toutes les fibres de mon corps. — Str. 5 : La dernière ligne est trèsabrupte. On comprend bien que Fauteur veut dire que lui, et ceux de son parti, se trouvent abandonnés, isolés, — mais on conviendra que cela ne se rattache pas bien naturellement à ce qui précède, el qu'il pourrait bien y avoir là une nouvelle lacune fcomp. aussi XXVII, 12).
La & strophe fait voir clairement qu'il ne s'agit pas d'hostilités dans le sens ordinaire du mot. Le poète, pour préciser comment on rend le mal pour le bien, dit que lui, c'est-à-dire les pieux fidèles, ont accompli, dans l'occasion, tous les devoirs de la charité envers ceux qui les oppriment aujourd'hui, ou plutôt
qu'ils n*onl jamais eu pour eux que des seuiimenis fraternels, sympathisant avec leurs malheurs, etc. Nous ne prenons pas ce mot de maladie dans le sens littéral. Tous les Juifs avaient pu d'abord être victimes des grands bouleversements politiques, après les guerres d'Alexandre, et surtout pendant les longs confliis entre les Séleucides et les Ptolémées ; plus tard il se forma un parti de Tètranger, contre le parti national, lequel cependant attendit longtemps et patiemment avant de prendre les armes.
Le sens de la 7* strophe est douteux et contesté. Le mot que nous avons traduit par frappant ne se rencontre pas ailleurs. On a pensé qu'il s'agit plutôt de coups de mauvaises langues. D'autres ont proposé de changer le texte, de différentes manières. Les Tailleries profanes et bouffonnes sont également mises ici un peu au hasard. Il y a là un mot qu'on veut (ou peut) traduire par gâteau, et l'on en a conclu qu'il est question de gens qui, vivant aux dépens des riches et puissants (parasites, écomifleurs), se font un devoir de les égayer à table par des saillies et des bons mots. Un autre mot, qui signifie proprement balbutier^ pourrait faire croire que l'auteur a eu en vue des compatriotes qui, pour plaire au pouvoir, s'évertuaient à baragouiner le grec.
La 8* strophe présente quelques ressemblances avec Ps. XXII, 21, 23, 26. — Le reste ne donne lieu à aucune observation. Disons seulement que les paroles mises dans la bouche des adversaires, expriment (str. 9 et 11) la joie maligne. Nokis le payons, avec plaisir! JVous y coilàl c'est bien là ce que nous désirions.
(Hébr. XXXVI. Grec XXXV.)
C'est le péché qui paile au tond du cœur du méchant;
Nulle crainte de Dieu n'est devant ses yeux.
Il se flatte de le tromper,
En consommant son iniquité dans sa haine.
Les paroles de sa bouche sont ci'iminelles et frauduleuses,
n renonce à être sage, à bien faiie.
Il songe au crime sur sa couche,
Il se place sur le chemin cjui n'est pas bon;
Il n'a point le mal en hon-eur.
Éternel! ta grûce s'étend aux cieux.
Ta fidélité aussi loin que les nues.
Ta justice est comme les montagnes de Dieu,
Tes arrêts comme un vaste océan :
Aux hommas et aux animaux tu es secourable, d Éternel !
Que ta grâce est précieuse, ô Dieu!
Les mortels se réfugient à Tombre de tes ailes,
Ils se repaissent de l'abondance de ta maison;
Au ruisseau de tes délices tu les abreuves.
Oui, près de toi est la source de la vie,
Par ta lumière nous voyons le jour.
Conserve ta grâce à ceux qui te reconnaissent.
Et ta justice à ceux qui sont droits de cœur.
Que le pied de l'insolence ne se porte pas sur moi,
Et que la main des méchants ne me chasse point!
Là, les scélérats tombent.
Ils sont terrassés pour ne plus se relever!
Les trois strophes dont se compose ce psaume se séparent bien nettement Tune de l'autre; de.plus, à peu de chose près, elles sont égales entre elles. La première fait le portrait de Thomme méchant et impie ; la seconde exalte la grâce et la bonté de Dieu ; la troisième, qui est en quelque sorte l'application pratique des deux autres, exprime sous forme de vœu le choix à faire entre les deux tendances. Le poëte implore la grâce de Dieu sur les fidèles et appelle sa vindicte sur leurs adversaires.
Il manque cependant la déclaration formelle de l'antithèse que l'auteur avait en vue. Dans la première strophe il ne parle que des actes des méchants, et non des effets de la colère céleste' qu'ils doivent provoquer; dans la seconde il n'est question que des effets de la grâce, et non des actes qu'elle récompense. Dans chaque strophe il n'y a donc que l'un des côtés du tableau, et chaque fois un autre, de sorte que les deux strophes ne semblent pas correspondre l'une à l'autre. Mais ce qui est omis est tellement connu et banal, que cette omission même pourrait être considérée comme un moyen poétique (comp. les notes sur le premier psaume).
