MM
Bénissez, peuples, notre Dieu !
Faites retentir les accents de sa louange ! Il nous a conservé la vie, • Et n'a point permis que notre pied bronchât!
Tu nous as bien mis à l'épreuve, ô Dieu !
Tu nous as passés au creuset, comme l'argent ; . . . i .
Tu nous as fait prendre dans le fliet ;
Tu nous as mis un fardeau sur les mns; -
Tu as laissé chevaucher les gens par-dessus nos tètes;
Nous avons dû traverser et le feu et l'eau — ,i
Mais entin tu nous laisses respirer en liberté. . t Je veux venir à ta maison avec des holocaustes ; |
Je veux m'acquitter envers toi des vœux
Que mes lèvres ont prononcés.
Que ma bouche a formulés dans ma détresse. Je t'offrirai des holocaustes de bétes grasses ;
Avec la fumée des béliers,
J'immolerai taureaux et boucs.
Venez, écoutez, que je vous raconte, ' - •<
A vous tous qui craignez Dieu,
Ce qu'il m'a fait à moi.
C'est lui que de ma bouche j'ai implorr,
Et sa louange est sur ma langue.
2Si dans mon cœur j'avais eu en vue le mal,
Le Seigneur ne m'aurait pas exaucé.
Mais Dieu m'a entendu ; 11 a prêté l'oreille aux accents de ma prière. Béni soit Dieu, qui n'a point rejeté ma prière,
Et qui ne m'a pas refusé sa grâce.
^n a proposé de couper ce psaume en deux, parce que les ^Ire premières strophes s'énoncent en nom collectif, tandis que >îà les deux dernières c'est un individu qui parle. D'autres en ^ conclu que le poète, séparé du reste de la nation, intervient •On tour pour formuler ses vœux et ses souvenirs. Nous estimons, 1 contraire, qu'avec cette division du psaume la première partie
n'aurait pas de lin convenable, el la seconde, privée d'exorde, ne formerait pas un lout intelligible. Le passage du pluriel au singulier ne saurait nous gêner, quand nous voyons si fréquemment la communauté se sentir et se poser comme une individualité.
Quant au fond, il s*agit bien certainement d'un cantique d'actions de grâces, en vue d'une délivrance. Mais ici doivent s'arrêter les conjectures si elles ne veulent pas s'égarer dans le vague. Le malheur passé, quel qu'il ait été, n'est dépeint dans la 4*^ strophe que sous des allégories, et c'est à tort qu'on a substitué au filet un siège ou une forteresse^ pour avoir quelque chose de plus palpable. S'agit-il du retour de Texil ou d'un autre événement politique de moindre importance? Nous ne savons. L'auteur s'est renfermé dans les généralités, comme la plupart des psalmistes qui ont travaillé pour la synagogue. On remarquera que ce morceau est du petit nombre de ceux de ce second livre auxquels les rabbins n'ont pas su ni osé donner une inscription historique, et que, vers la fin, la nation aflirme n'avoir pas démérité de son Dieu. Voyez le commentaire sur le psaume XLIV, pour apprécier la portée de ce fait.
Dans la seconde strophe il y a une antithèse ou comparaison entre les grandes choses de l'histoire ancienne, et la protection visible de Jéhova, dont la génération présente avait été témoin. Le cmcrant passé à pied n'est pas nécessairement celui du Jourdain : nous penserions plutôt à la mer rouge.
(llébr. LXVII. Grec LXVI.)
Que JJieu nous soit propice et nous bénisse !
Qu'il fasse luire sa face sur nous !
Pour (|u'on connaisse tes voies sur la terre,
Ton aide parmi tous les peuples.
Que les nations te glorifient, ô Dieu!
Que les nations te gîorilient toutes !
Que les peuples se rt\j ouïssent avec effusion ; Car tu gouvernes les nations avec équité, Et sur la terre tu diriges les peuples.
Que les nations te glorifient, ô Dieu ! Que les nations te glorifient toutes !
PSAUMK LWIII. 2S]
La terre a donné son pmduit, Dieu, notre Dieu nous bénit.
Dieu nous bénit, Et tous le craignent jusqu'aux extrémités de la terre.
On peut supposer que ce psaume, qui se distingue seulement par sa simplicité liturgique, mais nullement par sa valeur poétique, est proprement l'expression de la gratitude du peuple envers Dieu, en vue de la récolte, soit qu'il ait été composé pour une année extraordinairement fertile, soit que dès l'abord il ait été destiné à la célébration annuelle des bienfaits de la nature. Le pieux Israélite éprouve le besoin d'y associer tous les peuples, tous étant guidés et protégés par la même providence.
(Hébr. LXVIII. Grec LXVIl.)
Que Dieu se lève, Et ses ennemis se dispersent, Et ses adversaires s'enfuient devant lui I Gomme la fumée se dissipe, tu les dissipes ; Comme la cire se fond au feu, 1^8 mécbants périssent en face de Dieu.
Mais les justes se réjouissent, ,..,.,
S'égaient devant Dieu, Et tressaillent de joie et d'allégresse.
Chantez à Dieu !
Psalmodiez à son nom I Ki-ayez-lui le chemin quand son char travei*se les plaines! lah est son nom : acclamez-le !
Le |)ère des orphelins, le défenseur dei* veuves, C'est Dieu dans s;i demeure sacrée.
Dieu donne une famille aux isolés,
11 rend les captifs libres et heureux; Les rebelles seuls demeurent au torride déseH.
