LIVRE QUATRIÈME
(Hébr. XC. Grec LXXXIX.)
Seigneur ! Tu as été notre asile d'âge en âge :
Avant que les montagnes fussent nées
Et que tu eusses enfanté la terre et le monde;
De jadis à jamais tu es, ô Dieu !
Tu réduis Thomme en poussière,
Et tu dis : Mortels, retournez 1
Mais mille ans sont à tes yeux
Ck)mme la journée d'hier quand elle passe.
Comme une veille de la nuit.
Quand tu les as emportés, ils sont dans le sommeil ;
Le matin ils poussent comme Therbe :
Elle fleurit et pousse au matin,
Le soir on la coupe et elle sèche.
C'est que nous périssons par ta colère.
Nous sommes chassés par la terreur de ton courroux.
Tu as placé nos péchés devant toi.
Notre secret dans la lumière de ta face.
Car nos jours s'en vont tous par ta disgrâce.
Nous achevons nos années comme une pensée.
Nos jours comprennent septante ans.
Et au plus fort quatre-vingts ans.
Et ce qui en fait l'orgueil est peine et vanité.
Car cela passe vite et nous nous envolons.
Qui est-ce qui reconnaît la puissance de ta colère.
Et ta disgrâce, comme il devrait te craindre?
Apprends-nous à compter nos jours,
Pour que nous t'apportions un cœur sage.
Reviens, ô Éternel î Jusques à quand .... ?
Aie pitié de tes serviteurs !
Rassasie-nous demain de ta grâce.
Que nous soyons triomphants et joyeux toute notre vie
Réjouis-nous aussi longtemps que tu nous as affligés, Autant d'années que nous avons connu le malheur ! Que tes hauts faits se fassent voir à tes serviteurs, Et ta gloire à leurs neveux !
Que la faveur de TÉtemel notre Dieu soit sur nous, Et fais que l'œuvre de nos mains nous réussisse, Oui, fais réussir l'œuvre de nos mains î
Par un caprice assez singulier de la tradition, ou plutôt des savants juifs, ce psaume passe pour le plus ancien de tous, et est attribué à Moïse, quoique rien absolument dans le texte ne soit de nature à faire songer à une si haute antiquité, et que tout au contraire des indices non méconnaissables nous y mettent en face d'une situation pareille à celle que nous avons trouvée dans la plupart des autres.
L'auteur débute par l'antithèse entre la brièveté de la vie humaine et l'éternité de Dieu. Mais il ne s'arrête pas à la simple contemplation du fait, il y rattache des réflexions morales et religieuses, et surtout le souvenir de la direction providentielle du peuple d'Israël. En effet, dès la première ligne, nous voyons que ce sont les destinées nationales qui préoccupent le poêle, et non la condition faite à tous les hommes en tant que mortels. La brièveté de la vie est donc un sujet de regret, non pas au point de vue de la mortalité commune et individuelle, mais à celui de la juste impatience des fldèles malheureux qui voudraient voir changer leur sort avant qu'il ne soit trop tard. — Dieu est àe jadis à jamais. A dessein nous ne traduisons pas : de siècle en siècle, parce que l'auteur se place au point d'intersection de deux périodes, dont l'une s'étend vers le passé, l'autre vers l'avenir, et qui toutes les deux restent indéfinies relativement à leur point aboutissant. Cela se voit surtout par la tournure que le poëte doDue à sa pensée quand il vient à mettre la durée de l'existence d^ Dieu en regard de celle de l'homme. Pour cela, loin de s'élever aux formules abstraites de la notion métaphysique de l'éternité, " Se sert d'une mesure toute relative. Dieu embrasse tout un ^^Uier d'années avec la même facilité de coup d'œil et de ^^Uaoire, dont le mortel dispose à l'égard de la journée d'hier, ou ^^? quelques heures de la nuit pendant lesquelles une sentinelle ^oît rester au poste. Gela revient à dire que mille ans sont à la ^^^ de Dieu, ce que trois ou douze heures sont à celle de
292 PSAUME xc.
rhomme. Personne aujourd'hui n'ira se servir de cette image poétique comme d'un élément de calcul, comme l'ont fait les rabbins. Pour peindre la brièveté de la vie humaine, Fauteur prend la comparaison avec Therbe des champs, si fréquemment reproduite dans l'Ancien Testament, et y arrive d'une manière plus éloquente encore, en mettant dans la bouche de Dieu le simple et bref commandement : Retournez ! avec allusion à ce qui est raconté dans l'histoire des protoplastes. Les derniers distiques de la 1"^ strophe sont très-diversement traduits. Nous n'avons rien changé au texte ; nous avons mis le mot emporter pour inonder^ tout en restant dans l'image d'une pluie torrentielle exigée par l'étymologie ; le sommeil sera celui de la mort.
La seconde strophe élève le fait en question à la hauteur d'un sujet de méditation religieuse. Ce sont les péchés des hommes qui abrègent leurs jours en attirant sur eux la colère de Dieu, dont les effets sont comparés à ceux d'une panique causée par la surprise d'un ennemi. Cette cause de notre caducité est d'autant plus active que Dieu connaît toutes nos fautes, même celles que nous essayons de cacher à d'autres ou à nous-mêmes. En évaluant la moyenne de la vie humaine à 70-80 ans, le poëte ne veut pas dire que c'est trop peu ; le sens est que cette période, comparativement longue, si longue que l'homme finit par se plaindre du poids des années, n'est, après tout, que l'affaire d'un moment» un rien, une pensée fugitive. Ces réflexions amènent finalement une application pratique : Ah, si nous voulions reconnaître la cause de sa colère, et en profiter, en apprenant à compter nos années, c'est-à-dire, à méditer sur le meilleur emploi de leur petit nombre!
Cette seconde strophe a déjà préparé l)ei transition aux faits concrets et nationaux, et l'horizon plus nettement circonscrit de l'histoire va maintenant se dessiner avec des contours plus fermes, à l'exclusion des généralités anthropologiques. Évidemment il s'agit de l'expérience d'une époque particulière, et l'auteur n'a pas pu vouloir dire à Dieu d'agrandir la durée moyenne de la vie humaine, mais de relever Israël de son profond abaissement. Jéhova doit enfin avoir pitié de ses serviteurs. Vofuvre de leurs mains, ne peut être ici qu'une entreprise dans laquelle se concentraient les efforts de toute la génération, et dans laquelle depuis longtemps, et par sa propre faute, elle avait perdu du terrain, au lieu d'avancer. Cette strophe dominant le tout, il serait peut-être convenable de chercher, pour les généralités précédentes
aussi, quelque application plus positive et plus concrète. Une guerre, une contagion, en abrégeant la vie de nombreux membres de la communauté, pouvait suggérer au poëte la direction particulière de ses pensées et de ses images. Mais nous n'avons pas besoin d'y recourir ; moins encore nous estimons qu'il y a entre les premières strophes et la dernière si peu de liaison, que Ton dût douter de la cohésion primitive des deux parties.
(ilébr. XCI. Grec XC.)
[Heureti^] celui qui demeure sous Tabri du Très-Haut, Qui repose à l'ombre du Tout- Puissant !
Je dis à laheweh: Mon refuge et ma citadelle, Mon Dieu, en qui je me confie!
Oui, c'est lui qui te sauve du lacet de Toiseleur,
De la pesle dévastatrice.
Sous ses ailes il t'abrite, Sous son plumage tu trouves un refuge :
Sa fidélité est ton égide et ton bouclier.
Tu n'auras pas à craindre le frisson de la nuit,
Ni la flèche qui vole de Jour, Ni la peste qui se glisse dans les ténèbres.
Ni la contagion qui ravage en plein midi.
Il en tomberait mille à ton côté,
Et dix mille à ta droite.
Toi, cela ne t'atteindrait pas.
Seulement de tes yeux tu le contemplerais.
Tu verrais la récompense des méchants.
Oui toi, laheweh, tu es mon refuge !
Quand tu auras fait du Très-Haut ton asile, Le malheur ne viendra pas jusqu'à toi,
Et la calamité n'approchera point de ta tente.
Mais il enjoindra à ses anges
De te garder dans toutes tes voies :
Sur les mains ils le porteront,
Que ton pied ne heurte pas contre la pierre. Sur le lion et l'aspic tu marcheras.
Tu fouleras le lionceau et le serpent.
((Puisqu'il s'attache à moi je le sauverai ;
Je le mettrai en lieu sûr, parce qu'il connaît mon nom. S'il m'appelle, je lui répondrai.
Dans la détresse je serai avec lui.
Je le dégagerai, et je le ferai respecter, De jours jlprolongés je le rassasierai
Et lui ferai voir mon salut, -o
La seule difficulté que présente ce psaume, c*est la brusque transition d'une personne à Tautre, à trois reprises différentes. Il est vrai que c'est là un phénomène assez fréquent dans la poésie hébraïque, et personne ne sera arrêté en voyant tout à coup, à la dernière strophe, Dieu prendre la parole lui-même, comme pour ratifier dans une péroraison solennelle les assertions précédemment faites par la piété confiante de son serviteur. Il n*en sera pas de même à la 5° strophe, dans laquelle une seule ligne, et à la 1*^, où deux lignes interrompent un discours régulièrement énoncé d'un bout à l'autre sous forme d'allocution adressée au fidèle. Plusieurs interprètes n'ont su se rendre compte de ces apparentes interruptions, qu'en supposant le psaume chanté par différentes voix ou chœurs. Cependant cela ne le rendra pas plus naturel. Nous trouvons plus simple de mettre le tout dans la bouche d'une seule personne, qui tantôt se met en rapport direct avec Dieu pour lui exprimer ses pensées intimes, tantôt se parle à elle-même, pour fortifier ses sentiments de confiance. A la rigueur, l'allocution pourrait s'adresser à la communauté, et ce serait la communauté qui, se dédoublant pour ainsi dire, adhérerait (à la première personne) à la conviction exprimée.
