I • I II • I
lui, qui est miséricordieux,
Qui pardonne au coupable et ne veut |)oint le perdre, aintes fois il retint sa colère
Et ne donna point essor à toute sa fureur, se rappela qu'ils étaient mortels, " ' '
Un souflle qui s'en va et ne revient plus*, ie de fois ils se révoltèrent au désert.
Et l'affligèrent dans le pays dés landes!' ' "!• ""' ssamment ils provoquaient Dieu, ' i i
Et irritaient le saint dTsraéï. "' ''''""■
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» ne se souvinrent plus de sa puissainçe»: i i i
Du jour où il les avait délivrés de l-enœiiii^ u ,. il. 1 il avait fait voir ses miracles en Egypte, ,,., . . \
Ses prodiges dans les champs de Çioan..j . i, , ;,t > »mme il changea leurs fleuves en sang,,,. . ;. ... ji
Leurs ruisseaux, qu'ils ne pureut phjis ))Qii;^],, <,) | >nime il lâcha contre eux le taon qui Jes (|évoi:aÂv, j
La grenouille qui les désolait; : . . t;, .1 ;
>mme il livra leur récolte à la sauterelle,, ..,, .,..,•
Le fruit de leurs peines à ses essaims^ >. ,.,.,..,, i fit périr leurs vignes par la gré|e, ..^ .,,.,j i|
Leurs sycomores par les glaçons;* ., t., .,... ., t livra aux grêlons leur bétail, ... ,,, . |
Leurs troupeaux aux coups de foudre.
262 PSAUME LXXVIIl.
Il lança contre eux le feu de sa colère,
Fureur, rage et détresse,
Toute une armée d'anges de malheur.
11 donna carrière à son courroux,
Ne refusa pas leur âme à la mort.
Et livra leur vie à la peste.
11 frappa tous les premiers-nés d'Egypte,
Les prémices de la virilité dans les tentes de Hain. Puis il fit partir son peuple comme des brebis,
Le conduisit comme un troupeau par le désert, Les mena en sûreté, sans qu'ils fussent inquiétés.
Et b mer recouvrit leurs ennemis.
IL les fit arriver à son saint territoire,
A la montagne que sa droite conquit.
Il chassa devant eux les nations,
Les répartit par le sort en lots de propriété.
Et fit demeurer sous leurs tentes les tribus d'Ismël.
Mais ils provoquèrent par leurs révoltes le Dieu Très-Haut, Et ne gardèrent point ses commandements.
ils reculèrent et furent infidèles comme leurs pères. Ils se relâchèrent comme un arc trompeur.
Ils l'irritèrent par leurs hauts-lieux, . j Et par leurs idoles ils excitèrent sa jalousie.
Dieu l'entendit et s'irrita.
Et prit Israël en grande aversion.
Il abandonna le tabernacle de S'ilo,
La tente dont il avait fait sa demeure parmi les hoinoies» 11 laissa aller sa puissance en captivité.
Et abandonna sa gloire aux mains de l'onneoii. Il livra son peuple à l'épée,
Et s'irrita contre son héritage.
Le feu dévora ses jeunes gens.
Et (le chants nuptiaux ses vierges furent privées. Ses prêtres tombèrent par le glaive.
Et ses veuves ne pleurèrent point.
Alors comme d'un sommeil le Seigneur se i^veilla, Comme un guerrier criant dans l'ivresse :
11 frappa ses ennemis et les fit reculer. Et les chai'gea d'une honte éternelle.
11 prit en aversion la tente de Joseph, Et n'élut point la tribu d'Éphraïm.
Il élut la tribu de Juda^
La montagne de Sion qu'il aimait.
11 édifia son sanctuaire haut comme le ciel,
Il le fonda, comme la terre, à tout jamais. 11 choisit David son sei-viteur,
Et l'enleva des bercails du troupeau.
Il remmena d'auprès les brebis,
Pour paître Jacob son peuple,
Et Israël son héritage.
Et il fut leur berger dans la droiture de son cœur.
Et d'une main prudente il les guida.
C'est ici le premier exemple de ces poésies historiques qui résument, avec plus ou moins d'élégance, ce qu'on pourrait appeler l'histoire sainte d'Israël, surtout les récils, mosaïques, pour en tirer des enseignements au profit de la génération présente. Ici on découvre facilement que le but spécial de l'auteur est de présenter à ses contemporains la conduite de leurs pères et les châtiments qu'ils encoururent, comme un salutaire avertissement capable de prévenir le retour de l'une et dies au tries.
Il ne faut pas s*imagîner que ces pièces soient nécessairement dues à l'époque où s'arrête le résumé qu'elles font dfe l'histoire. Le cadre de celle-ci est invariablement donné : là sortie de l'Egypte, le trajet du désert, la conquête de C^na^n, la.fqndation du temple. Encore ces deux derniers point? |Sont-ilgi en général moins l'objet de la peinture poétique que le^,dçux. premiers. Quelquefois les auteurs remontent jusqu'aux patriarches, mais jamais ils ne nomment Salomon. Dans le cas présent on aurait bien tort d'attribuer la composition du psaume à un contemporain de David. On voit bien que la période des Juges est déjà ïoin des souvenirs précis de cette génération et colorée des couleurs de la perspective traditionnelle. 11 est même question des hauis-lieux comme ayant été la cause des malheurs du peuple, bien qu'il soit constaté que ces endroits servaient au culte, concurremment avec le temple, bien au delà des temps de David, sans être regardés comme illégaux. Enfin il est question de ce.te;nple de manière à faire voir que c'est l'imagination qui fait des frais du tableau. Toutes ces considérations confirment la supposition bien naturelle que les psaumes de cette classe datent d'un siècle où la lecture régulière du Pentaleuque dans les synagogues familia-
risait le public avec Thistoire ; autrement les allusions, dans beaucoup de cas» seraient restées inintelligibles.
L'histoire, d'ailleurs, n'est pas] reproduite ici dans son ordre naturel, parce que ce n'est pas elle que l'auteur voulait faire connaître. Après l'exorde il est tout de suite question de la loi du Sinaï, comme devant faire la règle en Israël. Ce début est parfaitement justifié, parce que le but du psaume est de faire voir que tous les malheurs de la nation sont arrivés parce que cette règle n'a pas été observée. A l'endroit où l'auteur passe de l'avertissement aux souvenirs (3° alinéa, v. 9), il y a une phrase tellement obscure que certains commentateurs ont même voulu l'éliminer du texte comme une glose étrangère. Qu'estrce que nous veulent ces fils d*Éphraïm, ces archers qui ont tourné le dos au jour du combat ? Est-ce une allusion à quelque événement militaire contemporain? Éphraïm serait-il ici, contre toute analogie» mis à la place d'Israël, de la nation entière? Nous pensons que l'auteur, vivant à une grande dislance des faits qu'il a en vue, met ici sur le compte des Israélites du royaume des dix tribus, ce qui, à vrai dire, avait été la faute commune de tous. Plus loin (v. 60, 67), il revient deux fois encore à cette manière de voir, en insistant sur la préférence accordée à Juda et à Jérusalem sur Éphraïm et S'ilo. Alors la phrase : tourner le dos dans le combat, doit nécessairement être prise dans un sens figuré et moral. L'avènement de David, par lequel le psaume se termine, est présenté comme la conséquence du rejet d'Éphraïm. L'histoire est poétiquement façonnée en conséquence.
