‹ La BibleChapitre 23 sur 61 · CHAP. II · texte numérisé non relu

CHAP. II

L'Éternel a fait ce qu'il avait résolu.

Il a accompli la menace Qu'il avait prononcée jadis,

Il a détruit sans pitié.

Il a donné à l'ennemi la joie du triomphe,

Il a élevé la corne de tes adversaires " !

Leur *"* cœur crie vers le Seigneur !

0 muraille *^ de la fille de Sion !

Laisse couler tes larmes,

Comme un ruisseau nuit et jour !

Ne t'accorde pas de répit !

Que ta pupille ne se repose pas !

Lève-toi, pousse des cris la nuit durant,

Au commencement de chaque veille ** !

Épanche ton cœur comme de l'eau

A la face du Seigneur.

Lève tes mains vers lui pour la vie de tes enfants

Qui se meurent de faim à tous les coins de rue.

Regarde, Éternel, et vois !

A qui en as-tu fait autant?

Des femmes se nourrissent- elles du fruit de leurs entrailles ?

Des enfants qu'elles ont portés *^ V Dans le sanctuaire du Seigneur

Égorge- t-on le prêtre et le prophète ?

1'^ C'est-à-dire : Il a rendu leur puissance irrésistible.

1*1 II faut ici songer aux habitants survivants. Mais la transition est on ne peut plus abrupte.

15 On est tenté de croire ici le texte faulit*. Malgré les hardiesses de la poésie hébraïque, on a de la peine ù se représenter une muraille qui fond en larmes (voyez cependant v. 8J. La suite du poC'me (v. 19) nous engagerait a penser qu'au lieu de Murailie, Tauteur a pu écrire un adjectif applicable à la ville (par ex. homat, plaintive, pour hoinat).

^ 6 Dans les camps et les forteresses ou entend les cris des gardiens qui se relèvent de quatre heures en quatre heures ; la douleur de Jérusalem est telle que ses cris marquent les heures, et lui ravissent le sommeil.

^"^ Par le distique suivant on voit que cette question rappelle des faits antérieurs, et doit peindre toute l'horreur du siège.

Le jeune homme et le vieillard Gisent étendus dans les rues;

Mes vier^^es et mes adolescents Sont tombés sous le glaive.

Tu les as égorgés au jour de ta colère, Tu les as immolés sans pitié.

Tu as convoqué, comme à une tète.

Mes terreui's de toutes parts".

Au jour de la colère de TÉternel

Nul n'a échappé, nul ne s'est sauvé.

Ceux que j'ai portés, que j'ai élevés,

L'ennemi les a tués jusqu'au dernier.

Moi' je suis l'homme qui ai vu le malheur

Sous la verge de son courroux; C'est moi qu'il a poussé et conduit

Dans les ténèbres et non dans la lumière; Contre moi seul de nouveau

11 tourne sa main tous les jours.

11 a usé ma chair et ma peau,

Il a brisé mes os.

11 a élevé contre moi tout autour

La ciguë et la misère*?

1» Locution familière à Jérémie (VI, 25; XX, 3, 10 ; XLVl, 5; XLIX, 29). Les terreurs sont ici personnifiées ; elles accourent en nombre comme à un rendez -vous solennel.

1 Le singulier dans ce morceau pourrait bien 6tre collectif ^ car insensibleo&eot Tautcur passe au pluriel, et il est d'ailleurs difficile de se représenter un individu sur lequel se seraient ainsi concentrées toutes les haines et toutes les misères.

'^ A la lettre il faudrait dire : // a bâti, etc. C'est l'allégorie d'un siège; la misère cbt l'enuemi assiégeant, ou plutôt l'ouvrage d'attaque (nous dirions la batterie} construit par lui. La ciguë exprime la même notion, au ligure.

CHAP. II. 21-22. m, 1-G. 441

Il m'a logé dans les lieux sombres, Pareil aux morts d'autrefois*.

11 m'a enfermé pour que je ne puisse sortir,

Il m'a chargé de fers pesants; J'ai beau crier et implorer son aide.

Il repousse ma prière; Il m'a barré les chemins avec des pieries de taille.

Il a détruit mes sentiei^s*.

Il a été pour moi l'oui'se en embuscade,

Le lion aux aguets; Il m'a traîné hoi^ du chemin pour me déchirer^;

Il m'a mis dans la désolation.

Il a bandé son arc,

Et m'a choisi pour but de ses traits.

11 a percé mes lianes

Des enfants de son c:arquois ; Je suis devenu la risée de tout mon peuple*.

Leur chanson de tout le jour ; Il m'a l'assasié d'herbes amères,

Abreuvé d'absinthe'.

Il a fait broyer du sable à mes dents*, Il m'a enfoncé dans la cendre",

3 Je suis comme si j'étais déjà mort, sans uucua espoir de salut.

-^ Toutes ces images représentent l'idée d'une situation désespérée ci sans issue,

•^ La comparaison do Dieu avec une bête féroce, qui peut choquer notre guût et notre sentiment religieux, est assez fréquente chez les poètes et les orateurs hébreux (Os. XIII, 7, 8. Jér. XXV, 38. Es XXXI, 4, etc.) L'allégorie ne se soutient pas jusqu'au bout de la strophe.

* Une variante porte : de tous les peuplée.

"7 Le suc amer des plantes est naturellement l'image de l'amertume de la douleur. Malgré les idées toutes dilférentes que peut rappeler aujourd'hui le dernier mot, nous n'avons pas voulu changer de couleur l'original, tout comme nous avons conservé les enfants du carquois.

^ Ce qui n'est ni une nourriture ni une jouissance. L'image s'accorde avec celle du distique précédent.

^ Dans le deuil on s'asseyait à terre à côté du foyer.