Les premières lignes présentent une difficulté plus grave. Le texte n'offre pas de sens bien complet. On a proposé différents changements pour faire disparaître l'obscurité. Pour ne rien changer à la lettre du texte, nous avons simplement ajouté un mot, supposé perdu, et dont l'addition, en tout cas, ne fausse pas le sens.
Il n'y a rien dans ce poëme religieux qui puisse servir à déterminer l'époque de son origine. Seulement on pourrait conjecturer que, si les Israélites peuvent être tranquilles spectateurs de combats où périssent des milliers de guerriers (str. 4), cène sont pas eux qui font la guerre. S'il fallait absolument un fond historique à ce tableau, sur lequel se détache le portrait du pieux adorateur de Jéhova, protégé par ses anges gardiens, nous dirions qu'il s'agit d'un état de choses, où les destinées du monde se débattent à coups d'épée enlre les puissances païennes, et où les Israélites, réduits à une condition plus humble, n'ont pour toute défense que leur foi (Ps. XLVI).
(Hébr. XCII. Grec XCI.)
11 est beau de célébrer TËternel,
De psalmodier à ton nom, ô Très-Haut!
De proclamer le matin ta grâce,
Et la fidélité chaque soir^ Sur le lu|h et la harpe,
Aux accords de la guitare.
Car tu m'as réjoui, Éternel, par ce que tu as fait ;
Les œuvres de tes mains me transportent d'allégresse. Que tes œuvres sont grandes, ô Éteruel !
Que tes desseins sont insondables !
L'homme stupide ne le reconnaît pas,
Et l'insensé n'y comprend rien.
Si les méchants poussent comme l'herbe.
Et que tous les malfaiteurs fleurissent. C'est pour être exterminés à jamais,
Tandis que loi, Éternel, tu sièges dans les hauteurs. Car voici tes ennemis. Éternel, Car voici tes ennemis qui périssent.
Et tous les malfaiteurs sont dispersés.
Et à moi tu donnes une corne haute comme au buffle.
D'huile fraîche tu arroses ma tête.
Mon œil peut contempler mes adversaires,
Mon oreille entend les méchants qui s'élèvent contre moi — Le juste pousse comme un palmier ;
11 s'élève comme le cèdre du Liban.
296 PSAUMB XGllI.
Plantés dans la maison de l'Éternel, !
Ils fleurissent dans les parvis de notre Dieu; ils portent encore des fruits dans la vieillesse,
Et sont pleins de sève et de verdeur, Pour proclamer que l'Éternel est juste,
Qu'il est mon rocher, et ne trompera point.
Gomme la formation des strophes est d'ailleurs très-régulière, on est tenté de ramener la 3®, qui fait exception, à la mène forme que les autres, en biffant vers la fin une ligne parfaitemenl superflue. Cependant des répétitions analogues se trouvent aussi dans d'autres psaumes, par ex. XGIII, 3 ; XCIV, 3, etc.
Il est difficile de dire si ce morceau doit simplement exprimer des sentiments religieux généraux, ou s'il se rapportait dans Vorigine à quelque événement spécial. Le commencement deh 2** strophe pourrait faire allusion à un avantage récent, à une victoire, et plusieurs passages subséquents se prêteraient à cette explication. Cependant celle-ci n'est pas exigée d'une manière absolue.
Les images employées par le poëte ne présentent rien d'original; nous connaissons la comparaison de la prospirité avec h croissance d'un arbre ou de toute autre plante, la corne, sjmifk de la puissance, et l'huile, symbole de la joie (voyez par ex. U; XLV, 8; LXXXIX, 18, etc.). L'œil qui contemple Yenneui ^ l'oreille qui l'entend, le fait ici avec sécurité, même avec saÈfaction, en se riant de sa rage impuissante.
(llébr. XClll. Grec XCII.)
L'Éternel est roi!
De majesté il est revêtu :
1/ Éternel est revêtu et ceint de puissance.
Et la terre est ferme et inébranlable, Ton trône affenni dès jadis, Toi-même tu es d'éternité.
Les fleuves, ô Éternel, ont élevé, Les fleuves ont élevé leur voix :
Que les fleuves fassent retentir leurs mugissements
Plus que le bruit des vastes ondes,
Que les puissantes vagues de la mer, L'Étemel est puissant dans les hauteurs.
Tes lois sont invariables; A ta maison revient la sainteté, 0 Éternel, pour la durée des temps !
Nous n'avons trouvé ici des strophes régulières qu'en nous permettant un changement dans la coupe des deux premiers versets ; le travail des rabbins à cet égard ne pouvait point être considéré comme au-dessus de toute critique.
Quant au fond, nous ferons la même observation que sur le psaume précédent. On peut très-bien y voir simplement un hymne glorifiant Dieu, le majestueux maître de la nature. Que la terre soit solidement assise sur une base inconnue aux mortels, cela est en soi-même une merveille étonnante ; cependant cela n'est mentionné ici que pour mettre en relief cette autre pensée, que le trône de Dieu, auquel la terre sert de marche-pied, est inébranlable aussi. Tout ce que la terre peut faire voir de plus puissant, les torrents bruyants auxquels rien ne résiste, les vagues de la mer qui mugissent au loin, tout cela n'est rien en comparaison de Dieu dont la puissance se manifeste dans les hauteurs (par la foudre et le tonnerre). On remarquera que les verbes à la 3® strophe sont à deux modes différents : d'abord c'est une espèce de description ou d'assertion, puis il y a une sorte de défi, auquel répond la strophe suivante.
Plusieurs interprètes ont vu dans ce psaume, comme dans le précédent, une allusion directe à un événement heureux, à une bataille gagnée sur les ennemis, à la reprise du temple par Judas Machabée, ou quelque autre fait important de cette époque. Alors les fleuves seraient le symbole des flots de l'invasion, et le psaume chanterait le triomphe de la théocratie (des lois éternelles) sur les puissances païennes.
(Hébr. XCIV. Grec XCIII.)
Dieu des vengeances, Éternel, Dieu des vengeances, apparais !
Lève- toi, juge de la terre!
298 PSAUME XGIV.
Rends la pareille aux insolents!
Jusques à quand les méchants, ô Éternel ! Jusques à quand les méchants triompheront-ils?
Ils profèrent des paroles impudentes,
Ils se vantent, tous ces scélérats !
Ton peuple, ô Éternel ! ils le foulent aux pieds,
Ils oppriment ceux qui Vappartiennent.
Ils égorgent la veuve et l'étranger,
Ils assassinent les orphelins Et ils disent : laheweh ne le voit pas.
Le Dieu de Jacob n'y prend garde.
Prenez-y garde, hommes stupides !
Insensés, quand entendrez-vous raison?
Celui qui a planté l'oreille n'entendra-t-il pas ?
Celui qui a formé l'œil ne verra-t-il point? Celui qui fait la leçon aux nations ne punira-t-il pas?
Celui qui apprend aux hommes à le connaître....? L'Éternel sait que les desseins des mortels
Ne sont que vanité.
Heureux l'homme que l'Éternel avertit.
Que toi tu instruis par ton enseignement, Pour le tranquilliser en face des jours mauvais,
Jusqu'à ce que la fosse soit creusée pour le méchant. Car Dieu ne délaisse point son peuple.
Il n'abandonne pas son héritage ; Mais son jugement aboutit à la justice.
Et tous ceux qui sont droits de cœur lui restent attachés.
Qui se lèvera pour moi contre les méchants?
Qui pour moi s'opposera aux artisans du mal? Si rÉlernel ne m'eût été en aide,
Peu s'en fallait que je n'allasse au séjour silencieux. Quand je disais : Mon pied trébuche ! —
C'est ta grâce. Éternel, qui me soutenait. Quand des soucis nombreux s'élevaient dans mon sein,
Tes consolations rassérénaient mon âme! •
T'aurait-il pour allié, le trône de perversité.
Qui forge le crime contre le droit?
Ils se ruent sur la vie du juste.
Et condamnent le sang innocent.
Mais r Éternel est mon rempart,
Mon Dieu, le rocher de mon refuge :
il fait retomber sur eux leur scélératesse;
Par leurs propres crimes il les exterminera,
Il les exterminera, TÉternel notre Dieu.
Il nous semble évident que ce n'est pas un individu qui parle ici de ses destinées personnelles ; mais qu'il s'agit de la nation entière. Cela est même dit en toutes lettres str. 2, dist. 2 et str. 4, dist. 3. L'emploi du singulier s'explique, comme partout ailleurs, par la communauté des sentiments et la solidarité de tous les citoyens. Les méchants peuvent être des étrangers, des païens, aujourd'hui maîtres de Canaan et d'Israël, mais il n'y a pas de raison pour ne pas comprendre dans leur nombre des juifs apostats ou faisant du moins cause commune avec les oppresseurs du dehors. Du reste, ce psaume n'offre rien de particulier qui réclame une explication plus détaillée ; tout est clair dès qu'on fait abstraction de l'époque de David, pour se reporter sur celle des Machabées.
(Hébr. XCV. Grec XCIV.)
Allons ! chantons à TÉternel !
Acclamons le rocher de notre salut!
Présentons-nous devant lui avec des louanges !
Acclamons-le avec des psaumes!
Car rÉternel est un grand Dieu,
Un grand roi au-dessus de tous les dieux.
Dans sa main il tient les profondeurs de la terre, Les trésors des montagnes lui appartiennent.
A lui la mer qu'il a faite.
Le sol que ses mains ont formé.
Venez, prosternons-nous, inclinons-nous.
Fléchissons le genou devant FÉternel, notre créateur ! Car c'est lui qui est notre Dieu,
£t nous, nous sommes le peuple qu'il mène paitiv,
Le troupeau que sa main conduit, Aijyourd'hui, si vous écoutez sa voix.