C'est par la transition de ce qu'ont fait les fils à ce qu'avaient fait et vu les pères que l'auteur arrive enfin à son sujet (v. 12 suiv.) : il rappelle une première série de miracles, ceux de la Mer rouge, de la nuée conductrice, et de l'eau du rocher. Gesmiracles, au lieu de satisfaire la nation ingrate, lui suggérèrent seulement la demande impérieuse de nouvelles manifestations de la grâce de Dieu. Survinrent les cailles et la manne, et le châtiment infligea une convoitise désordonnée. Après cette digression pleine de vivacité, le psaume rentre dans les généralités : mauvaises dispositions du peuple, patience de Jéhova. Puis, pour mieux faire ressortir l'ingratitude d'Israël, le poète reprend 3on récit de plus haut et en vient à la description des plaies d'Egypte, dont le tableau se termine par la mention très-rapide de la conquête. L'avantderuière strophe fait allusion à l'état religieux du t-emps des juges
el surtout à la catastrophe du temps du prêtre Éli, pour faire briller d'un éclat d'autant plus grand le retour de la fortune avec David, l'élu de Jéhova.
(Hébr. LXXIX. Grec LXXVIII.)
0 Dieu ! les païens sont entrés dans ton patrimoine ; Us ont profané ton saint temple, Ils ont fait de Jérusalem un tas de ruines.
Ils ont donné les cadavres de tes serviteurs En pâture aux oiseaux du ciel, La chair de tes fidèles aux bêtes sauvajjes.
Ils ont versé leur sang comme de l'eau autour de Jérusalem, Et personne ne leur donnait la sépulture.
Nous sommes en opprobre à nos voisins,
La risée et la raillerie de ceux qui nous entourent. Jusqu'à quand, ô Éternel, seras-tu toujours irrité?
Ta jalousie nous consumera-t-elle comme un feu? Déverse ta fureur sur les peuples qui ne te connaissent pas,
Sur les empires qui n'invoquent point ton nom ! Car ifs ont dévoré Jacob, ' ' ' '
Ils ont ravagé sa demeure. i- ! 0
Ne nous garde pas le souvenir des pé(iiés de nos pères,! . , i Puissent tes compassions nous arriver sans retai*d, j Car nous sommes bien malheureux !
Aide-nous, Dieu notre sauveur, pour l'honneur de ton nom î Sauve- nous, paixlonne nos péchés, pour ta propre gloire !
Pourquoi les païens diraient-ils: Où est leur Dieu? Qu'elle éclate, devant nos yeux, parmi les nations, La vengeance pour le sang de tes serviteurs, qu'elles Ont versé.
Puisse le soupir du prisonnier arriver jusqu'à toi :
Selon la grandeur de ta puissance
Épargne les enfants de la mort !
Rends à nos voisins au septuple
L'injure dont ils t'ont outragé. Seigneur ! Et nous, ton peuple, le troupeau de ton pâturage,
Nous te célébrerons à jamais.
D'âge en âge nous racontei'ons ta louange. '
Gomme le LXXIV*' (73), ce psaume porte les traces de la situation qui a précédé le soulèvement des Machabées. Personne aujourd'hui ne prétendra plus sérieusement qu'un contemporain de David ait pu parler de la profanation, par les païens, d'un temple qui n'existait pas encore, et de la dévastation d'une ville dont ce roi victorieux venait de faire sa capitale. Il est vrai que les premières strophes pourraient sembler se rapporter au sac de Jérusalem par les Chaldéens de Neboukadreççar ; mais à celle époque le temple n'a pas seulement été profané, il a été incendié et détruit de fond en comble. Indépendamment de cette circons^ tance, le commencement de la 3*' strophe décide la question à lui seul. Un psalmiste contemporain de Jérémie, qui aurait eu sous les yeux le spectacle décrit dans les premiers vers, ne pouvait pas dire : Ne nous garde pas le souvenir des péchés de nos pères, comme si la génération à laquelle il appartenait avait pu se dire innocente. On sait que tous les prophètes du temps de l'exil s'accordent à représenter la catastrophe de Juda conune un châtiment, mérité par ceux-là mêmes qui le subirent. Mais quelques siècles plus tard, les Juifs scrupuleusement fidèles à leur loi et absolument étrangers à toute velléité de polythéisme, pouvaient très-bien tenir un langage pareil à celui de noire psaume. Ils étaient persécutés à cause de leur attachement à la religion de Jéhova et pouvaient croire que les péchés de leurs pères avaient été sufBsamment expiés autrefois. Le naeilleur commentaire de noire psaume sera le V chapitre du P*" livre des Machabées, v. 30-67. Le texte n'offre d'ailleurs aucune obscurilé.
Les fidèles, dans le sens religieux du mot, c'est-à-dire les pieux croyants , en hébreu Hasîdîm , c'était le nom de parti adopté par les insurgés. 1 Macc. VII, 13. 2 Macc. XIV, 6.^ Les deux derniers distiques de la seconde strophe sont litté^al^ ment copiés de Jérémie (X, 25), passage d'après lequel nous avons pu corriger ici une légère faute de copiste {yls ont dévora, pour il a dévoré). — Dans l'avant-dernière phrase nous devions traduire : rends dans Imr sein, c'est-à-dire dans le pan de leur manteau {siuiis vestis) qui servait à porter des objets, comme nos tabliers. Comp. Ruth III, 15.
(Hébr. LXXX. Grec LÎLXIX.)
Berger d'Israël, prête l'oreille,
Toi qui guides Joseph comme un troupeau !
Toi qui trônes sur les keroubs, apparais dans ton éclat!
Devant Éphraîm, Benjamin et Manassé
Réveille ta puissance,
Et marche à notre secours !
0 Dieu, restaure-nous.
Fais luire ta face pour que nous soyons sauvés !
Éternel, Dieu Çebaôt !
Jusqu'à quand seras-tu irrité tandis que ton peuple prie?
Tu leur fais manger le pain des larmes.
Tu les abreuves de pleurs, à pleine mesure.
Tu fais de nous un sujet de dispute pour nos voisins,
Et nos ennemis se moquent de nous enti*e eux.
O Dieu Çebaôt, restaure-nous.
Fais luire ta face pour que nous soyons sauvés !
D'Egypte tu enlevas un cep de vigne ; l'u chajssas les nations pour le planter. • Tu déblayas le sol devant lui ; Il poussa des racines et remplit la terre ; Les montagnes se couvraient de son ombre. Et ses branches étaient des cèdres de Dieu. Jusqu'à la mer il étendait ses sarments, Et ses rejetons jusqu'à l'Euphrate.
Pourquoi as-tu renversé ses clôtures.
De sorte que tous les passants le dépouillent?
Que le sanglier de la forêt le ravage
Et que les bêtes des champs s'en repaissent?
Il est brûlé par le feu, il est coupé :
Ils périssent sous ta face menaçante —
Dieu Çebaô(, regarde encore du ciel.
