‹ La BibleChapitre 7 sur 61 · LE LIVRE DE CANTIQUES DE LA SYNAGOGUE · texte numérisé non relu

LE LIVRE DE CANTIQUES DE LA SYNAGOGUE

Le livre dont nous allons nous occuper n'est pas, à beaucoup près, le plus ancien dans le code sacré des Israélites, mais il est de tous le plus connu et le plus populaire, le seul dont les peuples chrétiens n'aient pas été complètement privés dans les siècles les plus sombres du moyen-âge. C'est là l'unique motif qui nous a engagé à commencer par lui une publication de longue haleine, dans l'ordonnance raisonnée de laquelle nous lui assignerons même l'une des dernières places.

Arrêtons-nous d'abord un instant aux deux titres que nous avons inscrits en tête de cet article. Le mot Psautier est proprement la forme française du nom d'un instrument à cordes inventé par les Grecs (Psallérion), et connu dans le temps aussi en Orient (Daniel III, 5). Le verbe dont il dérive signifie : faire de la musique d'accompagnement; un Psaume (psalmos) n'est donc pas précisément le poëme lui-même, le texte qui se chante, mais plutôt la composition musicale qui s'exécute sur l'instrument pendant le chant. Par une métonymie très-naturelle, le terme a changé de sens dans l'usage ^

1 La différence étymologique des deux significations n'a pas été oubliée en hébreu. La poésie chantée s'appelle s'Ir, l'accompagnement mizmâr. De là, dans un grand nombre de nos psaumes^ l'inscription s'ir mizmâr, ce qui veut dire chant avec accompagnement ; et si^ plus souvent encore, le second terme apparaît seul, c'est une abréviation analogue à celle que nous venons de signaler dans le grec On peut comparer encore l'expression des Latins : fidibus cancre, litt. : chanter aux cordes.

En tout cas nous avons là un titre figuré (la Lyre, la Harpe), comme il y en a tant chez différentes nations, surtout dans ce qu'on appelle la belle littérature. Ce titre nous annonce bien des poésies lyriques, mais il ne nous édifie pas tout de suite sur la nature et le but du livre. Le lecteur sera bien plus directement orienté à l'égard de l'un ou de l'autre par la seconde dénomination que nous y avons jointe. Le Psautier est le Livre de cantiques de la Hynagogtte, La portée de cet autre titre se comprendra facilement là où ce recueil est aussi devenu et resté le livre de cantiques des chrétiens, comme par exemple dans les églises réformées de France et d'Angleterre. Mais l'analogie sera bien plus grande encore là où, à l'égard du chant ecclésiastique, on ne s'en tient pas exclusivement, ou même pas du tout, aux psaumes de l'Ancien Testament. Ainsi dans les églises luthériennes le livre de cantiques, quel qu'il soit (et on les compte par centaines), est toujours un recueil de poésies religieuses d'origine différente, composées par divers auteurs, à diverses époques, sur divers sujets, à diverses fins, mais ayant cela de commun, que ceux qui les ont réunies et coordonnées les ont toutes jugées propres à l'édification publique ou privée. Tout cela s'appliquera au Psautier, lequel est bien positivement une collection de poésies qui ont d'abord existé séparément, qui appartiennent à plusieurs siècles, et dont les unes ont été composées exprès pour l'usage liturgique, ou du moins inspirées par la situation générale de la nation, ses regrets, ses vœux et ses espérances, tandis que d'autres exprimaient dans l'origine les sentiments individuels et momentanés de leurs auteurs, mais de manière que beaucoup d'autres personnes, placées dans des conditions semblables, pouvaient s'en approprier et l'esprit et les paroles.

Il y a même encore à signaler une autre ressemblance trèscaractéristique entre le Psautier hébreu et les livres de cantiques des temps modernes. Les poésies religieuses destinées à l'usage de la communauté tombent, pour ainsi dire, dans le domaine public ; elles sont sujettes à se transformer entre les mains des collecteurs, qui se permettent d'y faire des changements de diverse nature, soit selon les besoins du moment, soit selon le goût du jour. Ainsi dans les recueils actuellement en usage en Allemagne, et qui comprennent un bon nombre de cantiques composés à une époque où la langue était moins formée, on n'a pas manqué de corriger la diction d'après les

convenances de notre temps, ou d'ajouter et de retrancher des strophes entières. Or, la même chose s observe à Tégard des cantiques de la Synagogue ; nous en découvrons les traces non méconnaissables dans quelques cas, rares sans doute; mais nous pouvons admettre qu'elles seraient plus nombreuses et plus visibles, si nous possédions de cette littérature plus que les rares débris qui s'en sont conservés. Il n'y a que peu de morceaux qui nous soient parvenus en double édition ; mais dès à présent nous appelons l'attention de nos lecteurs sur ce que nous aurons à dire sur le Ps. 14 comparé au Ps. 53, sur le Ps. 18 comparé au 22* chapitre du second livre de Samuel, sur les Ps. 96, 105 et 106, comparés au l& chapitre du premier livre des Chroniques, sur les Ps. 40 et 70, et les Ps. 57, 60 et 108. Mais il y a surtout les Ps. 9 et 10 (réunis en un seul dans les traductions de l'Église latine et dans la nôtre), qui offrent un exemple remarquable d'un remaniement fait par une main étrangère. Ceux qui acceptent, comme devant faire autorité, les inscriptions placées en tête des psaumes, seront obligés, dans beaucoup de cas, d'admettre que des pièces, réputées très-anciennes, ont reçu des additions qui trahissent une époque plus récente. Mais tous ces détails doivent être réservés au commentaire, et il nous suffit pour le moment d'avoir justifié l'application de notre second titre au Livre des Psaumes.

Voici cependant une particularité par laquelle ce livre se distingue très-sensiblement, et non à son avantage, de nos recueils modernes. Ceux-ci sont généralement composés d*après un certain plan ; les morceaux qu'on y fait entrer sont classés d'après leurs sujets ; on y trouve réunis les chants relatifs aux grands faits de l'histoire évangélique, ceux qui se rapportent aux différentes manifestations du sentiment religieux, ceux qui s'adaptent aux diverses phases ou péripéties de la vie, sociale ou domestique, et ainsi de suite. Rien de pareil ne se voit dans le Psautier. Â première vue tout y est pêle-mêle, et l'on dirait volontiers que le hasard seul a présidé à la rédaction du recueil. Ce fait, qui a de quoi nous surprendre, demande une explication, et nous conduira à une série d'autres observations qui ne seront pas sans importance pour l'intelligence des textes.

Le Psautier n'est pas un ouvrage fait d*un seul coap; il ne fit pas formé dès T abord tel que nous le possédons aujourd'hui. Ils'e formé successivement par la réunion de plusieurs eoUections pi tielles, complétées encore par Tintercalation de moroeaux isolés, texte hébreu lui-même nous en fournit des preuves direotes, cou borées d'ailleurs par l'analyse des éléments dont il se compose

D'abord il est divisé en cinq livres» séparés les uns des aut par des titres numérotés que les traductions vulgaires se si permis de biffer purement et simplement. Lie premier Uvre; i n'a point de titre spécial, comprend les Psaumes 1 à 41 ; le sea livre commence au 42° et va jusqu'au 72'^ inclusivement; le ti sième livre, moins riche que les précédents, seconqxise < Psaumes 73 à 89; un égal nombre de morceaux (90 à 106) fiu* le quatrième livre ; enfin les quarante-quatre derniers (107 à IJ sont réunis dans le cinquième. En outre, les quatre presiii livres sont terminés par des Doxologies, c'est-à-dire par des le mules liturgiques évidemment destinées à en marquer la fin, nu mal à propos incorporées aux poèmes immédiatement préoédenl soit par des copistes ignorants, soit par des éditeurs non moii inintelligents. Ainsi dans toutes nos éditions usuelles les vene XLI, 14, LXXII, 18, 19, LXXXIX, 53 et CVI, 48 sont imprio comme parties intégrantes des cantiques à la suite desquels I avaient mis les premiers éditeurs des différentes collections.

Il est vrai que les Rabbins ont imaginé une autre explicaltf de ce fait. Ils prétendent que le Psautier a été divisé après c« en cinq livres pour le mettre en quelque sorte sur la même ligi que les cinq livres mosaïques ou la Loi. Il s'est trouvé des savii qui ont adopté cette idée, bien qu'elle se heurte déjà contre grande inégalité des parties. Mais il y a des arguments fl décisifs qui en feront justice et qui nous aideront à constater véritable origine de la division en question. Disons tout de sml pour n'avoir pas besoin de nous répéter, que dans plusieurs ces cinq recueils on peut encore distinguer des collectk)B8 groupes d'une moindre étendue qui ont pu ou même dû exisi séparément avant d'avoir été joints à d'autres pour former recueil complet, portant dès lors son titre spécial.

Le premier livre commence par deux psaumes anonymes ; to les autres sont attribués à David. Ce nom se trouve si constai nient en tête de toutes ces pièces, que la seule exception qu* puisse signaler (Ps. 33) ne saurait tirer à conséquence, soit q

le nom ait été omis par un pur hasard (la yersion grecque Vj met), soit que le rédacteur ait considéré ce psaume comme une partie du précédent. Nous dirons donc que ce rédacteur a réuni dans sa collection 38 morceaux, tous attribués au roi-po€te, et que les deux premiers y ont dû être ajoutés plus tard ; car» comme il est impossible de les r^ardeV comme plus anciens que TauteuT présumé des autres, ce n'est certes pas le rédacteur du recueil qui leur aurait pu assigner cette place.

A la fin du second livre (Ps. 72, 20) on lit ces mots : Fin des Psaumes de David, fils dVsat. En effet, les Psaumes 51-71 sont encore tous attribués à ce roi, à Texception de trois qui sont anonymes en hébreu, mais dont deux au moins portent en grec le nom du même auteur. Mais ceux qui précèdent dans le même livre (Pà. 42 à 50) sont attribués à d'autres auteurs, de sorte qu'il est assez vraisemblable que la souscription en question se rapportait dans Torigine à un recueil spécial de psaumes davidiques oa présumés tels. L'arrangement actuel nous fait voir clairement que plusieurs mains ont été ici à l'œuvre. Car certainement le même rédacteur n'aurait pas séparé les deux séries de poèmes de David, en y intercalant les autres. Cela est d'ailleurs élevé audessus de tout doute par deux autres faits très-significatifs. Dans le premier livre Dieu est régulièrement désigné par le nom propre laheweh (Jébova, l'Éteme]^, tandis que le terme abstrait Elohîm (la divinité) ne se rencontre que très-exceptionnellement, et en partie même dans un contexte suspect (voyez notre remarque sur le dernier verset du 25'' psaume). Dans le second livre, au contraire, c'est le fait contraire qui se présente. Là, c'est l'usage du mot Elohîm qui fait la règle, et c'est par exception que l'autre nom apparaît quelquefois à côté. La chose est d'autant plus fVappantc qu'il y a deux psaumes qui se trouvent à la fois dans les deux livres : le H"" et la seconde moitié du 4(f sont identiquement les mêmes que le 53® et le 70"; et les deux éditions se distinguent précisément par l'emploi respectif de ces deux noms. Ce n'est pas sans doute le même rédacteur qui aurait fait ce double emploi, ou qui se serait donné la peine d'introduire systématiquement deux noms différents dans les deux recueils. Car il est évident que cette uniformité est l'effet d'un parti pris, la conséquence d'une habitude de langage ou d'une préoccupation religieuse. Il est clair aussi que le rédacteur de la seconde collection n'a pas même eu la première sous les yeux, quand il prépara la sienne.