((N'endurcissez point vos cœurs comme à Meriba,
Comme au jour de Massa dans le désert, Où vos pères m'ont provoqué et mis à l'épreuve,
Bien qu'ils eussent vu mes œuvres pendant quarante ans. Je pris cette race en aversion et je dis :
C'est un peuple dont le cœur s'égare,
Ils ne connaissent pas mes voies.
Aussi jurai-je dans ima colère :
Ils n'entreront point dans mon repos! 9
La dernière partie du psaume est un discours mis dans la bouche de Jéhova, qui est censé donner un avertissement à la génération présente, en lui rappelant la conduite de ses pères du temps de Moïse. Il est fait allusion aux scènes racontées Exod. XVII, Nomb. XX, Deut. IX, et à la menace de faire mourir toute cette génération rebelle avant le moment de la possession paisible de Canaan.
Mais il n^est pas bien clair comment ce discours se rattache à ce qui précède. Les traducteurs grecs établissent la liaison en joignant ensemble la fin du v. 7 et le commencement du v. 8 : Aujourd'hui , q'icand vous entendrez sa voix , n'endurcissez point. . . . , etc. Mais dans ce cas la transition de la 2^ personne à la V^ est insupportable, et la voix à entendre ne serait pas même celle du discours qui suit. Aussi la plupart des commentateurs modernes, tout en faisant la coupe des phrases comme les LXX, donnent-ils à la particule conditionnelle un tout autre sens : Ah, si vous écouliez sa voix ! ou : Puissiez-vous écouter sa voix ! Nous nous en sommes tenu au texte reçu, de manière à n'y voir que la condition mise à ce que Jéhova regarde Israël comme sien. Il restera ainsi entre la 3° strophe et la 4° une lacune, en ce sens qu'un prosateur n'aurait pu manquer de dire explicitement que Jéhova lui-même établit la condition en question. Le poète n'avait pas besoin d'une pareille remarque. Nous ne changeons la disposition du texte qu'à l'égard des 40 années, que les rabbins ont jointes très-mal à propos avec le mot : j'ai pris en aversion, au lieu de les rapporter à ce qui précède. L'auteur ne veut pas dire que l'aversion de Jéhova a dû commencer dès le jour de la sortie d'Egypte, mais que les 40 années du trajet, si riches en miracles, n'ont pas empêché Israël de se montrer rebelle.
(Hébr. XCVI. Grec XCV.)
Chantez à rÉiernel un cantique nouveau!
Chantez à l'Éternel, toute la terre !
Chantez à l'Éternel, bénissez son nom!
Proclamez son aide de jour en jour !
Parmi les peuples racontez sa gloire,
Ses merveilles parmi toutes les nations !
Car l'Éternel est grand et très-glorieux ;
Plus que tous les dieux il est redoutable. Car tous les dieux des peuples ne sont rien;
C'est l'Éternel qui a fait les cieux.
La majesté et la magnificence sont devant lui,
La puissance et la splendeur dans son sanctuaire.
Rendez à l'Éternel, tribus des peuples,
Rendez à rfiternel gloire et hommage !
Rendez à l'Éternel la gloire de son nom I
Apportez vos offrandes et venez à ses parvis! Prosternez- vous devant l'Éternel en sainte parure !
Tremblez devant lui, tout le monde !
Dites aux nations : C'est l'Étemel qui est roi,
Et la terre est ferme, inébranlable.
Il gouvame les peuples avec éqidté.
Que les cieux se réjouissent, que la terre tressaille! Que l'océan mugisse, et ce qui le remplit !
Que la campagne, et ce qu'elle contient, éclate en transports !
Que tous les arbres de la forêt bruissent d'allégres.se Devant l'Étemel, car il est venu,
Il est venu juger la terre, Juger le monde avec justice.
Et les peuples selon sa fidélité.
Ce psaume exprime évidemment la reconnaissance publique pour un événement heureux et contrafàte ainsi avec le grand nombre de ceux de la même période de Thistoire qui ont été inspirés par les malheurs de la nation. Il se divise facilement en cinq strophes, dont Tavant-dernière seulement paraît incomplète.
On pourra la compléter par la comparaison de Ps. IX, 9. — Le poëme tout entier se retrouve avec des variantes nombreuses au P' livre des Chroniques, ch. XVI, v. 23 et suiv., et la comparaison des deux textes fait voir combien des pièces de ce genre étaient exposées à des changements arbitraires.
La première strophe appelle la terre entière, c'est-à-dire sans doute la nature inanimée (str. 4 et 5), à proclamer la gloire de Jéhova parmi les nations qui ne le connaissent pas encore, et cela à cause de son aide, de la protection visible qu'il vient d'accorder à ses fidèles. Dans la 5*^ strophe le dieu d'Israël est mis en face des faux dieux, qui dès lors rentrent dans leur néant, tandis que lui, le créateur, assis dans son sanctuaire, est entouré de gloire et de puissance, c'est-à-dire de ses attributs personnifiés qui viennent se placer autour de son trône comme ses serviteurs (Es. VI). La 3® strophe, presque littéralement copiée du Ps. XXIX, invite les peuples païens à reconnaître le seul vrai Dieu comme roi et créateur, qui a établi la terre solidement sur une base que l'homme ignore (XGIII, 1), et dont la providence règle les destinées de l'humanité.
(Hébr. XCVII. Grec XCVI.)
L* Éternel est roi ! que la terre tressaille !
Que la multitude des iles se réjouisse ! Les nuages et robscurité sont autour de lui ;
La justice et Féquité sont la base de son trône. Devant lui s'élance le feu
Et consume ses ennemis tout à Tentour.
Ses foudres éclairent le monde;
La terre les voit et tremble.
Les montagnes fondent comme de la cire devant FÉtemel,
Devant le maître de toute la terre.
Les cieux proclament sa justice
Et tous les peuples voient sa gloire.
Ils sont confondus, tous les adorateurs d'idoles. Eux qui se vantaient de leurs vanités.
Tous les dieux se prosternent devant lui.
Sion Tentend et s'en réjouit;
Les filles de Juda tressaillent
En vue de tes arrêts, ô Étemel !
Car toi, Étemel, tu es le souverain de toute la terre,
Infiniment élevé au-dessus de tous les dieux.
Vous qui aimez l'Éternel, haïssez le mal !
Il garde la vie de ses fidèles;
De la main des méchants il les délivre. La lumière étincelle pour le juste.
Et la joie pour ceux qui sont droits de cœur. Réjouissez-vous, justes, en l'Étemel,
Et célébrez sa sainte gloire!
Ce psaume doit son origine à une circonstance analogue à celle qui a donné naissance au précédent, peut-être au même événement, n s*agit d'une victoire remportée sur les païens et annoncée avec pompe à Jérusalem, où l'on s'apprête à la célébrer (str. 3). Cette victoire est naturellement attribuée à l'intervention de Dieu. Aussi est-elle peinte sous l'image si fréquente d'une apparition de Jéhova au sein de l'orage (str. 1) : les nuages enveloppent sa personne, et les foudres consument l'ennemi. Le résultat montre qu'il est roi, seul maître du monde. La multitude des îles, en parallélisme avec la terre ferme, exprime l'idée de la totalité des pays habités. La terre est dans ce cas plus particulièrement le continent asiatique, les îles sont les contrées moins connues de l'Europe, que l'imagination populaire se représentait volontiers comme une masse d'archipels.
(Hébr. XCVIIL Grec XCVn.)
Chantez à l'Éternel un cantique nouveau.
Car il a fait de grandes choses !
Son bras, sa sainte droite lui a donné la victoire.
L'Éternel a fait connaître son aide;
Aux yeux des nations il a révélé sa justice. Il s'est souvenu de sa grâce et de sa fidélité pour Israël ;
Les extrémités de la terre ont vu la victoire de notre Dieu.
304 PSAUME XGIX.
Acclamez PÉternel, toute la terre,
Éclatez en cris, psalmodiez!
Psalmodiez à TÉternel sur la lyre,
Sur la lyre avec des accents mélodieux. Avec les trompettes et au son du cor
Acclamez le roi, TÉternel !
Que la mer retentisse avec tout ce qui la remplit,
La terre et tous ses habitants !
Que les fleuves applaudissent!
Que les montagnes crient en chœur devant l'Éternel !
Car il est venu juger la terre,
Juger le monde avec justice
Et les peuples avec équité.
Imitation un peu servile du Ps. XG VI (n® 95) ; plusieurs vers sont littéralement copiés, et les prosopopées déjà bien hardies dans Tautre pièce sont exagérées ici, en ce que, à la place des arbres qui chantent, Tauteur a mis des fleuves qui battent des mains.
Quant à Torigine et au sens du poëme, il n'y a qu'à répéter ce qui a été observé sur les psaumes immédiatement précédents. L'événement heureux auquel il y est fait allusion se dessine ici d'une manière assez transparente, bien qu'aucun nom propre ne vienne nous donner des indications précises sur l'époque où il a dû avoir lieu.
(Hébr. XCIX. Grec XCVIII.)
L'Éternel est roi — les peuples tremblent;
Il trône sur les Keroubs — la terre chancelle. L'Éternel est grand en Sion, Élevé au-dessus de tous les peuples.
Qu'on célèbre ton nom grand et redoutable ! Il est le Saint!
Et la puissance du roi qui aime la justice !
C'est toi qui as rétabli le bon droit;
La justice et Téquité, tu les as exercées en Jacob.
Exaltez rfoernel notre Dieu !
Prosteinez-vous devant son marche- pied ! Il est le Saint !
PSAUMB XGIX. 305
Moïse et Aharôn étaient de ses prêtres,
Et Samuel de ceux qui invoquaient son nom.
Ils invoquaient TÉtemel et il les exauçait.
Dans la colonne de nuée il leur parlait.
Ils gardaient ses commandements, La loi qu'il leur avait donnée.
Étemel, notre Dieu, toi tu les exauçais ;
Tu fus pour eux im Dieu clément.
Tout en punissant leurs actes.
Exaltez l'Éternel notre Dieu !
Prosternez-vous sur sa sainte montagne ! Car il est saint, l'Étemel notre Dieu !