Vois et visite ce cep de vigne!
Protège ce que ta droite a planté !
Qu'elle s'étende sur le rejeton que tu t'es élevé ! Que ta main s'étende sur l'homme de ta droite, Sur le fils de l'homme que tu t'es élevé!
268 PSAUMK LXXX.
Nous ne nous relirci'ons plus de toi :
Rends- nous la vie et nous invoquerons Ion nom !
Éternel, Dieu ÇebaôJ, restaure-nous !
Fais luire ta lace pour que nous soyons sauvés !
Cinq strophes parfaitement égales, marquées en partie par un refrain, lequel offre en même temps une espèce de gradation en ce qu'il ajoute à chaque retour de Tinvocation qu'il contient, une épithète de plus.
Le but du psaume est clairement indiqué. Israël malheureux implore le secours de Jéhova. L'analyse du texte peut faire reconnaître l'époque du poète. La troisième strophe résume rhistoire nationale sous l'allégorie d'un cep de vigne (Es. V; XXVn. Jér. II, 21; XII, 10. Éz. XVII, 5 suiv. Gen. XLIX, 22), qui avait pris naissance eu Egypte, d'où Dieu le transporta dans le pays de Canaan, et ainsi de suite. La prospérité d'Israël dans sa nouvelle patrie est dépeinte sous des couleurs empruntées à cette image, et tant soit peu hardies. Ainsi les sarments, atteignant la grosseur d'énormes cèdres, renchérissent sur les proportions naturelles. D'un autre côté, en disant que Dieu, pour planter sa vigne, chassa les nations, le poète sort de rallégorie et s'en tient aux faits historiques. Cependant toute cette prospérité a disparu : les clôtures sont renversées (les frontières ouvertes à l'ennemi), les bêtes (et les étrangers) entrent à Tenvi et dévastent la vigne (le pays), etc.
Avec tout cela nous devrons descendre bien au delà du règne de David. Nous ne nous arrêterons pas non plus à l'exil. Car alors les Israélites, ayant cessé d'exister comme corps politique, ne pouvaient pas être im sujet de dispute pour leurs voisins (str. 2j. Ils le furent, et pendant longtemps, sous les successeurs d'Alexandre, quand la Palestine était la pomme de discorde entre les Ptoléraées et les Séleucides, et que le peuple juif était la victime désarmée de guerres incessantes (LXVIII, 31). Israël demande donc d'être restauré, rendu à l'indépendance, reconstitué politiquement, de manière que les différents éléments de la nation viendraient à se fusionner de nouveau comme cela n'avait plus été le cas depuis huit siècles : Benjamin, avec sa capitale Jérusalem , représentant le royaume de Juda ; Éphraim , le royaume autrefois rival des dix tribus ; enfin Manassé, le pays au delà du Jourdain (str. 1).
Le texte paraît fautif, et en tout cas sa signification trèsdouteuse au V. 16 (str. 5, premier distique); de même le sens du troisième distique de la même strophe est incertain. Nous avons cherché à tirer du texte reçu le meilleur parti possible. Cependant nous nous sommes permis la transposition d'un verset, pour rendre au refrain sa place naturelle à la fin de la 4*^ strophe. Le troisième distique de cette strophe forme dans le texte hébreu le n^ verset et nous Tavons placé entre le H*' et le 15**.
Sur l'emploi du mot Çebaôt comme nom propre, voyez Ps. LIX, 6. — Sur le trône des Keroûbs, Ézéch. X. — Le pain des larmes^ n'est pas un pain arrosé de larmes, mais ce sont les larmes elles-mêmes devenues une nourriture (Ps. XLIl, 4).
(Hébr. LXXXI. Grec LXXX.)
Chantez^ pleins d'allégresse, Dieu, notre force!
Acclamez le Dieu de Jacob!
Faites retentir le chant et le tambourin.
Résonner agréablement le luth et la guitare ! . ,. Sonnez du cor à la nouvelle lune,
, A. la pleine lune, au jour de notre fête I Car c^est un statut pour Israël,
Une règle de la part du Dieu de Jacob : Comme loi il l'établit pour Joseph,
Quand il marcha contre la terre d'Egypte.
J'entends une voix inconnue :
«Du fkrdeau j'ai déchargé ses épaules; Ses mains quittèrent la hotte ....
Dans la détresse tu m'appelas, et je te délivrai, ' Je ^exauçai, caché dans l'orage;
: : ' Je t'éprouvai aux eaux de Merîba.
; I Écoute^ mon peuple, que je t'exhorte! ....... Israël, puisses-tu m'écouter !
,;,,,.. Qu'il n'y. ait point chez toi de dieu du dehors;
Ne ite prosterne pas devant le dieu de l'étranger! Moi JîÉternel, je suis ton Dieu, qui l'ai retiré d'Egypte: Ouvre ta bouche, et je la remplirai !
270 PSAUME LXXXl.
«Mais mon peuple ne m'écouta point,
El Israël ne voulut pas de moi; Alors je les laissai aller à la dureté de leurs cœurs,
Et ils marchèrent selon leurs désirs.
Ah ! si mon peuple m'écoutait,
Si Israël marchait dans mes voies! En peu de temps j'écraserais ses ennemis,
Et contre ses adversaires je tournerais ma main ; Les détracteurs de l'Étemel le flatteraient.
Et sa prospérité durerait toujours;
Je le nourrirais de la moelle du froment. Et de miel du rocher je le rassasierais. »
Nous avons là un cantique de fête qui rappelle en peu de mois la récompense assurée au fidèle observateur des commandements de Dieu; par une tournure très-poétique, cette assurance est placée dans la bouche de Dieu même. Généralement on admet que le psaume a été destiné à la célébration de la Pftque, parce qu'il est question à la fois de la sortie d'Egypte et de la pleine lune. Mais il est tout aussi bien question de la nouvelle lune et des trompes (fête du nouvel an), et la mention de la sortie d'Egypte sert tout simplement d'introduction à la scène du Sinaî et de la promulgation de la loi, qui, dans le psaume, est la chose essentielle.
On voit d'ailleurs que l'histoire mosaïque est supposée familière à tous les lecteurs du psaume. Les allusions sont on ne peut plus superficielles: le fardeau ôté des épaules (servitude d'Egypte), l'orage du Sinaï, les eaux de Merîba (Exod. XVII), le résumé du décalogue par le premier commandement, les anciens égarements du peuple, etc. L'idée que la loi est due à une révélation est trèsingénieuscmenl exprimée par cette phrase: J* entends une coix inconnice ; c'est le poëte, représentant ici le peuple dans sa continuité historique, qui parle ainsi; la voix de Dieu est inconnue, parce que c'est la première fois qu'elle se fait entendre ainsi à la nation.
L'application pratique, qui est bien le dernier but du psalmiste, s^accuse par cette antithèse: De même que Jéhova disait jadis: Ouvre ta bouche , et je la remplirai (c'est-à-dire je te donnerai toul ce que tu peux désirer) ; de même il dit aujourd'hui, que si Israël voulait écouter, il lui accorderait sa délivrance et écraserait ses ennemis.