Dieu, quand tu marchais à la tète de ton |H:uple, . , En traversant la soUtude, La terre trembla ; Les cieux se fondirent devant Dieu, Le Sinaï même, devant le Dieu d'Israël.
Tu y versas, ù Dieu, une pluie abondante sur les tiens I Tu les restauras lorsqu'ils étaient épuisés.
Ton peuple put y demeurer, Dans ta bonté, ô Dieu, tu la disposas pour les malheureux.
Le Sei^eur donne le signal, £t les messages de victoire arrivent coup sur coup. Les rois en guerre, ils fuient, ils fuient. Et celle qui gardait la maison partage le butin ; Puis, couchées entre les bercails.
Les ailes de la colombe sont couvertes d'argent.
Et ses plumes étincellent d'or.
Le Tout-Puissant a dispersé les i-ois, Et l'éclat de la neige remplace l'obscurité.
Montagnes de Dieu, monts de Bas'an 1 Monts de Bas'an aux cimes élevées!
Pourquoi enviez-vous, cîmes élevées, La montagne que Dieu a choisie pour demeure?
Où l'Éternel veut rester à jamais ?
L'armée de Dieu, des milliers de chars, Le Seigneur avec ses myriades.
Du Sinaï vient au sanctuaire.
Tu montes à la hauteur avec un cortège de captifs. Tu acceptes les dons des hommes, même d^ rebelles,
Pour y demeurer, lah, notre Dieu !
Béni soit le Seigneur, jour après jour !
Qu'on nous opprime — Dieu est notre aide :
Ce Dieu, pour nous un Dieu de délivrance ;
Le Seigneur, l'Éternel, qui sait retirer de la mort.
Oui, Dieu écrasera la tète de ses ennemis.
Le crâne aux cheveux hérissés du scélérat orgueilleux!
Le Seigneur a dit : De Bas'an je te ramènerai,
Je te l'amènerai du fond de la mer,
Pour que ton pied plonge dans le sang, .
Que de tes chiens la langue Ait sa part aussi des ennemis!
On voit ta pix)cession, ô Dieu l La procession do mon roi et Dieu vers le banctliaîjre. i. Les chantres en tète, en arrière les musiciens^ Au milieu^ des jeunes filles battant le tambouriii.
Bénissez Dieu en chœur,
Le Seigneur^ vous tous de la race d'Israël. Là, Benjamin, le petit, marche en avant ;
Les chefs de Juda avec leur troupe, Les chefs de Zebouloun, les chefs de Nefj^ii.
Ton Dieu t'assure la puissance :
0 Dieu! consolide ce que tu as fait pour nous, Du haut de ton temple, qui domine Jérusalenl ! Alors les rois t'apporteront des présents — "
Menace le monstre des roseaux, La cohorte des taureaux avec leurs troupeaux de peuples, Tout ce qui se met en mouvement pour des pièces d'argent. Disperse les nations qui aiment la guerre l —
Alors viendront les nobles de l'Egypte,
Kous' en hâte tendra les mains vers. Dieu. ,
Royaumes de la terre, chantez Dieu !
Psalmodiez au Seigneur ! i
A celui qui trône dans les cîeux éternels,
Qui fait retentir sa voix, sa puissante voix.. Reconnaissez ta puissance de Dieu, Dont la majesté plane sur Israël, ,
Et la puissance au-dessus des nuées. ,
Que tu es redoutable, ô Dieu, , ,
Dieu d'Israël, da^s tes sapc^tuaires ! , .,
C'est lui qui donne la force et la puissance à son |)euplc. Béni soit Dieul . . . . ,.,.^,j
Ce psaume est un des plus célèbres de tdule la fcoUëclion, m-seulement pour ses beautés poétiques, mais surtout pour les ombreuses difficultés qu'on y a trouvées. Ces del^nïêre^i cepen- Liit, ne sont devenues réellement grandes et presque , insuron tables que par suite des préoccupations ou des préjugés L^étiques des traducteurs. Tant qu'on a voulu y voir, soit un lant de victoire de David, soii la glorification 41une guerre îureused'un roi dlsraël postérieur, soit un. cantique tcomposé mr l'installation de l'arche sainte à Sion, soit un poëme célébrant retour de l'exil, soit une prophétie messianiique relative à la *opagatioii de l'Évangile, oh ia dû se hetirter nécessaiirement mire des obstacles qu'on ne ré'assissai'tfei écartèft tfti*aù moyen 5 tours de force exégétiques, les uns plus, téuiëraifés i}ue les lires.
23i PSAUME LXVIII.
Nous n'y voyons rien de tout cela. Nous envisageons celle pièce tout simplement comme un chant religieux destiné à êlre chanté dans les grandes solennités du temple et n'ayant rien de commun, ni avec l'esprit de conquête ou le bruit des balaifle8,ni avec la théologie ou l'histoire du christianisme. Nous reconnaissons que quelques passages sont d'une obscurité exceplionnelle (nous signalons d'avance la fin de la 3^ et celle de la 4" strophe, et un certain nombre de mots d'une signification Irèsdouleuse, par ex.: str. 5, lig. 7; str, 8, lig. 7; ainsi que des allusions, comme str. 6, lig. 6); mais il ne nous semble pas que cela rende impossible Tintelligence de l'ensemble ; le but el le plan du poëme nous paraissent clairs, la versification est digne du sujet et la division des strophes nettement accusée, quoiqw un peu inégale.