Mon dme s'est dégoûtée du salut*®,

J'ai oublié le bonheur; J'ai dit : C'en est fait de ma confiance,

De mon espoir en l'Éternel.

Souviens-toi •* de ma misère et de ma persécution,

Amère comme l'absinthe et la ciguë !

Ah ! mon âme s'en souvient,

Et s'attriste sur mon sort.

Ceci*' je le prendrai à cœur,

A cause de ceci j'espérerai :

Les grâces de l'Éternel ne sont pas épuisées *',

Sa miséricorde n'est pas à bout; Elle est nouvelle chaque matin :

Grande est ta fidélité !

L'Éternel est mon lot, a dit mon âme;

En lui donc j'espérerai.

L'Éternel est bon pour ceux qui l'attendent.

Pour l'âme qui le recherche ; Il est bon qu'on attende en silence

L'aide de l'Éternel; Il est bon pour l'homme qu'il porte**

Le joug dès sa jeunesse.

Qu'il s'asseye solitaire et en silence

Quand on le lui impose ; Qu'il incline sa bouche vers la terre :

^^ Expression du désespoir où l'on n'a plus même l'énergie d'espérer.

' ^ Leçon du texte reçu. Le parallélisme avec le distique suivant pourrait recotumumler un petit changement de voyelles, qui remplacerait l'impératif par le gérondif : Me souvenant, etc.

•*^ Ce qui va suivre à la strophe prochaine.

1*} Communément on fait dire ici au poëte : Par la grâce de Dieu mous ne sommes pas complètement anéantis. Mais dans toute cette pièce la personne qui parle est au siii> gulier, et a positivement dit jusqu'ici le contraire de ce qu'on voudrait mettre dans Ea bouche.

^ * On pourrait traduire : Qu'il apprenne, qu'il sache porter, s'asseoir, etc. La patience devient facile quand on s'y est exercé jeune.

CHAP. m, 7-14. 443

« Peut-être y a-t-il quelque espoir ! » Qu'il présente sa joue à qui le frappe, Et se rassasie d'opprobre.

Car ce n'est pas pour toujoui's

Que le Seigneur prend en aversion :

Mais quand il a affligé,

Il prend aussi pitié dans sa grande gruce ; Car ce n'est pas de bon gré qu'il humilie

Et qu'il afflige les mortels.

Fouler sous les pieds

Tous les captifs du pays, Faire fléchir le droit de l'homme

A la face du Très-Haut, Opprimer quelqu'un dans sa cause —

Le Seigneur ne veut pas le voir " !

Qui peut commander qu'une chose se fasse,

Quand le Seigneur ne le veut pas?

N'est-ce pas de la bouche du Très-Haut

Que vient le malheur et le bonheur"?

Pourquoi donc l'homme se plaint-il dans cette vie?

Que chacun s'en prenne à ses péchés !

PJxaminons nos voies et sondons-les.

Et convertissons-nous à l'Éternel !

Ëlevons nos cœurs et nos mains *'

^^ Nous considérons cette strophe comme l'amplitication du mot: Ce n'est pus de bon ^féque Dieu afflige, donc l'injustice n'est pas de son fait. D'autres traduisent : Il ne le voit pas ! et pensent que c'est une plainte (|ui accuserait la providence.

10 S'il est vrai que Dieu ne veut pas notre malheur, il est vrai aussi qu'il ne nous arrive pas sans sa permission (la première ligne rappelle la phrase si connue de la Genèse : Dieu dit et ce fut). Or c'est là une nouvelle consolation, car elle nous fait comprendre que nous sommes nous-mOmes les auteurs de nos malheurs en les provoquant par nos péchés.

l '^ Litt. : Prenons nos cœurs dans nos mains vers Dieu ,

Vers le Dieu qui est au ciel !

C'est nous qui avons péché, qui avons été œhelles, Toi, tu n*as pas pardonné*'.

'J'u t*es enveloppé dans ta colère *",

Tu nous as persécutés et égorgés sans pitié ;

Tu t'es enveloppé dans un nuag« Impénétrable à notre prière.

Tu as fait de nous Tordure et le rebut Au milieu des nations.

Contre nous nos ennemis tous

Ont ouvert la bouche large ^®. A nous est revenue la frayeur et la fosse**,

Le ravage et la ruine.

Mon œil fond en ruisseaux d*eau

Sur la ruine de ma patrie.

Sans cesse mon œil verse des larmes,

Parce qu'il n'y a point de relâche**, Jusqu'à ce que du haut des cieux

L'Eternel regarde et voie !

Mon œil me fait mal

Pour toutes les filles" de ma patrie.

Us m'ont donné la chasse comme à un oiseau, Ceux qui me haïssent sans cause.

1^ Cela revient à dire: Voilà la cause uni({ue, et la cause juste de nus malheurs, bicu était dans son droit et nous dans notre tort.

1'*^ D'après !e parallélisme, cette colère est représentée comme un nuage épais derrière lequel Jéhova s'est caché, de manière que la prière de Juda n'a pu arriver jusqu'à lui Le sens rélléchi du verbe n'est indiqué que dans le second distique par le pronom.

«0 Chap. II, 16.

'-il Jér. XLVIII, 43.

'^*<^ On traduit ordinairement : sans cesse et sans relâche; mais les deux mots ne sont pas coordonnés. Le premier se rapporte au fait, le second à la cause.

^3 L'auteur ayant l'habitude de nommer la population de Jérusalem la fille de Juda, l'expression du texte a quelque chose d'insolite, et l'on ne voit pas pourquoi les filUt seraient plus à plaindre que le reste des habitants. En changeant une seule lettre [bekot pour henot), on aurait le sens : A force de pleurer ma patrie.

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