Le psaume ne rappelle en aucune façon les préoccupations qui ont inspiré les poëmes précédents ; et à ce titre on est conduit à le placer à une époque antérieure aux persécutions religieuses.
(Hébr. LXXXII. Grec LXXXI.)
Dieu préside dans l'assemblée divine;
Il rend ses arrêts au milieu des dieux : «rJusques à quand jugerez- vous avec iniquité,
Et favoriserez-vous les méchants?
Faites droit au petit et à Torphelin,
A l'opprimé, au pauvre rendez justice ! Sauvez le petit et l'indigent,
De la main des méchants délivrez-le ! »
Ils ne savent ni ne connaissent rien ; Ils marchent dans l'obscurité.
Les fondements de la terre s'ébranlent:
«J'ai dit: Vous êtes des dieux.
Des fils du Très-Haut, vous tous ....
Eh bien! comme des mortels vous mourrez,
Ck)mme tel d'entre les princes vous tomberez!»
Lève-toi, ô Dieu, juge la terre !
Car tous les peuples t'appartiennent.
Le poète a en vue des juges ou administrateurs iniques et implore contre eux le secours de Dieu. L espoir d'être exaucé se traduit en un double discours de Jéhova, le premier formulant une injonction, le second une menace.
Comme les expressions humbles et méchants servent aux psalmistes pour désigner les juifs et les païens et pour caractériser la situation d'un peuple adorant le vrai Dieu, et opprimé par des dominateurs idolâtres, nous regarderons notre morceau comme se plaçant à ce même point de vue, en d'autres termes, comme appartenant à la période macédonienne. Ce serait chose fort singulière qu'un contemporain de David se plaignît de la mauvaise administration de la justice et menaçât de mort ce roi modèle !
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PSAUBIE LXXXIII. 273
6'ebal et 'Ammon et 'Âmaleq,
La Philistie et les habitants de Tyr.
Ass'our s'est joint à eux,
Et prête son bras à la race de Lot.
Agis-en avec eux comme avec Midyan,
Comme avec Sîserâ et labîn au torrent de Qîs'ôn, Qui furent détruits à 'Ên-Dôr
Et servirent d'engrais à la terre.
Traite-les, leurs chefs, comme *Oreb et Zeëb, Comme Zébaj^ et Çalmouna*, tous leurs rois,
Qui disaient aussi : Emparons-nous Des demeures de Dieu !
Mon Dieu I Traite-les comme le tourbillon :
Qu'ils soient le brin de paille chassé par le vent !
Comme le feu qui dévore la forêt.
Comme la flamme qui embrase les hauteurs —
Ainsi poursuis-les de ta tempête,
Et par ton ouragan chasse-les épouvantés I Couvre leur face d'opprobre.
Pour qu'ils recherchent ton nom, ô Éternel !
Qu'ils soient confondus et épouvantés à jamais !
Qu'ils rougissent et qu'ils périssent !
Et qu'ils reconnaissent que ton nom à toi seul est l'Éternel,
Le Très-Haut sur toute la terre!
-«a présence d'un grand nombre de noms propres semble ici 'oir faciliter la recherche d un événement particulier, qui aurait pire le poëte. L'histoire, cependant, ne nous signale aucune que où les peuples énumérés ici auraient formé une ligue tre Israël, bien que, pris individuellement, ils aient été en iTe avec lui plus ou moins fréquemment. Les Tyriens seuls ne t jamais représentés comme les ennemis des Israélites, dans anciens temps, et ce n'est que du temps de la guerre de l'indéiance (ou des Machabées) qu'il s'est établi des relations hostiles *e les deux nations. Il est aussi à remarquer: P Que le poêle, r trouver des exemples de victoires éclatantes et pouvant ^r à l'ornement de son style, remonte jusqu'à l'époque de le'ôn et de Baraq (Jug. IV- VIII), ce qui fait voir qu'il ne parle
A. T. — 5- part. 18
pas à une génération dont les souvenirs personnels se seraient portés de préférence sur les exploits de Tun ou de l'autre roi. 2** Que le ton du psaume est plutôt religieux que guerrier, et qu'il s'agit pour le moment moins de saisir l'épée que d'appeler au secours la miséricorde de ïéhova. Nous nous trouvons donc sans doute en face de la situation telle qu'elle a été immédiatement avant la levée de boucliers de l'an 167, quand l'inimitié du monde païen e?Uier (représenté ici par toute cette série de noms) menaçait d*écraser le petit peuple des fidèles patients et désarmés. Dans cette supposition, Ass^our n'est pas l'empire assyrien du temps d'Ésaïe, mais la Syrie des Sélcucides. Le terme grec de Syrie, inconnu à l'Ancien Testament, n'est qu'une forme abrégée d'Assyrie, et les Séleucides étaient réellement les successeurs des anciens maîtres de l'Asie.
(Hébr. LXXXIV Grec LXXXIII.)
Que tes demeures sont agréables,
0 laheweli Çebaôt!
Mon âme se consume en soupirant après les parvis de l'Étemel! Mon cœur et mon corps crient après le Dieu vivant!
Le passereau aussi trouve une maison, I/hirondelle un nid pour y loger sa couvée :
Tes autels, laheweh Çebaôt, Mon roi et mon Dieu.
Heureux ceux qui demeurent dans ton temple!
11» peuvent toujours te célébrer.
Heureux l'homme qui a sa force en toi,
Ceux qui ont à cœur les bonnes voies ! Traversant la vallée de Bakà, ils y font jaillir des soum^^
Et la pluie d'automne la couvre de bénédiction. Ils marchent de force en force
Pour paraître devant Dieu à Sion.
laheweh Dieu Çebaôt, écoute ma prière!
Prête Toreille, Dieu de Jacob!
Dieu, notre bouclier, vois
F]t regai-de la faco do ton oint !
Un seul jour dans tes parvis vaut mieux que mille :
Je préfère le seuil de la maison de mon Dieu
Au séjour dans les tentes de l'impiété. Car rÉtemel est un soleil et un bouclier ;
Dieu donne la grâce et la gloire.
L'Étemel ne refuse pas le bonheur
A ceux qui marchent dans l'intégrité.
laheweh Çebaô^l Heureux l'homme qui se fie en toi !
Il y a dans ce morceau qudques obscurités de style et de syntaxe , peut-être môme quelque faute de texte , qui rendent douteuse Tinterprétation de l'ensemble. Le psaume a quelqes analogies avec le XLIP et le LXIIP (n** 44 et 63) ; mais il n'est pas question d'un empêchement qui retiendrait forcément le poète loin du temple. Ce temple a des parvis ou cours, un seuil, etc. Nous sommes donc en face d'une situation autre que celle de l'époque de David. Le dieu ÇebaÔt nous est apparu plus haut déjà comme une expression moins ancienne, et rien ne nous empêche de mettre les pensées exprimées dans la bouche du peuple.