L*interprétation de ce texte, qui a paru obscur et décousu à beaucoup de commentateurs, ne nous semble pas être trop diflGicile. Il est d'abord clair, par la disposition des strophes et la présence des refrains, qu'il forme un tout régulier et complet. Le seul passage qui puisse arrêter le lecteur et qui a provoqué des explications très-différentes, c'est la première ligne de la seconde strophe, que nous envisageons comme régie encore par le verbe célébrer qui précède, de sorte que le refrain de la fin de la première strophe forme une espèce de parenthèse, au point de vue de l'analyse logique.
La seconde strophe dit positivement que Dieu a fait pour son peuple quelque chose d'extraordinaire, au sujet de quoi il convient de le glorifier. Il s'est montré comme roi (XGVII, 1), il a fait prévaloir le bon droit, c'est-à-dire la cause de ses fidèles, il s'est fait craindre du monde païen. Les KerovAs (LXXX, 2), placés autrefois sur l'arche sainte, tant qu'elle existait, sont devenus depuis une figure poétique, pour le trône de Dieu établi dans le ciel, au-dessus des nuages et des tempêtes (XVIII, 11). Le marche-pied tient tout naturellement à ce trône idéal.
La troisième strophe rappelle les anciens temps d'après la tradition sacrée. Alors les noms les plus illustres figuraient à la tête de la nation ; Jéhova conversait avec Moïse, Aharôn et Samuel, leur transmettant directement sa volonté et rencontrant en eux l'obéissance et la fidélité. Mais ce qui nous choque ici, c'est qu'il est parlé en même temps d'actes punissables et punis, ces grands prophètes ayant dû apparaître à la postérité comme exempts de défauts. Le souvenir du veau d'or ne suffit pas pour
A. T. — 5« part. 20
306 PSAUMB c.
expliquer ce passage. Nous pouvons nous en rendre compte autrement. En disant : il leur parla du sein de la nuée, Tauteur fait voir qu*il a en vue ici, non pas seulement les trois personnajres qu'il vient de nommer, et auxquels cela ne s'appliquerait qu'eu partie, mais plutôt l'ancien Israël en général, le peuple-type des récils sacrés, lequel connut Jéhova à la fois comme protecteur clément, et comme vengeur des transgressions. H n*est donc pas besoin de conjectures destinées à changer le texte. De fait, cette seconde partie du psaume semble insinuer que Jéhova, par les événements que l'auteur a en vue, s*est montré animé des mêmes sentiments qu'autrefois, c Le Dieu de nos ancêtres vit encore ! » et si les formes de ses révélations ont changé, sa miséricorde et son amour sont restés les mêmes, bien entendu, sous la réserve des conditions imposées à son peuple.
(Uébr. C. Grec XCIX.)
Acclamez rÉternel, toute la terre !
Adorez l'Éternel avec joie !
Venez à lui avec des cris d*allégresse !
Reconnaissez que laheweh est Dieu !
n est noire créateur : nous sommes à lui,
Son peuple, le troupeau de son pâturage.
Entrez dans ses portes avec actions de gnkœsi Dans ses par\is avec des chants de gloire I Li)uez-le, bénissez son nom !
Car rÉtemel est bon :
Sa grâce dure éternellement,
Et sa fidélité d'âge en âge.
Hymne liturgique, dont les idées sont tellement générales qu*il serait téméraire de vouloir déterminer Toccasion particulière qui aurait pu l'inspirer. Ce n'est que d*une manière approximative que l'époque peut être reconnue par le voisinage des pièces précédentes. Il y a des réminiscences du Ps. XCV, 7 (n* 94).
Dans la 2* strophe nous avons suivi la leçon indiquée par les Rabbins en marge du texte : nous (sommes) à lui. Le texte reçu
PSAUME a. 307
porte : non pas nous^ Ce dernier sens serait très-acceptable (ce n*est pas nous qui nous sommes faits ce que nous sommes), s*il ne rompait pas la liaison avec ce qui suit.
(Hébr. CI. Grec C.)
Je chanterai la grâce et la justice,
A toi, Éternel, je psalmodierai.
J'aurai soin du sort de l'homme intègre,
Quand il me sera déféré.
Je marcherai dans l'intégrité de mon cœur.
Au milieu de ma maison.
Je ne veux pas avoir sous les yeux
D'affaire de mauvaise foi.
Je hais une conduite méchante ;
Elle ne sera pas la mienne.
Un cœur pervers sera loin de moi.
Je ne veux rien savoir de mal.
Celui qui calomnie en secret son prochain.
Je le réduirai au silence.
Celui qui a le regard hautain et le cœur superbe,
Je ne le supporterai pas.
Mes yeux se tourneront vers les fidèles du pays.
Pour qu'ils restent avec moi.
Celui qui marche droit dans son chemin.
C'est lui qui me servira.
Ne demeurera point dans ma maison
Celui qui pratique la fourberie.
Celui qui profère des mensonges
Ne subsistera pas devant mes yeux.
Chaque jour je réduirai au silence les méchants du pays.
Pour extirper les malfaiteurs de la cité de l'Éternel.
Ce psaume est un des moins poétiques de la collection, ou plutôt, il n'a de la poésie que la forme des distiques qui se suivent ici, alignés Tun à Tautre, sans aucune trace de combinaison strophique ou musicale. En revanche, il présente un grand intérêt par son contenu. On ne peut guère se refuser à l'idée que c'est un personnage haut placé qui y parle, un chef, un ministre ou
1 là pour lo.
908 PSAUME eu.
juge, peut-être un prince. Cependant il n'y a aucune allusion à une position ou éventualité militaire ; rien qui rappelle les rois de la dynastie de David. U n'est guère question que d'une bonne administration de la justice, de la protection à accorder aux fidèles^ et de la répulsion à exercer contre les méchants. La dU de Dieu doit être ainsi exempte de tout élément impur. On ne peut se défendre de penser que dans l'horizon de l'auteur il s'agissait surtout de l'antagonisme entre deux partis dont l'un tendait, ou avait naguère réussi à dominer l'autre par des moyens odieux. Tout cela nous conduit à chercher l'auteur parmi les chefs israélites qui se sont trouvés à la tête des affaires, après que l'insurrection contre les Grecs se fut assez consolidée pour qu'ils pussent prétendre à organiser le gouvernement civil. D'autres commentateurs déjà on prononcé le nom de Jonathan. On comprend que les Rabbins aient inscrit en tête du psaume le nom de David, parce qu'eux aussi reconnurent un prince dans l'auteur; mais cette inscription n'est justifiée par rien dans le texte.
On peut se demander à quel propos l'auteur a débuté par son premier distique : de fait, la liaison des premiers vers avec tout le reste est si peu claire qu'on a pu s'arrêter à l'idée qu*ils ont été ajoutés après coup par une main étrangère, afin de donner au psaume une tournure liturgique, parce qu'autrement il n'était guère qualifié pour servir au chant de la communauté. La grâce et la justice y avec le simple article, pourraient être celles de Dieu, dont parle la deuxième ligne, ou bien des qualités humaines nommées d'une manière générale. Mais le psaume ne parle pas des attributs de Dieu, et dans le second cas on ne voit pas ce que doit faire ici l'annonce d'un psaume adressé à Jéhova.
La 4° ligne est ordinairement traduite : Qmnd viendras^u? Nous avouons ne pas comprendre une pareille question au beau milieu des promesses formulées relativement à l'exercice du pouvoir.
iOi.
(Hébr. CIL Grec Cl.)
Éternel ! écoute ma prière !
Puissent mes cris arriver jusqu'à toi I Ne me cache pas ta face au jour de ma détresse. Incline vers moi ton oreille au jour où je t'invoque :
Hâte-toi de m'exaucer I
PSAUME en. 309
Car mes jours passent comme la fumée, Et mes os se consument comme un tison. Pareil à Therbe, mon cœur est flétri et desséché, J'oublie même de manger mon pain.
A force de gémir me^ os s'attachent à ma chair.
Je ressemble au pélican du désert,
Je suis pareil au hibou des ruines.
Je veille, je suis comme le passereau solitaire sur le toit.
Tout le jour mes ennemis m'outragent.
Et dans leur fureur ils exècrent mon nom.
Oui, je mange de la cendre comme du pain. Et à mon breuvage je mêle mes larmes, A cause de ta colère et de ton courroux.
Parce que tu m'as pris et jeté loin de toi.
Mes jours sont comme l'ombre qui s'étend. Et moi je suis desséché comme l'herbe.
Mais toi. Éternel, tu sièges à jamais.
Ta gloire passe d'âge en âge.
Tu te lèveras pour prendre pitié de Sion : Car il est temps de lui rendre ta grâce;
Le moment en est venu.
Car tes serviteurs chérissent ses pierres,
Ils aiment jusqu'à sa poussière
Alors les peuples craindront le nom de l'Éternel,
Et tous les rois de la terre ta majesté.
Quand l'Étemel aura rebâti Sion,
Qu'il sera apparu dans sa gloire.
Qu'il se sera tourné vers la prière du misérable.
Et n'aura pas dédaigné sa supplication — Cela sera écrit pour une génération future.
Et le peuple à venir glorifiera l'Étemel.
Quand l'Éternel aura regardé de sa sainte hauteur.
Jeté les yeux du ciel sur la terre.
Pour écouter les soupirs des captifs.
Pour délivrer les enfants de la mort.
Afin qu'on redise à Sion le nom de l'Éternel,
Et sa louange à Jérusalem, Lorsque les peuples se rassembleront tous.
Et les royaumes, pour adorer laheweh.
310 PSAUME eu.
Il a brisé mes forces en route, Il a abrégé mes jours.
Je dis : Mon Dieu, ne m'enlève point au milieu de mes jours I Tes années durent d'âge en âge.
Jadis tu as fondé la terre, Et les deux sont l'œuvre de tes mains.
Eux, ils périront, toi tu restes.