Les deux premiers distiques sont d'une extrême obscurité, comme le prouvent les innombrables hypothèses, critiques et exégétiques, qui s'y rattachent. Nous nous en sommes tenu au
texte reçu, sauf une seule correction [libbô pour libbîj avec LXX), mais nous n'osons aflBrmer que notre traduction préviendra tous les doutes ultérieurs. Voici une version très-littérale du commencement, de laquelle nous avons fait découler les phrases françaises de notre texte : Un oracle du péché [personnifié, et remplaçant ainsi Dieu qui ailleurs rend seul des oracles] au méchant au fond
de son [hébreu : mon] cœur car il rend glissant à lui [il
trompe Dieu] à ses [propres] yeux [c'est-à-dire, il s'imagine, etc.] pour trouver [atteindre, accomplir] son iniquité, etc. On conviendra que ces phrases sont assez singulières, embarrassées et peu naturelles pour avoir pu provoquer des interprétations variées, que nous passons sous silence.
Dans la seconde strophe, où il est parlé de la grâce de Dieu, le ciel et l'océan sont les images de l'étendue incommensurable, les montagnes celle de la durée indéfinie. D'autres images peignent les effets de cette grâce. Pour les ailes, voyez XVII, 8 ; Yabondancey litt. : la graisse, rappelle les soins du père de famille ; le ruisseau nous ramène le pâtre et son troupeau. — La lumière et \ejour, ne marquent pas simplement l'existence, mais la faveur de Dieu d'un côté, et le bonheur de l'autre. Les deux derniers versets nous font entrevoir que le point de vue national prédomine encore sur le sentiment individuel. Le distique final (énoncé au premier mode ou parfait) ne fait point allusion à un événement historique et récent, mais exprime une idée générale, une conviction certaine.
(Hébr. XXXVII. Grec XXXVI.)
Ne Virrite point à la vue des méchants,
Ne sois pas jaloux de ceux qui font mal !
Car bientôt ils seront fauchés comme Therbe, Gomme la verdure du gazon ils se faneront.
Aie confiance en TÉternel et fais le bien :
Tu demeureras dans le pays et jouiras de sa fidélité. Fais de T Éternel tes délices,
Et il t'accordera les souhaits de ton cœur.
158 PSAUME XXXVlï.
Hemet< ton sort aux soins de l'Éternel ;
Aie confiance en lui, il agira !
Il fera ressortir ta justice comme l'aurore.
Et ton droit cx)mme la clarté du midi.
Hésigne-toi en silence à l'Étemel,
Et mets en lui ton espérance!
Ne t'irrite point à la vue de celui qui est heureux,
De l'homme qui accomplit de méchants desseins.
Kenonce à la colère, laisse l'emportement.
Ne t'irrite point — ce ne serait que pour mal faire !
(lar les méchants seront exterminés;
Qui espère en l'Éternel possédera le pays !
Un court délai encore et le méchant n'est plus :
Quand tu regarderas sa place, il ne sera plus là;
Et les humhles posséileront le pays.
Et jouiront d'une grande prospérité.
[^e méchant complote contre le juste.
Et grince des dents contre lui — Le Seigneur se rit de lui —
Car il sait que son jour approche.
Los méchants tirent l'épée et handent Parc,
Pour abattre l'humble et le pauvre, pour immoler le juste Leur épée percera leur propre cœur,
Et leurs arcs seront brisés.
Mieux vaut le peu du juste
Que l'opulence de nombreux méchants, (^ai- les bras des méchants seront bri.sés.
Mais le soutien du juste, c'est l'Éternel.
Éternel sait les jours réservés aux hommes de bien, Il sait que leur héritage est assuré à jamais.
5 ne seront point déçus dans lé temps de calamité, Et aux jours de la disette ils seront rassasiés.
ais les méchants périront,
Les ennemis de TÉtemel:
s passeront comme la beauté des prairies,
Comme la ftimée ils passeront.
5 méchant empruntera et ne pourra payer. Mais le juste aura à donner à pleines mains.
jr ceux qu'il bénit posséderont le pays. Et ceux qu'il maudit seront exterminés.
ar l'Étemel les pas de l'homme sont assurés,
Quand sa voie lui est agréable, il tombe, il ne reste pas renvei'sé,
Car l'Éternel soutient sa main.
ai été jeune et je suis devenu vieux.
Jamais je ne vis le juste délaissé ni ses enfants mendieioujours il pouvait donner et prêter, fleur pain.
Et ses enfants étaient bénis.
uis le mal et fais le bien,
Et tu demeureras à jamais !
ar l'Éternel aime la justice,
Et ne délaisse point ses fidèles.
jeu impies] seront perdus pour toujours.
Et la race des méchants sera exterminée, es justes posséderont le pays
Et y demeureront à jamais.
1(K) PSAUME XXXVIl.
La bouche du juste profôre la sajresse,
El sa laiijçue parle selon le droit.
La loi de Dieu est dans .son (ici^ur,
Aussi ses pas ne chancellent-ils point.
Lo méchant guette le juste,
Kl cherche à lui donner la mort.
L'Éternel ne Tahandonne pas à s;i main,
Kt ne le laisse pas condamner quand on le ju((e.
Kspère en rKternel
Kt garde sa voie, Kt il t'él(îvera pour pos.séder le pays;
Quand les méchants seront e.xterminés tu le veiras.
J'ai vu le scélérat insolent
S'étendre comme un arbre toufl'u :
Kt il passa, et le voilà dispai'u;
Quand je le cherchai il n'était plus 1»^!