La première contient une espèce d'exorde. Le rapport enlre Jéhova et le monde, dont il est le maître suprême, y est pei^*^ d'une manière toute générale. Lesju^les sont les pieux Israélites, les méchants sont les païens, les étrangers. Le sort des uns et des autres ne saurait être douteux. La puissance de Dieu est lelk que ses ennemis ne peuvent lui opposer plus de résistance que I> fumée n'en oppose au vent ou la cire au feu. C'est là une vérité absolue et qui peut être constatée en toute occasion. Pourl^ comprendre nous n'aurons pas besoin d'appeler au secours de l'exégèse, soit la trompette du combat, soit l'arche de Fallia^e-
La môme pensée est encore développée dans la seconde sirote» dans des applications de détail, qui font ressortir les bienfaits 4> gouvernement de Dieu à l'égard do ses fidèles. Ces bienfaits n'ont encore rien de commun avec des préoccupations guerrières. D s'agit de choses bien plus modestes, d'actes de compensation, de redressement, de guérison dans la sphère étroite de la famiUe» après les pertes et les coups que les événements publics font essuyer aux individus. La protection accordée à l'orphelin el àb veuve, le retour des déportés dans la patrie, la délivrance des prisonniers, voilà ce dont le poète remercie Dieu, ou plutôt ce qu'il signale comme preuve de la bienveillance du Dieu d'Isrflâ. La pieuse gratitude de l'homme n'a pas besoin d'attendre te conquêtes pour se pénétrer de bons sentiments envers la Pro«* dence. Cependant ces petits secours du moment sont loujWB une garantie de ce qui peut se faire sur une échelle plus grande — Ce qui est dit de Jéhova traversant le désert nous rappdk
PSAUMK LXVIII. 2ii5
Tan tique poésie disraël, qui regardait le Sinaï coraine la résidence de Dieu (Juges V. 4j. Voyez aussi la strophe suivante.
Après ces généralités, le poëte, par une association d*idées très -familière aux auteurs hébreux, porte ses regards sur l'histoire ancienne de son peuple, et y trouve des preuves plus éclatantes encore de la sollicitude de Jéhova. Il résume cette histoire dans trois tableaux, dont les traits ne sont pas également nets, mais dont Tensemble ne saurait être l'objet d'un doute : le trajet du désert, la conquête de Canaan et la prise de possession de Sion par le Dieu d'Israël (str. 3, 4, 5).
La première de ces trois strophes nous représente le désert avec le mont Sinaï, tremblant sous les coups de l'orage, en présence de l'Éternel, et fournissant au peuple, malgré son affreuse stérihté, une suffisante nourriture par le moyen de la manne et de l'eau du rocher. Cette pluie miraculeuse est poétiquement rapprochée de celle qui avait éclaté le jour de la législation. — La seconde peint la conquête de Canaan, dont l'auteur fait surtout ressortir l'étonnante rapidité. Au point de vue d'un âge éloigné, les événements se raccourcissent : Dieu donne le signal du combat, et la victoire est gagnée ! Le texte parle de imssagères ; ce qui nous rappelle les chants de triomphe mis dans la bouche des femmes (Exode XV et Juges V). Toujours est-il que Y armée des fnessagères (traduction littérale) suppose de nombreuses victoires, et c'est ici l'essentiel. Les rois qui fuient sont ceux de Canaan ; le butin , consistant en objets de luxe , vêtements et bijoux, est rapporté à la maison, où les femmes s'en emparent (Juges V, 30). Nous avons déjà dit que la fin de cette strophe est très-obscure, et le texte pourrait bien être altéré. Nous croyons y voir le tableau de la paisible possession du pays après la conquête, tableau qui n'a de réalité que dans l'imagination d'un siècle beaucoup plus récent, lequel soupire lui-même sous le joug de l'étranger. Les Israélites sont couchés entre leurs bercails, leur principale occupation est encore l'élève des bestiaux ; ils n'ont pas besoin de travailler durement, et leurs femmes brillent, affublées des riches dépouilles des vaincus ; elles ressemblent à des colombes dont les plumes reflètent les rayons du soleil. Quant au dernier distique, nous désespérons d'en trouver le sens, et nous eh avons donné une traduction fort sujette à caution.
Enfin, le troisième tableau (str. 5) nous représente le dernier acte de l'épopée sacrée d'Israël, le choix que Jéhova fait de Sion
pour sa demeure. Ici la poésie du psaume arrive à son apogée, dans deux prosopopées. D'abord elle met en présence les gigantesques montagnes du Bas'an (le Hermon et ses crêtes neigeuses) et les humbles collines de Jérusalem. Celles-ci obtiennent un privilège qui excite Tenvie de ces montagnes de Dieu, c'est-à-dire de ces rois d'entre les sommets connus (Jon. III, 3). Puis nous voyons Dieu, entouré de toute Tarmée de ses anges, quitter sa résidence d'autrefois, pour venir s'installer à Sion; cette armée est naturellement représentée comme une innombrable troupe en chars de guerre. L'original porte proprement : Le Sinaï (lui-môme) vient au sanctuaire. Cette hardiesse de l'expression a dû être mitigée dans la traduction ; elle aurait pu être effacée par une légère modification du texte. En contemplant dans son extase ce spectacle grandiose, le poëte s'adresse directement à Dieu. Les hauts faits qui font la gloire de l'époque de cette intronisation, du règne de David, lui suggèrent la mention des nombreux j)euples soumis alors au sceptre de ce roi et lui font présager pour l'avenir (str. 6) une soumission analogue des païens.
