‹ La BibleChapitre 8 sur 61 · LES PSAUMES · texte numérisé non relu

LES PSAUMES

LIVRK PREMIER.

Heureux l'homme qui ne marche iH)int selon le conseil des méchants, Qui ne s'arrête pas sur la voie des pécheurs, Et ne s'assied pas dans la société des moqueurs,

Mais qui prend plaisir à la loi de l'Éternel, El qui la médite nuit et jour.

Il sera comme l'arbre planté sur le bord du ruisseau,

Qui donne son fruit en sa saison,

El dont le feuillage ne se fane pas : Tout ce qu'il entreprend, il le fera réussir.

Il n'en est pas ainsi des méchants.

Mais ils seront comme le brin de paille que le vent emporte. Aussi bien les méchants ne subsistent-ils pas dans le jugement.

Ni les pécheurs dans la communauté des justes. Car l'Élernel esl attentif à la voie des justes,

Et la voie des méchants conduit à la ruine.

Le premier Psaume, positivement Tun des moins anciens de la collection, paraît avoir été mis en tête de celle-ci, comme une espèce de préambule ou de déclaration de principes, lorsqu'elle eut déjà été formée. Encore dans les Actes des Apôtres fXIII, 33), le second psaume est cité comme étant le premier, et il existe des manuscrits dans lesquels celui-ci ne porte pas de numéro, ou bien est combiné avec le second comme n'en formant qu'un seul avec lui.

Dans un langage simple et transparent, et sans s^astreindre aux règles d'une versification artificielle et strophique, Tauteur oppose Tune à Tautre les destinées diverses des justes et des méchants. Il convient de préciser ici, une fois pour toutes, ces deux notions qui reviendront à chaque page. Il ne faut pas s'arrêter à l'idée morale que nous attachons à ces deux termes, bien que cette idée ne doive nullement être écartée. Il y a quelque chose de plus : le juste, c'est l'Israélite fidèle à Dieu et à sa loi, le vrai juif (Jean I, 48), et nous retrouvons fréquemment cette formule dans le Nouveau Testament, surtout dans la bouche des Pharisiens, ou même de Jésus, quand il se met à leur point de vue (Matth. IX, 13. Luc XVIII, 9 et XX, 20). Le méchant, par contre, c'est d'abord le juif qui fait bon marché des devoirs que la loi lui impose, soit au fond de son cœur (c'est ce qui est désigné par le mot conseil), soit dans la pratique (la voie), soit dans ses discours frivoles et profanes (moçtieurs). Ensuite, et souvent, les méchants sont simplement les païens, que les juifs nommaient les pécheurs, d'après le témoignage du Nouveau Testament (Matth. XXVI, 45; IX, 10. Luc VI, 32 et parall.), ou les injustes (1 Cor. VI, 1).

Les destinées respectives des uns et des autres sont décrites par des images qui étaient déjà employées par les prophètes : d'un côté, l'arbre planté dans un terrain favorable et par cela même fécond (Jér. XVII, 7, 8; comp. Es. I, 30, etc.), de l'autre, la balle des grains chassée par le vent pendant l'opération du vannage (Es. XVII, 13, etc.). Sans image, la même idée est exprimée dans les dernières lignes du Psaume : Dieu finira par rendre uu jugement sur les hommes, il donnera à chacun selon ses œuvres et mérites. Par ce jugement, la communauté des justes, l'Israël de l'avenir, sera constituée à l'exclusion des méchants, qui ne subsisteront pas devant lejuge(litt. : qui ne resteront pas debout), qui ne soutiendront pas l'examen. Dans le dernier distique nous nous sommes permis une traduction plus libre. Le texte dit : Dieu coymaît la voie des justes, la voie des méchants /?^nrfl. Évidemment cette connaissance doit impliquer la manière d'agir qui en sera la conséquence, et cette perte n'en peut être une que pour celui qui suit la voie.