Le troisième livre contient d'abord onze psaumes attribués à Âsaph, puis quelques autres de divers auteurs, et au beau milieu un psaume de David (Ps. 86). La présence seule de ce dernier fait voir que nous avons ici affaire à un autre rédacteur que celui qui croyait avoir épuisé la série des poésies de ce roi, et qui, ce nous semble, n'aurait pas distrait' celui-ci de sa collection. La rédaction en est d'ailleurs jéAoviste, comme c'est le cas de tous ces psaumes additionnels, tandis que dans ceux dits d' Asaph c*esl l'autre nom qui prédomine.

Le quatrième livre a aussi une physionomie particulière. Il débute par un psaume attribué à Moïse, et placé à la tète des autres par cette raison même. Les autres sont anonymes, contrairement à l'usage, à l'exception de deux qui portent encore le nom de David, et au sujet desquels nous ferons la même remarque que tout à l'heure. Ce livre, ainsi que le suivant, n'emploie que le nom de Jéhova.

Dans le cinquième livre aussi on peut distinguer diverses collections partielles, dont une au moins a dû exister séparément à une certaine époque. Nous avons ici en vue d'abord les deux petits recueils de cantiques liturgiques (Ps. 111-117 et 146-150) qui commencent ou qui se terminent uniformément par une formule étrangère au texte même, mais qui y a été ajoutée, quelquefois aux deux bouts à la fois, par celui qui a réuni ces cantiques pour les faire servir au culte. Cette formule était tellement usitée dans le service, qu'elle a passé dans la liturgie de l'Église chrétienne sans même qu'on se soit donné la peine de la traduire (Hallclou-Iah, c est-à-dire: Louez l'Éternel, comp. Apoc. XIX, 1 et suiv.).

Mais de tous ces recueils spéciaux que la critique peut signaler avec plus ou moins de probabilité, il n'y en a aucun qui se sépare aussi nettement de son entourage et qui se fasse reconnaître aussi facilement pour une collection particulière dans le principe, que celui qui comprend les psaumes 120 à 134. Ces quinze petits poèmes sont intitulés dans nos bibles françaises Chants de Maha-^ loth^ ou d'après une interprétation due à St-Jérôme (psalmi ffradwum). Chants des degrés. Il faut convenir qu'ici la traduction n*est guère plus claire que l'original ne pouvait l'être pour ceux qui ne savaient pas riiébreu. Et encore est-ce le cas de rappeler que les hébraïsauts eux-mêmes ont été dans un grand embarras pour expliquer un terme qui ne se rencontre pas ailleurs dans les

inscriptions des psaumes. Comme le mot en question désigne ailleurs les marches d un escalier (1 Rois X, 19), les Rabbins imaginèrent qu'il s'agit ici d'un escalier par lequel on serait monté au temple, et au moyen d'une combinaison de deux textes d'Ézécbiel (XL, 26, 31) ils découvrirent que cet escalier a dû avoir quinze marches, et sur cette base ils édifièrent l'hypothèse que ces quinze psaumes étaient destinés à être chantés pendant qne la communauté montait en procession de la cour inférieure à la cour supérieure du temple. Sans relever ce qu'il y a d'erroné ou d'arbitraire dans les prémisses de cette hypothèse, nous nous bornerons à signaler l'absurdité d'une explication qui admet qu une réunion de personnes plus ou moins nombreuse se serait tenue ens^nble sur une seule et même marche d un escalier et aurait chanté un psaume avant qu'un seul pied se fût levé pour avancer. Cependant cette spirituelle interprétation s'est soutenue, non-seulement chez les Pères et pendant le moyen-âge, mais jusqu'à nos jours. Luther, chez qui le bon sens a si souvent et si heureusement racheté le défaut de science philologique, a donné de ce titre, le seul qu'il connût, une explication un peu plus acceptable. Partant du fait que dans les églises construites d'après les principes du culte catholique, la partie réservée à l'autel et au prêtre est plus élevée que le reste, il supposa qu'on avait voulu dire que ces psaumes devaient être chantés comme qui dirait dans le chœur, c'est-à-dire, par des personnes placées plus haut que la foule des fidèles. Calvin penche pour une interprétation purement musicale et propose de traduire : Cantique à chanter sur un ton plus élevé ou d'une voix plus haute. Des savants modernes y ont vu un terme technique de la prosodie ou versification hébraïque, lequel aurait été employé pour désigner des vers qui se formaient en répétant un mot du vers précédent. En effet, dans quelques-uns des cantiques en question on remarque des exemples de cette méthode de composition (voyez par ex. Ps. 120, 121, 123), mais ces exemples sont isolés, et dans la plupart de ces psaumes on n'en trouve pas de traces, à moins qu'on ne veuille s'arrêter au parallélisme le plus ordinaire. En outre, si Ton avait voulu relever une forme particulière des vers, on aurait dû dire cantique à degrés, et non de degrés, et même une fois (Ps. 121) pour les degrés. Enfin cette même forme se rencontre dans beaucoup d'antres poésies hébraïques, et tout aussi sporadiquement qu'ici, et elle est, après tout, Tune des

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ressources que le génie poétique a dû se créer à défaut de celles qui le servent ailleurs.

Nous ne nous sommes arrêté à écarter ces diverses explicatioDS que parce qu*elles trouvent aujourd'hui encore des défenseurs et que le terme de Degrés se maintient opiniâtrement dans les traductions. Voici maintenant celle que nous proposons à notre tour, et qui aura Tavantage, non-seulement d'être plus simple et plus naturelle, mais surtout de nous préparer la voie pour résoudre des questions plus importantes relativement aux origines du Psautier en général.

Le mot hébreu maalah signifie la montée, Taction de monter. Le verbe dont il dérive est employé des centaines de fois dans TAncien Testament quand il est question d'aller à Jérusalem ; d'abord parce que celte ville était réellement située sur une hauteur, ensuite peut-être aussi parce que, pour la conscience religieuse des Israélites, le temple, qui n'était pas la partie la plus élevée de la ville, occupait la place suprême à l'égard de tous les autres lieux d'habitation. Les chants delà montée pourraient donc être des cantiques pour un voyage vers Jérusalem. En effet, la traduction grecque de Théodotion, dont il ne reste plus que des fragments cités dans les anciens auteurs, mettait en tête de nos psaumes le même terme que Xénophon a employé pour parler de son expédition vers la haute Asie, Anahasis. C'était le terme consacré pour une course dirigée vers une contrée plus élevée que celle d'où l'on partait. D'après cela, beaucoup d'interprètes ont songé au retour de l'exil, et ont pensé que ces psaumes étaient composés ou chantés par les colons revenant de Babylone.. Nous citerons Ghrysostome et d'autres exégètes de l'école d'Antiocbe, ainsi que la version syriaque. Nous ne saurions adopter cette explication. Il est vrai que le mot hébreu maalah est employé en parlant du retour de l'exil, dansl' Ancien Testamentlui-même(Esdr. VII,9), mais \^ pluriel qui revient dans toutes ces quinze inscriptions nous semble être un premier argument à faire valoir contre cette combinaison. Puis il y a surtout le contenu de ces psaumes qui s'y oppose. Pour l'auteur ou les auteurs de ces psaumes, Jérusalem n'est plus en ruines ; elle est rebâtie, habitée, populeuse, le temple existe, le culte est réglé et splcndidc, et le retour de la captivité appartient déjà à l'histoire ancienne. Le texte est formel et explicite à cet égard, et la simple lecture d'une traduction fidèle portera la conviction la plus entière dans un esprit non prévenu.

Cependant nous n'avons pas besoin pour cela de réiiôncé^ au sens que nous fournissait l'étymologie ; seulement nous însis-' ' terons sur le pluriel, et nous aurons des cantiques des voyages, on pour fo^ voyages (Ps. 121) de Jérusalem, c'est-à-dire dès pèle- ' rinages annuels, à l'occasion des grandes fêtes, que nous connaîtrions par le Nouveau Testament, si la loi n'en parlait pas toitiin^ ' d'une institution essentielle ^ . Ces pèlerinages ont été bien plus' religieusement exécutés depuis la consécration du second temple ' que du temps du premier, comme cela a été le caà en général pour toutes les prescriptions de la Loi . Nous voyons par rhiâtoîré évangélique, et même par des témoignages plus anciens, que ces pèlerinages se faisaient en caravanes (Luc II, 44. Ps. LXVIII, 25),' ' les habitants de la même contrée se réunissant poiir faire eh commun un voyage qui, dans ces temps-là, aurait présenté b'eàiicoup trop de difficultés pour des individus isolés. Aussi ces cara- ' vanes de pèlerins sont-elles encore en usage jusqu'à nos jôiirë dans tout l'Orient, et l'Église catholique nous en offre des exemples immédiatement sous nos yeux. Or, il est dans la nature déâ choses qu'un voyage entrepris dans un but religieux porte uii caractère analogue dans toute sa durée. Des prières, des chants sacrés, en sanctifiant chaque journée, entretiendront une sainte ardeur dans les esprits travaillés par la fatigue et les privations, et dirigeront les regards vers le but, et les idées qu'il rappelle et réveille.

En présence de tous ces faits, serait-il bien téméraire de supposer l'existence d'un tout petit recueil portatif de cantiques qu'auraient eu sous la main les chefs de ces caravanes (Ps. LXVIII, 28), ^ides à la fois spirituels et routiers de leurs compatriotes, pour diriger les saints exercices de leurs troupeaux ? Qu'on songe à la forme des livres anciens, aux dimensions énormes de ces rouleaux remplis de grands caractères, et qui ne pouvaient être préservés d'une prompte ruine que par des fourreaux de métal ou de bois qui en faisaient des meubles passablement incommodes. Un petit livre, un parchemin avec une quinzaine de courts cantiques, contenu dans un léger tuyau de tôle ou de cuir, suffisait aux besoins du moment et ne donnait aucun embarras.