C'est à partir de la 6" strophe enfin que le poëte se place au point de vue de Tactualité historique. Nous remarquons aussitôt qu*il a sous les yeux une situation malheureuse, de laquelle Israël ne se retirera pas à coups d'épée, mais par la foi et la constance religieuse. La tournure poétique de la pensée se fait surtout sentir en ce que le tableau de la triste réalité est introduit par une doxologie qui semble annoncer tout le contraire. L'espérance se formule ensuite avec une grande énergie et se plaît à des images guerrières, qu'on aurait bien tort de prendre pour des reflets de faits contemporains. C'est Dieu qui se chargera des victoires à remporter sur ses ennemis, qu'Israël ne sait plus combattre que par des imprécations. Le crdne (vnx cheveux hérissés est peut-être un portrait historique, celui d'un conquérant ou tyran particulier ; peut-être n'est-ce qu'une ligure de convention. L'espoir de voir crouler l'empire étranger sous le joug duquel Israël gémit, se fonde sur les prophéties qui promettaient le retour de tous les juifs dispersés, tant du côté du Bas'an, c'est-àdire au nord et à l'est, que du côté de la mer, soit au sud et à l'ouest, ain^ii dans toutes les parties du monde. Israël reviendra en masse et écrasera ainsi les ennemis, dont les cadavres deviendront la proie des chiens. Ce ne sera pas le résultat d'un effort spontané de la nation, mais l'œuvre de Dieu seul, dont le peuple
ne sait plus que soupirer, espérer el croire. Nous sommes à sept siècles de David.
La strophe suivante peint une scène plus concrète et matériellement présente aux yeux de l'auteur. La ruine des oppresseurs d'Israël appartient à l'avenir : le moment actuel est consacré aux cérémonies du culte, qui atteste la foi de la population. Une procession solennelle s'achemine vers le temple : Dieu lui-môme est au milieu de son peuple. Elle se compose de troupes ou députations de toutes les tribus qui avaient leur centre religieux à Jérusalem. Ce sont celles de Tancien royaume de Juda (Juda et Benjamin) et celles de la Galilée qui , après l'époque d'Esdras, s'étaient ralliées au même temple (comp. Matth. IV, 13). Les tribus du milieu (les Samaritains) restèrent étrangères à ce sanctuaire. Cette nomenclature , autrement inintelligible, servira encore à déterminer l'époque du psaume.
A l'occasion de cette cérémonie, la prière se place naturellement dans la bouche du poëte. Pénétré de la certitude de l'accomplissement des prophéties, il se tourne avec confiance vers l'avenir. Si, ce dont il n'y a pas lieu de douter, Dieu reste avec son peuple, le temps viendra où la gloire de son temple sera reconnue par le monde entier. Cette perspective, énoncée au commencement et à la fin de la 8*" strophe, est interrompue, comme dans une espèce de parenthèse, par un regard jeté, en passant, sur la situation présente. Israël est assailli des deux côtés par des peuples qui aiment la guerre. En s'exprimant ainsi, l'auteur dit assez claire* ment qu'Israël ne l'aime point, et ce n'est certes pas un conquérant de la taille de David qui parlerait ainsi. Il s'agit de peuples qui se disputent la possession de Canaan, et sous les chocs réitérés desquels Israël souffre cruellement. C'est d'un côté le ^monstre des roseaux, le crocodile, symbole de l'Egypte (Es. XXVII, 1. Éz. XXIX^ 3), de l'autre, la cohorte des taureavji, symbole de la puissance maîtresse des Alpes du Liban et des plaines de la Mésopotamie ; ce sont, en un mot, les deux empires des Ptolémées et des.Séleucides, qui combattenX, non avec des armé(»s nationales, mais des mercenaires qui n'ont d'autre but que la rapine. Le psaume a été écrit du temps des guerres d'Anliochus III et de ses t|]i9 ppfitre les rois macédoniens de. l'Egypte.
I^a. dernière strophe arrondit dignement cette belle poésie par Uf)e,do3^plogie à la fois simple et énergique.
(Hébr. LXIX. Grec. LXVIII.)
Sauve-moi, Dieu ! les flots menacent ma vie ; Je suis enfoncé dans un gouffre fangeux. Et ne trouve plus où mettre le pied.
Je suis plongé au fond des eaux, Tonde me submerge.
Je m'épuise à crier, mon gosier est en feu;
Mes yeux s'éteignent, dans l'attente de mon Dieu.
Plus nombreux que les cheveux de ma tête Sont ceux qui me haïssent sans raison.
Ils sont puissants, ceux qui veulent ma ruine. Mes ennemis menteurs.
Ce que je n'ai point ravi
Je dois maintenant le rendre.
0 Dieu, tu connais mes erreurs.
Et mes fautes ne te sont point cachées.
Qu'ils ne soient pas confondus à cause de moi,
Ceux qui espèrent en toi. Seigneur des astres I
Qu'à cause de moi ils ne soient pas couverts de honte. Ceux qui te cherchent. Dieu d'Israël!
Car c'est pour toi que je supporte l'opprobre.
Que l'ignominie couvre ma face.
Je suis devenu un étranger pour mes frères.
Pour les fils de ma mère un inconnu.
Car le zèle pour ta maison m'a dévoré.
Et l'outrage de tes détracteurs toml)e .sur moi.
Si je pleure et que mon Ame jeûne.