La méditation de la loi présuppose nécessairement un code écrit dont on fait l'étude. Nous dirons plus : le terme de loi comprend ici. comme du temps des Apôtres, le code sacré entier, tel

il était alors lu et appliqué dans les s}iiagogues et les écoles, jt-à-dire le Pentateuque et les deux séries de livres prophètes, tout ce qui dans nos bibles hébraïques précède les Psaumes jrez Histoire dn canon, p. 4).

Pourquoi ce tumuhe i\es peuples?

Ces vains complots des nations?

Les rois de la terre s'insurgent, Et les princes conspirent ensemble,

Contre laheweh et son oint.

<c Allons briser leurs liens, Kt jetons loin de nous leurs chaînes ! »

Lui qui trône aux cieux se met à rire,

Le Seigneur se moque d'eux.

Puis dans sa colère il leur adresse la parole, Dans son courroux il les fait reculer d'efl'roi :

«Et moi, j'ai établi mon roi.

Sur Sion, ma sainte montagne ! »

Je redirai le décret tle laheweh.

Il m'a dit : « Tu es mon fils !

C'est aujourd'hui que je t'ai donné le jour. Demande, et je te donnerai les nations pour héritage, Et pour domaine les extrémités de la terre. Tu les briseras avec ton sceptre de fer, Comme un vase d'argile tu les mettras en pièces ! »

Or donc, rois, soyez prudents !

Tenez-vous pour avertis, chefs de la terre! Soumettez- vous à laheweh avec crainte !

Tremblez et frémissez !

Armez-vous de loyauté, de peur qu'il ne s'irrite. Et que vous ne périssiez quand tantôt il s'emportera !

Heui^eux ceux qui .s'en tiennent à lui !

ne, qui se dislingue par sa vivacité toute dramatique et isposilion strophiqne presque régulière, est anonyme inal, ce qui prouve que les savants juifs n'avaient

\ — 5' part. 5

6f> PSAUME 11.

aucune tradition concernant sou auteur, et qu'ils n'osaient pas même suppléer à ce silence par une conjecture. Selon toutes les probabilités, Tauteur a été roi, résidant à Jérusalem, peut-être récemment intronisé, et se trouvant en face d*une insurrection de peuples voisins, naguère vassaux d'Israël et prétendant secouer le joug, éventuellement prendre leur revanche sur leurs anciens maîtres. Le roi israélile, confiant dans Taide de sou Dieu, exprime la ferme assurance qu'il sortira victorieux de ce conflit.

Ce qu'il y a de plus sûr, c'est que le psaume a été composé en vue d'une situation donnée, actuelle, et que rien n'est plus étranger au texte que l'explication qui veut y voir la perspective d'un avenir lointain et idéal. On aurait tort de se prévaloir de quelques hyperboles poétiques (les nations, les rois de la terre, les bouts de la terre), j)our élal)lir qu'aucun roi d'Israël n'a pu s'exprimer ainsi. L'horizon géographique était restreint et la fierté royale en raison inverso de la puissance. Mais il sera impossible de déterminer soit l'époque, soit la personne, auxquelles les allusions peuvent se rapporter. Notre connaissance de l'histoire est trop incomplète pour cela. Il n'y a rien là qui doive péremptoirement écarter le nom de David, mais rien non plus qui lesdésigne directement. Nous ne discuterons pas les opinions d< savants qui ont tour à tour voulu y voir Salomon, Osias, Ézéchias. voire même Alexandre lannaeus. La désignation du roi commi fils de Dieu n'a rien d'insolile (Psaume LXXXII. 6; LXXXIX 27, 28; comp. 2 Sam. VII. 14).