Quand on se laisse aller à la première impression, on est disposé à
voir là un chant de pèlerinage. Plusieurs tournures ou images
;emblent destinées à peindre le vif désir du poëte d'aller faire ses
évotions à Jérusalem. On a même trouvé dans les bonnes voies
ne allusion directe à ce voyage, et les Septante ont été jusqu'à y
ibstituer le mot propre. Cependant cette interprétation n'est pas
isolument exigée par le contexte, qui peut tout aussi bien être
mpris comme l'expression de la piété qui aime le lieu saint,
îs allusion au besoin d'un voyage préalable pour y arriver.
Dans la seconde strophe, l'auteur semble vouloir dire que lui,
l'homme pieux, a son chez-soi, sa demeure de prédilection
rès des autels, comme l'oiseau l'a dans son nid. Mais si ce
doit être trouvé dans le texte, il faut nécessairement y supposer
lacune : l'adverbe de comparaison et le pronom do la première
mne, avec quelque verbe convenable, semblent strictement
«aires. Ceux qui n'admettent point cette lacune, trouvent
3ette phrase cette idée, que les oiseaux mêmes nichent auprès
itels ; à plus forte raison, ce doit être le cas des hommes.
)n comprendrait à la rigueur qu'ils fissent leurs nids sur
rédificè du temple, tandis que Tautel très^certainement serait hors de propos pour un pareil usage.
Nous prenons la vallée de Bakâ pour un nom propre, mais avec le sens général d'une localité aride. Ce serait le symbole de la vie de soucis et de privations, changée pour l'homme qui vient vers Dieu en une vie de jouissances et de bonheur. Bakâ doit avoir été le nom d'un arbuste sauvage (2 Sam. V, 23 suiv.). D'autres traduisent : une vallée de larmes. L'oint de Dieu, c'est Israël (Ps. XXVIII, 8).
(Hébr. LXXXV. Grec LXXXIV.)
Tu as fait grâce à ton pays, ô Ëternel I
Tu as restauré Jac(»h.
Tu as effacé le péché de ton peuple,
Et couvert d'oubli tous ses méfaits.
Tu as déposé tout ton ressentiment,
Tu as apaisé l'ardeur de ton courroux.
Rétablis-nous, Dieu, notre sauveur!
Mets fin à ton irritation contre nous!
Seras-tu donc toujours contre nous en colère?
Feras-tu durer ton courroux d'âge en âge? Ne veux-tu plus nous rendre la vie.
Pour que ton peuple se réjouisse en toi ? Éternel ! montre-nous ta faveur î
Ton aide, accorde-la nous !
Je veux écouter ce que dira Dieu laheweh ;
Car il parle de paix à son peuple et à ses fidèles,
Pourvu qu'ils ne retombent pas dans leurs folies. Oui, son aide est proche pour ceux qui le craignent.
Et la gloire doit s'établir sur notre sol. Sa grâce et sa fidélité vont s'y rencontrer,
La justice et la paix s'y donner la main.
La fidélité germera de la terre,
La justice regardera du haut du ciel.
Oui, rÉiernel donnera le bonheur,
Et la terre donnera ses produits :
La justice marchera devant lui,
VA suivra les traces de ses pas.
le psaume* est d^une grande simplicité, tant à Té^rd de la sée que relativement à lexpression, et Tappareule contradic* 1 entre la première strophe et les suivantes ne sert qu*à mieux 3rminer le point de vue de Fauteur. Israël a été sauvé, ses iennes fautes ont été expiées par un châtiment sévère. Jéhova ait voir qu^il était réconcilié avec son peuple, qu^il lui avait donné. Ceci est trop évidemment une allusion directe à Texil, T que nous ayons besoin de nous y arrêter ; car les prières suivent ne seraient pas justifiées si le peuple, depuis cette istrophe vengeresse, avait eu à se reprocher de nouvelles isgressions (comp. Ps. XLIV). Israël n'a rien à se reprocher uis que l'ancien compte est réglé ; voilà pourquoi il peut nuler les prières et les questions de la seconde strophe. De iveaux malheurs, non mérités, ont frappé le pays : serait-ce l'effet d'une colère non encore complètement satisfaite? LUX questions ainsi posées, le poète répond dans les deux nières strophes par des promesses formelles et consolantes, il dit lui venir de la bouclie de Dieu même. Si le peuple est le, son sort ne saurait être douteux. La tournure de la pensée ient ici très-poétique : les attributs bienfaisants de Dieu, les ditions heureuses de la société sont personnifiées et deviennent ime des êtres vivants qui agissent spontanément dans le sens iré.
(Hébr. LXXXVI. Grec LXXXV.)
Incline ton oreille, ô Éternel ! exauce-moi,
Car je suis pauvre et misérable.
Garde ma vie, car je suis fidèle :
Tu es mon Dieu.
Sois en aide à ton serviteur qui se fie à toi.
Prends pitié de moi, ô Seigneur !
C'est toi que j'invoque chaque jour.
Réjouis l'âme de ton serviteur; C'est vers toi, ô Seigneur, que je l'élève.
Car toi, ô Seigneur, tu es bon et clément.
Plein de grâce pour tous ceux qui t'implorent.
278 PSAUME LXXXVl.
Écoule, 6 Seigneur, ma prière, Prèle Toreille aux accents de ma supplication. Au jour (le ma détresse je t'invoque, Parce que tu m'exauceras.
Nul n'est ton pareil parmi les dieux ; Rien n'égale tes œuvres.
Tous les peuples que tu as faits
Viendront se prosterner devant toi, Seigneur,
Pour honorer ton nom.
Car tu es grand et tu fais des merveilles; Toi seul, tu es Dieu !
Enseigne-moi ta voie, ô Éternel !
Je veux te suivre avec fidélité.
Attache mon cœur à la cminte de ton nom
Seigneur, mon Dieu, Je te glorifie de tout mon cœur.
J'honorerai ton nom à tout jamais.
Car grande est ta grâce pour moi ; Tu as arraché ma vie du fond du S'eôl. Dieu ! des tyrans se sont levés contre moi, Une horde de barbares en veut à ma vie.
Et ils ne se soucient pas de toi.
Toi, Seigneur, tu es un Dieu débonnaire et miséricordieux, Lent à t'irriter, plein de grdce et de fidélité. Regarde- moi, aie pitié de moi !
Prèle ta force à ton serviteur.
Sois en aide au fils de ta servante ! Opère en ma faveur un signe de salut.
Afin que mes haïsseurs confondus voient
Que toi. Éternel, tu m'assistes et me consoles!
Cette prière n'oflre absolument rien de particulier, ni pour le fond ni pour la forme. Nous dirons même qu'elle se compose essentiellement de réminiscences, de prières plus anciennes, qui vont quelquefois jusqu'à la copie textuelle. Quant à la portée générale, nous maintenons que c'est Israël qui parle ou, si Ton veut, V Israélite, comme membre de la nation et en vue de la situation générale, et non pas tel individu dans des intérêts privés. Le fait que de pareilles compositions, sans aucune originalité, sans
PSAUME LXXXVll. 279
ileur poétique, sans cachet personnel, aient pu être attribuées à avid, montre combien peu les inscriptions des psaumes méritent éance.
(Hébr. LXXXVII. Grec LXXXVÎ.)
Celle qu'il a fondée sur ses saintes montagnes, L'Éternel aime les portes de Sion, Plus que toutes les demeures de Jacob.