Nous nous sommes étendu un peu longuement sur ce point

1 Exode XXXIV. 24. Lév. XXIII. Nomb. XXVIII. Deut. XVI. 1 Rois XII, 27. Ps. LXXXIV, 6. Es. XXX, 29, etc.

spécial, parce qu'il nous semble jeler une vive lumière ot le problème à l'examen duquel nous avons consacré ce paragraphe, et que nous aurons plus lard l'occasion d*y revenir pour y rattacher d'autres investigations non moins intéressantes rtpenl- Hve non moins nouvelles pour une partie de nos lecteurs.

Avant d'aborder la question de savoir à quelle époque te différentes collections partielles, que nous avons réussi à disù»* guer, ont pu être fondues en une seule, désormais indissolidilei nous devrons nous occuper de plusieurs autres qui se présente^ pour ainsi dire, à la surface môme du texte.

Il y en a d'abord une, en apparence très-secondaire ; celle il nombre des Psaumes. Au moyen-âge, dans l'Église latine, M s*habitua à les désigner par les premiers mots du texte, sans ks compter. Mais déjà plus anciennement on y mettait des numéru d'ordre d'après lesquels on les citait (Actes XIII, 33), et de W jours c'est là la coutume générale. Dans toutes les éditions de 11 Bible on en compte uniformément 150; mais cette uniformité* porte que sur le nombre total et n'empêche pas une grande confusion dans les détails. C'est que dans le principe les différent» pièces dont se compose la collection n'étaient pas séparées pff des titres spéciaux, comme c'est encore aujourd'hui le cas p»ff plus de trente psaumes (voyez par ex. Ps. 93 etsuiv.; 111 etsuiv.; 146 et suiv.j, et les copistes les écrivaient sans doute sans ta séparer d'une manière très-marquée. Or, le contenu ne suffise* pas toujours pour les distinguer facilement les uns des autres, î arriva que, lorsque enfin on adopta un système plus commofc on ne réussit pas à l'appliquer partout de la même manière «t avec une parfaite exactitude. Dans les bibles hébraïques, la niune' ration est autre que dans les bibles grecques ^ presque f»* bout à l'autre, et comme les versions protestantes suivent Tordi* adopté dans la Synagogue, tandis que les versions catholique ont conservé celui de la Vulgate, laquelle à son tour dépendis

' il y a une trace de ce fait dans une fameuse variante du passage des Actes <■ plus haut. — Dans les citations qui vont suivre, nous nous tenons à la numératioow

l'original.

celui des traducteurs alexandrins, il s'en suit qu'aujourd,'hui il existe deux manières de compter et de citer les Psaumes partout où les deux Églises sont représentées. Il n'y a, dans ce cas, que les huit premiers et les trois derniers psaumes qui portent, le même numéro dans les deux éditions. La différence provient 4« ce que le neuvième des Grecs et des catholiques est compté pour deux (IX et X) chez les Hébreux et les protestants, tandis que le 147® de ceux-ci est divisé en deux (CXLVI et GXLVII) chez les autres, de sorte qu'à la fin l'uniformité se rétablit. Car une autre différence, qu'il y aurait encore à signaler, n'exerce guère d'influence sur l'ensemble. Le 113® des Grecs se décompose en deux chez les Hébreux (GXIV et CXV) et le 116® des Hébreux se divise en deux chez les Grecs (GXIV et CXV). G'est à Texégèàe à décider, dans chaque cas particulier, delà valeur de ces variantes. Nous pouvons dire dès à présent que nous avons cru devoir nous en tenir au texte grec à l'égard du neuvième psaume, et au texte hébreu à l'égard des quatre autres.

Cependant, dans un certain nombre d'autres cas, la critique a trouvé des défauts aux deux systèmes en question. Ainsi, duns notre traduction, trois psaumes ne sont pas comptés du tout à part : le 53®, qui est le même que le 14®; le 70®, qui n'est qu'un fragment du 40*; enfin le 108®, qui est un simple composé du 57* el du 60®. Par contre, nous séparons en deux, comme ayant été à tort considérés comme des poèmes uniques, les psaumes XIX, XXIV, XXVII et CXLIV; et nous réunissons en un seul, comme ayant été séparés à tort, les psaumes XLII et XLIII. Peut-être y aurait-il encore d'autres changements à faire dans l'un ou l'autre sens; et de fait, on peut constater, par les manuscrits qui nous sont parvenus, qu'on n'a pas manqué de se livrer à des conjectures à cet égard en plus d'un endroit ; mais nous avons cru devoir nous borner à ce qui nous a paru absolument nécessaire, ou du moins très-vraisemblable.

Nous prévenons cependant nos lecteurs, que dans nos renvois et citations nous nous en tiendrons invariablement aux numéros usités dans les églises protestantes, pour leur permettre de comparer sans peine nos observations avec les textes auxquels ils sont habitués. Mais ils trouveront à la suite de cette introduction un tableau comparatif des trois séries ou méthodes de numération, de la nôtre, et des deux officiellement reçues dont nous venons de parler.

î% LE PSAUTIER.

Nous devons nous occuper maintenant des notes musicales qui accompagnent le texte liébreu des Psaumes. Nous le faisons pour l'acquit de notre conscience et dans la ferme résolution de ne plus y revenir. Notre traduction n'en conservera pas la moindre trace et notre commentaire n'en parlera pas. Car ici tout est obscur, incertain, en partie absolument indéchiffrable. Nous ne savons rien de la musique bébraïque, et ses termes techniques sont pour nous lettre close. Déjà les traducteurs grecs (dont cependant nous ne connaissons pas l'époque) se sont trouvés dans le plus grand embarras en face de ces notes, et dans la plupart des cas leurs essais d'interprétation ou bien ne nous apprennent rien ou sont plutôt de nature à nous égarer davantage. De nos jours encore plus d'un traducteur juge plus sûr de conserver purement et simplement les termes hébreux. Quant à nous, il vaut mieux, pensons-nous, avouer notre ignorance, que de nous livrer à des conjectures oiseuses : pour nous, aujourd'hui, la seule musique que nous puissions encore entendre et comprendre, c'est celle des sentiments que les textes expriment, et nous doutons fort que l'autre, si nous pouvions la faire revivre, servirait à leur donner un relief dont il n'ont pas besoin, ou à nous procurer à nous une jouissance plus grande que celle de la sympathie spirituelle. Il conviendra cependant d'entrer dans quelques détails, pour expliquer à nos lecteurs de quoi il s'agit au fond, et pour leur donner une idée approximative de la nature des formules, en apparence si singulières, qu'ils rencontrent à tout instant dans les traductions <i usuelles des Psaumes.

Nous commencerons par le mot Sèlahy que l'on y trouve si fré — quemment, tantôt une fois, tantôt plusieurs fois dans le corps duK même morceau. Les rabbins, auxquels nous devons la ponctuation:zi du texte, paraissent déjà n'avoir eu aucune connaissance de signification. Car, sans parler de la forme du mot qui n'a aucum analogie avec les autres formes nominales ou verbales connut

ils l'ont partout traité comme s'il était une partie intégrante d i

poëme, un élément de la phrase qui précède, tandis qu'il e^3/ évident que celle-ci est toujours complète sans ce terme adiî-

tionuel. Aussi bien aujourd'hui tout le monde s'accorde-t-il à penser que nous avons là un terme technique, qui se rapportait de manière ou d'autre à Texécution musicale ; seulement il est difficile d'en déterminer la valeur, l'étymologie en étant incertaine. On a pensé par ex. à notre da capo; on l'a traduit par : pause; les Septante, qui (dans ce seul cas) pourraient bien avoir profité d'une tradition authentique, le rendent par un mot qui correspond peut-être à ce qu'on appelle la ritournelle, c'est-à-dire, le jeu des instruments pendant les intervalles du chant.

Tous les autres termes de musique se trouvent dans les titres ou suscriptions des psaumes. Ils sont de différentes espèces. Il y a d'abord le mot Lamenaççéah, qui se trouve en tête de 54 psaumes et auquel de nos jours, après bien des tâtonnements, on est convenu d'attribuer le sens : Au directeur, c'est-à-dire, comme on s'exprimerait maintenant: au maître de chapelle, au chef d'orchestre, ou peut-être : au compositeur. Il serait même possible qu'on dût dire : Pour la direction, c'est-à-dire, pour l'exécution musicale. Car on sait que dans le langage technique, la valeur des divers termes ne se règle pas nécessairement sur celle des formes grammaticales. Mais déjà Jes traducteurs grecs, nous voulons dire les traducteurs des titres des psaumes, qui pourraient bien n'avoir pas été les contemporains de ceux qui ont fait la version du texte, ne savaient plus rien du sens de cette expression; ils la rendent par : Pour la fin, phrase absolument inintelligible, que St-Jérôme n'a pas manqué de conserver, et qui est devenue pour l'exégèse des pères la source intarissable de gloses mystiques.

Un grand nombre d'autres termes, plus obscurs encore que celui dont nous venons de parler, ont longtemps passé pour désigner des instruments de musique, et l'on se persuadait volontiers que l'accompagnement pouvait varier alors comme aujourd'hui, soit quant à la nature, soit quant au nombre des instruments qu'on voulait employer. Contre cette interprétation nous ferons valoir un argument qui nous semble décisif. Nous connaissons, si ce n'est la construction et la forme, du moins les noms des instruments dont les Israélites se servaient habituellement ; ils sont assez nombreux, et reviennent très- fréquemment dans les textes, surtout aussi dans le texte des psaumes mêmes (voyez par ex . le 150"). Or, pas une seule fois ces noms ne se rencontrent dans les inscriptions, et pas une seule fois les termes compris dans celles-ci

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ne se retrouvent ailleurs dans une phrase où le sens indiqué serait admissible, ou plutôt, ils ne se retrouvent nulle pari. Nous n*aurons donc pas besoin d'invoquer le témoignage des iraduotcurs grecs, qui ne parlent jamais d'instruments, bien que des objets de ce genre ne disparaissent pas aussi facilement du monde des réalités que des efiets de sons, qui ne laissent pas après eux de traces matérielles. Nous estimons donc que les octochordes^ les décachordes , les (lûtes, les cithares^ ainsi que les octaves j les wix de femmes ou de vierges y ne doivent plus figurer à l'avenir dans les titres des psaumes. Il est surtout peu probable que des instruments à vent aient jamais été employés, soit dans la musique sacrée, soit pour l'accompagnement du chant. On avait pour cela les instruments à cordes, et la cymbale pour marquer la mesure. Au Psaume 5, les Septante mettent: Sur V/iérUière, et aux Psaumes 4, 6, 54, etc., ils mettent: Hymnes^ et point de nom d'instrument.