On comprend qu'à une époque où toutes les illusions politique étaient évanouies, les juifs aient vu dans le roi qui parle ici. Messie ou roi de la théocratie universelle à venir, et que lei imagination se soit arrêtée avec complaisance à ces tableaux peuples païens mis en pièces comme des vases d'argile, et de ci rois étrangers courbant la tète sous le joug du représentant Jéhova. Ils oubliaient que ces rois et ces nations n'avaient poin' ^'insurger contre un roi qui apparaissait seulement sur la scèi ni à briser un joug qui ne leur avait point encore été imposé. Gep^; dant cette interprétation nous intéresse encore aujourd'hui, pa que les premiers chrétiens (juifs d'origine et d'éducation) se la so rmit appropriée (Apoc. II, 27; XII, 5; XIX, 15. Ilébr. I, 5; V, -^3. Act. IV, 25: XIII, 33) sans s'arrêter à la contradiction évidea ^ entre l'esprit du psaume et celui de TÉvangile (Luc IX, bS3, Matth. XII, 20; XI. 29; XXL 5). Mais ce qui a surtout contribue»'

PSAUME m. 67

à accréditer, dans les écoles protestantes, cette interprétation messianique, c'est la circonstance que les réformateurs se sont laissé égarer par Tautorité de la version syriaque (recommandée ici par le dominicain S. Pagninus de Lucques, le grand oracle du seizième siècle en fait d'hébreu), qui traduit le commencement du dernier verset par ces mots : Baisez le fils, traduction philologiquement impossible, mais mainterme avec ténacité par l'exégèse traditionnelle. En syriaque, en effet, bar signifie le fils, en hébreu on dit toujours ben, comme cela se voit dans notre Psaume même, V. 7. Le verbe qui précède signifie effectivement baiser, mais sa notion première est s'attacher à quelque chose. De là, la version grecque : attachez-vous à rinstrnction, appliquez-vous au devoir, etc., et celle de la Vulgate : acceptez V instruction. Tout cela va parfaitement au contexte. Nous avons essayé d'une autre formule : le verbe en question signifie aussi être arnié, s'amier, et le substantif qui en dérive QsiVarmure (Ps. LXXVIII, 9; CXL, 8, etc.). Or, en hébreu on se revêt, on se ceint, on s'arme d'une qualité morale. L'antithèse avec la rébellion armée vient ici très à propos et la loyauté est recommandée par le dictionnaire [bor). S'il fallait s'en tenir au sens de s* attacher, nous préférerions changer bar en bô (à lui), ce qui dans l'orthographe hébraïque affecte à peine le tracé des caractères.

Éternel ! que mes ennemis sont nombreux, Nombreux ceux qui s'élèvent contre moi î Nombreux ceux qui disent de moi :

Point de secours pour lui .luprès de Dieu !

Mais toi, ù Éternel, tu es mon bouclier.

Ma gloire, et tu relèves ma tête.

C'est l'Éternel que j'invoque de ma voix, Et il m'exauce du haut de sa montagne sainte.

Moi, je me couche, et dors, et me réveille,

Car l'Éternel est mon appui.

Je n'ai pas peur des myriades de «rens Qui tout à l'entour viennent s'embusquer contre moi

Lève- toi, ô Éternel, sauve-moi, mon Dieu !

Tu frappes la joue de mes ennemis,

Tu brises les dents des impies — La victoire est à l'Éternel ! Ta bénédiction sur ton peuple !

C'est avec ce psaume que commence la série de ceux que les ordonnateurs de la collection attribuent à David et auxquels en même temps ils joignent des prescriptions musicales. Gela peut noiis permettre de supposer qu'à un moment donné ce morceau élait le premier d'une collection particulière.

Poussés par le besoin de trouver l'explication du texte dans la vie de David, les Rabbins l'ont rapporté à la fuite du roi devant Absalom. D'autres savants ont songé de préférence à quelque circonstance de la fuite devant Saiil. De pareils rapprochements n'ont aucun appui dans le texte, et sont de pures conjectures, d'ailleurs parfaitement superflues. Le poëme n'est pas davantage une prière matinale parce que la troisième strophe parle d'un réveil.

Nous nous attacherons au fait que la victoire et la bénédiction sont demandées pour le pmpîe de DieUy et que les ennemis sont les impies (les méchants, v. Ps. I). Nous nous trouvons donc en face d'une situation décrite dans des contours tout à fait généraux, et, si nous ne nous trompons fort, la voix qui parle dans le psaume n'est rien moins qu'imc voix guerrière. De tout ceci nous concluons que la personne qui parle n'est pas un individu, encore moins un roi, mais un être collectif, Israël, en butte aux vexations ou attaques des païens et implorant le secours de son Dieu. Mais si l'on voulait s'en tenir au singulier, on pourrait voir là les plaintes d'un prophète, par exemple dans la position de Jérémie, et comprendre que plus tard une pareille pièce a dû naturellement trouver sa place dans le Hvre de cantiques national.