On en fait pour moi un sujet de honte;
Si je prends le cilice pour vêtement.
Je deviens l'objet de leurs railleries.
Ils jasent de moi, assis à la porte; Je suis la chanson des buveurs.
Mais moi, je t'adresse ma prière,
Éternel, au moment propice !
Dieu, dans la grandeur de ta grâce,
Kxauce-moi, assure-moi ton secours !
Retire-moi du bourbier, que je ne m'enfonce point,
Que je sois sauvé de mes ennemis
Et des profondeurs de Teau î Ne me laisse pas submerger par les ondes;
Que l'abime ne m'engloutisse pas,
Que la fosse ne ferme pas sa bouche sur moi !
Exauce-moi, Ëternel, car ta grâce est si excellente,
Selon ta grande miséricorde, tourne-toi Vers moi î
Ne cache point ta face devant ton serviteur !
Puisque je suis dans l'angoisse, hàte-toi de m'exaucer!
Approche-toi î Racliète ma vie !
Délivre-moi, à cause de mes ennemis !
Toi, tu connais mon opprobre, ma honte et mon ignominie ;
Mes adversaires sont tous devant toi.
L'opprobre m'a brisé le cœur et je languis ;
J'attends en vain qu'on ait pitié de moi.
Et des consolateurs, je n'en trouve point. Pour nourriture on me donne des herbes amères,
Et quand j'ai soif on m'abreuve de vinaigre.
Que leur table doienne un piège pour eux.
Un lacet pour leur sécurité!
Que leurs yeux s'obscurcissent et ne voient plus !
Et fais chanceler leurs reins incessamment ! Verse sur eux ta colère,
Et que le feu de ton courroux les atteigne ! Que leur demeure soit dévastée !
Qu'il n'y ait point d'habitant dans leurs tentes!
Car ils persécutent celui que tu as frappé.
Et de la douleur de tes blessés ils s'entretiennent.
Donne-leur la peine de la peine qu'ils donnent. Et ne leur laisse pas gagner leur cause !
Qu'ils soient effacés du livre de la vie.
Que parmi les justes ils ne soient point inscrits !
Mais moi, affligé et souffrant.
Que ton secours, ô Dieu, me relève!
Puissé-je louer le nom de Dieu dans mes canti({ues,
L'exalter dans des chants de louange, Qui plaisent à l'Étemel mieux qu'un bœuf,
Qu'un taureau à ongles et cornes.
Les affligés, en le voyant, se réjouiront;
Vous qui cherchez Dieu, que votre courage se ranime! Car TÉternel exaucx; les malheureux.
Et ses captifs, il ne les néglige point !
Que le ciel et la terre le glorifient,
Les mers et tout c^ qui s'y meut!
Car l'Éternel fera triompher Sion,
n rebâtira les villes de Juda,
Pour qu'ils les occupent et y demeurent. La l'ace de ses serviteurs les possédera.
Et ceux qui aiment son nom y feront leur demeure.
Le poète décrit une situation triste et malheureuse, soilU sienne individuellement, soil, en nom collectif , celle de son peuple. (Cette dernière interprétation peut se prévaloir : V des passages où le pluriel remplace directement le singulier, str. 11, Kg. 2; str. 14 ; 2** de ceux où il est insinué que d'autres se trouvent dans une position analogue, str. 3, 13 : enfin 3** de ceux où la description des adversaires rend plus probable la pluralité de ceux qui souffrent, str. 2, 5, 10). Il demande avec instance le secours ic Dieu et la ruine de ses ennemis.
En débutant, il compare sa situation à celle d'un homme qui esl on danger de se noyer. On voit par ce qui suit (sir. 2) qu'il» faut pas prendre cela à la lettre et qu'on n'a pas précisémenl besoin de songer à Jérémie dans la citerne. Il est question d'cnn^ mis puissants et injustes, et ce n'est pas un roi généralement j victorieux qui parle, ni un peuple dans la plénitude de sa force, mais un malheureux aux abois, victime d'une puissante intrigue, ou plutôt une nation qui n'a plus d'armes que la prière. Cette nation est paisible et ne demande qu'à le rester. Elle n'a rien ravi aux autres et se récrie contre la prétention de ceux-ci, qu'elk doive faire des restitutions. Les temps des guerres de conquêl* sont donc bien éloignés, il n'en reste pas même le souvenir.
Le malheur dont on se plaint n'est point mérité. On souffre pour Dieu (str. 4). C'est parce qu'on le craint et qu'on l'adoie qu'on est l'objet des rancunes étrangères. Dieu ne doit donc pi» permettre qu'on souflre toujours et impunément (str. 3). Il J* eu des fautes commises, on n'est pas sans avoir manqué i Jéliova : on ne veut pas le nier, puisqu'il le sait pourtant Mais il sail aussi que les souffrances actuelles ont une autre cause
PSAUMR LXIX. 241
et il est intéressé à ce que ses fidèles ne soient pas amenés à croire quils n'ont plus de soutien au ciel.
Dans sa propre nation le fidèle trouve, si ce n'est des ennemis, du moins des indifférents (str. 4) qui lui tournent le dos. Ce qui le perd, c'est précisément son zèle enthousiaste pour Dieu qui fait de lui l'objet de l'attention publique et de la critique. Il y a donc parmi les Israélites deux catégories d'hommes, les uns fermement attachés au culte national et souffrant pour cette raison, les autres se moquant de ce martyre gratuit. Vivant selon leurs désirs et s'accommodant du monde comme il est, ils trouvent ridicule et même blâmable qu'on choisisse un genre de vie différent et incommode. La ô** strophe peut se rapporter soit à de pareils hommes, soit aux païens eux-mêmes.