Tous ils s'useront comme un vêtement; Comme un habit tu les changes, et ils sont changés : Toi, tu es, et tes années ne finissent pas. Puissent les enfants de tes serviteurs demeurer en paix,
Et leur postérité être en sûreté devant toi I
Le poète ne parle pas en son propre et privé nom seulement ; ce sont les malheurs publics qui le préoccupent ; mais il va sans dire qu'il en souffre comme les autres. A quels malheurs fait-il allusion? Les anciens commentateurs juifs, si pressés ailleurs de ramener tous les psaumes à l'époque de David, n'ont pas osé répondre à cette question. Ils ont mis à celui-ci une inscription très-vague, et qui indique plutôt l'usage qu'on pouvait faire de ce psaume, soit dans la synanogue, soit pour l'édification domestique, que l'occasion à laquelle il aurait été composé. Ils disent : Prière pour un malheureux au désespoir, quand il épanche ses pensées devant Dieu.
En examinant le texte on se fait facilement à l'idée que nous avons ici une production de l'exil. Il est question de Jérusalem comme étant en ruines ; et le poëte appelle de ses vœux la restauration de la ville et du peuple. Dans ce cas le psaume serait beaucoup plus ancien que les autres contenus dans ce livre. Ce n'est pas là un argument décisif à faire valoir contre le point de vue indiqué tout à l'heure. Cependant il est à remarquer que les plaintes relatives à la situation donnée, ne trahissent nulle part la moindre allusion aux causes assignées par les prophètes de l'exil à la catastrophe nationale. Notre auteur n'exprime pas un sentiment de repentir ou de contrition. Ceux au nom desquels il parle, sont les serviteurs de Jéhova, et n'ont jamais été autre chose ; il ne les distingue pas, comme une minorité, de la masse du peuple qui aurait été coupable, et aurait mérité le châtiment dans lequel les innocents aussi auraient été enveloppés. Nous sommes ainsi ramenés à une époque postérieure où la fidélité
dlsraêl était un fait incontestable et où les psalmistes pouvaient se croire autorisés à solliciter raccomplissement des promesses de Jéhova. Ce qui est dit des outrages des ennemis (str. 3) s'explique mieux par ce que nous savons de la période des Grecs que par les circonstances du séjour de Babylone. Pendant les guerres de l'indépendance Jérusalem a souffert beaucoup, et s'est trouvé plus d'une fois dans un étal de désolation qui justifiait des plaintes comme celles que nous lisons ici.
Ajoutons que le poëme a peu d'originalité, et que plusieurs strophes se composent essentiellement de réminiscences empruntées à des pièces plus anciennes. Pour n'en citer que quelques exemples, nous prions le lecteur de comparer pour la l'* strophe les passages XVIII, 7 ; XXVII, 9 ; LXIX, 18 ; pour la seconde, XXXVII, 20 ; LXIX, 4 ; ailleurs surtout le Ps. XXII (v. 24 et suiv.), etc.
L'un des motifs principaux que le psalmiste fait valoir à l'appui de sa supplication et qui amène même les passages les plus éloquents de son cantique, c'est la brièveté de la vie humaine mise en regard de l'éternité de Dieu. Gela revient à dire: la génération actuelle devra-t-elle passer sans voir le jour de la délivrance ? L'éternité de Dieu, qui doit survivre même au monde, lequel est ailleurs représenté comme la mesure de la durée indéfinie (LXXII, 5, 7, etc.), est un gage de l'espérance nationale.
Les images employées pour peindre la triste situation du moment s'expUquent facilement : le feu qui dévore le bois, l'herbe flétrie par l'ardeur du soleil, le jeûne que s'impose le désespoir, la maigreur du corps qui en est la conséquence, les cris plaintifs des oiseaux qu'on entend la nuit, ou leur isolement, l'ombre qui s'allonge à mesure que le jour baisse, sont autant de traits de pinceaux qui rendent le tableau plus pittoresque. En regard de celui-ci se trouve la perspective de la restauration que les païens même devront admirer, au point d'être amenés eux-mêmes à la conversion.
(Hébr. cm. Grec Cil.)
Mon âme, bénis ]*Étemel I Que tout ce qui est en moi bénisse son saint nom !
312 PSAUME an.
Mon âme, bénis l'Éternel, Et n'oublie point ses nombreux bienfaits ! C'est lui qui pardonne toutes tes fautes.
Qui guérit toutes tes infirmités;
Qui rachète ta vie de la fosse,
Qui te couronne de grâce et de miséricorde;
Qui rassasie de biens ta bouche.
Et te fait rajeunir comme l'aigle.
L'Étemel rend justice Et fait droit à tous les opprimés.
A Moïse il fit connaître ses voies,
Ses miracles aux enfants d'Israël.
L'Étemel est débonnaire et miséricordieux,
Lent à s'irriter et plein de grâce.
Il ne se pose pas toujours en juge.
Et ne garde pas rancune à jamais.
Il ne nous a pas traités selon nos péchés.
Et ne nous a pas rémunérés selon nos fautes. Car autant le ciel est élevé au-dessus de la terre,
Autant sa grâce a été puissante sur ceux qui le craignent. Autant l'orient est loin de l'occident,
Autant il a éloigné de nous nos fautes. Comme un père a pitié de ses enfants,
L'Éternel a eu pitié de ceux qui le craignent. Car il savait bien comment nous sommes formés,
11 se rappelait que nous sommes poussière.
Le mortel ! ses jours sont comme l'herbe ;
Il fleurit comme la fieur des champs.
Qu'un vent y passe — elle disparaît.
Et son lieu n'en sait plus rien. [craignent,
Mais la grâce de l'Éternel est d'âge en âge pour ceux qui ^
Et sa justice pour les enfants des enfants
De ceux qui gardent son pacte.
Et qui se souviennent de ses lois pour les pratiquer.
L'Éternel a établi son trône dans le ciel,
Et sa royauté domine partout.
Bénissez l'Éternel, vous ses anges,
Puissants héros, qui exécutez sa volonté,
Dociles à la voix de sa parole!
PSAUME cni. 313
Bénissez l'Étemel, vous toutes ses armées,
Vous ses ministres, qui accomplissez son plaisir!
Bénissez l'Étemel, vous toutes ses œuvres. Dans tous les lieux de sa domination !
Bénis, mon âme, l'Étemel !
La louange de Dieu, chantée dans ce psaume, se fonde sur Tidée de sa miséricorde, qui en est le véritable sujet. JV'otiblie pas ses bienfaits! se dit à lui-même le psalmiste, et devaient se dire tous ceux pour l'édification desquels ce cantique a été composé. Celuici énumère les diverses catégories de bienfaits dont un Israélite fidèle était redevable à Dieu, et il puise dans cette énumération autant de motifs de gratitude. On s'est demandé s'il s'agit ici d'édification collective ou individuelle. La question nous paraît oiseuse, la première impliquant la seconde, et les psaumes en général servant aux deux fins.
Ainsi dans la 1" strophe, le pardon des péchés ou, ce qui revient au même, la guérison des infirmités (morales) peut être un bienfait accordé aux individus, et le poëte pouvait en avoir senti le bonheur ; il n'en est pas moins vrai que la nation dans son ensemble pouvait parler dans le même sens, sa conscience lui reprochant ses péchés collectifs tant de fois relevés par les prophètes, expiés dans les calamités publiques et à la fin effacés par la restauration. Ce qui est dit de la délivrance de la mort, et du rajeunissement pareil à celui de l'aigle qui renouvelle son plumage, ne s'applique pas bien à la vie individuelle, mais parfaitement bien à la restauration nationale. (A Tavant-dernière ligne nous avons mis la bouche pour un mot très-douteux. Ck)mp. XXXn, 9.)
En tout cas ce point de vue national prévaut absolument dans la seconde strophe. Non-seulement les souvenirs historiques qui y sont invoqués rappellent le rapport séculaire de Jéhova et de son peuple, et nous font comprendre que la situation du moment devait être telle qu'Israël avait besoin d'en réclamer le bénéfice ou de s'en montrer reconnaissant; il y a même une citation textuelle, empruntée à la loi mosaïque (Exode XXXIV, 6. Psaume LXXXVI, 15), et qui ne nous permet pas d'oublier que nous nous trouvons en présence du peuple entier. De plus il est question d'opprimés, au pluriel.
Puis vient la 3® strophe avec ses verbes au prétérit, qui complètent la démonstration de la justesse de notre point de vue. Israël a bien raison d'être reconnaissant envers Jéhova, car celui-ci s'est effectivement montré le père de son peuple. Seulement on ne voit pas bien si Fauteur reste ici dans les généralités de l'histoire nationale, ou s'il fait allusion à quelque événement récent, qui a dû provoquer plus particulièrement la gratitude des fidèles. Le dernier distique signale un motif spécial de la miséricorde divine : c'est la faiblesse de l'homme, et la brièveté de sa vie. Il passe si vite — que serait-ce si Dieu voulait être sévère? Cette idée, que nous venons de rencontrer dans le psaume précédent et qui se retrouve surtout en plusieurs endroits du livre de Job, est une preuve qu'il ne faut pas chercher dans l'Ancien Testament la perfection absolue du point de vue religieux et moral de l'Évangile. A cette faiblesse du mortel passager est opposée la durée indéfinie de la grâce de Dieu. Aussi cette grâce doit-elle être l'objet de l'adoration de tous les êtres qui connaissent et qui servent le Très-Haut. Aux chants d'Israël s'associeront les anges, ministres de la volonté de Jéhova.
(Hébr. CIV. Grec ClII.) Mon âme, bénis TÉternel !
0 Éternel, mon Dieu, que tu es grand,
De gloire et de splendeur tu es revêtu I
Enveloppé de lumière comme d'un manteau, Déployant les deux comme une tenture.
Tu dresses sur les eaux tes pavillons.
Tu prends les nuées pour ton char, Et marches sur les ailes du vent.
Tu fais des vents tes messagers.