En tout cas, Jéliova exauçant la prière de son serviteur du haut de sa sainte montagne nous rappelle l'existence du temple d Moria. — Les phrases :y^ nie coîœJie, etc., et : tu frappes ^ etc., n doivent en aucun cas être traduites au futur. En hébreu ell sont au prétérit et paraissent devoir rappeler ce qui s'est déji fait, une protection éclatante précédemment accomplie et en v de laquelle on ose espérer la même chose pour l'avenir, Pc exprimer celte idée complexe, nous avons mis le présent. coucher, dormir, se réveiller, veut dire : vivre en paix et sécuriLc^

Quand j'appelle, exauce-moi,

0 Dieu de ma justice !

Dans la détresse tu me délivres :

Aie pitié de moi, écoute ma prière!

mortels! jusqu'à quand mon honneur sera-t-il outragé? iniei*ez-vous la vanité, rechercherez-vous le mensonge? ichez que TÉternel a distingué le fidèle ; L'Éternel écoute quand je l'appelle.

rondez toujours, mais ne péchez point ! iriez à vous-mêmes sur vos couches, et taisez-vous! imolez des sacrifices de justice.

Et fiez-vous à l'Éternel !

y en a beaucoup qui disent: Qui nous fera voir le bonheur? lis lever sur nous, ô Éternel, la lumière de ta face! j as mis plus de joie dans mon cœur,

Qu'au temps de la moisson et de la vendange.

En paix je me couche.

Et m'endors aussitôt :

Car toi, Éternel, tu me fais demeurer

En sûreté, en sécurité !

aume présente tant d'analogies avec le précédent, que les italeurs Tont expliqué d'après celui-ci, en y voyant tantôt Ire d'Abraham ou de Saûl, tantôt une prière du soir (à e la dernière strophe). Nous aussi nous resterons fidèle à oint de vue, tout en avouant que ce poëme est moins îi moins facile que celui que nous venons de lire.

roi, de fait^ politiques, pas de trace. Mais l'idée que la e qui parle (le poète) pourrait bien être un prophète contre le mauvais vouloir de ses concitoyens, se présente aturellement. C'est lui qui serait le fidèle, distingué par

contre lequel gronde la haine populaire, et qui se repose lement sous Tégide de son Dieu. Il n'y a rien dans le iii s'oppose à cette interprétation. Cependant le point

national ou collectif ne nous semble pas exclu non ►n remarquera surtout le nous de la seconde ligne de dernière strophe. Seulement les personnes auxquelles est

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adressé le discours 'les /noriels) sont en tout cas des Israélites, désespérant de voir le bonheur en restant fidèles à leur religion, et assez disposés à s'allacher aux caaités d'un culte étranger, à recliercher un appui mensonger dans des mœurs et des procédés incompatibles avec la foi nationale, à mépriser et à humilier ceux qui refusent de les suivre dans cette voie. Ils sont exhortés à réfléchir et à s'amender.

Strophe 1 . Le Dieu de nia justice est celui qui la reconnaît, ou qui la récompense, auquel je m'en rapporte pour faire valoir mon droit contre ceux qui le méconnaissent. — Strophe 4. Le texte porte : qu'au temps de leur blé et de leur moût. La joie d'un cœur pieux qui est assuré de la grâce de l'Éternel est plus grande que celle des hommes lors des réjouissances champêtres. — Strophe 5. Kn sûreté, Htt. : dans l'isolement, lequel, au point de vue hébreu, est une garantiiî contre le danger (Jér. XLIX, 31. Mich. VII, 14, etc.).

Kcoute mes paroles, ô Eternel î

Sois attentit* à mes soupirs î

Pii'»te l'oreille à ma voix qui t'implore,

0 mon roi et mon Dieu !