Observe l'homme de bien et regarde le juste : Il y a une po.stérité pour l'homme intègre;
Mais les malfaiteurs périssent tous ensemble, Kl la |)oslérité des méchants est exterminée.
[Kt] la délivrance des justes vient de l'Éternel;
Il est leur citadelle au temps de la détresse. L'Éternel les assiste et les sauve.
Il les sauve des méchants et les délivre parce qu'ils se
[sont fiés à lui.
Ce psaume est encore alphabétique comme le 25*" et le 34" (hébr.), chaque strophe .se compose de deux distiques, mais les vers sont d'une longueur très-variable ;' voyez sir. 4, 11, 19, où il y a des lifçnes Irès-courles. sir. 8, 14, 22, où c'est le contraire;.
Aussi la plupart des traducteurs modernes nient-ils la régularité de la composition par quatrains, et les rabbins qui ont divisé le texte en versets n'ont plus fait aucune attention à la règle que l'auteur s'était tracée, en décomposant tantôt une strophe en deux versets, en séparant les distiques, tantôt et plus rarement en les laissant réunis en un seul verset (str. 4, 11, 19). Il ne faut pas s'étonner après cela que Tordre primitif ait pu être dérangé plus gravement encore. Ainsi à la dernière strophe l'initiale Taw a été masquée par les copistes par l'introduction d'une particule tellement inutile, que personne ne se persuadera qu'elle est due à la plume du poëte. A la 16^ strophe, le hasard ou la négligence a fait omettre le mot qui devait commencer la ligne, de sorte que la lettre ^Aïn manque dans le texte reçu, et tout ce qui s'y rattachait se trouve ajouté à la strophe précédente. Seulement, comme cela ne donnait plus de sens, on a changé plus tard arbitrairement le verbe : ils seront perdus (nis'^nâdou), en : ils seront préservés (nis'mâroii). Les LXX et d'autres traducteurs anciens ont conservé la leçon authentique que nous avons rétablie dans le texte sans trop de peine, le psaume offrant beaucoup de répétitions. Les impies, scélérats, méchants, malfaiteurs (oi avopi dans le texte grec, injicsti àdius la Vulgate), peuvent se rendre en hébreu par différents mots commençant par *^i>i, et nous avons le choix, dans le psaume même, entre celui du v. 1 et celui du V. 35. — Il nous reste aussi de graves doutes sur l'intégrité de la IP strophe qui, d'après les accents, devrait se
traduire : les ennemis de r Éternel comme la beauté des
prairieSy ils passeront en fumée ils passeront, ce qui est une construction assez singulière, et fait perdre à la strophe toute une ligne. Il semble plutôt qu'il manque quelque part un mot.
Le psaume en lui-même n'a pas besoin d'explication. D'un bout à l'autre, et avec beaucoup de répétitions, amenées par le nombre des strophes donné d'avance par l'alphabet, il exprime cette seule idée: Le pieux Israélite, quoique se trouvant dans une triste condition vis-à-vis des méchants, auxquels tout semble réussir et qui le vexent de mainte manière, ne doit pas désespérer, ni leur porter envie. Le bonheur des méchants ne saurait durer, et la justice de l'Étemel rétablira le bon droit, punissant les uns de leurs excès, et récompensant la patience et la fidélité dos autres. Cette idée, expression sincère et touchante de la foi religieuse d^Israël, se reproduit de plusieurs manières sans sortir de la forme
A. T. — 5* part. 11
de la simple assertion. Mais cette forme même prouve d'autant plus positivement Ténergie de la conviction qui Ta dictée. Le poète ne cherche pas au loin des motifs et des arguments ; il n'en appelle guère à Texpérience et jamais au raisonnement; il affirme» et cela lui suffit pour sa consolation et celle des autres. Les méchants paraissent être plus particulièrement les païens mattres du pays ; c'est là ce qui nous explique que la promesse faite aux fidèles est toujours et invariablement celle qu'ils posséderont le pays, que leur patrie leur sera rendue et qu'ils en seront les maîtres indépendants (str. 2, 5, 6, 12, 15, 16, 19). Cependant nous n'avons pas besoin de restreindre ainsi la notion des méchants. Beaucoup d'Israélites faisaient cause commune avec les dominateurs étrangers et y trouvaient leur profit. On entrevoit aussi que la justice était administrée de manière à léser les droits des patriotes et à les réduire à un état précaire (str. 3, 7, 9, 18). En tout cas il s'agit d'une situation nationale et non des affaires privées d'un individu. Point d'allusion à une compensation d'outre-tombe.