S'il est permis de hasarder une conjecture sur une question à regard de laquelle les moyens d'information nous manquent si complètement, nous préférons l'opinion de ceux qui ont vu dans plusieurs de ces termes, en apparence inexplicables, les premiers mots d'autres poésies aujourd'hui perdues et sur l'air desquelles on aurait chanté certains psaumes. En elle-même la chose ne serait pas tellement incroyable qu'il pourrait sembler à première vue. Il y en a des exemples ailleurs. Au seizième siècle, les psaumes de Cl. Marot, nos psaumes bibliques, mis en vers français, se chantaient d'abord sur des airs alors populaires, de chansons qui n'avaient rien de religieux. Nous avons entendu nous-même, dans les derniers temps de la Restauration, lors des missions organisées par les Jésuites, des cantiques religieux chantés sur des airs d'opéra alors en vogue. Voudrait-on nous faire croire que le peuple ne chantait pas à Jérusalem, ou qu'il n*y ait eu aucune littérature poétique en dehors des psaumes, à l'époque où ceux-ci ont été mis en musique? Mais cela nous semble fort peu probable, à n'importe quelle époque qu'on veuille remettre ce dernier travail. Qu'aujourd'hui, après la perte de cette littérature, nous ne puissions plus vérifier le fait, cela ne prouvera pas que l'hypothèse elle-même soit inadmissible ; et si les lambeaux de phrases, qui ont fini par devenir des termestechniques, sont pour nous des énigmes, est-ce chose bien étonnante? Les commencements de couplets, par lesquels nous avons

rhabitude de désigner les divers airs déjà en usage, offrent-ils donc tonjours un sens par eux-mêmes? Que serait-ce donc, si, au lieu de dire : A chanter sur Tair du Psaume 13, nous disions Sttr . Jvsques à quand? ou Sur : Comme une biche? (Psaume 42), ou encore Sur: Non point à nous? (Psaume 115). Hé bien, c'est précisément ainsi que nous nous expliquons plusieurs de ces inscriptions, que les traducteurs n'ont pas comprises, parce qu'ils n'en connaissaient pas l'origine, et que très-probablement les copistes à leur tour ont défigurées à Tenvi. Dans celte catégorie nous rangerons les notes : Sur : Les lis (Ps. 45, 69, 80) ; Sur: Biche de V aurore (Ps. 22), plus exactement : Antilope de faurore, charmante figure choisie pour désigner le soleil levant (dont les rayons sont d'autant plus naturellement comparés aux cornes de l'animal, que la langue hébraïque se sert du même mot pour désigner les uns et les autres) et nous laissant entrevoir le caractère à la fois gracieux et original de la pièce, dont nous ne connaissons plus que ces deux mots. Puis encore : Sur : Colombe des térébinthes lointains, ou, d'après un autre essai de traduction : Colombe muette du lointain (Ps. 56); Sur: Les filles (Ps. 46), ou avec un mot de plus : Les filles au fils . . . (Ps. 9), où cependant le texte reçu est fautif et inintelligible ; Sur : la Gathienne /Ps. 8, 81, 84), c'est-à-dire sur un air qui avait son nom de la irille de Gath (comme nous dirions, sur l'air de la Marseillaise, de la Parisienne) ; Sur Mahalat (Ps. 53, 88), c'est-à-dire sur un air dont c'était là le premier mot, duquel il est impossible aujourdliui de déterminer la signification, les voyelles étant sans doute mises arbitrairement et sans connaissance de cause {maladie, chœur,

dansé); Sur : Ne détruis point (Ps. 57, 58, 59, 75) Les

termes qu'on lit en tète des Ps. 5, 6, 12, et peut-être d'autres encore, et que nous n'essaierons pas d'interpréter, peuvent être rangés dans la même classe. Pour donner à nos lecteurs une idée de l'incertitude de plusieurs de ces inscriptions, dont le texte même «si sujet à caution, nous les prierons de comparer la version grecque, qui remplace les lis, par ceux qui seront changés ; la biche, par la sustentmi matinale ; la colombe, par le peuple agrandi des saints; \t^ filles, par les cachées ; la Oathienne, par \es pressoirs, etc. On voit d'ici combien les anciens théologiens, qui ne connaissaient que le texte grec ou son calque, la vulgate latine, ont dû déraisonner à perte de vue sur des titres de cette

f IX

Nous ne voyons pas la nécessité de conserver ces indications dans notre Psautier. Lors même que nous serions à même de les interpréter avec plus de certitude, elles n'aideraient en rien à l'intelligence des textes, et elles n'auraient pas même ravantage de satisfaire la curiosité des archéologues. Dans les paragraphes suivants, nous aurons l'occasion d'examiner les autres éléments de ces inscriptions.

Nous avons déjà dit que le Psautier est un livre de Cantiques, dans le sens actuel de ce mot, c'est-à-dire un recueil de poésies religieuses, les unes destinées à être chantées par la communauté, les autres servant du moins à l'édification privée ou domestique. Il n'y en a qu'un très-petit nombre dans lesquelles, à côté du sentiment religieux, et sans l'efTacer, un autre sentiment se produit avec une certaine force et semble occuper la première place, savoir le patriotisme, l'énergie guerrière, la loyauté politique. Car, même dans ces cas plus rares, les poètes ne manquent point *i

de reconnaître ce qu'Israël doit au Dieu de ses pères, et d'appeler 1

la bénédiction du ciel sur ses chefs et leurs armes. Nous ne ^ saurions signaler qu'une seule pièce (Ps. 45), à laquelle ce carac- — tère est positivement étranger, et qui n'a pu être comprise dans ^35 le recueil que parce qu'on avait su lui donner un sens auquel J^^ l'auteur ne songeait guère. En effet, tandis que le texte hébreu la >^a nomme un chant d* amour (il aurait mieux dit : nupHal). les Grecs. y ont mis : &*ur le bien-awiéy ce qui semblerait presque trahir uni origine chrétienne.

Mais en parlant de poésies religieuses, nous nous servons d*i terme assez vague, et qui peut s'appliquer à des compositionr très- variées. Aussi a-t-on souvent essayé de faire une classifi< tion des psaumes d'après leur contenu, ou les sujets qu'ils traiten^^ /. Ce n'est pas précisément impossible ; cependant il ne faut pas

faire illusion sur les difficultés de la tâche. Il y a beaucoup ^3e psaumes qui pourraient se placer convenablement dans plnsiewx;? des catégories qu'on voudrait distinguer, par la simple raiso/7 que les auteurs n'avaient pas du tout l'intention arrêtée de trai/^r un sujet spécial, ou de se renfermer dans un cercle d'idées nette-

ment circonscrit. Cela tient même à Tune des qualités caractéristiques de la poésie hébraïque, que nous avons signalée plus haut. Nous croyons donc qu'il faudra se borner à faire ressortir, par des exemples bien choisis, la grande variété des tons et des tendances, ou si l'on veut, des genres, que renferme le recueil.

A première vue on est tenté de croire que déjà les auteurs des inscriptions ont voulu distinguer différentes espèces de cantiques. Car parmi les termes qu'on rencontre dans les inscriptions, et dont nous n'avons point encore parlé, il y en a toute une série, qui positivement, ou du moins probablement, ne regardent pas la composition musicale. Aussi est-il à remarquer qu'en thèse générale, la traduction grecque est ici plausible ou même incontestablement juste. Nous enregistrons ici les titres suivants : V Prière (Ps. 17, 86, 90, 102, 142), désignation qui conviendrait d'ailleurs à bien d'autres psaumes encore ; 2^ Lonanffe (Ps. 145), terme qui a fini par être employé, dans le langage de la synagogue, comme nom des psaumes en général, et qui, mis au pluriel, sert aujourd'hui de titre au psautier dans les bibles hébraïques ; y Célébration ou Olorificatian (Ps. 100) ; 4® Témoignage ou Déclaration (Ps. 60, 80) ; 5^ Pour renseignement (Ps. 60) ; 6^ Le mot hébreu Mashily qu'on lit dans les titres des Psaumes 32, 42, 44, 45, 52, 53, 54, 55, 74, 78, 88, 89, 142, a été traduit par les Grecs : Cantique d'intelligence ou pour V intelligence y et beaucoup de modernes ont pensé qu'on a voulu exprimer la notion d'un poëme didactique, ce que l'étymologie comporte, quoique cela ne s'applique pas également bien à tous les morceaux que nous venons de citer ; T Nous mentionnons encore le mot Miktam (Ps. 16, 56 à 60), dont l'étymologie est absolument inconnue et que les Grecs ont rendu par : Inscription sur une stèle j mais qui, en tout cas, a dû servir à désigner un genre particulier. Nous passons sous silence quelques autres termes analogues, sur lesquels nous n'aurions à faire que des conjectures en l'air (Ps. 7, 38, 70, 88).

On voit cependant par le petit nombre de psaumes qui portent des inscriptions pareilles, que celles-ci ne peuvent pas être le produit d'un travail général de classification, comme on a voulu quelquefois l'entreprendre dans ces derniers temps ; et en aucun cas il ne pourrait nous servir de guide dans un but analogue. Pour arriver à quelque chose de certain et d'utile, il nous suffira, nous le répétons, de faire connaître les divers genres, en renonçant à y faire entrer une nomenclature complète.

Nous distinguerons d*abord deux classes principales de psaumes : les cantiques religieux proprement dits, c'est-à-dire les poésies dont la personne divine est le sujet, directement et exclusivement; et les chants nationaux, dans lesquels les circonstances extérieures, la situation momentanée du peuple, sont Tobjet des préoccupations des auteurs.

Dans la première classe on rangera les psaumes qu'on peut à juste titre nommer des hymnes, des chants de louange, destinés à célébrer la grandeur de Dieu, tel qu'il se révèle dans la nature (Ps. 19, 29, 104), surtout en comparaison de l'homme (Ps. 8), dont il est le bienfaiteur (Ps. 65). Voyez encore les Psaumes 95 à 99, 103, 113, 145, 147 à 149, etc., et d'autres qui expriment plus particulièrement le sentiment de la gratitude (Ps. 66, 67, etc.). Puis il y a un grand nombre de prières, tantôt individuelles, tantôt collectives, et exprimant des sentiments également divers (Ps. 32, 130, 131, 139, 102, etc.). Le dernier des psaumes que nous venons de nommer porte même l'inscription : Prière pour un ^nalhewreux au désespoir, quand il épanche ses pensées devant Dieu. On ne doit pas oublier ici les cantiques évidemment composés pour la célébration de quelque fête (Ps. 24, 68, 81 , 114, 118, etc.), parmi lesquels nous comprendrons aussi, dans un certain sens, les chants de pèlerinage, dont il a été question plus haut.