Tes ministres des feux flamboyants.
Tu fondas la terre sur ses bases
Inébranlables à tout jamais.
De l'océan comme d'un vêtement tu la couvris :
Les eaux passaient par-dessus les montagnes.
Devant ta menace elles reculèrent,
A la voix de ton tonnerre elles s'enfuirent épouvantées. Les montagnes surgirent, les vallées s'affaissèrent,
Au lieu que tu leur assignas.
Tu leur posas une barrière infranchissable,
Pour qu'elles ne couvrissent plus la terre.
C'est toi qui fais jaillir des sources dans les vallons ;
Entre les montagnes elles serpentent.
Elles abreuvent tous les animaux des champs,
Les onagres y étanchent leur soif.
Sur leur bord demeurent les oiseaux du ciel
Et dans le feuillage ils font retentir leur chant. C'est toi qui arroses les monts du haut de tes pavillons ;
Du fruit de tes œuvres la terre se nourrit. Tu fais germer l'herbe pour les bestiaux.
Les végétaux pour le service de l'homme. Pour tirer du pain de la terre.
Du vin, qui réjouit le cœur de l'homme.
Et fait briller sa face plus que l'huile : La nourriture qui soutient les forces des mortels. Les arbres de l'Étemel se rassasient.
Les cèdres du Liban qu'il a plantés.
Sur lesquels nichent les oiseaux,
La cigogne, dont les cyprès sont la demeure. Les sommets des montagnes sont celle des chamois.
Les rochers sont l'asile des gerboises.
Tu fis la lune pour marquer les temps.
Le soleil qui connaît le lieu de son coucher. Tu répands les ténèbres, la nuit survient.
Alors se remue tout ce qui vit aux bois. Les jeunes lions rugissent après la proie.
Pour demander à Dieu leur pâture.
Le soleil se lève, ils disparaissent.
Et vont se blottir dans leurs tanières. L'homme alors sort pour sa besogne.
Et pour son travail jusqu'au soir.
Qu'elles sont nombreuses, tes œuvres, ô Étemel I
Toutes tu les as faites avec sagesse.
La terre est remplie de tes créatures;
Cet océan si grand, étendu en tout sens,
Où fourmillent des êtres innombrables,
Des animaux petits et grands, Où voguent les navires,
La baleine que tu formas pour s'y jouer.
Eux tous ils espèrent en toi.
Que tu leur donnes à temps leur nourriture. Tu la leur donnes, ils la ramassent;
Tu ouvres ta main, ils sont rassasiés de biens. Tu caches ta face, ils sont glacés d'effroi; Tu retires leur souffle, ils périssent,
Et rentrent dans leur poussière.
Tu renvoies ton souffle, ils sont créés,
Et tu renouvelles la face de la terre.
Que la gloire de TÉtemel dure à jamais I
Que l'Étemel se réjouisse de ses œuvres! il regarde la terre et elle tremble;
11 touche les montagnes et elles fument. Je chanterai l'Éternel toute ma vie,
Je psalmodierai à mon Dieu tant que j^existe. Puisse mon cantique lui être agréable I
Moi, je me réjouis en l'Éternel.
Que les pécheurs disparaissent de la terre,
Et que les méchants n'y soient plus!
Bénis, mon dme, l'Éternel!
Louez l'Éternel !
Ce beau psaume se fait immédiatement reconnaître comme une imitation poétique du premier chapitre de la Genèse. Seulement l'auteur ne s'est pas proposé de donner un récit des faits, mais de fonder sur ces faits la louange du créateur. De même que le récit mosaïque divise l'œuvre de Dieu en six journées, le poète trace six tableaux, lesquels, à la vérité, ne forment pas des strophes régulières et égales, et ne rappellent guère la symétrie de la narration primitive ^
La première correspond à Tœuvre de la première journée : Dieu fit la lumière. Mais au lieu de la création de la lumière physique, le poëte parle de la lumière considérée comme symbole de la majesté divine. Tout ce qui, pour les yeux de l'homme, reflète la lumière
I Dans l'original il y a de fréquents changements de la seconde à la troisième personne. Nous avons dû y mettre plus d'uniformité.
qui éclaire le monde, lui apparaît comme un vêtement qui révèle et cache à la fois le Très-Haut. Le cieU brillant dans sa clarté orientale, est comme un rideau qui voile le sanctuaire devant un œil profane. Les nuages resplendissants, que le vent chasse sous la voûte azurée, c*est le char de Dieu, qui nous annonce et nous dérobe sa présence. Au-dessus de cette voûte el des immenses réservoirs, dans lesquels les pluies et les neiges attendent Tordre de se jeter sur la terre, le créateur dresse sa demeure élevée, pareille à ces pavillons aérés que l'architecture érigeait sur les toits plats des maisons, et le mortel admire, sans la comprendre, la struclure audacieuse d'un édifice dont la charpente (c'est le terme même de Toriginal, très-faiblement rendu par le mot: dresser) est établie sur un océan, au lieu de l'être sur une base solide. Entre cette demeure céleste et la terre il y a un rapport réguher d'ordres donnés et reçus. Les magnifiques phénomènes de la nature, la foudre, le tonnerre, les tempêtes, sont les ministres et messagers de la volonté suprême. Voilà comment la prose de l'histoire, si sublime déjà dans sa simplicité, se transforme sous la plume de l'auteur en une poésie religieuse plus sublime encore.
Pour l'œuvre du second jour le psalmiste, tout en y joignant une partie de celle du troisième, s'en tient davantage à son texte original. Il se borne à donner les couleurs de la poésie et la vivacité de l'action dramatique au fait de la séparation des eaux d'avec la terre ferme. Il nous représente l'océan, comme formant d'abord la surface de tout le disque terrestre, mais obligé de se retirer dans des limites plus étroites. La mer nous apparaît ici comme une puissance orgueilleuse et indomptable, dont la soumission devient ainsi une preuve palpable du pouvoir divin. Elle recule effrayée à la voix de Dieu et se débat en mugissant contre une barrière désormais infranchissable. A la retraite des eaux la surface de la terre se présente sous sa forme inégale et accidentée, que nous connaissons, et qui est aussi ancienne que la création. La configuration du sol est restée la même depuis le premier jour jusqu'à ce moment. La terre, dans son ensemble, est assise sur une base que personne ne connaît et qui fait le sujet de l'admiration des hommes.
Mais c'est surtout dans l'amplification de l'œuvre du troisième jour que l'auteur fait briller son talent poétique. La Genèse parlait uniquement de la végétation, en réservant l'origine de la
318 PSAUBiE CIV.
vie animale à une époque postérieure. Le psalmiste qui, à défaut de créatures vivantes, avait personnifié les phénomènes météoriques et les flots de Tocéan, se hâte de peupler la nature d'êtres qui se réjouissent de sa beauté et de ses bienfaits. Le délicieux tableau de la nature, qui a tout juste le double de la longueur des strophes précédentes, est d'autant plus intéressant qu'il est presque unique en son genre dans tout F Ancien Testament. La poésie orientale en général, et même la poésie classique, n'ont pas l'habitude de puiser beaucoup à cette source intarissable de beautés ; les poètes hébreux (à peu d'exceptions près, par ex. : Job XXXVIII et suiv. Sir. XLÛI et suiv.) ne cultivent guère, à cet égard, que les descriptions d'orages. Le nôtre ne se borne donc pas ici à parler de la création des plantes comme d'une preuve de la sagesse divine : il y joint d'un côté le tableau des moyens physiques mis en jeu pour entretenir la production, de l'autre, les effets de celle-ci dans l'économie générale. U nous met d'abord en face de la nature dite sauvage, où le créateur pourvoit aux besoins de ses créatures sans l'intervention de l'homme. Car les animaux des champs forment partout antithèse avec les animaux domestiques, et l'onagre ne fait qu'individualiser cette notion dans le parallélisme. Les oiseaux sont introduits pour exprimer, avec leurs voix enchanteresses, le contentement général des êtres vivants. Vient ensuite la portion échue à l'homme : il cultive les champs fertilisés par la pluie> qui est appelée ici le fruit du travail de Dieu, le don de sa puissance et de sa bonté. A l'homme se rattachent les bestiaux, ces êtres inséparables de son ménage et soutiens de son existence. Leur pain à tous sort de la terre; pour l'homme il y a quelque chose de plus exquis encore, le vin, qui le réjouit et qui fait briller sa face plus que l'huile, dont l'usage était consacré par Thygiène et la toilette. Les dernières lignes nous transportent sur une autre scène. Après les vallées et les champs viennent les montagnes avec leurs arbres gigantesques, qui méritent d'être nommés les arbres de Dieu parce que l'homme n*en plante pas de pareils, et avec leurs habitants particuliers qui trouvent des moyens d'exister là où l'homme ne pénètre pas. Tout cela montre l'ordre admirable de la nature, et partout où l'œil et la pensée de l'homme s'arrêtent, il contemple des merveilles qui lui commandent le respect.
La Genèse, en assignant à la quatrième journée la création des astres, se contente d'en mentionner le but d'une manière générale
psAUBiE av. 819
et pour ainsi dire mathématique. Le poète y joint la peinture de rinfluence des phénomènes astronomiques sur la nature animée. Le tableau se vivifie à son tour sous son pinceau. Dans Tesprit d'un Sémite c'est plutôt la lune que le soleil qui marque les temps, le calendrier se réglant sur elle. En mentionnant le coucher régulier et prédéterminé du soleil, l'auteur fait allusion à la succession des nuits et des jours. Puis, en deux traits tracés de main de maître, il peint comme qui dirait deux paysages, celui de la nuit, vivifié par les animaux de la forêt qui sortent pour chercher leur proie, et celui du jour, où l'on voit l'homme allant à son travail. Ainsi la sagesse de Dieu a assigné à chaque classe d'êtres sa sphère et son heure, et ces existences individuelles sont reliées à la grande économie de l'univers.