Remarques de détail. Str. 1 : Le contexte prouve qu'il s'agit de méchants keureîuc. C'est leur bonheur, et jamais leur méchanceté elle-même, qui peut exciter l'envie. — Str. 2 : La seconde ligne est généralement traduite : Beste dans le pays et sois fidèle (Luther : et nourris-toi honnêtement). Les nombreux passages parallèles déjà cités (et surtout v. 27, str. 15) plaident en faveur de notre version. Il est vrai que l'attachement à la patrie est un trait caractéristique dans les discours des prophètes, mais nous ne sachions pas que soit eux, soit lespsalmistes, aient eu l'idée de prêcher contre l'émigration. Quand ils en parlent, ils la déplorent comme forcée. La fidélité est ici celle de Dieu, et le verbe signifie se repaître. — Str. 3 : Si l'on ne veut pas s'arrêter à l'idée de procès injustes par lesquels les intérêts des particuliers pouvaient être lésés, on peut encore dire que la nation entière était en quelque sorte engagée dans un procès contre ses oppresseurs. Son juge céleste lui donnera gain de cause. — Str. 5: Ce ne serait que pour mal faire : soit en murmurant contre la providence, soit en se laissant entraîner à agir mal soi-même. — Str. 7: Lejouràn méchant, est celui de sa punition, le terme auquel Dieu le laisse arriver. Comp. str. 10. — Str. 8 : Les arcs et les épées sont ici des termes figurés. — Str. 12 : On s'imagine ordinairement que l'auteur veut citer ici un exemple de méchan-
ceté, en parlant d'un emprunteur de mauvaise foi qui ne paie pas ses dettes. Rien n'est plus étranger à la pensée du poëte, et plus trivial en même temps. Il s'agit de l'avenir, du sort qui attend les uns et les autres; aujourd'hui riches et heureux, les méchants en viendront à être dans le besoin, au point de ne plus jOowt?oir payer les dettes qu'ils auront été obligés de contracter ; tandis que les justes, aujourd'hui pauvres, en viendront à pouvoir donner gracieusement (str. 14). — Str. 21 : L'homme ne pouvant vivre éternellement sur cette terre, c'est dans ses enfants que son existence se perpétue. L'existence de ceux-ci équivaut donc à un avantage personnel, refusé aux méchants.
(Hébr. XXXVIII. Grec. XXXVII.)
Éternel I Ne me punis pas dans ta colère,
Ne me châtie pas dans ton courroux !
Car tes flèches m'ont atteint,
Et ta main m'a frappé.
Rien d'intact dans ma chair par suite de ta fureur;
Rien de sain dans mes os par suite de mon péché. Car mes fautes dépassent ma tête.
Comme un pesant fardeau elles m'accablent.
Mes plaies sont fétides.
Elles suppurent par suite de ma folie.
Je suis affaissé, abattu outre mesure;
Tout le jour je marche en habits de deuil.
Car mes flancs sont couverts de brûlures.
Et rien d'intact n'est dans ma chair.
Je suis engourdi, brisé outre mesure;
Les gémissements de mon cœur me font pousser de hauts cris.
Seigneur! Tous mes vœux sont devant toi,
Et mes soupirs ne te sont point cachés; Mon cœur est palpitant, ma force m'abandonne,
Et la lumière même de mes yeux me fait défaut.
164 PSAUME XXXVIU.
Mes amis, mes compagnons s'arrêtent devant ma plaie.
Et mes proches me tiennent à distance.
Ceux qui en veulent à ma vie me tendent des pièges,
Et ceux qui cherchent mon malheur parlent ruine, Et méditent des embûches jour par jour.
Mais moi, tel qu'un sourd, je n'écoute pas;
Pareil à un muet qui n'ouvre pas la bouche. Je suis comme un homme qui n'entend pas.
Et dans la bouche duquel il n'y a pas de réplique.
Car c'est en toi, ô Éternel, que j'espère :
Toi, tu répondras. Seigneur, mon Dieu!
Car je dis : Pourvu qu'ils ne triomphent pas de moi,
Ceux qui, quand mon pied trébuche, me traitent avec arrogance.
Car moi je suis près de tomber.
Et ma douleur est toujours devant moi.
Car je confesse ma faute,
Je m'effraie à cause de mon péché.
Ceux qui me haïssent sans raison sont puissants;
Ils sont nombreux, mes ennemis menteurs. Et, me rendant le mal pour le bien.
Ils me sont hostiles pour le bien ([ue je poursuis.
Ne m'abandonne pas, ô Étemel 1
Mon Dieu ! ne t'éloigne pas de moi î Accours à mon aide,
0 Seigneur, mon sauveur !
C'est le troisième des sept psaumes dits pénitentiaux ; en effi^ il n'exprime que des sentiments de douleur et de contrition, rinvocation de Dieu, tendant à obtenir secours et délivrance, intimement liée à Taveu du péché. Il est impossible de découvi dans le texte une allusion quelconque à un événement particulier qui aurait inspiré le poëte. Nous ne pouvons y voir ni David ei Bathséba, ni Jérémie et Pas'hour (Jér. XX, 1). Le premier n'aurait pas parlé d'ennemis qui le haïssent sans motif et qui lui sont hostiles pour le bien qu'il poursuit (!), et le second n'avait pas besoin de s'étendre tant sur ses péchés, dont il ne dit pas un mot dans son propre livre. D'autre part nous ne prendrons qu'au figuré tout ce qui est dit de maladie, presque à chaque strophe;
PSAUME XXXVIIl. 165
ce serait une singulière maladie, caractérisée à la fois par des blessures, des brûlures, la consomption, la cécité. Les flèches de Dieu et les haiits de deuil y les unes comme cause et les autres comme eflTet, font voir au contraire que nous avons aflTaire à des images poétiques. Il y a plus : après ces images de maladie il est parlé d'ennemis, d'embûches, de mauvaises intentions, de pièges^ de propos accusateurs. Évidemment cette série d'expressions est plus près de la réalité que l'autre. Mais elle est aussi de nature à nous faire préférer le point de vue communicatif ou national à celui d'une expérience ou d'une situation purement individuelle. C'est bien Israël qui souffre ainsi par suite de ses péchés, qui se sent coupable, et qui (ici du moins) ne s'adresse pas à la justice de Dieu, mais à sa miséricorde. Le châtiment est mérité ; le psalmiste ne réclame que contre sa durée prolongée ; aussi le fait-il en toute humilité.