A ce propos nous rappellerons en passant, que certains psaumes portent les traces d'un usage liturgique jusque dans les inscriptions, dont nous rencontrons ici un nouvel élément. Ainsi le Psaume 30 est intitulé : Pour la consécration du temple^ le Psaume 92 : Pour le Jour du iSabbat, Cela ne veut pas dire que ces psaumes aient été composés exprès pour une telle fête, mais qu'ils ont été employés dans ces solennités à une certaine époque. La fête de la consécration a été instituée par Judas Makkabi, l'an 164 avant Jésus-Christ, et le commentaire prouvera surabondamment que le poëme en question n'avait rien de commun avec une pareille fête dans la pensée de son auteur. Dans le Psautie grec, ces inscriptions sont plus nombreuses, parce que, les régi du culte devenant de plus en plus précises, on rattachait plus ta un plus grand nombre de psaumes à certains jours particuliers Ainsi le Psaume 38 est également réservé pour le Sabbat, le 2^ pour le premier jour de la semaine, le 48® pour le second jour le 94* pour le quatrième jour, le 93® pour la veille du Sabbaf. le 29® porte le titre : Pour la sortie du taier7iacle, etc. Quelques-

unes de ces notes pourraient bien être dues à des mains chrétiennes, comme c est probablement le cas pour le Psaume 66, dont le litre grec parle de résurrection.

C'est encore ici que nous pouvons mentionner un certain nombre de psaumes, qui sont plutôt du genre didactique que du genre lyrique, et dont le but prochain est renseignement religieux, adressé soit aux individus, soit à la communauté. Nous trouvons, par ex., des morceaux qui retracent les portraits des justes et des méchants, dans leurs rapports avec le législateur et le juge suprême (Ps. 1, 15, 49, 91, 92, etc.), puis des essais de théodicée, c'est-à-dire, l'affirmation de la justice rémunératrice de Dieu en face d'une expérience qui semble devoir en faire douter (Ps. 37, 73), ensuite des méditations sur l'histoire ancienne d'Israël, pour en tirer soit de sérieux avertissements, soit des consolations pour l'avenir (Ps. 78, 105, 106, etc.), enfin des instructions sur la valeur relative du culte du cœur et de la justice, et du culte de l'autel (Ps. 50).

Nous pourrions entrer dans une analyse plus détaillée des textes, pour en tirer une espèce de théologie des psaumes. Ce travail ferait surtout ressortir la beauté et la pureté des idées religieuses qui y sont exprimées et aiderait à produire la conviction qu'entre elles et celles de l'Évangile il y a une grande affinité. Les idées religieuses, les notions de Dieu et du devoir, telles qu'elles sont exprimées dans les écrits des prophètes, ne le cèdent en rien à ce que nous trouvons dans ces chants sacrés, mais ceux-ci parlent plus directement au cœur. On dirait qu'ici la distance qui sépare l'homme de son créateur et juge, la terre du ciel, est plus facilement franchie par le sentiment et les aspirations de la piété, tandis que la prédication généralement sévère des orateurs tient plutôt à la faire sentir, à la rappeler au besoin à ceux qui pourraient ne pas en tenir compte. Les psalmistes recherchent Dieu et savent le trouver ; les prophètes s'adressent le plus souvent à des hommes qui l'ont oublié. C'est cette différence du point de vue, qui détermine la diversité bien facile à reconnaître des deux genres principaux delà littérature hébraïque, dont la base, la conception religieuse, est pourtant la même partout. C'est aussi cet élément particulier au psautier qui lui a valu à juste titre la préférence dont il a toujours joui dans TÉglise chrétienne. Le sentiment religieux est de tous les siècles; les conditions sociales, les situations politiques changent et créent

des besoins sans cesse nouveaux, et chaque génération de prophètes parle le langage qui convient à son temps.

Ce que nous venons de dire à propos de la première classe de nos psaumes, peut encore s'appliquer dans plus d*un cas à la seconde. Il y a là aussi un certain nombre de poèmes, relatifs à des événements politiques et militaires (Ps. 20, 21, 47, 48, 60, etc., etc.), dans lesquels, sans exception, les auteurs réservent toute la gloire à Dieu, et ne songent pas le moins du monde à la revendiquer pour les mortels ; il y a des pièces en Thonneur des chefs ou souverains (Ps. 72, 110, etc.), dans lesquelles la place due au roi des rois lui est toujours réservée ; et quand les rois eux-mêmes prennent la parole pour maintenir leurs droits ou pour célébrer une victoire éclatante (Ps. 2, 18), ils n'oublient pas d'en faire hommage à celui dont ils se reconnaissent les vassaux ou les lieutenants.

Gependan t les morceaux de ce genre sont comparativement rares ; la plupart de ceux que nous pouvons ranger dans cette seconde classe, et à vrai dire la plupart des psaumes en général, accusent une situation bien différente. C'est le malheur, c'est la persécution et Toppression qui inspirent les poètes ; ce sont des accents de tristesse qu'ils font entendre; ce sont des élégies qu'ils chantent; c'est quelquefois le cri du désespoir qui frappe l'oreille du lecteur sympathique. Mais c'est ici que se manifeste la puissance du sentiment religieux, la force et la sincérité de la résignation, qui finissent par triompher du doute et de l'angoisse, en puisant des consolations et des espérances dans l'énergie de la foi et dans les souvenirs de l'histoire. Nous n'aurons pas besoin d'insister sur le fait que c'est en grande partie à cet élément que le Psautier a dû sa grande popularité. Partout où les malheurs publics ou domestiques rendaient les cœurs plus disposés à demander un appui à la religion, on aimait à y revenir, pour raviver avec le son de ces stroplies dix ou vingt fois séculaires, les forces morales qui font si aisément défaut à notre faiblesse, et dont les chantres d'Israël y avaient pour ainsi dire déposé un trésor inépuisable. Chose curieuse ! ce sont précisément ces dernières poésies, le^ plus simples, les plus naturelles, les plus sympathiques, les plu» universellement applicables, qui ont été le moins comprises relativement à leur origine et qui, par la persistance traditionnelle d'un préjugé aussi singulier que profondément enraciné, ont le plus contribué à fourvoyer l'exégèse et à fausser l'histoire elle-même.

Mais cela nous conduit au sujet principal qui nous reste encore i traiter et dont la discussion nous dispense de citer dès main- ^nant des exemples de ce dernier genre, à l'égard desquels nous ] aurions que Tembarras du choix.

De quelle époque date le Psautier ? C'est par l'examen de cette question capitale que nous terminerons cette introduction.

Beaucoup de nos lecteurs seront étonnés de nous la voir seulenent soulever. Pour eux, la réponse est donnée d'avance. C'est )avid, le roi d'Israël, qui est l'auteur du livre des Psaumes, ^a tradition le veut ainsi : elle l'afîirme avec une parfaite bonne bi et sans jamais varier dans ses affirmations. Elle remonte nême bien haut, autant que nous pouvons le constater. Car déjà lu premier siècle, nous voyons que les auteurs du Nouveau Testament citent les passages de divers psaumes sous le nom du m David, et non-seulement des psaumes en tète desquels notre exte hébreu lui-même inscrit ce nom ^ mais encore d'autres qui lous sont parvenus sans nom d'auteur (Ps. II, XGV; Actes IV, S; Hébr., IV, 7) ou avec un autre nom (Ps. LXXXIX; Actes iSIly 22); et, ce qui plus est, le livre tout entier porte déjà le lom de David (Hébr., 1. c). Cette opinion a si bien prévalu, que les savants mêmes, qui n'ont pu se refuser à reconnaître qu'elle isi erronée, n'ont pourtant pu se défaire de l'habitude de mettre in avant le nom du roi quand ils citaient n'importe quel texte du i^sautier, et nos vieilles bibles à gravures sur bois ne manquent >as de représenter ce prince en tête du livre, couvert de son nanteau royal, portant la couronne et jouant de la harpe.

Nous avons à faire nos réserves bien sérieuses au sujet de cette radition, et nous craignons fort que notre scepticisme ne paraisse lUer trop loin. Mais nous tenons à produire nos arguments et à es soumettre à l'appréciation de notre public, l'intelligence des extes, d'après notre plus intime conviction, dépendant avant tout le la connaissance de l'époque et de la situation des auteurs.

ï P*. 16, 32, 69, 109, 110. Matth. XXII, 43. Actes I, 16 suiv. ; II, 25; XIII, ». Rom. IV, 6 ; XI, 9.

Et tout d*abord on voudra bien se rappeler que nous avons déjà constaté Texistence de plusieurs recueils partiels de poésies diverses, par la réunion desquels Touvrage complet a fini par arriver à sa forme actuelle. Par cela même, la question d'origine n'est plus aussi simple qu'elle pourrait l'être relativement à un livre dont le fond et la forme appartiendraient à la conception d'un seul esprit et au travail d'une même main. L'ancienneté des éléments ne permet pas de préjuger celle de l'ensemble, et d'un autre côté, la nature de la collection qui pouvait être indéfiniment enrichie, pendant un long espace de temps, ne permet pas davantage de conclure de l'ancienneté d'un recueil à l'âge de toutes les pièces qu'il contient aujourd'hui. L'examen critique doit donc s'étendre à chacune de ces pièces en particulier, et les opérations préalables de la science se multiplient à l'infini. Hâtons-nous d'ajouter que, si dans beaucoup de cas elles n'aboutissent pas à des résultats bien positifs, dans d'autres, au contraire, ceux-ci sont tellement certains et irréfragables, qu'ils jettent une lumière suffisante sur le tout.

Commençons par bien établir les faits qui nous ont été transmis par les écoles juives. A une époque aujourd'hui inconnue, mais qui, en aucun cas, n'aura précédé de bien longtemps l'ère chrétienne, et qui pourrait lui être postérieure, les docteurs de la Synagogue se sont occupés de la question que nous étudions en ce moment. Ils ne partageaient pas du tout l'opinion que David fût l'auteur de tous les psaumes; et comme cette opinion existait «. déjà de leur temps, il est évident que ces savants no connaissaient J aucune tradition digne de foi, aucun argument suffisammenl plausible, qui eût pu les engager à y souscrire. Ils essayèrent ui triage des psaumes, à l'effet de désigner les auteurs d'un certaii nombre, sauf à renoncer à découvrir ceux des autres. Nos bibh hébraïques nous font connaître les résultats de ce travail ; outre les notes relatives à la musique et les autres dont noi avons déjà parlé, les inscriptions de la plupart des psaume

contiennent aussi des renseignements historiques, soit comncne nous venons de le dire, les noms des auteurs présumés, soit dL«$ indications plus spéciales concernant les événements à propc» desquels certaines pièces paraissaient avoir été composées. D'apné? ces notes, un seul psaume serait antérieur au siècle de Davirf. savoir le premier du quatrième livre (90), qui est attribué à Moïse ; soixante-treize portent le nom do David. Nous ue les

énumérons pas ici, nos bibles iFaduites sur Thébreu les faisant exactement connaître. Il y a ensuite deux psaumes de Salomon (72 et 127) et vingt-huit dont les titres nomment différents personnages de l'entourage de David, savoir douze celui d'Asaph (50 et 73 à 83), onze celui de la famille de Qorah (42 à 49, 84 et suiv.), trois celui de ledoutoun (39, 62, 77), un celui de Hêman (88), et un celui d'Êtan (89). Nous devons cependant faire remarquer que les noms de Qorah et de ledoutoun pourraient bien être considérés comme ceux des compositeurs, et non des auteurs. Au fond, cela revient ici au même, tous ces personnages passant bien certainement pour contemporains de David (voir le premier livre des Chroniques, chap. VI, XV, XXV, XXVI, etc.). Les 46 autres ne sont accompagnés d'aucun nom propre ^ Ainsi, outre ces psaumes anonymes dont l'époque n'a pas été déterminée, et à la seule exception de Moïse, tous les autres dateraient du siècle de David. La chose n'est pas impossible par elle-même, et l'on aurait tort d'objecter (comme on l'a fait quelquefois) qu'il est peu probable que la poésie religieuse ait cessé d'être cultivée après l'époque du grand roi ; car on pourrait toujours admettre que les noms des poètes postérieurs n'ont pas été conservés et que les psaumes anonymes remplissent la lacune présumée. Cependant cet oubli aurait de quoi nous étonner, si l'usage d'inscrire les noms des auteurs avait existé antérieurement.