Les str. 6 et suiv. contiennent une pressante demande de secours. On y retrouve en partie les images du commencement, en partie d'autres absolument analogues pour le fond de la oensée. Le bourbier et les flots sont remplacés par la maladie, ?t plus loin par une nourriture désagréable et malsaine. Entre eux qui infligent ces souffrances, et ceux qui les endurent, Dieu oit juger, il connaît les uns et les autres (str. 9).
Viennent les imprécations contre les auteurs de ces maux
IrT. 10 et suiv.), et la demande de leur châtiment. Ici encore
c3ée générale est exprimée par une série d'images plus ou moins
■mues. La table (Ps. XXEŒ, 5) est le symbole de la jouissance et
bonheur, lepiéffe elle laceise mettent pour l'occasion ou la cause
malheur. Plus loin la punition est représentée sous l'image de
cécité et de la paralysie, c'est-à-dire d'un état où l'homme ne
ut plus se défendre. Dans le Z" distique de la IT strophe il y a
5 espèce de jeu de mots, le terme hébreu s'employant à la fois
\T le péché et la punition ; en mettant dans la traduction le mot
'^, nous avons essayé de conserver autant que possible la
nure de l'original. Généralement cependant on traduit : Fais
orle qu'ils ajoutent péché sur péché. Dans la ligne suivante,
'. texte dit littéralement: qu'ils n'arrivent pas à la justice,
justice de Dieu qui doit leur être refusée, c'est l'arrêt d'abso-
ou de non-culpabilité, qu'ils obtiennent malheureusement
ustice humaine.
>saume, vers la fin (str. 12 et suiv.), se tourne vers l'espél'un meilleur avenir. Les vœux qu'il formule se changent blement en certitude, et cette transition, souvent effacée
T. — 5* part Ifi
dans la traduction, est très*bien flocusée dans l'original par les formes des verbes. Cette fin, d'ailleurs, doit convaincre le lecteur que c'est la nation qui parle et qu'il ne s*agit pas de la destinée d'un individu.
Les villes deJuda, qui ont besoin d'être rebâties, Dieu aidant, ne plaident pas en faveur de l'époque de David et de la persécution de Saiil ! !
(Hébr. LXX. Grec LXIX.) Voyez notre n" 42.
(Hébr. LXXI. Grec LXX.)
C'est vers toi, Éternel, que je me réfufçie :
Puissé-je n'être jamais confondu I Dans ta justice délivre-moi, sauve-moi I
Incline vers moi ton oreille, et viens à mon aide! Sois pour moi un rocher de retraite
Où je puisse venir à tout instant; '
Tu as bien déclaré vouloir me sauver,
bar ma roche et ma citadelle, c'est toi I
Mon Dieu, délivre- moi de la main de l'impie, De la griffe du scélérat et de l'oppresseur !
Car toi tu es mon espoir, Seigneur Étemel! Mon refuge, depuis ma jeunesse.
C'est sur toi que je m'appuie dès ma naissance, Dès le sein de ma mère tu es mon bienfaiteur :
C'est à toi, sans cesse, que s'adressent mes louanges.
Pour beaucoup d'hommes j'ai été comme un mon.stre;
Mais toi, tu es ma forte retraite.
Que ma bouche soit pleine de ta louange,
Que chaque jour elle te glorifie!
Ne me rejette pas au temps de ma vieillesse !
Quand je suis à bout de force, ne m'abandonne point f
Car mes ennemis parient de moi> . -^ <m
Ceux qui guettent ma vie complotent ensemble. . : ; , , ., > vim i.i
Ils disent: Dieu Ta abandonné; . ,
Poursuivez, saisissez-le : nul ne le sauvera ! . . I
0 Dieu, ne reste pas éloigné de moi ! ;
Mon Dieu, accours à mon aide 1
Qu'ils soient confondus, qu'ils périssent, : ' i
Ceux qui en veulent à ma vie! *'" '' ' ' " '
Qu'ils soient couverts d'opprobre et de honte,
Ceux qui cherchent ma ruine 1
Et moi, j'espérerai sans cesse.
Je continuerai à te glorifier.
Ma bouche redira ta justice.
Ton aide tous les jours, Car je n'en sais point la mesure.
Je me présenterai avec les hauts faits du Seigneur laheweh ;
Je célébrerai ta justice à toi seul.
0 Dieu, tu m'as instruit dès ma jeunesse. Et jusqu'à ce jour je proclame tes merveilles. Jusqu'à ma blanche vieillesse aussi, 0 Dieu, ne me délaisse point I Que je puisse vanter tes exploits à un autre nge, ' i
A tous ceux qui viendront exalter ta puissance I I
Ta justice, ô Dieu, est suprême:
Tu as fait de grandes, choses. ,
0 Dieu, qui est ton pareil?
Tu nous as fait voir des calamités nombreuses et terribles,
Tu nous rendras aussi la vie.
Tu nous feras remonter des abîmes de la terre.
Tu accroîtras ma grandeur.
Tu reviendras pour me consoler.
Aussi te célébrerai-je sur les cordes de ma lyre,
Pour ta fidélité, à mon Dieu I Je te psalmodierai sur la harpe, saint d'Israël ! Mes lèvres tressailleront quand je te chanterai, Ainsi que mon âme que tu auras rachetée. Ma langue aussi tous les jours proclamera ta justice, Quand ils rougiront, ceux qui cherchent ma ruine.