Des choses glorieuses sont proclamées à ton sujet,
Cité de Dieu!
«Je nommerai rËgypte et Babel parmi les miens : Voyez, la Pliilistie, Tyr et Kous' —
Ils y sont nés ! »
Et de Sion il sera dit :
Homme pour homme y est né.
C'est le Très-Haut qui l'affermit.
L'Éternel compte en notant les peuples : « Celui-ci y est né ! »
Voilà une des pièces les plus obscures du recueil. A la vérité, I en entrevoit, avec quelque chance de ne pas se tromper, le ns général : Jérusalem, la cité de Dieu, la métropole des adoraurs du vrai Dieu, compte parmi ses citoyens (non pas dans le ns propre du séjour, mais dans le sens iàéÛ delà communauté), m-seulement loiis ceux (homme pour homme) qui y demeurent, 3 Israélites de naissance et d*origine, mais encore des nationaux I tous les pays. Il s'agit donc, selon toute probabilité, d'une inception prophétique relative à la propagation du monothéisme. Ile que les anciens auteurs sacrés la formulaient si souvent, et imme nous la trouvons surtout dans la seconde partie du livre Ésaïe.
Mais il est difficile de dire si Fauteur a voulu faire une distincm entre les deux catégories dont nous venons de parler, de sorte le nous devions opposer les Israélites, compris tous dans la >urgeoisie sainte, aux étrangers qui n'y entreraient qu'indivi-
280 PSAUMK LXXXVIIl.
duellement et par exception ; ou bien, si parce terme de celui-ciy il a voulu désigner chaque fois un peuple entier (pour nommer rÉgypte, le poète s'est servi d'un terme figuré qu'il emprunte à Ésaie XXX, 7", et que d'autres ont employé depuis ; Es. LI, 9, Ps. LXXXIX, 11. Job XXVI, 4).
Nous avons marqué par des points la dernière ligne du texte, par la simple raison que dans l'état actuel de celui-ci, il est impossible d'y découvrir un sens quelconque. Les éditeurs juifs, en mettant les voyelles, ont lu : Et chantants comme dmisants, toutes mes sources en toi ; les Grecs ont lu : comme tous se réjouissant, la demeure en toi. On conviendra, qu'en face d'un pareil galimathias, il vaut mieux avouer que le texte est irrémédiablement altéré, et qu'il faudra plutôt s'en passer que de se livrer à d'oiseuses conjectures.
On a aussi émis l'Spinion que ce morceau n'est qu'un fragment, c'est-à-dire que la fin et même le commencement manqueraient. En efiet, la première ligne, laquelle même dans notre traduction ne se rattache pas bien à ce qui suit, signifie littéralement : Ha fondation sur les montagnes saintes ; et l'on a pu penser que ce n'était là que la seconde moitié d'un distique, dans lequel il aurait été question de la ville sainte qv!il a fondée, etc.
(Hébr. LXXXVIIl. Grec LXXXVll.)
Éternel, Dieif, mon sauveur!
De jour, de nuit, je crie devant toi.
Que ma prière jusqu'à toi parvienne !
Incline ton oreille à mes cris!
Car mon âme est rassasiée de maux.
Et ma vie s'achemine sur le S'eôl.
Je compte parmi ceux qui descendent dans la tombe, Je suis comme un homme qui n'a plus de force.
Ma couche est parmi les morts:
Je suis pareil à ceux qui gisent au tombeau.
Dont tu ne te souviens plus,
Qui sont séparés de ta main.
Tu m'as jeté dans une fosse profonde,
Dans les ténèbres, dans les abîmes.
Sur moi pèse ta colère.
Tous tes flots
tu m'as mis à bas.
Tu as éloigné de moi mes amis,
Tu m'as rendu odieux à eux.
Je suis prisonnier et ne puis soilir ;
Mon œil languit de misère.
Je t'appelle, ô Éternel, chaque jour ;
Vers toi j'étends mes mains.
Fais-tu un miracle pour les morts?
Les ombres ressuscitent-elles pour te glorifier? Parle-t-on de ta grâce dans le sépulcœ?
De ta fidélité dans le séjour de la mort? Tes hauts faits sont-ils connus dans les ténèbres,
Et ta justice dans la terre de l'oubli?
Mais moi, ô Étemel, j'implore ton secours;
Dès le matin, ma prière va au-devant de toi ; Pourquoi, ô Éternel, me dédaignes-tu?
Voiles-tu ta face devant moi? Je suis malheureux et mourant depuis ma jeunesse,
Chargé de tes terreurs, au désespoir!
Tes colères passent sur moi ;
Tes frayeurs m'engloutissent.
Elles m'entourent comme des flots tout le jour,
Elles m'enveloppent toutes à la fois.
Tu as éloigné de moi amis et compagnons;
Mes proches se sont éclipsés.
Autant le psaume précédent était obscur, autant celui-ci est clair et transparent. C'est une complainte qui ne parvient pas à s'élever à l'espérance, et dont les prières mêmes paraissent comme afTaiblies par l'excès de la douleur.
La seule question à examiner, en l'absence de toute allusion historique, c'est de savoir si celui qui parle est un individu parlant de ses malheurs personnels, ou la communauté déplorant une situation générale. Il y a d'abord à remarquer que la peinture des
malheurs doit être figurée ; car les traits en sont empruntés tour à tour au champ de bataille, à la maladie, à Tinondation, àla prison. Tantôt le poëte se dit déjà mort, il est dans la tombe» au S'eôl ; tantôt il est seulement sur le point d'y descendre. Gela ne nous représente pas une position très-particulière dont tous les traits seraient à prendre à la lettre. Mais il y a plus : celui qui parle se compare à un homme exposé à périr de manière ou d'autre. L'individu, comme tel, sert de parallèle à l'orateur, et par cette raison celui-ci ne peut guère être considéré lui-môme comme un individu. C'est donc la communauté qui parle, c'est Israël succombant sous le poids de ses maux, et cela à une époque où le souvenir des temps passés (str. 6 : depuis ma Jeunesse) ne ramène que des images de misère, et où les temps de rébellion contre Jéhova sont effacés de la mémoire des contemporains.
Le texte se divise facilement en strophes régulières ; seulement dans la 3° il doit y avoir une lacune, à moins qu'on ne préfère supposer une altération. Tel qu'on le lit aujourd'hui, il ne présente pas de sens, quoi qu'on en dise.
La 5° strophe explique une idée qui se reproduit plusieurs fois dans l'Ancien Testament, c'est que dans le S'eôl il n'y a plus de connaissance de Dieu ; que la puissance de celui-ci n'arrive pas à se faire sentir dans le séjour des morts ; qu'une fois la vie finie, le lien entre lui et l'homme est rompu. On en conclut qu'il est de l'intérêt de Dieu même de préserver les siens de la mort. Comp. CXV, 17. Ésaïe XXXVIII, 18 s., etc. Voilà pourquoi la strophe suivante s'annonce comme une antithèse: i/iai^ moi, etc.
(llébr. LXXXIX. Grec LXXXVIII.)