Il importe beaucoup plus d'examiner quelle créance méritent ces notes ou inscriptions. Elles auraient sans doute une valeur absolue s'il était prouvé qu'elles y ont été mises par les auteurs eux-mêmes ; mais c'est là une supposition absolument inadmissible. Il est au contraire évident qu'elles sont le fruit d'une étude exégétique faite h une époque où l'on aimait à s'occuper de travaux scientifiques sur l'ancienne littérature nationale. Quelques exemples montreront jusqu'à quel point ces études ont été heureuses et ont pu aboutir à des résultats irréfragables.

Le 51* psaume doit avoir été composé par David à l'occasion des reproches que lui adressait le prophète Nathan au sujet de ses relations avec la femme d'Urie. En effet, le psaume commence par une confession des péchés et un acte de contrition. Mais plus loin l'auteur se représente comme ayant à craindre un meurtrier

1 Plusieurs de ces chiflfres seront ù modiGer d'après les observations que nous allons faire plus bas.

A. T. — 5* part. 4

(tandis que c*était David lui-même qui avait fait périr le mui outragé), et à la fin il demande que Jéhovah rebâtisse les murs de Jérusalem. Cette dernière circonstance nous transporte néoeisairement à une époque où ces murs avaient été renversés. El tête du psaume 18 nous lisons : David, le serviteur de labewd^ composa ce cantique lorsque laheweh Teut délivré de la main de tous ses ennemis et de la main de Saûl. C'est déjà chose asseï singulière que Saiil soit nommé après lous les autres ennemis; mais indépendamment de cela, Tinterprétation n*est pas exacte, en ce que le psaume n'est pas une récapitulation de toutes kl grandes choses accomplies durant une longue carrière politiqoeel militaire, mais se rapporte à un événement unique et récent. Le G3" psaume doit avoir été composé par David pendant qu'il emilè travers le désert de Juda, fuyant devant Saiil. Maisilyestqueslioi d'un roi qui se réjouit en Dieu. Ce roi ne peut être celui qâ persécutait le jeune héros, et celui-ci n'était pas encore roiàœUe époque. L'inscription, au lieu de nous guider dans l'interprétatioD, implique donc une contradiction manifeste. Le 6(K psaume a élé écrit sous l'impression d'une défaite qui a mis la nation à deux doigts de sa ruine, et voilà que l'inscription dit : Lorsque David fit la guerre en Mésopotamie et en Syrie, et que Joab tua don» mille hommes aux Édomites, c'est-à-dire à propos d'expéditions victorieuses. A l'égard d'autres notices historiques placées es tête de divers psaumes, et qui prétendent les rapporter à la fuite devant Absalon (3), au séjour dans la caverne (57, 142), à 11 trahison des Ziphites (54), au massacre de Nob (52), à l'arresU' tion de David dans sa maison, tentée par les émissaires de Sail (59), au séjour parmi les Philistins (34, 56), etc., nous pourotf dire, sans crainte d'être contredit, qu'il n y a point dans ces pièces la plus légère, la plus lointaine allusion aux faits indiqués, pas un nom propre de personne ou de lieu qui les rappelle, fflW* tout au contraire des éléments qui, comme on le verra par fc commentaire, accusent un horizon tout différent. Comment coucfr voir qu'un roi chassé de sa capitale par son propre fils, n'ait pa trouver, pour peindre une pareille situation, que cette phrase pâk et insignifiante : Que mes ennemis sont nombreux ! Du fils rebelle, de la trahison des officiers, de la fuite du roi délrôni» enlin de tous ces détails pittoresques et saisissants que nous connaissons par l'histoire, pas le plus petit mot. Qu'on compare avec cela Télégie dr David sur la mort de Jonathan (2 Sam. 1)^

comme tout y est vivant de sentiment et de couleurs ! Le nom du poète ne s'y trouverait pas, que tout le monde saurait le nommer. Des observations analogues peuvent se faire sur tous les psaumes que nous venons de citer. Mais il n'est pas trop difficile de connaître l'origine de ces notions. Étant donnée l'opinion que les psaumes sont de David, on s*appliquait à rechercher dans son histoire les circonstances particulières qui paraissent offrir quelque rapport avec les divers textes, et l'on se contentait de n'importe quelle analogie lointaine entre le fait et l'une ou l'autre phrase, sans s'inquiéter du reste ou de l'ensemble. Cela est si vrai, que quelquefois les inscriptions sont textuellement copiées de l'histoire de David. Comp. 1 Sam. XIX, 11 (Ps. 59); XXI, 13 (Ps. 34): XXII, 9 (Ps. 52) ; XXIII, 19 (Ps. 54), etc.

Ce genre d'études a été continué jusqu'à nos jours : on a voulu découvrir, à tout prix, par le procédé que nous venons de signaler, le moment précis où chaque psaume a dû être comjosé. Il y en a des traces à toutes les époques de l'histoire de l'exégèse. Déjà les Septante ont trouvé Absalon dans le HS"" psaume, et Goliath dans le 144**, et selon eux, le psaume 27 aurait été composé avant l'onction du roi. Les modernes ont appliqué à ce genre de travail une sagacité bien mal récompensée. Comme d'un côté la vie de David, à l'exception de deux époques bien connues, n'a été qu'une série d'aventures heureuses et d'éclatants succès, et que, de l'autre côté, la plupart des psaumes parlent de malheurs, de persécutions et de tribulations de toute espèce, il en est résulté que, dans la pensée des commentateurs en question, ils sont généralement rapportés à ces deux seules époques, et que, lors de ^a fiiite devant Saûl et pendant les trois mois qu'a duré l'insurr^cction d' Absalon, David, auquel son historien prête bien d'autres «^ucis, n'aurait fait que composer des psaumes, au gré d'une ^^égèse complètement fourvoyée, et cela sans trouver une seule f^'s l'occasion de nommer par leur nom les choses ou les hommes. Tout ceci cependant ne prouve encore qu'une chose, c'est que inscriptions des psaumes, en tant qu'elles contiennent des historiques, sont fort sujettes à caution et font voir que le '^'V'ail critique a été fait avec des moyens insuffisants. Nous -"^^ons encore nous occuper plus particulièrement des noms ^Xateurs eux-mêmes, qui reviennent beaucoup plus souvent, et ^ ftveur desquels, en tout cas, les rédacteurs pouvaient invoquer ^^ tradition plus ancienne. Voyons sur quoi celle-c*i pont reposer.

52 LK PSAUTIKR.

Que David ait été poëte et musicien, personne ne saurait a douter. Son histoire est en partie basée sur ce fait (1 Sam. XVI, 18 suiv.), et nous possédons, même en dehors du psuGer, différentes poésies qui lui sont attribuées (2 Sam. 1, 17 suit.;!!!, 33 suiv.), et au sujet desquelles la critique la plus exigeante ni pas à faire la moindre réserve. Nous savons encore, par le lém» gnage de Tun des plus anciens auteurs hébreux (Ainos VI, 5), que sa renommée à cet égard n*avait rien perdu de son édA phis de deux siècles après sa mort, bien que ce dernier passée ne dise rien explicitement du genre de poésie par lequel il t serait illustré. Que Salomon ait été poëte, à son tour, nous i ferons pas trop de difficulté de Tadmettre sur la foi d^une tradilioi un peu suspecte par ses exagérations (1 Rois IV, 32 ; ou V, 12); uu même endroit sont aussi prononcés les noms d'Êtan ei di Hêman, comme d'hommes sages (lettrés?) de la génération pric^ dente. Ainsi, quant aux personnes, nous nous trouvons ici sur k terrain solide de Thistoire. Mais cela ne préjuge pas encore il valeur des inscriptions dans chaque cas particulier.

Ici nous relèverons d'abord quelques faits purement exlérieun qui ne laissent pas que d'être assez significatifs , en ce qu'ils montre^ que les savants juifs n'étaient pas absolument d'accord sur Itf résultats de leurs études critiques. A un certain nombre de psauneii qui dans le texte hébreu actuel portent le nom de David ou fc Salomon, ce nom est supprimé dans la traduction grecque, ceç* permet de supposer qu'il Tétait également dans l'original que kl traducteurs avaient sous les yeux (Ps. 122, 124, 127, 131, l^

En d'autres endroits, le nom de David est ajouté à des psamntf restés anonymes dans le texte hébreu vulgaire (Ex. Ps. 33, ffli 91, 94, 95, 98, 99, 104). ou bien encore on y lit deux inscriplioii qui se contredisenl Tune Tautre. Ainsi, au psaume 71, àcôlcdi nom de David, il y a celui des fils de Jonadab et des prtfi^ captifs ; aux psaumes 93 et 97 on lit : de David, lorsque le p*? fut colonisé de nouveau ; au psaume 9G : de David, lors de k restauration du temple après la captivité; au psaume 137:4 David, de Jérémie (où les deux noms sont d'ailleurs égalowrf inadmissibles) ; aux psaumes 76 et 80 : d'Asaph, au sujet de(ottcontre) TAssyrien ; au psaume 138 : de David, d'Aggée et ^ Zacharie. C'est à ces deux prophètes que sont aussi attribués te psaumes 146 à 148, anonymes en hébreu. Sans nous arrêter i ce qu'il y a de singulier à faire composer un psaume par de©

INTODUCTION. 53

prophètes collaborateurs, nous ferons remarquer que ces inscriptions grecques, tout en conservant le nom de David ou de ses contemporains, nous révèlent une critique plus sensée et plus circonspecte, en rapportant au temps de Texil et de la restauralion des poésies qui ne peuvent en aucun cas appartenir au siècle de David, et on reconnaîtra sans peine que deux mains difTérentes ont concouru à donner à ces notes la forme combinée qu'elles ont dans les manuscrits. Il n'y a qu'un préjugé qui ne mérite pas les honneurs d'une réfutation en règle, qui ait pu les interpréter de manière que David, en sa qualité de prophète, aurait prévu l'invasion des Assyriens, la captivité de Babylone et la reconstruction d'un temple qui n'existait pas encore de son temps, et que, dans cette prévision, il aurait composé d'avance des cantiques pour ces éventualités lointaines.

