‹ La BibleChapitre 24 sur 61 · CHAP. III · texte numérisé non relu

CHAP. III

Dans la fosse ils ont attenté à ma vie**,

Ils m'ont jeté des pierres.

Les eaux montèrent par-dessus ma tète.

Je disais : Je suis perdu !

Du fond de la fosse

J'invoque ton nom, ô Éternel I Tu entends mon cri : Ne ferme point

Ton oreille à mon soupir, à ma prière! Tu t'approches, aujourd'hui que je t'appelle ;

Tu me dis : N'aie pas peur"!

Tu plaides ma cause, Seigneur !

Tu rachètes ma vie

Tu as vu, ô Éternel, le tort qu'on me fait :

Revendique mon droit !

Tu as vu toute leur haine.

Toutes leurs intrigues contre moi;

Tu as entendu leurs injures, ô Éternel,

Tous leurs complots contre moi ; Les propos de mes adversaires.

Leurs desseins contre moi, jour par jour ; Leurs projets et leurs démarches *^, regarde-les !

C'est moi qui suis l'ohjet de leur chanson.

Rends-leur la pareille, A Éternel,

Selon l'œuvre de leurs mains !

Donne-leur l'aveuglement du cœur!

Que ta malédiction les frappe !

Poursuis -les de ton courroux.

Extermine-les de dessous ton ciel !

^4 Traduction sujette à caution. On dirait une allusion à Jérém., ch. XXXVIII. On pourrait aussi mettre ù la ligne suivante : une pierre, en guise de couvercle. En tout cas le distique final de la strophe continue l'image de la citerne^ assez familière aux poètes hébreux [Job IX, 31, etc. Comp. aussi Ps. LXIX, 2, 3, 5^ 15, 16).

S5 x^es V. 55-58 sont dictés par un sentiment renaissant de conûance et d'espoir.

^^ LiU. : Leur asseoir et leur lever. Ailleurs de pareilles combinaisons servent à exprimer lïdée de la totalité — tous leurs mouvements. Nous préférons une interprétation plus pittoresque : le premier terme représentera la délibération, le second l'action.

Comme l*or est terni,

Le métal précieux altéré !

Comme les pierres sacrées gisent

Au coin de toutes les rues * !

Les nobles enfants de Sion,

Précieux cx)mme Tor fin, Les voilà estimés comme des vases de terre,

Ouvrage des mains du potier !

Les chacals mêmes tendent la mamelle

Kt allaitent leurs petits :

La fille de mon peuple est devenue cruelle,

Comme l'autruche de la savane'.

La lanjîue du nourrisson altéré

p]st collée à son palais ; Les enfants demandent du pain,

Personne no leur en présente.

Ceux qui manfçcaient des mets exquis

Lanjifuissent de faim dans les rues ; Ceux qui étaient bercés sur la pourpre

Se font leur couche dans la fange.

1 On pourrait croire que le poëte veut décrire les elTets matériels de la dévastation pt de Tincendie, la destruction des beaux édifices, du temple, etc. Mais la suite du texte fait voir qu'il pense aux habitants. La métaphore est assez froide.

^ Effet de la famine, les mîTes, mourant elles-mêmes de faim, n'ont phis les moyen.<! do nourrir leurs enfants.

CHAp. IV, 1-10. 447

I^ châtiment qui a frappé ma patrie

Est plus jçrand que la peine de Sedom,

Qui fut (létruite en un clin d*œil,

Sans que personne s*y tordît les mains ^.

Ses princes avaient Téclat de la neige, Ils étaient plus blancs que le lait,

Plus rouges au corps que le corail ; Leur beauté était celle du saphir*.

Leur figure est devenue sombre et noire. Méconnaissable quand ils sortent ;

Leur ï)eau s'attache h leurs os,

Elle s'est desséchée comme du bois.

Plus heureux ceux ({ue Tépée a égorgés. Que ceux que la faim fait périr!

Ils se consument, frappés a jnort, Faute de nourriture^.

De leurs propres mains de tendres femmes

Font cuire leurs enfants :

Ils leur .servent de nourriture

Dans le désastre de la patrie.

3 Sans qu'on eût mAme le temps de s'ciïrajer de la catastrophe, tandis que Jérusalem vide la coupe jusqu'à la lie, dans les horreurs d'un long siège, et encore après., dans la misère qui en est la conséquence.

** Les couleurs doivent être celles des habits, autrement ces phrases n'auraient rien de naturel. Le mot que nous avons traduit par les jn'incfs, signifie proprement les consacrés, et pourrait bien se rapporter aussi aux prêtres. — Pour la beauté y il faudrait proprement mettre la taiUe, mais le terme de comparaison ne saurait être la grandeur ; c'est plutôt la belle forme.

^ Sens assez douteux, et, si le texte est sain, construction très-elliptique.