A partir de la 5® strophe l'auteur paraît perdre de vue son modèle. Il avait introduit les êtres vivants dans ses premiers tableaux et avait ainsi anticipé sur les deux derniers jours du récit mosaïque. Cependant il ne faut pas exagérer la portée de cette remarque. Le petit tableau auquel nous arrivons maintenant correspond encore, à y regarder de près, à la cinquième journée de la Genèse. Seulement le poëte s'en tient à la mer exclusivement, en laissant de côté les oiseaux, et il fait précéder sa description d'une réflexion générale. A la fin il quitte encore une fois la sphère de la nature pour passer à celle de l'industrie, et dans un parallélisme qui n'est pas sans élégance, il mel en regard le cachalot et le vaisseau (Léviathan ou monstre marin, l'un comme l'autre), qui voguent à travers les ondes, et s'y jouent, c'est-à-dire, se plaisent là où le commun des mortels n'éprouve qu*un sentiment de terreur.
Nous ferons une remarque semblable sur la sixième strophe. Les quadrupèdes et l'homme ayant déjà figuré dans les tableaux précédents, l'auteur s'attache ici au fait de la nutrition universelle, organisée par la providence, et dont la Genèse parle également. Car nous maintenons que dans cette strophe il est question de tous les êtres vivants, et non des animaux seuls. Mais à cette idée de la conservation des créatures, au moyen des aliments jetés en abondance sur leur chemin, il vient s'en joindre une autre également puisée dans le récit de la Genèse. Cette vie, d'où vientelle? Les créatures vivantes sont de la poussière animée par le souffle de Dieu. Ce souffle ne leur appartient pas : le créateur le donne et le retire comme il lui plaît. Il n'a qu'à détourner sa
320 PSAUBiE cv.
face, abandonner la créature à elle-même, que déjà celle-ci sent son heure dernière arrivée : une terreur secrète glace ses veines — la vie est anéantie. Mais la création ne l'est pas pour cela. De même que Dieu retire le souffle prêté aux uns, de même il le prête encore à d'autres; les générations se succèdent, les races subsistent, la terre est incessamment rajeunie : il n'y a que les individus qui périssent. On voit que ce que notre auteur, disons mieux, ce que la psychologie hébraïque appelle souffle^ n'est pas un être personnel, Yâme de la philosophie moderne, mais une simple force émanée de Dieu, laquelle donne à la matière une existence propre et particulière, mais passagère. Il s'agit ici tout aussi peu de l'immortalité que de l'esprit de Dieu dans le sens théologique.
Enfin la 7° strophe, où il n'y avait plus rien de nouveau à peindre, l'auteur ne voulant pas s'arrêter à l'idée du repos du 7" jour, est consacrée à une péroraison poétique. Elle se rattache au dernier verset du premier chapitre de la Genèse, qui dit que Dieu vit que tout ce qu'il avait fait était bien fait. Ainsi le créateur jouit lui-même tout le premier de sa gloire, en contemplant l'inimitable perfection de ses œuvres, et cette gloire dure éternellement. Sa puissance plane toujours sur le monde, qui reste dans la dépendance absolue de la volonté suprême. Le seul regard du Très-Haut fait trembler la f.erre, et son doigt, en touchant la cime des montagnes, la foudre en frappant leurs arbres, les met en feu. Un vœu patriotique termine le cantique ; car les méchants sont ici les païens opposés aux adorateurs du vrai Dieu.
(Hébr. CV. Grec CIV.)
Louez rÉternel! Invoquez son nom!
Proclamez ses hauts faits parmi les nations I Chantez-le ! psalmodiez en son honneur !
Méditez toutes ses merveilles I
1 Les quinze premiers versets (sir. 1-3] de ce psaume sont reproduits dans le premier livre des Chroniques XVI, 8-22, avec un petit nombre de variantes sans importance, dont nous ne signalerons que quelques-unes, en négligeant toutes ceUes qui ne regardent que l'orthographe.
Glorifiez- VOUS de son saint nom!
Qu'ils se réjouissent, ceux qui cherchent F Éternel ! Recherchez T Éternel et sa puissance !
Cherchez sa face incessamment!
Souvenez-vous des merveilles qu'il a faites,
De ses prodiges et des arrêts de sa bouche.
Race d'Abraham ' son serviteur,
Fils de Jacob, ses élus !
Lui, l'Éternel, est notre Dieu :
Ses arrêts s'adressent à toute la terre. Il se souvient' toujours de son alliance.
De sa parole engagée à mille générations, Du pacte qu'il a fait avec Abraham,
De son serment juré à Isaac, De la loi établie pour Jacob,
Pour Israël, comme une alliance éternelle.
Il a dit : c C'est à toi que je donne Canaan
Pour héritage et patrimoine. »
Alors qu'ils n'étaient* que peu de monde.
En petit nombre et étrangers au pays, Errant de nation en nation.
D'un royaume, d'un peuple à l'autre.
Il ne permettait à nul homme* de les opprimer;
A cause d'eux il châtiait les rois :
«Ne touchez pas à mes oints,
El à mes prophètes ne faites point de mal ! »
Puis, ayant appelé la famine dans le pays.
Et brisé tous les soutiens de la nourriture, Il envoya devant eux un homme,
Joseph, qui fut vendu comme esclave.
On serra ses pieds dans les ceps ;
Dans les fers sa personne fut retenue.
Jusqu'au jour où sa prédiction s'accomplit.
Où la parole de l'Éternel le légitima.
Alors le roi ordonna de le relâcher.
Le régent des peuples le fit élargir.
* d'Israël. — 3 Souvenez -vous. — "* que vous n'étiez. — ^ à personne.
A. T. — 5« part. 21
322 PSAUME cv.
Il rétablit maître de sa maison,
Régent de toutes ses possessions, Pour qu'il fit obéir ses ministres à son gré,
Et qu*il instruisit ses conseillers.
Puis Israël vint en Egypte,
Jacob séjourna dans la terre de Ham.
Puis, ayant multiplié son peuple extrêmement.
Et l'ayant rendu plus fort que ses ennemis, Il changea leur cœur de manière à haïr son peuple,
A conspirer contre ses serviteurs.
Puis il envoya Moïse son serviteur,
Aharôn qu'il avait élu.
Ils opérèrent parmi eux les miracles qu'il avait commandés,
Et des prodiges dans la terre de Ham.
Il envoya des ténèbres, et il fit nuit.
Pour qu'ils ne restassent pas rebelles à sa parole. Il changea leurs eaux en sang.
Et fit périr leurs poissons.
Leur pays fourmilla de grenouilles.
Jusque dans les chambres de leurs rois.
Il commanda, et il vint des taons.
Des moustiques sur tout leur territoire. Il fit pleuvoir sur eux la grêle.
Des flammes de feu sur leur terre.
Il frappa leurs vignes et leurs figuiers.
Et brisa les arbres de leur territoire. Il commanda, et il vint des sauterelles.
Des insectes rongeurs sans nombre.
Qui mangèrent toute l'herbe de leur pays.
Et dévorèrent les fruits de leurs campagnes.
Puis il frappa tous les premiers-nés de leur pays,
Toutes les prémices de leur vigueur.
Il les fit partir, chargés d'or et d'argent.
Sans qu'il y eût un retardataire dans leurs tribus. L'ftgypte se réjouit de leur départ.
Car la peur les avait saisis.
Il étendit sur eux une nuée comme abri,
Et un feu pour les éclairer de nuit.
A leur demande il fit venir des cailles ;
De pain céleste il les rassasia.
PSAUME cv. 323
Il perça le roc : des eaux en jaillirent,
Traversant le désert comme une rivière.
Car il se souvenait de sa sainte paix)le,
De son serviteur Abraham.
Il emmena son peuple dans Fallégresse,
Ses élus, poussant des cris de joie; Et leur donna les terres des païens,
Les mit en possession de l'avoir des peuples, A condition qu'ils garderaient ses lois,
Et observeraient ses instructions.
uC psaume appartient à la classe des poésies didactiques, qui ident l'enseignement sur la contemplation de l'histoire sainte, st-à-dire des origines de la théocratie, telles qu'elles sont «ntées dans les livres mosaïques. Les promesses faites aux ;riarches en forment le point de départ ; les merveilles de la ivrance du joug égyptien et du trajet du désert en font la )slance principale, et elles s'arrêtent à l'époque de la conquête, lia présente composition est une des moins poétiques du genre, versification est simple et très-régulière, mais le langage ne lève guère au-dessus de la prose, et la sèche récapitulation des s n'est point rehaussée par les ornements du style. Cette apitulation, d'ailleurs, n'est intelligible que pour ceux qui inaissent à fond les récits plus étendus de la Genèse et de code. Le psaume appartient à une époque où ces récits étaient is la bouche de tout le monde, parce qu'ils étaient lus au iple régulièrement tous les ans dans les synagogues, "ïous avons cru pouvoir diviser le texte en neuf strophes parfailent semblables. Cependant on pourrait bien admettre que is la pensée de l'auteur le tout était conçu comme un exposé tinu. Les détails qui demanderaient une explication, la Divent par les textes mosaïques. La seule allusion un peu cure est celle de la fin de la 3® strophe, qui a en vue ce qui est onté Genèse XII, XX et XXVI au sujet de Sara et de Rébecca. ;re l'histoire de Joseph, ce à quoi l'auteur s'arrête avec le plus complaisance, ce sont les plaies d'Egypte. Nous reconnaissons e juif des temps postérieurs, qui aimait à contempler les privi- ^s de sa nation, et surtout les châtiments infligés aux autres luse de la sienne.
«a phrase qui termine le morceau nous semble écrite sans
arrière-pensée. L*auieur suppose que la condition est remplie, si ce n'est toujours, du moins actuellement.
Le Hallelon-yah qu'ajoute le texte imprimé, n'est pas du psalmiste, comme cela va sans dire, mais tient à l'usage liturgique des psaumes.
(Hébr. CVI. Grec CV.)
Louez rÉternel, car il est bon,
Car sa ^àce dure à jamais.