Dès à présent nous pouvons poser en fait que les inscriptions à elles seules ne sont pas un argument suffisant pour établir les droits d'auteur de qui que ce soit, et dès qu'il sera prouvé que plusieurs d'entre elles sont plutôt de nature à égarer la critique, les autres aussi n'auront plus que la valeur d'opinions individuelles.

Mais il convient d'examiner le contenu des psaumes pour y trouver des indices de leur époque ou de leur ancienneté. Ici il faut reconnaître tout d'abord qu'il y en a un certain nombre, et en partie des plus beaux, anonymes ou davidiques, surtout dans ce que nous avons appelé la première classe, qui ne contiennent absolument rien qui puisse servir à déterminer leur âge, qui expriment des vérités générales, des sentiments naturels à toutes les âmes pieuses, et dont on risquerait d'affaiblir la portée et la beauté si l'on s'obstinait à y rechercher des allusions à des événements particuliers. Que gagnera par exemple le S*' psaume, si à cause de la phrase : Par la bouche des enfants tu te prépares des /iww»^^^ (traduction ordinaire), on le rapproche de 1 Sam. XXX, 19, où il est dit que David ramena les femmes et les enfants ravis par les Amaléqites ? A l'égard de pareilles poésies, il est impossible de dire à quel siècle elles appartiennent, à moins que des raisons philologiques, des formes de langage, ne jettent un poids dans la balance. Ainsi aujourd'hui personne n'attribuera plus à l'époque de David le psaume 139, bien que son contenu ne soit pas de nature à s'y opposer, par la raison qu'il porte dans ses formes et ses expressions le cachet d'un siècle où l'idiome national était déjà bien changé.

Disons encore que les inscriptions ont été souvent faites arec une incroyable légèreté. Ainsi le Psaume 72 est nue adresse le félicitation, composée lors de Tavénement d*un roi. L'inscriptioi Tattribue à Salomon, parce que le prince est appelé fiU de m. Déjà les Septante ont remarqué que c*esi là une absurdité, et ils ont hardiment changé le : de Salomon, en : à SalomoD. La modernes sont enclins à faire de même ; mais si la phrase hébral^ comporte cela et n^ndique pas nécessairement le nom de rantrar, pourquoi persiste-t-on à lui donner cette signification, quand il s*agit de David, pour lequel elle est employée invariablement ausà! Au Psaume 127 se trouve cette phrase si bien sentie : Si TÉtcnd ne bâtit la maison, c'est en vain que les ouvriers y travaillent et comme si jamais personne d'autre n'avait bâti de maison, oiett pu comprendre que la bénédiction de Dieu est nécessaire à toute les entreprises de l'homme, un rabbin jugea à propos d'y mcUn le nom de Salomon, qui, effectivement, a fait construire le temple et son palais. Les Septante ont laissé le nom de cOté. Un contemporain de David (Ps. 79) aurait dit : O Dieu, lespaïensaoït entrés dans ton patrimoine, ils ont profané ton saint tenqple! Môme Calvin, qui ne marchande nulle part à David ce que k tradition lui a octroyé, a hasardé ici et en quelques autres endroits des conjectures, qui pour nous se changent aujourd'hui « convictions. Le Psaume 144 (v. 10) parle de David à la troisièBe personne, et l'auteur se distingue nettement de ce roi : il en eît de même du Psaume 18 (v. 51), où il est même parlé de sessoocesscurs, puis du Psaume 89 (v. 50), attribué à Êtan, où il «si question de lui comme appartenant aux anciens temps. Noos pourrions multiplier à l'infini les citations de ce genre. Mtf nous préférons ramener notre critique et nos doutes à quelqoes th(>ses d'une portée plus générale, en réservant au commentais l'examen de détail.

P Partout où dans les psaumes il est question du temple,* Dieu ayant établi sa demeure en Sion, et en général d'un cnk unique et centralisé à Jérusalem pour toute la nation, il ^ impossible de songer à l'époque de David. On peut même dii* qu'il s'est passé bien du temps après Salomon, jusqu'à ce qw* point de vue ait prévalu dans l'esprit de la nation, nous vouk* dire de cette partie de la nation, qui s'est rattachée à ce 88D^ tuaire. Partout où la résidence de Jéliova est nommée la wiafc montagne, nous reconnaissons le langage religieux, tel que VoiA

formé les prophètes de Jérusalem, el tel qu'il a été conservé depuis dans la littérature. Antérieurement, la sainte montagne ne pouvait être, pour les poètes Israélites, que le mont Sinaï (voyez Juges V, 4 et suiv. et notre commentaire sur Psaume LXVIII, 16 suiv.). Le nombre de ces psaumes est tellement grand, que nous nous dispensons de les énumérer.

2^ Il va sans dire que les psaumes qui mentionnent Texil, qui parlent des catastrophes nationales, amenées par les péchés du peuple, qui demandent que le Dieu d'Israël rebâtisse les murs de Jérusalem, ou qui le remercient de l'avoir fait (par ex. 42, 51, 126, 129, 137, 147, etc.), appartiennent à un siècle beaucoup plus récent que celui de David. Il y en a qui parlent du retour de la captivité comme d'un événement ancien, et leur présence en plus grand nombre prouvera que la collection dont ils font partie n'aura été formée qu'à une époque comparativement bien moderne.

3** Voici une remarque plus importante encore. Beaucoup de psaumes parlent de persécutions endurées de la part des ennemis. Notre commentaire fera voir que dans la presque totalité des cas il s'agit de persécutions religieuses, de l'antagonisme entre la religion d'Israël et le paganisme, avec lequel des apostats font cause commune. Les adversaires sont représentés partout comme les maîtres, les puissants, les oppresseurs ; leurs victimes sont à leur merci, et souffrent sans pouvoir se défendre. Si ce n'est pas toujours la violence ouverte qui les attaque, c'est du moins la calomnie, l'intrigue, l'injustice dans les relations sociales. Il est bien difficile de reconnaître dans les tableaux de ce genre l'époque du règne de David. S'il fallait s'arrêter à l'idée que les poètes parlent partout en leur propre et privé nom, on devrait songer de préférence à l'un ou l'autre prophète, vivant sous un roi idolâtre, en butte aux vexations et à la haine du parti antithéocratique, et les mémoires de Jérémie seraient peut-être le meilleur commentaire de ces pièces. Aussi bien est-ce à ce personnage qu'on a songé de préférence de nos jours, pour lui atlrihuer un certain nombre de psaumes du premier livre. Nous Q^aurions rien à objectera une pareille combinaison, s'il n'y avait deux faits qui, dans nombre de cas, nous empêchent de nous y arrêter.

D'abord, il nous semble incontestable que la plupart des psaumes ne sont point destinés à exprimer seulement des sentiments individuels, mais à peindre la situation de la nation juive

en général. C'est le peuple qui parle, ou, si Ton veut, auquel les poêles prêtent leur voix et qu'ils opposent dans sa totalité, quelquefois avec des exceptions qui ne changent guère le point de vue, à une nationalité étrangère, à laquelle Israël est souuiis en ce moment, et sous le joug de laquelle il gémit. De plus, il est parlé de cet état de choses comme n'ayant point été mérité. Depuis longtemps Israël a expié les péchés de ses pères ; depuis longtemps il s'est appliqué à ses devoirs envers Jéhova, dont il observe les commandements avec la plus scrupuleuse fidélité ; il n'a rien à se reprocher à cet égard, et s'étonne avec une profonde tristesse de l'abandon dans lequel son Dieu le laisse. C'était le cas de rappeler les promesses faites à David, de retremper le courage défaillant par le souvenir des anciens exploits du Très- Haut et de sa proteclion miraculeuse, attestée par l'histoire ; et la confiance et l'espoir renaissent de cette foi aujourd'hui inébranlable, autrefois si chancelante, si peu partagée. Ëh bien, nous affirmons que ce point de vue, cette disposition religieuse n'était pas celle de l'époque de Jérémie ou des anciens prophètes en général. Comment donc, du temps de ces juges sévères de leurs contemporains, qui à chaque page menacent le peuple du juste courroux de Dieu, quelqu'un se serait-il avisé d'exalter la fidélité universelle et de représenter les calamités nationales comme non méritées, comme inexplicables? Si Ton ajoute à cela que la Loi (écrite et codifiée) est représentée quelquefois comme l'objet d'une étude supposée générale (Ps. 1, 19, etc.) ; que les Israélites sont habituellement désignés par le nom des pauvres ou des humbles (aniytin, ébyonîm), les païens par celui de pécheurs (res'aim), qu'ils portent encore dans le Nouveau Testament ; qu'il est question de nombreuses synagogues en Palestine, détruites par ces païens, et de l'introduction, dans le sanctuaire du vrai Dieu, de symboles d'un culte idolâtre (Ps. LXXIV), on est involontairement amené à penser qu'un bon nombre de nos psaumes datent-^ de l'époque de la domination macédonienne, des guerres de^a Ptolémécs et des Séleucides, qui se disputaient la possession d^s la Palestine, des persécutions d'Antiochus Épiphane et du soulè — vement patriotique des Machabées. Le commentaire justifier^ai cette hypothèse là où elle nous semble indispensable. Nous ià«3 prétendons pas démontrer qu'elle s'applique à tous les psaumesau moins des quatre derniers livres ; mais nous pensons qu'il n'y en a pas beaucoup qui la contrediront directement. En tout cas.

il y en a bien peu qu'il faudra nécessairement et indubitablement faire remonter à une époque antérieure à l'exil et à une période de riiistoire israéiite, signalée par une haute prospérité politique. Ck)ntre cette manière de voir, qui n'est pas tout à fait nouvelle, mais qui n'a été nulle part encore appliquée dans une mesure aussi étendue, on fait valoir deux objections, que nous ne devons pas passer sous silence. L'une consiste à dire que le canon de l'Ancien Testament a dû être clos longtemps avant l'époque indiquée. Cette objection repose sur une supposition toute gratuite, savoir que le canon a été clos par Esdras, au cinquième siècle avant Jésus-Christ, et cette supposition, à son tour, n'a pour fondement, à vrai dire, que le fait tout accidentel, que dans les bibles chrétiennes le livre du prophète Malachie occupe la dernière place dans la collection, et puis le malentendu, qui confond les travaux d'Esdras sur la Loi mosaïque, avec la clôture du code sacré complet. Aujourd'hui elle n'a plus aucune portée, puisqu'il est établi et reconnu que plusieurs livres de l'Ancien Testament sont de beaucoup postérieurs à Esdras, et que notamment celui qui porte le nom de Daniel a été écrit après l'an 170, immédiatement avant l'insurrection. Notre introduction préliminaire a mis dans leur vrai jour les faits en question.