Je ne cesserai de chanter les grâces de TÉternel;
A tous les âges ma bouche redira ta fidélité, Car je dis : Cette grâce est édifiée pour toujours,
Tu as établi ta fidélité dans les cieux.
«yai fait un pacte avec mon élu, J'ai juré à David mon serviteur :
C'est pour toujours que j'ai établi ta race, Et édifié ton trône pour tous les âges ! »
Les deux, ô Éternel, célèbrent tes merveilles,
Ainsi que ta fidélité dans rassemblée des saints.
CSar qui par delà les nuées s'égalerait à TËternel ? Qui parmi les fils de Dieu lui est comparable?
Dieu est très-redoutable dans le conseil des saints, Objet de respect pour tous ceux qui Tentourent :
laheweh, Dieu des astres, qui est comme toi? lah, tout-puissant, ta fidélité t'environne.
C'est toi qui domptes l'orgueil de la mer;
Quand ses flots s'élèvent, toi tu les apaises. C'est toi qui as frappé l'Egypte comme à mort.
De ton bras puissant tu as dispersé tes ennemis.
A toi appartient le ciel, à toi la terre ;
Le monde avec ce qui le remplit, toi tu l'as fondé. Le Nord et le Sud, c'est toi qui les as créés;
Le Tabor et le Hermôn acclament ton nom.
Ton bras est armé de force;
Ta main est puissante, ta droite élevée. La justice et l'équité sont la base de ton trône,
La grâce et la fidélité sont placées en face de toi.
Heureux ceux qui connaissent les cris de triomphe. Qui marchent, ô Éternel, à la clarté de ta face,
Qui tous les jours se réjouissent en ton nom, ^
Et qui sont élevés par ta justice.
Car toi, tu es leur force et leur gloire,
C'est par ta faveur que notre puissance s'élève.
Oui, c'est de l'Éternel que nous vient le bouclier. Et du Saint d'Israël, notre roi.
Jadis tu parlais au moyen d'une révélation à ton bien-aiiué et tu disais :
«J'accorde mon secours à un héros.
J'élève un élu du sein du peuple :
J'ai trouvé David mon serviteur. De ma sainte huile je l'oins.
<rMa main tiendra ferme quant à lui,
Et mon bras le fortiflera.
L'ennemi ne le surprendra pas,
Et l'impie ne l'opprimera point.
«J'écraserai ses adversaires devant lui,
Et ceux qui le haïssent, je les abattrai.
Ma fidélité et ma grâce seront avec lui, Et sa puissance s'élèvera en mon nom.
Je lui ferai mettre la main sur la mer, Et la droite sur les fleuves.
«Il m'invoquera : Mon père, c'est toi !
Mon Dieu, mon rocher de salut !
Oui, j'en ferai mon premier-né,
Le souverain des rois de la terre.
«A tout jamais je lui conserverai ma grâce.
Et mon pacte lui sera assuré.
J'établis sa race pour l'éternité,
Son trône pour la durée du ciel.
«Si ses fils abandonnent ma loi.
Et ne marchent pas selon mes ordres.
S'ils violent mes commandements, • Et ne gardent pas mes préceptes,
«Je regarderai à leui*s péchés en usant de la verge. Et par des coups je punirai leurs méfaits ;
Mais je ne lui retirerai point ma grâce Et je ne démentirai pas ma fidélité.
«Je ne violerai point mon pacte.
Et ne changerai rien à ce que ma bouche a promis Une fois je Tai juré par ma sainteté —
Non, jamais je ne mentirai à David.
«Sa race durera à jamais.
Et son trône sera devant moi comme le soleil. Comme la lune il subsistera toujours —
Le témoin céleste est sûr ! »
Et voilà que tu me rejettes et me dédaignes,
Que tu es irrité contre ton oint!
Tu méprises le pacte avec ton serviteur,
Tu profanes son diadème en le jetant à terre !
Tu as renversé toutes ses clôtures,
Tu as mis en ruines ses citadelles; Tous les passants Tont mis au pillage.
Il est devenu l'opprobre de ses voisins.
Tu as élevé la droite de tes adversaires,
Tu as rempli de joie tous ses ennemis ; Tu as fait reculer le tranchant de son épée
Et ne Tas point soutenu dans le combat.
Tu as mis un terme à sa splendeur.
Tu as renversé son trône; Tu as raccourci les jours de sa jeunesse.
Tu Tas enveloppé d'ignominie.
Jusqu'à quand. Étemel, te cacheras-tu toujours?
Ton courroux nous consumera-t-il comme un feu? Rappelle-toi combien je suis passager.
Pour quel néant tu as créé les mortels.
Quel homme vivrait sans voir la mort?
Qui soustrairait son âme au pouvoir du S'eôl ? Où sont tes anciennes faveurs, ô Seigneur, •
Que tu as assurées par serment à David, par ta foi?
Rappelle-toi, Seigneur, l'opprobre de tes serviteurs, La charge que m'imposent des peuples nombreux.
Gomme tes ennemis ont insulté, ô Étemel, Ck)mme ils ont insulté les pas de ton oint!
Ce psaume se compose de trois parties à peu près également Qgues et faciles à distinguer. Son but principal est d'abord de ire sentir l'immense distance qui sépare l'ancienne gloire Israël et son présent abaissement, ou mieux encore la contraction entre les promesses faites autrefois à la race de David, et sort réservé à ses héritiers ; et puis de rattacher à ces deux bleaux des supplications pressantes. Ce dernier point est si bien chose capitale pour le poète, qu'il ne se borne pas à formuler
sa prière d'une manière directe à la fin, mais que dès le début, en exaltant la puissance de Jéhova et sa fidélité, il cherche, pour ainsi dire, à provoquer le secours désiré en engageant l'honneur même du Dieu d'Israël.
A cet égard le psaume a une certaine originalité ; cependant on voit bientôt par la longueur monotone des amplifications, et par les nombreux emprunts faits à d'autres textes, qu'il appartient à une époque assez récente. L'interprétation de détail confirmera cette manière de voir. Quant à la forme, elle est extrêmement régulière. Les strophes sont de deux distiques, et comme cette règle n'est négligée qu'une seule fois, on est tenté de supposer qu'un distique a été perdu par l'inadvertance d'un copiste. Ce qui gène davantage, c'est la ligne en prose qui se lit à la tête de la seconde partie. Serait-ce le cas d'y voir également la trace d'une lacune, ou bien une note exégétique destinée à effacer ce qu'il y aurait autrement de trop abrupt dans la transition ? Pourquoi ne s'arrêterait-on pas à cette dernière explication, quand on considère que la seconde strophe de la première partie amène aussi un discours de Dieu sans formule d'introduction ?
Passons à l'analyse du texte. Le poète réserve ses plaintes, pour affirmer d'abord son entière confiance dans les promesses de Dieu. Il les rappelle, en les reproduisant pour ainsi dire textuellement (str. 2), et les termes principaux dans lesquels elles sont formulées {édifier, établir), sont reproduits d'avance dans le préambule, lequel en proclame en même temps l'inviolabilité, en les rattachant au ciel, image constante de la durée indéfinie.