Qui redirait les hauts faits de rÉternel?
Qui proclamerait toute sa gloire? Heureux ceux qui gardent la loi,
Qui pratiquent la justice en tout temps!
Songe à moi, Étemel, plein de grâce pour ton peuple;
Visite- moi avec ton salut!
Pour que je voie le bonheur de tes élus.
Que je me réjouisse de la joie de ta nation.
Que je me glorifie avec les tiens.
Nous avons péché comme nos pères.
Nous avons été pervers et méchants.
Nos pères en Ég^^pte n'eurent pas égard à tes miracles,
Ils oublièrent tes nombreux bienfaits.
Ils furent rebelles sur les bords de la mer aux algues. Mais il les sauva pour l'honneur de son nom,
Pour faire connaître sa puissance.
Il menaça la mer aux algues et elle se dessécha,
Il leur fit traverser les ondes comme une lande. Il les sauva de la main du persécuteur.
Il les délivra du bras de l'ennemi.
Et les flots couvrirent leurs adversaires,
Pas un seul d'entre eux n'échappa.
Alors ils crurent à ses paroles,
Ils chantèrent sa louange.
' Le premier et les doux derDicrs distiques de ce psaume se retrouvent également dans le passage des Chroniques cité plus haut (XVI, 34 el suiv. du premier livre).
Bientôt ils eurent oublié ses hauts faits :
Ils ne se résignèrent pas à ses desseins, Mais ils furent épris de convoitise dans la steppe,
Ils provoquèrent Dieu dans le désert.
Kt il leur accorda leur demande.
Mais il envoya l'épidémie contre eux.
Ils furent jaloux de Moïse dans le camp,
D'Aliarôn, le saint de TÉternel.
La terre s'ouvrit et engloutit Dathan,
Elle recouvrit la bande d'Abiram.
Le feu dévora leur troupe,
Et la flamme consuma les impies.
Ils firent un taureau sur le Soreb,
Et se prosternèrent devant une idole.
Ils échangèrent leur Dieu glorieux
Contre l'image d'un bœuf broutant l'herbe. Ils oublièrent Dieu leur sauveur.
Qui avait fait de si grandes choses en Egypte, Des miracles au pays de Sam,
Des merveilles sur la mer aux algues.
Et il parla de les détruire.
Si Moïse, son élu.
Ne s'était mis sur la brèche devant lui,
Pour empêcher son courroux de les anéantir.
Et ils dédaignèrent la terre délicieuse,
Ils ne crurent point à sa parole.
Ils murmurèrent dans leurs tentes.
Et n'écoutèrent pas la voix de l'Eternel. Et il leva sa main contre eux.
Pour les faire périr dans le désert. Pour rejeter leur race parmi les nations.
Et les disperser dans tous les pays.
Et ils s'attachèrent au Ba'al de Pe*ôr,
Et mangèrent les sacrifices des morts.
Ils l'irritèrent par leurs actions.
Et le fléau fit invasion parmi eux.
Et Pine^as se leva et fit justice.
Et le fléau fut arrêté; Et cela lui fut imputé comme un mérite
D'âge en âge à tout jamais.
Et ils excitèrent sa colère aux eaux de Meriba, Et Moïse fut en peine à cause d'eux.
Parce qu'ils étaient rebelles à sa volonté,
Et de sa bouche sortirent des paroles imprudentes. Ils n'exterminèrent point les peuples,
Que rÉternel leur avait désignés.
Ils se mêlèrent aux païens.
Et apprirent à faire comme eux.
Ils adorèrent leurs idoles,
Qui furent pour eux un piège.
Ils immolèrent leur fils
Et leur filles aux faux dieux.
Ils versèrent un sang innocent,
Le sang de leurs fils et de leurs filles, Qu*ils immolèrent aux idoles de Canaan,
Et la terre fut profanée par ces meurtres. Ils se souillèrent par leurs œuvres.
Ils se prostituèrent par leurs actions.
Et la colère de l'Éternel s'enflamma contre son peuple,
Il eut en abomination son héritage.
Et il les livra aux mains des païens.
Et leurs persécuteurs devinrent leurs maîtres. Leurs ennemis les opprimèrent ;
Ils durent se courber sous leurs mains.
Maintes fois il les délivra,
Mais eux étaient rebelles dans leurs desseins.
Et se perdaient par leur faute.
Cependant il avait égard à leur détresse,
Quand il entendait leurs cris.
11 leur tenait compte de son alliance.
Et les prenait en pitié dans sa grande miséricorde, Et il leur faisait trouver grâce
Auprès de tous leurs ravisseurs.
Sauve-nous, Éternel, noti-e Dieu,
Et rassemble-nous d'entre les païens.
Pour que nous célébrions ton saint nom.
Que nous nous glorifiions de ta gloii-e !
Ce psaume fait en quelque sorte pendant avec le précédent. Celui-ci s'arrêtait aux scènes d'Egypte, le nôtre reprend l'histoire à la sortie de ce pays. Si tous les deux ont le même auteur, il faudra convenir que son talent poétique a encore ici. Cependant le but des deux pièces est tout différent.
première avait en vue la glorification du Dieu libérateur, celle-ci insiste sur Tingratitude d'Israël et sur Tinépuisable longanimité de Jéhova.
Les cinq premiers distiques forment une espèce d*exorde qui reproduit brièvement la série des idées qu'on retrouve d'ordinaire au fond des méditations religieuses de l'Ancien Testament : Dieu est grand et bon pour son peuple — heureux ceux qui méritent ses bontés — puissions-nous y avoir part ! Il ne faut pas s'arrêter à ce que dans deux distiques le discours est formulé au singulier. C'est toujours le peuple, ou, si Ton veut, le poète en tant que membre du peuple, qui parle, chacun individuellement désirant partager le bonheur réservé à une nation pieuse et obéissante. Le sixième verset contient ce que nous appellerions le motif du poème : Nous avons été pécheurs comme nos pères j à quoi l'on joindra les dernières lignes de la pièce : Sois-nous propice à notre tour! Tout le corps du psaume fait alterner le récit de ces péchés consignés dans l'histoire, avec la mention du pardon acc(»rdé itérativement au repentir. Cet arrangement nous a suggéré la division du texte en plusieurs sections, trop inégales pour être appelées des strophes.
Quant au détail des allusions historiques , lesquelles sont du reste on ne peut plus décolorées, nous pouvons nous borner à renvoyer nos lecteurs aux textes mosaïques.
Le premier groupe rappelle le passage miraculeux de la Mer rouge, la destruction de l'armée égyptienne, et le cantique de triomphe chanté à cette occasion (Exode XIV, XV). — Dans le second groupe nous trouvons successivement le souvenir des cailles et de l'épidémie (Nombres XI), de la rébellion de Dathan et consorts (Nombres XVI), du veau d'or (Exode XXXII). L'intercession de Moïse pour le peuple idolâtre est comparée à la défense d'une ville par des guerriers placés sur la brèche. — Le troisième groupe amène d'abord la scène du retour des espions, où le peuple eut peur des obstacles qu'il rencontrerait dans son entreprise (Nombres XIII, XIV). La phrase : Il leva sa main contre euic, etc., ne doit pas exprimer un acte accompli ; car dans ce cas l'auteur aurait interverti l'ordre historique, en introduisant ici Texil. Il faut la comprendre comme une menace faite sous la foi du serment, qu'on prononce en levant la main (comp. Lév. XXVI, 33. Deut. XXVIII). Vient ensuite l'adoration du Ba*al de Peor (Nombres XXV) et le massacre des coupables par le petit-fils
d'Aharôn. L'expression Sacrifice des morts est étrangère au texte mosaïque et ne se retrouve pas ailleurs dans l'Ancien Testament. Le plus simple sera de dire que les morts sont ici les faux dieux, par opposition au Dieu vivant. Autrement il faudrait songer à la nécromancie et supposer que l'évocation des morts, défendue par la loi (Deut. XVIII, 11), était accompagnée de sacrifices, ce dont il n y a pas de trace. — Le groupe suivant mentionne d'abord l'affaire de Merîba racontée Nombres XX. Dans ce récit (v. 12) le Seigneur réprimande Moïse au sujet d'un manque de confiance. Notre auteur rattache cette réprimande aux paroles prononcées auparavant parle prophète [îMd,, v. 10), bien que celles-ci puissent avoir un sens tout à fait irréprochable. Le reste de cette partie du texte s'étend sur les rapports des Israélites avec les Cananéens idolâtres. Il n'y a là qu'un seul mot qui demande une explication. Nous avons mis : Qs immolèrent leurs fils et leurs filles aux faiix dieux. L'original dit : les seiffnenrs^. C'est donc un synonyme de Baal et d'Adôn, et qui n'a rien de commun avec la notion plus moderne de démon. (Cependant il va sans dire qu'il désigne les dieux du paganisme. Le dernier groupe, enfin, récapitule très-sommairement l'histoire d'Israël, postérieure à la conquête, jusqu'au retour de l'exil. Du moins, à notre sentiment, le dernier distique (v. 46) fait allusion à cet événement. La fin du psaume nous fait l'impression qu'il a dû être composé à une époque de tranquillité; il n'y a pas d'imprécations contré des oppresseurs étrangers. Le seul vœu que l'auteur trouve à formuler, c'est que le peuple entier, aujourd'hui dispersé, rentre dans la commune patrie.^
Béni soit TÉternel, le Dieu d'Israël, de siècle en siècle, et que tout le peuple dise : Amen !
Outre cette doxologie finale du livre, qui est due à la plume du collecteur ou rédacteur, il y a encore, tant au commencement qu'à la fin du psaume (texte masorétiquc), le Hallelovryah liturgique, que nous rencontrerons de plus en plus fréquemment parla suite.
1 i^'tà est le même mot que le vocable arabe dont les Espagnols ont fait le Qid, et qui se rencontre encore en Afrique dans le terme : Bidi^ mon seigneur.