L'autre objection se fonde sur ce que les psaumes sont écrits en thèse générale dans un style qu'on peut appeler classique. -A peu d'exceptions près, dit-on, la diction hébraïque est celle des prophètes, et l'on sait de reste qu'à l'époque des Machabées le langage populaire avait beaucoup changé, comme on peut le voir par les livres de Daniel et d'Esdras, pour lesquels il faut un cîictionnaire spécial et une grammaire particulière, et même un peu plus anciennement pour l'Ecclésiasle, dont l'idiome représente la transition d'une forme à l'autre. Malgré cela, nous ne croyons pas que ce fait soit de nature à contrebalancer ceux que nous ^vons relevés plus haut. Pour apprécier à leur juste valeur les phénomènes linguistiques que présente le psautier, il faut bien CMînsidérer d'abord que les textes n'offrent à peu près nulle part des archaïsmes, nous voulons dire de ces termes, tournures ou formes grammaticales, qui embarrassent l'exégèse et trahissent "une époque où la langue littéraire est encore à se former au gré de chaque auteur. A part quelques passages où, selon toute probabilité, ils sont altérés et rendus inintelligibles par des fautes de copistes, ils sont généralement de la plus grande clarté, au

poiul que les psaumes se prêtent parfaitement bien à servir d^ lecture aux commençants. Ensuite, la plupart des psaume^* comme cela est notre intime conviction, ont été composés oadO moins recueillis pour Tédification religieuse de la communaulé ; et Ton conçoit que ce but a déterminé l'emploi d*un langage déjé consacré par les livres saints (Loi et Prophètes), et natureUemeal aussi par les poésies religieuses des temps antérieurs, qui exisr talent encore et dont un certain nombre se retrouvent sans doolfi dans la collection actuelle. Ainsi, de nos jours encore, les livres liturgiques des communautés protestantes, cantiques, prières, etc. sont écrits partout dans des idiomes classiques, là même où U peuple ne parle guère qu'un dialecte provincial ou un patois. Im synagogue possède également d'autres livres liturgiques encore qui sont écrits dans la langue sacrée que le peuple ne parle phu depuis longtemps, mais qu'il apprend à l'école, précisément pooJ comprendre ce qui fait la base de sa religion. Â notre gré, U simplicité toute transparente de ces poésies serait plutôt un arga ment à faire valoir contre leur antiquité.

Nous intercalerons ici une réflexion, qui n'est pas précisémeii un argument à l'appui de notre système d'interprétation, maû qui peut-être lui conciliera l'attention de. ceux qui auraient de U \mne à se familiariser avec un point de vue si opposé auxconcep tions traditionnelles. On rencontre par ci par là dans le recueiL un milieu des accents les plus touchants de la résignation, d« l'humilité, de la confiance, certaines pièces qui accusent ua^ toute autre disposition de l'âme: des colères violentes, desimpré cations terribles, des malédictions, des cris de vengeance, qo effraient le lecteur et choquent le sentiment chrétien (Ps. 09 109, 52, 58, etc.), et comme le psautier est un livre mis et mettre entre les mains de tous les fidèles, on s'est souvec demandé si la morale n'est pas faussée par la lecture de pareille pièces? Hé bien, oui, si ces imprécations sont placées dans J bouche d'un personnage politique, qui les lancerait à la tête d'* compétiteur ; si réellement il ne s'agit là que de querelles dynes tiques ou de conflits d'ambition, il faudrait bien convenir qu l'hésitation est naturelle et le scrupule légitime. De pareils senti ments sont blâmables et déparent un livre de prières. Mais s'agW' il bien de cela ? Le texte de ces psaumes parle-t-il d'une l^limit* politique contestée, de droits au trône lésés ou revendiqués! Saiil et Absalom ont-ils donc professé une autre religion qtf

David ? Il n'y a pas la moindre allusion à ces sortes de choses. Ce sont deux peuples qui sont en présence, deux peuples séparés par un abîme, n'ayant rien de commun, ni mœurs, ni langage, ni lois, ni Dieu. L'antipathie de Tun pour l'autre est égale des deux côtés ; mais l'un est le maître et abuse de sa puissance de la manière la plus cruelle et la plus odieuse, l'autre est opprimé, méprisé, gêné de toute manière, surtout dans ce qu'il a de plus cher, finalement persécuté, traqué, livré à la boucherie, et on s'étonnerait que quelquefois il perde patience, qu'il se livre à des transports de colère, que le désespoir par moments lui fasse perdre cet équilibre qu'il sait conserver ailleurs ? Certes, ce ne sont pas les protestants français qui blâmeront trop haut des manifestations qui, trouvant incessamment leur contre-poids dans les épanchements de la plus entière soumission aux décrets de Dieu, ont pu, après des siècles encore, éveiller un écho dans des âmes non moins cruellement éprouvées ^

Nous terminerons en relevant un dernier fait qui nous semble décisif, et de nature à fixer, du moins négaiivement, l'opinion de toullecteur non prévenu, à l'égard du siècle qui a dû produire la plupart de ces psaumes ; ceux-ci nous peignent, disions-nous, un peuple malheureux, qui n'a d'autres armes que la prière, qui exhale quelquefois ses plaintes avec une certaine amertume et avec les accents de l'impatience, mais plus souvent avec une confiance toute passive, et d'autant plus inébranlable en la justice divine qui ne saurait manquer de mettre un terme à ses maux. Qu^on veuille bien maintenant relire attentivement l'histoire du roi David, telle qu'elle nous est racontée dans les chroniques liébraïques (1 Sam. XVI. — 1 Rois II). Elle est peut-être un peu embellie dans ses débuts par la poésie de l'âge héroïque, mais relativement à ce qu'il y a d'essentiel, son authenticité nous paraît à Tabri du soupçon, et les biographes du roi sont beaucoup plus disposés à exalter ses mérites qu'à marchander sa gloire. C'est l'une des plus brillantes épopées des temps antiques; on y trouve des traits de valeur et de générosité qui commandent ladmiration, et les annales du peuple israélite ne nous offrent aucune figure retracée avec plus de sympathie.

2 Nous négligeons ici un argument qu'on fait sonner bien haut pour contester la possibilité de combiner des psaumes plus ou moins nombreux avec les événements du t«inps des persécutions d'Antiocbus. C'est le prétendu témoignage tiré de 1 Chron. XVI. Notre commentaire sur ce passage en fera justice.

Or, il nous semble bien difficile de trouver de la ressemblance entre les deux portraits et les deux borizons que nous représente celte double série de textes, et de faire accorder deux caractères aussi différents que celui du pauvre Israélite, gémissant sous le joug du païen étranger, et («elui du béros de Betbléhem, toujours libre, toujours armé, aimant les aventures guerrières, marchant de conquête en conquête, terrassant tout ce qui ose lui résister, ceignant le diadème comme prix de ses exploits, et entourant son trône d'une gloire dont l'éclat survécut à sa dynastie.

Mais ce n'est pas tout. Il y a aussi des ombres à ce brillant tableau, qui ne doivent pas être négligées. Le caractère de David n'est pas à l'abri du reproche, ses mains sont souillées de sang, ses passions l'ont jeté dans de tristes égarements, et sans vouloir nous ériger ici en censeur rigide, nous demanderons simplement s'il y a bien, comme on se le persuade si facilement, entre cette individualité et la physionomie morale et religieuse du Psautier une si grande analogie? Dans sa jeunesse, à l'époque même où on prétend lui faire composer ses nombreuses complaintes, il se met à la tète d'une bande d'aventuriers qui vivent de pillage, et il va jusqu'à égorger des femmes, pour qu'il ne reste pas de témoins de ses rapines (1 Sam.XXVII, 9etsuiv.). Sur son lit de mort il se souvient de vieilles injures qu'il a oublié de punir, et donne à son héritier le conseil de se défaire de l'homme auquel il devait lui-même la plus grande partie de ses succès (1 Rois II, 5 et suiv.). Cette ingratitude, cet esprit de rancune, cette froide et sauvage cruauté, sont-ce des traits qui nous rappellent les chants de Sion ? Le psalmiste, qui a des accents si touchants quand il peint les beautés de la création ou le bonheur de l'homme réconcilié avec Dieu, se trouve-t-il dans ce farouche conquérant qui fait périr dans les tortures des ennemis vaincus qui avaient osé défendre leur indépendance ? (2 Sam. XII, 31). Cette belle conception des devoirs religieux, absolument dégagée des préjugés duritualisme judaïque, qui se révèUî partout dans les psaumes, s'accorde-t-elle bien avec la superstition du soldat qui consulte les devins avant d'aller au combat, ou qui se croit séparé de son Dieu quand il est obligé de passer la frontièn»? (1 Sam. XXIII, 9; XXVI, 19; XXX, 7, etc.). Est-elle à concilier avec la barbare croyance d'un siècle qui impose à un souverain le devoir d'expier le crime de son prédécesseur, en permettant des sacrifices humains? (2 Sam. XXI, 1 et suiv.). Non certes, et si la tradition chrétienne

prête d'autres couleurs au portrait du roi-poëte, c'est que, négligeant les données de l'histoire, elle les emprunte sans hésiter aux psaumes eux-mêmes, au lieu de commencer par établir ses droits d'auteur.

Quant à nous, nous n'y chercherons que ce qui leur assure une valeur indépendante de toutes les combinaisons arbitraires, anciennes ou modernes, au moyen desquelles on a essayé d'en faire pour ainsi dire le journal d'un règne sans doute glorieux, mais non exempt d'erreurs et de crimes, et qui, en aucun cas, n'a connu les péripéties décrites presque à chaque page dans ce livre de cantiques. David était le fils de son siècle, qui doit prendre à sa charge la plus grande partie des défauts de son héros. Il ne saurait être le modèle du nôtre, qui en demande de meilleurs. Le Psautier n'a pas besoin de se parer de son nom, pour être le plus beau monument que se soit érigé le peuple israélite, à une époque où il ne lui restait plus, du glorieux héritage de ses pères, qu'un seul et précieux joyau, sa foi religieuse, cette foi puriliée au creuset du malheur, et qui, en se spiritualisant de plus en plus, devait un jour conquérir le monde.

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