La pensée de ce psaume est trop claire pour que nous ayons ioin de nous y arrêter. Il est d'autant plus hors de jjropos d'en
244 psAiniE Lxxii.
chercher TexplicalioD dans l'histoire de David, que les rabbins eux-mêmes n'oul pas osé y rattacher le nom de ce roi. C'est le peuple entier qui parle» comme la 6* strophe le fait voir clairement. Il fait un tablean de sa misère sous la domination païenne (str. 2) et demande à grands cris d'en être délivré. La prière toùrùe insensiblement à Tespérance, parce qu'elle se fond sur rhisloire antérieure. La prosopopée si fréquente, qui représente Israël sous la figure d*un individu, amène naturellement les images de la naissance, de la jeunesse et de la vieillesse (str. 2, 3, 5). La justice de Dieu est invoquée par ce motif qu*il ne saurait refuser son assistance à une nation si fidèle.
f^ant à des difficultés de détail, il n'y en a point. L'expression de monstre (str. 3) rend l'idée d'un objet qui provoque à la fois la curiosité et le dégoût, et rappelle ainsi l'état abject où le peuple se trouve. Au lieu de la mesure (str. 5, lig. 4), le texte dit proprement les nombres, c'est-à-dire les preuves fréquentes et réitérées de la justice et de la protection de Dieu. U s'agit là du passé consi —
déré comme gage de l'avenir, lequel en fournira d'autres preuves
atec lesquelles le poëte veut ^^ présenter, c'est^à'-dire qu'il prome&s=: de célébrer à leur tour.
Ce morceau a peu d'originalité. Il y a des distiques entiei copiés sur des psaumes plus anciens. Comp. les y, 1-3 avec commencement du Ps. XXX^L II y a aussi des emprpi^ts faits Ps. XXXV^par ex. la fin, et les dernière^ lignes de la 4^sl,n)pl — -i^i On est même tenté de corriger le texte du 3* verset (seooi moitié de la première strophe), d'après le texte correspondant Ps. XXXI.
(Hébr. LXXII. Grec LXXI.)
. 0 Dieu I Prête tes jugements au Roi, Et au fils du Roi ta justice !
Qu'il gouverne son peuple avec équité.
Et tes humhles serviteurs selon le droit!
.;. Que .le3 montagnes et les; coteaux poilent .... ... i...... ,. /
.. ,. i.Le bonheur au peuple, par la justice! ,, , Qu'il ,fa9se droit aux plus humbles du peuple, ^ . . Qu'H prête assistance aux enfants du pçiuvre, Et qu'il écrase l'oppresseur !
Puisse-t-H>n te craindre tant que dure le soleil,
Tant que luit la lune, d'âge en âge! i - u
Ûu*il soit pareil à la pluie tombant sur le pré fauché, ' '''' '
A l'ondée abondante qui arrose la terre!
,ii
Que BOUS son règne le juste fleurisse, ,i^
Que le bonheur abonde jusqu'à ce que la lune n'exjstç plv^s !
Que son empire s'étende d'une mer à l'autre, - i> f I
Et depuis le fleuve jusqu'aux extrémités de là terrie ! ,
Que devant lui se prosternent le^ sauvages du désert, ' . .;i Que ses ennemis lèchent la poussière ! ; • .i '
Que les rois de Tars'is' et des Iles lui apportent leurs of!'i:aAdeal Que les rois de S'ebâ et de Sebâ lui présentent leurs tip^Hs !
Que tous les rois s'inclinent devant lui,
Que tous les peuples lui soient sujets!
Car il secourra le pauvre qui l'implore. Le misérable qui n'a point d'aide,
11 aura pitié du petit et de l'indigent,
Des malheureux il protégera la vie.
Contre l'oppression et la violence il la garantira : Leur sang sera précieux à ses yeux.
Il ■
Qu'ils vivent pour lui donner de l'or de S'ebâ !
Qu'ils prient pour lui sans cesse, ' i.j •
Que tous les jours ils le bénissent ! " " J " •
Qu^il y ait du blé à foison dans le pay^, sûr les hàufcfeiA-^/ <''
Que lés épis bruissent comme le feuillag>e dà Liban^ •'! I- • nO
Et que les villes fleurissent comme l'herbe duiâoll. «;]!( ni
. / / / - * I Que son nom reste à jamais !
Qu'il croisse tant que luira le soleil !
Que l'on se souhaite sa bénédiction !
Que tous les peuples le félicitent !
Ce psaume est évidemment composé en vue de Tavénemeint d'un ^ fils d'un roi précédent. L'auteur formule des vœux et des
Gérances naturelles à une pareille occasion, et désire ou prévoit règne heureux et brillant.
-Au point de vue poétique, cette pièce n'a pas une trop gtànde
l«ur ; elle n'a aucun caractère d'originalité ; elle nie se distingue par la richesse des images, ni par l'énergie de la dîctiotf i ' Les
Miniers vers répètent les mots de pauvres^ à^u^lés, de
'Mti PSAUME LXXII.