Les strophes sont régulières, au point qu'on soupçonne une faute dans la sixième, où une main étrangère aurait pu ajouter une de ces phrases qui se reproduisent si fréquemment dans les psaumes, à moins qu'on ne veuille dire que notre division est arbitraire.
Strophe 2 : Imitation d'És. I, 5, 6. Les plaies du corps sont tantôt l'image naturelle de celles de l'âme, tantôt celle des malheurs publics. — Strophe 3 : La folie est dans le style religieux des Hébreux un terme synonyme d'impiété, ce qui doit nous faire penser ici aux accusations d'idolâtrie si souvent répétées par les prophètes. — Le mot que nous avons rendu par affaissé signifie proprement courbé, et est peut-être employé dans le sens d'une convulsion ou torture (morale). — Dans la dernière ligne de la 4* strophe nous nous en sommes tenu au texte reçu, qui ditlitt. : Je hurle par suite des cris de mon cœur. Nous avouons cependant que ce texte ne nous satisfait point. Avec le simple changement d'une voyelle ^ on obtiendrait celui-ci : Je crie plus haut que le rugissement du hon. De fait, le verbe naham est plutôt rugir que gémir, et la poésie hébraïque n'a pas peur des hyperboles. — Strophe 5 : La lumière des yeux me fait défaut ; cela revient à dire : Mes yeux se troublent de douleur, etc. — Strophe 6 : S'arrêter devant, et se tenir à distance, doivent être pris comme synonymes. «Au lieu de me consoler ils me fuient, de peur d'être
1 Lebt ou laht pour libbt.
PSAUME XXKIX.
enveloppés dans ma disgrâce. » On dirait le tableau copié de h scène des amis de Job. Au point de vue national, les compagnons sont les alliés d'autrefois, ou bien des compatriotes dissidents e( apostats. Les ennemis seuls sont actifs, et on ne leur oppose que la patience et la résignation (strophe 7). — Dans la première ligne de r avant-dernière strophe nous avons changé le texte masoretique, qui dit : Mes ennemis vivent ; les passages paraUèies XXXV, 19 et LXIX, 5, où Ton retrouve identiquement les mêmes phrases, décident la chose.
(Hébr. XXXIX. Grec XXXVIII.)
Je disais : Je me garderai de pécher par ma langue,
Je mettrai un frein à ma bouche,
Tant que le méchant sera en face de moi. Je restai muet avec résignation,
Je me tus sans profit,
Et ma douleur fut aigrie.
Mon cœur s'est embrasé dans mon sein;
Je méditais, et un feu s'est allumé :
J'ai laissé parler ma langue !
Éternel ! Fais- moi savoir ma fin.
Et quelle est la mesure de mes jours : Que je sache combien je suis passager !
Vois! tu as fait mes jours longs de quelques palmes, Et ma vie est comme un rien devant toi; Tout mortel qui existe n'est que néant!
L'homme ne fait que passer comme un fantôme, C'est pour le néant qu'on fait tant de bruit; On amasse, sans savoir qui recueillera.
El maintenant, qu'attends-je encore. Seigneur?
Mon espérance, elle est en toi !
De tous mes péchés délivre-moi.
Ne me fais point la risée de l'impie!
Je me tais, je n'ouvre point la bouche.
Car c'est toi qui l'as fait.
Détourne de moi tes coups,
Sous la rigueur de ta main je me consume.
Par les peines du péché, quand tu châties rhoniine.
Tu ronges, comme la teigne, sa beauté;
Tout mortel n'est que néant !
Écoute ma prière, ô Éternel!
Prête l'oreille à ma requête.
Et ne sois pas sourd à mes larmes!
Car auprès de toi je suis un étranger.
Un pèlerin, comme tous mes pères.
Détourne tes regards, pour que je me ranime,
Avant que je ne m'en aille et ne sois plus !
La forme des vers et des strophes n'est point régulière ; peutêtre l'auteur a-t-il en vue d'en varier la composition, en remplaçant les tristiques par des distiques, d'après les mouvements de sa pensée.
C'est encore un de ces psaumes où l'on est porté, à première vue, à reconnaître l'expression d'un sentiment personnel, d'une situation tout individuelle. Mais ici, comme ailleurs, rien n'empêche d'admettre que cette situation et ces sentiments aient pu être ceux du grand nombre ; il y a des indices directs de la nécessité de préférer ce dernier point de vue. Ainsi, quand dès le début le sujet qui parle met en face de lui le méchant, à moins d'y voir encore l'inévitable Saûl ou Absolom, il faudra bien y reconnaître la désignation d'une catégorie d'hommes opposés à une autre catégorie. Et à la fin, une antithèse ou un parallélisme semblable s'établit avec les générations antérieures d'Israël, notamment avec celles dont parlait l'Histoire sainte (des patriarches et de Moïse). Du reste, le psaume, malgré quelques analogies frappantes avec le précédent et le G2® (hébreu), a beaucoup d'originalité et excite à un haut point la sympathie du lecteur, sans que le poëte se soit mis grandement en frais de rhétorique imagée.