(resl à toi que j'adresse ma prière.

Klernel ! le matin veuille entendre ma voix ! liO matin je l'élève vers toi et guette ta réponse.

(^.ar tu n'es pas un Dieu qui se plaît au crime,

I^e inôrhant n'a pas sa place auprès de toi ;

I^;s insensés ne sul)sistent pas devant toi,

Tu hais les ouvriers de l'iniquité;

Tu tais périr ceux qui profèrent le mensonge,

L'Iionnne do sang et de fraude, l'Éternel en a horreur.

Moi, par ta grande <j;riice, je puis venir à ta maison, Adorer avec crainte dans ton saint temple. Éternel! con<luis-moi dans ta justice,

A C4msc de mes adversaires.

Aplanis ton chemin devant moi !

(av dans leur houche il n'y a point de vérité, Leur c(j»ur, c'est la perversité, Ixnu* gosier, un sépulcre béant, Leur langue, ils la rendent trompeuse.

Condamne-les, ù Dieu !

Qu*ils échouent dans leurs desseins.

Pour leurs crimes sans nombre abats-les, Puisqu'ils se sont révoltés contre toi !

Alors ils se réjouiront, ceux qui se réfugient vers toi,

A tout jamais ils seront dans Tallégresse.

Tu étendras sur eux ta protection,

Et ils tressailleront, ceux qui aiment ton nom.

Car toi, tu bénis le juste, ô Éternel !

Tu le couvres de ta grâce comme d'un bouclier.

Ce psaume est assez négligé quant à sa forme. Le poète implore d'abord le secours de Jéhova d'une manière générale. Ce n'est que vers la fin qu'il expose plus nettement l'objet de sa requête, n s'agit d'ennemis qui sont en même temps ceux de Dieu, et d'une protection efBcace qu'il espère obtenir contre eux. En vain s'efforce-t-on d'y retrouver des allusions à l'insurrection d'Absalom. L'auteur est à Jérusalem ; il se félicite de pouvoir aller prier au temple (qui n'existait point du temps de David). Rien ne nous empêchera d'admettre que c'est le peuple tout entier, en tant qu'il est sincèrement attaché à son Dieu et à son culte national, qui vient ici invoquer le secours de ce Dieu contre des ennemis idolâtres qui le persécutent précisément à cause de sa religion.

Il n'y a point de strophes régulières dans ce poëme ; cependant la marche des idées nous fait aisément distinguer plusieurs groupe de vers auxquels nous pouvons donner ce nom un peu abusivement. Dans la première, le mot que nous avons rendu par 'Soupirs, indique tout ce qui se fait à voix basse, et pourrait être tjnlendu de la prière même. Le ^naiin est mentionné comme la "première partie de la journée, comme le début de ce qu'on contiïiuera à faire. Épier se dit de la direction attentive du regard ; ici cela doit se rapporter à l'accueil que recevra la prière. La strophe suivante expose les motifs du ferme espoir du suppliant :i:elativement à l'intervention salutaire de Jéhova. Il ne saurait balancer entre ses vrais adorateurs et les scélérats rebelles à sa "volonté. Évidemment ces derniers sont toute une catégorie ^'hommes et nous aurions bien tort de chercher là quelque allusion à un personnage historique. Le vwi qui s'oppose à ces méchants, c'est l'Israélite fidèle qui est heureux d'avoir toujours «ccès au lieu saint.

Éternel ! ne me châtie point dans ta colère,

Et dans ton courroux ne me punis point !

Aie pitié de moi, Éternel ! car je suis détaillant.

Eternel, restaure-moi, car tous mes membres tremblent.

Mon ame est saisie d'effroi — Mais toi, Éternel, jusques à quand ?

Reviens à moi. Éternel, délivre mon ame. Sauve-moi pour l'amour de ta g^àce!

Car dans la tombe pour toi plus de louange; Dans le séjour des morts qui te glorifie?