JtisHce, etc., avec une froide monotonie; l'hyperbote- de la y strophe est textuellement reproduite dans la denïière ; la 8* n'est que la reprise, sous une autre forme, de la première. Il y a même déis phtases d'emprunt dans un poëme si courl après tout: ainai le second distique de la 4* strophe appartient à Zacharie(IX, 10); d^atitreâ réminiscences se trouvent aux str. 3, dîst. 2 ; str. 6, dist. 1*; str. 7, lig. 6, comparées avec Job V, 25 ; XXIX, 12, 23.
Du reste, aucune difficulté philologique n'arrôte fe lecteur. Str. 2; le bonheur est comparé à Therbe qui croît sur leà montagnes, pour dire qu'il sera universel, et en abondance pour tout le monde ; str. 3, le gouvernement paternel du roi est comparé è la pluie qui féconde la terre pour faire pousser la végétation ; str. 7, les habitants des villes sont comparés, pour lô nombre, aux brins d'herbe qui font verdoyer le sol, et les épis aux fetdUes dès vastes forêts du Liban que le vent fait bnrire doucement. Nous avons dû effacer en partie les métaphores de ces phrases, le texte disant proprement : que son fruit (celui du pays) bruisse..'.. et que des villes ils (les hommes) éclosent, etc.
Il s'agit de savoir si le texte est assez explicite pour permettre de déterminer le nom du roi que le poëte a eu en vuel
Les anciens juifs songeaient à Salomon. La circonstance qu'il est parié d'un fils de roi excluait David, et la mention d*tfn empire étendu au loin (âtr. 4 et 5) écailait les rois de Juda,''à moins ^ (iû'rih' ne voulût admettre xxtîe exagérattoii àdùtéttice ' dépasdant^ toute mesure. L'inscription nomme Salomon même comme' fifuteur^ et il serait possible que ceux qui l'y ont mise aient cru ■ qti^l ei'-i ' lui-même composé une espèce de prière liturgique pour sa ftte^ D'autres pensent que, contrairement à l'usage, on pourrait bi< traduire cette inscription au datif : A Salomon. Quoi qu'il en soil il est assez singulier que la base théocratique de la royauté Salomon, son caractère israélite, ne soit mentionné nulle pai D'ailleurs, le caractère poétique du psaume ne favorise nuUeme l'hypothèse d'une si haute antiquité.
Aussi les interprètes chrétiens ont-ils, pour la plupart, ahw n donné cette interprétation pour substituer le Messie' à Sâlomcisff. Mais alors, comment se fait-il qu'aucun ap0tlre,pasm6!toel*aul^5fB/ de l'Apocalypse, ne l'ait appliqué à Jésus, que JéhjQva iÇie^ so/? pas nommé une seule fois, que la nature spirituf^Ue dui rpyapioe de Christ, le côté moral et religieux de son gouvernement, ne sa// pas mentionné du tout, qu'il ne soit question que d'une puissance
PSAUME LXXII. *i^
mondaine et politique, d'une prospérité toute inatérielle, enfin que partout reviennent les pauvres et Içs opprimés? Op remarquera aussi que dans la 7* strophe les hommes sont invités à prier pau4* le roi. Cette interprétation messiai^ique ne paraît dQuc pas non plus se recommander par des avantages incontestahle3r
Revenons donc à notre texte. Nous demanderons où étaient chez les Israélites, après Salomon, ou plutôt après répoq\ie .des livres de Job et de Zacharie, les rois auxquels mêipe le plus ^BXià flatteur pouvait promettre les tributs de S'ebâ (Xémen) et de Sebâ (Ethiopie), l'obéissance des habitants du désert (Arabie), rassuji^ttissement des îles (Chypre et Crète), et des colonies lointaines de Tars'îs' (Occident)? Le roi en question étend, sa domination aux deux mers (rouge et méditerxanée), Tui^e des frontières de son empire est le fleuve (l'Euphrate), l'autre est tellement éloign,ée qiue l'auteur ne sait pas même la nommer. Un. pareil roi ,« pour autant qu'il s'agit d'un personnage historique, ne peut avoir été que l'un des premiers successeurs du fondateur de la dynastie des Lagides, qui possédaient, au 3*" siècle avant noire ère, TÉgypte, la libye, l'Arabie, Chypre, plusieurs îles de l'Archipel, la Cyrénaïqùe et surtout la Palestine, et qui étaient ainsi les souverains des. Juife. Ceux-ci, leurs humbles sujets, étaient fort heureux d'avoir epieux des protecteurs. Ils apparaissent ici, comme génér^lemei^t dans les psaumes, non comme un peuple guerrier ^t viçtoriçjax ,, .piç^is
. comme une nation malheureuse, qui a perdi,i spp indép.en^ance ^ . qui, est contente d'être gouvernée avec Justice, même
' quelquefois avec faveur. Ptolémée II surtout le^ jÇayorisail ^^u point de dépenser des millions pour racheter des Juifs captifs, et •esclaves. On a o^ecté, contre l'application du psaume à uu rpi égyptien, qu'en Egypte le blé ne croît pas sur les montagnes (sir.. 7), et qu'il n'y tombe pas de pluie (sir. 3). Maiç qu^ d^ra doiDC que le poêle ne songe pas ici à sa patrie ?
Béni 6oit rÉternety Dieu, le Dieu d'Israël, qui ^eul.fait dq ^^Vfindes «lerveiUesI Béni soit à jamais son nom glorieux! Que lo^ite la, (erre aoilt remplie de ^ gloire ! Amen ! Amen I , , .
Sur celle doxologie finale du second livré," voVez la dernière 'hôte du I^s. XL! et rintroduclion générale. "'^
248 PSAUMK LXXUI.