La première strophe nous représente un cœur attristé par le malheur et soupirant après le repos extérieur et la consolation de l'âme. Sa destinée est telle, qu'il est tenté de murmurer contre la Providence. Mais il se retient ; sa piété lui impose le silence de la irésignation. Il ne veut pas donner au méchant le spectacle et l'exemple de la méfiance ou du désespoir. Mais ce fut sans profit, eucuD bien n'en résulta; la tristesse et l'impatience finirent par prendre le dessus, comme un feu comprimé qui se fait jour. Il parle enfin !
La seconde strophe expose ces plaintes. Elles ne s'arrêtent pas à décrire le malheur ; elles arrivent du coup à ne plus voir
168 PSAUBIE XL.
dans l'avenir que la mort. Elles expriment même, non plus le désir d'en voir relarder le moment, mais l'impatience de le connaître, puisque après tout il n'y aura pas d'autre issue. La vie de l'homme n'a guère que la longueur d'une main, et c'est pour cela qu'on fait tant de bruit, qu'on travaille, sans qu'on puisse disposer au delà du tombeau de ce qu'on aura acquis ! Ce qui est vrai pour l'individu le sera également pour un peuple dont l'existence même est remise en question. Dans les deux cas, des considérations pareilles sont capables de briser l'énergie morale et de faire fléchir la foi religieuse.
Mais la troisième strophe nous fait voir que cette foi reprend le dessus. Elle reconnaît ses fautes, elle reconnaît donc aussi la véritable cause de ses infortunes. Le châtiment était mérité, elle l'accepte sans murmurer et baise la main qui Ta punie. Mais elle ose demander aussi que l'épreuve finisse. Cette prière se combine, dans la dernière strophe, avec les considérations développées dans la seconde. Mais dans celle-ci elles se présentaient avec l'accent de l'amertume, ici elles deviennent un motif que la faiblesse fait valoir en fixant un regard de confiance sur le dispensateur de toute grâce. La vie est courte, l'homme n'est qu'nn hôte passager sur cette terre ; qu'il plaise donc à Dieu de détourner de lui son regard (scrutateur et courroucé), pour qu'il puisse respirer un peu avant que cela soit fini pour tout de bon (emprunt à peu près textuel fait au livre de Job X, 20 suiv.). L'image de la teigne (Job XIII, 28) est énoncée au moyen d'un verbe qui signifie faire fondre, comme s'il s'agissait -de la neige, et non d'un habit. En hébreu, les métaphores s'entremêlent assez souvent.
(llébr. XL, LXX. Grec XXXIX, LXIX.)
J'ai fermement espéré en TÉternel :
VA s'inclinant vers moi, il écouta mes cris. Il m'a l'etiié du gouffre de la ruine,
Du bourbier plein de fange ; Il a posé mes pieds sur le roc.
Et affermi mes pas.
Dans ma bouche il a mis un cantique nouveau. Un hymne de louange à notre Dieu.
Beaucoup le verront, le craindront,
Et auront confiance en TÉternel.
Heureux rhomme qui met sa confiance en rÉiernel, Et ne s'adresse pas aux orgueilleux, Aux apostats menteurs I Nombreuses sont les merveilles et les dispensations Que toi, Éternel, mon Dieu, tu as faites en notre laveur. Nul n'est à comparer à toi!
Je voudrais les proclamer et les redire; — Il y en a trop pour les compter.
Tu n'aimes point les sacrifices ni les offrandes,
Tu m'as ouvert les oreilles; Tu ne demandes ni holocaustes ni victimes expiatoires.
Je dis donc : Me voici ! je viens,
Avec le livre écrit pour moi.
De faire ton plaisir, mon Dieu, c'est ma joie ;
Je porte ta loi dans mon cœur.
J'ai annoncé la nouvelle du salut en nombreuse assemblée, Je n'ai pas tenu mes lèvres closes:
Étemel, tu le sais bien !
Je n'ai point celé ta justice dans mon cœur, J'ai redit ton secours et ta fidélité.
Je n'ai point caché ta faveur Et ta fidélité en nombreuse assemblée.
Toi aussi, ô Étemel ! Ne me refuse point tes compassions!
Que ta grâce et ta fidélité me gardent constamment; Car des maux sans nombre m'environnent; Mes péchés m'ont atteint, je ne puis les voir tous. Ils sont plus nombreux que les cheveux de ma tète.
Et mon courage m'abandonne.
* Qu'il te plaise*, ÉterneP, de me sauver! Éternel, hâte-toi de me venir en aide ! Qu'ils soient confondus et rougissent tous ensemble % Ceux qui en veulent à ma vie pour me l'ôter * ! Qu'ils reculent honteux, ceux qui désirent ma ruine! Qu'ils soient stupéfaits du* salaire de leur honte. Ceux qui crient haro contre moi • !
tfOS deux dernières strophes, à partir d'ici, reparaissent plus bas comme formant un me particulier, sous le n** LXX (Grec LXIX). Nous marquons en note les ^es variantes sans importance qu'on y rencontre.