Je m'épuise en gémissements :

Chaque nuit j'inonde ma couche de pleurs, De larmes j'aiTose mon lit.

Mon œil se consume de chagrin, Il dépérit en vue de tous mes ennemis.

Arrière de moi, vous tous, ouvriers de l'iniquité î (Jar l'Éternel a écouté la voix de mes pleurs.

L'Éternel a exaucé ma prière,

11 accueille ma supplication.

Mes ennemis seront couverts de honte,

Tous ils seront saisis d'effroi, Us reculeront et seront confondus soudain.

(iC psaume semble se prêter un peu moins facilement que d'autres du même genre à une interprétation qui généraliserait le sentiment qu'il exprime. Il porte à un plus haut degré que ceux qui précèdent le caractère d'une situation individuelle. Gela n'a pas dû le rendre moins propre à servir d'expression aux sentiments de toutes les âmes fortement éprouvées par le malheur et cherchant la consolation là où elle se trouve le plus sûrement. Mais il ne faut pas se laisser tromper par l'apparence, et prendre au sens propre ce que le poëte dit de sa position d'une manière figurée. Il ne s'agit ni de maladie, ni de mort ; les souffrances dont il est question sont celles de l'âme, et c'est l'inimitié du monde, la persécution, qui provoque la plainte. De là, comme on voit, il n'y a pas trop loin à l'application collective. Il nous est impossible de rcconnaitre David comme l'auteur de ce psaume. S'il fallait chercher dans l'ancienne histoire quelque nom propre

plus naturellement mis en regard de la situation retracée, ce serait celui de Jérémie. Mais toute conjecture est hasardée là où le texte ne fournit aucune trace d'allusion spéciale.

Le malheur, ou, comme le chrétien Tappelle, l'épreuve, est nommé un châtiments soit qu'il s'agisse réellement d'un péché qui l'ait provoqué, soit qu'on le considère comme un moyen d'éducation que Dieu emploie pour exercer les siens à la résignation. Il est permis à celui qui subit l'épreuve de prier Dieu qu'il la fasse cesser, pour qu'elle ne devienne pas pour lui une occasion de chute, mais cette prière doit aboutir à la subordination de la volonté individuelle à celle du Père céleste. Ici cependant elle est motivée par une considération propre à l'Ancien Testament (Es. XXXVIIl, 18. Ps. XXX, 10; LXXXVIH, 11). 11 est de l'intérêt même de Jéhova de sauver ses pieux adorateurs, car leurs hommages doivent cesser avec la vie: le Sheol, étranger aux joies comme aux douleurs de la terre, ne songe plus à Dieu.

La dernière strophe (si l'on peut parler de strophes dans une pièce de versification irrégulière) change de ton. La prière a retrempé le courage du suppliant. 11 est rassuré, il est sûr d'êlre exaucé, il parle de son salut comme d'un fait déjà accompli. C'est ici surtout que l'élément national semble se faire jour dans la mention des ennemis. Toujours est-il que cette péroraison est de nature à écarter jusqu'à la dernière apparence d'un cas spécial de maladie, ou d'une prière matinale après une nuit de larmes et de douleurs.

L'esprit général du psaume, la simplicité de ses pensées, si facilement adaptées à toutes sortes de situations pénibles, dans lesquelles l'âme est amenée à chercher Dieu, en a fait trèsanciennement déjà une prière liturgique. C'est le premier des sept psaumes que l'Église ancienne a nommés pénilentiaux.

Éteiriel, mon Dieu ! c*esl vers toi que je nie réfuj^ie Sauve-juoi de tous mes persécuteurs !

Délivre-moi !

Pour qu'ils ne me déchirent pas, conmic le lion Qui met en pièces sa proie, Sans que personne la lui dispute.

Éternel, mon Dieu ! Si j'ai fait ceci, Si un crime s'attache à mes mains, Si J'ai rendu le mal à celui qui m'en faisait, Kt dépouillé celui qui me hait à tort —

Que l'ennemi me poui'suive et m'atteigne! Qu'il foule à terre ma vie, Qu'il loge mon âme dans la poussière!

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