Les strophes 3 à 7 parlent de la grandeur de Dieu, sans doute pour y puiser un motif d'espoir et de consolation. Sa puissance merveilleuse, à laquelle aucune autre ne saurait être comparée, et qui éclate au ciel comme sur la terre, dans la nature comme dans l'histoire, est une garantie de ce que la destinée d'Israël dépend de sa volonté ; sa justice, sa grâce et sa fidélité sont un gage de ce que cette destinée ne sera pas une mine définitive, mais bien une restauration. L'assemblée ou le cofiseil des saints , c'est le chœur des anges, témoins et interprètes de ses actes. Les fils de Dieu ne sont pas autre chose que ces Saints, bien que la signification du terme ait pu, dans l'origine, être différente (Ps. XXIX, I). La fidélité qui environne Dieu, doit être la personnification de cet attribut, représenté comme l'exécuteur de ses volontés, ou bien c'est la métaphore qui en fait un vêtement.
comme c'est souvent le cas pour les qualités morales. Une remarque analogue s'appliquera à la grâce et à la fidélité placées en face de Dieu, c'est-à-dire attendant ses ordres comme des serviteurs. La sortie miraculeuse à* Egypte (pour le terme figuré, voyez LXXXVII, 4), est mise ici, comme le fait le plus significatif de toute l'ancienne histoire, à la place de tous les autres analogues.
Les strophes 8 et 9 sont moins transparentes et ont donné lieu à des méprises. On a voulu y voir la preuve que, du temps de la composition de ce psaume, Israël avait encore des rois, et l'on a cherché en conséquence une époque avant l'exil, à laquelle il pût être adapté. On n'a pas remarqué que l'inscription nommait comme auteur un contemporain de David, et que, si le contenu exclut une pareille combinaison, il n'y a pas de raison suffisante pour se renfermer dans un cercle trop étroit. Voici comment nous comprenons ces deux strophes. Après avoir exalté le Seigneur Jéhova, le poète s'écrie : «Heureux le peuple protégé par un pareil Dieu ! La force et la gloire lui sont assurées.» Ceci est dit théoriquement, le poëte ne pouvant pas dire qu'Israël possède en ce moment la force et la gloire, mais voulant insinuer qu'elles doivent lui revenir. Le roi et le bouclier sont ici synonymes conmie au Ps. XLVII, 10, et ce n'est pas d'un roi terrestre qu'il s'agit, et qui serait le bouclier d'Israël, mais de Jéhova lui-même. C'est de lui que vient le bouclier et le roi, nous n'avons pas besoin d'un autre. Ce vers est même pour nous une preuve que du temps de l'auteur, il n'y avait pas de roi israélite. On remarquera aussi que l'auteur parle au pluriel, au nom du peuple. Nous avons substitué le mot de puissance à celui de corne (LXXV, 6, 1 1), cette métaphore n'étant pas d'usage dans notre rhétorique moderne.
La seconde partie du psaume (str. 10 à 18) reproduit maintenant d'une manière plus détaillée les promesses antiques relatives à la perpétuité de la race et de la domination des Isaïdes. Ces promesses ont été faites au moyen d'une révélation (2 Sam. VII, 17), c'est-à-dire par la bouche des prophètes. L'auteur a en vue la scène de l'onction du jeune David, 1 Sam. XVI, et surtout le discours du prophète Nathan à Toccasion de la naissance de Salomon, 2 Sam. VII. C'est à ce discours que notre poëte emprunte, en les amplifiant, et en les exagérant même, les paroles qu'il met dans la bouche de Dieu, et quelquefois même il les
transcrit textuellement (voyez par ex. 2 Sam. Vn, 10, 18^16). Le bien-améj auquel a été faite la révélation, est nécessairement David lui-même. C'est à tort que lesLXX et d'autres traducteurs ont changé la leçon et mis le pluriel [les bien-aimés), comme s^il était question des deux prophètes, Samuel et Nathan.
Toute cette partie du psaume est on ne peut plus simple et claire. Cependant, il y a deux ou trois lignes qui provoquent des réserves critiques. A la strophe 10 il y a proprement : y^pose un secours sur un héros, et comme cette expression est par trop singulière, on a proposé de changer le secours en un diadème ^ — Immédiatement après, le mot que nous traduisons par élu (comp. V. 4), pourrait bien aussi signifier un adolescent. — La dernière ligne de tout le discours {le témoin céleste est sûr) est assez obscure. Qui est ce témoin céleste? On a tour à tour pensé à Dieu, à la lune, et à Tarc-en-ciel. Il nous semble cependant que ces deux dernières interprétations doivent céder le pas à la première. Du reste, ce qui est dit de la durée du trône comparée à celle des astres est une imitation de Ps. LXXII, 5, 7, 17, de même que la phrase relative à la domination de David sur la mer et les fleuves (str. 12) paraît empruntée au 8* verset du même psaume. Nous n'avons pas besoin de faire remarquer que la 13" strophe, où David est placé avec Dieu dans un rapport filial, est la reproduction de ce qui est dit primitivement de Salomon (2 Sam. VII, 14), comme en général le psalmiste étend à toute la lignée royale, ou plutôt à la nation entière, ce qui se rapportait dans Torigine au premier héritier présomptif du fondateur de la dynastie. Car ce n'est qu'ainsi que les promesses de perpétuité pouvaient encore avoir un sens et une valeur pour le poète. Gela se voit surtout clairement dans les deux strophes qui parlent d'un châtiment éventuel, où l'auteur a sans doute eu en vue l'histoire des malheurs du peuple, tandis que l'oracle primitif (2 Sam. VII, 14, 15) parlait du fils de David. Car la dépendance de notre texte relativement à celui de Thistorien, est un fait incontestable, ses phrases de ve7'ffe et de coups n'ayant de sens que quand on les rapproche de l'original qui parle d'une punition bénigne et paternelle.
Enfin la 3° partie déplore la situation du moment. Elle fait de larges emprunts à d'autres psaumes analogues, XLIV , 10;
XXVII, 8; LXXIX, 4, 5; LXXIV, 1, 7. Ici Yoint de Dieu est iGore le peuple et non un personnage particulier, LXXXIV» 10. es clôtures renversées (LXXX, 13), le pillage, et surtout la mnesse raccourcie nous mettent en présence de la nation entière, ne s'agit pas d'un prince que les soucis auraient fait vieillir vant le temps (!), mais d*un peuple jadis heureux, aujourd'hui amilié et abattu. La 2V strophe paraît avoir en vue des revers lilitaires ; il n*est pas nécessaire cependant de songer à des évéements récents, quoique rien ne s'y oppose. Dans la 23®, nous vons changé le texte (je suis passager), d'après XXXIX, 5^ la ^n reçue ne donnant qu'un sens arbitrairement réduit à la hrase : ce que c'est que la vie. En tout cas, l'auteur puise dans la rièveté de la vie un argument en faveur de sa supplication, que Seu veuille intervenir, avant qu'il ne soit trop tard. La seconde gne de la dernière strophe est très-douteuse et il serait possible ue le texte fût altéré.
Béni soit TÉternel à tout jamais ! Âmen ! Âmen i Doxologie finale du 3" livre.
' kaiel pour haled.
A. T. — 5« part. 19
290 PSAUME xc.