L'Éternel a assouvi son courroux,

Il a versé sur nous le feu de sa colère, Il a allumé un incendie dans Sion,

Qui Ta dévorée jusqu'en ses fondements.

Ils ne croyaient pas, les rois de la terre,

Ni les habitants du monde entier, Que Tennemi, l'étranger pénétrerait jamais

Dans les portes de Jérusalem !

Ce fut à cause des péchés de ses prophètes.

Des crimes de ses prêtres, Qui versaient au milieu d'elle

Le sang des innocents®.

Ils errent comme des aveugles par les rues.

Souillés de sang.

Au point qu'on ne peut plus

Toucher leurs habits'.

Arrière ! Un impur ! leur crie-t-on,

Arrière ! arrière ! ne le touchez pas * ! Ils s'enfuient, ils errent çà et là

VA les païens déclarent : Ils ne resteront pas !

La face de Dieu les disperse.

Il ne jette plus sur eux son regard : On n'a point égard aux prêtres,

On n'a point pitié des vieillards.

G Comp. Jér. VII, 6: XXII, 3, 17; XXVI. 8 et suiv.

"' Cette strophe et les deux suivantes sont fort obscures. Il y est féit allusion è des incidents qui nous sont inconnus. Notre traduction exprime l'idée que le po^te dépeiat ici le châtiment qui a frappé ces criminels, poursuivis à la fois par les malédictions de leurs compatriotes trop tard désillusionnés, et par la cruauté du vainqueur.

^ De pareils cris se faisaient entendre quand on rencontrait un lépreux, Lév. XIII. 45.

ciiAP. IV, 11-21. 449

Et nous ! nos yeux toujours languissaient

Après un secours vainement attendu ^ ; Du haut de nos tours nous épions

Un peuple qui ne vient pas nous sauver !

Ils se mettent à nos trousses,

Ils nous défendent de hanter nos places ; Notre fin approche, nos jours sont comptés —

Oui, notre fin est arrivée !

Nos persécuteurs sont plus agiles

Que les aigles du ciel ; Sur les montagnes ils nous relancent,

Dans la lande ils nous dressent des embûches.

Notre souffle vital. Point de TÉternel,

A été pris dans leurs fosses'^, Lui dont nous disions :

Sous son ombre'* nous vivrons au milieu des peuples.

Réjouis-toi, toute joyeuse, fille d*Édom,

Qui habites au pays de *Ouç " :

Toi aussi tu videras le calice,

Tu t'enivreras et tu seras mise à nu !

» Jér. XXXVI, 5 et suiv.

10 II s'agit de la fuite et de la prise du dernier roi (2 Rois XXV}. La fuite du roi était le signal de la chute de la ville. Jusque-là le peuple assiégé respirait encore, c'est-à-dire se soutenait et persévérait.

11 Sous sa protection.

1^ Le pays de *Ouç (Job 1,1) doit avoir été un district du territoire des Édomites. On sait la part que ce peuple avait prise au sac de Jérusalem (Jérém. XLIX. Obadyah. Ésaîe XXXIV. Ps. CXXXVII). ~ Le calice à boire est l'image de la destinée. L'ivresse, comme effet, indique que la boisson a été nuisible, en d autres termes, que la destinée est le fait de la vengeance divine.

A. T. — 5« part 29

450 LKS LAMENTATIONS.

Ta peine est subie, fille de Sion !

Il ne te laissera plus emmener captive ! Mais toi, fille d'Édom, il te fait rendi^e compte,

11 met tes péchés à découvert.

Songe, ù Éternel, à ce qui nous est arrivé, Regarde et vois notre opprobre !

Notre patrimoine est échu à des barbares, Nos maisons sont aux étrangers.

Nous sommes des orphelins sans père, Nos mères sont comme des veuves.

C'est pour de l'argent que nous buvons notre eau, C'est en payant que nous obtenons du bois.

Nous sommes pourchassés, l'épée dans les reins *,

Épuisés de fatigue on ne nous donne pas de répit.

Nous tendons la main à l'Egypte,

A l'Assyrie, pour avoir de quoi nous ras.sasier.

Nos pères ont péché : ils ne sont plus, p]t nous, nous en portons la peine.

Des esclaves nous gouvernent,

Personne ne nous arrache de leurs mains.

Au péril de notre vie nous cherchons notre pain^ Kn afl'rontant l'épée au désert.

Notre peau est brûlante comme un fourneau. Par suite de l'ardeur de la faim.

Dans Sion ils violent les lemnies.

Les vierges dans les villes de Juda.

^ Traduction conjecturale ; le texte dit simplement : Sur notre cou nous sommes poursuivis. Peut-être manque-t-il un mot au commencement du vers, ce qui permettrait (le traduire : un joug nous est imposé.

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