C«s trois premiers mots manquent. — * Dieu. — 3 Tous ensemble, omis. — tir me Tôter, omis. — ^ Qu'ils se retirent avec. — * Contre moi, omis.
Qu'ils soient ravis et réjouis, ceux <|ui te cherchent ! Puissont-ils ' dire toujours : Grand est FÉternel • !
dmx <]ui aiment son assistance!
Moi, je suis huinhle et misérable :
Puisse le Sei^fneur penser à moi ^ î
Mon aide, mon sauveur, c'est toi !
Mon Dieu*®! ne tarde point!
L'inégalité des vers et des strophes donne à ce morceau plutôt le caractère d'une prière que d'une poésie lyrique. Cependant cette difficulté dans la forme, qui n'existerait que dans le cas qu'on s'obstinât à la faire disparaître artificiellement, est peu de chose en comparaison de celle relative au sens même du texte. On n'a pas toujours su y trouver une unité de vue et de situation, la première partie paraissant remercier Dieu d'un bienfait accompli, et la seconde déplorer un malheur. Cela semblait contraire à la nature des choses. Or, comme la seconde partie se retrouve textu(îllement ailleurs comme formant un psaume particulier (voir la note), on a été amené à penser qu'il y a ici encore une fois une combinaison erronée de deux pièces étrangères l'une à l'autre. Nous allons tûcher d'expliquer notre psaume sans recourir à un pareil expédient, mais bien entendu en faisant abstraction de toute apj)lication purement individuelle.
Dans la première strophe, Israël reconnaît avoir reçu un bienfait important de son Dieu. Le peuple s'étail trouvé dans une triste situation, décrite sous l'image d'une fosse fangeuse, d'uu goullre; Jéliova l'en a retiré et l'a replacé sur un sol ferme. Donc il y a lieu de le louer j)ar un cantique nouveau. On conçoit que certains commentateurs n'ont pas manqué de découvrir au fond de ce bourbier le j)ropliète Jérémie (chap. XXXVIII, 6 et suiv.); mais si ce bourbier devait être pris au pied de la lettre, il faudrail bi(»n aussi se faire fort de montrer dans l'histoire du prophète It roc. sur lequel il s'est trouvé placé après coup.
La seconde strophe est ou bien elle-même ce cantique nouveau dont il vient d'être parlé, ou du moins elle exprime le sentimon^ annoncé tout à l'heure. D'avance et d'ancienne date Jéhova a acquis des titres immortels à la gratitude de son peuple. IleureuA* ceux qui lui restent fidèles et ne donnent point leur confiance ai/i
T Et puissent-ils. — ** Dieu. — ^ Dieu, accours vers moi! — 10 Éternel.
PSÂUBIE XL. 171
puissants du jour! Ces derniers étant qualifiés d'orgueilleux apostats (litt. : arrogants qui déclinent» ou se retirent de côté en mentant), nous transportent immédiatement à une époque où Israël avait à souffrir de la coupable alliance de quelques-uns des siens avec les dominateurs païens.
Mais comment remercier dignement ce Dieu protecteur ? Ce ne sera pas avec des cérémonies extérieures, mais par l'obéissance du cœur (3® strophe). Comp. L, 8 suiv. ; LI, 18. La phrase : Tu m'as ouvert (creusé) des oreilles, a été rendue dans notre traduction avec la pensée qu'elle signifiait : Tu veux que j'écoute, que j'obéisse. On a des oreilles pour entendre, comme on a des yeux pour voir. D'autres la prennent dans un sens plus spécial : Tu m'as fait entendre, ou comprendre cette vérité, tu me l'as révélée. Au lieu de cette phrase, une partie des manuscrits de la version grecque portent : Tu m'as fait un corps, ce qui probablement n'est que l'efiFet d'une faute de copiste, et cette leçon bizarre a donné lieu à l'une des plus singulières méprises de l'ancienne exégèse, qui y a vu une parole à mettre dans la bouche du Christ, parlant de son incarnation (Hébr. X, 5)! Le poète continue: Convaincu que ce n'est pas avec le sang des animaux qu'on acquiert la faveur de Dieu, je viens à lui avec le volume écrit pour moi (et non : dans lequel il est écrit de moi). Ce volume est naturellement la loi, prescrite, imposée aux Israélites, et leur faisant connaître leurs devoirs religieux et moraux. Aussi bien ajoute-t-il qu'il la porte dans son cœur et qu'il s'y conforme.
Ainsi, quant aux bienfaits passés, notre reconnaissance est sincère et manifeste (strophe 4). Mais tous les vœux du peuple ne sont pas encore réalisés ; il n'est pas à l'abri de toute appréhension. Au contraire, il y a des dangers et des malheurs pressants; ils peuvent avoir été amoindris momentanément ; ils ne sont pas éloignés pour toujours. La piété les considère comme l'efTet juste et naturel d'anciens péchés; le châtiment mérité a fini par atteindre les coupables, c'est-à-dire une nation dont tous les membres sont solidaires. Ces péchés sont personnifiés comme une puissance qui s'attache aux pas de ceux qui les ont commis, et qui finit par les atteindre. Contre de pareilles attaques il n'y a qu'un secours, c'est celui du Dieu de grûce et de miséricorde. Mais comme Dieu punit ceux qui l'ont mérité, par la main des hommes qui lui servent d'instruments, c'est contre ceux-ci que son secours est réclamé.
Les dernières strophes ne contiennent guère que des réminiscences, surtout du Ps. XXXV (hébreu), v. 4, 26, 27.
(Hôbr. XLI. Grec XL.)
Heureux celui qui a égard au misérable,
Au jour du malheur TÉternel le sauvera ;
L'Éternel le gardera et lui conservera la vie.
11 sera rendu heureux sur la terre,
Et tu ne le livreras pas à l'avidité de ses ennemis.
L'Éternel l'assistera sur le lit de langueur:
Tu refais sa couche quand il est malade.
Moi, je disais : « Éternel, aie pitié de moi !
Guéris- moi, car j'ai péché contre toi ! »
Mes ennemis parlent de moi méchamment :
«Quand est-ce qu'il mourra? quand son nom périra-t-il? >
Quand quelqu'un vient me voir, il débite des mensonges,
Son cœur fait provision de malice.
Et quand il est sorti, il en parle.
Contre moi entre eux mes ennemis chuchotent ;
Contre moi ils méditent mon malheur.
<r Un cas de mort est le sien.
Et ce dont il est alité, il ne s'en l'elèvera plus. >
Mon ami môme, en qui j'avais confiance,
Celui qui mangeait mon pain,
A levé le talon contre moi.
Mais toi, ô Éternel, aie pitié de moi ! Uelève-moi, pour que je leur rende la pareille. A cela je reconnaîtrai que tu m'agrées. Que mon ennemi ne puisse pas triompher de moi. Mais moi, dans mon intégrité, tu me soutiens, Et tu me laisses subsister devant toi à jamais.
On suppose ordinairement que ce psaume a été composé pendall une maladie de Tauteur. En 'effet, il y a là un lit de langW» refait de temps à autre pour le soulagement du malade ; il demank
PSAUME XU. 173
itre guéri; ses ennemis attendent sa mort, et, tout en le visitant, s entretiennent avec complaisance de l'issue présumée. En se Lçant à ce point de vue, on ne remarque pas qu'en face du Jade il y a des ennemis, qui lèvent contre lui le taloti, que le lade, espérant être guéri, demande à leur rendre la pareille, etc. , î tout en avouant ses péckéSy il se prévaut de son intégrité. tout cela il résulte que la maladie est à prendre au figuré, qu'il ne s'agit pas d'un individu, qui ne pourrait pas être à la \ coupable et vertueux. Encore moins est-il question de David ^ant se former la conjuration d'Absalom et se désolant d'avance n danger par lequel, d'après l'histoire, il a été inopinément pris.
^ous convenons volontiers que cette pièce a quelque chose Qigmatique, et surtout de décousu. Cependant il n'est pas x)ssible de s'en rendre compte quand on veut bien rester dans généralités.
jà psaume débute par une maxime ou thèse générale. Celui s'intéresse aux malheureux sera récompensé de même, le cas léant, par Jéhova. Quand il sera lui-même malade (au sens iré). Dieu le relèvera à son tour. Comme ces propositions vent être dans une liaison logique avec ce qui suit, nous ne ivons y voir que la conviction que ce secours de Dieu ne fera 1 défaut à celui qui est censé parler dans le psaume, c'est-à-dire peuple d'Israël. Il ne sera pas livré à Vavidité de ses ennemis S VII, 12), mais rendu heureux sur la terre (ou : dans son pays), ce qu'il a aussi exercé la charité et montré du dévouement ir ceux qui souÉFraient.
^a situation est triste, et depuis longtemps. Elle l'est par suite
anciens péchés du peuple. Ceux qui lui en veulent, soit les
eus, soit les juifs qui ont passé dans leurs rangs, parlent
vertement du prochain anéantissement de cette nationalité
leptionnelle. C'est comme des gens indifférents qui visitent un
lade et qui, en sortant de chez lui, haussent les épaules sans
apathie ou même avec satisfaction. Les liens qui unissaient
membres de la nation sont ainsi relâchés. Les plus proches
is et commensaux donnent l'exemple de ces hostilités haineuses
sont un trait caractéristique des époques de dissolution sociale
ie discorde civile. Cependant Israël ne désespère pas encore.
eut fonder sur son intégrité actuelle, c'est-à-dire sur sa fidélité
gieuse, l'espérance du salut.
Jésus s*étant servi de la phrase proverbiale du talon ImpurU commensal (Jean XUI, 18) eu parlant du traître, nos andens exégètes se sont crus obligés d'interpréter le psaume entier comme messianique, sans s'apercevoir que pas un mot de tonl le r(»ste n'est applicable à la personne de Christ.
Béni soit TÉternel, le Dieu d'Israël^ de siècle en siècle!
Amen. Amen.
Ce n'est pas là une partie intégrante du psaume qui précède, mais une doxologie par laquelle les rédacteurs du Livre ont clos la collection entière, qui se termine ici.
ti
PSAUMBS XUl. XLIII. 175